"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

mercredi 22 mars 2017

  Voici un petit article impromptu et que je publie le jour même de sa rédaction. Il est un peu différent, mais se rattache à mon projet sur les Trois jeunes détectives. Dans la foulée de ma relecture de cette série, j'ai eu l'envie de lire d'autres anciennes séries des Bibliothèque Rose et Verte. Il m'a été donné par exemple de commencé à lire la série des Six Compagnons, mais aussi celles dont j'ignorai l'existence, de la Famille HLM et des Trois N.

  Et puis, suite logique, de me mettre à lire des romans, policiers ou non, appartenant à des séries ou pas, plus contemporains. Ne serait-ce que pour comparer entre les époques. L'un de ces derniers se trouve être une intégrale des Histoires des Jean-Quelque-Chose intitulée Une Famille aux Petits oignons. Cette série créée par Jean-Philippe Arrou-Vignod, j'ai eu beaucoup l'occasion de la vendre en prescription scolaire ou en conseil dans mon parcours de libraire, mais je n'avais jamais pris le temps d'en lire quelques pages. Mais je digresse.
  Cette intégrale regroupe quatre recueils de ces tranches de vie qui rappelle, dans l'esprit, entre autres les aventures du Petit Nicolas. Dans le premier recueil (L'omelette au Sucre, 1999), on trouve la nouvelle intitulée "Un jeudi du Club des Cinq" dans laquelle le deuxième fils de la famille et narrateur, Jean-B. propose à son aîné, Jean-A. de constituer un club de détectives. Au passage je vous livre que ça me fait sourire intérieurement, parce que, influencé par ma lectures des Trois jeunes détectives, j'avais proposé la même chose à un ami et ma sœur, quand j'étais pré-ado. Mais vous n'aurez pas plus de détails!
  Mais revenons à "Un jeudi du Club des Cinq". Il y a deux extraits que je voulais recopier ici. Le premier fait partie de l'installation de l'intrigue de ce court récit:
 
  "Le matin, on va à la bibliothèque municipale avec Jean-A. Il ne lit que des livres de modélisme et des bouquins d'histoire sur les armées de Napoléon, moi seulement des livres d'aventures et de mystères.
  J'adore toutes les séries. Celles pour les garçons, bien sûr, les Club des Cinq, les Clan des Sept, les Michel, les Langelot, les Jacques Rogy et les Signe de Piste, mais aussi les enquêtes d'Alice Roy, des soeurs Parker et de Fantômette, ce qui fait ricaner Jean-A.:
  -Trop débile, il dit. Des livres de filles, pouah!"

  S'ensuit la création bancale du club de détectives par les cinq frères de la famille. Mais le second extrait se situe vers la fin de l'histoire où l'homme que Jean-A. et Jean-B. ont pris en filature n'est autre que l'instituteur de l'aîné. Et voici donc un petit dialogue que j'ai eu le grand plaisir de découvrir:

 "Un club de détectives, hein? a fait M. Martel en retenant un sourire. Et à qui croyiez-vous avoir affaire?
  -C'est-à-dire..., a commencé Jean-A. C'est la faute de Jean-B... A cause des gants et de la ficelle... Il a pensé que vous vouliez découper un...
  Sa bouche s'est ouverte et refermée, mais aucun mot n'en est sorti.
  -J'ai lu ça une fois dans un livre, j'ai bredouillé. Pour se débarrasser d'un... euh... cadavre compromettant...
  -Hon hon, a fait M. Martel en hochant lentement la tête. Pas mal raisonné. Félicitations, messieurs! Une déduction digne des Trois jeunes détectives d'Alfred Hitchcock. Tu n'as pas lu cette série, Jean-B.?
  J'ai fait non de la tête.
  -Eh bien, rappelle-moi de t'en prêter un tome l'année prochaine. J'ai toute la série au fond de la classe."

  Marrant, non? Vous en conviendrez, ça tombe bien, alors que mon projet est toujours en cours. Bien sûr, si vous avez lu un ou plusieurs articles dudit projet, vous êtes certainement familiers de mon esprit un peu chipoteur. Jean-Philippe Arrou-Vignod n'y échappe pas!
 
Dominique Corbasson, 2009.
  Dans la première nouvelle du recueil intitulée "Les Jean", l'auteur précise l'année où se déroule l'histoire: "C'était un soir de 1967, un peu avant Noël." Le temps a un peu passé jusqu'à "Un jeudi du Club des Cinq", la quatrième nouvelle, mais pas trop (on le sait parce qu'à la fin, la mère de la famille annonce qu'elle attend un sixième enfant, peut-être une fille, et que celle-ci n'est pas encore née: "Au moins, quand Hélène sera née..."). Encore mieux pour situer cette histoire chronologiquement, le début de la cinquième nouvelle qui précise: "Quand les vacances de Pâques sont arrivées, le ventre de maman était devenu de plus en plus rond."
  "Un jeudi du Club des Cinq" se déroule donc entre décembre 1967 et avril 1968. 
  La série des Trois Jeunes détectives a commencé d'être publiée en 1966 avec Au Rendez-Vous des Revenants. Ont suivi en 1967, Le Perroquet qui bégayait et La Momie qui chuchotait. Si l'on ajoute dans le doute, car j'ignore son mois de publication, Le Chinois qui verdissait, au moment où se déroule "Un jeudi du Club des Cinq", seuls quatre tomes ont été publiés. Donc si l'on se réfère à la chronologie réelle, M. Martel ne possède que quatre titres "au fond de sa classe". C'est un peu court pour parler de "toute la série". Heureusement, quand Jean-B. entrera dans sa classe ("l'année prochaine"), la Bibliothèque Verte aura publié le cinquième tome, L'Arc-en-Ciel a pris la fuite!
  Bien sûr, vous pouvez contrecarrer mon gentil reproche en disant qu'il y a plus grave comme anachronisme, surtout que l'auteur ne donne pas de nombre exact et qu'il ne cite pas de titres non publiés en 1968. Et puis, argument ultime, la fiction permet de faire quelques entorses à notre réalité puisqu'on peut lui permettre de ne pas vraiment s'y dérouler. Dans la fiction d'Arrou-Vignod, toute la série a le droit d'avoir été publiée, pourquoi pas?
  On peut toujours s'amuser à regarder où en étaient les séries citées dans le premier extrait pour ce début d'année 1968.
  Pour finir, avez-vous remarqué que M. Martel attribue la série à Alfred Hitchcock, comme Hachette avait décidé de le faire. Peut-être que l'auteur ignore que le véritable créateur se trouve être Robert Arthur?
  Une autre question me vient à l'esprit en lisant les dernières lignes de l'histoire:

  "J'ai sorti ma lampe de poche et, sur mon carnet à indices, j'ai écrit:

  Règle n°1: ne jamais faire de filature avec un assistant qui porte des lunettes comme Jean-A.
  Règle n°2: ne pas oublier de demander à M. Martel de me prêter les livres d'Alfred Hitchcock."

  Voyez-vous où je veux en venir? Y aura-t-il d'autres allusions aux Trois jeunes détectives? Vais-je assister à la découverte de la série par Jean-B.? Peut-être que j'en attend trop de la part de Jean-Philippe Arrou-Vignod. En tout cas, soyez-en sûr, je donnerai suite à cet article si l'occasion s'en présente.
   La musique mento vit le jour à la fin du XIXe siècle dans les zones rurales jamaïcaines. Il s'agissait alors d'une musique que les paysans, après leur journée de labeur passée aux champs, aimaient jouer ou écouter pour se divertir et oublier ne serait-ce qu'un instant la dureté de leur quotidien. A cette époque où l'électricité n'était pas encore implantée dans les campagnes, les distractions étaient effectivement rares, se limitant globalement à la musique, aux chants et à la prière. Progressivement, des groupes de mento apparurent et se mirent à animer les manifestations comme les mariages, les baptêmes ou les bals. Cette musique, parfois qualifiée de musique country pour son aspect rural, se définissait par une sonorité acoustique, un côté informel et rustique ainsi que par un tempo à quatre temps et un répertoire populaire, humoristique et grivois.

Vibrations Jamaïcaines - L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Jérémie Kroubo Dagnini, Camion Blanc.

vendredi 17 mars 2017

Doc Dawson VS Jay Eastland/Feast (Chapitre 7)

Françoise Picard, 1980;
  "As he lowered the tail-board, a horn sounded. A small old lorry came bouncing around the turn.
  "It's Doc Dawson," Mike Hall whispered to the boys.
  The driver braked to a skidding halt and jumped out. He was tall and thin. Under his grizzled moustache jutted the stub of an unlit cigar. He hurried towards the group with long strides, carrying a black leather medical bag.
  The visitor stopped as he saw the lion in the van. Ignoring Eastland, he addressed Jim Hall in a gruff voice. "Got here as fast as I could, Jim, after Mike's call. What's that about George being hurt?"
  "Flesh wound on his leg, Doc," Jim answered. [...]
  After a cursory glance, Dawson dropped the leg. "Superficial cut, Jim but nasty. I'd better take him
back to the dispensary for a better look. We don't want to risk an infection."
  "Right," Jim Hall said. "You're going with Doc Dawson, George," he informed the lion, guiding him down the slanted tail-board.
  As the vet started for his truck, the irate film producer stepped in his way. "What's going on?" he
bellowed. "Where you taking that lion? We hired him for the movie. He starts work tomorrow morning at eight sharp."
  Doc Dawson stopped to light his stub of cigar and blew smoke in Eastland's face. "That lion will be ready to work whan I say he is. His leg may be better by tomorrow morning, and then again it may not. My job is to keep George healthy. I don't care two cents for your crummy movie. Now get out of my way, mister, or I'll walk right over you!"
  Jupe and his companions quietly watched the drama. At the sudden vehemence in the vet's voice, Eastland paled and backed off. Dawson opened the rear door of his truck. Jim Hall brought George forward, patted thre lion's flank, and raised his hand.
  "Up you go, Georgie."
  Obediently, the lion leaped into the truck. Hall closed the door and Dawson drove off. The lion pressed against the open-mesh sides of the truck, looking sad, a whimpering sound in its throat."

Françoise Pichard, 1980.
  "Il était en train de faire descendre le fauve de la fourgonnette quand une nouvelle voiture fit son apparition.
  "C'est le docteur Dawson!" chuchota Mike aux trois détectives.
  Le vétérinaire était grand et mince. Sous sa moustache grise, il mâchonnait un mégot éteint. Il s'avança vers le petit groupe à larges enjambées, balançant à bout de bras une sacoche de cuir noir. Ignorant Feast, il s'adressa à M. Hall.
  "J'ai sauté dans ma bagnole dès que Mike m'a appris que vous avez besoin de moi, Jim. Voyons, qu'est-il arrivé à Arthur?
  -Une vilaine blessure à la patte. [...]
Harry Kane, 1971.
  Après avoir inspecté la blessure, le vétérinaire laissa retomber la patte.
  "Ce n'est qu'une entaille, peu profonde mais douloureuse. Je vais emmener Arthur à mon cabinet pour le panser convenablement. Je ne veux pas courir le risque d'une infection.
  -D'accord! approuva Jim Hall. Viens, Arthur, ajouta-t-il en entraînant le lion vers la fourgonnette du docteur Dawson. On va te soigner!"
  Mais le producteur de films ne l'entendait pas ainsi. Au moment où le vétérinaire s'apprêtait à remonter en voiture, il l'arrêta et, rouge de colère:
  "Un instant! ordonna-t-il. Où diable emmenez-vous ce lion? Je l'ai loué pour tourner dans mon film. Il doit commencer à travailler demain matin, à huit heures pile!"
  Le docteur Dawson alluma calmement son mégot et rejeta une bouffée de tabac avant de répondre:
  "Ce lion travaillera quand j'estimerai qu'il peut le faire. Sa patte devrait aller beaucoup mieux demain... mais ce n'est pas sûr. Mon travail consiste à veiller sur sa santé. Et je me moque pas mal de votre film! A présent, je vous prie de me laisser passer. Sinon, je craindrais fort d'avoir à vous marcher sur les pieds!"
  Hannibal, Peter et Bob étaient les spectateurs muets de cette scène. Ils virent Jay Feast pâlir et se reculer tandis que le vétérinaire ouvrait sa portière et s'installait au volant de sa fourgonnette... A l'arrière du véhicule, Arthur gémissait doucement..."

The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents, Nick West. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
Une poule et un bébé

Une poule
et un bébé
se regardent
dans les yeux
il est possible
qu'ainsi naissent
un certain nombre
d'univers

Juste après la pluie, Thomas Vinau, Alma.

mercredi 8 mars 2017

Trois détectives sur un arbre perchés... (Chapitre 4 & 5)

Édition britannique, Roger Hall (?), 1972.

Édition espagnole, Badia Camps.
"They listened tensely.
  They heard the swish of grass. Then footfalls, soft and stealthy.
  Holding their breath, they edged closer to a large tree.
  Then, almost directly behind them, they heard a blood-chilling sound - the roar of the lion!
  "Quick!" Jupe whispered urgently. "Up this tree! It's our only chance!"
  In an instant the three had scrambled up a smoothboled gum tree. They huddled breathlessly in its fork barely ten feet from the ground, looking intently at the waist-high grass beyond.
  Pete pointed towards a thick cluster of growth. "I - I just saw some grass bend there. You hear it? Something is moving - "
  He blinked at a soft call, a whistle from the high grass. Then to the amazement of all three, a young boy stepped out of the brush, peering cautiously about.
  "Hey!" Bob called. "Up here!"
  The boy whirled. In the same motion, he swung a rifle upward. "Who are you?" he demanded.
  "F-friends," Bob gasped weakly. "Put down that gun."
  "We've been invented here," Pete added. "We're The Three Investigators."
  "We're waiting for Mr Hall to come back," Jupe put in. "He left us waiting while he went out there to investigate something."
  The boy swung the rifle down. "Come down out of there," he said.
  Cautiously the three slid down the trunk. Jupe pointed into the grass. "We heard a lion out there a little while ago. We thought we'd be safer up in the tree."
  The boy smiled. He appeared to be about their age. "That was George," he said.
  Pete gulped. "George? The lion's name is George?
  The boy nodded. "You don't have to be afraid of George. He's friendly."
  A deep roar came from the high grass. It sounded terrifyingly close.
  The Three Investigators stiffened.
  "Y-you call that roar friendly?" Pete asked.

Françoise Pichard, 1980.
Édition norvégienne, Sten Nilsen, 1976.
  "Ils écoutèrent de toutes leurs oreilles.
  Un froissement d'herbe leur parvint... puis un bruit de pas, à la fois doux et fermes.
  Retenant leur souffle, ils obliquèrent en silence vers un gros arbre.
  Alors tout près, derrière eux, s'éleva un autre bruit qui leur glaça le sang dans les veines: le rugissement du lion!
  "Vite! lança Hannibal. Grimpons à cet arbre. C'est notre seule chance!" 
  En un clin d’œil, les trois garçons escaladèrent les branches. S'étant hissés à une hauteur rassurante, ils s'immobilisèrent pour regarder au-dessous d'eux. Peter désigna un point parmi les hautes herbes ondoyantes.
  "Regardez... là... on dirait que quelque chose remue..."
  Soudain, à son grand étonnement, il entendit siffler, comme pour appeler, puis il vit surgir d'un buisson un jeune garçon qui s'avança. Il avait l'air de chercher autour de lui...
  "Hep!" cria Bob.
  Le nouveau venu leva la tête. En même temps, il dirigea vers le haut le canon d'un fusil qu'il tenait à la main.
  "Qui êtes-vous? demanda-t-il.
  -Des amis! s'empressa de répondre Bob. Baisse donc ce fusil.
  - Nous sommes ici parce qu'on nous a demandé de venir, expliqua à son tour Peter. Nous sommes les Trois jeunes détectives.
Édition suédoise, Ola Ericson, 1974.
-Nous attendons le retour de M. Hall, ajouta Hannibal.Il s'est éloigné pour se rendre compte, je crois, de quelque chose qui l'avait inquiété.
  - Descendez!" ordonna le garçon en abaissant son arme.
  Les détectives obéirent avec répugnance.
  "Nous avons entendu un lion rugir, expliqua encore Hannibal. Nous serions tous beaucoup plus en sûreté sur cet arbre!"
  Le garçon sourit. Bob nota qu'il devait être de leur âge.
  "C'était Arthur... Inutile d'en avoir peur. Il est apprivoisé!"
  Un rugissement sonoe lui coupa la parole. Le lion était à deux pas, à coup sûr. Hannibal, Peter et Bob frissonnèrent.
  "Tu appelles ça le rugissement d'un lion apprivoisé murmura Peter."

NOTE: Vous avez tous dû remarquer que seule l'illustration de Françoise Pichard est conforme au texte. En effet le lion n'apparait pas encore au moment où les jeunes détectives sont perchés. Au pire, on peut dire que les différentes couvertures (qui sont des variantes de l'originale américaine) sont trompeuses et qu'elles peuvent quelque peu décevoir le lecteur. En même temps, on peut dire qu'elles ont l'avantage de n'être que des demi-spoilers car la scène est différente de ce que la couverture annonce.

The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents, Nick West. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
  Certaines personnes prononcent le vœu de bodhisattva: le vœu que, même parvenu à l'éveil, ils continueront à s'incarner partout où l'on aurait le plus besoin d'eux - terre, enfer, purgatoire, n'importe où. [...] Les bodhisattvas étaient peut-être tous des putains d'altruistes, mais à mon idée, la moitié d'entre eux se sentait tout simplement mieux ici. Le paradis niveau climat, l'enfer niveau compagnie.
  [...] A mon idée, la moitié des bodhisattvas se sentait mieux ici et l'autre moitié avait peur de partir, alors ils faisaient mine de se soucier du reste d'entre nous. Ils n'en avaient rien à battre. Ils flippaient juste de devoir s'en aller. Ils flippaient autant que tout le monde de devoir abandonner leur être le plus mauvais. L'être qu'il connaissait le mieux.

La Ville des brumes, Sara Gran, Éditions du Masque. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claire Breton.

mardi 28 février 2017

Le roman comme réflexion et proposition politique : La commune libre de Saint Martin de Jean-François Aupetitgendre



Depuis une dizaine d'années, et le début de la crise économique et financière qui touche l'ensemble des sociétés capitalistes mondialisées, le questionnement sur le sens et le fonctionnement des institutions politiques et économiques se fait de plus en plus présent. Les répercussions s'en font sentir dans les derniers scrutins électoraux. Rappelons qu'après s'être idéologiquement imposé face aux pays dits communistes, l'organisation du monde mêlant capitalisme mondialisée et démocraties représentatives semblait s'être définitivement imposé, au point que le philosophe Francis Fukuyama parla de « fin de l'Histoire », au sens où la grande majorité de la population avait accepté ce monde nouveau. Les crises structurelles que ce monde connaît depuis 2008 nous ont rappelé que toute organisation politique est voué à disparaître, où à se transformer pour répondre aux attentes de sociétés perpétuellement en mouvement.
La majorité des publications ou interventions politiques et  médiatiques se focalisent sur des solutions venant d'en haut, des élites autoproclamées. Mais de nombreux courants politiques marginalisés (anarchistes, libertaires, communistes, écologistes), et des auteurs issus ou se revendiquant de ces courants, critiques à l'encontre d'un système inégalitaire, hiérarchisé, fermé et élitiste, militent pour une organisation politique, économique et sociale venue d'en bas, des travailleurs et personnes de la société civile ; une organisation pensée et construite par ceux qui vivent et façonnent au quotidien leur espace.

Si ces auteurs et penseurs étaient – et sont – d'accord sur cette pensée, les moyens et actions pour la mettre en œuvre restent toujours sources de conflit. Prenant acte de cette situation, Jean-François Aupetitgendre utilise le genre littéraire , non pour livrer un mode d'emploi, mais pour nous inciter à prendre le problème à bras-le-corps, et engager le débat sur nos modes de vies, et sur nos relations avec les autres. Son roman se pose donc comme base de réflexion pour une commune autogérée, devant garantir la liberté pour tous, la solidarité, l'égalité, et l'équité dans la satisfaction des besoins naturels.
Aupetitgendre raconte l'histoire d'une commune fictive, Saint Martin, possédant tous les problèmes économiques et sociaux identifiés en France, touchée par d'importantes inégalités. Un de ses habitants, un ancien professeur devenu adjoint à la culture de la commune, Mr. Laurent, découvre dans les archives départementales une histoire sur un groupe anarchiste arrêté au XIXe siècle. Parmi les documents se trouvent des documents anarchistes, présentant et défendant leurs idées novatrices. Laurent reprend ce programme pour se présenter aux élections municipales et , à la grande surprise, se fait élire maire. Mr. Laurent entreprend donc de mettre en place ses idées, provoquant étonnement, satisfaction et enthousiasme chez les uns, doutes, colères ou inquiétudes chez les autres.


Chaque chapitre traite d'un sujet en particulier (gestion des déchets, organisation politique ; école ; questions d'alimentation ; logement, la survie des commerces…), et suit une structure similaire : l'exposition du problème rencontré, puis du moyen qui pourrait être mis en place pour le régler ou le diminuer ; l'exposition des différents points de vue, qui amène à l'élaboration d'un arbitrage ; la mise en pratique des décisions prises, et ses conséquences - majoritairement positives dans le roman – pour la commune.
C'est d'ailleurs là l'une des grandes forces du roman de montrer les critiques , désaccords, conflits, tâtonnements provoquées par l'arrivée sur la place publique de ces idées libertaires, qui vont à contre-sens des pensées dominantes.C'est la confrontation, le débat qui sont mis en avant, car faisant partie intégrante de toute vie en groupe.

Si la commune de Saint Martin est fictive, le roman n'est pas pour autant utopiste. La ville décrite est un ramassis de toutes les difficultés et problèmes structurels rencontrés au quotidien en France. Il montre que tous ces problèmes n'existent pas par eux-mêmes, mais sont tous liés, et qu'un problème de résolu entraînera la résolution d'autres difficultés. Enfin, le choix de la commune comme territoire privilégié d'action politique est un rappel que la démocratie directe, vivante, ne pourra se faire qu'à partir d'un territoire réduit, avec un groupe réduit en conscient de ses possibilités d'action.

La Commune libre de Saint Martin réussit donc à lier fiction et réflexion politique, en partant des courants de pensée anarchistes. Elle met en avant la solidarité entre les habitants, que les solutions, les actions politiques pour construire un monde plus juste et libre viendront des locaux et travailleurs eux-mêmes.
Mais toutes les idées et actions présentées ne sont pas des vérités absolues, ou des solutions miracles, et doivent donc être critiquées – ce que l'auteur exprime clairement dans l'introduction, et qui est la base de la réflexion de tout personne ayant des opinions anarchistes. Un livre qui remettra bien des idées en cause, à une époque qui en a bien besoin.


La commune libre de Saint Martin de Jean-François Aupetitgendre, Editions libertaires, 13 euros

  "Il ne serait pas d'un grand intérêt pour Philippa de suivre les cours d'orthographe, a dit Mrs. Schuyler. A vingt-neuf mois elle savait épeler cinq cent cinquante mots. Elle a un immense vocabulaire. Elle aime les mots difficiles. A quatre ans elle a découvert le mot scientifique pour la silicose, qui est pneumonoultramicroscopicsilicovolcanoconiosis, et elle l'épelait matin et soir. Il la fascinait. Nous avons vraiment fini par nous fatiguer de ce mot."

"Une Soirée avec une enfant surdouée", in Le Merveilleux Saloon de McSorley, Joseph Mitchell, Diaphanes. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Hœpffner.

vendredi 24 février 2017

The Three Investigators 16.The Mystery of the nervous Lion (1971)/Les Trois Jeunes Détectives 21.Le Lion qui claquait des dents (1980)

Alfred Hitchcock, Robert Arthur et "Les Trois Jeunes Détectives"/"The Three Investigators"
1.The Secret of Terror Castle/1.Au Rendez-vous des revenants.
Page Facebook
 
  La conception de cet article m'a pris trois mois. Voilà pourquoi, je préfère ne plus annoncer de programme fixe en ce qui concerne la globalité de mon projet. Mon humeur et ma vie personnelle ne me permettraient pas toujours de le respecter. Pendant tout ce temps, je ne savais pas comment prendre ce 16ème tome, je manquais d'inspiration et j'ai du le relire chapitre par chapitre afin de trouver la bonne structure à adopter. J'y suis enfin parvenu.

I.L'Esprit Nick West. 

1.Scènes Reprises:

  L'auteur de ce seizième tome, Kin Platt/Nick West, signe sa seconde et dernière contribution à la série. On l'a vu, The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait avait la particularité de reprendre de façon parodique des extraits d'anciens tomes, écrits à l'origine par Robert Arthur, en modifiant quelques détails. Avant de commencer The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents, il était donc normal de se poser la question à savoir si West allait récidiver. Apparemment à la lecture des premiers chapitres, ce n'était pas son intention... Et pourtant, on trouvera deux scènes ostensiblement reprises. Nick West en abuse donc beaucoup moins, et heureusement, car le procédé a surpris et amusé la première fois, mais on aurait pu se lasser d'une autre salve de scènes "déjà vues".

  Premièrement, dans le Chapitre 5, dans la foulée de leur rencontre avec Mike Hall, leur ami/client pour cette enquête, les Trois jeunes détectives font également connaissance avec le fauve dont il est question dans le titre:

Édition danoise, J. B. Penalva.
  "Well," said Jupe. "When we see your uncle, he might have a better explanation. I suggest we start
back now, Mike, and have a talk with him."
  "I don't think we can do that right now," Bob said quietly.
  Jupe looked at Bob, surprised. "Why not? What's wrong with that idea?"
  "Bob's voice was low and shaking. "It's - right behind you, fellows. A great big lion just came out of the brush. Maybe it's George - but he sure doesn't look friendly!"
  Mike turned around. "It's George, all right. But he knows me. Just don't make any sudden movement, fellows. I'll handle him."
  The boys watched uneasily as Mike took a step forward. He lifted one hand, carefully extending it palm up. "All right, George. Easy now, fellow. Nice boy, George."
  His reassuring voice was answered by a snarl. Slowly and menacingly a massive, thick-maned lion advanced. Its head was down and its huge yellow eyes were narrowed. It turned its big head to one side and snarled again. Less than ten feet away it halted. The huge jaws opened, exposing long, frightening fangs.
  Then, with a deep roar rumbling in its throat, the lion came forward again.
  The Three Investigators stared at it helplessly, unable to move, their throats tight with fear.
  Mike was speaking again. "Easy, George," he said quietly. "Easy, boy. You know me, fellow. Easy now. Nice and easy."
  The huge, tawny beast flicked its tail. A low rumble came rolling like thunder. It came forward another step.
  Young Mike shook his head. "Something's wrong, fellows. George knows me. But he isn't acting like his unual friendly way."
  Slowly, the boy backed away. The lion came on."
Françoise Pichard, 1980.
   "Écoute, conseilla Hannibal. Allons trouver ton oncle! Il aura peut-être d'autres suggestions à nous...
  -Impossible d'y aller tout de suite", coupa Bob d'une voix bizarre.
  Hannibal le regarda d'un air surpris.
  "Et pourquoi pas? demanda-t-il.
  -Parce que nous avons une visite, les copains! Juste... juste derrière vous!... Un lion énorme qui vient de sortit du couvert! Peut-être est-ce Arthur... mais il n'a pas l'air d'être dans des dispositions très amicales..."
  Mike se retourna.
  "C'est bien Arthur! Pas de panique, mes amis! Il me connaît! Surtout, ne faites aucun mouvement brusque. Je me charge de lui."
  Les trois détectives attendirent, sans bouger, le cœur battant, tandis que Mike allait à la rencontre du lion. Lentement, le jeune Hall leva une main et la tendit vers le fauve, paume ouverte.
  "Tout doux, Arthur! Viens! Viens! Brave bête, Arthur!"
  Un sourd grondement répondit à la voix douce et persuasive de Mike. Le lion - un énorme animal à l'épaisse crinière - avança avec lenteur, mais de façon menaçante. Il portait la tête plutôt basse. Ses gros yeux jaunes semblèrent se rétrécir. Soudain, il tourna la tête de côté et gronda de nouveau puis il ouvrit sa large gueule, découvrant des crocs formidables qui firent frissonner Hannibal, Bob et Peter. Enfin, lançant un rugissement sonore, le fauve avança encore.
  Cloués au sol, les trois détectives se gardaient de bouger. Mike se remit à parler d'une voix apaisante:
  "Doucement, Arthur! Tout doux, mon vieux! Tu me connais, pas vrai? Doucement, doucement! Du calme!"
  La queue du fauve lui battait les flancs. Un sourd grondement, qui roulait comme le tonnerre, sortit de la gueule béante. Le fauve fit un nouveau pas en avant.
  Cette fois, Mike hocha la tête, d'un air désemparé.
  "Je n'y comprends rien, mes amis, avoua-t-il dans un souffle. Il y a quelque chose qui ne va pas. Arthur me connaît bien, mais il se comporte comme si j'étais un étranger. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire?"
  Et, lentement, il se mit à reculer devant le lion.
  Celui-ci marcha sur lui."

  Cette scène ne vous est-elle pas familière? Elle est très similaire à une scène de The Mystery of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l'oeil que j'ai isolée en article annexe ("Peter face au lion Rajah"). Avec l''emploi répété du terme "fellows" (par Bob et Mike), particulièrement apprécié d'Arden, comme je l'ai démontré dans mon article sur ce treizième tome, une telle similarité peut difficilement être perçue comme involontaire. D'ailleurs, Nick West utilise ce terme plus régulièrement que lors de sa première contribution.
   Précisons que les clins d’œil du Coughing Dragon évoquaient des scènes plutôt éloignées, situées entre le premier et le septième tome. Pour celle-ci, il n'y a que trois tomes d'écart (un an et demi environ dans l'ordre original américain). Pour le lecteur français qui a suivi l'ordre d'édition de la série dans son pays, l'écart est de six ans entre la parution de ces deux tomes (respectivement 1974 et 1980).

  Cependant, une autre scène au Chapitre 13 nous en rappelle une autre bien plus éloignée dans le passé de la série:
 
Harry Kane, 1971.
  "A thick, shadowy shape detached itself from a tree and stepped towards them. With hearts leaping, the boys turned and ran. A hidden root caught Jupe's foot and he fell heavily on the ground. His hand struck something hard and cold. He heard a growl behind him and grasped the hard object as he jumped to his feet. It was a length of metal pipe.
  Pete grabbed Jupiter's arm and started to pull him along. There was an angry bellow from the darkness, and they were suddenly caught in the gleam of a torch.
  Heavy footsteps crashed through the undergrowth. Still holding on to his weapon, Jupe fled, propelled by Pete [...]"

  "[...] Brusquement, une ombre formidable se détacha d'un bouquet d'arbres et s'avança droit sur eux. Pivotant vivement sur leurs talons, les détectives s'enfuirent à toutes jambes...
  Hélas! Une racine fit trébucher Hannibal qui tomba de tout son long. Comme il cherchait d'instinct une arme pour se défendre, sa main rencontra quelque chose de dur et de froid sur quoi ses doigts se refermèrent. Un grognement s'éleva derrière lui. Il souleva la chose en question: c'était une barre en fer!
  Mais déjà Peter aidait son ami à se relever et l'entraînait aussi vite qu'il le pouvait. Un cri de colère jaillit dans l'obscurité. Puis le faisceau lumineux d'une lampe de poche les éclaira.
  De nouveau, les trois garçons entendirent des pas lourds ébranler le sol non loin d'eux. Sans lâcher son arme, Hannibal courait, soutenu par Peter [...]."

Harry Kane, 1964.
  Cela ne vous rappelle-t-il rien? Si vous avez lu The Mystery of the Stuttering Parrot/Le Perroquet qui bégayait, les lignes ci-dessus sont bien trop similaires aux péripéties dont font l'expérience Jupiter/Hannibal et Peter dans le Chapitre 18 du deuxième volume de la série pour ne pas être une coïncidence. Sans recopier la scène dans son intégralité, c'est Peter qui s'emparait d'une arme improvisée (Harry Kane n'oubliait déjà pas ce détail dans l'illustration que j'intègre par souci de comparaison):

  "[...] Pete felt his hand touch something long and hard and he grasped it [...].
  Still holding his weapon, Pete grabbed Jupiter's arm and pulled him along [...]

  "[...] La main de Peter toucha un long tuyau de plomb [...]. Peter le saisit [...].
  Tenant encore son arme, Peter saisit Hannibal par la main et l'entraîna [...]"

  Ainsi, dans les même circonstances, poursuivis de très près, Pete conservait le tuyau, au cas où il ou il aurait pu s'en resservir. Dans le Chapitre 19, de retour au Q.G., on découvrait que Peter était toujours en sa possession et que par un énorme coup de chance... mais je me tais pour ceux qui n'ont pas lu cet épisode. Dans le roman qui nous préoccupe dans cet article, on découvre, une fois dans la Rolls Royce conduite par Worthington/Warrington, que le tuyau est toujours dans la main du détective en chef:

  "Jupe had no reply. He could only scowl, puzzled as he gripped the weapon he had not used."

  "Hannibal ne répondit rien. Il réfléchissait, sourcils froncés. Sa main tenait encore son arme improvisée."

  De même, la trouvaille chanceuse de cet objet sera utile à la résolution d'une partie importante du mystère. Ce ne sont pas les seuls points communs entre ces deux scènes parallèles. Robert Arthur avait mentionné pour la toute première fois l'excellent sens de l'orientation de Peter dans ce même Chapitre 18 de The Mystery of the Stuttering Parroti/Le Perroquet qui bégayait:

  "When it came to finding directions or following trails, Pete was an acknoledged expert. Even at night he could keep a direction by some kind of inner sense [...]"

  "Le sens de l'orientation de Peter était connu. La nuit, un sixième sens le maintenait toujours dans le droit chemin [...]" (Traduction de Vladimir Volkoff.)

  Bien qu'ayant déjà été reprise entretemps, cette qualité du détective adjoint est suffisamment rare pour que l'on soit surpris de son évocation par Nick West, qui reste, avec ses deux seules contributions, un auteur secondaire. On trouve une première occurrence dans le Chapitre 9:

  "Following Pete's unerring sense of direction, Worthington threaded his way through several junctions and side roads. As he was about to turn up the road leading to the big white house on hill..."

  "Suivant les directives de Peter qui avait le sens inné de l'orientation, Warrington finit par arriver à proximité du chemin qui montait à la grande maison blanche des Hall. Il allait s'y engager..."

NOTE: Claude Voilier "fusionne" deux phrases en une, omettant "threaded his way through several junctions and side roads".

  La seconde occurrence se situe dans le Chapitre 13, à la suite de la scène citée plus haut, alors que le trio est poursuivi:

  "Panting noisily, following Pete's unerring sense of direction, the boys cut across the hillside."

  "Par chance, Peter avait le sens de l'orientation. Grâce à lui, qui leur fit couper la jungle en diagonale..."

2.Humour de Peter et cohésion intrinsèque du trio.

  Et puisqu'il est question de Peter, une autre spécificité du premier roman écrit par Nick West était l'esprit blagueur et sarcastique développé de ce personnage. Ici, il est un peu moins manifeste. On en trouve néanmoins quelques exemples. Comme dans le Chapitre 11, lorsque nos amis découvre la casse et le bruit monstrueux du broyeur:

  "Whew!" Pete exclaimed weakly. "Is that all? It sounded like all the guerillas in town were holding a convention!"

  "Eh bien! s'exclama Peter. Ce n'est que cela. On aurait dit une armée de gorilles sur le sentier de la guerre!"

  Dans ce roman, cet esprit blagueur semble se fragmenter ou plutôt se partager entre les trois détectives. Au Chapitre 2, Bob amorce une triple plaisanterie collective à la fin de leur entrevue avec Hitchcock:

  "The Three Investigators gulped.
  "You can tell your friend Jim Hall not to worry," said Bob. "His lion won't be the only nervous one there anymore."
  "That's right," Peter added. "I'm not even there yet and I'm nervous already."
  Mr Hitchcock turned to Jupiter. "Any further comment, young Jupiter, before I call my friend to say you lads are willing to undertake the assignment?"
  Jupe shook his head. "No comment. But it might be a good idea to ask Mr Hall to put in a word for us with his lion!"

  "Peter avala sa salive. Bob fit effort pour plaisanter:
  "Vous pourrez prévenir votre ami Jim Hall que son lion ne sera pas seul à se sentir nerveux quand nous serons là-bas, monsieur.
  -Sûr! approuva Peter avec chaleur. Nous ne sommes pas encore partis que je me sens déjà nerveux!"
  M. Hitchcock se tourna vers Hannibal:
  "Avez-vous d'autres questions à me poser, Hannibal, avant que je téléphone à mon ami pour lui dire que vous acceptez la mission qu'il voue confie?"
  Hannibal secoua la tête.
 "Non, dit-il. Mais vous pourriez peut-être suggérer à M. Hall de glisser quelques mots en notre faveur à l'oreille de ce brave Arthur."

  NOTE: Vous remarquez que la traductrice explicite l'intention de Bob et restreint une action à Peter alors qu'elle s'applique aux trois jeunes détectives.

  On trouvera un écho à cette dernière réplique de la part de Peter, ce qui n'est pas étonnant, dans le Chapitre 3:

  "Bob peered inside. "Shouldn't Mr Hall be here to meet us?"
  Jupe nodded. "I expect him. But maybe he's busy with other things inside."
  "Like his nervous lion," Pete said. "Maybe he's having a hard time convincing him we're not here for his dinner."

  "Bob jeta un coup d'oeil à travers les grilles.
  "Il me semble que M. Hall devait venir à notre rencontre?
  -Oui, dit Hannibal. Je comptais le voir. Peut-être est-il occupé avec les cinéastes.
  -Ou avec son lion nerveux! suggéra Peter. Je parie qu'il est en train de le persuader que nous ne sommes pas ici pour lui servir de déjeuner."

  On peut encore relever un échange entre les trois personnages où leur complicité intrinsèque se manifeste. Celui-ci se situe au Chapitre 11, lorsqu'ils discutent du broyeur comme la possible raison qui rend le lion George/Arthur nerveux:

  "Don't forget, he didn't act up every night," Mike added. "He was restless at times, then seemed to be all right. But the last week or so, he's been getting much worse, and it's been regular since."
  "So he was nervous before the metal shredder came in," Bob said.
  Jupe looked thoughtful. "It would seem that George isn't used to being cooped up indoors at night. That might account for his actions. The metal shredder could be a factor, or perhaps not. There could be different reasons."
  "Maybe it's working in the movie that's making him nervous," Pete suggested, grinning. "A lot of actors get nervous at night trying to memorise their lines for the next day's shooting."
  Jupiter snapped his fingers. "A humorous suggestion but nevertheless a possibilty, Pete."

  "N'oublie pas, ajouta Mike, qu'Arthur n'est pas nerveux tous les soirs. Parfois il s'agite plusieurs nuits de suite. Puis il se calme pour un temps. La semaine dernière, cependant, il a paru plus agité que de coutume... et cela a l'air de durer.
  -Sa nervosité est antérieure à l'installation du broyeur de voitures, ce qui élimine ce dernier de la liste des coupables, plaisanta Bob.
  -Peut-être, dit Hannibal, Arthur supporte-t-il mal le fait d'être bouclé dans la villa. Et peut-être aussi, selon son humeur, le bruit du broyeur lui tape-t-il plus ou moins sur les nerfs. Plusieurs facteurs peuvent influer sur son comportement.
  -Peut-être, suggéra Peter à son tour, est-ce le fait de tourner dans un film qui le rend aussi nerveux. Les acteurs ont souvent le trac!
  -Tu oublies qu'Arthur n'est pas un homme mais un animal, répliqua ironiquement Hannibal. Ce n'est certainement pas son rôle qui le tourmente..."

NOTES: -L'ajout "ce qui élimine ce dernier de la liste des coupables, plaisanta Bob" est une bonne initiative de la part de la traductrice. Il ressemble dans son schéma au premier exemple: Bob amorce encore l'échange humoristique. Il est dommage que la réplique de Peter n'est pas aussi rendue aussi explicitement humoristique. Il n'y a pas d'équivalent, de quelque forme que ce soit, du "grinning" qui suppose que Peter plaisante. Et la réplique d'Hannibal va contre celle de son alter ego original, Jupiter, car non seulement on peut la considérer comme un mauvais ajout, mais elle contient en plus un contresens. Le terme "ironiquement" ne rattrape pas le fait que Jupiter, malgré son sérieux, accorde la suggestion de son adjoint ("nevertheless a possibility"/"c'est néanmoins une possibilité"). Claude Voilier gâche ainsi la cohésion du dialogue et du trio, alors que, paradoxalement, elle commençait par le renforcer!

  L'esprit espiègle et blagueur de Nick West est donc toujours présent. Cependant quand les choses deviennent sérieuses dans le Chapitre 4, Peter et Bob font confiance au jugement de leur leader:

Françoise Pichard, 1980.
  "[...] I think that's what the vulture is telling us - that we're the prey! They usually circle a dead or
soon-to-be-dead animal. In this case, us!"
  Pete and Bob stared at Jupe. They knew he wasn't apt to joke in serious circumstances. Instinctively the three boys moved closer together."

  "[...] Et ce que le vautour essayait de nous dire, à mon avis, c'est que nous sommes une proie pour le fauve. Rappelez-vous que ces rapaces ont coutume de décrire des cercles autour des bêtes mortes... ou sur le point de le devenir. Cette fois, le gibier, c'est nous!"
  Peter et Bob regardèrent leur ami. Ils savaient qu'Hannibal était incapable de plaisanter sur un sujet aussi grave que leur propre vie. Instinctivement, les trois garçons se serrèrent les uns contre les autres."

  Cette dernière phrase n'est-elle pas parlante? Volontairement ou non de la part de l'auteur, je ne peux m'empêcher de la voir comme une manifestation concrète et intrinsèque (la notion d'instinct est textuellement employée) de l'esprit d'unité du trio. La complicité cimentée par l'humour laisse place ici à un indéfectible esprit de groupe. Mais le sérieux et le leadership du détective en chef n'est pas toujours à prendre à la lettre, il peut être tourné en dérision autant par l'auteur que par ses subordonnés

3.Personnage de Jupiter/Hannibal: continuité et dérision:

  Dans une moindre mesure, une scène au début du Chapitre 4 aurait pu rentrer dans la catégorie des scènes parodiées. Le trio est victime d'une fausse frayeur, après l'intervention inoffensive d'un coq:

  "Jupiter Jones was the first to recover his voice. "Careful now!" he cautioned. "We don't want to be scared off by a mad rooster!"
  "Gosh!" Pete said sheepishly. "Is that all it is?"
  Bob let out a relieved sigh. "I never would have believed it!"
  He looked down at the clucking black fowl that had sounded so ominous only a moment before, and laughed.
  "Shoo, bird!" he yelled, waving his arms.
  Startled, the cock lifted its black wings. Making angry sounds, it scuttled across the road, its high, red comb bobbing.
  The boys all laughed.
  "There's proof of how the mind can deceive you," Jupe said. "We were intimidated by the jungle growth and the sounds of wild animals. We all expected something dangerous to be coming at us. We were conditioned for it."

Françoise Pichard, 1980.
"Hannibal finit par retrouver l'usage de la parole. "Nom d'une pipe! s'écria-t-il en riant. S'être laissé effrayer par un coq en colère!
  -Ça alors! renchérit Peter tout confus. Tu parles d'un épouvantail!"
  Bob ne cacha pas son soulagement.
  "Beaucoup de peur pour rien, mais je préfère ça!"
  Et, regardant le coq caquetant et ridicule qui se trémoussait devant lui, il éclata de rire.
  "Allez, file, maudit oiseau!" s'écria-t-il en agitant les bras.
  Le volatile déploya ses ailes et, continuant d'émettre des son furieux, traversa la route, sa crête rouge fièrement dressée.
  Les détectives s'esclaffèrent.
  "Voilà comment l'imagination vous joue des tours! dit Hannibal. Dans ce décor sauvage, et avec tous les cris d'animaux invisibles qui sonnaient à nos oreilles, nous nous attendions à voir surgir quelque dangereux ennemi!"

  L'explication de Jupiter/Hannibal est en effet très proche de celle qu'il livrait à Peter suite à leur rencontre d'un squelette dans le Chapitre 13 de The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable. Serait-ce, dans une moindre mesure, un clin d’œil à William Arden qui, je le rappelle remplaçait un Robert Arthur souffrant pour ce dixième tome? Peut-être pas, le doute est permis, Nick West n'avait que l'intention de rappeler que Jupiter est un cérébral qui aime étaler son savoir.

  On retrouve d'ailleurs sa propension à vouloir faire des phrases compliquées quand il peut faire simple dans leur entrevue avec Alfred Hitchcock au Chapitre 2:

  "Then casually [Alfred Hitchock] asked, "How comfortable are you lads with wild animals?"
  Opposite him, The Three Investigators looked startled.
  Jupiter cleared his throat. "It all depends on what kind of animals, sir, and the proximity involved. Given a reasonable distance between them and us and a measure of protection, I would say we are quite at ease with them, and interested in their behaviour and habits."
  "Jupe means we like them," Pete said. "It just goes against his nature to say something simple."

  "Pouvez-vous me dire, demanda [Alfred Hitchock] brusquement, quel est votre comportement, jeunes gens, en face d'animaux sauvages?"
  Les trois détectives ouvrirent de grands yeux. Hannibal se chargea de répondre:
  "Eh bien, dit-il, cela dépend de quels animaux il s'agit. Et aussi de la distance entre eux et nous. Et aussi des protections dont nous disposons. Si nous ne risquons rien, nous sommes tout prêts à nous intéresser à eux, à les observer, à les admirer même.
  -Hannibal veut dire que nous aimons les bêtes, expliqua Peter. Mais il faut toujours qu'il expose les choses de la manière la plus compliquée."

  Si vous avez suivi mon projet, j'ai déjà évoqué la façon dont Bob, souvent à l'attention de Peter, "traduisait" les propos alambiqués du détective en chef. Il est donc amusant ici de voir que c'est Peter qui joue le rôle d'un intermédiaire. Même si Hitchcock avait très bien compris de lui-même, cette réplique du détective adjoint est plus destinée à rappeler qu'il est parfois agacé par les manières de Jupiter/Hannibal.

  On retrouve ainsi, cette petite distanciation entre le détective en chef et ses deux collaborateurs. Paradoxalement, l'esprit de camaraderie instauré par Nick West dans sa première contribution, se nourrit également d'une connivence entre Peter et Bob quand il s'agit de se lier inoffensivement contre leur chef. Si nous revenons au premier Chapitre. on en trouve un exemple  concernant l'embonpoint de ce dernier. Remarquez au passage une autre blague de Bob malheureusement omies par Claude Voiliier:

  "Work progressed rapidly and soon the pile in the lorry was down to one.
  "Rubbing his hands, Pete stepped up. "All right, Jupe," he said, "I'll take that last little one now."
  Jupe leaned forward to hand the bar over, and hesitated. He felt the weight of the bar again. "We'd better set this aside. It's just the size I've been looking for."
  Bob looked puzzled. "For what? You starting your own junkward now?"
  "It just happens to be shorter than the rest," said Jupe. "We can use it for a slide bolt inside our headquarters door. For security reasons."
  "Security?" Bob asked.
  Jupe reddened. "I'm getting tired of crawling through our tunnel into Headquarters. There's got to be an easier way of doing things. I thought we might unlock the door."
  Pete and Bob smiled at this roundabout explanation. The truth was that Jupiter was a little too fat to enjoy using their secret tunnel all the time."
 
  "Le travail progressa rapidement. Bientôt, il ne resta plus qu'une seule barre au fond de la camionette. Au moment de la faire passer à Peter, Hannibal hésita:
  "Mettons-la de côté, déclara-t-il. Elle est beaucoup plus courte que les autres... exactement de la longueur qui me convient...
  -Comment ça? demanda Bob, intrigué. Que veux-tu en faire?
  -Eh bien, je compte la transformer en un solide verrou pour la porte de notre Q.G., expliqua Hannibal. Pour des raisons de sécurité?" répéta Bob.
 Hannibal rougit.
  "J'en ai assez de ramper dans nos tunnels secrets qui aboutissent au quartier général! Il faut pouvoir gagner notre refuge plus facilement. Il suffira alors de verrouiller la porte."
  Peter et Bob sourirent à leur tour. Il devinaient la vérité: Hannibal était un petit peu trop gros pour avoir plaisir à ramper, comme eux, le long des passages secrets." 
 
 NOTES: -la blague de Bob dans l'esprit one-liner, omise, peut être traduite par "Tu veux ouvrir ton propre bric-à-brac?".
  -La traductrice fait un contresens sur le terme "roundabout explanation". Il faut le comprendre comme une "explication détournée" de Jupiter/Hannibal à laquelle il ne sont pas dupes, d'où leur sourrire.

  Outre ce détail humoristique, cet extrait évoque également la volonté de petits changements dans l'univers de la série, comme ces petites évolutions que j'ai déjà notées dans les deux ou trois tomes qui précèdent. Dans Crooked Cat, William Arden apportait une évolution technique dans le matériel utilisé par les détectives et dans Coughing Dragon, sous la plume de Nick West, Jupiter/Hannibal estimait qu'il fallait étendre leur zone de clients potentiels. Ici, on observe une fois de plus la volonté de modifier un élément du cadre figé qui était instauré par Robert Arthur. 
  Ces évolutions peuvent aussi se manifester dans la relation du trio avec les personnages récurrents, comme par exemple avec le chauffeur britannique Worthington/Warrington ou par la place plus importante que M.V. Carey donne à la tante Mathilda. Tout ça sera bien sûr analysé plus en détails dans les séries d'articles consacrés respectivement à ces deux personnages. Fin de la digression.

  On a de nouveau ce sourire de connivence entre Peter et Bob, moins moqueur toutefois, dans le Chapitre 20:

  "Jupe stepped forward to the cage. Pointing to the second bar he had selected, he said dramatically, "You will note, gentlemen, that this bar is not as rusted as the first one that was extracted from the lion's cage. The gorilla was a recent arrival and therefore-"
  Bob and Pete exchanged grins. They knew how their leader loved to make the most out of a situation."

  "Tout fier, le chef des détectives se dirigea vers la cage. Désignant le second barreau qui sonnait creux, il se mit à pérorer, sur un ton dramatique:
  "Vous remarquerez, messiers, que ce barreau est moins rouillé que le premier, qui provient de la cage du lion. La cage du gorille est arrivée beaucoup plus récemment et, de ce fait..."
  Bob et Peter se regardèrent en souriant. Ils savaient qu'Hannibal était un acteur-né et tirait un plaisir extrême de la situation."

  Le terme "acteur-né" employé par Claude Voilier n'est pas dans le texte original, mais cela nous rappelle indirectement le passé de comédien de Jupiter/Hannibal. Ce qui est ironique, parce qu'elle omet de le traduire littéralement lorsque Nick West y fait référence directe dans le Chapitre 8. Il s'agit d'une scène similaire à ce que l'on a déjà pu voir dans The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste, à savoir la négociation avec un client pendant l'absence de Titus et Mathilda. Ici, le détective en chef fait appel, comme il a souvent fait, à son sens de l'improvisation:

  "Jupe looked speculatively at the cages. There were four of them, all in extremely poor condition.
  "That would be one thousand dollars," he said sleepily.
  The man's fingers tightened on his wallet. A thousand dollars for that junk? Are you kidding? Take a look at them - they're falling apart!"
  Jupe heard Bob and Pete clear their throats nervously behind him. He looked again at the cages, then very deliberately at the man. "That would be one thousand dollars apiece," he said distinctly. "Four thousand dollars for all four."
  The hatched-faced man stared at Jupiter and slowly replaced his wallet in his pocket. "Maybe you shouldn't be left alone to run a business, kid. I can get new cages for that kind of money."
  Jupe shrugged. Having been a child actor when he was very young, he appreciated the scene he was playing now. "Perhaps you can, sir. I've no idea what the current market price is for new circus cages. If you should care to drop back when my uncle is here, perhaps he might give you a more satisfactory price."
Françoise Pichard, 1980.

"Hannibal regarda les cages, comme s'il calculait. Il y en avait quatre, et toute dans un triste état.
  "Ce sera mille dollars!" dit-il avec nonchalance.
  Les doigts de l'homme se crispèrent sur les billets.
  "Mille dollars pour ces vestiges? Tu plaisantes, mon petit! Non, mais... regarde-les! Elles tombent en ruine!"
  Hannibal entendit, derrière lui, Bob et Peter qui se raclaient la gorge. Il jeta de nouveau un coup d’œil aux cages puis, délibérément, se tourna vers l'homme et annonça:
  "Ce sera mille dollars pièce... soit en tout quatre mille dollars!"
  L'homme au visage en lame de couteau dévisagea Hannibal puis, d'un geste lent, remit son portefeuille dans sa poche.
  "On ne devrait pas laisser seul un gamin dans ton genre pour traiter une affaire! dit-il. Au prix que tu me fais, je peux aussi bien acheter des cages toutes neuves."
  Hannibal haussa les épaules. Il appréciait à sa juste valeur la comédie qu'il était en train de jouer.
  "C'est possible monsieur, déclara-t-il poliment. Je n'ai aucune idée du prix actuel des cages pour fauves. Si vous voulez revenir lorsque mon oncle sera là, peut-être pourrez-vous vous entendre tous les deux."

  La négociation continue encore pendant quelques paragraphes mais s'achèvent sur un échec pour l'acheteur. Les dernières phrases du chapitre révèlent un Jupiter/Hannibal inflexible mais en proie à quelques doutes:

  "[Jupiter] had learned to trust his instincts.
  "Sorry," he said, turning away. "No deal."
  He saw the man's hand dart to his pocket. For a long moment, Jupe held his breath, wondering if he had made a mistake."
Françoise Pichard, 1980.
 "[Hannibal] avait l'habitude de se fier à son instinct.
  "Désolé! déclara-t-il. Ma réponse est non!"
  L'homme, d'un geste rageur, fourra le billet dans sa poche. Hannibal se mordit les lèvres en se demandant s'il n'avait pas commis une erreur."

NOTE: -Remarquez la différence entre "retint son souffle" ("held his breath") et la traduction choisie, "se mordit les lèvres". Les deux actions évoquent toutes deux les doutes du détective en chef, mais on peut chipoter.

  Au chapitre suivant, l'oncle Titus revient et je garde sa réaction face au coup de poker de son neveu pour la série d'articles qui lui est consacrée. Ce passage était surtout intéressant parce que d'une part elle montre un Jupiter/Hannibal sujet à un doute et une appréhension auxquels il n'est pas accoutumé et d'autre part, elle réutilise un élément de continuité que je suis avec beaucoup d'intérêt.

4.Coulisses et détails techniques du cinéma:

  En effet le passé d'acteur du détective en chef est un détail important, car il fait directement référence à l'univers du cinéma. C'est un thème, central voire inhérent de la série, que Nick West évoquait déjà dans The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait.  Il s'y arrêtait de manière détaillée sur les ficelles des effets spéciaux, notamment pour les films d'épouvante. Je n'étais pas entré dans les détails par manque de place (je n'exclus pas la possibilité d'un article annexe dans un futur indéfini). Ici, dans cette seconde contribution, c'est bien sûr Alfred Hitchcock qui donne les premières informations à notre trio d'amis dans le Chapitre 2:

  "Jungle Land is indeed open to the public. In addition, various movie companies at times rent the use of its premises. Its terrain and vegetation are suggestive of Western and African locales. Occasionnally Jim Hall rents his animals. Some of them are wild, but several have been brought up gently and trained by Jim.
  Jim Hall's favourite lion is a remarkable example of his way with animals. This lion has been featured in many commercials for TV and has been used in films. It has always been a great attraction at Jungle Land and a good financial asset to Jim Hall."
  "You mean, until now," Jupe said. "Your friend's lion is nervous and now he can't depend on it. That's his problem, isn't it?"
  Alfred Hitchcock gave Jupiter a penetrating stare. "As usual, my astute young friend, your powers of deduction are equal to the task at hand. A film unit has rented the farm now to shoot sequences for a jungle film. Naturally Jim Hall cannot afford any accidents that might interfere with the film's speedy and successful completion. If anything were to go wrong, it would be ruinous to his entire operation."

  "La Réserve sauvage [...], est, comme vous le savez, ouverte au public. En outre, il arrive que des firmes cinématographiques la louent pour y tourner des films. La réserve peut en effet servir de cadre aussi bien à des scènes de Far West qu'à des scènes africaines. A l'occasion, Jim Hall loue également ses bêtes. Certaines sont encore à l'état sauvage. D'autres, au contraire, sont apprivoisées: Jim est un dresseur incomparable. Son lion favori est un exemple de ce que l'on obtient par la douceur. Ce lion - il s'appelle Arthur - a déjà figuré dans plusieurs films réalisés pour le grand et le petit écran. Il est connu d'un vaste public et constitue l'une des principales attractions de la Réserve sauvage. Pour tout dire, il rapporte beaucoup d'argent à Jim Hall. Du moins jusqu'à présent.
  -Vous voulez dire, coupa Hannibal, que, à présent, son lion est devenu nerveux et que votre ami ne peut plus compter sur lui. C'est bien cela, son problème?"
  Alfred Hitchcock jeta un coup d'oeil pénétrant à Hannibal.
  "Comme d'habitude, mon astucieux jeune ami, vos talents de déduction vont au-devant de mes explications... C'est en effet là, le problème. Une firme vient de louer la réserve pour y tourner des scènes de chasse en pleine jungle. Bien entendu, Jim Hall a tout intérêt à ce qu'aucun accident ne vienne compromettre le tournage. Si quelque chose allait mal, il risque la ruine."

NOTE: -Un des détails le plus frappant est que Claude Voilier nomme le lion Arthur au Chapitre 2 par le biais d'Alfred Hitchcock, alors que dans la version originale il faut attendre le Chapitre 5 pour savoir, de la bouche de Mike Hall, neveu de Jim et client/ami du jeune trio pour cette enquête, que le même lion s'appelle George.
  -Le "Du moins jusqu'à présent" d'Hitchcock est un ajout, c'est de Jupiter dont vient la remarque équivalente.
  -Voilier fait un contresens avec "vont au-devant de mes explications". "Are equal to the task at hand" pourrait être plutôt traduit par "sont à la mesure de la mission/tâche dont il est question".
  -"Scènes de chasse" est aussi un contresens, à moins que l'on pense à un safari. Il s'agit d'un "jungle film", un film d'aventure qui se déroule dans la jungle.

  Le producteur et réalisateur Jay Eastland/Jay Feast nous est présenté dans le Chapitre 7. Tout d'abord, c'est un nom qui sonne familier à Peter, dont le père travaille dans le cinéma (l'extrait correspondant sera cité dans la série d'articles consacrée à ce personnage). Puis, Eastland/Feast accuse le lion d'avoir blessé son acteur vedette, ce qui amène le dialogue qui suit, où d'autres détails sont livrés sur les affaires entre Jim Hall et Jay Eastland/Jay Feast:

  "How come Jay Eastland acts so nasty?" Pete asked. "What's he got against you uncle Jim?"
  "Nothing I know of," Mike said. "He's worried about his movie getting done on schedule. And before he leased Jungle Land, he wanted an agreement it would be safe working here, with the animals around. Jim guaranteed it would."
  "What happens if your uncle guessed wrong - and there's an accident?" Bob asked.
  "Jim would lose a lot of money. He had to put up a bond of fifty thousand dollars as a guarantee. He signed over Jungle Land as security for the bond. So he could lose everything. He's losig money already because tourists aren't allowed in when we rent out for a movie. They might disrupt things."
  Jupiter listened carefully. "I assume, though, that your uncle will make a considerable amoubt of money if the movie goes through on schedule, without any accidents. Correct?"
  "Yes," Mike admitted. "I don't know the exact amount but it's so much a day. And George gets paid five hundred dollars when he works. Trained animal are rented for a lot of money - just like movie stars."

  "Ce que je ne m'explique pas, dit Peter, c'est l'hostilité de ce Jay Feast à l'égard de ton oncle. Qu'a-t-il à lui reprocher?
  -Rien que je sache, répliqua Mike. Il doit craindre que son film ne se fasse pas dans les délais prévus. Avant de louer la Réserve sauvage, il a exigé un contrat stipulant que lui et ceux travaillant sous ses ordres n'avaient rien à redouter des animaux. Jim lui a donné toute assurance à ce sujet.
  -Qu'arriverait-il si ton oncle s'était trompé et si cet acteur avait vraiment été blessé par Arthur? demanda Bob.
  -Mon oncle perdrait beaucoup d'argent. Il a dû verser un chèque de garantie de cinquante mille dollars. Si la sécurité des cinéastes n'est plus assurée, c'est la ruine. Considère par ailleurs que, lorsque la jungle est louée pour le tournage d'un film, les touristes ne sont plus autoriser à la visiter. Autant de bénéfices qui ne rentrent pas dans nos caisses. Tu vois donc, Bob, que mon oncle a, en ce moment, tout ses oeufs dans le même panier. Il ne s'agirait pas de faire une omelette..."
  Hannibal avait écouté avec attention les explications fournies par Mike.
  "Je suppose donc, dit-il, que si, au contraire, tout marche sans encombre, ton oncle touchera une grosse somme.
  -Bien sûr. Je ne peux pas te fixer au juste le chiffre mais je sais que cela fait pas mal d'argent. Arthur, à lui seul, nous rapporte cinq cent dollars quand il travaille. Les animaux sauvages apprivoisés se louent très cher... autant que des vedettes de l'écran."

  Tous ces détails ont leur importance puisqu'ils rentreront en compte dans l'esprit de Jupiter/Hannibal et ses acolytes, notamment au cours de leurs déductions pour savoir sur qui les soupçons doivent se porter.

  Dans le Chapitre 11, Peter se réfère de nouveau à son père pour donner d'intéressants détails techniques:

  "Jupe frowned. "You said their set is about five minutes away from your house. Would their mikes pick up the sound of the metal shredder?"
  "It's possible," Mike admitted. "I don't know. Mr Eastland hasn't complained."
  "He might not have to do his sound work at Jungle Land," said Pete, drawing on information he'd picked up from his father. "Sometimes the soud is dubbed in later - even the actor's voices."

  "Attends un peu... Si j'ai bien compris, leur plateau se trouve actuellement à cinq minutes de la maison. Est-ce que le bruit du broyeur ne gêne pas les prises de son?
  -Je n'en sais rien, avoua Mike. M. Feast ne s'est jamais plaint.
  -Peut-être n'enregistre-t-il pas le son sur place, dit Peter, assez documenté sur la question. Quand il s'agit d'extérieurs, certains metteurs en scène préfèrent régler le son plus tard... et même enregistrer la voix des acteurs après le tournage."

NOTE: Contrairement à la première occurrence, Claude Voilier gomme l'allusion au père de Peter en la transformant en un implicite "assez documenté sur la question".

  Dans le Chapitre 12, Peter révèle encore un peu du jargon du milieu, mais la traduction française n'en sera que tronquée et approximative:

  "As the station wagon roared off, Jupe looked after it, puzzled. "That man certainly doesn't act like a movie producer, Pete. He acts - well - very unstable!"
  Pete Smiled. "He's what they call a 'quickie' producer in the trade, Jupe. They're hustlers, only interested in grinding out something fast and getting their money back even faster. If you ask me, Mr Eastland has money problems. So what he does is holler and bully and bluster."

  "Là-dessus, il sauta dans sa voiture et repartit. Hannibal hocha la tête.
  "Cet homme ne ressemble guère à un producteur de films, fit-il remarquer. Il est impatient et irritable.
  -Oh! C'est parce qu'il est presé de tourner et de gagner de l'argent! expliqua Peter. Ils sont nombreux comme ça!"

   Pour finir cette partie sur les coulisses du cinéma, voici un extrait illustré, avec quelques coupes, du début du Chapitre 15. Nick West nous y décrit les préparations d'une scène que Eastland s'apprête à tourner avec le lion George/Arthur:

Harry Kane, 1971.
"[...] It was a natural jungle setting, a flat clearing bordered by giant trees and thick undergrowth.
Large rocks were scattered on the north side at the foot of a short but steep cliff. A ledge jutted out of the cliff a little way above the ground.
  The movie set hummed with activity. The work crew was busy setting up cables and tall reflectors for the lights, which were set on huge iron tripods. Eastland was to one side, talking to a group of actors and checking their various positions while a few men pushed the camera into range.
  [...] Mike pointed to the edge of the set. Jim Hall stood alone with the big lion at his side. He saw them and waved them over. The Three Investigators walked up, cautiously watching George. The tawny beast sat quietly, it's yellow eyes staring into the distance. Its long tail flicked as Hall rubbed its ears.
  [...] The fat producer moved across the set towards the cliff, giving instructions in a loud fretful, voice. "Over here with the camera," he ordered.
  Eastland looked at a sheaf of notes. "We'll need to be on our toes for this scene. It's a quickie but we want to get it right the first time, understand?"
  "No retakes makes it cheaper," Pete whispered in Jupe's ear.
  Eastland waved an actress and an actor over. "Miss Stone, you and Rock Randall stand here." He pointed below the overhanging ledge. "The lion will be up on the ledge, looking down. You two will have a scuffle. When Randall has his back to the ledge, the lion jumps on him. Is that clear? Any questions, Sue? No? You, Rock? All right, then."
  Eastland turned to the cameraman. "You hold on the scene as George jumps. Randall will try to fight him off, and they'll wrestle a few feet. The Randall slumps to the ground, the lion paws him, and it's all over
  "We cut then to the next scene, which gives Hall a chance to come in and get his lion calmed down while we prepare the next setup with Sue. Hopefully, there won't be any trouble."
Françoise Pichard, 1980.
  "[...] Là, dans un décor de jungle, se trouvait une clairière bordée d'arbres géants et de fourrés épais. De gros rochers, qui la jonchaient au nord, semblaient éboulés d'une falaise abrupte mais peu élevée. Une corniche rocheuse coupait cette falaise dans sa largeur, à faible distance du sol. Le "plateau" bourdonnait comme une ruche. L'équipe était en plein travail. Les techniciens déroulaient des câbles et réglaient des projecteurs. Feast, debout au milieu d'un petit groupe d'acteurs, donnait des directives. La caméra était prête à fonctionner.
  [...] Soudain, Mike fit signe à ses amis de regarder le plateau. Jim Hall venait d'arriver, accompagner de son gros lion. Apercevant les quatre garçons, il leur dit bonjour de loin. Les détectives se rapprochèrent lentement, tout en surveillant Arthur. Le magnifique animal restait paisiblement assis sur son arrière-train, ses grands yeux dorés regardat droit devant lui. Son maître lui gratta les oreilles: le lion remua la queue.
[...] Feast traversa le plateau et s'arrêta au pied de la falaise pour donner ses ultimes directives:
  "Ici! appela-t-il. Disposez la caméra!"
Françoise Pichard, 1980.
  Il compulsa le "découpage", qu'il tenait à la main, et expliqua:
  "Cette scène est importante et délicate. Il faut la réussir du premier coup. compris?"
  Le metteur en scèe fit un signe aux deux vedettes de son film.
  "Miss Stone, mettez-vous ici, à côté de Rock Randall. (Il désignait un endroit, juste au-dessus de la corniche, les yeux fixés sur vous. Une dispute éclatera entre vous. Au moment où Rock se rapprochera le plus de la falaise, le fauve lui sautera dessus. Est-ce clair? Pas de questions, Suzy? Non? Vous non plus, Rock? Très bien."
  Le gros homme se tourna vers le cameraman.
  "Tâchez de ne pas rater vos cadrages. Prenez bien Arthur en train de bondir. Et filmez avec soin la lutte que doit soutenir Randall contre lui. Cela durera quelques secondes à peine. Ensuite, Randall glisse sur le sol et le lion met sa patte sur lui. C'est tout. Vous couperez alors, ce qui permettra à Jim Hall de venir récupérer son lion et de le calmer si besoin est. Pendant ce temps, nous séparerons la séquence suivante avec Suzy. Espérons que ce maudit animal ne fera pas l'imbécile."

  Il est dommage que la traductrice occulte la réplique de Peter, qui donne encore un détail en chuchotait dans l'oreille de son chef. Elle fait pourtant autant partie de la continuité interne de ce roman que celle du personnage de Peter: son père travaille dans le milieu du cinéma et toutes les remarques techniques du détective adjoint participe de sa consistance, tout comme son esprit blagueur.
  On trouve une dernière remarque quelques paragraphes plus loin:

  "I thought Rock Randall was in a fight yesterday," said Bob. "He doesn't look it."
  "Make-up," said Pete knowledgeably.

  "Dis donc! coupa Bob. Rock Randall paraît en bonne forme physique. Pourtant, il a été blessé hier par un agresseur inconnu, n'est-ce pas?... et ça ne se voit guère.
  -Le maquillage! expliqua Peter complaisamment."

  Ce "knowledgeably/complaisamment" n'est-il d'ailleurs pas une façon de dire que c'est Peter qui, pour une fois, peut légitimement étaler sa science?

  Mais revenons à l'extrait des préparatifs pour la scène où figure le lion George/Arthur, ou plutôt ses illustrations françaises. Vous remarquerez que la première ne correspond pas totalement au texte: le lion est seul, sans son maître. Quant à la seconde, elle représente une scène à laquelle les détectives (ils profiteront, alors que tout le monde a l'attention dirigée vers le tournage, pour s'éclipser pour les besoins de leur enquête), et donc le lecteur, n'assisteront pas en tant que telle: elle se base sur les instructions d'Eastland/Feast, le réalisateur. Mais ce ne sont pas des reproches, je les utilise pour donner au corps à l'article. Et puis, ce n'est pas ce que l'illustratrice a fait de pire dans sa carrière, comme vous pourrez le lire dans la prochaine partie.

II.Édition française:

1.Illustrations.

  Dans l'ordre de parution français, Le Lion qui claquait des dents a été publié en 1980, en 21ème position. Il faut savoir qu'en ce qui concerne l'illustration des volumes, le public français n'a connu entre 1966 et 1979 que Jacques Poirier. J'ai déjà intégré des illustrations d'Yves Beaujard et des frères Brizzi, qui sont ultérieures (respectivement 1984 et 1983) mais seulement parce que j'ai choisi de présenter mon projet dans l'ordre chronologique original américain. 
  Comme vous avez déjà pu le constater, ce volume contient les illustrations d'une nouvelle venue, Françoise Pichard. A vrai dire, il s'agit en réalité de sa troisième contribution après Le Testament énigmatique (19ème publication française) et Le Tableau se met à table (20ème). Avec cinq participations, elle a illustré la série entre 1979 et 1981.
  Comme d'habitude, il me faut rédiger quelques lignes de présentation.
  Fille du dessinateur Jean Pichard, elle est née le 2 novembre 1941. Outre sa contribution à la Bibliothèque Verte pour les cinq volumes des Trois Jeunes Détectives, elle a aussi illustré, pour la Bibliothèque Rose, trois romans de la série Oscar Belloie, Oswald à l'origine, dont l'auteur est K. R. Whittington. On peut aussi citer son travail sur Trois hommes dans un bateau Jerome K. Jerome (Hachette, 1974) et les deux tomes de La Bible d'une grand'mère par la Comtesse de Ségur (Éditions Dominique martin Morin, 1988).
  Connue aussi sous les pseudonymes de Chard ou Pscharr, Françoise Pichard semble malheureusement plus remarquée pour ses idées politiques que pour sa carrière d'illustratrice pour la jeunesse. Caricaturiste, elle contribue aussi à différentes publication d'extrême-droite (Rivarol, Present dont elle est devenue directrice de la publication en juin 2016...). A son palmarès puant, citons son accusation en novembre 1994 de "complicité de provocation à la discrimination, à la haine ou la violence raciale envers la communauté noire" suite à un dessin de mars 1994. Elle a également le deuxième prix ex-aequo dans un concours international de caricatures sur l'Holocauste, négationniste à souhait (elle l'a refusé, mais on s'en fout, on a déjà une idée du personnage...)
  Quelqu'un donc qui n'aura pas ma sympathie. Je retiens bien d'autres commentaires personnels qui seraient bien plus violents. Le bon côté de la chose, c'est que cela me procure une bonne transition, puisqu'elle semble nostalgique d'une certaine Allemagne, je peux revenir à mon article et attaquer la traduction par l'accent bavarois de Hans  Konrad!

2.Traduction:

a.L'accent bavarois de Hans et Konrad:

  Konrad apparait pour la première fois au Chapitre 3, où l'on trouve deux répliques:

  "You fellers going in there?" he asked. "You better watch it. I think I hear lions."

  "Vous allez entrer là-dedans? demanda-t-il. A votre place je me méfierais. Écoutez! N'est-ce pas un lion qui rugit?"

  "Hokay," he said. " If you say it's safe, hokay. But better take care all the same. I be back for you a little later."

  "Très bien. Si vous dites qu'il n'y a pas de danger, moi, je veux bien! Tout de même, soyez prudents. Je reviendrai vous prendre un peu plus tard."

NOTES: -Remarquez l'emploi de "fellers", qu'on pourrait croire au premier abord comme une déformation due à son accent de "fellows". Mais il est aussi prononcé par trois autres personnages qui ne sont pas Bavarois: Doc Dawson (Chapitre 15), l'oncle Titus (Chapitre 16) et Dobbsie (Chapitre 18).
-Le "h" de "hokay" est un signe de son accent bavarois tout autant que sa syntaxe incorrecte ("I be back".) La traduction ne rend compte d'aucune façon de ces petits éléments.

  Il refait son apparition au Chapitre 8:

  "You look hokay," he said. "I guess maybe you get along all right with that lion inside." (omis par Claude Voilier).

  "You coming back here again? You push your luck too much maybe, Jupe."

  "Vous comptez revenir ici? demanda [Konrad] en démarrant. Ma parole, Hannibal! Il me semble que c'est tenter le sort!"

  "I go back that way again for more pickup stuff tomorrow," Konrad said. "In case you fellows still got business with that lion."

  "Je retourne là-bas demain, annonça Konrad, faire un nouveau chargement. Je vous le dis pour le cas où il vous prendrait fantaisie de rendre encore visite à ce lion..."

NOTES: -La première réplique est omise par Claude Voilier.
-Pour la deuxième, il y a encore quelque défauts syntaxiques qui ne sont pas pris en compte pour la traduction. On a d'ailleurs un Konrad plus expressif selon Voilier.
-Dans la troisième, elle lui accorde une expression bien trop châtié ("prendrait fantaisie").

  Au Chapitre 9, c'est son frère Hans qui prend la parole, mais sa réplique n'a pas besoin d'être commentée:

  "Anything else I can do, boss?" he asked Mr Jones. "I still got time to do some cleaning up."

  "Avez-vous besoin de moi, patron? demanda le grand Bavarois. Sinon, j'irai faire un peu de rangement par là-bas...!"

b.Géographie et message codé:

  Outre les anomalies habituelles de la traduction (j'en ai assez cité plus haut), il me semble plus intéressant de s'arrêter sur les différences concernant un message codé qui fera tourner les méninges de nos trois amis. Les premiers éléments apparaissent sous la forme de différences géographiques au Chapitre 10:

  "Where did he come from?" Jupe asked.
  "Rwanda, in Central Africa. We were expecting a young gorilla from there. We've been wating a long time. Uncle Cal went through all the mountain gorilla terrain - Rwanda, the Congo, and Uganda. He finally wrote to us from Rwanda that he had a gorilla, but he was having trouble getting it out of the country. Gorillas are on the endangered species list - they aren't very many of them left - and only zoos and scientists can get export permits for them. It took Uncle Cal a while to convince the authorities that Jungle Land was a kind of zoo."
  "Gee," said Pete. "Wouldn't it have been easier to just get another kind of gorilla?"
  "Well, there are lowlands gorillas, but there's an embargo on them, too. I'm not even sure which species Uncle Cal finally sent us."
  "It was a young male mountain gorilla," said a voice from the darkness. Jim Hall stepped oit of the shadows and nodded to the boys."

  "D'où venait-il? demanda Hannibal.
  -De Tanzanie... en Afrique orientale. On devait nous expédier un jeune gorille depuis pas mal de temps déjà. Nous l'attendions avec impatience. L'Oncle Cal finissait par désespérer d'en capturer un. Il a fini par attraper celui-là mais il y a eu tout un tas de formalités à remplir avant de pouvoir l'expédier.
  -Et nous ne l'avons reçu qu'aujourd'hui", acheva une voix derrière les garçons.
  Là-dessus, Jim Hall surgit de l'ombre et salua les trois détectives [...]"

  Avant de regarder de plus près cette différence géographique, on peut noter que Claude Voilier omet tous les détails concernant l'importation/exportation d'animaux sauvages, et les lois qui les régissent. Sans être dommageable pour l'intrigue, il est dommage de ne pas retranscrire ces détails importants que de jeunes lecteurs pourraient apprendre.
  Alors pourquoi Claude Voilier choisit-elle la Tanzanie au lieu du Rwanda? Ce n'est pas un choix dénué de raison et il s'apparente à ce qu'avait déjà fait Olivier Séchan pour The Secret of Skeleton Island/Le Spectre des Chevaux de bois ou Jean Muray pour The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule c'est-à-dire adapter le texte lorsque la traduction littérale n'est pas possible.

  La première occurrence du message codé dont je parlais plus haut fait son apparition au Chapitre 13:

  "[...] He tapped the paper. "The information we got from Dora's alarm spells it out for us. DOX ROX NOX EX REX BOX. Six X's. It could be the cable code or else they're talking about six hundred K's. That's about half a million dollars, Dobbsie - not bad, at all. That's a lot of rocks."

  "[...] Il agita le morceau de papier. "Nous venos d'avoir un renseinement de tante Annie. En voici le texte: "DOX, ROX, NOX, EX, REX, BOX". Ce pourrait avoir un rapport avec... un demi-million de dolars. Une jolie somme, pass vrai, Dobsie? Ça représente un beau tas de cailloux!"

  Dans le même chapitre, une fois de retour au QG, les trois détectives, suite à la retranscription du dialogue entre Olsen et Dobbsie par Bob, tentent, en deux temps, une première explication du message:

  "More or less correct, I believe," said Jupe. "Olsen also used the word 'cable'. We don't know who Dora is or what her alarm is, but Dora's message sounds like a cable. It's typical of what is called cablese - all the words are short and only important words are included. And, like many cables, this one seems to be in code. As a rule, parties who want to keep their business transactions secret establish a private code or cipher. Usually there's a key letter or word that lets them decipher each other's message easily."
  "Well, we don't have the key to the code," said Pete.
  "I don't think we need one," said Jupe. "All those words probably end in X, as Bob said. But most of those words translate easily into plain English. The message can be read DOCKS ROCKS KNOCKS EX WRECKS BOX." He printed the decoded message for them on Bob's pad.
  "Great," said Pete. "What's that supposed to mean?"
  "I'm not sure," said Jupe, "But I'm getting an idea." He straightened up excitedly. "I think ROCKS is the important word. Olsen said something was half a million dollars, and then he said that was a lot of rocks. Does that suggest anything to you?"
  "Half a million dollars worth of rocks?" asked Pete. "Rocks out of the ground? How's that possible? I mean, who'd want it?"
  "'Rocks' has another meaning, Pete," Jupe said. "It's also slang for 'money'. Olsen and Dobbsie are looking for money! Half a million dollars! [...]"

  "Oui, ce sont là ses propres paroles, acquiesça Hannibal. Il s'agit d'un message chiffré... envoyé par une certaine tante Annie, et rédigé en style télégraphique, j'imagine.
  -Le malheur, c'est que nous ne connaissons pas la clé du code, fit remarquer Peter.
  -Je ne pense pas qu'elle soit tellement difficile à trouver, estima Hannibal. Tous ces mots se terminent par X mais leur sens n'est pas impénétrable. Voyons-les de plus près... Dox peut se lire "docks", rox "rocs" et nox... ma foi, en latin cela veut dire "nuit". Ex Rex c'est l'ex-roi, l'ancien roi. Rex, toujours en latin, c'est le roi. Quant à box, le sens est clair, mais de quel genre de boîte ou de box s'agit-il?
  -Et tu trouves un sens à cette suite de mots? demanda Peter, peu convaincu.
  -Ce n'est pas très net encore, avoua Hannibal, mais j'ai une petite idée." Ses yeux pétillaient tandis qu'il regardait ses amis. "Je crois que "rocs" est un mot clé. Olsen a parlé d'un demi-million de dollars, ajoutant que cela faisait un beau tas de cailloux. Est-ce que cela ne vous dit pas quelque chose?
  -Des cailloux qui vaudraient un demi-million de dollars? dit Peter. Des cailloux ramassés par terre? Comment cela serait-il possible? Je veux dire... qui songerait à les payer ce prix?
  -Tout dépend de la valeur des cailloux en question, mon vieux... Et j'ai comme une idée que les "rocs" du message correspondent aux "cailloux" dont parlait Olsen."

  "Fine, but that has nothing to do with rocks," said Bob. "We're not getting anywhere."
  Jupe tapped his fingers on the desk and thought awhile. "We're forgetting the first thing we ever learned about Olsen," he said finally." He came here to the junkyard and wanted to buy cages. Then tonight he seemed to refer to me and the cages." Jupe winced as he remembered Olsen's calling him "the fat kid".
  "Maybe he thinks he'll find his rocks in cages," said Pete sarcastically.
  "Don't laugh," said Jupe. "Look! BOX in the cable might mean cage! WRECKS BOX means pull apart the cage and you'll find the money!"
  "Your cages are already wrecked," objected Pete, "and Olsen didn't seem to think they were very valuable. He only offered you twenty dollars."
  "True, true," said Jupe. "I can't explain that. But perhaps Olsen's really looking for another cage."

  "En fin de compte, notre discussion ne mène à rien!" constata Peter d'un air sombre.
  Hannibal pianota un moment sur son bureau tout en réfléchissant.
  "Nous semblons avoir oublié un détail d'importance, dit-il enfin. Rappelez-vous des circonstances dans lesquelles nous avons rencontré Olsen pour la première fois. Il est venu ici même, au Paradis de la Brocante, pour acheter des cages. Et rappelez-vous également que, ce soir, il semble avoir fait allusion à moi et aux cages..."
  Manifestement, le chef des détectives n'avait pas encore digéré cette allusion au "gros garçon"!
  "Peut-être, suggéra Peter en riant de bon cœur, Olsen s'imagine-t-il pouvoir trouver ce qu'il cherche dans des cages à fauves!
  -Tu as tort de rire Peter, déclara gravement Hannibal. Regarde! Le mot box est dans le message codé. Un "box" peut fort bien désigner une cage!
  -Mais je ne vois guère une cage contenant quelque chose de précieux! protesta Peter. Et celles que ton oncle avait à vendre ne valaient pas grand-chose, déglinguées comme elles l'étaient! Olsen lui-même n'en a offert que vingt dollars!
  -C'est vrai, admit Hannibal. J'avoue que je ne comprends pas bien. Mais peut-être Olsen cherchait-il une autre cage..."
  
  Au Chapitre 14, après la découverte d'articles de journaux par Bob et d'une discussion avec son père (qui sera utilisée dans la suite d'articles qui lui est consacrée), l'archiviste du trio rejoint ses camarades au QG. Les soupçons de Jupiter Hannibal se portent sur les frères Hall et, à mesure que le message est décodé, on décèle la raison des choix de la traductrice ainsi que d'autres différences plus ou moins mineures que je ne commenterai pas:

  "Bob turned to Jupe. "But diamonds come from South Africa, and Cal Hall is operating in Central Africa. Aren't those two places a long way apart?"
  "Mike told us that Cal Hall was in Rwanda for the mountain gorilla," Jupe said. "But for this kind of work, he would travel all over Africa. And there are a lot of other countries in Africa besides South Africa that produce diamonds. The Congo, Ghana, the Ivory Coast, Liberia, Sierra Leone, the Republic of Central Africa - all export diamonds."
  He picked an atlas off a shelf and turned to a page showing Africa. "Here's a country in East Africa, not far from Rwanda. It used to be Tanganyika. See it? Right near Uganda and Kenya. It's called Tanzania now. It has diamond mines, too. Also, according to this atlas, the most abundant xild life is in East Africa. Cal has to get to the east coast to ship his animals, and he would naturally pass through Tanzania. If you note, there's a big coastal city. That's the capital, Dar es Salaam."
  Pete whistled. "That sounds familiar. Get out your notes, Bob."
  Bob whipped out his notebook and flipped to the page of the night before. "'The information from Dora's alarm tells us,'" he read. He whistled. "Dora's alarm - Dar es Salaam - they sound pretty much the same."
  "We don't yet know why Olsen should have that cable message," Jupe said. "But obviously Cal Hall sent it to his brother from the point of shipment, to let him know the diamonds were coming."
  His eyes gleamed. "The first word of the cable makes sense now. DOX, spelled d-o-c-k-s, refers to a landing pier for ships. The diamonds and the animals are being shipped from the docks."
  Bob printed out the two forms of the cable on a clean piece of paper.

DOX ROX NOX EX REX BOX
DOCKS ROCKS KNOCKS EX WRECKS BOX

  "We now thinks ROCKS means diamonds, and you think WRECKS BOX means to pull apart the cage," Bob said. "What about the other words?"
  "I haven't figured out the third and fourth words yet," Jupe admitted. "But I think I was also incorrect about WRECKS. We should have left it as R-E-X, because that way everything falls into place!"
  He paused significantly.
  "C'mon, Jupe!" said Pete. "Out with it!"
  "Rex is the Latin word for king. The lion is the king of beasts. REX BOX could mean, in this instance, George's cage! and George was shipped from Africa. I would say the message conclusively refers to smuggling diamonds into this country along with George and his cage. And, furthermore, I think the diamonds have become lost somehow, and whoever is looking for them is coming around too often - and making George nervous!"

Françoise Pichard, 1980.
  "Bob fronça les sourcils.
  "Mais, Babal, objecta-t-il, les diamants viennent d'Afrique du Sud, et Cal Hall opère en Afrique orientale, si j'en crois ce que nous a dit Mike.
  -Au téléphone je lui ai demandé des précisions. L'oncle Cal réside officiellement en Tanzanie mais sa chasse aux fauves l'oblige à beaucoup voyager. Et n'oublie pas, Bob, que l'Afrique du Sud n'est pas le seul pays producteur de diamants. On trouve également ces pierres précieuses au Zaïre, en Côte-d'Ivoire, au Ghana et en Tanzanie même."
  Le chef des détectives se leva et alla chercher un grand atlas qu'il ouvrit sous le nez de ses camarades.
  "Tenez! leur dit-il en pointant son doigt sur les pays en question. Rendez-vous compte vous-mêmes! N'oubliez pas que Cal est un explorateur et un recruteur de bêtes sauvages. Son double métier doit lui ouvrir bien des frontières. Et il expédie ses animaux de Tanzanie... Tanzanie, cela ne vous rappelle-t-il rien?
  -Tanzanie? répéta Peter. Ma foi, non...
  -Si tu le prononces aussi directement, non, bien sûr. Mais imagine que quelqu'un prononce ce mot à une certaine distance de toi... et pas très fort. Cela ne sonnerait-il pas comme...
  -Tante Annie! s'écria Bob, chez qui la lumière se fit subitement. Tante Annie! C'est cela que nous pensions avoir entendu hier soir... Mais Olsen disait Tanzanie!"
  Hannibal se pencha en avant.
  "Nous ignorons pourquoi Olsen avait en sa possession ce message venu de Tanzanie. A mon avis, il s'agit d'un télégramme codé envoyé par Cal Hall à son frère Jim pour l'avertir qu'il lui expédiait les diamants!"
  Ses yeux se mirent à briller.
  "Le premier mot du message prend alors son sens. "Dox", ou plutôt "docks" indique le point de départ de l'envoi, c'est-à-dire les quais de Dar es-Salaam, qui est la capitale et aussi le port le plus important de la Tanzanie. Les cages des animaux ont été acheminées par bateau. Les diamants ont fait un long voyage, mes amis!"
  Bob tira de sa poche un morceau de papier sur lequel il avait noté avec soin le message codé. Juste au-dessous, il inscrivit ce qu'Hannibal pensait être la bonne traduction... en style télégraphique:

  DOX ROX NOX EX REX BOX
  DOCKS CAILLOUX NUIT ANCIEN ROI CAGE

  "Deux mots, déclara-t-il, semblent significatifs: cailloux et cage. Ils indiquent que les diamants se trouveraient dans la cage. Mais je ne vois pas où! Les docks signalent simplement le lieu d'expédition. Quand à la nuit et au roi... je ne vois pas!
  -Pas étonnant! plaisanta Hannibal. La nuit est obscure! Mais le roi devrait vous suggérer quelque chose, non?
  -Un roi... un ancien roi... marmonna Peter dont le front se plissait sous l'effort de la réflexion. Peut-être un monarque de l'Antiquité!
  -Laisse tomber le ex suggéra Hannibal dont les yeux brillaient de plus en plus. Ne retiens que le mot rex signifiant roi.
  -J'y suis! cria Bob. Le roi... le roi des animaux, c'est-à-dire le lion!
  -Et pas n'importe quel lion, renchérit Hannibal. Un lion qui porte un nom de roi: le roi Arthur!
  -Il faudrait donc lire, dit Peter penché sur le message: "Diamants nuit..."
  -Ex signifie "hors de" en latin, coupa Bob.
  -Parfaitement: "hors de... la cage du lion!" En résumé: les diamants devraient être extraits de la cage d'Arthur? s'écria Peter, illuminé.
  -Hé oui! fit Hannibal d'un air satisfait. Seulement, je crois que les diamants se sont égarés d'une manière ou d'une autre et que les gens qui essaient de les retrouver rôdent un peu trop souvent autour de ce malhereux Arthur! Et c'est ce qui rend notre lion si nerveux!"

NOTES: -Claude Voilier avait donc choisi la Tanzanie ("Tante Annie") au lieu du Rwanda, car la capitale du premier pays, Dar es-Salaam, correspondait au "Dora's alarm" prononcé par Olsen. Elle explicite d'ailleurs, en ajoutant des répliques, pourquoi les détectives ont mal entendu, ce que ne faisait pas Nick West qui ne se contentait que d'un "they sound pretty much the same" de la part de Bob.
-Dans le texte original, c'est Jupiter qui dévoile la solution du mot REX. Il fait même une pause dramatique provocant l'indignation de Peter, agacé. Claude Voilier a préféré une résolution plus participative en donnant à Bob l'honneur de comprendre ou son chef veut en venir. Involontairement, la traductrice continue cette triple dynamique dont je parlais plus haut.
-On a aussi le pourquoi d'Arthur au lieu de George. Des rois appelés George, il y a eu plusieurs au Royaume-Uni, mais Claude Voilier a choisi un roi plus connu universellement, et donc par le public français, celui de la légende de la Table Ronde, le Roi Arthur.

c.Titre:

  La dernière phrase de l'extrait ci-dessus est une paraphrase du titre original américain The Mystery of the Nervous Lion. Que cela soit dans le roman original ou dans sa traduction, George/Arthur est toujours décrit comme "nervous/nerveux", dans le sens d'agité, pas tranquille. Or le titre français, Le Lion qui claquait des dents suggère plutôt un état proche de la peur ou un lion frileux. Il est donc à ranger dans la catégorie des titres avec un léger déplacement du sens afin de donner un accent humoristique à celui, plus neutre, donné à l'origine. The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait en était un autre exemple.
  Et pour ceux qui m'en voudraient de chipoter, dans la liste non exhaustive (vous en trouverez plusieurs autres dans deux articles annexes, puisqu'elles reprennent des scènes que j'ai choisi d'isoler, et d'autres dans un tableau Pinterest) ci-dessous, aucune des différentes couvertures du roman ne donne l'impression d'un lion peureux ou frileux.

III.Couvertures:

Édition allemande, Carsten Tiemessen, 2001.
Édition allemande, Thilo Krapp, 2007.


















Édition allemande, Aiga Rasch, 2008

Édition allemande.



















Édition finnoise, Matti Louhi
Édition polonaise.



















Éd. slovaque, Kardelis & Mydlo, 1996
Édition vietnamienne.


















 
Peter Archer, 1975.
Robert Adragna, 1981;




















Yves Beaujard.
Françoise Pichard, 1980.

















  Je suis très content de pouvoir enfin vous présenter cet article fini. Mon intérêt pour la série avait un poil décru, sûrement à cause des changements d'auteurs. The Mystery of the Nervous Lion et The Mystery of the Singing Serpent, qui fera l'objet du prochain article, sont à mes yeux un peu faibles et je vous avoue que la perspective de travailler dessus me plombait un peu. J'en ai profité, en décembre, de mettre à jour les séries d'articles annexes consacrés aux personnages comme Worthington/Warrington, Mathiulda et Titus Jones etc., ainsi que d'autres thèmes (comme la chronologie et la temporalité).
  En ce qui concerne ma lecture, j'ai fait un bond en avant, ce qui n'était pas forcément la meilleure chose à faire, vu que mes articles sont maintenant en décalage. En effet, au moment où je rédige ces dernières lignes, il me reste à lire quelques chapitres de The Secret of Phantom Lake/Le Journal qui s'effeullait qui se trouve être le... 19ème tome. Ce qui veut dire que j'ai deux articles en retard (The Mystery of the Singing Serpent/Le Serpent qui fredonnait et The Mystery of the Shrinking House/Le Tableau se met à table) et bientôt un troisième. En étant raisonnable, je ne devrais pas lire le vingtième tome, The Mystery of Monster Mountain/L'Insaisissable Homme des neiges avant d'avoir achevé l'article pour Singing Serpent. Mais je ne peux rien garantir, si une envie irrépressible me vient de le commencer, je ne résisterai pas longtemps.
  Merci de me suivre.

The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents, Nick West. Traduit de l'américain par Claude Voilier.