"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

samedi 28 février 2009

Nourrir l'humanité - Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle

Comment nourrir l'humanité sans rejeter complètement les nouvelles techniques d'agriculture et en allant vers une production plus raisonnée qui prendrait en compte les changements climatiques, l'appauvrissement des ressources et les équilibres alimentaires des différentes régions du monde?

Dans son essai Bruno Parmentier, directeur d'une école d'ingénieurs en agriculture et ingénieur des mines et économiste, grâce à des données chiffrées très pertinentes, analyse les effets des changements climatiques, techniques et surtout économiques qui régissent le nouvel ordre alimentaire mondial sans verser dans des discours partisans.
Comment "produire plus et mieux avec trois fois moins" de terre, d'eau, d'énergie en essayant de respecter la biodiversité? Comment "intégrer les nouvelles contraintes"? Comment mieux utiliser le "rayonnement solaire"? Comment réconcilier techniques modernes de biochimie et traditionnelles pour mieux produire, car selon lui les méthodes anciennes ne seront pas suffisantes? Comment réguler le commerce international pour qu'il ne soit plus un outil à affamer (spéculation sur les matières premières), les relations agriculteurs/agroalimentaires/ et grande distribution? Comment régner les effets pervers des aides de la PAC et des subventions?

Grâce à une description globale des problèmes posées par la globalisation irraisonée de l'agriculture et à une reflexion sur des propositions originales de solutions pas forcément mise en avant dans les médias Bruno Parmentier remet à plat toutes les connaissances sur ce domaine afin d'éveiller les consciences sur les décisions existentielles qui doivent vite être prises pour la survie de l'humanité!

Extraits:

Des chiffres qui font réfléchir quand à l'utilisation des énergies nécessaires :
"Les productions actuelles [d'éthanol] actuelles:
1 hectare(HA) de colza= 1.3 tonnes de diester, 1 ha de tournesol=1.1 t de diester, 1 ha de blé= 2.5 t de diester, 1 ha de betterave=5.8 t d'éthanol [...] 1 ha de canne à sucre=5 t d'éthanol et 1 ha de palmier à huile= 2 t d'éthanol"

"Les anti-OGM avancent de nombreux arguments, comme la disparition de la notion d'espèce, fondamentale dans la gestion du vivant (à force d'avoir mis des gènes d'une espèce dans une autre, on cultivera de façon courante, à terme, des artefacts mi-animaux mi-végétaux*) ou la propagation irresponsable des variétés nouvellement obtenues aux espèces voisines.
* [...] on a effectivement introduit un gène de poisson dans certaines fraises pour les aider à mieux résister au gel et favoriser leur commercialisation."

Bruno Parmentier, Editions La Découverte, collection Poche, février 2009.

Zones Humides - Charlotte Roche


Zones Humides - voilà un cas assez intéressant. Charlotte Roche a publié en Allemagne ce roman cru, à la première personne, dans lequel une jeune Helen nous parle beaucoup de ses parties intimes, toutes ses parties intimes. Helen est une petite dévergondée, on peut le dire. Elle ne se soucie qu'assez peu du regard des autres, et sait apprécier son corps et en parler avec intelligence. Mais elle n'est pas tellement fanatique non plus de la bienséance et de la propreté maniaque, du paraître. Charlotte Roche semble dire que par là elle veut communiquer une sorte de liberté féministe, et pourquoi pas, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse dans ce cas particulier.

Il se trouve que nous avons là un premier roman qui a fait un carton dans son pays d'origine, de par son côté politiquement incorrect. Hors, à la lecture, rien ne m'a choqué, rien ne m'a paru étranger. La qualité littéraire est au rendez-vous, on rit, on peut effectivement être choqué, mais le personnage est bien mené et rien n'est foncièrement idiot ou gratuit. Pourtant, en France, on a beaucoup entendu parler du livre avant qu'il ne paraisse grâce au battage médiatique allemand.
Et voilà qu'il sort enfin chez Anabet et que personne n'en parle.
Qu'on soit bien d'accord : j'aime beaucoup la maison Anabet, et je trouve qu'elle publie beaucoup d'ouvrages de qualité, avec exigence, et je trouve ça chouette que ce soit eux qui fasse le Charlotte Roche.
Mais, enfin, logiquement, après avoir tant entendu parler de ce truc (plus de 500.000 exemplaires vendus en Allemagne, quand même) j'aurais parié qu'une grosse maison se serait jeté dessus et en aurait arraché les droits à coup de montant pharaonique.
Et bien, visiblement pas. Pourquoi ? Pour la même raison, je pense, qui fait que je n'ai pas été plus épaté que ça par le côté trash de Zones Humides.
Tout simplement qu'en France, on connaît déjà ce genre de roman - qu'il soit féministe ou pas, d'ailleurs, et souvent plus pas que le contraire - qui parle de caca, de sexe, de saleté et de liberté.
Je caricature vite fait mal fait mais je pense que ça vient de là : force est de constater que dans certains autres pays européens, la cochonnerie littéraire post-moderne est beaucoup moins représentée qu'en France.

Si ça se trouve tout ça c'est la faute à Houellebecq.

jeudi 26 février 2009

Le Libraire de Sélinonte

"Parce que je suis différent de tous les autres.
Cette ville ne s'appelle pas Sélinonte, mais je sais que c'est Sélinonte.
Je le sais, je suis le seul à le savoir.
J'ai connu le libraire."

En Sicile un libraire essaye de transmettre le plaisir de la littérature par des lectures publiques tous les soirs. Mais il est bien mal tombé en s'installant dans cette ville... La population, comme entité indivisible, le harcèle, médit dans son dos, dédaigne son activité et son physique, jusqu'à l'envie de le tuer! L'affaire prendra un tour extrême lorsque la foule décidera de faire brûler son outil de travail...
Tout cela sous le regard d'un adolescent amoureux des mots prononcés lors de ces lectures et qui assistera à la vengeance du dit librairie, mi fantaisiste à la Italo Calvino, mi fable rappelant Le Musicien de Brème et dont l'issu sera le vol du goût et de la signification des mots!

Dans ce roman aussi court que poétique Roberto Vecchioni présente autant la lâcheté des individualités, incapable de faire le moindre mal si non réunies en foule, que la beauté et l'importance de la signification des mots!

Extrait, un effet du vol de la signification des mots:

"Don Rosali (il s'appelle ainsi parce que c'est l'unique nom de saint ou de sainte dont il se souvienne) est un grand créatif. Il invente des fragments d'Evangile pour le bien de tous. Et il se donne un mal de chien pour les expliquer. Certes, il en possède un stock limité et les répète d'une façon cyclique, mais en les annonçant, comme il est d'usage à Sélinonte."

Roberto Vecchioni, traduction de l'italien par Gérard-Julien Salvy, Editions Le Livre de Poche, janvier 2009.



mercredi 25 février 2009

Scarred for life - no compensation...


Smokey Dalton, détective privé noir de Memphis, reçoit le 26 février 1968, dans son bureau une jolie blonde blanche du nom de Laure Hathaway. Ne vous fiez pas à ce début au goût de cliché éculé.

L'arrivée de Laure Hathaway est le début d'une série de révélations sur le propre passé de Smokey. Un passé pas très agréable à découvrir. Mais pourquoi est-il donc, lui, le légataire d'une partie de l'héritage de Dora Jean Hathaway, femme de bonne famille blanche de Chicago?

Vont s'ajouter à cette énigme, qui va se révéler bien plus lourde que ne le suspectait Smokey, deux autres charges. D'un côté il s'est pris d'amitié avec Jimmy Bailey, 10 ans, et s'efforce de le tenir éloigné des néfastes influences qui semblent déjà agir sur son grand frère Joe. De l'autre il fait partie du personnel de sécurité tenu de maintenir la violence qui s'étend en ces temps troublés. Surtout que la venue à Memphis d'un de ses amis d'enfance, un certain Martin Luther King, est annoncée pour très bientôt.

Il n'est donc pas difficile d'imaginer que Smokey va éprouver quelques difficultés à jongler avec ces trois intrigues (personnelle, altruitste et historique).

Kris Nelscott nous entraîne avec cette Route de tous les dangers dans le sillage d'un détective humain qui s'est imposé de trop lourdes responsabilités. Il ne s'en sortira pas indemne et le lecteur non plus. Le livre refermé vous aurez résolument envie de lire la suite de la série, A couper au couteau.


La Route de tous les dangers, Kris Nelscott, L'aube, 11€. Traduction de l'américain par Luc Béranger.

mardi 24 février 2009

Storytelling - La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits

Depuis l'aube de l'humanité des histoires sont racontées pour éveiller les enfants aux mystères et aux dangers du monde. Mais cette méthode de communication est maintenant récupérée par le marketing et la politique. Une marque ne peut plus se reposer sur un logo, un concept ou un bon spot de pub, tout un univers "philosophique" doit à présent être crée afin d'attirer l'attention du consommateur.

Grâce à différents exemples Christian Salmon parvient à nous faire comprendre les enjeux politiques et économiques derrière "les belles histoires" des marques ou des états. Il raconte par exemple comment Antonin Scali, juge à la Cour suprême des États-Unis justifie l'usage de la torture à un colloque de juristes à Ottawa en juin 2007 en se référant aux actions de Jack Bauer dans 24h chrono! ou comment Fox News transforme volontairement la vérité historique pour soutenir les mensonges de Bush.

En conclusion Christian Salmon explique le passage des belles histoires pour endormir les enfants aux belles histoires pour endormir les consciences!

Citations:
" Nous sommes un empire, et nous créons notre propre réalité"
"La chaîne Fox News est si loin de la réalité que cela en est risible. [...] Les reportages sont si biaisés et déformés que c'est un défi d'essayer d'y trouver une information réelle"

Christian Salmon, Éditions La Découverte, collection Poche, février 2009.



Les contradictions de la globalisation éditoriale

Publié dans le cadre du programme ESSE ("pour un Espace des Sciences Sociales Européen") cet ouvrage regroupe, sous la direction de Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS et auteure notamment de La Guerre des écrivains (Fayard, 1999) et Le Marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation (CNRS éditions, 2008.) un ensemble de réflexion sur le fonctionnement global du marché de d'édition.

Différents spécialistes décrivent les mutations du marché du livre (des stratégies des grands éditoriaux aux marché des essais et des presses universitaires aux États-Unis, de l'état des lieux de la productions de sciences humaines dans l'espace hispano-américain, des différentes initiatives mises en oeuvre afin de diffuser la francophonie), les stratégies éditoriales (avec comme exemples les développements et repositionnements sur ce segment des éditions Maspero, La Découverte, Des Femmes et le canadien Hurtubise HMH), et les politiques de traduction ( le système mondial de circulation des traductions, l'adaptation des traductions aux différences culturelles, comment faire "du neuf avec du vieux" grâce aux classiques!, les traductions française au Brésil, le marché éditorial polonais et enfin les importations des littératures d'Europe de l'Est en France).

Cet ouvrage érudit, dont la lecture demande du temps pour en comprendre tous les enjeux, est une mine précieuse d'informations qui permet de relativiser les contraintes commerciales, éditoriales et culturels nationales.

Collectif sous la direction de Gisèle Sapiro, Editions Nouveau Monde, collection Culture/Médias, février 2009.

On parle des Editions [ Mic_Mac ] !

Un petit peu de copinage pour changer! Actualitté.com parle de la maison d'édition d'un de nos collègue et ami!

L'article d'Actualitté.com
Le site officiel

lundi 23 février 2009

Fées Divers #1 : Sombre Féerie

Fées Divers est une revue consacrée au folklore féerique et s’attache à le promouvoir grâce à des dossiers, chroniques, interviews et textes littéraires. Ce 1er numéro, intitulé Sombre Féerie, nous présente intelligemment le côté dangereux, terrifiant et à la fois beau de Féerie.
Au programme, des chroniques d’ouvrages et de disques du moment, des artistes du monde féerique, une interview de Léa Silhol (!!), une rubrique dédiée aux jeux, un dossier Sombre Féerie, des nouvelles (dont une de Léa Silhol), des poèmes et plein d’autres choses.
A travers ces 117 pages, l’équipe de Fées Divers nous enchantent mais aussi nous alarment avec un article intitulé Littérature féerique, une espèce en voie de non édition où l‘on retient qu‘il faut soutenir les éditeurs plus que jamais.
Effectivement, dans certaines grandes librairies la fantasy côtoie le rayon enfant et est-ce un effet d’optique ? Les rayons s’amenuisent. Pire, les éditeurs qui proposent des livres différents, soignés, beaux, disparaissent un à un (c’est mon point de vue).
Bref, un des objectif principal de Fées Divers est de faire renaître la vraie Féerie, le folklore issu des traditions, qu’on ne l’oublie pas.
Un n°2 consacré à la féerie urbaine est déjà parue et l’on attend le n°3 avec impatience.

Fées Divers #1 : Sombre Féerie - printemps 2007
Le site de Fées Divers : http://feesdivers.fr/

L'amie du diable

L'une est retrouvée la gorge tranchée, l'autre violée et étouffée dans un vieux labyrinthe de baraquements.
Deux meurtres terribles, deux enquêtes qui progressent, de révélations en rebondissements, deux équipes aux passés lourds, voilà les ingrédients d'un bon polar à la Peter Robinson.

C'était mon premier, alors évidement, j'ai eu du retard à rattraper, du côté de l'histoire de Banks et d'Annie, les deux commissaires et de leurs affaires précédentes.

Mais ça n'a rien ôté au plaisir du cheminement: on prospecte, on croit avoir trouvé les meurtriers, et paf, un nouvel élément inattendu et ça repart!

Et puis j'ai beaucoup aimé ces descriptions minutieuses dans lesquelles on se projette aisément:

"La nuit venait de tomber quand Annie se retrouva à flâner sur le port de Whitby, passant sur le petit pont reliant les deux rives et le tableau noir où s'affichaient les horaires des marées. Les guirlandes lumineuses du pont s'étaient allumées et formaient un halo rouge et jaune dans la brume. Elles se reflétaient, en se balançant, dans les courants de la marée descendante. Des bateaux de pêche étaient couchés dans la vase, penchés. Leurs mâts étaient inclinés en direction de la lumière évanescente et cliquetaient sous la brise. Une lune spectrale était tout juste visible du côté de la mer, au dessus des volutes de brume. Ça sentait l'iode et le poisson mort. Il faisait frisquet, et Annie se félicita d'avoir mis son manteau de laine et une étole." ..

Un bon polar dans lequel je me suis immergée (même si j'avais deviné la fin une centaine de pages plus tôt grace à mon extraordinaire flair! buahaha!)

L'amie du diable, Pieter Robinson, Albin Michel traduit par Valérie Malfoy

dimanche 22 février 2009

Du vent dans mes mollets

La BD reprend le roman homonyme et la pièce de théâtre de Raphaël Moussafir et lui apporte - grâce aux illustrations cocasses de Mam'zelle Roüge (http://mamzellerouge.canalblog.com)- un nouveau relief..
la tendresse de ces instants dans lesquels on se retrouve, ces sujets que l'on aborde avec des yeux nouveaux, comme la vieillesse et la mort font de ce livre un petit bijou, bourré de tendresse. A partager.

jeudi 19 février 2009

Copinage once again

Aux contributeurs et aussi aux visiteurs:

Prenez beaucoup de plaisir à découvrir ces petites nouvelles, c'est un ordre!

http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAll&friendID=431017876

Et aussi ces trop brefs extraits qui promettent tant:

http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendID=427765849&blogID=450222572

Dites-moi ce que vous en pensez!
Et profitez-en pour explorer tous les recoins de ces deux profils.

Contes irlandais

Ce recueil de 30 contes nous emmène sur les terres du Petit Peuple d’Irlande et de ses héros et personnages sacrés. Fées, banshee, leprecaune, sirène, pooka et autres personnages issus du folklore irlandais enchantent ces pages et nous permettent d’en apprendre d’avantage sur eux. L’on croisera également des héros des épopées comme Ossian nous entraînant à Tyr-Nan-Hog, l’île enchantée.
En plus de ces contes, on trouvera une préface nous rappelant les grands noms de la littérature moderne irlandaise et l’influence que les contes populaires a pu avoir sur eux. Et pour clore ce recueil, on trouvera une présentation rapide des personnages principaux du folklore irlandais.
Au résultat, ces contes courts sont une bonne raison de plonger dans l’imaginaire celtique afin d’en apprendre plus sur ces personnages si souvent croisés dans le monde de la fantasy et du légendaire.

Présentés par Lucienne Escoube, Terre de Brume, 2008

Terry Pratchett fait chevalier par la reine d'Angleterre !!!

voila tout est dans le titre!!! ( A voir sur Fantasy.fr)

mercredi 18 février 2009

L'épopée irlandaise

Dans cet ouvrage, on retrouvera l’histoire des héros et des mythes irlandais. Le héros celte brille dans ces récits épiques qui nous emmènent dans un monde titanesque et envoûtant. Magie, noblesse, force guerrière et courage sont des mots qui caractérisent assez bien l’ambiance de cet ouvrage. Tout au long de ces 18 récits, on rencontrera des personnages célèbres du monde celtique comme Cuchulainn, Conor, Find et Ossian ou encore la fière Mève. On y croisera également les Sidhe (nom gaëlique des fées).
M’ont particulièrement plu le grand récit « la Razzia de Cualngé », à la fois drôle, épique et tragique et « le Meurtre de Cuchulainn » à l’ambiance crépusculaire.
On trouvera en guise d’introduction une mise en condition pour aborder cet ouvrage : des explications sur l’épopée irlandaise et son contexte historique et littéraire, utiles pour commencer cet ouvrage.

Introduction, traduction et notes de Georges Dottin, Terre de Brume, 2006.

Les Amants papillons

Le jour de ses 14 ans le père de Naoko lui apprend qu'elle doit quitter son village pour Kyoto pour compléter son éducation. Mais l'apprentissage du luth, de la danse aux éventails et l' art de servir du thé ne l'intéresse pas! Elle préfère écrire des haiïkus et lire! Grâce à sa servante et confidente Suzuki elle va apprendre à se déguiser en homme afin de pouvoir entrer à l'université. Elle y rencontrera un garçon à son gout et cet amour naissant sera bien sur contrarié par le désaccord du père traditionnaliste...

Un album au couleurs chaudes qui plonge dans l'atmosphère et les traditions japonaises. Encore un album que les parents feront semblant d'acheter pour leurs enfants!

Voir le site officiel de l'auteur pour feuilleter l'ouvrage.

Benjamin Lacombe, texte et illustration, Seuil Jeunesse, novembre 2007.


Oscar Wilde et le jeu de la mort

Dans cette suite d' Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (chronique ici) qui vient de sortir en poche, Gyles Branden situe cette fois l'enquête autour de la première de Lady Windermere's fan, le 22 février 1892 au Saint james Theatre à Londres. Oscar, lors d'un diner à son pub préféré dont les invités sont entre autres Bram Stocker, Conan Doyle et "Bosie" son amant à cause duquel il sera envoyé aux travaux forcés!, propose "un jeu de la mort" consistant à écrire sur un bout de papier le nom de la personne que l'on désire voir mourir! Or les meutres deviennent réalité et Oscar devra vite résoudre l'énigme, sa femme et lui faisaient parti de cette liste!

Prétexte à une galleie de portraits surréalistes, le boxeur de free fight au ring clandestin ou la mort du perroquet, Gylles Brandreth utilise avec brio les biographies officielles des différents personnages, le père de "Bosie" inventeur des règles de la boxe moderne ou les doutes de Conan Doyle quand à son souhait de tuer Sherlock Holmes, pour nous entrainer dans une enquête aussi intelligente que drolatique dans laquelle le génie d'Oscar Wilde est souvent plus important que l'intrigue elle-même!

Extraits:

" Même les mauvaises choses peuvent finir par lasser."
"On ne trouve nulle part autant de vrais sentiments et de mauvais goût que dans un cimetière."
"Il est enterré au Père-Lachaise.
- Cela ne veut rien dire, rétorqua Oscar d'un ton dédaigneux. On y met n'importe ui." Sachant qu'il y est lui-même enterré!
"Le secret de l'éternelle jeunesse est de ne jamais éprouver une émotion qui ne soit bienséante."
"Vous êtes extraordinaire, Oscar.
- Il me plaît de le penser, approuva-t-il d'un ton joyeux."

Gyles Brandreth, traduit de l'anglais par Jean-Baptiste Dupin, Editions 10-18, Collection Grands Détectives, février 2009.

mardi 17 février 2009

N'en déplaise à Jean-Paul A.

"Que s'est-il passé? demandai-je. Je me sentais somnolent et flageolant. Où sommes-nous?
-Tu as eu le droit à un petit échantillon de notre talent en matière de euh... téléportation, déclara Golgo.
-Téléportation, oh, oh, oh! pouffa Gofid. C'est bien ça!"

La Cité des livres qui rêvent, Walter Moers, Panama, Traduction de l'allemand par François Mathieu et Dominique Taffin-Jouhaud.

lundi 16 février 2009

Le Dark Current

L’obscurité est une matière. Elle recèle des signifiants essentiels, et brutaux, liés directement à nos systèmes de survie. Nous ne sommes, juste… pas capable de les percevoir, faute des nuances inhérentes aux couleurs. Le noir nous semble monobloc, sans degrés, mais il ne l’est pas. Et si nous ne pouvons opérer un tri conscient dans ses strates, notre cerveau, lui, sait. Que ce noir est en toutes choses, et définit toutes choses. La vérité perceptive, au final, ne peut donc se nicher qu’en lui.

Léa Silhol, Vertigo Eyes (leçons de vertige, dans l'ascenseur), in Fovéa [Error Type - I], Le Calepin Jaune Editions, 2008, p.195-196.
En attente de réedition chez les Moutons électriques.

dimanche 15 février 2009

Prysmes

C’est un des derniers ouvrages publiés chez le Calepin Jaune Editions, qui doit fermer incessamment sous peu…
Charlotte Bousquet, connue pour ses diverses parutions notamment dans le domaine de la Fantasy, nous livre là un recueil de 11 nouvelles fantastiques très courtes dont le thème principal est la mort. La mort par le feu, la mort par la corne, la passion des crânes, la cruauté des enfants, un pacte avec la diable, une femme et son cheval unis dans la mort, un futur voleur de souvenirs, un parfum qui vaut bien la mort, un hibou passeur vers l’autre monde, des femmes qui finissent comme des trophées et pour finir, un terrifiant récit sur la mise en terre d’un mort dont l’âme est toujours figé dans son corps.
Au total, 111 pages divertissantes agrémentées d’illustrations particulièrement bien choisies qui donnent corps aux récits (peut-être parfois un peu trop, ce qui a pour effet de nous laisser trop bien deviner la suite). A noter, les talentueuses et modernes illustrations de Fabien Fernandez.
On regrettera juste le ton parfois un peu trop naïf étant donné la noirceur du sujet.

Charlotte Bousquet, Le Calepin Jaune Editions, 2008
Illustré par Fabien Fernandez, Jijicé et Estelle Valls de Gomis

Living with the big lie: Un Mensonge sur mon père de John Burnside


Un mensonge sur mon père est le quatrième roman publié par les éditions Métailié. On y retrouve la même écriture ciselée et puissamment précise.
Sans aucun doute le plus personnel de l'écossais, le roman débute comme une confession faite à un auto-stoppeur. Le narrateur se met à monologuer à propos de son enfance et de la relation qu'il a entretenue avec son père. Un père buté, menaçant et difficile à vivre qui a su fabriquer un tissu de petits mensonges autour de lui jusqu'à convaincre totalement son entourage et ses compagnons de pub.
C'est aussi un prétexte pour le narrateur de raconter comment s'est forgée son identité au fil des années et des déménagements successifs entre Ecosse et Angleterre. Ses quelques amis, son goût pour la lecture... et une compréhension progressive du mensonge nécessaire comme d'une manière de vivre, de survivre et de se protéger.

John Burnside, comme dans ses précédents romans sait exprimer l'intérieur des êtres de façon si exacte que l'on trouve toujours quelques pensées ou sentiments personnels jamais prononcés de peur de les corrompre.
Un mensonge sur mon père, John Burnside, Métailié, 20€. Traduction de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard.

samedi 14 février 2009

La laiteuse et son chat

Cette novella met en scène une octogénaire aigrie et plutôt ignoble qui n’aime que le blanc : objet, humain, animal, tout doit être blanc, même les tâches de vieillesse qui ponctuent ses mains et qu’elle recouvre, de ce fait, de correcteur pour écolier. D’où son nom : la laiteuse.
A côté de ça, un vampire grotesque sévit un peu partout. Mais ce vampire est un peu particulier : il préfère les vieilles femmes, leur sang dont « la longueur jauge la force des arômes en bouche », et pas seulement leur sang…
On s’amusera de l’utilisation de clichés rendus grotesque au possible et soulignés par une écriture incroyablement talentueuse.
Et le chat dans tout ça ? Vous le saurez en lisant ce récit à la fois drôle et tragique, le tout écrit avec un talent rarement rencontré…
Très recommandé.
Bis : l'on ne peut que regretter la fermeture proche de ce éditeur...

Gérald Duchemin, Le Calepin Jaune Editions, 2008

Le crépuscule des loups

Il s’agit d’une anthologie consacrée au loup et sa disparition de nos paysages, particulièrement en France. On y retrouve des auteurs connus et d’autres moins comme Lucie Chenu, Estelle Valls de Gomis, Nathalie Dau ou encore Jean de la Fontaine avec Le Loup et Le Chien. Au total, 17 nouvelles fantastiques engagées qui démolissent le mythe du loup sanguinaire et destructeur. On rencontrera un monde où le loup n’est plus que virtuel, un jeune garçon lycanthrope, le retour des loups revenus se venger, une jeune fille et une louve rebelles unies contre tout, un cirque morbide, une jeune femme qui met bas chez les loups, les Devas hindous changés en meute et bien d’autres.
On note le choix judicieux de l’éditeur de boucler ce recueil avec l’excellente nouvelle de Nicolas Cluzeau.
Ces récits sont agréablement ponctués d’illustrations de Fabien Fernandez, Jijicé et Estelle Valls de Gomis.
Enfin, notons que les droits d’auteurs de cet ouvrage seront entièrement reversés au Parc Alpha du Mercantour.
L'on ne peut que regretter la fermeture proche de ce éditeur...

Anthologie dirigée par Charlotte Bousquet, Le Calepin Jaune Editions, 2008

vendredi 13 février 2009

J'ai accompagné ma soeur

Daniel Gall raconte au jour le jour comment il a vécu le suicide assisté de sa sœur âgée de 81 ans et malade d'Alzheimer et de son mari de 88 ans, ancien cancéreux, tous deux activistes dans des associations pour une meilleure fin de vie, en Suisse par l'intermédiaire de l'association Dignitas .
De l'incompréhension de l'annonce du suicide, ses formalités, le besoin de témoins pour éviter les ennuis avec la justice, le refus de voir sa sœur mourir alors qu'il l'a trouve encore en bonne santé, à l'acceptation des signes de la maladie et enfin l'impression d'impuissance et d'horreur devant le fait accompli.

L'auteur présente son récit en 3 partie: l'arrivée en Suisse, la découverte des lieux digne du film Hostel, puis l'avant ou comment sa sœur et son mari lui ont présenté la chose et enfin l'après, le deuil, les formalités, le contact avec un journaliste pour raconter son histoire.

Témoignage poignant dans lequel, grâce à l'humour, l'auteur essaye de mettre les événements à distance en décrivant toutes les émotions par lesquelles il est passé brisant ainsi le tabou du refus égoïste de la mort et de l'acceptation du suicide assisté. Mais aussi occasion pour dénoncer l'hypocrisie du système français sur le suicide accepté et les extrêmes auxquels elle pousse.

Cet ouvrage dénote des autres ouvrages "témoignage" par le fait d'être écrit par la personne concernée à partir de ses notes prises au jour le jour et non un journaliste au style insipide et formaté!

Daniel Gall, Editions Michalon, janvier 2009.


jeudi 12 février 2009

Bauhaus, Dark entries

Chaînon manquant entre le punk et le gothique, Bauhaus fait une entrée fracassante sur la scène post-punk dès son premier "Bela Lugosi's dead" ! L'auteur ne pensant pas qu'il faille se perdre dans des détails biographiques sans intérêt raconte par des anecdotes essentielles comment ce groupe atypique à forgé sa carrière en suivant son instinct et les coups de destin ayant crée le mythe.

L'auteur raconte comment l'image de dandy théâtral de Peter Murphy a focalisé l'attention du public, le mépris de la presse spécialisée, l'effet de l'extrait de concert du groupe dans le film de Tony Scott The Hunger (Les Prédateurs), les rencontres de fan avec David Bowie, l'une de leur principale inspiration, Iggy Pop et Ian Curtis.
Il explique aussi le succès inattendu aux USA, pourquoi le groupe s'est d'abord séparé, (chacun partant de son côté pour des expériences solo inégales) pour enfin se réunir 25 ans plus tard pour un nouvel album dans lequel on retrouve tout ce qui a fait le succès du groupe!

Un livre essentiel pour comprendre l'influence de ce groupe riche d'anecdotes sur la création de leurs différents albums, sur leurs tournées et leurs influences tant musicales qu'artistiques (Bauhaus est le nom d'un mouvement artistique, inspiré par l'Institut des arts et métiers fondé en 1919 à Weimar en Allemagne dissoue par les nazis et qui proposait une réflexion sur l'architecture moderne à travers le design, la danse, la photographie dont le groupe a d'ailleurs repris le logo) !

Si vous avez en tête Bela Lugosi's dead pendant toute la lecture c'est normal!

Ian Shirley, Camion Blanc, 2009.

Ian Curtis, l' âme damnée de Joy Division

En parallèle de la sortie du documentaire Joy Division (lien vers Allociné) Camion Blanc, partenaire pour sa sortie, publie une biographie de Ian Curtis, le chanteur suicidé de ce groupe phare de la scène Cold Wave à la musique atemporelle toujours aujourd'hui citée comme référence par des groupes au delà du mouvement gothique.

Cette biographie est un écho à la première éditée par Camion Blanc à sa création (voir l'introduction dans laquelle l'éditeur raconte cette annecdote!). Dans cet ouvrage la parole est donnée à la famille, les amis, les prochains. Elle permet de mieux comprendre le suicide du chanteur (pour cause d'épilepsie), ses relations avec sa femme, sa fille. Pour ceux qui ne connaissent pas ce groupe c'est comme si la famille et les amis de Kurt Cobain donnaient les raisons de son suicide au lieu de la vision de Courtney Love !

Mais les influences musicales sont aussi explorées et les accusations de fascination pour le nazisme du chanteur levées (Joy Division est le nom de l'escadron regroupant les plus belles femmes juives dans les camps de concentrations pour satisfaire les officiers nazis...).

Ceux qui ne connaissent pas bien le groupe seront peut-être découragés par la masse d'information (trop) personnelles réunie mais cet ouvrage est aussi une bonne occasion de (re)découvrir un groupe essentiel pour l'histoire de la musique!

Mick Middles, Lindsay Reade, Camion Blanc, 2009.

mercredi 11 février 2009

Terre aimée, terre maudite

Bienvenue dans une société futuriste dans laquelle les pauvres sont exclus au point d'être déportés au delà de la ville dans une" zone de désespérance" dans laquelle ils n'ont d'autres choix que de cultiver la terre de leurs mains ou se prostituer! Pour revenir à la ville ils doivent se reconstruire une identité factice car il n'y a pas d'état civile dans cette zone!
Au cœur de la ville se situe la tour financière, entourée de lieux de plaisir et de jeu en lieu et place des lieux de religion. Le héros, le jeune cadre prometteur Cyril découvre ce véritable "temple" de la religion de l'argent alors que son prédécesseur vient d'être assassiné par un mystérieux groupe terroriste.
Sa première cliente est la cliente que la banque courtisait depuis longtemps pour ses avoirs... Pourquoi aujourd'hui souhaite-t-elle répondre à ces sollicitations? Elle la petite fille de la "zone de désespérance" qui a monté l'échelle sociale grâce son activité de prostituée et qui connait tous les secrets des personnes importantes de ce milieu. Elle à qui le père adoptif à révélé son passé de reine de la cité antique dans une vie antérieure grâce à l'hypnose.
Floria va tenter de faire bascullé cette société dans le "socialisme" grâce à Cyril alors que les espions, du groupe terroriste, infiltrés partout dans la ville vont essayer de changer cette société par la violence...

Malgré une trame classique, les deux gentils héros plein de traumatismes essayant de faire basculer les choses de l'intérieur, et l'utilisation plus que cliché des révélations de la vie antérieure, Pierre-Marie Darsse parvient à nous passionner pour ce combat pour l'égalité des différentes couches sociales dans une ville qui pourrait très bien être la notre dans un futur très proche!

Une vision sympa du monde du travail, extrait:

"Le droit du travail autorise l'employeur à se séparer sans préavis des collabarateurs qu'il ne souhaite pas conserver, ceci avec une indemnité de départ de trois mois de salaire, quel que soit l'ancienneté, et sans autre formalité que la remise d'une lettre détaillant les motifs de non-satisfaction. Nos seuls objectifs doivent être la rentabilité et la compétivité. De là vient notre force. Nous ne pouvons paq nous permettre de traîner comme des boulets ceux quine suivent pas."

Pierre-Marie Darsse, Editions Normant, novembre 2008.

lundi 9 février 2009

I have the fire/I have the force


Aoki Junko possède le pouvoir de pyrokinésie. Et elle s'en sert pour châtier les criminels impunis ou mal punis. Mais ses agissements ne restent pas inconnus et sont même très médiatisés. Elle réussit à ne pas être découverte car sa manière de procéder destabilise les meilleurs enquêteurs. Les incendies qu'elle déclenche sont si localisés, si précis et d'une efficacité telle qu'ils ne peuvent pas expliquer une combustion si rapide sans traces d'agent inflammable à proximité. Les affaires sont donc closes avec les suppositions les plus probables.
Ishizu Chikaku, enquêtrice du service des incendies criminels, va cependant creuser un peu plus loin, sans jamais croire cependant à la pyrokinésie. C'est Makihara qui essaiera de la convaincre d'un tel phénomène, lui qui a vu son frère s'enflammer vif tout d'un coup alors qu'ils n'étaient qu'enfants.

Avec une narration alternée entre les deux femmes, Crossfire, paru en feuilleton en 1998, ne pose pas de lapin au rendez-vous des surprises et autres rebondissements. Bien qu'une certaine révélation au milieu du roman m'a fait un peu tiquer, la suite ne déçoit pourtant pas. Miyabe Miyuki mélange habilement enquête, fantastique et chronique sociale dans un Tokyo moderne que la violence a envahi pernicieusement au fil des décennies.
Une postface du traducteur qui survole de façon concise l'histoire du polar japonais (notamment la place des femmes dans ce genre) nous offre de plus amples détails sur le roman et son auteure.

Petite opinion pour les connaisseurs, en passant, je pense que Junko est très proche d'une certaine Lisbeth Salander (bien que celle-ci ne fut créée qu'ultérieurement).


Crossfire, Miyabe Miyuki, Philippe Picquier, 22€50. Traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary.

dimanche 8 février 2009

Rien à voir avec Frank


Alors que le cinquième volet des enquêtes d'Erlendur Sveinsson, Hiver Arctique (chez Métailié), est tout récemment sorti, je viens juste de finir... le troisième. Oui, j'ai un peu de retard. Et oui, je tiens à les lire dans l'ordre.
La Voix relate l'assassinat d'un portier/homme à tout faire dans un hôtel de luxe. Fin sordide, puisqu'il est retrouvé le pantalon baissé, dans son costume de père Noël (il est payé pour tenir ce rôle auprès des enfants des clients en cette période de fêtes). Gudlaugur, la cinquantaine dépassée, était gentil et discret. Depuis 20 ans, il s'était retiré dans ce cagibi exigu de l'hôtel, au fond d'un couloir. Complètement ignoré ou traité avec condescendance par la direction et le personnel, personne ne peut affirmer l'avoir réellement connu.
Erlendur, sur un coup de tête décide de rester à l'hôtel en tant que client pendant quelques jours. Parmi les suspects, un chef cuisiner un peu réticent, un collectionneur anglais un peu louche et la propre soeur de la victime.

La Cité des Jarres, le premier volet, plantait le décor et les personnages (je vous conseille le visionnage de l'adaptation ciné, Jar City, très fidèle tant dans l'intrigue que dans l'atmosphère.En version originale pour mieux vous en imprégner), et La Femme en vert, continuait dans la même veine, avec ses deux intrigues alternée et la peinture d'une Islande plus grise que rose.
Le personnage d'Erlendur, bourru et peu communicatif, se dévoile encore un peu plus dans La Voix. Le fil rouge est sa relation chaotique avec sa fille dont la liberté entraînait de tristes conséquences dans les deux premiers volets.
Arnaldur Indridason distille toujours son humour grinçant dans une histoire qui aborde des sujets difficiles. J'ai conscience qu'il n'y a peu d'intérêt de parler d'un 3ème volet quand le 5ème est paru, mais il se trouve que j'ai dévoré La Voix avec un sentiment de confirmation envers cet auteur dont la popularité devient évidente (et en plus j'enfonce des portes ouvertes...).
Quitte à paraître réducteur, beaucoup ne connaissent l'Islande moderne que par une facette musicale avec Björk, maintenant nous avons, devant nos yeux émerveillés, sa facette littéraire.


La Voix, Arnaldur Indridason, Points, 7,50€. Traduction de l'islandais par Eric Boury.

No love to shelter me

-Je suis le pompier veuf, dit-il en entonnant l'air d'une chanson drôle. Je sauve du feu une jolie fille. Eperdue de reconnaissance, elle me dit qu'elle me doit la vie, mais son amoureux se pointe au pas de course, ils s'embrassent, versent des larmes de joie et puis s'envolent. Et moi, le devoir accompli, je rentre au bercail, ma maison est dans le noir, le poêle est éteint, il fait froid et mon chat miaule après la nourriture.

Crossfire, Miyuki Miyabe, Philippe Picquier. Traduction du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary.

samedi 7 février 2009

Comme des fantômes

Histoires sauvées du feu. Sous-titre. Tiens donc, quoi, Fabrice Colin serait-il mort dans un incendie, et ces nouvelles seraient rescapées du feu ? Une mise en scène qui va de pair avec ces histoires tour à tour folles, étranges, touchantes, personnelles, ou tout ça à la fois… Dans ces nouvelles on rencontrera une vieille dame mourante et son chat qui laisse traîner des sourires un peu partout, Dionysos partit à la recherche de sa maman, le spectre d’un garçon, une petite fille assoiffée de sang, un papa qui tente de savoir où vont les lapins après les tours de magie… On nous racontera aussi le tourment d’un auteur forcé d’arrêter de rêver pour écrire un roman historique parce que ça, ça rapporte.
Parsemé de commentaires sur les nouvelles ou la vie de l’auteur, ce recueil nous persuade d’une chose : la mort est omniprésente dans la vie de l’auteur : jeu de la mise en scène ou réelle obsession ? Au final, il importe peu ; la lecture de ce livre est une énigme touchante et captivante, et c’est déjà beaucoup.
Mise en scène signée Fabrice Colin, avec la complicité de Claro (préface) et de David Calvo (postface).
A noter, l’esthétique remarquable de la couverture et de la présentation intérieure.

Fabrice Colin, Les moutons électriques, 2008, 364 p.
Plus d’infos:
http://www.moutons-electriques.fr/livre.php?p=intro&n=51
Site Web de Fabrice Colin : http://dreamericana.free.fr/

Seuls les enfants savent lire

Michel Zink, professeur au Collège de France, docteur ès Lettres, agrégé de Lettres classique, titulaire de la chaire de Littérature de la France médiévale et directeur de la collection "Lettres gothiques" au Livre de Poche nous livre ici un essai nostalgique, humoristique et critique sur ses souvenirs de lecture d'enfant puis d'adolescent.

Comment percevait-il les allusions historiques, morales ou simplement narratives et stylistiques tant dans ses livres d'apprentissage de la lecture ou de géographie des années 30 à 50 que dans des œuvres classiques comme les contes de Madame Le Prince de Beaumont, les romans Mark twain (Les Aventures de Huck Finn ou Tom Sawyer) , La Comtesse de Ségur ou Le Prince Eric?

Grâce à de multiples exemples l'auteur analyse et compare sa vision première et enfantine à sa perception d'adulte allant du roman de scout aux grands classiques en passant par ses livres de classe stigmatisant une image caricaturale des oppositions ville/campagne et les moeurs de "la bonne société".
Il nous démontre ainsi que ,contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'enfant comprend beaucoup de chose qui forme son inconscient de futur individu!

Michel Zink, Tallandier, janvier 2009.

vendredi 6 février 2009

Captivité

Troisième tome de la série L'Orphelinat des âmes perdues se situant donc dans un orphelinat à l'abandon dans lequel les fantômes de trois fillettes se donnent rendez-vous pour jouer aux osselets afin de définir qui racontera cette fois une histoire fantastique à l'humour noir aussi grinçant que référentiel !

Le premier attrait de ce récit est d'abord l'introduction: la descrition de l'orphelinat et les relations entre les fantômes ( voir l'extrait sur le site de l'éditeur) !
L'histoire raconte dans cet opus comment un jeune fille de 16 ans se voit obligée de suivre ses parents en vacances dans la maison de son oncle, au bord de la plage, et tombe amoureuse de son voisin, emprisonné par d'étrange gardiens. Les auteurs partent d'une trame tout à fait classique, l'être aimé est-il un vampire, le Diable?, pour construire une bluette référencielle, réellement intriguante et tout de fois effrayante (eneffet elle aide son amoureux à fuir mais était-ce réellement une bonne idée?).

On peut se poser la question de savoir si les pré adolescents comprendront les références cinématographiques... En tout cas cet opus est suffisament intriguant pour donner envie de relire les deux premiers ( Photo Hantée et Ecoute... chez le même éditeur en février 2008).

Stefan Petrucha et Thomas Pendleton, Editions Le Masque, traduit de l'anglais par Alexandre Boldrini, février 2009.

Grande Ecole du Mal et de la Ruse

Un adolescent de treize ans est repéré dans un orphelinat en Grande-Bretagne pour ses capacités de manipulation sur les autres enfants. Il est enlevé au milieu de la nuit et emmené dans la Grande École du Mal et de la Ruse. Le but de cette école très spéciale est de développer une élite douée pour la manipulation, l'infamie et la conquête diabolique du monde, soit le côté le plus noble du mal. Mais le jeune Otto Malpense, dont le père faisait déjà parti de cette organisation, n'aime pas être enfermé et réfléchi à un plan d'évasion!

L'auteur est diplômé de littérature et ça se sent! Malgré un résumé qui pourrait paraitre maintenant banal après les sorties d'Artemis Fowl ou autre Cherub il parvient à crée une atmosphère angoissante grâce à la narration qui se focalise sur le point de vue du héros, il découvre une école sur une île, le personnel encadrant porte des costumes spécifiques avec des bandeaux de pirates et sont armés de pistolets à tranquillisants! Les élèves sont habillés de costumes de couleurs différentes pour chaque grade d'étude qui sont lavés tous les jours par une machine d'entretien complexe...
De plus les personnages ne sont pas de super héros mais des petits génies sachant pirater des ondes militaires pour espionner leurs confrères ou créant une minuscule sphère avec un message pré enregistré se déplaçant comme une araignée afin de pimenter le discours en direct du premier ministre à un congrès!
Enfin une épreuve bien particulière attend le héros à la fin du récit pour tester ses motivations et ses talents!

La Grande École du Mal et de la Ruse est donc une réelle bonne surprise dont on ne manquera pas de suivre le développement ( 3 titres déjà parus en anglais, 1 à paraitre en 2009) !


Mark Walden, Éditions Le Masque, traduit de l'anglais par Anne-Judith Descombey, octobre 2008.

mercredi 4 février 2009

Petites filles d'aujourd'hui - L'apprentissage de la féminité

Résultat d'une enquête de plusieurs années basée sur des entretiens de "pré adolescentes" par une chercheuse doctorante en anthropologie et professeur dans le secondaire cet ouvrage révèle de l'intérieur les mécanismes des phénomènes d'appartenance et la manière dont les jeunes filles découvrent la féminité et l'amour.

Comment gère-t-on à cet âge l'appartenance à un groupe? Comment ne pas paraitre "trop bébé" ou trop "adulte"? A quelle star s'identifier et quelle émission regarder pour rester intégrée à un groupe? Comment et pourquoi s'identifie-t-on plus à une musique qu'à une autre?
Catherine Monnot explique grâce à des exemples tirés de chansons de Lorie, Jenifer et autres Alizée comment les jeunes filles s'identifient ou font semblant afin de rester dans un "club" ainsi que le rôle social de la tenue de journal de star.
Mais aussi comment le "soi" se forme par la décoration de la chambre et la rédaction de journaux intimes et de blogs. Ainsi que l'évolution des relations garçons-filles par le rôle de découverte sociale de la danse.
Et enfin la transition de l'estime de soi à la découverte des premiers sentiments amoureux par la médiation des représentations idéales du couple dans les films destinés aux préado ainsi que la confration à la sexualité à travers les clips des chanteuses érotisées.

Grâce à de fines analyses basées sur des exemples qui paraissent niais voir franchement ridicules pour notre génération (Lorie, Jenifer...) Catherine Monnot parvient à analyser très justement la vision de la féminité, de l'identification et des premiers sentiments amoureux des préado filles d'aujourd'hui.

Catherine Monnot, Autrement, Collection Mutations, 2009.