mercredi 11 novembre 2009

Chasseurs de fantasmes

Dire que cette anthologie mêlant mondes fantastiques et érotisme était attendue serait un bien doux euphémisme! Loin d'un érotisme pudibond les auteurs regroupés ici explorent les fantasmes et les sensualités afin d'entraîner le lecteur dans des mondes inexplorés au service de la jouissance!

Dans
Vieillir d'amour l'auteur Ayerdhal nous entraîne dans les traces d'une mante religieuse recouvrant la jeunesse grâce à l'absorption de celle de son amant. La seule solution pour que celui-ci puisse vivre sera une séparation dure à vivre pour l'héroïne.
Dans
Les Éphémères, Jean-Michel Calvez narre l' étreinte brève mais nécessaire à la reproduction d'une société de plongeur. Quand l'obligation passe avant la sensualité et le fantasme.
Dans (R)EVE de Lucie Chenu une sculptrice fantasme sur sa statue qui prend alors vie et réalise ses fantasmes jusqu'au crime. Mais où s'est arrêté le fantasme: dans la tête de la dite sculptrice ou à la limite de la mort?
Dans
La Trace de l’homme Anne Viélan décrit l'arrivée d'un explorateur dans un monde où l'interdiction de l'acte sexuel est la seule restriction à la dévotion d'un nouveau Dieu barbare. Mais il tombera sous les charmes d'une prostituée et se posera alors la question de comment ne pas trop influencer ce monde.
Dans
Les Langages de la peau Jean-Claude Dunyach raconte le passage du tabou de la sensualité ressentie par le jeune enfant lors de la têtée à celui de l'exploration toujours plus profonde de la sensualité de la chair jusqu'à la fusion de deux être voir le cannibalisme!
Dans
Il tirait son glaive dans les nues Leni Cèdre une femelle de haute caste décide de se rebeller contre sa condition et de descendre explorer si les fantasmes rapportés sur les humains sont vrais. Elle découvrira la sensualité et aspirations d'une race menacée.
Dans
L’Anémone ML Schultze suit le monologue intérieur d'une jeune femelle qui ne peut satisfaire ses désirs parce que son membre n'a pas poussé et qu'elle y est autorisée qu'à cette condition ainsi que celle de ne pas se satisfaire avec une caste plus basse que la sienne. Son Maître la fait donc escorter pour qu'elle respecte ces règles. Mais elle découvrira la sensualité par une anémone mystérieuse, se jouera alors un jeu de plaisir physique et répulsion sociale...
Dans
Naufrage, avec Sable et Sinople (ou Loïc Henry? ) nous suivons les pas d'une anthropologue qui dans un monde où l'amour est aseptisé et codifié par voir comment cela se passe chez les "indigènes" de la planète sur laquelle son équipage a atterri.
Dans
Simulation Love Li-Cam, auteur aussi de Lemashtu / Chroniques des Stryges chez le même éditeur, un soldat se porte volontaire pour une simulation d'acte sexuel avec un ordinateur. Pas très motivé au début il se prendra au jeu plus vite et intensément qu'il ne le pensait.
Dans
Thaïs sur la mauvaise pente Benoît Giuseppin suit les pas la prostituée Thaïs (référence au personnage de Thaïs .) prophétesse en phallomancie (art divinatoire sur les parties génitales!) attirée par les sirènes d'une nouvelle boîte croissant le chemin d'un véritable ange, ce qu'elle comprendra en exerçant son art!, le cénobite Paphrutius (référence)ayant fuit son abbaye pour ramener au repentir les femmes croisées sur les routes et essayant de la convaincre qu'elle ne va qu'à sa perte... mais "une rencontre plus que convaincante" avec le propriétaire de la dite boîte la fera définitivement changer d'avis... (on la comprend vu la description de la "scène"!)
Enfin dans
Les Autres de Christian Vilà, un prostitué découvre l'abattoir auquel sont envoyés les rebelles au pouvoir et autres déviants après un accord entre aliens, les dits Autres, et le gouvernement humain. Ma nouvelle préférée de ce recueil ( avec la précédente!) subtil mélange de gore, d'érotisme débridé (la dernière étape avant l'abattoir étant de laisser les lots de viande copuler dans une étreinte sensuelle et désespérée !) et de dénonciation politique!

En conclusion un recueil plus que réjouissant dans lequel les auteurs n'hésitent pas à traiter tour à tour tous les sujets sexuels et sociaux tabous de façon parfois injustifiée dans notre société actuelle!

Un extrait de chaque nouvelle à lire sur le site de l'éditeur

Rencontres croisées avec Actu sf qui publie un recueil sur le même thème:

- Café littéraire le vendredi 13 novembre, à partir de 19h. Le Motif, 6, villa Marcel-Lods Passage de l’Atlas 75019 Paris.
- et le
samedi 14 novembre au Spirit Café, 11 rue Rameau, 75002 Paris de 15h à 18h.
(Page Facebook)

Griffe d'encre, octobre 2009.

lundi 9 novembre 2009

La maison de l'Ombre

J'ai rencontré Armelle Carbonel à la cession d'octobre de Place aux Livres! . Elle m'avait contacté via le groupe Facebook de l'évènement. Ma première réaction? Pourquoi des gens pensent avoir du talent au point de s'auto-éditer? Les grandes maisons d'éditions ne les ont-ils pas refusé à raison?
Après une rencontre très sympathique je peux dire à présent que j'ai eu l'honneur qu'elle veuille bien jouer le jeu de la chronique au point de m'offrir un exemplaire de son thriller plus qu'efficace!

Une mère est hantée par le meurtre brutal de sa fille 25 ans auparavant, déjà, quant à sa cinquième année de psychothérapie un second meurtre se déroule au même endroit, dans les mêmes circonstances. Déjà qu'elle avait du mal...
Loin d'une caractérisation au pathos insultant de bien des thrillers dans lesquels le héros est bien sûr toujours traumatisé, Armelle Carbonel nous entraîne dans une enquête dans laquelle notre héroïne va devoir aller au-delà autant d'elle même que des clichés de la police ou des raccourcis faciles. On l'a pensera un temps aidé par un libraire spécialisé en polar... mais ce n'est que le début d'une piste plus sérieuse à côté de laquelle tous les enquêteurs sont bien entendu passés!
L'auteur parvient à nous plonger dans une ambiance étouffante et labyrinthique qui n'est pas sans rappeler le film Cette femme-là avec Josiane Balasko.

Finalement pourquoi ne pas laisser aux "grands éditeurs" les polars et thrillers copiés/collés sur de grands maîtres? Armelle Carbonel a-t-elle besoin d'aller faire des concessions sur son texte afin qu'il passe?

Me concernant j'ai hâte de découvrir son livre suivant qu'elle viendra présenter à Place aux Livres! le 17 décembre!

Fiche de l'ouvrage sur The BookEdition.com et un extrait à lire absolument!

Site officiel de l'auteur

Armelle Carbonel, The BookEdition.com.



mardi 3 novembre 2009

With Your Wooden Sword So Mighty: Wisconsin de Mary Relindes Ellins

Mis de côté, dans ma tête, avec tant d'autres livres dont la liste s'allonge tous les mois, Wisconsin a échappé au couperet de ma mémoire sélective. J'ai tout de même mis deux ans et demi à l'ouvrir. En fait, je lui ai forcé une petite place parce qu'il ne faut pas oublier que des livres qui datent n'ont pas moins d'intérêt que ceux qu'on voit en vitrine ou sur table.

Premier roman de Mary Relindes Ellis, Wisconsin tourne autour d'une poignée de personnages. John Lucas, père violent et exécrable, comble ses soirées au bar du coin avec ses vantardises douteuses sur son passé militaire (preuves en sont les médailles qu'il aurait méritées). Il se réjouira du départ pour le Viet Nam de son fils aîné James, volontaire par échappatoire à cette brute paternelle. Figure jusqu'au bout antipathique, il sera le seul personnage à ne pas bénéficier d'une focalisation particulière.

Le départ de James, il se situe dans les premières pages, est un point de rupture direct pour son petit frère Bill ainsi que pour sa mère, Claire. Par ricochet, Ernie et Rosemary Morrisseau, les voisins, en ressentiront également les retombées pendant les décennies à suivre. Au fil des souvenirs et des blessures de chacun de ces personnages, dans une narration à voix multiples, les secrets se dévoilent et les liens affectifs se ressèrent.
Le choix du point de vue narratif, partagé entre la troisième personne, pour Ernie et Bill, et la première pour Claire et Rosemary, pourrait être facilement sujet à quelques réfléxions simplistes. Cependant les personnalités masculines et féminines sont tout aussi bien maitrisées par l'auteur. James n'a-t-il pas d'ailleurs une voix à part, à travers les lettres qu'il envoie à son frère? Son absence sprectrale et paradoxalement omniprésente se révèlera comme centrale au rapprochement de ces intimités tourmentées.

Je pourrais chipoter sur le choix du titre en français, non pas à cause de sa pertinence, mais parce qu'il glisse du choix initial et signifiant de l'auteure à quelque chose de trop géographiquement générique. Le titre original, The Turtle Warrior, fait référence au jeu favori du petit Bill qui, muni d'une carapace de tortue comme bouclier et d'une épée en bois, anéantit tous ses ennemis. Invisibles et vulnérables dans leur forme ludique, ils laisseront place pour ce garçon à la douceur écorchée à d'autres obstacles moins symboliques. De ceux auxquels Bill croira échapper par l'alcool. Je ne vous dis pas à quel moment du livre il se débarasse de cet attirail si protecteur.

Il est presque difficile d'en dire plus sur les qualités de ce premier roman. Servi par des descriptions du décor naturel du Midwest empruntes de sensibilité et par un souffle tel qu'on en attend des meilleurs auteurs américains, Wisconsin n'a pas réussi à me décevoir par de fausses promesses.

Wisconsin, Mary Relindes Ellis, 10/18, 8,60€. Traduit de l'américain par Isabelle Maillet.

dimanche 1 novembre 2009

I Was Born To Have Adventchum: Collection "Chambres Noires" (Mango Jeunesse)

Une nouvelle collection policière attire forcément mon attention. Surtout si elle s'adresse à un public plus jeune que d'habitude. Mango Jeunesse nous propose "Chambres Noires" et ses quatre titres sortis simultanément en septembre. Dirigée par le crédible (c'est un euphémisme) Jacques Baudou, elle a pour principal objectif de "renouer avec la tradition des récits d'aventures" francophones du XXème siècle. Des noms tels que Maurice Leblanc, Gaston Leroux ou Pierre Véry, qui fait justement partie de cette premièr fournée, viennent à l'esprit. Un but au moins aussi important est certainement de proposer à un public pré-adolescent et adolescent (j'estime la fourchette entre 10 et 17 ans) une alternative à l'envahissante heroic fantasy ou bien de diversifier un genre déjà brillamment défendu par les anglo-saxons. Dire par exemple aux accros de Chérub qu'il existe aussi une voix francophone au moins aussi défendable.

Avant d'aborder le quatuor inauguratif de la collection, laissez-moi gentiment vous farcir le crâne avec une digression nostalgique. Je situe mes premières lectures policières avec une série dont je ne me souviens plus très bien le nom exact. C'était un jeune personnage (Bobby L'astuce, un nom de ce genre) que j'avais découvert avec mes camarades de CM2 dans l'armoire au fond de la classe (petite bibliothèque dans laquelle je me suis réfugié au temps de mon exil pour insubordination). Voisin d'étagère de Fantômette, qui était également très populaire parmi nous, ses enquêtes (plusieurs par volume si je me souviens bien) avaient l'intérêt ludique de ne pas finir avec des explications, mais proposait au lecteur de trouver lui-même la solution. Mais mes souvenirs sont déjà plus clairs quand il me faut évoquer l'importance, sur mon parcours littéraire, des "Trois jeunes détectives", Hannibal, Peter et Bob. Publiées entre la deuxième partie des années 60 et la fn des années 80 (je me réfère grossièrement aux dates données) par Random House aux Etats-Unis, leur quarantaine d'aventures est traduite en France par la "Bibliothèque Verte" sous le nom d'auteur d'Alfred Hitchcock ("en collaboration" avec Robert Arthur, notamment). Les titres, adaptés, tels que Le Crâne qui crânait ou Une Araignée appelée à régner, vont peut-être faire tilt dans la tête de quelques-uns d'entre vous. J'ai eu la bonne idée d'en racheter en occasion la totalité (enfin je pense), avant de savoir qu'ils n'étaient, soupir, plus disponibles (même chez Gibert comme je m'en suis rendu compte peu après). Seules rescapés de ce désastre, vous pouvez encore trouver dans Livre de Poche Jeunesse, Le Perroquet qui bégayait et Les Douze Pendules de Théodule, encore parfois, surprenantes, prescriptions scolaires. Je ne vous demande pas de m'excuser pour ces lignes superflues, je fais ce que je veux.

Nicolas Bouchard, déjà publié chez divers éditeurs et dans des genres comme la science-fiction et le roman historique, rajeunit, dans Les Disparus de la source, Augustine Lourdeix, son personnage récurrent chez Flammarion. Jeune adolescente qui dévore tous les livres qui lui passent sous la main, Augustine retrouve son cousin à la campagne pour les vacances d'été. A peine est-elle arrivée qu'un personnage louche fait son apparition et que des enfants des environs disparaissent les uns après les autres. Une histore qui tient la route et un suspens bien entretenu, agrémentés habilement d'un petit cours sur une partie de l'histoire du mouvement des Rose-Croix dont certains protagonistes nous font l'honneur de faire partie intégrante de l'intrigue. Une annexe présente de petites notices explicatives sur le sujet, pour ceux qui voudraient aller plus loin.


Auteure très prolifque dans le policier pour jeunesse, Béatrice Nicodème nous propose un Assassin! (pour l'anecdote, une cliente s'est arrêtée sur le titre et en a conclut que le contenu était trop violent) assez contemporain pour accrocher le lycéen lambda d'aujourd'hui. Entre sa brouille avec son meilleur pote pour une histoire de fille et le retour improbable d'une ancienne connaissance, Damien pense que son quotidien est déjà assez mouvementé. Pourtant quand il commence à recevoir des messages anonymes et une demande de rançon, le poids de sa culpabilité va le faire prendre des chemins qu'il ne soupçonnait pas. Malgré une incohérence flagrante (comment peut-on oublier d'avoir été témoin d'un accident de la route?), ficelle utile pour cacher au lecteur un indice plus qu'important, le roman ne manque pas de rebondissements et se laisse terminer sur une bonne impression.

Réédition en forme d'hommage mais aussi de manifeste symbolique, Signé: Alouette de Pierre Véry a pour protagonistes une bande de gamins qui se prennent d'amitié pour un aveugle qui se promène aux abords de leur école. Certaines choses bizarres, comme des codes secrets qui apparaissent à une fenêtre, coïncident pourtant avec cette louche apparition. Toute la petite bande va s'improviser détectives pour tenter d'élucider ces mystères, mais les choses se compliquent quand l'un d'eux est kidnappé. Du point de vue de l'action et des coups de théâtre, Pierre Véry ne manquait jamais d'être efficace, on ne peut pas lui retirer ça. Toutefois, si l'aspect vieillot ne manque pas de charme (expessions, comportements de l'époque...), l'éditeur a choisi d'assumer certains passages franchement colonialistes, voire racistes, moins douteux pour les années soixante que pour la jeunesse d'aujourd'hui. Le paradoxe qui ressort de ce début de collection c'est que le seul des ouvrages ayant pour personnage un représentant de ce que l'on appelle les "minorités visibles" a beau le décrire comme sympathique, d'autres traits caractéristiques apparaissent forcément plus que déplacés. Je ne veux pas provoquer de controverse ou aire une leçon de morale mais, Les Disparus de la source excepté (il échappe à cette critique grâce a son cadre historique et campagnard), les deux romans qui se présentent clairement comme contemporains aurait pu l'être davantage. Peut-être est-ce une peur inconsciente des auteurs de tomber dans les clichés, après tout...

Le quatrième roman de la collection a pour auteur prestigieux André-François Ruaud, figure emblématique de la paralittérature. Outre sa casquette de directeur littéraire pour Les Moutons électriques, la liste de ses contributions inspire un certain respect. Un exemple ou deux? Je suis généreux: http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9-Fran%C3%A7ois_Ruaud. Le Voleur Masqué a lui aussi un cadre scolaire puisque l'intrigue se déroule dans l'établissement/internat des Chartreux à Lyon. Gros clin d'oeil aux Six Compagnons de Paul-Jacques Bonzon puisque les detectives en herbe ne sont autres que les fils respectifs de Tidou Aubanel et de Lois Gerland ("Gnafron"). Un journal satirique, de fausses moustaches collées au buste du fondateur de l'établissement, des événements drôles autant que mystérieux qui vont mettre en action le goût pour l'enquête, héréditaires donc, de Jigé, Aurélien et Morgane. Mais la suite va se révéler de plus en plus inquiétante. Petite parenthèse, petit clin d'oeil supplémentaire, un personnage est nommé... Véry. Le meilleur effort, à mes yeux de cette première salve de "Chambres Noires".

Bien que gentillets si on les compare à une série très populaire comme Chérub de Robert Muchamore (Casterman), ces quatre titres inauguratifs, s'ils peuvent décevoir les jeunes avides d'adrénaline, peuvent convenir pour les grands lecteurs dont les parents désaprouvent les scènes musclées et l'allusion à des méfaits et délits plus réalistes. Mais, pas de faux procès, la qualité des textes et des intrigues suffit à convaincre que la collection répond honnêtement à ses objectifs.


Les Disparus de la source, Nicolas Bouchard.
Assassin!, Béatrice Nicodème.
Signé: Alouette, Pierre Véry.
Le Voleur masqué, Paul-André Ruaud.
Collection "Chambres Noires", Mango Jeunesse, 9€ pièce.

La Loi du désert

Au cœur de la cité-état Salina, située au milieu d'un désert aride et dangereux où règnent Les Blafards, des hommes excommuniés vivants dans des tunnels sans lumière après des siècles de conflits qui ont dévastés le royaume, se prépare l' expédition de Mathian et de son ami Blaine afin de retrouver son frère Raul. Guidés par les lettres du frère ils vont bravés les lois de la cité asservissant jour après jour la volonté de liberté et de rébellion de ses habitants.

Nos deux héros vont devoir affronter les éléments, la chaleur, la violence des Blafards autant sur que sous terre et dans les airs pour non seulement découvrir le lieu de détention du frère mais aussi percer à jour la propagande gouvernementale: que cache en effet la politique de propagande anti-blafards? et les rumeurs de guerre au-delà des frontières de la cité-état? Sachant que la vie de la cité est bercée par les disparitions inexplicables, et dit-on politiques, et des rumeurs de torture...

Un roman d'aventure et d'anticipation dont le sujet pourrait paraître banal s'il n'était pas transcendé par l'amour fraternel et la quête de la liberté et de la vérité. Un roman essentiel qui insuffle un désir de prendre son destin en main et de se rebeller à notre tour et n'est pas sans rappeler le film Furia!

Site officiel de l'éditeur
Site officiel de l'auteur
Site officiel de l'illustrateur de la couverture

Franck Ferric, Éditions du Riez, septembre 2009.

Les Derniers cow-boys français

La vie d'un policier banal s'écroule lorsque sa femme le jette hors du domicile familial. Après une bavure, il a "corrigé" des misérables vendeurs de shit, il démissionne et tombe sous le charme d'un gourou. Ils fuient ensemble une réalité à la moralité trop étriquée dans un road trip nihiliste, méchant et sale dont la seule issue sera la séparation amoureuse ou la mort.

Andy Vérol nous entraîne dans un road movie sans aucune complaisance pour son héros. Grâce à la focalisation interne et de court chapitre nous sommes immergés dans la déliquescence morale et physique d'un héros perdu entre son incapacité à trouver sa place dans ce bas monde et impossibilité de créer son propre système de valeur.
Ce roman rappelle les grands maître de la Beat generation tout en étant beaucoup plus désespéré. Comme un miroir de notre société dans laquelle il n'y aurait d'autres issues que la soumission ou la mort!


Extrait:

"Elle s'est barrée depuis une semaine

Mes pensées/gangrènes se juxtaposent aux envies de sexe en toute liberté. La désolation. Les trahisons. Mettre des mots les uns derrière les autres. Ma tête est caphamaum. Naturellement la flasque est vide et empeste. Ces «dosettes» de cognac sont infectes.
Dans sa Touraine natale si sereine, elle s'est planquée, comme une chienne qu'elle est, avec mon gosse. Ma vie. Mes meubles. Tout. Tout ce fatras et ces vides vertigineux, c'est mon chez-moi de trentenaire célibataire. Fraîchement célibataire... Les scenarii actuels des pires navets télévisés ne proposent plus ces histoires grotesques : la pétasse se casse avec tout le bordel du ménage parce que son connard de Jules la gonflait avec ses «chui qu'une merde».
Balbutiements de la mémoire. Avant que mes nerfs ne se déchi­rent, j'ai pris une journée de récupération pour zoner sur mon matelas, mes draps froissés et mon oreiller jauni par mon cuir chevelu. Qui ne l'aurait pas fait ? Je sors d'un jour et j'entre dans une longue nuit. Je crois. Le fait que chacune de mes réflexions soit emplie de «je», de «moi» et de «moi-même» indique que, cette fois, je suis en phase de sortie de l'en-monde.
Tout me préoccupe. L'angoisse monte rapidement dès qu'il me faut prendre la moindre décision...
Justine s'était approchée de moi, le regard en velours, l'amour, les mains manucurées, les vêtements de dame sexy et une voix un peu rauque. À 21 ans, elle avait la voix d'une vieille fumeuse. Et c'est aussi sans doute ça qui me fit craquer, alors. Ses cheveux noirs très longs tombaient en cascade jusqu'à la cambrure ultime, le dessin/toboggan de ses fesses rondes. Les souvenirs sont intacts. Très clairement, et très honnêtement, j'ai certainement les souvenirs de photos d'elle. Pas des images en mouvement de son corps, ses mimiques. Simplement le souvenir de sa gueule figée sur les photos : «Avec maman», «À la plage avec Franck», «Ça c'était dans les Landes, qu'est-ce qu'on s'est marrés», «Là c'était un délire à la piscine municipale avec Martine et Lucie, tu sais les copines de celui qu'on appelle d'Artagnan parce qu'il...», «Là on venait de s'engueuler et on s'était réconciliés au supermarché dans le rayon charcuterie», «Ah tiens, le mec là, c'est celui qui a essayé de se taper Justine», «Ouais Berlin c'est une super ville, sauf qu'il faisait -12 ° et que j'avais un manteau de merde»... Des souvenirs en tonnes. L'encombrement inutile de ma boîte crânienne."

Andy Vérol, Éditions Pylône, mars 2008.

Note: L'auteur sera présent à Place aux Livres! le 17 décembre pour présenter son roman ainsi que ses biographies de Manu Chao et Noir Désir.

samedi 31 octobre 2009

Les écrivains et la pub - Le chewing-gum Hollywood par Marguerite Duras

La mer. Lui et elle. Fraîcheur de vivre.
Chaleur. Elle pleure, elle a pleuré. Ils ont marché longtemps. Hollywood Chewing-gum. Ils se sont tus longtemps pendant qu'ils marchaient le long de la mer. Maintenant, elle parle, elle a parlé. Chewing-gum au goût très frais. Elle a dit: Quand j'étais petite, tu as caressé mes cheveux tu as embrassé mes cheveux. J'ai voulu te tuer. Elle se souvient. Elle s'est souvenue. Hollywood Chewing-gum, on en prend un.
Il a regardé la mer. Il a dit: Oui, je me rappelle, je mâchais du chewing-gum.
Elle se rappelle aussi. On se sent bien Hollywood Chewing-gum.
Elle dit: Et quand tu m'as embrassée, le chewing-gum s'est collé dans mes cheveux. ça fait douze ans de ça, et il y est toujours.
Il répond: Je n'ai pas de ciseaux sur moi, je ne peux pas te l'enlever.
Ils se taisent, ils marchent le long de la mer.

Fluide Glacial n°102 (Décembre 1984)

jeudi 29 octobre 2009

La maison Hamish Hamilton publie à Londres le premier album de caricatures depuis trois ans de Chas Addams: "Homebodies". Dessinateur attitré du "New Yorker", Addams est, avec Steinberg et quelques autres, un des plus originaux représentants de l'humour américain dans ce qu'il a de plus percutant et farouchement anticonformiste. Mais un trait plus particulier me vaut de le mentionner ici:c'est qu'il a inventé pour son usage personnel un humour à proprement parler anormal, dont les ressources semblent sans équivalent.
Il lui arrive d'employer des procédés traditionnels et relativement anodins, mais le plus souvent son oeuvre est placée sous le signe du bizarre, un bizarre assez accentué pour devenir inquiétant. Addams est sans doute le seul caricaturiste au monde qui ait eu l'idée de baser la plupart de ses dessins sur des personnages dignes du cinéma d'épouvante! Il a ainsi créé une invraisemblable famille qu'il "suit" depuis le début de sa carrière et qui est devenue légendaire auprès de son public. Il y a une mère spectrale, un père au physique dégénéré, deux jeunes enfants qui sont des monstres pervers, un domestique qui ressemble à Boris Karloff, et ainsi de suite... Le dessinateur nous les montre toujours chez eux, dans une affreuse vieille bâtisse sombre, et il accumule à plaisir autour d'eux les éléments sinistres et répulsifs. L'univers ainsi engendré pousse le morbide à un degré malsain. Cet humour est noir comme du cirage!

Alain Dorémieux, rubrique "Ici, on désintègre!" in Fiction n°20, juillet 1955.

samedi 24 octobre 2009

Ma vie ratée d'Amélie Nothomb

Frédéric Huet a un gros problème: il n'arrive pas à être publié. Et pourtant il y consacre toute sa vie quitte à devoir toucher le RMI. Une question le taraude: doit-il ressembler aux "grandes figures de la littérature moderne actuelle" comme Amélie Nothomb, Anna Gavalda ou Catherine Millet pour percer en littérature?

L'auteur passe au crible tous les effets de manche qui marchent dans les best-seller actuels: raconter sa vie totalement désintéressant et sans style comme Amélie Nothomb, écrire des bluettes sans saveurs et fuir les interviews par des pirouettes stylistiques sous forme de sentences mielleuses comme Anna Gavalda ou décrire des ébats crus qui n'intéressent personne comme Catherine Millet. Il emploie tour à tour tous ces "styles" afin de prouver que lui aussi peut le faire quitte à décrire ses relations homosexuelles imaginaires avec Brian Joubert, est-ce d'ailleurs le choix idéal de "personnalité"? !
Il tire aussi à vue sur les principes commerciaux et moraux de certains éditeurs bien connus comme usines à best-sellers ainsi que sur le fonctionnement des médias!

Si on apprend rien de nouveaux, entant que professionnel, sur les personnalités qu'il fustige on pourra tout de fois s'amuser ouvertement de certains "phénomènes" dont on se demande comment ils peuvent encore fonctionner!
(Désolé pour le point de vue personnel: moi j'aime pas Amélie Nothomb donc forcément ce roman m'a fait rire ! )

Interview de l'auteur sur le site de l'éditeur
Bande annonce
Site officiel de l'auteur (voir les parodies de couvertures)

Frédéric Huet, Roman "autobiographique", Éditions Anabet, août 2009.

samedi 17 octobre 2009

This is not America

Autour du triptyque "Naguère, hier et ailleurs et demain" Thomas Day s'amuse à détruire par l'humour les principaux symboles américains.

Dans Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre on suit un groupe de marginales, qui viennent de tuer le président à Dallas, dans un road-movies sanglant . Entre manipulation, paranoïa et détails équivoques ils vont découvrir avec stupéfaction que l'un d'entre eux est un extraterrestre renégat qui préfère soutenir les humains. Mais pourquoi une telle trahison? Une nouvelle qui permet à l'auteur un retournement des valeurs de protectionnisme et de manipulation.

Dans American Drug Trip un homme rencontre un ours le long d'une faille gigantesque dans le désert: mondes parallèles ou symboles américains vus avec humour par les Surréalistes?

Enfin dans l' Éloge du sacrifice, seule nouvelle inédite, des extraterrestres laissent au président américain un choix cornélien: laisser mourir la Terre à petit feu de la main de l'homme ou la destruction d'une partie de l'humanité... Seule nouvelle au ton plus sérieux.

Un recueil inégal, réjouissant par le ton humoristique des deux premières nouvelles et décevante pour la dernière plus brouillon dont on ne comprend pas bien la finalité.

Interview de l'auteur sur le site de l'éditeur

Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre précédemment publiée dans Invasions 99, anthologie de Gilles Dumay, Éditions du Bélial.
American Drug Trip précédemment publiée dans Bifrost n°26, Éditions du Bélial.


Thomas Day, Éditions Actu sf, collection Les Trois souhaits, février 2009.