"Rana Toad", ça se mange?

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dimanche 4 décembre 2016

Le beau geste défensif de Peter et Bob (Chapitre 17)

Harry Kane, 1971.
   "The general leaned towards Mrs Dobson. "Now, you will tell me what I wish to learn. Then we will attend to Mr Farrier, who is such a worry to you."
  "What is it you wish to learn?" asked Mrs Dobson.
  "There is a certain piece of property - a thing of great value - which belongs to my people," said the general. "3you know that to which I refer?"
  Eloise Dobson shook her head.
  "She doesn't know," said Jupiter Jones urgently. "She doesn't know anything - nothing about Lapathia - nothing at all!"
  "Hold your tongue!" snapped the general. "Madame Dobson, I am waiting!"
  "I don't know," said Eloise. "Jupiter is right. I don't know anything. I never heard of any Alexis Kerenov. My father is Alexander Potter!"
Peter Archer, 1974.
  "And he did not entrust you with the secret?" demanded the general.
  "Secret? What secret?" cried Mrs Dobson.
  "Ridiculous!" snorted the general. "He must have told you. It was
his duty. And you will tell me - now!"
  "But I don't know anything!" cried Mrs Dobson.
  "Demetrieff!" shouted the general, losing his iron control. "She will talk!"
  Demetrieff stated towards Mrs Dobson.
  "Hey!" yelled Tom. "Don't you touch my mother!"
  Demetrieff shoved Tom roughly aside.
  "Into the cellar with them!" ordered General Kaluk. "All of them, except this obstinate woman!"
  "No you don't!" yelled Pete. He and Bob launched themselves at the younger man, Pete going for Demetrieff's gun and Bob headed in a beautiful tackle at the man's legs.
  Demetrieff went down with a loud grunt, and the gun blasted harmlessly towards the ceiling.
Jacques Poirier, 1975.
Jacques Poirier, 1975.
 
"[...] Il se pencha vers Eloïse Dobson interdite:
  "Et maintenant, dit'il, vous allez me dire ce que je désire savoir?
  -Et que voulez-vous savoir?
  -Il existe un objet... un objet de grande valeur qui appartient à mon peuple, déclara le général. Vous voyez à quoi je fais allusion, n'est-ce pas?
  -Pas le moins du monde. Je ne comprends rien de ce que vous dites."
  Hannibal intervint une fois de plus: 
  "Mme Dobson ne sait rien, affirma-t-il d'une voix forte. Elle ignore absolument tout... C'est à peine si elle sait que la Karathie existe.
  -Allez-vous vous taire, à la fin! aboya le général.
  -Mais il a raison! s'écria Eloïse Dobson. Je ne comprends rien à ce que vous racontez. Je n'ai jamais entendu parler de cet Alexis Kerenov. Mon père s'appelle Alexander Potier.
   -Et il ne vous pas mise au courant de son secret?
   -Un secret? Quel secret? demanda Mme Dobson, complètement effarée.
Édition indonésienne.
  -Ridicule! proféra Kaluk. Il vous a évidemment tout révélé! C'était son devoir. Et vous allez parler... tout de suite!
  -Je ne sais rien, répéta Mme Dobson.
  -Demetrieff! hurla presque le général hors de lui. Il faut qu'elle parle.
  Demetrieff se dirigea vers la jeune femme.
  "Hé! s'écria Tom en s'élançant pour la protéger. Ne touchez pas à ma mère!"
  Demetrieff repoussa le garçon d'une bourrade.
  "Commencez par boucler tous ces jeunes gens dans la cave! ordonna le général Kaluk. Ensuite, nous nous occuperons de cette jeune femme qui semble bien obstinée!"
  Ce fut Peter qui déclencha la bagarre...
  "Dans la cave! s'écria-t-il. Jamais de la vie!"
  Bob et lui se trouvaient tout près de Demetrieff. Sans même avoir besoin de se consulter, ils se lancèrent à l'attaque. Peter sauta sur le pistolet du Karathien tandis que Bob, se baissant brusquement, lui faisait une magnifique prise aux jambes.
  Demetrieff tomba lourdement sur le sol tandis que son arme se déchargeait toute seule, projetant vers le plafond une balle inoffensive."

The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête, M.V. Carey. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
 Pourtant, l'aspect le plus vital de ces soirées [sound-system] était sans doute leur fonction économique. Organisées par des hommes du ghetto, elles apportaient de l'argent frais, non seulement à leur entourage immédiat, mais à une plus large part de la communauté en attirant des gens qui venaient, les poches pleines, d'autres parties de la ville ou même de plus loin. Même si cela ne représentait pas une grosse somme par individu, grâce au nombre, le total n'était pas négligeable. De toute façon, tous les extras, en terme de proportion, étaient plus que bienvenus. Car il n'y avait pas que les organisateurs et les disc-jockeys pour en profiter: tout un commerce satellite gravitait autour, assurant la répartition d'un pourcentage du cash au sein d'un cercle plus vaste. Les rues menant à l'un de ces grands rassemblements étaient généralement pleines de stands proposant du "jerk pork" et du poulet, des pâtés en croûte chauds ou du poisson frit, sans compter les hommes poussant des voitures à bras chargées de noix de coco fraîches, de cannes à sucre, de bananes et de mangues. Il était rare que ces vendeurs ne repartent pas à vide. Idem pour les camions-plateaux de boissons zigzagant, transportant des palettes de Red Stripe ou de Heineken au bord de l'effondrement, et des caisses de sodas destinées aux bars installés à l'intérieur ou à l'extérieur des arènes. Enfin, à l'extrémité de cette chaîne alimentaire musicale, n'importe quel écolier avec deux sous de bon sens se levait avant l'aube pour ramasser les bouteilles vides et les ramener à l'usine afin d'empocher la consigne d'un penny pour chacune d'elles.

Bass Culture - Quand le Reggae était Roi, Lloyd Bradley, Allia. Traduit de l'anglais par Manuel Rabasse.

mercredi 30 novembre 2016

Temporalité, Chronologie & Continuité - 1ère Partie (Tomes 1-3)

  L'idée d'établir une chronologie de la série créée par Robert Arthur remonte à ma lecture du septième tome des aventures du trio. Une date précise est indiquée, celle de l'anniversaire d'August August, le client britannique et ponctuel de The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste. En revenant en arrière et en m'aidant également des indications relatives aux trente jours accordés à Jupiter pour utiliser la Rolls Royce et Worthington/Warrington, j'ai pu établir que les treize premiers tomes se déroulent entre juillet et septembre d'une année qui restera inconnue. Voyons donc si Robert Arthur avait bien planifié sa continuité temporelle.

Tome 1 - The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des revenants:

1er jour:

Au Chapitre 1, Bob revient de la bibliothèque où il travaille à temps partiel. On suppose qu'il s'agit du milieu ou la fin de l'après-midi. A la fin du chapitre, Jupiter/Hannibal organise la journée du lendemain:

"[...] And tomorrow every man will do his duty, come what may."
"[...] Et que demain chacun fasse son devoir!"

  Mais il déclare aussi un petit peu avant quelque chose qui aura son importance pour cette chronologie:

 "[...] I will phone the Rent-'n-Ride Auto Rental Agency and tell them I shall start my use of the car at ten o'clock tomorrow morning."
"Je vais immédiatement téléphoner à la société de location de voitures pour annoncer que j'aurais besoin de la Rolls à partir de demain, dix heures."

  Dans le texte original, Jupiter dit qu'il va entamer le temps que le concours lui a accordé, c'est-à-dire les trente jours d'utilisation de la Rolls et de son chauffeur. En traduisant par "j'aurais besoin", Vladimir Volkoff gomme cette précision très importante pour la continuité de la série.

2ème jour:

  Chapitre 2:
  "The folowing morning"/non traduit. 
  
  Jupiter et Peter portent leur costume du dimanche, mais ce n'est qu'une expression: Bob ne travaillerait pas à la bibliothèque un dimanche.

  Chapitre 3:
  "It was rather late in the afternoon."/
  "L'après-midi tirait à sa fin."

  Cette indication confirme ma supposition concernant le premier chapitre. Bob revient également de la bibliothèque comme la veille.

  Entre le Chapitre 4 et 6: sont décrits la première visite nocturne du château et l'étrange avertissement téléphonique.

3ème jour:

  Chapitres 7-9: 
  "The following afternoon."
  "Le lendemain après-midi." 
  
  Deuxième visite au château et rencontre avec The Whisperer/Le Chuchoteur.

4ème et 5ème jour:

  Chapitre 10: 
  "It was two days since Jupiter and Pete had interviewed The Whisperer."
  "Quarante-huit heures s'étaient écoulées depuis qu'Hannibal et Peter avaient rendu visite au Chuchoteur."
  Jupiter se tord la cheville.

6ème et 7ème jour:

  Chapitre 11: 
  "It was two days since Jupiter had hurt himself. His Uncle Titus had rushed him to the hospital, where they had keptt him a whole day."
  "Il y avait deux jours qu'Hannibal avait fait cette chute malencontreuse. Son oncle l'avait emmené à l'hôpital où il était resté toute une journée."
  
  Jupiter envoie Peter et Bob au château le soir-même.

  Chapitre 12: troisième visite au château.

8ème, 9ème et 10ème jour:

  Chapitre 13: 
  "The Three Investigators were holding their first meeting in three days."
  "Les garçons étaient réunis pour la première fois depuis trois jours."

  "Jupiter had had three days in bed to think."
  "En trois jours, Hannibal avait eu le temps de réfléchir beaucoup."

  Chapitres 14-18: Soir du 10ème jour. Quatrième visite au château, jusqu'au dénouement.

11ème jour:

Chapitre 19: "The next morning"/"Le lendemain", dans le bureau d'Alfred Hitchcock.

  Cette toute première enquête se déroule en 11 jours. Il n'y a aucun élément précisant combien de temps s'écoule jusqu'au début du deuxième tome.

Tome 2 - The Mystery of The Stuttering Parrot/Le Perroquet qui bégayait:

1er jour:

  Chapitres 1-5:
  Il n'y aucune précision sur le moment de la journée jusqu'au chapitre 4 où l'on apprend que "Bob Andrews was eating his supper", donnée temporel que Volkoff efface en traduisant par "terminait son dessert" sans préciser le repas. Il efface également le fait que Bob "got home from the library", ce qui, on l'a vu pour le premier tome, est important pour situer l'action. Il revient de la librairie en milieu ou fin d'après-midi. Je suppose donc que les trois premiers chapitres avec Jupiter/Hannibal et Peter se déroulent simultanément aux heures de travail de Bob.

2ème jour:

  Chapitre 5-7: 
  Le deuxième jour commence au milieu du Chapitre 5 avec la mention:
 "The following morning"/"Le lendemain matin".

  On avance vers l'après-midi au cours du Chapitre 6 quand la narration mentionne "a couple of hours later"/"deux heures plus tard". De plus le job de Bob sert encore d'indication: "Bob had had to go to the library to work"/"Bob avait dû les quitter pour aller travailler à la bibliothèque."

3ème jour:

  Chapitre 8-9: 
  "The next morning"/"Le lendemain matin". 
  Le Chapitre 9 débute alors que le trio sont en plein "lunch", c'est-à-dire le repas du midi. On suppose qu'ils passent le reste de la journée à travailler au Paradis de la Brocante. Aucune mention de Bob et de son job.

4ème jour:

Chapitre 10-14: 
  "The following morning"/
  "On était au lendemain matin." 

  Cependant, il est mentionné ce qui s'est déroulé "The previous evening"/"La veille au soir."

  Nous sommes toujours dans la même journée au Chapitre 13 ("Half an hour later" que Volkoff raccourcit en seulement "dix minutes").

  Le Chapitre 14 se déroule le soir: 
  "His partners, having finished telling about their adventures that day [...]"
  "Peter et Bob [...] venaient de lui faire le compte rendu de leurs aventures de la journée." 

  Il est précisé que "Jupiter had put in a long day tending The Jones Salvage Yard."/"Hannibal avait eu une dure journée au Paradis de la Brocante" et que ses acolytes "had been home and had supper" (ceci est omis par Volkoff). Bob n'a pas travaillé à la bibliothèque ce jour-là, serait-ce le week-end?

5ème jour:

  Chapitre 15: 
  Par contre on apprend qu'Archives et Recherches "passa toute la journée suivante à travailler à la bibliothèque" ("All day working at the library") et qu'il se rend au Q.G. "after supper"/"après dîner".

6ème jour:

  Chapitre 15-19: 
  Avant que ce même chapitre 15 ne se termine, un autre jour est passé: "The following day"/"Le lendemain." 
  Nos trois amis ont été occupés toute la journée, ils se réunissent au Q.G. et  malgré les protestations de ses adjoints Jupiter/Hannibal insiste pour qu'ils aillent au cimetière ce soir-même:
  "We have to go there immediately. With Daylight Saving, we have just enough time to get there, find the hidden painting and return before it gets dark."
  "Nous devons y aller immédiatement. Nous avons le temps d'y faire un saut, de trouver le tableau et de revenir avant la nuit."

  Ce sont les dernières péripéties jusqu'au dénouement.

7ème et 8ème jour: 

  Les Trois Jeunes Détectives rendent visite à Alfred Hitchcock "two days later", précision omise par le traducteur français.

Cette deuxième enquête compte donc 8 jours ce qui ajoutés à la première donne un total de 19 jours, sans compter le temps qu'il s'écoule entre les deux.

Tome 3 - The Mystery of the Whispering Mummy/La Momie qui chuchotait:

1er (et 2ème) jour:

   Il faut d'abord préciser que le Chapitre 2 se déroule avant le début du roman
  "On this particular afternoon, two days before the boys had received Alfred Hitchcock's letter..."
  "Cet après-midi-là - deux jours avant celui où les Trois jeunes détectives reçurent la lettre d'Alfred Hitchcock..."

3ème jour:

Chapitre 1 et 3-12
  C'est Mathilda qui nous renseigne sur le moment de la journée, précision qui n'est pas traduite par Vladimir Volkoff (on peut tout de même se situer par rapport à l'arrivée du facteur à ce moment-là):

  "All right, boys," she said, "I'll give you the rest of the morning off."

  C'est dans le Chapitre 4 que l'on trouve un dialogue très important pour cette série d'articles et pour la continuité de la série. Le trio discute des jours qu'il leur reste pour utiliser la Rolls.

  "Jupe," Bob said, stretching luxuriously, "I don't know what we'll do when your thirty days' use of this car is up. We've used it for fourteen days already."
  "Fifteen, I regret to say, Master Andrews," Worthington, the tall, erect English chauffeur in the front seat reminded him. A warm friendship had sprung up between him and the boys. "Counting today, that is. I will miss our little adventures when I no longer have the pleasure of driving you."
  "That just leaves fifteen days," sighed Pete.
  "Two and two don't always make four," Jupe said, his manner mysterious. "And fifteen and fifteen don't always make thirty. Stop here, please, Worthington." 

  "Babal, dit Bob en se prélassant sur les coussins, je ne sais vraiment pas ce que nous ferons quand les trente jours de location que tu as gagnés seront terminés. Nous en avons déjà utilisé quatorze.
  -Quinze, monsieur Bob, en comptant aujourd'hui, corrigea Warrington. Et je serai le premier à regretter nos aventures communes, lorsque je n'aurai plus le plaisir et l'honneur de vous conduire."
  [...] Une amitié le liait aux garçons depuis qu'ils avaient partagé les dangers et les victoires.
  "Alors, il ne nous reste plus que quinze jours à prendre, soupira Peter.
  -Deux et deux ne font pas toujours quatre, répondit Hannibal d'un ton énigmatique. Et quinze et quinze ne font pas toujours trente. Voulez-vous arrêter ici, Warrington?"

  Il resterait donc 15 jours. Or si l'on prend en compte les indications temporelles des deux premières enquêtes, au moins 19 jours se sont écoulés depuis leur première utilisation. Auxquels ils faut ajouter les deux jours, temps qu'il a fallu à lettre d'Hitchcock pour leur parvenir. Car même, au meilleur des cas, le Professor Yarborouh a appelé Hitchcock le même jour que l'épilogue de la deuxième enquête. On doit donc partir du principe que la série a commencé 21 jours plus tôt et non 15. Il y a déjà un soucis dans la chronologie.

  On peut suivre peu à peu la façon dont se déroule la journée:

  Chapitre 6:
  
  Pete et Bob attendent leur chef:
  "It's a quarter past six, and he told us to meet him here at six o'clock sharp." 
  "Il est six heures et quart et nous avions rendez-vous à six heures."

  De plus, on peut déduire grâce aux indications ci-dessous que nous sommes toujours dans la même journée:

  "The notes he had been writing down about the morning's episode. He had been working all afternoon in the library, where he had a part-time job [...]."
  "Bob venait de consigner par écrit tous les éléments recueillis le matin. Il avait passé l'après-midi dans une bibliothèque où il travaillait à mi-temps."

  Chapitre 7: 

  Il est amusant de voir que V. Volkoff traduit "slightly less" en retirant dix minutes:
  "Slightly less than an hour later."
  "Cinquante minutes plus tard."

  Chapitre 11: 

  Il s'agit toujours du même jour, mais il est tard et Bobl s'inquiète de ne pas avoir eu de nouvelles de Pete qui, comme le lecteur y a assisté, se trouve en mauvaise posture, enfermé avec Hamid dans un sarcophage:

  "Golly," Bob said, "it's five minutes to ten. Pete still hasn't shown up." 
  "Dix heures moins cinq et Peter n'a pas donné signe de vie! remarqua Bob, inquiet."

  La journée se termine comme on peut le constater avec cette indication:

  "Bob went to bed, worried about Pete, but unable to think of anything to do."
  "Bob alla se coucher, très inquiet pour Pete et ne sachant que faire."

  Cependant, nous avons une dernière péripétie avant le jour d'après: Pete et Hamid ont réussi à se sortir du pétrin dans lequel ils étaient. Pete se sert du walkie talkie pour contacter Jupiter/Hannibal à la fin du Chapitre 12.

4ème jour:

  Chapitres 13-17
  La majeure partie de la journée se passe au Chapitre 13 qui commence avec "The following morning"/"Le lendemain matin"et se termine avec "he would not speak another word about the case all afternoon"/"il refusa, jusqu'au soir, de dire un mot de plus au sujet de la momie qui chuchotait."

  Et comme l'indique le début du Chapitre 14 avec "Early that evening"/"A la fin de l'après-midi", le roman se dénoue jusqu'à la fin du Chapitre 17.

5ème jour (ou plus?):

  Comme il n'y a aucune indication, on suppose que la visite à Alfred Hitchcock se passe au moins le lendemain.

  Je conclue en disant que les trois premières enquêtes se déroulent en tout sur 24 jours si l'on en suit les indications temporelles. Robert Arthur n'a malheureusement pas semblé faire attention de bien caler le compte des jours avec les trente jours accordés aux Jeunes détectives pour l'utilisation de la Rolls. Le dialogue du Chapitre 4, affirmant qu'il reste 15 jours, est déjà en décalage. J'établirai dans la deuxième partie la chronologie réelle des trois enquêtes suivantes, toujours avec les indications données par la narration. Il faudra attendre la troisième partie pour avoir une date précise (la seule de la série jusqu'à maintenant, et au moment où j'écris ces lignes, j'en suis au 17ème tome) et voir à quel point le décalage s'est creusé.

The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des revenants, The Mystery of the Stutterring Parrot/Le Perroquet qui bégayait et The Mystery of the Whispering Mummy/La Momie qui chuchotait, Robert Arthur. Traduit de l'américain par Tatianna Belinni/Vladimir Volkoff.
  [...] Les Africains déportés ne purent évidemment pas emporter leurs instruments de musique sur les bateaux négriers. C'est donc de leur mémoire et de leur volonté de ne pas rompre avec leur héritage culturel qu'ils ressurgirent à la Jamaïque. L'île possédant des ressources naturelles similaires à celles que l'ont pourrait trouver sur le continent africain (de nombreuses variétés de bois par exemple), les marrons et les esclaves, ainsi que leurs descendances, ne rencontrèrent aucune difficulté matérielle pour reconstituer les djembés, congas et autres instruments de musique originaires d'Afrique. Pour conclure sur l'instrumentation, évoquons cet autre instrument qui joua un rôle tout aussi primordial dans la musique africaine: la voix. Sans nul doute l'un des plus anciens instruments de musique du monde, la voix revêtait une importance capitale dans les musiques d'Afrique du fait, notamment, que les sociétés africaines étaient essentiellement de tradition orale. La voix était et reste le médium le plus efficace pour véhiculer des émotions, des croyances, des idées, des messages, des histoires ou des rêves. En ce sens, nous pouvons souligner la pertinence des textes et l'importance du commentaire social dans les chants africains. Enfin, il est utile de noter que la voix est le seul instrument sur lequel l'esclavage n'eut quasiment aucune répercussion, contrairement aux tambours et autres instruments "palpables" qui, étant fabriqués à partir de la mémoire des esclaves, ressemblaient à leurs équivalents africains mais n'étaient pas complètement identiques.
  Un autre trait distinctif de la musique africaine était le rythme qui se caractérisait par une véritable polyphonie développée par l'utilisation de divers instruments (chacun d'entre eux possédant des vibrations et des sonorités particulières) et soutenue par les voix des chanteurs. De plus, les musiciens et chanteurs africains jouaient le plus souvent de manière instinctive et totalement libre, utilisant généralement l'éventail entier des notes et produisant une très large gamme de sons tout en changeant régulièrement de tonalité.
  Une troisième caractéristique était l'improvisation. Comme nous venons tout juste de l'expliquer, les musiciens africains jouaient complètement à l'instinct dans un contexte d'improvisation libre. Les chanteurs et musiciens improvisaient des mélodies traditionnelles, les adaptant en fonction de l'atmosphère et de l'ambiance générale. Cet art de l'improvisation se trouve d'ailleurs également au cœur de la danse africaine; nous pourrions même ajouter qu'il définit la danse africaine même. L'improvisation est sans doute l'un des critères de différence les plus notables entre la tradition musicale (cette expression englobe ici la musique et la danse) africaine et la tradition musicale européenne qui s'inscrit depuis des siècles dans une tradition académique/intellectuelle de l'enseignement/apprentissage de la musique via notamment les écoles et conservatoires de musique et l'utilisation de partitions musicales.

Vibrations Jamaïcaines - L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Jérémie Kroubo Dagnini, Camion Blanc.

dimanche 27 novembre 2016

Scènes inaugrales - 5ème Partie (Tomes 13-15)

Tome 13 - The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil:

  Ce début, sous la plume de William Arden, a deux particularités notables. D'une part, il s'inscrit dans la continuité temporelle: le début du mois de septembre colle plus ou moins avec les indications données pendant les onze premiers tomes (le douzième parlait bizarrement d'hiver). D'autre part, Jupiter/Hannibal travaille a une invention que l'on découvrira plus loin dans le roman. Les baquets est le prétexte qui les emmènera au cirque, le lieu principal de l'intrigue.

"On an afternoon in early September, Jupiter Jones and Peter Crenshaw were busily working in Jupiter's workshop in the The Jones Salvage Yard. To be honest, Jupiter was working while Pete watched, and it was Pete who first saw Uncle saw Uncle Titus Jones staggering up to them carrying two big wooden tubs.
  "Boys," Uncle Titus announced as he plunked down the two tubs in front of them, "I have a job for you. I want these tubs painted in red, white and blue stripes!"
  Pete gaped at the tubs. "Stripes on washtubs?"
  "You mean right this minute, Uncle Titus?" Jupiter asked.
  The stocky boy looked glumly at the array of tiny electronic parts on his workbench.
  "Jupe's building a new thingumajig for The Three Investigators," Pete explained to Uncle Titus.
  "A new invention, eh?" Uncle Titus said, momentarily distracted from his washtubs. "What is it, Pete?"
  "Who knows? Gosh, you know Jupiter," Pete exclaimed. "I'm just the helper. Who tells me anything?"
Jacques Poirier, 1974.
  "On était tout au début de septembre. Cet après-midi-là, Hannibal Jones et Peter Crentch s'étaient installés dans l'atelier des Jones - Le Paradis de la Brocante! - pour y travailler... A dire vrai, c'était Hannibal seul qui travaillait! Peter, lui, se contentait de regarder son camarade. Soudain l'oncle Titus fit son apparition. Il titubait presque sous le poids de deux gros baquets de bois.
  "Garçons! annonça-t-il en laissant tomber les deux cuviers devant lui. Voilà du travail pour vous! Il s'agit de me peinturlurer ces trucs-là! Je veux de belles raies rouges, blanches et vertes!"
  Peter regarda d'un air ahuri:
  "Des raies sur ces baquets? murmura-t-il.
  -Tu es pressé, oncle Titus?" demanda Hannibal.
  Le gros garçon considérait d'un air navré les multiples petites pièces métalliques éparses sur son établi.
  "Babal est en train de construire un nouvel appareil extraordinaire qui nous servira dans nos enquêtes, crut bon d'expliquer Peter.
  -Une nouvelle invention, hein? fit l'oncle Titus qui, très intéressé, en oublia momentanément l'objet de sa venue. Qu'est-ce que c'est au juste?
  -Je n'en sais rien! soupira Peter. Vous connaissez Hannibal. Je suis là pour l'aider mais il ne me fait pas de confidences."

Tome 14 - The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait:

  Cette entame rappelle au fans assidus de la série celle de The Mystery of the Vanishing Treasure/L'Arc-en-ciel a pris la fuite. Cette familiarité est totalement volontaire, car comme vous pouvez le lire dans l'article principal de ce roman, Nick West, troisième auteur officiel, s'amuse tout du long à reprendre/parodier, avec quelques différences, des scènes déjà imaginées par Robert Arthur.

"I wonder," Jupiter Jones said one morning, "how we would go about attempting the biggest robbery ever seen in this area."
  His two companions reacted with surprise. Bob Andrews dropped the stack of small cards he was feeding into their old printing press. Pete Crenshaw, who was mending an old radio, jerked and saw his screwdriver glance off in an erratic arc.
  "What was that you said?" Pete asked, trying to smooth out the jagged scratch he'd made on the wooden back of the radio.
  "I said I wonder how we would go about attempting the biggest robbery ever tried in this area," Jupiter repeated. "That is, if we were master criminals."
  "While you're wondering," Pete said, "try to find out what happens to us after we get caught. I heard somewhere that crime doesn't pay."


Jacques Poirier, 1973.
  "Ce matin-là, Hannibal Jones avait l'air songeur. "Je me demande, murmura-t-il, comment il faudrait nous y prendre pour réussir le vol le plus sensationnel jamais commis jusqu'ici dans le pays."
  Ses deux compagnons firent un bond de surprise. Bob Andy lâcha le paquet de cartes de visite qu'il s'apprêtait à placer sous la presse à imprimer. Peter Crentch, occupé à réparer un vieux poste de radio, eut un geste si brusque que son tournevis dérapa.
  "Qu'as-tu dit? s'écria Peter en essayant d'effacer la marque laissée par son tournevis sur le bois du poste.
  -Je me demande, répéta Hannibal, comment nous devrions procéder pour commettre le vol le plus important jamais tenté jusqu'ici dans la région! C'est-à-dire... si nous étions des malfaiteurs.
  -Tant que tu y es, bougonna Peter, tâche d'imaginer ce qui nous arriverait si nous étions pincés. J'ai toujours entendu dire que le crime ne payait pas."

Tome 15 - The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête:

  C'est avec ces lignes que nous faisons pour la première fois connaissance avec M. V. Carey, quatrième auteure officielle. Outre ce que cette contribution féminine apporte à la série, ce qui saute aux yeux, c'est que ce quinzième tome se déroule en juin (le détail n'est pas traduit par Claude Voilier), supposant un probable hiatus de plusieurs mois depuis le treizième (le quatorzième ne donnait pas d'indications temporelles précises). Je me suis exceptionnellement permis une coupure, non pas parce que ces lignes n'étaient pas importantes mais parce que je ne voulais pas dépasser la dizaine de lignes caractéristiques de cette série d'articles thématiques. J'ai gardé l'indication temporelle ainsi que le léger aperçu de l'apparence du potier annonçant son côté excentrique.

"Jupiter Jones heard the truck turn off the Coast Highway. There was no mistaking it. It was The Potter.
  Jupe had been raking the white gravel drive of The Jones Salvage Yard. Now he stopped and listened. "He's coming this way," announced Jupiter.
  Aunt Mathilda was nearby, watering the geraniums she had planted along the edge of the drive. She turned the nozzle of the hose, cutting off the flow of water, and looked down the short street towards the highway. "Now why on earth?" she wondered.
  The Potter's ancient truck wheezed up the very slight grade between the Coast Highway and The Jones Salvage Yard. "He'll never make it," said Aunt Mathilda.
  [...] "Jupiter, my boy!" shouted The Potter. "How are you? And Mrs. Jones! My, you're looking radiant this June morning!"
  The Potter fairly bounced out of the cab of his truck, his spotless white robe swirling around him."
Jacques Poirier, 1975.

  "Hannibal Jones était occupé à ratisser l'allée sablée, dans la cour du Paradis de la Brocante, le dépôt de bric-à-brac de l'oncle Titus. Soudain il leva la tête au bruit caractéristique d'une vieille voiture qui, venant de la grand-route, tournait dans le chemin.
  "C'est la camionnette du Potier! annonça-t-il. On la reconnaît entre mille. Elle vient par ici."
  La tante Mathilda, qui arrosait les géraniums le long de la barrière blanche, près de l'entrée, interrompit sa besogne.
  "Que peut-il nous vouloir?" demanda-t-elle, intriguée.
  [...] "Salut, Hannibal! lança le Potier. Bonjour, madame Jones! Vous avez une mine splendide ce matin!"
  Il sauta à terre en prenant bien soin de ne pas salir sa longue robe blanche."

The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil, William Arden.
The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait, Nick West.
The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête, M.V. Carey.
Traduit de l'américain par Claude Voilier. 
Le chemin

J'ai suivi
le chemin

le chemin
me mena
derrière moi

Juste après la pluie, Thomas Vinau, Alma.

mercredi 23 novembre 2016

"Nous afons les moyens de fous faire parler..." (Chapitre 10)

Jacques Poirier, 1975.
  The general suddenly sat straight, gripping the arms of his chair. "Where is he?" he demanded.
  "Huh?" said Bob.
  "You heard me. Where is the man you call The Potter?"
  "We don't know," Jupiter said.
  "That is impossible!" said the general. A flush of color rose to his leathery cheeks. "He was with you yesterday. Today you helped his friends when they arrived at his house. You know where he is!"
  "No, sir," said Jupiter. "We have no idea where he went after he left the salvage yard yesterday."
  "He sent you here!" The accusation was curt.
Édition britannique, Armada, 1987.
  "No!" cried Bob.
  "Do not tell me fairy tales about wandering in the chaparral!" shouted the general. He beckoned to his associate. "Demetrieff! Your gun, if you please!"
  The man handed the weapon to the general.
  "You know what to do," said Kaluk harshly.
  Demetrieff nodded and began to unbuckle his belt.
  "Hey, wait a minute!" shouted Bob.
  "You will remain seated," said General Kaluk. "Demetrieff, take the fat one who talks so well. I want him to talk more."
  Demetrieff went around behind the bunk on which Jupe and Bob were seated. Jupiter felt the leather of the belt settle around his head.
  "Now you will tell me about The Potter," said the general. "Where is he?"
  The belt tightened on Jupiter's head.
  "I don't know, said Jupiter.
  "He simply walked away from your... your salvage yard and was not seen again?" The general was almost sneering.
  "That's what happened."
  The belt tightened some more.
  "And he was expecting guests - these friends you speak of - these friends to whom you were so helpful."
  "That's right."
  [...] "He said nothing to you? You swear it?"
  "He said nothing," declared Jupiter. He stared straight at the general, unblinking.
  "I see." The general stood up and walked to Jupiter. He looked at him for half a minute, then sighed. "Very well, Demetrieff. We will let them go. He is telling the truth. [...] A pair of children, curious as all children are curious. They know nothing."
  The belt was removed from Jupiter's head. Bob, who had not realized that he was holding his breath, let out a great gasp of relief.
Jacques Poirier, 1975.

  "Brusquement, le général se redressa sur son siège, agrippa fermement le bord de la table et se pencha en avant. Ses yeux jetaient des éclairs:
  "Où est-il? cria-t-il d'une voix tonnante.
  -Qui ça? demanda Bob en sursautant.
  -Vous savez bien de qui je parle. De cet homme que l'on appelle le Potier!
  -Nous l'ignorons, monsieur, affirma Hannibal.
  -C'est impossible! rugit Kaluk tandis qu'une flambée de colère rougissait ses joues tannées. Il était avec vous hier. Et aujourd'hui vous avez aidé ses invités à s'installer dans sa maison. Vous savez où il se trouve.
  -Non, monsieur, dit Hannibal. Nous ignorons où il s'est rendu après avoir quitté la cour du bric-à-brac, hier matin.
  -C'est lui qui vous a envoyés ici! lança le général d'un ton accusateur.
  -Ce n'est pas vrai! s'écria Bob.
  -Ne mentez pas! [...] Demetrieff! Votre pistolet, s'il vous plait!"
  Demetrieff passa son arme au général.
Édition britannique, Armada, 1992.
  "Vous savez ce que vous avez à faire?" lui dit encore Kaluk d'une voix dure.
  Demetrieff fit signe qu'il avait compris et se mit à détacher sa ceinture.
  "Hé! Attendez un peu! cria Bob, effrayé.
  -Restez assis! ordonna le général Kaluk. Demetrieff! Commencez par ce jeune homme qui parlait
tellement tout à l'heure. Puisqu'il a la langue si bien pendue, je désire l'entendre parler plus encore."
  Demetrieff alla se placer derrière Hannibal et lui passa autour du front sa ceinture de cuir formant boucle.
  "Maintenant, dites-moi ce que vous savez du Potier! ordonna le général. Où est-il?
  -Je n'en sais rien", répondit Hannibal.
  La boucle se resserra autour de son crâne.
  "Ainsi, il a quitté la cour du bric-à-brac et personne ne l'a revu depuis?
  -C'est en effet ainsi que les choses se sont passées.
  La boucle se resserra davantage.
  "Et il attendait des invités... ces amis dont vous m'avez parlé"... Ses amis vis-à-vis desquels vous vous êtes montrés si secourable?
  -Exactement.
  [...] - Et le Potier ne vous a rien confié avant de disparaître?
  -Il ne nous a rien dit du tout", affirma Hannibal.
  Il regardait son interlocuteur droit dans les yeux, sans ciller.
  "Je vois..." Le général se leva, s'approcha du chef des détectives, le contempla une bonne minute en silence, puis soupira. "Très bien, Demetrieff. Laissons-les partir. Ce garçon dit la vérité. [...] Ce ne sont que des , curieux comme tous les garçons de leur âge. Ils ne savent rien."
  Demetrieff libéra Hannibal de la courroie qui lui serrait la tête. Bob qui, jusque-là, avait retenu son souffle, se permit enfin de respirer librement."

The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête, M.V. Carey. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
Lorsqu'il avale un sandwich, il est habituel de voir Gould vider une ou deux bouteilles de ketchup sur son assiette, qu'il mange ensuite à la cuillère. Le serveur du Jefferson Diner, dans Village Square, un de ses repaires, rassemble toutes les bouteilles de ketchup et les cache dès que sa tête apparaît à la porte. "Je n'aime pas particulièrement ce sacré truc, dit-il, mais j'ai pris l'habitude de manger tout ce que je peux obtenir. C'est la seule bouffe que je connaisse qui soit gratuite."

"Professeur Mouette" in Le Merveilleux Saloon de McSorley, Joseph Mitchell, Diaphanes. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Bernard Hœpffner.

dimanche 20 novembre 2016

Bob tombe bien bas... (Chapitres 9 & 10)

Harry Kane, 1971.
  "The boys passed the Cadillac and headed for the retaining wall to let themselves down again into the
dry steam bed.
  "It's closer here, I think," said Bob, cutting across an open patch of ground which might once have been a kitchen garden.
  And with that, Bob suddenly shouted, threw up his arms, and dropped out of sight.

"Bob are you hurt?"
  Jupiter knelt beside the hole which had appeared in the earth. Below, in what seemed to be some sort of cellar, Jupe could barely see Bob getting to his knees.
  "Blast!" said Bob.
  "Are you hurt?"
  Bob stood up and hunched his shoulders. "No, I don't think so."
  Jupiter stretched full length on the ground and reached one hand towards Bob. "Here!" he said.
  Bob grasped the hand, put one foot on a shelf and tried to climb out of the hole. Wood splintered under his feet and he fell back, almost taking Jupe with him.
  "Blast!" he said again, and then he froze, caught by the sudden beam of a very powerful torch.
  Jupiter did not move, and Bob remained where he was, sitting on bare earth at the bottom of the hole, staring up past rotted, splintered planks.
  "Exactly what are you doing here?" demanded the younger resident of Hilltop House.
  Only Jupiter Jones could manage an air of superiority while stretched full-length on the ground. "At this precise moment," he said, "I was endeavouring to get my friend out of this hole. Please assist me, so that we can ascertain as quickly as possible whether he is injured."
  "Why you impudent-!" began the younger man.
  This outburst was interrupted by a deep chuckle. "Peace, Demetrieff," said the older, bald person. He knelt, surprisingly agile for one who was not slender, and reached towards Bob. "Can you take my hand?" he asked Bob. "We do not have a ladder on the premises."

  "Les deux garçons repassèrent devant la Cadillac et se dirigèrent vers le petit mur qu'ils devaient escalader pour retrouver le lit du ruisseau à sec.
  "Ce doit être plus court par ici!" murmura Bob en courant à travers un carré de terrain qui semblait avoir été jadis un jardin potager.
  Là-dessus, il poussa un brusque cri, tendit les bras comme pour se retenir, et disparut sous les yeux d'Hannibal stupéfait.

  "Bob! Tu n'es pas blessé?"
  Hannibal s'était agenouillé au bord du trou où son ami venait de disparaître si soudainement. Tout au fond, il apercevait vaguement Bob qui se relevait tant bien que mal.
  "Bob! Tu n'as rien?"
  Bob, de nouveau sur pied, se palpa.
  "Non, dit-il enfin. Ça va!"
Jacques Poirier, 1975.
   Hannibal se mit à plat ventre et tendit à son camarade une main secourable. Bob, qui semblait être tombé dans une sorte de cave, posa le pied sur une étagère et, cramponné à la main d'Hannibal, tenta de se hisser hors de sa prison. Mais les planches pourries cédèrent sous son poids. Il retomba en arrière, manquant d'entraîner Hannibal à sa suite.
  "Flûte!" s'écria-t-il.
  A la même seconde, il se trouva pris dans le faisceau lumineux d'une puissante torche électrique, tandis que la voix du plus jeune des deux étrangers ordonnait:
  "Ne bougez pas!"
  Hannibal s'immobilisa et Bob resta comme il était... assis au fond de son trou, parmi les débris des planches pourries.
  "Je voudrais bien savoir ce que vous faites ici!" dit encore l'étranger.
  Il fallait vraiment être Hannibal Jones pour conserver toute sa dignité dans son inconfortable position. Ce fut en effet toujours à plat ventre qu'il répondit:
  "En ce moment précis, je m'efforce de tirer mon copain de ce trou. Vous seriez bien aimable de me donner un coup de main. J'ai hâte de voir s'il n'est pas blessé!
  -Vous ne manquez pas de toupet..." commença l'étranger.
  Un rire étouffé lui coupa la paole:
  "Du calme, Demetrieff!" dit l'homme chauve en apparaissant.
  Il s'agenouilla avec une souplesse que l'on n'aurait pas attendue de lui et tendit la main à Bob.
  "Allez-y, mon garçon. Nous n'avons pas d'échelle à vous prêter!"

The Mystery of The Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête, M.V. Carey. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
  Si l'on voulait trouver un équivalent britannique raisonnable à ce que les sound-systems représentaient pour la génération de [Derek] Harriott ainsi que les suivantes, il faudrait sans doute faire référence aux équipes de football anglaises. Pratiquement chaque jeune du centre-ville de Kingston supportait ou ran wid ("marchait pour") son sound. A domicile ou à l'extérieur, quand vos gars jouaient dans un secteur autre que le vôtre, tout le monde comptait sur la présence et le support vocal de chacun. Et s'il s'agissait d'un "sound-clash" où deux équipes rivales s'affrontaient en passant des disques chacun leur tour - le gagnant étant celui qui déclencherait le plus d'enthousiasme de la part de la foule présente -, défendre les couleurs de son sound-system était carrément une affaire d'honneur. On défendait son quartier, ses amis, sa réputation.
  Et pour ces jeunes, c'était déjà devenu comme une seconde nature.

Bass Culture - Quand le Reggae était Roi, Lloyd Bradley, Allia. Traduit de l'anglais par Manuel Rabasse.

dimanche 13 novembre 2016

The Three Investigators 15.The Mystery of the Flaming Footprints (1971)/Les Trois jeunes détectives 14.L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête (1975).

Alfred Hitchcock, Robert Arthur et "Les Trois Jeunes Détectives"/"The Three Investigators"
1.The Secret of Terror Castle/1.Au Rendez-vous des revenants.
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  Suite au décès du créateur de la série, Robert Arthur, on a vu que William Arden/Dennis Lynds a commencé à la reprendre (trois contributions dont une du vivant de Robert Arthur). Puis le tome 14 était de la main d'un troisième auteur, Nick West/Kin Platt, que l'on ne retrouvera qu'une seconde fois pour le tome 16, The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, le quinzième tome sur lequel je m'arrête ici, The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête marque la première contribution d'un nouvel auteur, ou plutôt d'une nouvelle auteure, Mary Virginia Carey (1925-1994). 
M. V. Carey.
  Entre le tome 17, The Mystery of the Singing Serpent/Le Serpent qui fredonnait et le tome 34, The Mystery of the Wandering Caveman (non traduit en France) c'est-à-dire dix ans (1972-1982), la série sera prise en charge par elle et William Arden. Ce n'est qu'à partir du 35ème tome (1983), The Mystery of the Kidnapped Whale/La Baleine emballée qu'un autre auteur, Marc Brandel, fera son apparition. Mais je n'en suis pas encore là...
  Tout comme pour Kin Platt, je ne vous donne pour l'instant qu'un lien (anglophone) afin de vous familiariser avec M.V. Carey. Malheureusement, je n'ai pas trouvé grand-chose à part cette page de threeinvestigatorsbooks.com, plus substantielle même que celle de Wikipedia, trop pauvre pour être signalée. On peut y lire notamment que, grande lectrice depuis son enfance, elle a affirmé avoir découvert le roman policier à 11 ans, grâce à une bibliothécaire qui l'a laissée explorer le rayon adulte.
  Une dernière précision qui a son importance, elle a toujours été créditée par Random House, l'éditeur original américain, seulement par les initiales M.V. Philip Fulmer, dans son formidable site consacré à la série (T3I Readers' Site) émet l'hypothèse que c'était afin de ne pas révéler qu'une femme contribuait à une série pour jeunes garçons. Sexisme ridicule puisque, toujours selon Fulmer, de nombreuses jeunes filles suivaient également la série.

I.Contribution de M. V. Carey à la série.

  1.Continuité.

a.Repère temporel - Enquêtes précédentes.

  Dans la Chronologie que j'ai établie, j'ai pu démontrer que les 13 premiers tomes de la série se déroulaient de juillet à septembre d'une année non définie. Seuls le tome 10, écrit par Arden mentionnait l'hiver et le tome 14, écrit par Nick West, ne précisait pas de donnée temporelle. Ce quinzième tome se démarque puisque dès la deuxième page, M.V. Carey, dans une réplique du Potier rompt totalement cette continuité:

  "Jupiter, my boy!" shouted The Potter. "How are you? And Mrs Jones! My, you're looking radiant this June morning!"

  "Salut, Hannibal! lança le Potier. Bonjour, madame Jones! Vous avez une mine splendide ce matin!"

NOTE: Claude Voilier, toujours au poste de traductrice, a omis la précision concernant le mois.

   On ne peut absolument pas supposer qu'elle date d'avant The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des Revenants, car une allusion nous est donnée un peu plus loin dans ce premier Chapitre:

  "[Jupiter] had a collection of cases solved by The Three Investigators. The records were all in the trailer, neatly preserved in file folders."

  J'ai été obligé de traduire moi-même, car ces lignes font partie d'un passage complètement oblitéré par Voilier:
  "[Hannibal] avait une collection d'affaires résolues par les Trois jeunes détectives. Toutes les archives étaient dans la caravane, conservés précieusement dans des classeurs."

  De plus, l'apparition d'un Worthington/Warrington beaucoup plus familier avec le trio au Chapitre, infirme définitivement l'antériorité de cette enquête aux précédentes. Rappelez-vous que les détectives font pour la première fois appel à lui dans le tome inaugural.
  Ainsi, faut-il partir du principe que The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête se déroule l'année d'après? Je pense que oui... pour l'instant. Malheureusement, je crains que la continuité n'aura peut-être plus d'importance dans les tomes à venir.
  L'allusion ci-dessus sera la seule qui liera cette aventure aux précédentes.

b.Éléments familiers.

  Mais ce n'est pas la seule fois où Carey tient à garder un lien avec l'univers créé par Robert Arthur et continué par William Arden. Plusieurs détails, tout au long du roman sont glissés afin que les lecteurs de la première heure ne soient pas déstabilisés.

  Pour commencer, le Chapitre 8 nous rappelle les aspects trouillard et réticent de la personnalité du détective adjoint, Pete Crenshaw/Crentch:

  "[...] I suggested to Tom that one of The Three Investigators might spend the night with the Dobsons. They will feel safer, and one of us will be on the scene if something unusual occurs. There is another line of inquiry I would like to follow up with Bob. Pete, could you call your mother and - "
  "Not me!" cried Pete. "Listen, Jupe, somebody could burn that house down with those flaming footprints! And the windows upstairs are awfully high. If you got shoved out of one of them, you might not recover."
  [...] "Well, if you won't, you won't," said Jupiter Jones. "I had hoped, though..."
  Pete scowled savagely. "All right! All right! I'll do it. I get all the dangerous assignments."

  "[...] J'ai proposé à Tom que l'un de nous aille passer la nuit avec eux. Cet arrangement présente deux avantages: nos se sentiront davatage en sûreté et l'un de nous se troiuvera sur place s'il se produit un fait nouveau. J'ai besoin de Tom pour enquêter dans un certain domaine. Tu vas donc téléphoner à ta mère, Peter, pour...
  -Non! Pas moi! s'écria Peter. Ecoute, Hannibal! De nouvelles empreintes de feu pourraient fort bien incendier la maison tout entière. Et je ne me vois guère sautant par une des fenêtres du haut. C'est horriblement dangereux.
  [...] -Bon! si tu as peur, n'en parlons plus, dit Hannibal. J'irai moi-même. Mais j'avais espéré...
  -Oh, ça va! grommela Peter. Puisque tu le prends sur ce ton!... Allez! Passe-moi l'appareil..."

NOTE: Le texte français confond Bob et Tom. Autre différences, Hannibal se propose d'aller tenir compagnie aux Dobson et Peter, au lieu de se plaindre d'être affecté aux missions les plus dangereuses, demande le téléphone.

  Si l'on se penche d'autre part sur le personnage du détective en chef, Jupiter Jones, certaines choses nous sont très familières. 
  Je commence avec deux extraits qui illustrent très subjectivement mon propos. En effet ce sont des allusions indirectes mais qui mettent la puce à l'oreille de quelqu'un ayant étudié de près le personnage au fil des volumes.
  William Arden, dans The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout signalait que Jupiter parlait et comprenait plusieurs langues, dont l'espagnol ce qui lui permettait de converser avec des personnages moins à l'aise avec l'anglais. Je n'ai pu m'empêcher d'y penser quand je lis ceci, à la fin du premier chapitre:

  "[He said] something in a language which Jupe could not understand."
  "[...] Il murmura quelques mots dans une langue qu'Hannibal ne connaissait pas."

  Je ne peux garantir que Mary V. Carey fait allusion directement au multilinguisme du détective en chef, avéré par Arden. Toutefois, dans le Chapitre 9, un autre extrait va dans mon sens. Bob et Jupiter écoutent les deux hommes mystérieux qui ont investi Hilltop House/La Maison de la colline:

  "The younger man came out of the house on to the moonlit terrace, crossed to the instrument on the tripod, looked into it, then called out something. He looked again and laughed, then made another remark. Jupiter frowned. The cadence of the speech was peculiart. There was almost a singsong quality to what the man said. 
  [...] [The bald man] said a word or two, shrugged, and returned to the house. The younger man hurried after him, speaking rapidly and urgently.
  "Not French," said Jupiter when they had gone.
  "Or German," said Bob, who had had a year of that language.
  "I wonder," said Jupiter, "what Lapathian sounds like."
Jacques Poirier, 1975.
  "Le plus jeune des deux étrangers déboucha soudain sur la terrasse éclairée par la lune, s'approcha de la lunette et colla son œil à l'oculaire. Après avoir regardé, il cria quelque chose. Puis il regarda de nouveau, se mit à rire et lança une autre remarque par-dessus son épaule. La langue qu'il employait avait des inflexions chantantes.
  [...] [Le chauve] dit deux ou trois mots, haussa les épaules et rentra dans la maison. Son compagnon le suivit en parlant avec volubilité.
  "Ce n'est pas du français, déclara Hannibal quand les deux étrangers eurent disparu.
  -Ni de l'allemand, ajouta Bob qui avait étudié cette langue pendant un an.
  -Je me demande si ce ne serait pas du karathien."

  Ainsi, à défaut de connaître cette langue, nos amis font l'effort d'écouter afin de les comparer avec celles qu'ils connaissent un peu. Notons que c'est probablement la première fois qu'il est signalé la familiarité de l'allemand par Bob.

  Une seconde allusion indirecte peut-être décelée dans le Chapitre 7, lorsque Jupiter fait allusion à la Boston Tea Party: "a tax on tea had a great deal to do with our American Revolution". Même si tous les jeunes Américains doivent apprendre ça à l'école, Jupiter s'en souvient et cela peut être interprété comme un rappel caché de son érudition. Claude Voilier omet cet élément, mais je suppose qu'elle n'a pas jugé essentiel de conserver ce qu'un jeune public français n'aurait probablement pas pu comprendre.

  Mais on trouve des allusions franchement plus directes et donc plus familières aux lecteurs de longue date. A commencer par le passage du Chapitre 4 où Jupiter/Hannibal tente de joindre ses acolytes par téléphone. Il appelle Peter en premier:

  "Uncle Titus acquired several pieces of garden furniture today. [...] They are all badly rusted and Aunt Mathilda is now directing Hans on the removal of rust and old paint I am certain that when she sees me, I shall join Hans."
  Pete, who was accustomed to Jupiter's precise method of speech, simply wished him happy paint-removal."

  "Oncle Titus vient d'acquérir un lot de sièges de jardin. Ils sont passablement rouillés et Hans est chargé de les remettre à neuf [...]. Dès qu'elle me verra, ma tante me sautera dessus pour que j'aide Hans.
  -Eh bien! je te souhaite du plaisir! Bon "dérouillage" et bonne peinture!"

  Une fois de plus, l'élément important n'est pas traduit par Claude Voilier. Dans cet extrait, Mary V. Carey fait référence à la façon dont Jupiter s'exprime, Pete qui y est "habitué" semble ironiser en réutilisant "removal" (Voilier emploie tout de même "dérouillage" pour souligner l'air goguenard de Pete), terme qu'il ne doit pas lui-même souvent prononcer. On peut toutefois contredire l'auteure en rappelant que Peter a souvent été laissé perplexe par les propos de son chef et que Bob devait "traduire".

  Une autre scène ne manque pas de nous faire sourire au Chapitre 5:

  "The Potter did not believe in encumbering himself with possessions," Jupiter explained.
  Eloise Dobson shot him a curious glance. "Do you always talk like that?" she asked.
  "Jupiter reads a great deal," explained Aunt Mathilda [...]"

  La traductrice omet encore ces lignes qui pourtant rappelle l'érudition de Jupiter et sa façon élaborée de tourner ses phrases.

  Dans le même ordre d'idée, suit un dialogue téléphonique entre Jupiter/Hannibal et la mère de Bob, Mrs. Andrews. Je ne le cite qu'en partie puisqu'il réapparaîtra dans le série d'articles consacrée aux parents de Bob:

  "May I leave a message, Mrs Anndrews?" asked Jupe.
  "Of course, Jupiter, but I'd better get a pencil and write it down. You boys never seem to say anything in plain English.
  
  L'intégralité du dialogue est adapté en un paragraphe narratif par Claude Voilier qui indique que la mère de Bob est "habituée aux manières étanges des trois garçons" et qu'elle est "nullement surprise" par les "mots énigmatiques" d'Hannibal..
  On se souvient qu'une scène semblable se produisait déjà dans les deux premiers tomes de la série, sauf qu'on la vivait du point de vue de Bob, un peu plus tard, lorsqu'il revenait de son travail à la bibliothèque. Détail que Carey rappelle, en passant ("Bob was at his part-time job at the Rocky Beach Public Library"/"Bob était à la bibliothèque où il travaillait à mi-temps.")

  Dans le Chapitre 10, on relève un détail essentiel concernant le détective en chef dès le début de la série:

  "Total recall, Bob knew, was not uncommon among actors who had to remember lines, and Jupiter had once been a child actor"

  Claude Voilier n'a pas jugé utile de traduire cet élément de continuité, c'est donc encore ma traduction:

  "Une excellente mémoire, Bob le savait, n'était pas exceptionnelle chez les acteurs qui devaient se souvenir de leurs dialogues, et Hannibal avait été acteur lorsqu'il était enfant."

  M. V. Carey n'en fait donc pas qu'à sa tête et elle respecte la série qu'elle a eu l'honneur de continuer aux côtés de William Arden. Cependant, tout en restant dans ce cadre imposé, le lecteur assidu que je suis a perçu des changements intéressants dans l'atmosphère de The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête. Une précision que les quatorze premiers tomes ne possédaient pas. 

2.Précision géographique.

  Que connaît-on réellement de Rocky Beach excepté The Jones Salvage Yard/Le Paradis de la Brocante? En lisant les quatorze premiers tomes, on se rend compte que la géographie de la série se limite aux lieux qui n'ont d'importance que pour les intrigues. On a bien des lieux très récurrents, mais ils ne sont cités que par leur fonction. Le meilleur exemple, vous l'avez vu plus haut mais probablement sans remarquer une petite nuance, en est la bibliothèque où travaille Bob. 
  Au Chapitre 4, M. V. Carey lui donne pour la première fois un nom: the Rocky Beach Public Library. Même s'il reste très générique (il n'a pas le nom d'un personnage historique ou d'un écrivain), je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est la première fois qu'elle est nommée. 
  En faisant bien attention, l'auteure baptise d'autres lieux tellement banals que d'autres ne se donneraient pas la peine de nommer. Elle n'a évidemment pas cherché bien loin en appelant le supermarché the Rocky Beach Supermarket ou la boulangerie the Rocky Beach Bakery. Mais peu à peu, on se rend compte que l'objectif de Carey est de décrire, de donner consistance à cette petite ville imaginaire.
  Dans ce but, elle livre au lecteur ce qu'il n'a jamais eu l'opportunité d'explorer. Robert Arthur, William Arden et Nick West ont emmené les trois héros dans une multitude de lieux différents (Hollywood, dans un ranch, en Varanie, sur une île en forme de crâne ou de chien pour le version française, à Seaside...). Mais a-t-on vraiment eu des descriptions détaillés de Rocky Beach ou des environs directs du Jones Salvage Yard/Paradis de la Brocante?
  M. V. Carey pousse la précision jusqu'à citer le nom des rues, comme par exemple au Chapitre 2, lorsque, après la disparition du Potier, Jupiter/Hannibal part inspecter la maison de celui-ci:

  "[...] He pedalled up the highway, keeping well to the right to avoid the cars speeding north [...].
  The road curved at Evanston Point, and The Potter's House, stark white against the green-black of the California hills, leaped to meet the eye."

  "Hannibal pédala avec ardeur jusqu'à la maison de l'artisan qui se détachait, très blanche sur un fond de verdure. On ne pouvait manquer de l'apercevoir de loin."

  J'en ignore la raison, mais Claude Voilier gomme les indications du texte original. Elle est un peu plus précise, lorsque, Jupiter/Hannibal arrivé à destination, nous avons encore des indications sur les environs:

  "The lane which led from the highway up the mountain to Hilltop House was only a few feet beyond The Potter's yard. Jupiter saw that the gate was open. Hilltop House was not visible from The Potter's, but Jupe could see the stone wall which supported its terrace."

  "Le chemin conduisant de la route jusqu'à la Maison de la colline s'amorçait juste après la demeure du Potier. Hannibal vit que le portail était ouvert mais, d'où il était, on ne pouvait apercevoir la maison elle-même. Seul était visible le mur de pierre supportant la terrasse de la propriété."

  Mais le Chapitre 9 va plus loin dans la topographie et nous donne une autre façon d'accéder à Hilltop House/la Maison de la colline. Jupiter/Hannibal et Bob y font une visite en fin de soirée:

  "Bob and Jupe slipped out The Jones Salvage Yard through Red Gate Rover and hurried towards the place where a hiking trail meandered in a series of switchbacks to the top of Coldwell Hill.
  "We could take the coward's way out," said Bob, looking up towards the top of the hill. "We could take our bikes up to The Potter's and leave them there and walk up the lane to Hilltop House."
  "That would scarcely be the coward's way out," said Jupiter. "We do not know what brought those two men to Hilltop House. I would prefer to approach the place without being seen. It is unlikely that they are watching the path, but they might easily spot us if we attempted to walk up their lane from the main road."
  [...] Bob [...] started up the trail. Jupiter followed more slowly, panting as the going got steep, and stopping now and then to rest. But after ten minutes he had his second wind and climed more easily. "Here it is," said Bob finally.
  He turned and held out a hand to Jupe to help him up on the trail that ran along the crest of the hill. "It'll be a cinch from here," he said. "We'll be on a downgrade all the way to Hilltop House."
  Jupe stood for a few seconds, looking north along the trail. It was almost dark and the moon was not yet up. Still, the road - almost eight feet of bare earth scraped clear of growth - looked like a tawny ribbon stretching along the top of the range of hills. The srub oak that crowded close to its sandy surface seemed black and menacing in the fading light.
  [...] Jupiter began to walk, and Bob stepped brisky along beside him. The moon edged up beyond the hills, silvering the road and throwing deep black shadows beside the boys. [...] The hulking, dark mass of Hilltop House came into sight ahead and to their left."

Jacques Poirier, 1975.
  "Hannibal et Bob quittèrent la cour du bric-à-brac par la porte rouge et marchèrent d'un bon pas jusqu'à un endroit d'où plusieurs sentiers partaient en direction des collines.
  "Prenons le plus facile, conseilla Bob. Nous arriverons ainsi sans trop de mal à la maison des étrangers...
  -Je crois qu'il vaudrait mieux suivre le coupe-feu, suggéra Hannibal. Nous aurons moins de chance d'être vus."
  [...] Tous deux se mirent à grimper la pente raide. Hannibal, vu sa corpulence, haletait un peu. Mais au bout de dix minutes environ, il trouva son second souffle, et l'ascension se poursuivit sans difficulté. Bientôt Bob annonça:
  "C'est ici..."
  Le coupe-feu se présentait comme une piste forestière courant le long de la crête de la colline... Le soleil s'était couché, et la lune tardait à apparaître. Aussi le chemin était-il assez obscur. Il offrait l'aspect d'un ruban de terre dénudée serpentant à travers les arbres des collines.
  [...] Les deux détectives marchèrent un bon moment sur le sentier. Puis la lune se leva, éclairant le chemin de sa lumière douce et argentée.
  [...] A présent, la masse sombre de la Maison de la colline se dressait sur leur gauche un peu en-dessous d'eux."

  Vous remarquez que, non seulement le texte nous guide littéralement au fil de l'avancée des personnages, mais en plus de décrire physiquement les lieux, M. V. Carey plante une atmosphère de mystère ("black and menacing", "silvering the road and throwing deep black shadows", "hulking, dark mass"). Et Claude Voilier n'oublie pas de la transcrire également ("obscur", "lumière douce et argentée", "masse sombre".) Ce genre d'atmosphère n'est toutefois pas nouvelle dans la série, elle en est même intrinsèque. Carey ne fait que s'y plier comme une figure imposée.
  Par contre, j'ai trouvé qu'elle apportait un autre genre d'atmosphère au début du Chapitre 5. Jupiter/Hannibal, accompagné de sa tante Mathilda vont rendre visite aux Dobson, qui ont passé la nuit à Seabreeze Inn. De la même façon un paragraphe les suit physiquement sur leur chemin:
 
"[...]Aunt Mathilda and Jupiter walked down to the highway and then turned south. There were few people on the sidewalks in the business district of Rocky Beach, but there was a solid procession of cars edging through the town. Jupiter and his aunt passed the Rocky Beach Bakery and the delicatessen, and came to the pedestrian crossing opposite the Seabreeze Inn."

  Il est vraiment dommage que Claude Voilier se soit contentée de "Hannibal [...] suivit Mme Jones sur le chemin de l'auberge." Il est si rare d'avoir une description des environs directs du bric-à-brac des Jones. Nous sommes de plus témoins d'une atmosphère d'une petite ville américaine, un dimanche matin. A première vue, ce n'est peut-être pas ce qui prime dans un roman policier pour adolescents en quête d'action, mais comme je l'ai dit plus haut, cela donne une certaine consistance. Raconter une histoire, ce n'est pas juste écrire du dialogue et déployer des rebondissements. Aussi ennuyeuses que les descriptions peuvent paraître à certains lecteurs, elle leur permettent de visualiser un personnage, un lieu. Et il est parfois utile d'avoir plus qu'une description visuelle. L'ambiance est aussi importante.

3.Personnages secondaires - Les "figures" de Rocky Beach.

  Ainsi, dans ce quinzième tome, qui se déroule exclusivement dans cette petite ville californienne de Rocky Beach (Rocky tout court pour la version française), le lecteur a l'occasion de visiter un peu plus en détail quelques unes de ses rues, de ses boutiques etc. C'est un cadre géographique quotidien que les autres auteurs n'avaient pas vraiment établi. M. V. Carey apporte quelque chose de plus encore, qui y est associé. 
  En effet, la galerie de personnages secondaires gravitant autour des trois personnages principaux, n'avait pas vraiment évolué en quatorze tomes. La liste des récurrents est la suivante: les parents de Peter et Bob, l'oncle et la tante de Jupiter, Hans et Konrad, les employés bavarois du bric-à-brac, Worthington/Warrington, le chef de la police Reynolds, Skinny Norris et je peux ajouter le plus illustre d'entre eux, Alfred Hitchcock.
  On a cru que Carlos, dans The Mystery of the Stuttering Parrot/Le Perroquet qui bégayait pouvait réapparaître; il est parfois fait allusion, pas nommément toutefois, à August Auguste, l'anglais de The Mystery of the Fiery Eye qui a permis au trio de continuer à utiliser la Roll-Royce du concours gagné par Jupiter/Hannibal; dans le même roman, Robert Arthur a amorcé l'idée d'une aide féminine (souvenez-vous Liz Logan!) qui n'a pas reparu, non plus.
  Tous les autres personnages secondaires de la série joue également leur rôle dans une aventure précise sans jamais revenir (excepté Huganay, le trafiquant d'art français qui fait deux apparitions et M. Grant, complice de Stephen Terrill dans The Secret of Terror Castle, qui, sans apparaître physiquement, maquille Jupiter/Hannibal en Professeur Yarborough dans The Mystery of the Whispering Mummy.) Mais là encore, ceux-là étaient nommés. Certains personnages, s'il sont négligeables dans l'enquête n'ont même pas de nom et sont relégués en quelque sorte au rang de simples figurants.

a.Artistes locaux et collègue de Worthington/Warrington.

  Une des particularités de M. V. Carey est qu'elle nous donne des noms précis à des personnages de Rocky Beach avec lesquels le lecteur n'a et ne fera pas à proprement connaissance. Par exemple ces artistes locaux qui figurent dans le même article que le Potier (Chapitre 1):

  "Beneath the photograph of the salvage yard was a picture of Mr. Dingler, who made silver jewellery in a small shop in Rocky Beach, and one of Hans Jorgensen painting a seascape. And there was one of The potter himself."

  "Sous la photographie de l'oncle Titus en était collée une autre, représentant M. Dingler, fabricant de bijoux d'argent, à son établi. Une troisième montrait Hans Jorgenson devant son chevalet de peintre. Sur une quatrième apparaissait le Potier lui-même."

  Un autre nom est cité au Chapitre 8, dans un passage où intervient le chauffeur britannique Worthington/Warrington:

  "I am afraid that the Rolls-Royce isn't available tonight," said Worthington ruefully. "There is a big party in Berverly Hills. Perkins took the car over."

  C'est une réplique que Claude Voilier n'a pas jugé utile de traduire. Et pourtant, même si cela n'est pas dans l'absolu d'une importance majeure, on suppose que ce Perkins est un collègue du chauffeur britannique. Ce qui signifie que l'agence de location (appelée "Rent-'n-Ride dans la version originale) compte un personnel d'au moins trois chauffeurs: Worthington/Warrington, Finch (qui apparaissait dans The Mystery of the Stuttering Parrot) et ce fameux Perkins dont on ne connaîtra jamais rien de plus (à moins que M. V. Carey le fasse intervenir dans une aventure ultérieure? ce que je ne suis pas encore en mesure de vous dire). Sans oublier M. Gelbert, le patron qui apparait dans The Mystery of the Fiery Eye. J'en profite pour dire que le chauffeur semble avoir atteint un degré de familiarité proche de l'amitié avec les jeunes détectives, ce qui était déjà le cas dans le tome précédent, sous la plume, rappelons-le, de Nick West. Mais vous aurez tous les détails dans la suite d'articles consacrés à ce personnage.

b.Mr. Holtzer et Miss Hopper.

  Jusqu'ici, au fil des quatorze premiers tomes, on a fait connaissance de la plupart des personnages secondaires non récurrents en même temps que nos trois amis. Il est rare qu'il soit fait mention d'une interaction antérieure. On pourrait rappeler comme contre-exemple la secrétaire d'Alfred Hitchcock dans The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des Revenants, Henrietta Larson n'était pas inconnue du trio. Il est d'ailleurs dommage qu'elle ne réapparait pas par la suite (il était précisé dans le Chapitre 1, de toute façon, qu'elle n'était que la "secrétaire temporaire de M. Hitchcock".)
  Or, on peut croiser dans The Mystery of the Flaming Footprints/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête plusieurs personnages qui font partie intégrante du quotidien de Rocky Beach. Il n'est donc pas saugrenu de voir que Jupiter & Co. les côtoient régulièrement.

  Premier exemple, au Chapitre 4, Mr. Holtzer, l'agent immobilier. De même que les artistes et le collègue de Worthington/Warrington, il n'apparait pas stricto sensu, mais on a plus de détails sur lui, par le biais du détective adjoint Peter Crenshaw/Crentch:

  "Good."" Jupiter turned to Pete. "You're friendly with Mr. Holtzer?" he asked.
  "The real estate man? I mow his lawn once in a while, when he doesn't feel like doing it himself. Why?"
  "He has the only real estate agency in Rocky Beach," said Jupiter. "If someone has moved into Hilltop House, he will know it. He may also know who and why."
  "He probably won't want his lawn mowed tomorrow," said Pete, "but he's open on Sunday. I'll drop in and see him."

  "Parfait!" approuva Hannibal. Puis, s'adressa à Peter: "Dis-moi, tu connais M. Holtzer, je crois.
  -L'agent immobilier? Oui, il me demande de tondre sa pelouse de temps à autre. Mais pourquoi?...
  -Parce que, si quelqu'un a loué ou acheté la Maison de la colline, il est certainement au courant. Il pourrait te renseigner. Tâche de savoir qui sont les deux étrangers.
  -Entendu. Je me débrouillerai! promit Peter."

  Et la scène sera raconté par Peter dans le Chapitre 7:

  "[...] Pete, what were you able to find out about Hilltop House?"
  Pete took a small notebook out of his pocket. "Mr. Holtzer has never been so happy," he told the others. "I stopped in his office today if he wanted his lawn mowed - which he doesn't - and I didn't even have to ask any questions. He's had Hilltop House on his books for about fifteen years, and it's a such a mouldering ruin that he's never been able to sell it or rent it even give it away, and then along comes this man who decides it is the one and only house in Rocky Beach, and he has to have it. Took a year's lease and paid three months in advance. Mr. Holtzer had the lease out on his desk - I think he was working out his comission - so I got a look at the new tenant's name."
  "Which is?"
  "Mr. Ilyan Demetrieff," said Pete. "Or maybe it's Demetrioff. I was looking at it upside down, and Mr. Holtzer needs to clean his typewriter. Anyhow, Demetrieff, or Demetrioff, listed his previous address as 2901 Wilshire Boulevard, Loas Angeles."

  "[...] Peter! qu'as-tu découvert à propos de la Maison de la colline?"
  Le détective adjoint sortit un carnet de sa poche.
  "J'ai eu de la chance, expliqua-t-il modestement. Je suis passé chez M. Holtzer pour lui demander si, par hasatd, il ne voulait pas que je tonde sa pelouse. Il n'avait pas besoin de mes services, mais je n'ai eu aucun mal à lui tirez les vers du nez. Il était tout disposer à parler. Il était tellement heureux! Voilà quinze ans, m'a-t-il expliqué, que la Maison de la colline était inscrite sur ses registres. Et elle est en si mauvais état qu'il n'avait jamais pu, pendant tout ce temps, arriver à la vendre ou la louer. Or, voilà qu'un étranger s'est présenté à son agence pour déclarer que seule la maison en question lui convenait. L'inconnu a signé tout de suite un bail d'un an et a payé trois mois d'avance. M. Holtzer ne se tenait plus de joie.
  -Sais-tu le nom du locataire?
  -Oui: Hyan Demetrieff, à moins que ce ne soit Demetrioff. Je l'ai lu à l'envers sur le registre et je n'ai pas pu voir s'il s'agissait d'un e ou d'un o. L'adresse antérieure de ce bonhomme est 2901 Wiltshire Boulevard, à Los Angeles."

  De même qu'à la suite directe du passage où Jupiter/Hannibal et sa tante Mathilda se rendent à Seabreeze Inn, cette dernière en complimente la patronne ("Miss Hopper does keep the inn very nicely.", non traduit), ce qui sous-entend que les deux femmes se connaissent. Et lorsque nous, lecteurs, faisons connaissance de Miss Hopper, cette impression de "tout le monde se connait" se renforce au Chapitre 5:

  "Aunt Mathilda strode into the office of the Seabreeze Inn and rang the little bell on Miss Hopper's registration desk.
  A door behind the desk opened. "Mrs. Jones!" cried Miss Hopper. She emerged, tucking in a stray wisp of white hair. She carried with her a distinct odour of roasting chicken. "Jupiter, nice to see you."
  "I understand that Mrs. Dobson and her son are staying with you," said Aunt Mathilda, getting right to the point.
  "Oh yes, poor dear thing. What a state she was in when she checked in yesterday. And then Chief Reynolds came to see her, right here in the inn! Imagine!"
  Miss Hopper appreciated Chief Reynolds's service to the citizens of Rocky Beach, but it was plain that she did not care to have the police invade her little inn."

  "Mlle Hopper, la propriétaire de Seabreeze Inn, accueillit les visiteurs avec amabilité.
  "Bonjou, madame Jones. Comment vas-tu, Hannibal?"
  Après un échange de civilités, la tante Mathilda expliqua ce qui l'amenait:
  "J'ai appris, commença-t-elle, que Mme Dobson était ici avec son fils?
  -Oh, oui, la pauvre! Elle est arrivée hier dans un bien triste état. Et savez-vous que le chef de la police, M. Reynolds, est venu l'interroger ici même?

  La traductrice française ne rend pas justice aux efforts de l'auteure pour donner une consistance à Miss Hopper. Elle supprime tous les à-côtés du dialogue, ce qui pourtant définit encore plus le personnage pour le lecteur.
  Si je m'arrête au personnage de Miss Hopper, c'est qu'elle apparait, un peu comme Mathilda, comme un personnage dickensien, avec un aspect comique toujours agréable dans un roman, qu'il soit destiné à la jeunesse ou pour un public adulte. Ainsi, avant même que cela soit explicité, on comprend qu'elle aime les potins et observer ses clients:

  "She and the boy are there, and that nice Mr. Farrier is trying to cheer them up," said Miss Hopper.
  "Mr. Farrier?" echoed Jupiter.
  "One of my guests," explained Miss Hopper. "Charming person. Seems to take a real interest in Mrs. Dobson. It's nice, don't you think? Nowadays, people don't seem to care about one another. Of course, Mrs. Dobson's a very pretty young woman."

  "Vous la trouverez dans le jardin. M. Farrier est en train de la réconforter.
  -M. Farrier? répéta Hannibal.
  -Oui... un autre des mes hôtes. Un homme charmant. Il semble porter un grand intérêt à Mme Dobson. Il faut dire qu'elle-même est une jeune femme charmante..."

  Cet intérêt, digne d'une parfaite commère, envers ses deux clients se confirme au Chapitre 13, lorsque Jupiter/Hannibal et Pete viennent l'interroger à propos de Mr. Farrier.

  "Miss Hopper hesitated for a moment, then said with a touch of slyness, "I heard Mr. Farrier come in last night. Well, actually it was this morning. Three o'clock. [...] Mr. Farrier was so attentive to young Mrs. Dobson yesterday, I wondered if he might not be helping her get settled."
  [...] "No, miss Hopper," said Jupiter. "We have just come from The Potter's, and Mr. Farrier did not spend the evening with Mrs. Dobson."
  "Now where do you suppose the man could have been until that hour?" wondered Miss Hopper. "Well, it is his own concern, I am sure. And how is poor, dear Mrs. Dobson this morning? I saw her drive by earlier."
  "She is reasonably well, under the circumstances. She came into town to file an official report with Chief Reynolds. She wants her father found." Jupiter had no hesitation about confiding this much to Miss Hopper, who always found things out anyway."

  "[...] Ça ne m'étonne pas que M. Farrier dorme encore. Je l'ai entendu rentrer à trois heures du matin. [...] M. Farrier s'était montré si empressé auprès de Mme Dobson que je me demande s'il n'était pas chez elle pour l'aider à s'installer.
  [...] - Non, Mlle Hopper, dit [...] Hannibal. Nous revenons de la maison du Potier, et M? Farrier n'a pas passé la soirée d'hier là-bas.
  -Mais qu-a-t-il donc pu faire jusqu'à une heure aussi avancée! Il est vrai, continua Mlle Hopper en rougissant un peu, que ce ne sont pas mes affaires. Il est bien libre d'employer son temps à son gré... Voyons, comment va cette chère Mme Dobson? Je l'ai aperçue qui filait dans sa voiture, de bonne heure ce matin.
  -Elle va aussi bien que possible vu les circonstances. Ce matin, elle a prié le chef de la police de rechercher officiellement son père."

  On sourit à la façon dont elle se dédouane de cette curiosité mal placée ("Well, it is his own concern, I am sure."/ "Il est vrai, [...] que ce ne sont pas mes affaires."). Même si Claude Voilier est en partie excusée par ses ajouts ("en rougissant un peu" et "Il est bien libre d'employer son temps à son gré..."), il est bien dommage de constater l'omission de la phrase signalant que Jupiter "n'hésita pas a confier autant à Mlle Hopper. qui d'une façon ou d'une autre finissait toujours par tout savoir." (ma traduction). C'est une ironie envers ce personnage qui est réitérée par la bouche de Jupiter juste après la tentative de la tenancière pour relancer la conversation sur la disparition du Potier:

  [...] "What a strange thing The Potter to do - going off that way without a word to anyone. But then, he has always been a strange man."
  [...] "Xell, we must be going, Miss Hopper," said Jupiter. "We only thought you would like to know that Mrs. Dobson and her son are settled in at The Potter's house. You always take such an interest in your guests."
  "How nice of you, Jupiter," said Miss Hopper.

  Dans la version française, Mlle Hopper n'entretient pas le sujet de la disparition mais la phrase ironique du détective en chef est bien prise en compte:

  "Bon! Eh bien, nous allons filer. Nous étions juste passés pour vous donner des nouvelles des Dobson. Vous portez toujours tellement d'intérêt à vos hôtes, Mlle Hopper!"

Jacues Poirier, 1975.
  Mais la conversation continue encore le temps de quelques répliques, car Miss Hopper trouve qu'elle
n'a pas encore assez parlé de Mr. Farrier:

  "Poor man. One shouldn't be too hard on him. He has such dreadful luck!"
  "Oh?" prompted Jupiter.
  "Yes. He's been here four days just for the fishing, and he hasn't caught a thing."
  "Terribly frustrating, said Jupiter, and he and Pete took their leave of Miss Hopper."

  "[...] Pauvre homme! Il a de la deveine en ce moment.
  -Comment cela? demanda Hannibal.
  -Ma foi, depuis quatre jour qu'il est ici et qu'il s'acharne à pêcher, il n'a pas encore pris un seul poisson!
  -Ce doit être bien décourageant", admit Hannibal.
  Et, là-dessus, les deux garçons prirent congé de Mlle Hopper."

  Ce petit commérage donne une raison supplémentaire de soupçonner ce personnage. Car s'il rentre constamment bredouille, c'est qu'il n'est peut-être pas là pour pêcher...
  En fait, on savait déjà ce que les jeunes détectives pensait de Miss Hopper, car, dans un passage du Chapitre 8, omis par Claude Voilier, on peut lire:

  "[...] I wonder how many crimes have been solved because some little old lady who slept lightly got up in the middle of the night to see who was making a noise on the street?
  Bob grinned. "Remind me to be careful when I go past Miss Hopper's."
  "I think she doesn't miss a great deal," conceded Jupîter."

  Si on n'en savait pas encore assez sur Miss Hopper, Jupiter/Hannibal la connait encore plus qu'on ne l'imaginait. Et à l'instar de Pete avec M. Holtzer, une telle familiarité lui sera très utile dans le Chapitre 14:

  "He [...] proceeded with all due speed to the Seabreeze Inn. [...] Miss Hopper, he knew, was addicted to afternoon naps and might well be dozing peacefully in her own apartment. With the exception of a stray guest or two, that only left Marie the maid to be reckoned with.
  The lobby of the Seabreeze Inn was deserted, and the door behind the desk was closed. Jupiter tiptoed around desk. Miss Hopper was an extremely meticulous innkeeper, and Jupiter knew her very well. He found the spare key to room 113 where he knew it would be - in its properly numbered slot in the bottom drawer of Miss Hopper's desk."

  "[...] Il pédala à vive allure jusqu'à Seabreeze Inn. [...] A cette heure-ci, il le savait, Mlle Hopper devait faire la sieste. S'il rencontrait quelqu'un, ce ne serait qu'un pensionnaire de l'auberge ou Mary, la femme de chambre...
  La chance servit le chef des détectives. Le hall d'entrée était désert. Personne ne se trouvait derrière le bureau de la réception [...].
  Hannibal sourit. Il connaissait les habitudes de Mlle Hopper et savait qu'un passe-partout ouvrant toutes les chambres était suspendu au bureau. Il n'eut qu'à passer la main derrière le meuble pour décrocher cette clé de secours."

  Au passage, notons aussi l'allusion à la femme de ménage de l'auberge, appelée Mary. Elle apparait dans le Chapitre 13, juste avant l'arrivée de Jupiter/Hannibal et Peter. Je n'ai cependant pas juger utile de citer sa contribution, même si c'est grâce à elle que le détective en chef apprend le numéro de chambre du faux pêcheur.

c.Le sergent McDermott et l'officier Haines - Le chef Reynolds - Problème de continuité.

  Si dans le Chapitre 13, Jupiter/Hannibal ruse pour s'introduire dans la chambre de M. Farrier afin de faire avancer son enquête, celle-ci commençait par une méprise dont il était victime au Chapitre 3. Alors qu'il se trouve chez le Potier dans l'espoir de vérifier si celui-ci ne s'y est pas réfugié, il découvre qu'un intrus l'a devancé. Malheureusement, Eloise et Tom Dobson, arrivent et le soupçonne de fouiller chez le membre de leur famille. Mme Dobson fait donc appel à la police.
Yves Beaujard, 1984.
  La série a déjà logiquement fait appel à des personnages de policiers, de quelques grades qu'ils soient. Je peux de mémoire rappeler par exemple de simples officiers anonymes au début de The Mystery of the Green Ghost/Le Chinois qui verdissait et à la fin de The Mystery of the Crooked Cat/Le Chat qui clighnait de l'Oeil par exemple. D'autres sont nommés comme l'officier Zebert/Roberts, qui arrête Bob et Harry dans The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule et le lieutenant Carter qui répond rudement à Jupiter/Hannibal dans The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait. Il est même amusant de noter que ces personnages ont figuré sur des illustrations qu'elles soient de Harry Kane, Roger Hall, Jacques Poirier ou Yves Beaujard (le lieutenant Carter, ci-contre)
  Bien évidemment, vous le savez, la principale figure d'autorité policière à Rocky Beach, c'est le Chef Reynolds. Mais avant de parler de ce personnage vu par M. V. Carey, ce sont deux de ses subordonnés que l'on voit intervenir dans le Chapitre 3 de ce quinzième tome. Je m'arrête sur eux car l'auteure, encore une fois, en plus de les nommer, donne des détails qui participent à sa volonté de nous les rendre plus familiers. Je cite beaucoup de ce passage afin de pouvoir intégrer deux illustrations de Jacques Poirier où ils apparaissent:
Jacques Poirier, 1975.
  "Officer Haines had lived in Rocky Beach all his life, and Sergeant McDermott had just celebrated his fifteenth year on the force. Both me knew Jupiter Jones. Both men were also well acquainted with The Potter. Sergeant McDermott made several brief notations on a pad he carried, then said to Eloise Dobson, "Are you prepared to prove that you're The Potter's daughter?"
  Mrs. Dobson's face went red, then white. "I beg your pardon?" she cried.
  "I said, are you prepared - "
  "I heard you the first time!"
  "Well, ma'am, if you'll just explain - "
  "Explain what? I told you, we came and found this...this cat-thief...."
  Sergeant McDermott sighed. "Jupiter Jones may be a pain in the neck," he admitted, but he doesn't steal things." He favoured Jupe with a resigned stare. "What happened, Jones?" he asked. "What were you doing here?"
  "Shall I begin at the beginning?" asked Jupiter.
  "We've got all day," said McDermott.
  So Jupiter began at the beginning. He told of the appearance of the Potter at the salvage yard, and of the purchase of furniture for the expected guests.
  Sergeant McDermott nodded at that, and Officer Haines went into the kitchen and brought out the chair, so that Mrs. Dobson could sit down.
  Jupe then reported that The Potter had simply walked away from the salvage yard, leaving his truck behind, and had taken to the hills behind Rocky Beach. "I came up to see if he had returned home," said Jupe."
Jacques Poirier, 1975.
  "L'officier de police Haines habitait Rocky depuis toujours. Quant au sergent McDermott, il y avait juste quinze ans qu'il était entré dans les forces de l'ordre de la ville. Tous deux connaissaient parfaitement Hannibal Jones et le Potier. Aussi, après avoir pris quelques brèves notes sur son calepin, le sergent se tourna-t-il vers Eloïse Dobson pour lui demander:
  "Êtes-vous en mesure de fournir la preuve que vous êtes bien la fille du Potier?"
  La figure de Mme Dobson passa par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
  "Co... comment? bégaya-t-elle.
  "Êtes-vous bien la fille du Potier? Il faudrait que vous puissiez le prouver.
  -Prouver quoi? Ainsi que je viens de vous le dire, nous sommes arrivés ici pour trouver ce jeune voleur..."
  Le sergent McDermott poussa un soupir résigné.
  "Hannibal Jones peut parfois donner du fil à retordre, avoua-t-il, mais il serait bien incapable de voler fût-ce une épingle... Voyons, Jones! Racontez-nous un peu ce que que faisiez ici?
  -Puis-je commencer par le commencement? demanda Hannibal.
  -Allez-y! Nous ne sommes pas pressés!"
  Hannibal expliqua donc tout, en n'omettant aucun détail. Le sergent McDermott prenait des notes."

  Je ne suis pas d'accord avec la traduction de "be a pain in the neck". "Donner du fil à retordre" évoque plutôt une notion de difficulté, d'obstacle à surmonter. L'expression employée par McDermott évoquant plutôt l'agacement, on pourrait traduire par "Il nous casse les pieds." Cette réflexion du collègue du Chef Reynolds visant le chef des détectives semble étrange pour les assidus de la série.
  On trouve dans le Chapitre 4 une réplique encore plus explicite:

  "Well, watch it, Jones!" McDermott called after him from the house. "You keep poking your nose in where it doesn't belong, you'll get it cut off one of these days."

  "Méfiez-vous tout de même! lui cria McDermott en le regardant s'éloigner. Un de ces jours, à force de fourrer votre nez dans les affaires d'autrui, vous finirez par attraper un mauvais coup." 

   Cette attitude du sergent envers Jupiter/Hannibal annonce ce qui s'avérera une énorme incohérence.
  Tout comme Mathilda, Titus et Worthington/Warrington, le chef de la police Samuel Reynolds possède sa propre série d'articles. Mais le traitement de Reynolds par M. V. Carey mérite d'être discuté ici. Cette figure de l'autorité policière de Rocky Beach fait deux apparitions (Chapitres 13 et 14). Sans citer les passages en question, celui-ci se montre très agressif envers les Trois jeunes détectives et en particulier Jupiter/Hannibal, ne prenant pas en considération ses déductions et lui enjoignant de se mêler de ses affaires.
  Or il a été établi dès The Mystery of the Green Ghost/Le Chinois qui verdissait que la relation entre ces personnages est une véritable collaboration. Reynolds a même rédigé une attestation, reprise par William Arden, qui enjoint leurs interlocuteurs à leur faire confiance, car ils sont considérés comme des auxiliaires de la police.
  C'est donc un bémol pour M. V. Carey, une incohérence qui fait entorse à la continuité de la série.
  Je peux toutefois nuancer la chose, avec ces répliques du Chapitre 13:

  "Is he always that grumpy?" Tom asked.
  "Only when Jupe doesn't let him in on things," said Bob.

  "Est-ce qu'il est toujours aussi hargneux? s'enquit Tom.
  -Non, répondit Bob. Seulement quand Hannibal se trouve sur sa route."

  Claude Voilier fait ici un contresens: "to let someone in on something" signifie en réalité "mettre quelque dans la confidence", "tenir quelqu'un au courant de quelque chose."
  Cette réplique de Bob peut expliquer l'attitude inhabituelle de Reynolds. Mais le dialogue entre Jupiter/Hannibal et Reynolds dans le Chapitre 14 reste trop ambigu pour donner crédit à l'auteure. C'est quelque chose qu'il va falloir suivre et commenter tout au long de mon projet.

  Je n'aborderai pas formellement la traduction française, mais puisque je viens de relever un contresens, je peux en signaler un autre dans le dialogue qui clôture le Chapitre 3, entre l'officier Haines, le sergent McDermott et Jupiter/Hannibal. Cela me permet non seulement d'intégrer une troisième illustration de Poirier, mais me sert aussi de transition:

Jacques Poirier, 1975.
"Mrs. Dobson began to cry again. Young Tom hurried her out of the house and down the path to the road where she got behind the wheel of a blue convertible with Illinois license plates.
  "Now I've seen everything!" said Sergeant McDermott. "The Potter's daughter!"
  "If she is The Potter's daughter!" said Officer Haines.
  "Why would she pretend?" said McDermott. "The Potter's a real kook, and he's got nothing anybody wants."
  "He must have something," said Jupiter Jones, "or why would someone go to the trouble to search his office?"

  "Mme Dobson se remit à pleurer. Vivement, le jeune Tom l'entraîna dehors. Tous deux se hâtèrent de rejoindre la voiture bleue, immatriculée dans l'Illinois. Mme Dobson se glissa derrière le volant.
  "Décidément, soupira alors le sergent McDermott, j'aurai tout vu! Le fille du Potier!
  -Si vraiment elle est sa fille: rappela Haines.
  -Bah: Pourquoi nous aurait-elle menti à ce sujet? fit le sergent. Le Potier n'est pas riche. Il ne possède rien dont on puisse souhaiter le dépouiller.
  -Et pourtant, fit remarquer Hannibal, il doit certainement avoir quelque chose de valeur. Autrement, je ne vois pas pourquoi quelqu'un se serait donné la peine de cambrioler son bureau..."

d.Le Potier et Mathilda Jones.

  Claude Voilier fait un contresens, "kook" signifie "fou", "cinglé". C'est en fait un jugement péjoratif du sergent McDermott. Le personnage autour duquel tourne le mystère principal du roman, le Potier lui-même, est une de figures de Rocky Beach. une sorte d'ermite excentrique.
  Il est présenté pour la première fois aux lecteurs, mais il est clair dès le premier Chapitre que la tante Mathilda et son neveu font partie de ses connaissances régulières:
  "[...] The man who was known in Rocky Beach simply as The Potter was a source of anxiety to [...] Aunt Mathilda. Every Saturday morning, The Potter drove his battered old truck into town to pick up his supplies and groceries for the week. Often Aunt Mathilda has been present when the truck coughed and spluttered its way into the parking lot outside the Rocky Beach supermarket. Always Aunt Mathilda predicted that the ancient vehicle would never be able to groan and puff back up the highway. Always Aunt Mathilda was wrong."

  "[...] L'homme que les habitants de Rocky appelaient tout simplement "le Potier" était une perpétuelle source d'inquiétudes pour la tante Mathilda. Le samedi matin, le Potier venait faire ses provisions au supermarché dans une camionnette si vétuste que la brave Mme Jones tremblait toujours de la voir s'écrouler.
  Mais ce samedi-là, comme les autres, l'antique véhicule semblait tenir bon."

  En plus de cette habituelle virée du samedi, on apprend aussi qu'il est plutôt solitaire. Sa visite au Paradis de la Brocante est exceptionnelle puisqu'il cherche de l'ameublement pour accueillir quelqu'un:

  "Expecting company?" echoed Aunt Mathilda. "My gracious to heavens!"
  In spite of his cheerful, outgoing ways, The Potter had never been known to have a close friend. Jupiter knew that his aunt was wondering mightily who might be coming to visit the old man. However, she refrained from questioning him [...]."

  "Des invités!" s'exclama la tante Mathilda d'un air surpris.
  En dépit des manières sociables du Potier, on ne lui connaissait aucun ami. Il menait une vie très indépendante. Hannibal devina que sa tante, dévorée de curiosité, retenait avec peine les questions qui lui brûlaient les lèvres."
 
  Vous n'êtes pas sans vous rendre compte que ces deux détails concernant le Potier sont narrés du point de vue d'un personnage que l'on connait déjà un peu: Mathilda Jones.
  C'est plutôt inhabituel de ma part de citer des passages où figure la Tante Mathilda. Mais vu la place inhabitielle qu'elle prend dans ce roman, il m'est permis de vous faire part de quelques informations la concernant. Ainsi, n'en ayant pas terminé avec le Potier, voici la description qui nous en est fait, du point de vue de Mathilda (l'illustration d'Harry Kane fait référence à la scène en fin de chapitre, j'ai jugé utile de l'intégrer ici afin que vous puissiez comparer l'apparence du Potier avec celle selon Jacques Porier):

Jacques Poirier, 1975.
  "The Potter fairly bounced out of the cab of his truck, his spotless white robe swirling around him.
  Aunt Mathilda could never decide whether or not she approved of The Potter. It was true that he was one of the most skilled craftsmen on the West Coast. People came from as far south as San Diego ans as far north as Santa Barbara to buy the pots and jars and vases that he fashioned so beautifully. Aunt Mathilda admired fine craftsmanship. Still, she believed firmly that all male human beings should wear trousers once they had graduated from the romper stage.
  The Potter's flowing robes disturbed her sense of things as they should be. so did The Potter's long, gleaming white air and his neatly combed beard, to say nothing of the ceramic medallion that dangled from a lether thong about his neck. The design on the mediallion was a scarlet eagle with two heads. In Aunt Mathilda's opinion, one head per eagle was the right number. The two-headed bird was only another of The Potter's strange whims.
  Now Aunt Mathilda looked down at the man's feet with open disapproval. As always, The Potter was barefooted. "You'll step on a nail!" warned Aunt Mathilda.
  The Potter only laughed. "I never step on nails, Mrs. Jones," he told her."

Harry Kane, 1971.
  "Il sauta à terre en prenant bien soin de ne pas salir sa longue robe blanche. Le Potier avait beau être
une figure familière à tous les gens du pays, la tante Mathilda ne pouvait s'habituer à son apparence et à ses façons de faire.
  Certes, elle avait une grande admiration pour les poteries qui sortaient des mains de l'habile artisan et que les touristes venaient lui acheter de fort loin! Mais ses vêtements la choquaient. A son avis, tout individu du sexe masculin en âge de marcher devait normalement porter des pantalons.
  Les longues robes flottantes arborées par le Potier la consternaient tout autant que ses cheveux longs et la barbe blanche, bien entretenue, qui lui descendait sur la pointrine. Même le médaillon de céramique qu'il portait autour du cou la choquait! Ce pendentif original représentait un aigle écarlate à deux têtes. La tante Mathilda estimait qu'un aigle convenable devait se contenter d'une seule tête. Décidément, tout était étrange chez le Potier!
  La tante Mathilda regarda les pieds nus de son visiteur d'un air désapprobateur:
  "Un jour ou l'autre, lui dit-elle, vous finirez par marcher sur un clou."
  Le Potier se mit à rire.
  "Cela ne m'est encore jamais arrivé, assura-t-il. [...]"

  M. V. Carey nous livre ici, en filigrane, un trait très conservateur de Mathilda Jones. Mais si je m'arrête là-dessus, c'est aussi pour mentionner ce passage (toujours au Chapitre 1), où Jupiter montre plus d'indulgence envers l'apparence du Potier:

  "Aunt Mathilda might have her doubts about the old man, but Jupe liked him. "Live and let live" seemed to be his motto, and Jupe thought it was no one's business but The Potter's if he enjoyed bare feet and white robes."

  Malheureusement, Claude Voilier ne traduit pas ses lignes. Je traduit donc moi-même:

  "Tante Mathilda pouvait bien voir le vieil homme d'un mauvais oeil, Hannibal aimait bien celui-ci. Sa devise étant "Vivre et laisser vivre", Hannibal trouvait que personne n'avait à juger le Potier sur ses pieds nus et ses robes blanches si tel était son choix."

  Ainsi, le jeune Jupiter s'oppose clairement à une vision étriquée de ce qui l'entoure, il s'oppose aux opinions un peu réactionnaires de sa tante. Il manifeste ici un esprit libertaire et ouvert, sans préjugés. C'est un aspect que j'avais déjà perçu notamment quand il décide avec Bob et Peter d'aider des jeunes garçons non américains (Carlos le Mexicain, Hamid le Syrien ou Nick le Grec.).

  Mais pour en revenir à Mathilda Jones, dans ce premier tome écrit par M. V. Carey, ce personnage prend beaucoup plus de place que d'habitude. Je peux même affirmer que, tout en conservant les particularités établies par Robert Arthur et en s'aidant du personnage excentrique qui est au centre de l'intrigue, l'auteure développe habilement ce personnage sympathique. Il y a d'autres détails qui confirment mon propos mais je les garde de côté pour la série d'articles consacrée à Mathilda et Titus (qui lui est aussi est très présent).

  Ceci dit, ne perdons pas de vue le principal propos de cette partie: tout le monde se connait à Rocky Beach. C'est ce que j'ai démontré en vous présentant ces personnages secondaires que l'on n'a jamais croisés mais que M. V. Carey réussi à nous rendre familiers en nous signalant qu'ils font partie du quotidien des Trois Jeunes Détectives. Pour enfoncer le clou, j'ai gardé sous le coude un dialogue situé dans le Chapitre 4 qui résume bien cette ambiance de petite ville:

  "Today The Potter disappeared."
  "I heard about that," said Bob. "Your Aunt Mathilda sent Hans down to the market to pick some stuff. He met my mother. Just walked away and left his truck here?"
  Jupiter nodded. "That is exactly what he did. The truck is still parked beside the office. The Potter disappeared, and a number of other people appeared."
  "Such as that woman who checked into the Seabreeze Inn after you got bonked on the bean?" questioned Pete.
  "Rocky Beach is indeed a small town," murmured Jupiter.
  "I met Officer Haines," Pete explained.

  "Le Potier a disparu!
  -Je sais! dit Bob. Hans est venu faire une course en ville. Il a rencontré ma mère. Il parait que le Potier a laissé sa camionnette au Paradis de la Brocante avant de s'évanouir dans la nature...
  -Exactement, mon vieux! Sa voiture est garée dans notre cour. Le Potier demeure introuvable mais, en revanche, j'ai fait la connaissance des invités qu'il attendait.
  -Tu veux parler de cette femme qui s'est installée à Seabreeze Inn après ta rencontre avec un cambrioleur? dit Peter à son tour.
  -Décidément, soupira Hannibal, Rocky est une bien petite ville. Tout s'y sait en un rien de temps!
  -J'ai rencontré Haines, expliqua Peter."

II.Titres, illustrations et couvertures.

  Même si je continue à discuter la traduction française à travers les notes suivant les extraits, j'ai décidé, pour cet article, de changer un peu le format qui devenait trop habituel dans le cadre de mon projet. Au lieu de consacrer toute une partie à la traduction (on retrouve le même genre de différence que dans les tomes précédents), j'ai préféré faire la comparaison entre le titre original américain et le titre français. Et quellle façon pourrait être plus ludique que d'intégrer les illustrations, couvertures incluses, se reportant directement au texte, là où éléments justifiant les deux différents titres appraissent?

a.Titre original américain.

  Pour ce quinzième tome, le titre original se focalise sur les traces de pas enflammées qui font leur apparition chez le Potier pour la première fois à la fin du Chapitre 5:

Harry Kane, 1971.
"Jupiter was close behind her when she suddenly stopped dead. Her arms went limp, and the bags thumped to the floor.
  The Eloise Dobson screamed.
  Jupiter pushed her to one side and stared past her into the kitchen. Near the pantry door, three weird, eerie green flames leaped and flickered.
  "What is it?" Aunt Mathilda and Tom thundered down the stairs. Hans came behind them.
  Jupiter and Mrs. Dobson were immobile, staring at those tongues of ghostly green fire.
  "Gracious to heavens!" gasped Aunt Mathilda.
  The flames sputtered and sank, then died, leaving not a wisp of smoke.
  "What the heck?" said Tom Dobson.
  Jupiter, Hans and Tom shoved forward into the kitchen. For almost a minute they looked at the linoleum - at the places where the flames had danced. The Hans said it. "The Potter! He came back! He came back to haunt the house!"
  "Impossible!" said Jupiter Jones.
  But he could not deny that there, charred into the linoleum, were three footprints - and they were the prints of naked feet.

Jacques Poirier, 1975.
  "Hannibal la suivit pour l'aider... Les bras chargés, tous deux se dirigèrent alors vers la cuisine. Mme Dobson venait en tête. Soudain, elle s'arrêta net, lâcha ce qu'elle tenait et poussa un cri d'effroi.
  Hannibal la dépassa vivement et entra dans la cuisine... Sur le sol, près de l'armoire aux provisions, trois étranges flammes vertes vacillaient en crépitant.
  "Que se passe-t-il?" cria la tante Mathilda au premier étage.
  Alertée par le cri, elle dévalait déjà l'escalier, suivie de Hans et de Tom.
  Hannibal et Mme Dobson étaient bien incapables de répondre. Ils continuaient à regarder les flammes.
  "Dieu tout-puissant!" s'exclama Mme Jones.
  Les flammes crachotèrent puis s'éteignirent en répandant une fumée âcre.
  "Qu'est-ce que c'est que ça?" murmura Tom, sidéré.
  Hannibal et Hans s'avancèrent de quelques pas. Durant une bonne minute, ils tinrent leurs yeux fixés sur le linoléum, à l'endroit où se trouvaient les flammes l'instant d'avant. Puis Hans bégaya:
  "Le... le Potoier! Il... il est revenu! Il est revenu pour hanter la maison!
  -Impossible!" affirma Hannibal avec force.
  Et pourtant, il ne pouvait nier le fait que le linoléum brûlé portait trois empreintes très nettes... des empreintes de pieds nus!"

NOTE: pas d'article sans un petit commentaire sur l'accent des frères Bavarois. Contrairement à d'habitude, il n'y a rien à remarquer à ce propos dans la réplique de Hans ci-dessus. Le texte original n'utilise aucune déformation syntaxique ou grammaticale. En d'autres termes, la phrase est correcte. Par contre, Claude Voilier ajoute dans la dramaturgie en le faisant bégayer de peur.

  Cependant on assiste à un dialogue entre Hans et Jupiter/Hannibal à la fin du Chapitre 13. Il font allusion à la scène ci-dessus:

  "I see your aunt been talking to you," said Hans, eyeing the scrubbing brush and the bucket.
  Jupiter nodded, wiped off the marble cherub, and turned to a bulging urn with grapes clustered on its sides.
  "Where is everybody?" Hans wanted to know. "I been over to house, and nobody there. Nobody in office, either."
  "Aunt Mathilda and Uncle Titus have gone up to The Potter's house to see Mrs. Dobson," reported Jupiter.
  "Huh!" snorted Hans. "I don't go to that place - not for a million dollars. That place is haunted. That crazy Potter, he's walking round up there in his bare feet. You saw it. I saw it."
  "Jupiter sat back on his heels. "We saw the footprints," he reminded Hans. "We did not see The Potter."
  "Who else could it be?" demanded Hans.
  Jupiter didn't answer."

  Ce début du dialogue est totalement omis par la traductrice. Je ne peux donc pas faire d'analyse de l'accent de Hans qui se manifeste bien dans certaines de ses répliques. Le dialogue continue, mais j'utiliserai la suite, que Claude Voilier a bien traduit cette fois, un peu plus bas puisqu'il concerne l'explication du titre français.

Roger Hall, 1972.
  Pour en revenir à la première occurrence des pas enflammés, notez que sur l'édition originale signée Harry Kane (reprise par Roger Hall en 1972, pour la première édition britannique, sur laquelle figure le médaillon du Potier), nous sommes bien dans la cuisine (notez aussi la présence d'Eloise Dobson), ce qui ne sera pas le cas de toutes les éditions, vous pourrez le constater dans mon survol des éditions européennes. D'autre part, Jupiter s'apprête à éteindre les flammes avec une couverture (ce sera le cas pour beaucoup d'autres éditions) alors que le texte signale bien qu'elles s'éteignent d'elles-même. En fait, c'est Pete qui effectue se geste à la deuxième occurrence. Nous n'y assistons pas directement, mais Pete, chargé de surveiller la maison du Potier, rappele Jupiter/Hannibal et Bob après une soirée déjà mouvementée et leur raconte les événements au Chapitre 11:

  "Just after you left," Pete explained, "we could hear water running in the pipes, but every tap in the house was turned off. Then, we were all about to turn in, and there was this sound dowstairs, like a thud. Mrs. Dobson came out to see what was up, and there were three little fires on the stairs. I smothered them with a blanket, and we've got another set of footprints."
  Jupiter and Bob returned to the stairs to examine the charred marks.
  "Exactly like the ones in the kitchen," said Jupiter. He touched one, then sniffed his fingertips. "Peculiar odour. Chemicals of some type."
  "So what does that get us?" demanded Pete. "We've got a ghost with a Ph.D. in chemistry?"

Jacques Poirier, 1975.
  "En ce qui concerne l'eau qui coule, expliqua Peter... dès que vous avez été partis, nous avons entendu des bruits dans les canalisations... mais aucun robinet n'était ouvert alors. Nous finissions de les vérifier quand un coup sourd a retenti au rez-de-chaussée. Mme Dobson est sortie de sa chambre pour voir ce que c'était et elle a aperçu trois petits feux sur les marches. Je les ai éteints à l'aide d'une couverture... pour découvrir une autre série d'empreintes."
  Hannibal et Bob retournèrent dans l'escalier pour examiner les traces de brûlures.
  "Ces empreintes sont identiques à celles de la cuisine", fit remarquer Hannibal.
  Il en toucha une, puis flaira ses doigts.
  "Drôle d'odeur! murmura-t-il. Ca sent comment certains produits chimiques...
  -Quelle conclusion pouvons-nous en tirer? dit Peter. Aucune, sinon que le fantôme possède des connaissances en chimie."

  Parmi les illustrations de couverture américaines, cette scène de l'escalier, qui, je le rappelle, est racontée par Pete après coup,  a été choisie par Charles Liese (qui dessine quatre pas au lieu de trois) et Robert Adragna. C'est plus ambigu pour Stephen Marchesi (qui ajoute un aigle à deux têtes surplombant le tout et qui attribue la couverture à Jupiter), le pas grossit alors qu'il s'approche de l'avant-plan, ce qui donne l'impression d'une avancée, qu'elle soit plate ou montante):
Stephen Marchesi, 1978.

Robert Adragna, 1984.
Charles Liese, 1980 (Original)

 
  Pour la troisième occurrence, les jeunes détectives arrivent au bon moment au début du Chapitre 16:

  "It was well after seven when The Three Invistigators reached The Potter's house. Pete pounded on the front door and Jupiter called out to identify himself.
  Young Tom Dobson opened the door. Your timing is perfect," he said. "Come on in."
  The Investigators trailed after Tom to the kitchen, where Mrs. Dobson sat in one of the straight chairs and watched a pair of green flames flicker and die out on the linoleum near the cellar door.
  "You know," she said, without much emotion, "this sort of things loses its shock value after a while."
  "Where were you when it happened?" asked Jupiter.
  "Upstairs," said Mrs. Dobson. "Something went 'bang' and Tom came down to see what, and there were some more of these nice, cheering footprints."
Jacques Poirier, 1975.
  "Les Trois détectives décidèrent de se rendre sur-le-champ à la maison du Potier. Le soleil déclinait rapidement à l'horizon. Tom ouvrit la porte à ses amis.
  "On peut dire que vous tombez à pic! murmura-t-il en les entraînant vers la cuisine. Regardez!"
  Debout au milieu de la pièce, Mme Dobson contemplait fixement en silence une triple flamme verte qui achevait de mourir sur le linoléum, près de la porte de la cave. La jeune femme n'avait même pas l'air ému.
  "A la longue, on s'y habitue! soupira-t-elle en apercevant les nouveaux venus.
  -Où étiez-vous quand cela est arrivé? demanda vivement Hannibal.
  -Là-haut. J'ai entendu un bruit sourd. Tom s'est précipité au rez-de-chaussée. Nous nous apprêtions à fouiller la maison."

NOTE: Claude voilier n'est pas aussi précise quant à l'heure où le trio arrive à la porte. Dommage qu'elle ne traduit pas le second sarcasme de Mme Dobson "these nice, cheering footprints". M. V. Carey insiste sur le changement d'attitude de la femme envers cette adversité dont elle n'a plus peur et qu'à défaut de défier la personne qui en est responsable, s'en moque.

  On apprendra que c'est le faux pêcheur M. Farrier qui en est l'instigateur. Mais pourquoi ce stratagème très précis? En fait, même si Eloise et Tom Dobson ignorent ce que signifient ces empreintes enflammées, on l'a appris au chapitre précédent grâce à livre emprunté par Bob. Avant d'extraire le passage, je tiens à préciser que l'illustration de Jacques Poirier ci-dessous contient Blackbeard le mainate que le trio possède depuis le deuxième tome de la série, sans qu'il soit mentionné à aucun moment dans le roman. C'est un détail de continuité que j'apprécie toujours de la part du dessinateur:
Jacques Poirier, 1975.
  [...] When Bob appeared at Headquarters that evening, he was almost staggering under the weight of two large books which had pieces of paper tucked in to mark various pages. [...]
  "It's so pat, I can't believe it," said Bob. "It seems there was a bit of trouble at Malenbad. One of the Kerenov daughters - her name was Olga - was accused of practising witchcraft."
  "Wasn't that tricky? asked Pete. "I mean, wouldn't it be kind of dangerous to accuse the duke's daughter of being a witch?"
  "Not as tricky as you might think," said Bob. "It was one of those hysteria things, much like the epidemic of supposed withcraft at Salem, and everybody was accusing everybody. The girl had had the bad fortune to fall out with her father because she wanted to marry the local innkeeper, and he did not approve. Besides, he was accused himself. He was worried about his own skin, and he had to call on the then-ruling Azimov to come to his defence. So the girl was burned at the stake."
  "Oh, wow!" said Pete.
  "Burned?" Jupiter came to rigid attention. "And then the Kerenovs left their castle at Malenbad?"
  "Yes. You see, after she was burned, the girl - or I guess you could say her ghost - kept coming back to the castle and tramping around and leaving..."
  "Flaming footprints!" cried Jupiter.
Jacques Poirier, 1975.
  "Quand Bob rejoignit ses camarades dans la caravane, il portait deux gros bouquins. [...]
  "Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule, avoua Bob. Malenbad était devenu pour eux un lieu de séjour maudit. L'une des filles Kerenov, prénommée Olga, fut accusée un beau jour de sorcellerie...
  -Mais, objecta Hannibal, n'était-il pas dangereux d'accuser l'une des filles du puissant duc d'être une sorcière?
  -Mon vieux, il faut te mettre dans la peau des gens de ce temps-là. Tout s'est passé comme en période d'épidémie. La chasse aux sorcières sévit brusquement dans le pays. tout le monde accusait tout le monde. Olga eut par ailleurs la malchance d'être reniée par son père à cette époque... Elle voulait épouser un roturier et le duc s'y opposait. Bref, la malheureuse fut condamnée en un rien de temps et périt sur le bûcher.
  -Quelle horreur! s'écria Peter. Je comprends à présent pourquoi les Kerenov quittèrent leur châterau de Malenbad pour émigrer dans la capitale.
  -Et encore, tu ne sais pas tout! Après avoir été brûlée en place publique, l'infortunée Olga, ou plutôt son fantôme, revint, raconte-t-on, hanter la demeure de son père... Elle se promenait la nuit en laissant derrière elle...
  -Des empreintes de pas enflammées! acheva Hannibal.

NOTE: Claude Voilier fait une substitution de personnage comme on a souvent pu le remarquer dans les tomes précédents. Ici une réplique de Pete se retouve prononcée par Hannibal. Elle omet aussi le fait que Kerenov était également accusé de sorcellerie et qu'il a du demander l'appui d'Azimov pour sauver sa peau.

  Pour terminer cette sous-partie consacrée au titre original, j'ai pensé qu'il serait amusant de signaler la façon dont M. V. Carey a évité d'expliquer, dans le Chapitre 19 la façon dont M. Farrier a allumé ses petites flammes. Un autre moyen de dire à ses lecteurs de ne pas essayer de reproduire cette petite expérience chez eux. C'est Bob qui s'adresse à Alfred Hitchcock, dans l'épilogue traditionnel où le trio rend compte de leur enquête au réalisateur:

  "Chief Reynolds found the stuff Farrier used to create the flaming footprints in the boot of Farrier's car, which was parked up the highway out of sight of the house," said Bob. "Whatever it was, he says we'll never know. He thinks it's a good idea not to spread some kinds of information around."

Jacques Poirier, 1975.

  "Le chef de la police a trouvé le produit chimique que Farrier employait pour produire les empreintes de pas enflammées, expliqua Bob à son tour: il était caché dans le coffre de sa voiture. Reynolds a refusé de nous en donner la composition. Il ne l'a pas davantage communiquée à la presse, "pour ne pas donner de mauvaises idées aux gens", a-t-il dit!"

NOTE: remarquez l'ajout de Claude Voilier à propos de la presse.

b.Titre français.
  L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête est sorti en 1975, à la 14ème position dans l'ordre de publication français. A la 13ème position, aussi en 1975, était paru L'Insaisissable Homme des neiges paru en 1973 sous le titre The Mystery of Monster Mountain (20ème position dans l'ordre américain).

  Il est arrivé que pour les tomes précédents, la différence du titre soit un glissement d'un élément d'intrigue à un autre. Je peux vous citer par exemple The Secret of Skeleton Island/Le Spectre des Chevaux de bois ou The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste. Même si l'on peut toujours expliquer le glissement à cause d'un élément de traduction: dans le premier, Olivier Séchan choisissait une expression typiquement française qui modifiait jusqu'à la forme de l'île, et pour le second la rime "buste"/"Auguste" était trop belle pour s'abstenir du jeu de mots.
  J'ai la mauvaise habitude de chipoter sur les titres français, souvent destinés à faire sourire au détriment de la cohérence interne des tomes. J'en ignore la raison, mais ici, le titre français réussit à rester cohérent et aussi garder son étrangeté, car on ne sait pas encore pourquoi un aigle devrait avoir plus d'une tête. Ce détail qui interpelle au premier abord s'explique avec les nombreuses mentions du symbole d'un pays européen fictif qui sera au centre de l'intrigue: l'aigle à deux têtes.

Vladimir Kardelis & Svetozár Mydlo, 1996.
  Il est mentionné pour la première fois, de manière humoristique, comme on l'a vu, avec la réflexion de la conservatrice Tante Mathilda qui, voyant le médaillon du Potier, estime "qu'un aigle convenable devait se contenter d'une seule tête". A la fin de ce même premier chapitre, cela devient un cran plus sérieux lorsqu'une des réactions de l'excentrique personnage attire l'attention du lecteur mais aussi de Jupiter/Hannibal:

  "His right hand had come up to grip the medaillion which hung around his neck."

  "'Sa main droite était crispée sur le médaillon qu'il portait autour du cou."

  Comme l'illustration interne d'Harry Kane est déjà utilisée pour confirmer sa description du Chapitre 1, je me permet d'intégrer ci-contre la couverture de l'édition slovaque figurant le Potier et son médaillon dans un sobre montage avec les jeunes détectives.

  On n'attend pas très longtemps avant de le revoir pointer le bout de ses becs, puisque le détective en chef le remarque à l'entrée de la maison du Potier au Chapitre 2:

  "Jupe walked quicly past the displays on the wooden tables and up two little steps which were guarded by a pair of urns. The urns were almost as tall as Jupiter himself. A band of double-headed eagles, similar to the eagle on The Potter's medallion, encircled each urn. The eyes glared white in the bird's head, and the beaks were open as if they screamed defiance at one another."

  "Passant rapidement entre les tables, le jeune garçon gravit les deux marches du porche que flanquaient deux urnes presque aussi grandes que lui. Chacune de ces urnes était décorée d'une bande d'aigles à deux têtes semblables à celui représenté sur le médaillon du Potier."

  Dans le Chapitre 4, les trois jeunes se réunissent une première fois pour discuter du début de leur enquête:

  "He disappeared!" said Bob.
  "Yes. He walked away. Now I wonder, was he only holding the medallion out of habit, the way one
would twist a button perhaps, or was he trying to cover it up?"
  "It's an eagle, isn't it?" asked Bob.
  "An eagle with two heads," said Jupiter. "It could be a design The Potter made up, or it could be something more - a symbol that meant something to the men in the car."
  "Like a signal?" asked Pete.
  "Or a crest," decided Bob. "Europeans are big on crests, and they have all kinds of things on them, like lions and unicorns and falcons and such."
  "Can you check it out?" Jupiter asked. "Do you remembered what it looked like?"
  Bob nodded. "There's a new book on heraldry in at the library. If I see that double-headed eagle again, I'll recognize it."

  "[...] Il s'est volatilisé... Maintenant que j'y pense, la manière dont il tenait son médaillon n'était pas machinale. Il avait l'air de vouloir le cacher.
  -Ce pendentif représente un aigle, je crois?
  -Un aigle à deux tête, oui... Il peut s'agir d'un dessin imaginé par le Potier ou de quelque chose d'autre... par exemple un symbole qui peut avoir une signification aux yeux des deux étrangers.
  -Peut-être s'agit-il d'un emblème suggéra Bob. Un emblème héraldique! Je regarderai dans des livres spécialisés, à la bibliothèque, si on n'y parle pas d'un aigle à deux têtes."

NOTE: on peut remarquer les omissions faites par Claude Voilier: la réplique de Pete, celle de Jupiter demandant à Bob d'aller voir à la bibliothèque (pour Voilier, Bob prend l'initiative). Omise aussi est le précision de Bob sur les Européens, et il se trouve que l'aigle à deux têtes est un symbole très prisés dans de nombreux pays d'Europê de l'Est (Serbie, Albanie, Chypre...).

  Au Chapitre 5, Eloise et Tom Dobson s'intalle chez le Potier avec l'aide des Trois Jeunes Détectives, c'est l'occasion de visiter les autres pièces, notamment celle où ce trouve encore l'aigle à deux têtes sur une grande plaque. On sait maintenant que l'attention de Jupiter/Hannibal n'est pas attiré que par la taille qu'il prend au-dessus de la cheminée. J'en profite pour vous présenter la seule illustration de couverture ayant utilisé cet élément précis, celle de l'édition italienne dont j'ignoe la date de publication et le nom de l'artiste (à noter également que le titre signifie "L'Aigle écarclate", titre plus sobre que le français. Le texte original précise bien la couleur "crimson" mais pas le texte français):

Edition italienne.
  "It's got a fireplace," said Tom. "And wow, look at that wild thing!"
  Tom and Jupiter leaned on the headboard against the wall and looked at that wild thing. It was a ceramic plaque, fully five feet across. It was set into the wall above the fireplace.
  "The double-headed eagle!" said Jupiter Jones.
  Tom cocked his head to one side and examined the scarlet bird, screeching from both pointed beaks. "Old friend of yours?" he asked Jupiter.
  "Possibly an old friend of your grandfather's," said Jupiter. "He always wore a medallion with that design on it. It must have meant something special to him. There are rows of double-headed eagles on those two big urns by the front steps. Did you notice them?"

  "Elle a une cheminée, constata Hannibal.
  -Tiens! Quel truc bizarre!" s'écria Tom.
  Il désigna une plaque de céramique incrustée dans le mur juste au-dessus du manteau de la cheminée.
  "L'aigle à deux têtes! murmura Hannibal.
  -Un ami à toi? plaisanta Tom en examinant l'oiseau.
  -Plutôt un ami de ton grand-père, dit Hannibal. Il porte toujours un médaillon avec ce dessin dessus. Je suppose que cet aigle signifie quelque chose de particulier pour lui. Il y a aussi des aigles à deux têtes sur les grosses urnes qui se trouvent de chaque côté des marches du perron. L'as-tu remarqué?"

NOTE: la traductrice ne convertit et ne traduit pas la dimension de la plaque qui est d'une envergure de cinq pieds, c'est-à-dire environ 1,5 mètre.

  Le mystère perd un peu de son opacité avec le livre que Bob apporte de la bibliothèque au Chapitre 7:

Jacques Poirier, 1975.
  "'The Azimov crown, solid gold and set with lapis lazuli, is surmounted by a huge ruby said to have been the possession of Ivan the Bold, whose estates were forfeited to Frederic Azimov after his execution. The two-headed eagle atop the ruby is the family device of the Azimovs, Kerenov fashioned it of enamel on gold. The eyes are diamonds, each weighing more than two carats.'."

  "La couronne Azimov, faite d'or massif incrusté de lapis-lazuli, est surmontée d'un énorme rubis. Cette gemme merveilleuse aurait appartenu à Yvan le Hardi dont tous les biens, après son exécution, furent confisqués par Frederic Azimov. L'aigle à deux têtes que l'on voit au-dessus du rubis est l'emblème de la dynastie des Asimov. Boris Kerenov l'a exécuté en or et en émail. Les yeux sont des diamants très purs pesant chacun plus de deux carats."

  C'est donc tout à fait évident pour Jupiter de soupçonner immédiatement un lien avec le Potier (dans le même chapitre):

  "Jupe brooded. "Tom Dobson said his grandfather came from Ukrainia. Suppose Tom is wrong? The Potter and that Azimov eagle seem to be old friends. I wonder if he could have had anything to do with that royal family."

  "Hannibal était pensif.
  "Tom Dobson m'a raconté que son grand-père était venu d'Ukraine. Et si Tom faisait erreur? Le Potier et l'aigle des Azimov semblent être de vieux amis. Je me demande si le Potier n'est pas lié d'une manière quelconque à la famille royale de Karathie."

  Il faudra attendre le Chapitre 12 pour que Jupiter/Hannibal se décide à tenter quelque chose avec l'aigle en céramique du Chapitre 5, pour voir où cela va les mener:

  "But he wore the eagle on the medallion," said Jupiter, "and he used it when he designed that plaque - and a plaque for an empty room, incidentally. Now why would he go to the trouble to make a huge thing like that and install it in an empty room?
  [...] The crimson eagle glared at them from above the mantel.
  Jupiter felt around the edges of the plaque. "It seems to be cimented into place," he said.
  Tom Dobson ducked back into his own room and returned with a nail fail. "Try this," he said.
  Jupe pried at the edges of the ceramic piece. "No. It's up there to stay," he announced. "I think The Potter must have replastered the wall above the fireplace and put the plaque right into the plaster."
  Jupe stepped back and looked up at the screaming bird. "What a job that must have been. It's a very large piece."
  "Everybody's got to have a hobby," said tom.
  "Wait!" said Jupiter. "It isn't cast all in one piece. We need something to stand on."
  Pete darted on to the kitchen and came back with one of the chairs, Jupiter stood on it and reached up towards the right head of the eagle. "That eye isn't the same as the other," he said. "It was cast separately." Jupiter pressed on the white porcelain of the eagle's eye. It gave under his fingers, and the boys heard a faint click. The entire wall above the mantel moved slightly."
Jacques Poirier, 1975.
  "N'empêche qu'il porte l'aigle en sautoir et qu'il l'a reproduit sur la plaque de céramique de la chambre de ta mère... Une chambre, entre parenthèses, qui était inoccupée avant votre arrivée. On peut se poser la question: pourquoi s'est-il donné la peine de fabriquer un énorme truc comme ça et de l'installer dans une pièce vide?"
  [...] Hannibal leva les yeux vers l'aigle aux têtes menaçantes et palpa les bords de la plaque.
  "On dirait qu'elle est cimentée dans le mur!" dit-il.
  Il se recula pour mieux voir le panneau et murmura:
  "Quel travail cela a dû demander pour mettre en place cette énorme plaque!"
  Soudain, un détail frappa son regard.
  "Attendez un peu! s'écria-t-il. Il me semble que j'aperçois quelque chose. Il faudrait que je monte sur une chaise pour mieux voir..."
  Peter se précipita à la cuisine et en revint avec une chaise. Hannibal la lui prit des mains, la disposa devant la cheminée et grimpa dessus. Approchant son visage de la tête droite de l'aigle, il l'examina attentivement.
  "Cet oeil est plus en relief que l'autre! s'écria-t-il enfin. Je me demande..."
  Sans terminer sa phrase, il appuya sur l'oeil en question. Les garçons perçurent un faible déclic. La portion de mur au-dessus du manteau de la cheminée bougea légèrement."

  Nous avons donc pendant les deux premiers tiers du roman, ces multiples apparitions de cet aigle bicéphale. Le symbole nous devient très familier. C'est dans le chapitre 13 que le titre français s'explique:

  "Tom sat down on the steps between the two huge urns which were banded with double-headed eagles.
  Jupiter frowned at one of the urns.
  "What's your problem?" said Bob.
  "One of these eagles has only one head," said Jupiter, puzzled.
  The boys crowded round the urn. It was true. One of the birds in the bright band which decorated the piece was missing a head - the right-hand head. It looked like an ordinary, one-headed creature gazing off to the left.
  "Interesting," said Jupiter.
  Bob circled the other vase, examining the band of eagles. "All of these have two heads," he reported.
  "Maybe my grandfather made a mistake," said Tom.
  "The Potter does not make mistakes such as this," said Jupiter. "His designs are always perfect. If he intended to put a band of double-headed eagles on this urn, he would have done so."'
Jacques Poirier, 1975.
  "Tom s'assit sur une marche de perron, entre les deux grosses urnes décorées d'aigles à deux têtes. Hannibal considéra fixement l'une des urnes, l'air pensif.
  "Qu'est-ce qui te tourmente? demanda Peter.
  -L'un de ses aigles n'a qu'une seule tête!" répondit le chef des détectives.
  Ses camarades regardèrent l'urne à leur tour. Hannibal avait dit vrai. L'un des oiseaux de la bande décorative ne possédait qu'une tête: celle qui regardait vers la droite. Il ressemblait dès lors à un quelconque rapace dessiné de profil.
  "Intéressant! murmura Hannibal.
  -Grand-père a peut-être oublié d'ajouter la tête de gauche! fit remarquer Tom.
  -Le Potier n'aurait pas commis d'erreur aussi grossière, assura Hannibal. Ses dessins étaient toujours parfaitement exécutés. S'il avait vraiment voulu décorer cette urne d'un aigle à deux têtes, il l'aurait fait."

NOTE: Remarquez que Jacques Poirier ne dessine pas les bandes mentionnées dans le texte. Il se contente d'un seul aigle au milieu de l'urne. C'est un peu dommage de différer ainsi du texte, car ça saute au yeux qu'il manque une tête, alors qu'avec une frise de plusieurs petits aigles, la tête manquante ne peux se repérer qu'en regardant de près.
  Du point de vue de la traduction, on remarque que Peter se substitue à Bob pour la question "Qu'est-ce qui te tourmente", ainsi que l'omission de Bob faisant le tour de l'autre urne. Celle-là même que Jupiter examinait dans le Chapitre 6:

  "Jupiter stood up and leaned against one of the urns, tracing the pattern of the screaming scarlet eagles with a forefinger."

  "Hannibal se leva et, appuyé contre une des urnes, il se mit à réfléchir tout haut."

NOTE:  dommage que Claude Voilier ne traduit pas exactement ce que dit le texte original. Dans ce dernier, Jupiter redessine du doigt le motif répété de l'aigle à deux têtes. Ainsi l'important indice aurait pu être découvert plus tôt...

  Plus important, cela justifie le "n'avait plus qu'une tête". Car comme je l'ai dit, au première abord, on se demande pourquoi un aigle en aurait plus. C'est exactement ce que se demande Hans dans la seconde partie du dialogue entre lui et le détective en chef, à la fin du Chapitre 13:

  "Jupiter didn't answer. He sarted at the urn, which was an ungainly piece, and he thought of the Potter, who made such handsome things. "The urns on The Potters porch are much better than this one," said Jupiter.
  "Yah! Yah! His stuff's good. But he was crazy anyway."
  "No, I don't think so," said Jupiter. "But I wonder why one of the eagles on that urn has only one head."
  "Nothing wrong with one head on eagle," declared Hans.
  "True. Except that The Potter seemed to prefer them with two," answered Jupiter Jones."

  La première partie du texte originale n'étant pas traduite par Claude Voilier, dans le texte français le dialogue commence ici (d'ailleurs il est précisé qu'Hans n'entre en scène qu'à ce moment-là):

  "Tout en travaillant, il songeait au Potier, qui façonnait de si jolies choses.
  "Les urnes qui ornent le porche du Potier sont mille fois plus belles que celle-ci, déclara-t-il à Hans qui arrivait.
  -Ça, c'est bien vrai! reconnut Hans. Il fabrique de la bonne marchandise. N'empêche que le pauvre homme est piqué!
  -Non, Hans, je ne le pense pas! déclara Hannibal. Par exemple, je me demande bien pourquoi, sur l'une de ses urnes, l'un des aigles n'a qu'une seule tête.
  -Il n'y a rien de bizarre à ce qu'un aigle n'ait qu'une tête, fit remarquer Hans.
  -D'accord... mais il se trouve que le Potier semblait les préférer quand ils en avaient deux!" répondit Hannibal, pensif.

NOTE: Ce tome ne fait pas exception, l'accent du Bavarois, bien visible sous la plume de M. V. Carey est gommé dans la traduction et Claude Voilié lui attribue des phrases bien trop correctes. De plus, Hans pense toujours que le Potier est mort. Or le "was crazy" est traduit au présent, "est piqué".

  Tout comme l'indique Jupiter/Hannibal, cela devient étrange quand il ne reste plus qu'une tête à l'aigle, quand tout au long du roman, il est représenté systématiquement avec une tête de plus!
  Ci-dessous les deux couvertures françaises en accord avec le titre. On peut noter entre autres la présence du Potier (à la place des armoiries pour Poirier et à la place de la tête de l'aigle manquante pour Beaujard) et le profil d'Alfred Hitchcock. Il est trop difficile de le voir, mais les résumés sont un peu différents.

Jacques Poirier, Bibliothèque Verte, réimpression de 1979.
Yves Beaujard, Bibliothèque Verte, 1994.
c.Couvertures européennes.

  Parmi les multiples couvertures allemandes, je vous présente les deux d'Auga Rasch. L'une est en raccord avec le texte original (trace de pied nu, flamme verte), l'autre pas (trace de chaussure, flamme jaune.
Aiga Rasch, édition allemande, 1981.
Aiga Rasch, édition allemande, 1979
















   
  J'ai évoqué les différences entre les éditions originales américaines, les autres éditions de par le monde manifestent les même divergences concernant:
-la couverture dont se sert Pete dans la deuxième apparition des empreintes.
-le lieu du phénomène n'est pas toujours le bon
-le nombre de pas, trois dans le texte, n'est pas toujours respecté non plus.

  En Espagne, même si je ne peux pas en être sûr, il semble que c'est bien Pete qui tient la couverture, mais la scène se déroule dans la cuisine (première occurrence du Chapitre 5) et l'on compte cinq traces de pas. En Finlande, c'est Jupiter qui tient la couverture (en jetant un oeil à d'autres titres, le dessinateur Matti Louhi donne systématiquement les cheveux bruns à Jupiter et roux à Pete) et nous sommes non dans l'escalier, mais sur le palier du premier étage.

Badia Camps, édition espagnole.
Matti Louhi, édition finnoise, 1981.





















  Le norvégien Sten Nilsen reprend l'illustration d'Harry Kane à sa façon et en Pologne, pas de couverture, c'est l'escalier qui est choisi pour cadre mais il y beaucoup plus de trois empreintes.

Sten Nilsen, édition norvégienne, 1975.
Edition polonaise.
















 
  Particularité des éditions suédoise et danoise, la scène est en extérieur. Ola Ericson nous fait le plaisir de figurer le profil d'Alfred Hitchcock sur l'urne en bas à droite et l'aigle à deux têtes a été dessiné par Peter Madsen en arrière-plan.

Peter Madsen, édition danoise, 2002 (original)
Ola Ericson, édition suédoise, 1973.

















  Il y aura d'autres éditions dans les articles annexes à venir, car elles se réfèrent à des scènes que j'ai l'intention d'isoler.

  Ainsi s'achève le quinzième article de mon projet. Je me suis déjà procuré la suite de la série en version originale jusqu'au tome 30. Ce qui a raison d'un tome par mois peut m'emmener jusqu'à février 2018! Ceci dit j'espère pouvoir avoir un peu d'avance sur cette projection sans pouvoir garantir de poster deux articles par mois.
  Comme évoqué dans l'introduction, la prochaine enquête de Jupiter & Co. s'intitule The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents écrit par Nick West. Pour tout vous dire, je l'ai lu et les notes sont prêtes. Un des axes de l'article sera certainement la comparaison avec le quatorzième volume. J'avais même commencé le dix-huitième tome, mais je me suis forcé ralentir la cadence, surtout parce qu'il faut aussi poster des articles annexes thèmatiques. Je vous annonce que parmi ceux-ci, il y aura enfin la chronologie à laquelle je fais souvent allusion.
  Merci à tous!

  The Mystery of the Flaming Footprintys/L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête, Mary Virginia Carey. Traduit de l'américain par Claude Voilier.