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jeudi 12 janvier 2017

Vibrations Jamaïcaines - L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXè siècle de Jérémie Kroubo Dagnini (Camion Blanc) & Bass Culture - Quand le Reggae était roi de Lloyd Bradley (Allia)

  Vous ne rêvez pas. Je vous livre ici un article qui ne concerne pas Les Trois Jeunes Détectives de Robert Arthur. Excepté les citations que je continue à poster depuis des années, le dernier article ne concernant pas la série au centre de mon projet, était consacré à un livre formidable intitulé Le Parcours du Combattant de Richard Malone (sorti chez Sonatine à ce moment-là, il est désormais disponible en poche chez 10/18). Il fallait vraiment que je tombe sur un ouvrage passionnant pour sortir un peu de mon projet. J'ai lu de bons romans, de bons polars mais je n'ai pas, pour différentes raisons, eu l'occasion ou l'envie d'en parler ici.
  Sur ce blog, je me suis souvent penché sur des livres musicaux géniaux. Malheureusement, certaines lectures les plus récentes (sur Dire Straits et Alice Cooper chez Le Mot et le Reste, par exemple), n'y apparaissent que sous forme de citations. Certains ouvrages ont été pour moi primordiaux dans la compréhension des styles, des artistes solos ou des groupes que j'écoute. Je peux citer pour Frank Zappa, la trilogie de Christophe Delbourg (au Castor Astral) ou Economie Eskimo de Pacôme Thiellement (MF). Pour le blues, Alan Lomax et son Pays où naquit le blues (Les Fondeurs de Brique) et Les Voix du Mississippi de William Ferris aux éditions Papa Guédé (il est un peu tard maintenant, mais je continue à me convaincre que j'en ferai un jour une chronique).
  Il me semble important de vous faire part des circonstances, quitte à raconter ma vie, qui m'ont amené à lire l'ouvrage que je vous présente ici. Les horaires de travail qui ont régulé mon quotidien pendant cinq ans, m'ont empêché d'aller à la médiathèque de ma ville. Ayant perdu mon boulot, je m'y suis enfin inscrit en attendant de trouver autre chose. En furetant un peu dans le rayon des livres musicaux, j'ai été agréablement surpris de vois plusieurs publications de l'éditeur Camion Blanc. J'en ai d'ailleurs chroniqué quelques unes sur ce même blog, avec toujours la satisfaction d'avoir creusé au plus profond du sujet, que ce soit un groupe ou un mouvement musical.
  Camion Blanc est un éditeur qui s'est beaucoup spécialisé dans le Hard Rock et le Metal, abordant toutes leurs variantes. Mais depuis plusieurs années, ils ont publié beaucoup d'études, de biographies qui paraissent plus qu'intéressantes sur des styles musicaux très différents. J'avais déjà eu vent de Variations Jamaïcaines à sa sortie, et je m'étais comme souvent, que si j'avais le temps et l'opportunité de le lire, je ne m'en priverais pas.

  Le reggae étant un style que j'ai commencé à vraiment écouter depuis longtemps, j'avais à cœur, comme avec le jazz et le blues, d'en apprendre plus. Il ne me suffisait pas d'écouter superficiellement le plus de groupes ou chanteurs possible, connus ou moins connus. Je ne voulais pas d'un survol, résumé ne me rappelant que l'essentiel, souvent la meilleure façon de se conforter dans les clichés. Je voulais quelque chose qui m'explique en profondeur d'où vient cette musique. Un livre qui me dirait les différences entre le ska, le rocksteady et le reggae, qui me définissent certains mots-clé et qui me donne des indications historiques poussées. Il me fallait un livre comme Variations Jamaïcaines.
  Il s'agit, oui, d'un livre musical. Mais Jérémie Kroubo Dagnini creuse aussi profond qu'il l'a pu pour nous démontrer à quel point le reggae puise ses sources dans l'histoire même de la Jamaïque, à travers toutes ses mutations qu'elles soient sociales, religieuses et bien sûr musicales.
  On y apprend que les premiers habitants jamaïcains étaient les Taïnos, l'une des nombreuses tribus amérindiennes décimées par l'arrivée de Christophe Colomb et des Espagnols. Que l'esclavage et ses mouvements massifs vers l'Amérique ont amené sur l'île la musique traditionnelle africaine. Qu'au début du XXème siècle elle a fusionné avec les cultures européennes colonisatrices et caribéennes (cubaine et costaricaines notamment) pour donner naissance au mento, lui aussi s'amalgamant au fil des décennies avec les musiques nouvelles. Que les troubles politiques et les tensions sociales ont définitivement façonné un univers musical subversif, unique et innovant.
  J. K. Dagnini m'a beaucoup éclairé donc sur les musiques qui ont apparu avant le reggae. Elles y sont liées, mais elles ont leurs propres particularités: le ska est associé à l'indépendance de la Jamaïque, enjouée mais aussi violente quand on apprend la façon dont le sound system s'est développé dans un cadre politique et social difficile. Le rocksteady quant à lui est très influencé par le rhythm and blues et la soul venus des États-Unis (une des conséquences de l'interventionnisme américain sur l'île).
  Pour le reggae lui-même et le mouvement rastafari, je suis heureux d'en avoir enfin appréhendé les racines politiques et mystiques, d'avoir pu nouer tous ces bouts de ficelles qu'un intérêt superficiel a pu me donner sans pour autant m'en expliquer la véritable profondeur. Les passages consacrés à Marcus Garvey et Haïlé Selassié Ier (de son vrai nom Ras Täfäri Mäkonnen), couronné roi d’Éthiopie en 1930 sont d'autant plus intéressants que ces deux hommes n'ont jamais reconnu ou accepté le mouvement rasta qui les glorifie.
  Sans cet ouvrage, je n'aurais pas su quelle influence ont eu des prêcheurs de rue comme Leonard Percival Howell et son Pinnacle ou que le mouvement rasta se divisait en au moins trois branches, ou confréries (l'ordre de Nyabinghi,  ou bobshantis et les Douze Tribus d'Israël) qui malgré des points communs possèdent chacune leurs spécificités. Par exemple, l'ordre de Nyabinghi, la plus ancienne et la plus traditionnelle d'entre elles, n'a pas de véritable hiérarchie, la EABIC (The Ethiopia Africa Black International Congress), ou boboshantis, interdit d'écouter de la musique, reggae compris, et Les Douze Tribus d'Israël ne reconnaît pas Haïlié Sélassié Ier comme Dieu lui-même mais comme son représentant sur terre.
  Pas loin de 90 pages sont consacrées à au Wailers, Bunny Livingston, Peter Tosh et bien sûr Bob Marley. Je me souviens du moment où j'ai écouter le premier disque du coffret Songs of Freedom. Ces titres étaient tellement différents de ceux que la radio se limitait à passer. Et pour cause, c'est qu'ils manifestaient non seulement l'évolution musicale de Bob Marley et de ses acolytes mais aussi plus largement celle de la Jamaïque elle-même. Des premiers enregistrements en 1962 via leur magique collaboration avec The Upsetter, Lee "Scratch" Perry (une des nombreuses figures paternels de Bob Marley qui a grandi sans père)... jusqu'à la consécration mondiale (non sans ajouter des éléments occidentaux pour faire passer encore mieux le côté roots ni oublier quelques tensions entre les membres du groupe qui mèneront au départs de Tosh et Livinston) avec Chris Blackwell, créateur d'Island Records. Durant ces années, le succès fameux The Harder They Come (avec Jimmy Cliff dans le rôle principale) de Perry Henzell résonna avec les tensions politiques (la tentative d'assassinat sur Bob Marley du 3 décembre 1976 est abordée) et la montée de Michael Manley en tant que défenseur des rastas.
  La désillusion et le vide que créa la disparition d'une icône aussi charismatique que Bob Marley en 1981 correspond également à un retour au capitalisme et à l'apparition d'un autre style musical moins subversif politiquement parlant: le dancehall. L'aspect digital étant et électronique déjà présent dans le dub, la dub poetry et le toasting (abordés également), l'auteur s'arrête sur les particularités plus polémiques (sexe, violence, homophobie) du dancehall non sans en apporter des explications très approfondies. Une mouvance qui se verra "contrecarrée" par un "revival roots" (tout en gardant une rythmique dancehall) amorcé fin des années 1980 et confirmée dans la décennie suivante (avec une influence très prononcée de la branche boboshanti, très traditionnelle).
  Une dernière partie est consacrée entièrement à l'influence de la musique jamaïcaine en dehors de ses frontières, que ce soit:
  -en Angleterre où une sympathie s'est établie entre le punk et le reggae et le phénomène skinhead avec la cassure entre les traditionnels multiculturels, ouverts et friands de musique noire et les néonazis, appelés aussi bonehead, récupérés par le Front national.
  -en France les expérimentations de Serge Gainsbourg et Bernard Lavilliers, ainsi que l'underground d'où sont sortis Princesse Erika et Tonton David,
  -aux États-Unis avec notamment Clive Campbell alias Kool DJ Herc et l'influence du sound system jamaïcain sur la naissance du hip-hop au sens large
  -En Afrique, avec pour exemples Côte d'Ivoire (Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly) et l'Afrique du Sud (Lucky Dube).
  -en Amérique Latine avec la naissance du samba-reggae et du reggaeton ("mélange de dancehall, de rap et de rythmes musicaux d'Amérique Centrale").
  -en Océanie (Nouvelle-Zélande et Nouvelle Caladonie).
  -et en Asie, même si ça reste très limité au Japon.

  Jérémie Kroubo Dagnini le dit lui-même dans ces Remerciements, son livre "[résulte] de [sa] thèse de doctorat." On a donc un travail cadré, académique, avec ses obligations et ses restreintes, qui est rigoureusement structuré. Aussi passionné et passionnant soit-il, l'auteur se doit une certaine distance explicative, une froideur assumée. Ce n'est pas un reproche, au contraire, cette approche est peut-être conseillée à quelqu'un de totalement profane mais dont l'intérêt pour le reggae, ses tenants et ses aboutissants, a déjà été sérieusement amorcé. Ceci dit j'ai découvert tardivement que du même auteur, et chez le même éditeur, il a été publié en 2013 Les Origines du Reggae - Mento, ska, rocksteady et early reggae. Peut-être J.K. Dagnini y prend-il un ton plus personnel, subjectif. Je n'ai personnellement pas l'opportunité d'y jeter un coup d’œil, mais au vu de la crédibilité et de l'intérêt qu'il a suscité chez moi avec son premier livre, je ne déconseillerait à personne de s'y intéresser.

  Mais mon article ne se termine pas là. Parmi les 130 pages d'annexes, en cherchant bien dans la bibliographie on trouve une référence qui est très peu, voire pas du tout citée dans le texte ou en note de bas de page. Il s'agit d'un second ouvrage sur le sujet qu'une autre visite à la médiathèque, quelques semaines après avoir commencé Vibrations Jamaïcaines, a porté mes pas: Bass Culture - Quand le Reggae était Roi de Lloyd Bradley. Bien que chronologiquement antérieur à celui de J. K. Dagnigni, ce pavé tout aussi imposant édité chez Allia, est probablement le genre de titre idéal pour approfondir encore plus ce que Vibrations Jamaïcaines se tâchait d'expliquer.

  Rien qu'en voyant les deux titres, on comprend la différence de perspective. Le premier, clairement neutre rentre, comme je l'ai dit dans un cadre universitaire, il efface déjà toute trace de subjectivité. Le second s'affiche déjà comme plus personnel car il emprunte le titre d'un morceau de Linton Kwesi Johnson, l'un des personnages emblématique de la dub poetry jamaïcaine. Le sous-titre, Quand le Reggae était Roi, se teinte d'une nostalgie presque palpable. Et, de plus, il ne se prive jamais d'employer un ton parfois très familier, dont le traducteur Manuel Rabasse (que les fans de rock et de metal connaissent s'ils lisent la presse spécialisée) rend très bien compte.
  Mais je me dois d'écrire quelques mots sur Lloyd Bradley. Né à Londres en 1955, d'origine jamaïcaine, il est considéré comme l'un des spécialistes de la musique de cette île et a contribué à de nombreux prestigieux magazines musicaux (NME, Black Music Magazine...) ou non. Il a fréquenté les sound-systems londoniens très jeune et en a même possédé un à partir de la fin des années 60.

  Il n'est donc pas étonnant de commencer le livre avec une exploration en détail de cette culture de sound-system qui a vu le jour en Jamaïque. Je ne sais pas comment j'aurais appréhendé ce début sans avoir lu précédemment Vibrations Jamaïcaines, car on y entre en immersion totale sans préparation adéquate à tout profane. Le simple terme de sound-system ne m'était familier que depuis... ma lecture de l'ouvrage de J.K. Dagnini. Beaucoup de choses ont été abordées par ce dernier, de façon déjà très détaillée. Mais Bradley rentre encore plus dans l'ambiance jamaïcaine, d'une façon beaucoup plus fouillée.
  On retrouve les mêmes noms comme les premiers propriétaires de sound-systems (Tom the Great Sebastian, King Edwards...), de cette époque où les sound-clashes, compétitions dont dépendait le prestige, "se déroulaient généralement dans un bon esprit" et où "il y avait peu de véritable violence". Et puis arrivent  Clement Dodd et Duke Reid, et leur rivalité très dure, à laquelle s'est greffé Prince Buster (qui a écrit l'avant-propos et dont le témoignage direct ajoute beaucoup), ancien employé de Dodd, malgré tous les risques que cette décision impliquaient.
  L'industrie musicale et discographique très rudimentaire de la Jamaïque est richement développée, des concours de chants où les ados imitaient les chanteurs de rhythm & blues américains jusqu'à la création d'un marché local, autonome et unique dans sa façon de procéder. Tout ça contribuant, mine de rien, sans en avoir véritablement conscience à un mouvement d'indépendance musicale, indéniablement lié à des causes socio-politiques. On notera entre autres l'influence d'Edward Seaga sur le plan musical avant qu'il ne se lance en politique.
  Prince Buster aurait eu le premier l'idée d'intégrer les percussions traditionnelles du rasta Count Ossie dans ces les enregistrements destinés à ses soirées. Lloyd Bradley se sert de ces prémices d'un retour aux sources comme transition. Alors que Dagnini évoque tout de manière linéaire, chronologique, Bradley, tout en restant structuré, emmène son lecteur dans un labyrinthe dont le but n'est pas d'en sortir mais d'en explorer le moindre recoin. C'est ainsi qu'il évoque la genèse et le fondement du mouvement rastafari. Une fois encore les bases posées par l'ouvrage de Dagnini m'ont permises d'appréhender l'importance de l'Ethiopie et de Marcus Garvey. Car Lloyd Bradley n'hésite pas à être foisonnant au point qu'il faut avoir acquis une familiarité solide du sujet pour le suivre pleinement. Là où J.K. Dagnini explique pour un public qu'il ne veut pas perdre, Bradley s'adresse à un public déjà connaisseur et se permet donc d'être plus pointu sans se référer à des références externes (obligation pour Dagnini dans le cadre qu'il s'est imposé). Je prendrai pour exemple le cas de Leonard P. Howell et son Pinnacle: Vibrations Jamaïcaines y consacre une partie déjà très détaillée, mais Bass Culture complète le tableau avec des précisions comme autant de petites touches colorées subtiles.
  Sont aussi abordées les relations entre les sound-systems et la radio, la création de Studio One par Clement Dodd et la contribution d'une richesse indéniable des Skatellites (dont Don Drummond et sa tragique destinée). Ou encore l'émergence d'une véritable industrie du disque en Jamaïque avec Chris Blackwell ou l'association de Leslie Kong et Jimmy Cliff qui débouchera sur la création du label Beverley et sur une rivalité farouche entre Prince Buster et Derrick Morgan, par 45 tours interposés.
  Et cela mène d'ailleurs vers toute une partie consacrée aux relations entre la Jamaïque et le Royaume-Uni que cela soit au niveau de l'immigration massive (non sans provoquer une franche xénophobie)  autant qu'à celui d'une collaboration, d'un échange de disques à partir du début des années 60. Étant lui-même britannique, Bradley légitimement explore cette genèse d'une exportation de la musique jamaïcaine est anglais lui-même, notamment par le biais du phénomène sound-system (exporté avec quelques différences) et de la création de labels spécialisés.
  Les propos que cite Bradley sont exclusivement ceux d'acteurs directs de cette aventure musicale jamaïcaino-britannique (musiciens, producteurs, etc.). Même si l'aspect de cette relation entre les deux pays est très développée (la relation entre le punk et le reggae en est un parfait exemple), on retrouve beaucoup de sujets, parfois plus ou moins détaillé,s que ceux abordés par Dagnini (toute la genèse historico-musicale à partir de l'ère esclavagiste est totalement absente pour Bass Culture). Souvent, comme c'est le cas pour Bob Marley, Bradley, au lieu de consacrer un long passage à un sujet, le distille au fil des chapitres, suivant les passerelles, les liens qui apparaissent entre deux sujets.

  Il m'a fallu deux bons mois pour lire et digérer toute la masse d'information offerte par ces deux ouvrages de référence. Cet article, déjà très long, ne peut bien sûr pas tout à fait refléter tout ce qui peut être dit sur le sujet (vous pourrez toutefois tomber sur les nombreux extraits que je distillerai dans la catégories "Citations" du blog). En voyant les réactions indifférentes à chaque tentative de dialogue, j'ai réalisé à quel point le reggae et la musique jamaïcaine au sens large restent encore aux yeux du grand public sous-estimée, comme une simple note de bas de page. Je n'apprend rien à ceux qui ont jeté un œil plus que curieux sur le sujet avant moi. Mais je conseille très chaudement aux autres qui comme moi ne s'intéressaient qu'à l'aspect strictement musical de se procurer ces livres (j'inclus Les Origines du Reggae - Mento, ska, rocksteady et early reggae de Dagnini). Non seulement ils approfondissent et complètent votre parcours musical, si vous avez à cœur de rester éclectique et de découvrir des choses que vous ne soupçonniez même pas, mais ils permettent également de sortir des clichés, cette boue confortable qui donne une vision erronée de n'importe quel sujet. Même s'il existe beaucoup d'autres chemins, ce sont ces deux ouvrages qui m'ont permis, dans des circonstances purement personnelles, d'apprendre plus que l'essentiel. J'espère que cet article persuadera un minimum de personnes à faire la démarche d'aller plus loin que ce qu'elle connaissent de la culture jamaïcaine. Cette plongée en Jamaïque par procuration ne fait pas de moi un spécialiste, mais il est toujours gratifiant d'intégrer une pièce spécifique du patrimoine mondial à sa culture générale.

Vibrations Jamaïcaines - L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Jérémie Kroubo Dagnini, Camion Blanc, 2011/Bass Culture - Quand le Reggae était Roi, Lloyd Bradley, Allia. Traduit de l'anglais par Manuel Rabasse.
Les premiers temps, je ne suis sorti que lorsque j'étais certain que nul ne me dérangerait dans mon existence. Mon existence consistait à ne pas être là. [...] En étant absent, j'avais transgressé la règle qui dit que l'on est là et que, lorsqu'on est là, on doit faire, on doit atteindre quelque chose.

La Cravate, Milena Michiko Flasar, Edition de l'Olivier. Traduit de l'allemand (Autriche) par Olivier Mannoni.

mardi 27 décembre 2016

Worthington/Warrington - 5ème Partie (Tomes 12-14)

Tome 12 - The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout:

  Le chauffeur britannique fait très rapidement une apparition au Chapitre 3, alors qu'il doit amener Jupiter/Hannibal, Pete et Bob rendre visite à Alfred Hitchcock:

  "The next morning, the instant they had finished breakfast, Pete and Bob hurried to the salvage yard. Jupiter was already waiting there with Worthington and the gold-plated Rolls-Royce the bots had originally won the use of in a contest solved by Jupiter.
  "We'll go to Mr Hitchcock's studio first, Worthington," Jupiter instructed as the boys clambered into the big car.
  "Very good, Master Jones," Worthington acknowledged. Despite their now firm friendship, the elegant chauffeur insisted on being properly correct.

  "Le jour suivant, sitôt après leur petit déjeuner, Peter et Bob se hâtèrent d'aller rejoindre Hannibal au Paradis de la Brocante. Leur ami les attendait déjà, avec Warrington et la Rolls-Royce plaquée or qui était restée à la disposition des Trois Détectives à la suite d'un concours dont Hannibal avait gagné le premier prix.
  "Warrington, dit Hannibal au chauffeur tandis que les garçons prenaient place dans l'imposant véhicule, nous allons voir M. Hitchcock aux studios.
  -Très bien monsieur Jones."
  En dépit des liens amicaux qui s'étaient noués entre eux, l'impeccable chauffeur anglais restait d'une correction parfaite."

  J'ai omis la suite de cet extrait, car je les ai déjà utilisées et commentées dans l'article principal, lorsqu'il était question de la continuité.

  Dans ce même Chapitre 3, nos trois héros doivent aller, sous les conseils d'Hitchcock, voir un certain Wilton J. Meeker, spécialiste des langues Amérindiennes. Worthington/Warrington est utile pour l'aller, mais comme le professeur Meeker habite "à deux pas de l'entrepôt des Jones" ("only a few blocks from The Jones Salvage Yard"), il n'ont pas besoin de lui pour le retour:

  "Jupiter instructed Worthington to take them to the professor's house and then return the Rolls-royce to the agency. They could easily walk home."

  "Hannibal dit à Warrington de les conduire chez M. Meeker, puis de regagner avec la Rolls l'agence qui l'employait: ils pourraient rentrer à pied."

  A la fin du Chapitre 14, alors que Pete et Bob, suites à quelques péripéties, ne donnent mystérieusement pas de nouvelles, Jupiter/Hannibal s'inquiète et son plan d'action intègre Worthington/Warrington:

  "He picked up the telephone to call the Rent-'n-Ride Auto Rental Company. If he found a sign from Bob and Pete, he might want to be able to move quickly."

  "Il décrocha le téléphone pour appeler l'agence de location de voitures où travaillait Warrington. S'il trouvait une piste conduisant à Bob et à Peter, sans doute aurait-il besoin de se déplacer rapidement. La Rolls lui serait utile!"

  C'est donc au Chapitre 15 que le chauffeur est de nouveau présent. Il accompagne Jupiter/Hannibal dans ses recherches tout au long du chapitre, je ne peux donc pas recopier autant de matériel. Je me contente du passage qui est illustré dans la version française. Ce qui nous donne l'occasion de voir une version illustrée différente du personnage car il s'agit dans ce tome (leur seule et unique contribution) des coups de crayons des frères Paul et Gaétan Brizzi :

Paul & Gaétan Brizzi, 1983.
"Worthington continued on, and the big car slid silently to a stop at the front door. Jupiter was out like shot, with Worthington striding up the path behind him. The front door was open. Jupiter raced inside and stood listening.
  "Do you hear anything, Worthington?"
  "No, Master Jones. What are you looking for?"
  "Bob and Pete," the First Investigator replied. "Some sign from them, probably in chalk, or some clue that shows they were in here."
  "You feel that they may be in some difficulty?"
  "I don't know," Jupiter admitted. "The Chief thinks they're off somewhere on their own, and maybe he's right, but I'm sure they would have left some sign in that case."
  "I agree," Worthington said quietly.
  "Chief Reynolds and his men searched the upper floors, but they might not have noticed a chalked sign. You go and look upstairs, Worthington, and I'll look out in the street again."
  "Very good, Master Jones."

  "Warrington continua donc à rouler jusqu'à la grande maison gothique. Il s'arrêta en douceur devant. Hannibal sauta à terre et courut à la porte d'entrée, suivi du flegmatique Anglais qui marchait à grandes enjambées. La porte était ouverte. Hannibal se précipita à l'intérieur puis s'immobilisa, écoutant de toutes ses oreilles.
  "Vous n'entendez rien, Warrington?
  -Rien du tout, monsieur Jones. Que cherchons-nous au juste?
  -Bob et Peter!... Du moins quelque signe de leur passage ici... une marque tracée à la craie ou un indice quelconque nous permettant de deviner où ils sont allés.
  -Vous craignez qu'ils ne soient en difficulté?
  -Hélas! oui, répondit Hannibal. Le chef de la police pense qu'ils sont sur une piste... qu'ils sont partis je ne sais où, de leur plein gré. Peut-être a-t-il raison. Pourtant, s'il en était ainsi, je suis sûr qu'ils auraient laissé derrière eux une indication me permettant de les rejoindre.
  -Je suis de votre avis, déclara Warrington calmement.
  -Le chef Reynolds et ses hommes ont exploré les étages supérieurs, mais une simple marque à la craie aura pu leur échapper. Voulez-vous monter, Warrington, et jeter un coup d’œil dans toutes les pièces? Pendant ce temps, j'inspecterai de nouveau la rue.
  -Entendu, monsieur Jones."

  Les frères Brizzi redessinent le chauffeur britannique dans le Chapitre 17. Mais pas seulement. Jupiter/Hannibal faisant appel au Chef Reynolds, le père de Bob, très inquiet de la disparition de son fils, est lui aussi sollicité dans cette aventure. Je rappelle au passage que, comme il l'a été établi dans The Mystery of the Green Ghost/Le Chinois qui verdissait, M. Andrews/Andy et le Chef Reynolds se connaissent très bien. Ce qui donne l'opportunité à Paul et Gaétan Brizzi de rassembler ces trois personnages secondaires dans une même illustration:

Paul & Gaétan Brizzi, 1983.
  "Perhaps we ought to take the Rolls-Royce, sir," Jupiter suggested. "Mr Harris doesn't know we use
it, and he might try to escape if he sees a police car."
  "A good idea, Jupiter. I'll have my men come along behind in the police car."
  The chief ordered four men into the police car and instructed them to follow the Rolls-Royce but not too closely. Then Worthington drove Jupiter and the Chief to Bob's house. Mr Andrews hurried out and climbed in.
  "What's happening, Chief? he asked in a worried voice. "Have you located Bob and Pete?"
  "Not yet, Mr Andrews, but we will," Chief Reynolds said.

  "Si nous prenions la Rolls-Royce, monsieur? proposa le chef des Détectives. M. Harris ne la connaît pas et il pourrait tenter de prendre la fuite à la vue d'une voiture de police.
  -Excellente idée, Hannibal. Mes hommes nous suivront à distance dans une de nos voitures."
  Le chef donna ordre à quatre policiers de suivre la Rolls dans une voiture officielle, mais pas de trop près. Puis il monta lui-même dans la superbe auto plaquée or, à côté d'Hannibal. Warrington les conduisit à la maison de Bob. M. Andy, qui les guettait, sortit en coup de vent et monta à son tour.
  "Quoi de neuf, chef? demanda-t-il d'une voix angoissée. Savez-vous enfin où se trouvent mon fils et Peter?
  -Pas encore, mais cela ne saurait tarder, rassurez-vous."

  Ce trio de personnages secondaires a le droit à deux autres illustrations de la part de Paul et Gaétan Brizzi. Tout d'abord dans le même Chapitre 17, puis dans le Chapitre 19. Comme une série d'articles est consacrée respectivement à chacun des trois, et après réflexion, j'ai décidé d'intégrer l'illustration entière en fonction du personnage y dominant. Au-dessus, même si Worthington/Warrington ne parle pas, c'est lui que l'on voit au premier plan. Il passe au second plan, ou plutôt il n'est plus au volant dans les deux autres illustrations.
  C'est la raison pour laquelle, je ne vous livre ici que les détails du personnage. Au chapitre 17, le chauffeur est très en retrait au milieu d'un escalier et au Chapitre 19, il figure de dos, comme tous les personnages, au pied d'un à-pic se lequel se trouve une cabane.

Paul & Gaétan Brizzi (détail), 1983.
Paul & Gaétan Brizzi (détail), 1983.





















  Les lignes du texte correspondantes seront utilisées dans d'autres articles. Tout comme les illustrations dans leur entièreté. Avec une souci de parité, il y aura une illustration intégrale pour chacun des trois personnages. La seconde du Chapitre 17, figurera dans la série consacrée au Chief Reynolds et celle du Chapitre 19 dans celle consacrée à Mr Andrews/Andy, le père de Bob (même s'il n'y domine pas vraiment).
  Pour la suite et fin du roman, le chauffeur britannique à part conduire, émettre quelques brèves répliques et disposer de son aide d'une façon ou d'une autre, ne bénéficie pas d'autres apparitions indispensables pour être intégrées ici.
 
   Tome 13 - The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil:

  Dans le tome 13, sous la plume de William Arden, le britannique n'est pas sollicité par les Trois Jeunes détectives, je crois même qu'il n'y a aucune allusion au personnage.

 Tome 14 - The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait:

  Avant de passer en revue les apparitions du chauffeur dans ce quatorzième tome, je précise que la version française a été publiée en 1973. C'est donc encore Jacques Poirier qui officiait aux illustrations.
  Dans cette première contribution de Nick West pour la série en tant qu'auteur, il est question de Worthington/Warrington et de sa Rolls une première fois au Chapitre 10. L'aspect parodique/"clin d’œil aux lecteurs de la première heure" sur lequel je me suis penché dans l'article principale transparait dans un dialogue entre Pete et Bob (j'omets une fois de plus la précision concernant l'arrangement entre l'agence de location et August August):

  "[...] Pete looked out of the window of the smooth-riding, gold plated, luxuriously appointed old car. It purred almost silently along the Pacific Coast Highway heading for the outskirts of Seaside. Worthington, the tall and polite English chauffeur, was at the wheel, driving with his usual skill.
  "Sometimes I wish you'd never won the use of this car in that contest, Jupe," Pete complained. "When I think of all the trouble it's got us into."
  "Out of, too, Pete," Bob reminded him. "And when our first thirty days' use of it was up, you weren't too happy about it, either, as I recall." [...]
  Pete leaned back against the leather upholstery and smiled. "I've got to admit this beats riding in the truck, not to mention walking."
  Jupiter had given the directions needed to get them off the driveway and on to the narrow ridge road overlooking the beach at Seaside. Now he leaned forward and tapped the chauffer's shoulder.
  "This will do fine, Worthington," he said. "Wait for us here."
  "Very good, Master Jones," the chauffeur replied."

Jacques Poirier, 1973.
  "[...] Peter regardait par la portière de la vieille mais luxueuse voiture de louage. Cétait une Rolls plaquée or, dont le moteur s'entendait à peine tandis qu'elle se dirigeait vers Seaside. Warrington, le grand et courtois chauffeur anglais, conduisait avec son habileté coutumière.
  "Quelquefois, soupira Peter, je regrette que tu aies gagné, dans un concours, le droit d'utiliser cette voiture, Babal! Elle est en train de nous emporter vers une aventure qui ne me dit rien qui vaille!
  -Tu oublies, lui rappela Bob, qu'Hannibal n'avait gagné le droit d'user de la Rolls que pour une durée d'un mois et que, ce délai expiré, nous étions tous navrés." [...]
  Peter se rejeta sur les coussins de cuir et sourit.
  "Je dois avouer, dit-il, que la Rolls est plus confortable que la camionnette de ton oncle, Babal"
  Hannibal avait prié Warrington de les déposer sur le chemin de la falaise, qui dominait la plage de Seaside. Arrivé là, il remercia le chauffeur.
  "Il ne vous reste plus qu'à nous attendre patiemment, Warrington.
  -A votre service!" répondit l'Anglais en souriant."

  Et comme la réplique de Bob le préfigure (uniquement dans le texte original, car Claude Voilier ne traduit pas "Out of, too, Pete"), le luxueux véhicule devient un bien pratique échappatoire au danger auxquels nos amis sont confrontés (Chapitre 12):

  "[...] Worthington was up there, they knew, and the powerful Rolls-Royce that could whisk them to safety. Behind them was the roaring creature that had come out of the sea, and was angrily looking for them.
  They were halfway up and still there was nothing behind to snatch at them with cruel jaws and hot steaming breath. Then they were on the top, panting and gasping for breath.
  Ahead of them, far in the distance, were the twinkling lights of Los Angeles. And parked down the street, was the waiting car with Worthington at the wheel.
  They raced to the big, sleek Rolls-Rolls, its metal parts and golden handles gleaming in the moonlight. The door was flung open, and they piled into the rear seat.
  "Worthington!" Jupiter panted. "Take us home."
  "Very good, Master Jones," the tall, dignified chauffeur replied, and the big car came purring to life. It picked up speed and began its long sweeping turn down to the Pacific Coast Highway, going faster and faster."

Jacques Poirier, 1973.
  "Ils savaient que Warrington était là-haut, sur le chemin de la falaise, à les attendre, et la Rolls-Royce leur apparaissait comme un havre de sécurité. Derrière eux, ils laissaient la terrifiante créature venue de l'océan et qui, sans doute, était à leur recherche.
  Quand ils se retrouvèrent enfin en haut des marches, ils furent obligés de faire une pause pour reprendre leur souffle. Là-bas, très loin, brillaient les lumières de Los Angeles. Au coin de la rue, la Rolls attendait, Warrington au volant. Les fugitifs coururent jusqu'à la voiture dont les poignées luisaient au clair de lune. Ils ouvrirent la portière à la volée et s'entassèrent sur le siège arrière.
  "Warrington! Vite, à la maison! dit Hannibal oppressé.
  -A votre service, monsieur Jones!" répondit le chauffeur.
  La voiture démarra et, longeant la côte, prit le chemin du retour."

  Une telle scène n'est pas surprenante, ni habituelle. Worthington/Warrington a déjà aidé les jeunes détectives. Ce qui est surprenant et inhabituel suit le dialogue entre le trio, plus perplexe qu'effrayé sur la réalité de la créature qui a semblé plus que réelle. Le chauffeur, toujours dans le Chapitre 12, s'immisce dans la conversation et se montre bien plus familier que d'habitude avec ses jeunes clients. C'est un  extrait assez long, je me suis donc permis quelques coupures:

  "Worthington turned his head, "I beg your pardon, young gentlemen, but I couldn't help overhearing. Do I understand you correctly, that you saw a dragon this evening? A real live one?"
  "We sure did, Worthington," Pete said. "[...] Did you ever see one?"
  The chauffeur shook his head. "No, I can't say that I've been that fortunate. But in Scotland, they had something equally terrifying that a few people were privileged to see. A long undulating sea serpent. It was called the Loch Ness monster and it still appears, I'm told, from time to time."
  "Did you ever see it, Worthington?" Jupe asked.
  "No, Master Jones," the chauffeur replied. "But when I was a lad, I travelled near the loch - as their lakes are called - and word would spread rapidly when it was sighted. I consider it one of the major disappointments of my life that I have never seen the Loch Ness monster. It was reputed to be at least a hundred feet long."
  "Mmmm." Jupiter thought about it. "And you've never seen a dragon, either, you said."
  "Not a real one," Worthington said, smiling. "Only the kind they use before the football game. [...] That annual New Year's pageant you people have near here in Pasadena. The big float of flowers. The Rose Bowl parade, I believe it's called."[...]
  Jupiter [...] was pinching his lower lip between his thumb and forefinger, always a sign he was in deep thought. He looked out of the window of the speeding car and continued to pinch his lip without replying.
  "When the Rolls-Royce reached the Jones Salvage Yard, Jupiter thanked Worthington and said he would call again the next time they needed transportation.
  "Very good, Master Jones," Worthington said. "I must say I enjoyed the assignment this evening. It's a welcome change from driving wealthy old ladies and well-to-do business men. Before parting, however, I hope you don't mind answering one question that comes to mind. About your dragon, if I may.
  "Sure, Worthington. What about it?"
  "Well, sir," the chauffeur said, "one might say you were privileged this evening to see a real live dragon, in the flesh, so to speak. At close quarters [...]," the chauffeur said, his usual reserved manner dissolved. "Then perhaps you gentlemen took notice. Is it true, as the legend would have it, that the monster breathes out smoke and fire?"
  Jupiter thought and shook his head slowly. "No, Worthington. This one didn't. At least, all we saw was the smoke."
  "Ah!" Worthington said. "A pity. I should have been most pleased if you had witnessed the total effect."

  "Warrington tourna la tête.
  "Excusez-moi, dit-il poliment, mais je n'ai pu moins faire que de vous entendre. Dois-je comprendre que vous avez réellement vu un dragon tout à l'heure? Un dragon bien vivant?
  -C'est la vérité même Warrington, répondit Peter. [...] Avez-vous jamais vu une de ces bêtes?"
  Le chauffeur secoua la tête:
  "Non, je n'ai jamais eu cette chance. En Écosse, il existe cependant un monstre terrifiant que certains ont eu le privilège d'apercevoir. C'est un long serpent de mer au corps ondulant. On l'appelle le monstre du Loch Ness ou, plus familièrement, Nessie. Il apparaît, affirme-t-on, de temps en temps.
  -L'avez-vous vu, Warrington? demanda Hannibal.
  -Non monsieur Jones. Mais dans ma jeunesse, j'ai travaillé au bord du Loch... c'est ainsi qu'on nomme un lac là-bas. Lorsqu'on apercevait le monstre, tout le monde était vite au courant. J'ai toujours regretté de n'avoir jamais assisté à l'une de ses apparitions. On raconte que Nessie mesure au moins trente mètres de long.
  -Hum! fit Hannibal songeur. Et vous dites n'avoir jamais vu de dragon non plus?
  -Pas de véritable en tout cas, répliqua Warrington en souriant. Uniquement seulement celui que l'on promène avant le match de football. [...] Au moment du défilé de nouvel an qui a lieu chaque année près d'ici, à Pasadena. Il y a des chars fleuris. Je crois que cela s'appelle la parade de "la coupe de la Rose". [...]
  Le chef des Détectives [...] semblait absorbé dans ses pensées. Il tiraillait sa lèvre inférieure entre le pouce et l'index ce qui était toujours chez lui signe d'intense réflexion.
  Une fois de retour au Paradis de la Brocante, les trois amis prirent congé de Warrington qui se déclara ravi de sa soirée et promit de répondre à leur prochain appel:
  "Vous transporter est toujours un plaisir, affirma l'aimable chauffeur. Cela me change des vieilles dames et des graves hommes d'affaires... Avant de vous quitter, puis-je vous poser une question?
  -Bien sûr, Warrington. De quoi s'agit-il?
  -Vous m'avez bien dit, messieurs, que vous aviez-vous ce soir un dragon en chair et en os? Et de tout près [...] Dans ce cas, messieurs, vous pourriez peut-être satisfaire ma curiosité. On prétend que ces animaux crachent des flammes et de la fumée? Avez-vous pu observer le phénomène?
  -Non, Warrington, répondit Hannibal. Celui-ci s'est contenté de nous souffler son haleine au visage.
  -Ah! soupira Warrington déçu. Comme c'est dommage! J'aurais tellement aimé que vous ayez observé ces intéressants détails!"

  Vous pouvez remarquer qu'il confie des éléments de son passé, met involontairement en route les méninges de Jupiter et manifeste même une curiosité exaltée, facette que l'on n'avait d'ici là jamais vue. Encore une fois, Claude Voilier ne traduit pas un élément important du texte original. "His usual reserved manner dissolved", c'est-à-dire "son habituel sens de la réserve s'évanouit". Ainsi, Nick West s'est permis d'apporter ces petites touches nouvelles au personnages.
Harry Kane, 1970.
  On aurait pu attendre d'un si long passage une illustration. On est bien plus chanceux par la suite, alors que le chauffeur fait de sporadiques apparitions au fil des chapitres suivants. Au Chapitre 14, il conduit les trois détectives aux studios d'Alfred Hitchcock pour visionner un film d'épouvante.

  "Promptly on time, transported by Worthington in the grand old Rolls-Royce, The Three Investigators arrived at the bengalow on the Holywood studio marked as Projection Room Four. Mr Hitchcock, seated at the rear with his secretary, nodded hello."

  "Les Trois Détectives eurent recours, cette fois encore, aux bons offices de Warrington. La Rolls-Royce les transporta rapidement jusqu'à Hollywood. Ils se firent déposer à la porte du bungalow étiqueté "salle de projection N°4". M. Hitchcock était déjà là, avec sa secrétaire."

  Après la projection, il les attend à l'extérieur et figure sur l'illustration d'Harry Kane dessus:

Jacques Poirier, 1973.
  "[Jupiter] had a lot of questions to ask the mystery director, but he saw Mr Hitchcock was busy and his secretary waiting to take notes. Insted, he thanked himj for providing the film.
  [...] [Alfred Hitchcock] ushered the boys out and they headed for the gleaming Rolls-Royce where Worthington waited.
  They settled back against the leather seats as the tall chauffeur drove slowly towards the gate"

  "Le Chef des Détectives aurait bien aimé poser des questions au célèbre producteur, mais celui-ci était pressé, c'était visible. Hannibal se contenta donc de le remercier. Puis, ses camarades et lui se hâtèrent de rejoindre Warrington qui les attendait au volant de la Rolls-Royce"

   Reconduits au Paradis de la Brocante, les détectives discutent du film et de leur rencontre passé avec le dragon, mais le chauffeur ne participe pas à la conversation. Par contre, Jacques Poirier nous offre deux illustrations. Au Chapitre 15, Worthington/Warrington n'intervient que dans le cadre de ses fonctions professionnelles:

  "The dignified voice of Worthington interrupted. "We're at the Jones Salvage Yard, Master Jones. Shall I wait?"
  Jupe nodded. "Yes, Worthington. Pete has to make a telephone call. Then hopefully we'll go to his house and pick up something. And tonight, we're going back to Seaside."
Jacques Poirier, 1973.
  "La voix de Warrington l'interrompit:
  "Nous sommes arrivés, monsieur Jones. Dois-je attendre?
  -S'il vous plait, Warrington. Peter a un coup de téléphone à donner. Si la réponse est celle que j'espère, nous passerons chez lui prendre quelque chose. Et ce soir, nous retournerons à Seaside."

  Au Chapitre 16, il sera encore mentionné par deux fois, mais ces lignes ne sont pas assez pertinentes pour être retranscrites ici. Il ne participera pas aux rebondissements finaux du roman. Toutefois, on a le droit à une petite vignette de Jacques Poirier à la fin d'un chapitre 19.
Jacques Poirier, 1973.
The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout, William Arden/The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait, Nick West. Traduit de l'américain par Claude Voilier.
 
  Pour plaire au grand nombre, la radio jouait la sécurité jusqu'à tutoyer l'insipide. Alors que la foule sortie du ghetto un samedi soir voulait danser jusqu'à l'épuisement. Aucun disc-jokey de sound-system digne de ce nom n'aurait frayé avec les chansons les plus diffusées par la radio jamaïcaine et seules les plus soul parmi celles-ci pouvaient trouver grâce à ses yeux: le rhythm'n'blues, le merengué ou le latin-jazz le plus enflammé; le mento le plus salace; les ballades les plus dramatiques. Naturellement, la radio jamaïcaine ne diffusait jamais les exclusivités des sound-systems, quelle qu'en soit la popularité. En ce temps-là, les ondes étaient la propriété d'un personnel issu des classes moyennes qui aspirait à la "dignité" et méprisait ouvertement tout ce qui était brutal - trop noir -, comme étant à la limite de la musique de sauvage. Plus crucial encore: si les sound-systems avaient diffusés les tubes, cela aurait signifié qu'ils possédaient tous les mêmes disques et où aurait été l'esprit sportif là-dedans? Il régnait dans le milieu du dancehall une concurrence furieuse et la différence entre un disc-jockey et ses adversaires résidait dans les disques qu'il passait, des disques dont les autres n'avaient jamais entendu parler et qu'il était le seul à posséder.

Bass Culture - Quand le Reggae était Roi, Lloyd Bradley, Allia. Traduit de l'anglais par Manuel Rabasse.

Mrs. et Mr. Andrews/Mme. et M. Andy, les parents de Bob - 3ème Partie (Tomes 7-11)

  Tome 7 - The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste:

  A mon grand regret, cette partie ne contient aucune illustration. 
  Dans The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste, on trouve pas moins de trois interactions entre Bob et l'un ou l'autre de ses parents, et même les deux à la fois. La première scène se déroule au Chapitre 7, et Mr Andrews/Andy donne une indication précieuse qui ne sera pas dévoilée tout de suite au lecteur:: 

  "[...] His mother was just getting dinner, and his father was reading and smoking his pipe. He greeted Bob.
  "Hi, son," he said. "Why so thoughtful? You look as if you were trying to solve some very large problem. Are you boys looking for another lost parrot or something like that?"
  "No, Dad," Bob said. "Right now we're looking for a missing bust of Augustus of Poland. Do you know who he was?"
  "I'm afraid I don't. But speaking of Augustus reminds me, this is August. Do you know how the month of August got its name?"
  Bob didn't. His father told him, and Bob jumped as if jabbed with a pin. He made a bee-line for the telephone and dialled The Jones Salvage Yard. Mathilda Jones answered and Bob asked for Jupiter.
  "I'm sorry, Bob," Mrs. Jones told him. "Jupiter and the others left half an hour ago in the light truck with Hans. They had to go to Malibu."
  "I'll be right over and wait for him!" Bob blurted out. "Thank you."
  He hung up, but before he could get out of the door, his mother's voice brought him back.
  "Robert! Dinner is ready. Now you come sit down and eat. Whatever harum-scarum project you're engaged in, it can wait until you've had dinner."
  Reluctantly Bob sat down. This was something Jupe had to know! But he supposed it could wait another hour."
 
  "[...] Sa mère achevait de préparer le repas. Son père lisait en fumant.
  "Alors, mon garçon! dit-il à son fils. Tu as l'air bien soucieux. Serais-tu encore en train de chercher la solution d'un de vos problèmes? Tes copains et toi, êtes-vous sur la piste d'un nouveau perroquet bégayeur ou quelque chose dans ce genre?
  -Non, papa, répondit Bob. Cette fois, il s'agit de retrouver un buste de plâtre représentant Auguste de Pologne. Toi qui est journaliste et sais une foule de choses, tu connais peut-être le personnage?
  -Ma foi non, je l'avoue. Mais tu me parles d'Auguste et cela me rappelle que nous sommes au mois d'août... Connais-tu l'origine de ce nom, mon garçon?"
  Bob l'ignorait. Son père le lui apprit. Alors, Bob sauta en l'air comme si quelqu'un l'avait piqué avec une aiguille. Il se rua sur le téléphone et forma le numéro du Paradis de la Brocante. La tante Mathilda répondit. Bob demanda à parler à Hannibal.
  "Navrée, Bob, mais Hannibal, Peter et Gus sont partis avec Hans et la camionnette voici environ une
demi-heure. Ils avaient à faire à Malibu.
  -Tant pis! J'arrive tout de suite, j'attendrai leur retour! Merci!"
  Bob raccrocha d'une main qui tremblait. L'émotion lui rouillait un peu les idées. Il s'apprêtait à la hâte quand la voix de sa mère le retint.
  "Robert! Le dîner est prêt. Veux-tu venir te mettre à table, s'il te plaît! Quelle que soit l'aventure dans laquelle tu t'es encore embarqué, elle attendra que tu aies mangé!"
  A contrecœur, Bob obéit. Mais il ne se sentait guère en appétit. Il y avait quelque chose que le détective en chef devait savoir au plus vite. Enfin!... puisque de toute façon il fallait attendre..."

  Dans la scène du Chapitre 9 n'est présente que Mrs Andrews/Andy. C'est une scène plutôt drôle où elle se permet quelques blagues que Bob ne semble pourtant pas apprécier (Claude Voilier insiste même sur ce point à la fin de cet extrait, quitte à substituer une phrase complètement différente du texte original). Ce caractère moqueur est conforme avec ce qu'on a déjà pu voir d'elle, notamment dans le tout premier chapitre de la série:
  "[...] He scrambled into his clothes, and went downstairs two steps at a time. He found his mother in the kitchen.
  "Hi, Mom!" he said. "Any messages from Jupiter?"
  "Now, let me think..." His mother put her finger to her chin and pretended to be in  deep thought. "There was one. Could it have been, "The cow jumped over the moon and the dish ran away with the spoon'?"
  Bob frowned. That wasn't part of the message code Jupiter had worked out. Then he saw his mother smiling and realized she was joking with him.
  "Aw, Mom!" he said. "What was it really?"
  "Now that I think harder," his mother told him, "it was 'Rustle and bustle, this is the score. Somebody's needed to mind the store.' Now honestly, Robert, couldn't you boys communicate in ordinary language?" Then she added, "No, I suppose it's more fun this way. I won't ask what it means, but something tells me you are all working on another one of your cases."
  "Yes, Mom," Bob said absent-mindedly as he sat down at the dinette table. [...]
  "Well, is that all you're going to say?" his mother asked [...]. ""Just 'yes, Mom'?"
  "Oh, excuse me," Bob said [...]. "I mean, yes, we're on a case. We're looking for a bust of a Roman emperor named Octavian that get sold by mistake. It belongs to an English boy named Gus and we're trying to locate it."
  "That's nice," his mother said." "Now eat all of your eggs, a bust isn't going to run away. That's one thing about statues, they stay put."
  Bob couldn't tell her that that was the trouble with this bust - it was very elusive."
 
  "[...] Il se dépêcha de faire sa toilette, s'habilla en toute hâte et descendit quatre à quatre. Il rejoignit sa mère à la cuisine.
  "'Jour,m'man! dit-il. Hannibal ne m'a envoyé aucun message?
  -Voyons... Laisse-moi fouiller dans ma mémoire..."
  Mme Andy se pinça le menton et fit mine de réfléchir.
  "Mais bien sûr! Où avais-je la tête! Hannibal a téléphoné, en effet! Son message était assez curieux. Que disait-il donc? Ah! oui... "Les vaches sautèrent par-dessus la lune et l'assiette s'est mise à rouler avec le tonnerre!"
  Bob, perplexe, fronça les sourcils. Ce message chiffré ne semblait pas avoir le moindre rapport avec le code employé par les Trois jeunes détectives entre eux! Soudain, Bob s'aperçut que sa mère souriait avec malice. Il comprit qu'elle le mystifiait.
  "Oh! maman! s'écria-t-il. Ne te moque pas de moi! Que disait véritablement le message de Babal?
  "Maintenant que j'y réfléchis bien, ce devait être: "Hâte-toi lentement, si tu m'en crois. La boutique ne pas se garder toute seule." Franchement, Robert, ne feriez-vous pas mieux, tes amis et toi, de communique d'une façon moins mystérieuse? Ne pourriez-vous pas vous exprimer comme tout le monde?... Enfin je suppose que ce serait moins amusant pour vous! Je ne te demanderai pas ce que signifient ces deux phrases sibyllines, mais je suppose qu'elles ont trait à un nouveau mystère que vous cherchez à éclaircir?
  -C'est vrai, maman", avoua Bob.
  L'air préoccupé, il s'assit à la table du petit-déjeuner. [...]
  "Tu n'es guère bavard, ce matin, mon petit Robert. Tu n'as donc rien d'autre à me dire que "C'est vrai maman"?
  "Oh! Je te prie de m'excuser, répliqua Bob [...] Je... eh bien, oui, nous cherchons à éclaircir un nouveau mystère. Nous essayons de retrouver le buste d'un empereur romain, Octave, qui a été vendu par erreur. Il appartient en réalité à un jeune Anglais prénommé Gus. Nous espérons le lui récupérer!
  -C'est très gentil de votre part, déclara Mme Andy, mais je ne vois guère de mystère dans tout cela. Allons, mange tranquillement tes œufs. Vous retrouverez ce buste. Les statues ne bougent pas en général. C'est une qualité qu'il faut leur reconnaître. Et un buste a encore moins de chance de se déplacer qu'une statue en pied!"
  Sur cette boutade, Mme Andy se mit à rire. Mais Bob n'était pas d'humeur à l'imiter..."

  Mr. Andrews/Andy revient brièvement dans le Chapitre 15:

  "[Bob] sat down at the dining-room table to jot down notes about the day's happenings before he forgot them. [...] It occurred to him that the name Dial Canyon was rather unusual. Of course, a name could be anything, but still -
  "Dad, did you ever hear of a place called Dial Canyon, north of Hollywood?" he asked. "It seems like an odd name."
  His father lowered the book he was reading.
  "Dial Canyon?" he repeated. "Hmmm, I seem to remember it, but I'm not sure. Let mre look it up."
  He went to the bookshelf for a large volume with maps of the whole area.
  "Dial Canyon - Dial Canyon," he repeated, turning the pages. "Let's see - yes, here it is. 'An isolated little canyon, hard to reach, north of Hollywood. Formerly known as Sundial Canyon because from a certain angle one of the peaks round it looks like the gnomon of a sundial.' A gnomon, Bob, is the uprightpart of the sundial that casts the shadow on the sundial itself. So that's how your Dial Canyon got its name. Formerly Sundial Canyon, and shortened to plain Dial Canyon by everyday usage."
  "Thanks, Dad," Bob said.

  "[...] Bob s'installa devant une table et entreprit de mettre noir sur blanc les événements de la journée. [...] Il songea brusquement que le nom de "Canon du Cadran" était assez étrange. Bien sûr, il existait des noms plus bizarres encore. Tout de même...
  "Papa! demanda-t-il tout haut. Connais-tu un endroit qui s'appelle canon du Cadran, au nord de Hollywood? Je trouve que c'est une appellation curieuse."
  M. Andy leva le nez de son livre.
  "Le canon du Cadran? répéta-t-il. Oui... je vois où il est. C'est une gorge étroite, assez isolée, difficile à atteindre. Autrefois, on l'appelait canon du Cadran solaire parce que, sous un certain angle, l'un des pics du coin ressemble beaucoup à l'aiguille d'un cadran solaire. C'est sans mystère, tu vois. Mais ce nom de "canon du Cadran solaire" était assez long à prononcer. A l'usage, on l'a donc écourté. Aujourd'hui on dit simplement "canon du Cadran."
  Bob remercia son père de l'explication."

Tome 8 - The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner:
Tome 9 - The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule:
Tome 10 - The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable:

  Ils sont totalement absents des tomes 8 et 9. Par contre, on trouve une minuscule allusion au Chapitre 2 de The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable:

  "Bob's parents and Jupiter's aunt and uncle had thought it a fine idea for the boys to have a chance to see a real ranch [...]."

  "Les parents de Bob, tout comme l'oncle et la tante d'Hannibal, avaient sauté sur l'occasion d'offrir aux jeunes gens la possibilité de connaître la vie dans un vrai ranch [...]"

Tome 11 - The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait:

  On a plus d'éléments dans The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait. Dans un premier temps, au Chapitre 3, Robert Arthur rappelle que le père de Bob est journaliste. Cependant, on remarque que dans l'extrait ci-dessous, le "they" désigne le trio alors que Claude Voilier isole Bob dans un but de soigner une continuité, non précisée par Arthur, en rappelant de façon indirecte que Bob se destine au même métier que son père. Elle ajoute par ailleurs son emploi à temps partiel à la bibliothèque de Rocky dans la suite de l'extrait:
 

  "They nodded. Bob's father was a newspaper man, so they knew..."

  "Bob répondit par un vigoureux hochement de tête. Son père était journaliste lui aussi et avait instruit son fils des choses de son métier."

  Puis dans un deuxième temps, les deux parents de Bob apparaissent pour une scène de dîner en famille au Chapitre 8:

  "[...] Bob went home early to see his father. Mr Andrews, a feature writer for a big Los Angeles newspaper, was often away in the evening, but tonight he would be home.
  "Well, Bob," his father remarked during dinner, "I saw your picture in the Hollywood paper, with the story of your friend Jupiter buying an old trunk at auction. Did you find anything interesting in it?"
  "We found a skull that was supposed to be able to talk," Bob answered. "It's name is Socrates."
  "A talking skull named Socrates!" his mother exclaimed. "Good gracious, what an idea! I hope it didn't talk to you."
  "No, Mom, it didn't talk to me," Bob said. [...] His father immediately remarked, with a smile, "Some simple trick of that magician it was supposed to have belonged to, of course - what was his name? Alexander?"
  "Gulliver," Bob corrected. "The Great Gulliver."
  "I imagine the man was a good ventriloquist," Mr Andrews said. "What is Jupiter doing with it? Not keeping it, I hope."
  "No, he sold it. Bob said. "To another magician who said he used to, know Mr Gulliver. A man who calls himself Maximilian the Mystic."
  "Maximilian the Mystic?" his father frowned. "We had a short news flash at the paper just before I left. He was hurt in a car accident this afternoon."

  "[...] Ce soir-là, en rentrant chez lui, Bob eut le plaisir d'y trouver son père. M. Andy, reporter attaché à un grand quotidien de Los Angeles, était souvent absent.
  "Alors, Bob, dit M. Andy au cours du repas. J'ai vu ta photo dans un journal d'Hollywood! On y racontait l'histoire de ton ami Hannibal qui s'est rendu acquéreur d'une malle, à une ventes aux enchères. Qu'avez-vous trouvé d'intéressant à l'intérieur?
  -Un crâne qui, partait-il, aurait la faculté de parler, répondit Bob. Il s'appelle Socrate!
  -Un crâne parlant appelé Socrate! s'écria Mme Andy. Eh bien, en voilà une invention! J'espère qu'il ne t'a pas fait de confidences?
  -Non maman, il ne m'a pas personnellement adressé la parole!"
  [...] Son père déclara:
  "Il doit simplement s'agir de quelque subterfuge utilisé par l'illusionniste à qui ce crâne appartenait. Comment s'appelait-il, au fait? Alexandre?
  -Gulliver! rectifia Bob. Le Grand Gulliver.
  -Je suppose que ce magicien était un excellent ventriloque, dit M. Andy. Qu'est-ce qu'Hannibal a l'intention de faire de ce crâne? Il ne va pas le garder, non?
  -Non, non! Il l'a vendu, explique Bob, à un autre magicien qui affirme avoir été très lié avec Gulliver. Il se fait appeler le mage Maximilien.
  -Le mage Maximilien? répéta M. Andy en fronçant les sourcils. Nous avons eu des nouvelles de lui au journal, juste au moment où je partais. Le pauvre diable a été victime d'un accident de voiture cet après-midi."

  Cette partie est suffisamment longue, je conclue donc ici. Toutefois je peux d'ors et déjà affirmer que ce ne sera pas la dernière.

The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste, The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait, Robert Arthur. The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable, William Arden. Traduit de l'américain^par Claude Voilier.
.
[...] Les Britanniques en particulier, marquèrent la société jamaïcaines de leur empreinte culturelle, ceci résultant évidemment du fait de leur position dominante en son sein. Parmi leurs nombreux apports culturels, notons la religion, la musique et la danse. En effet, le christianisme et le protestantisme ont contribué de manière significative à la construction spirituelle de la Jamaïque. De même, la musique religieuse occidentale, la musique classique, le quadrille, la valse, la polka et des instruments de musique européens tels que le violon, le piccolo, la clarinette ou la guitare européenne ont joué un rôle non négligeable dans la construction culturelle et musicale jamaïcaine. Norman Stolzoff précise d'ailleurs à ce sujet:

  Il est probable que le premier contact des esclaves avec le quadrille et les autres danses de salon européennes eut lieu pendant que des servants observaient leurs maîtres lors des bals qu'organisaient les planteurs. Ces circonstances auraient donné l'opportunité aux esclaves d'examiner en détails les gestes de leurs maîtres. [...] Ces derniers initièrent progressivement leurs esclaves aux instruments européens. [...] Ainsi, des esclaves musiciens commencèrent à recréer ce qu'ils entendaient et voyaient pour amuser leurs maîtres -- et surtout, je pense, qu'ils commencèrent à jouer des versions créolisées de ces musiques de salon pour leurs camarades.*

  A propos de cette anecdote relatant l'histoire des maîtres qui s'amusaient de leurs esclaves ne maîtrisant pas leurs activités socioculturelles, il est important de remarquer que les esclaves poussaient sciemment leurs interprétations au ridicule, pour en réalité tourner leurs maîtres en dérision. Une réaction puisant sa source dans la tradition satirique africaine évoquée plus tôt et évoquant elle aussi les prémices du caractère de résistance intrinsèque des musiques populaires jamaïcaines.

*Norman C. Stolzoff,  Wake the Town and Tell the People: Dancehall Culture in Jamaica (Durham et Londres: Duke University Press, 2000) 25.

Vibrations Jamaïcaines - L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Jérémie Kroubo Dagnini, Camion Blanc.

jeudi 22 décembre 2016

The Ghost-to-Ghost Hookup/Le Relais Fantôme ou Le Grand Appel - 2ème Partie (Tomes 4-17)

  Tome 4 - The Mystery of the Green Ghost/Le Chinois qui verdissait:
Tome 5 - The Mystery of the Vanishing Treasure/L'Arc-en-ciel a pris la fuite:
Tome 6 - The Secret of Skeleton Island/Le Spectre des Chevaux de bois:
Tome 7 - The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste:

  La dernière fois que les Trois Jeunes Détectives ont usé de ce stratagème remonte à The Mystery of the Whispering Mummy/La Momie qui chuchotait, le troisième volet de la série. Il faut attendre le septième pour en voir le retour. Les Trois jeunes Détectives y font l'acquisition de bustes en plâtre qu'ils déposent au Paradis de la Brocante. Ils en découvrent plus tard l'importance et la vente d'un buste en particulier implique certaines mesures. C'est Bob qui lance l'idée du Ghost-to-Ghost Hookup au Chapitre 5:

  "I've got it!" Bob yelled. We can try a Ghost-to-Ghost Hookup!"
  "Ghost-to-Ghost Hookup?" Gus blinked in bewilderment. "Do you have direct contact with the other world for information?"
  "Not quite." Bob grinned. "But it's almost as good. Tell me, who notices things most in any neighbourhood? I mean, things like strangers hanging around, a new car in some family, anything unusual."
  "Why-" Gus thought for a moment - "I don't know."
  "Kids, of course," Pete put in. "Nobody notices kids hanging around, but nothing that happens gets by them. If someone has a new cat or dog, or someone hurts himself, or almost anything else, some kid in the neighbourhood is bound to know about it."
  "The only problem,"Bob went on, "is to get in touch with enough boys and girls all over the city to find out what they know. They're always glad to help; kids have a natural interest in any kind of mystery."
  "But how can you get in touch with enough boys and girls to do any good?" Gus asked. "You'd need to have some on the lookout for you in every part of the city."
  "That's where the Ghost-to-Ghost Hookup comes in," Pete chimed in. "It was jupe's idea, and it's a honey. You see, we all have some friends who don't know each other. And they have other friends, and so on. When we want to find out something, we each phone five friends and tell them what we need to know. In this case we'll tell them to phone back at this number if they know of anyone who has just bought a plaster bust for a garden ornament.
  "But if they don't know of anyone, each of them calls five, and each of them calls five - well, it spreads like wildfire across the whole city. Inside of an hour we have boys and girls all over the city keeping their eyes open for plaster busts used as garden ornaments. They don't have to see them; they might hear their parents mention that some friend has bought one, and so on. It's like having thousands of assistants helping find something."
  "My word!" Gus exclaimed. [...] He gave a low whistle. "It's fabulous!"
  "We call all these kids who are helping us ghosts," Bob said. "It's a code name that keeps anyone who overhear us from guessing what we're talking about."
  "Are you going to start phoning now, Jupiter?" Gus asked.
  "This is Saturday afternoon," Jupiter said. "Most kids will be outdoors now. The time to call is after dinner. And that means a wait of several hours-"
Jacques Poirier, 1971.
  "J'ai une idée! hurla brusquement Bob. Si nous essayions le relais fantôme?"
  Gus ouvrit des yeux ronds d'étonnement.
  "Le relais fantôme? répéta-t-il. Qu'est-ce que c'est que ça? Pouvez-vous entrer en communication avec l'autre monde pour y pêcher des renseignements?"
  Bob sourit:
  "Pas exactement, répondit-il, mais c'est presque aussi bien... Voyons, à ton avis, qui est-ce qui enregistre le plus de choses dans son voisinage immédiat? Je veux dire... Qui est-ce qui remarque, par exemple, si des étrangers rôdent dans le quartier, si les Smith ont une nouvelle voiture, bref des détails inhabituels de ce genre?
  -Ma foi, dit Gus après avoir réfléchi un moment, je ne vois pas...
  -Les enfants, bien sûr! expliqua Peter. Les gens, en général, ne font pas attention aux enfants, alors que les enfants, eux, remarquent tout ce qui se passe autour d'eux. Si quelqu'un a un nouveau chat, ou un nouveau chien, si quelqu'un se blesse, etc., eh bien, tu peux être certain qu'il se trouve toujours un enfant pour être au courant.
  -Le seul problème, continua Bob, est d'entrer en relation avec suffisamment de garçons et de filles de la région pour obtenir l'information désirée. Les gosses sont toujours heureux de nous aider. Les enfants adorent les mystères, c'est bien connu!
  -Mais comment réussissez-vous à prendre contact avec assez de garçons et de filles pour arriver à un résultat? demanda Gus. Je suppose que, pour obtenir une information précise, il vous faut des aides sur le qui-vive un peu partout dans la ville et ses environs?
  -C'est là qu'intervient notre fameux relais fantôme, expliqua Peter. L'idée est d'Hannibal! Une idée super-extra-épatantissime, si j'ose dire! Tu vois, nous avons un certain nombre d'amis, qui ne se connaissent pas entre eux. Tous ces amis ont des amis, et ainsi de suite. Lorsque nous voulons un renseignement, nous téléphonons chacun à cinq amis en leur disant ce que nous désirons savoir. Dans le cas qui nous intéresse actuellement, nous leur demanderons de nous appeler au P.C. s'ils viennent à découvrir que quelqu'un possède un buste de plâtre dans son jardin.
  -Ensuite, continua Bob, chacun de nos amis téléphonera à cinq de ses amis en répétant notre message. Chacun de ces cinq en appellera cinq autres; chacun de ces cinq derniers téléphonera à son tour à cinq autres, etc.. En un rien de temps, toute la jeunesse des environs sera au courant de ce que nous cherchons. Ainsi, en  moins d'une heure il y aura quantité de garçons et de filles qui ouvriront les yeux à notre place de côté et d'autre afin de découvrir où se cache Auguste de Pologne.Peut-être ne verront-ils pas eux-mêmes les bustes. Ils peuvent simplement entendre leurs parents raconter qu'une de leurs connaissances a récemment acquis une tête de plâtre pour orner son jardin... Nous avons ainsi des milliers d'assistants bénévoles, comprends-tu?
  -Ma parole, c'est génial! s'exclama Gus, admiratif. [...]
  Il sifflota avant d'ajouter d'un ton pénétré: "C'est fabuleux!
  -Nous avons surnommé "fantômes" tous ces enfants avec qui nous entrons en liaison, expliqua encore Bob. C'est une sorte de code: il empêche les gens de comprendre de quoi nous parlons.
  -Hannibal, demanda Gus, vas-tu lancer tout de suite tes appels téléphoniques?
  -Nous sommes samedi après-midi, répondit Hannibal. A cette heure-ci, la plupart des jeunes sont dehors. Le meilleur moment pour appeler sera après dîner. Nous avons, hélas! plusieurs heures d'attente en perspective."

  Comme prévu le processus est amorcé au Chapitre 9:

  "As things now stand, we only have one line of action open to us. We have to try to locate the bust of Octavian, and the only way to do that is to use the Ghost-to-Ghost Hookup. As it is now after seven, most of our friends should be home. I propose we start phoning and get the hookup under way."
  [...] As The Three Investigators had used the Ghost-to-Ghost Hookup successfully before, most of those contacted were familiar with the procedure and enjoyed helping in a mystery investigation, even though they didn't know Jupiter, Pete or Bob personnally."

  "Eh bien, en attendant, et vu la tournure prise par les événements, nous avons une ligne de conduite toute indiquée. Nous devons essayer de dénicher le buste d'Octave et le seul moyen d'y parvenir est d'avoir recours au relais fantôme. Comme il est plus de sept heures, la plupart de nos aides bénévoles doivent être rentrés chez eux. Je suis donc d'avis que nous lancions nos appels téléphoniques dès maintenant."
  [...] Comme plusieurs fois auparavant, déjà, les trois détectives avaient utilisé ce moyen du relais fantôme pour mener à bien certaines investigations, la plupart des "fantômes" qu'ils contactaient indirectement n'étaient pas surpris que l'on eût recours à leurs services. Ils collaboraient avec plaisir et se réjouissaient à l'avance de participer à l'éclaircissement d'un mystère, et cela bien qu'ils ne connussent pas personnellement Hannibal, Bob et Peter."

  Tout comme évoqué dans la première partie de cette série d'articles, un tel procédé n'est pas sans conséquences fâcheuses sur les lignes téléphoniques de Rocky Beach. L'effet est immédiat car c'est dans le même chapitre que l'on peut lire:

  "[Bob] found his father looking with annoyance at the telephone.
  "I've been trying to call the newspaper," his father said as Bob came in. "And for some reason all the circuits out of Rocky Beach have been constantly busy for the last half-hour. That doesn't sound possible, but it's true."
  Bob knew the reason, but he thought it better not to mention that the Ghost-to-Ghost Hookup was in operation. Whenever the hookup was being used, the local telephone business got a big and unexpected boost."

  "[Bob] trouva son père qui contemplait l'appareil téléphonique d'un air contrarié.
  "C'est assommant! murmura M. Andy qui travaillait pour un quotidien. Voilà des siècles que j'essaie d'appeler mon journal et je n'arrive pas à obtenir la communication. il semble que, depuis un bon moment déjà, toutes les lignes de rocky soient encombrées, d'où une intense perturbation du trafic. Cela peut sembler incroyable mais c'est vrai."
  Bob devina sur-le-champ la cause de l'encombrement: le relais marchait à cent pour cent! Mais, évidemment, il n'allait pas expliquer cela à son père! C'était pourtant ainsi: chaque fois qu'Hannibal avait recours à ces appels massifs, le téléphone local se trouvait perturbé pour un bon bout de temps."

  Claude Voilier se montre non seulement redondante avec cette dernière ligne mais fait également un contresens. Le texte original parle plutôt d'un pic d'appels synonyme de bonnes affaires pour le marché de la téléphonie.

  Toujours dans le Chapitre 9, le Ghost-to-Ghost Hookup/Relais Fantôme apporte quelques résultats. Après une fausse alerte de la part d'un gamin, Bob, chargé en l'absence de Jupiter/Hannibal et Peter de surveiller les appels, prend celui qui sera le bon:

  "Hello! Three Investigators. Bob Andrews."
  "You wanted to know about a bust of Octavian," a girl's voice answered. "Well, my mother has it, but she tried putting it in the garden and she thinks it looks silly. She said she's going to give it away to a neighbour."
  "Please don't let her do that!" Bob cried. "[...] We'll come out to your house just as soon as we can and refund her money."

  "Bob décrocha le combiné, un nouvel espoir au cœur. Cette fois, ce fut une voix de fille qui lui parvint.
  "Vous recherchez le buste de l'empereur Octave-Auguste, n'est-ce pas? Eh bien, c'est ma mère qui l'a! Elle l'a mis dans notre jardin mais elle trouve qu'il n'est guère décoratif. elle parle d'en faire cadeau à la voisine!
  -Non, non! s'écria Bob. Il ne faut pas! Tâchez de l'en empêcher. Nous allons passer chez vous aussitôt que possible et nous rembourserons votre mère."

  La suite se trouve au Chapitre 13 et c'est la rencontre de Bob avec Liz Logan (que j'ai isolée en article annexe), la jeune fan des Trois Jeunes détectives dont on aurait espérer d'autres apparitions.

Tome 8 - The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner:
Tome 9 - The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule:
Tome 10 - The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable:
Tome 11 - The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait:
Tome 12 - The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout:

  Comme nous venons de le voir, dans Treize Bustes pour Auguste, Claude Voilier (dont c'était la toute première contribution) avait conservé la traduction du terme "Ghost-to-Ghost Hookup" telle que Vladimir Volkoff l'avait adoptée, à savoir "Relais Fantôme". Il se passe quatre tomes, et je précise dans l'ordre original américain, avant que les Trois Jeunes détectives aient la nécessité d'utiliser le Ghost-to-Ghost Hookup.
  On le retrouve donc pas avant ce douzième tome dont la traduction est également prise en charge par Claude Voilier. Or, L'Ombre qui éclairait tout n'a été édité qu'en 1983. Treize Bustes pour Auguste l'a été en 1971. Ces douze ans peuvent expliquer de deux façons la raison pour laquelle elle ne traduit plus le terme original de la même façon.
  En effet, au lieu de "relais fantôme", il est traduit pas "grand appel". Vu le désordre de l'édition française par rapport à l'ordre original, il est important de préciser que dans Le Tableau se met à table (publié en 1980, donc avant L'Ombre qui éclairait tout), Voilier choisissait déjà le "Grand Appel".
  La première raison est qu'elle ne se souvenait plus du premier choix de Volkoff, qu'elle avait pourtant repris. Mais cela me semble peu probable, il lui aurait suffi de survoler l'un des anciens tomes pour se le remémorer. Ma deuxième théorie est qu'elle a sciemment changé de terme par préférence. Vu qu'elle a été la traductrice attitrée de la série entre 1971 et 1986 (à l'exception de Les Douze Pendules de Théodule traduit par Jean Muray), elle a peut-être voulu imposer son choix.

  Ce point une fois préciser, je peux commencer à retracer l'utilisation du "Grand Appel" et ses différentes étapes dans ce douzième tome.
  C'est une amulette qui est à l'origine de l'intrigue, malheureusement elle est dérobée et c'est Jupiter/Hannibal qui lance le processus au Chapitre 7:

  "[...] Two things are sure now: first, Ted wants the amulet; and second, his getting it back is much more important than any value it has."
  Pete groaned. "And we've lost it. There's no way we can get it back."
  "But maybe there is," Jupiter said. "I've been thinking about that ever since the man stole it. With his unusual appearance and clothes he'll have a hard time hiding in Rocky Beach. He should be easy to spot. We'll just use a Ghost-to-Ghost Hook-up!"
  "Sure!" Pete looked enthusiastic again.
  "He should be easy for kids to find," Bob said.

  "[...] Deux choses sautent aux yeux: Primo, Ted veut l'amulette. Secundo, il attache à l'objet plus de prix que sa valeur réelle."
  Peter gémit.
  "Dire que nous avons perdu cette statuette! Et nous n'avons aucun moyen de la ravoir!
  -Si, il y en en a peut-être un, déclara Hannibal. Je ne cesse de penser à ça depuis que l'homme brun nous a volé notre Peau-Rouge souriant. Et c'est notre voleur lui-même qui va nous aider, peut-être, à le retrouver. Avec ses vêtements excentriques et son allure caractéristique, le bonhomme ne peut guère espérer passer inaperçu à Rocky. Je dirais même qu'il doit être assez facile à repérer. Pourquoi ne lancerions-nous pas un vaste appel à tous nos amis?
  -Le Grand Appel! s'écria Peter avec enthousiasme. Quelle bûche je fais! J'aurais dû y penser!
  -Je suis sûr que nos copains nous signalerons le passage de l'homme ici ou là, dit à son tour Bob, visiblement réconforté." 

  Je ne recopierai le passage où William Arden rappelle aux lecteurs comment fonctionne les choses. Mais je tiens toutefois à préciser qu'il n'est plus question de seulement cinq amis comme auparavant. Le texte dit "The boys phone all their friends"/"à tous leurs amis" et "the friends then phoned their friends"/"à leurs propres amis".
  Les résultats, à la surprise du trio, ne sera pas immédiat:

  "Now," Jupiter grinned, "we wait."
  But by six o'clock not one call had come in, and the boys looked at each other in glum surprise. Not one kid in Rocky Beach even thought he had seen the strangers.
  "They must be hiding," Bob said.
  "If they're in Rocky Beach at all," Pete said.
  "I'm sure they are, "Jupiter insisted. "The Ghost-to-Ghost Hook-up just takes time. We'll hear, but meanwhile..."
  "Meanwhile," Pete said, looking at the clock, "we had better get home for dinner."
  
  "[...] Il ne nous reste plus qu'à attendre."
  Hélas! à six heures de l'après-midi, les Détectives n'avaient pas encore reçu un seul coup de téléphone. Les regards qu'ils échangeaient de temps en temps en disaient long. Le silence de leurs informateurs prouvait que personne, à Rocky, n'avait aperçu aucun des hommes bruns ni leur guimbarde.
  "Ils doivent se terrer, soupira Bob.
  -Peut-être ne sont-ils pas à Rocky, suggéra Peter.
  -Oh, que si! affirma Hannibal. Ils sont en ville, j'en jurerais. Mais le Grand Appel demande de la patience. Nous aurons des communications. Hélas! en attendant...
  -En attendant, enchaîna Peter, il est l'heure d'aller dîner."

  Sans évoquer les péripéties se déroulant entretemps, le lendemain matin (Chapitre 9), ce sont des camarades déçus que Bob trouve au Q.G.:

  "No calls at all!" Pete announced in dejection. "Jupe's message recorder was blank."
  [...] "I'm afraid the Ghost-to-Ghost Hook-up isn't working this time," Jupiter admitted.
  "It may be too soon, Jupe," Bob said optimistically."

  "Pas le moindre appel! annonça Peter d'un ton lugubre. L'enregistreur d'Hannibal ne contient pas un seul message [...]
  -Je crains fort que, pour une fois, notre Grand Appel ne donne pas grand-chose, soupira à son tour Hannibal.
  -Hé, il est encore trop tôt pour se désoler! s'écria Bob avec optimisme."

  Jupiter/Hannibal et Bob s'absentant dans le cadre de l'enquête, Pete reste au Q.G en cas d'appels. A la fin du même Chapitre 9, les trois détectives en liaison grâce aux walkie-talkies créés par le détective en chef:

  Pete's voice came faintly from the small walkie-talkie. Jupe and Bob leaned close. "Second here. Do you read me? Come in, First! Do you read me? Over."
  "First and Records receiving. Come in. Over." Jupiter spoke into his transmitter.
  "Jupe?" Pete's faint voice sounded excited. "A report just came in on the Ghost-to-Ghost. A kid saw the dark men! They're in their car parked on Las Palmas Street near..."
  Bob shouted, "Jupe! It's them! There they are!"
  Jupiter jumped up. His finger came off the receiving button, cutting off Pete's voice [...]"

  "La voix de Peter s'éleva, assez faible, de l'appareil. Hannibal et Bob se penchèrent pour mieux entendre.
  -Ici le détective adjoint. M'entendez-vous? Répondez, Détective en chef! A vous!
  -Détective en chef et Archives et Recherches vous reçoivent. A vous!
  -Babal? (La voix de Peter était toute vibrante d'excitation.) Je viens de recevoir une réponse à notre Grand Appel. Un garçon a vu les deux hommes bruns. Leur voiture est parquée Las Palmas Street, près de...
  -Hannibal! hurla presque Bob. Ce sont eux! Les voilà!"
  Hannibal se releva d'un bond. Automatiquement, ses doigts coupèrent la communication, réduisant Peter au silence."

  Au Chapitre 11, au retour des événements mouvementés subis par Jupiter/Hannibal et Bob (j'inclus l'illustration des frères Paul et Gaétan Brizzi même si je recopie pas le texte correspondant. Vous remarquerez qu'on ne discerne pas de walkie-talkies dans les mains des personnages), Pete leur reporte ce qu'il s'est passé de son côté:
Paul & Gaétan Brizzi, 1983.
"The boys hurried to the workshop and through Tunnel Two into the hidden headquarters trailer. Pete was still at his post beside the telephone. He started talking at once.
  "Why did you break off? I was trying to tell you something important. Two kids called in. They spotted the dark men's car over on Las Palmas Street, and later they called back to report that the men were chasing two boys!"
  "We know," Bob said ruefully.
  "They were chasing us," Jupiter added."

  "Les deux garçons entrèrent en coup de vent dans l'atelier et, une fois là, se faufilèrent dans le Tunnel Numéro Deux qui conduisait à leur quartier général. Ils trouvèrent Peter à son poste, auprès du téléphone. En les voyant, le grand garçon s'écria aussitôt:
  "Pourquoi avez-vous coupé la communication? J'étais en train de vous dire quelque chose d'important. Deux jeunes ont téléphoné. Ils avaient repéré la bagnole des hommes bruns dans Las Palmas Street. Et ils ont rappelé un peu plus tard pour préciser que les suspects donnaient la chasse à deux garçons.
  -Nous sommes au courant! soupira Bob d'un ton lugubre.
  -C'est nous qu'ils poursuivaient", ajouta Hannibal."

   C'est la dernière allusion au Grand Appel, excepté si l'on compte cette phrase au début du Chapitre 13:

  "They checked the telephone recorder but found no messages."

  "Ils constatèrent que l'enregistreur téléphonique était vierge de tout message."

  J'ignore s'ils attendent encore à ce moment des appels suite au Grand Appel ou s'ils en attendaient un de leur chef.

Tome 13 - The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil:
Tome 14 - The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait:
Tome 15 - The Mystery of the Flaming Footprints:
Tome 16 - The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents:
Tome 17 - The Mystery of the Singing Serpent/Le Serpent qui fredonnait:

  Le tome 13 était écrit par William Arden, mais les quatre suivants alternent entre Nick West et M.V. Carey. Ces deux contributeurs à la série n'utiliseront pas le Ghost-to-Ghost Hook-up. Au moment où j'écris ces lignes, je suis en train de lire The Mystery of the Shrinking House/Le Tableau se met à table qui marque non seulement le retour de William Arden mais aussi du procédé cher au trio de détectives. Mais ce sera pour la prochaine partie.

The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste, Robert Arthur et The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout, William Arden. Traduit de l'américain par Claude Voilier.