
"Rana Toad", ça se mange?
mercredi 6 octobre 2010
L'établi

mercredi 15 septembre 2010
Méto - Tomes 1, 2 et 3 - Yves Grevet
Le dernier tome de cette trilogie est sorti en mars 2010. Aussi pour ceux qui comme moi n’en avaient lu aucun jusque là, vous pourrez lire cette trilogie d’une seule traite.

mercredi 1 septembre 2010
Un fou ordinaire

Avant d’être le talentueux romancier que l’on connaît (Le gang de la clef à molette, Le feu sur la montagne), Edward Abbey est d’abord un naturaliste. Farouche défenseur des espaces sauvages, il raconte dans ce livre quelques une de ses randonnées et méditations dans les déserts américains. Il y explique sa fascination pour ces lieux reculés, qui devraient selon lui le rester pour le bonheur de tous.
Ce recueil n'est pas seulement un récit de voyages et d'aventures, c'est aussi un manifeste contre le développement déraisonné de l'industrie touristique.
Un fou ordinaire - Edward Abbey - Gallmeister - 2008 - 9782351780213 - 264p. - 22.90
dimanche 25 juillet 2010
Entre chiens et loups
"Noughts and crosses", une fois de plus le titre original du livre "Entre chiens et loups" relève d'une métaphore autrement efficace. "Noughts and crosses" = jeu de morpion. Les ronds et les croix ne se mélangent pas, si un rond est trop proche d'une croix, les deux perdent tout intérêt.Dans "Entre chiens et loups", la vie d'une société moderne se calque sur les préceptes du jeu. S'y ajoute une notion de valeur : les croix sont "les Primats", les dominants, les ronds sont "les Nihils", dominés. Allons plus loin.
1865, abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, moins d'un siècle plus tard, la situation a très peu évoluée, la barrière sociale et les droits se traduisent par une couleur de peau. Plusieurs mouvements se mettent en place et se distinguent, pronent violemment ou pacifiquement justice et égalité (une piqure de rappel).
Dans son livre, Malorie Blackman propose d'inverser les rôles, donnant intelligemment matière à cogiter : les dominants sont noirs, les anciens esclaves aux droits toujours bafoués sont blancs. Pour développer cette uchronie, Malorie Blackman y plante une histoire d'amour, à la Roméo & Juliette : Sephy est la fille du gouverneur, c'est une Primat, Callum, dont le père et le frère font parti d'un front de libération par la violence est un Nihils. Ils s'aiment.
L'histoire n'est absolument pas niaise. Les deux enfants sont jetés en pâture dans un monde intolérant, plein de non-dits. Une société est en place à la mentalité figée. Une société comme la notre l'a été (et l'est toujours par certains aspects) : à l'histoire dénaturée par ceux qui la dominent.
vendredi 9 juillet 2010
Méditations en vert - Stephen Wright

Méditations en vert ou le quotidien d'une unité de renseignement américaine pendant la guerre du Vietnam.
On suit la vie d'une poignée d'entre eux, en particulier celle du soldat Griffin, personnage central qui est parfois le narrateur. Leur mission principale est de débusquer une hypothétique faction de vietcongs. Pour ce faire, des pilotes d'avions équipés de caméras embarquées explorent les environs. Le travail de Griffin consiste ensuite à visionner les bandes pour tenter de repérer toute présence humaine suspecte et à relever leurs coordonnées géographiques afin que les pilotes puissent ensuite bombarder ces points stratégiques. En complément, des expéditions au sol sont parfois menées. Les opérations se succèdent mais l'ennemi reste invisible, à cause de cette "foutue jungle". L'armée décide donc d'utiliser une nouvelle arme : l'agent orange. Cet herbicide est alors épandu par avion sur la jungle et sur les zones de cultures, dans le but de débusquer les vietcongs et de détruire leur agriculture.
Voilà pour la mission de ces soldats. Mais leur vie quotidienne est surtout dominée par la peur et l'ennui. Faute de résultats, la hiérarchie militaire tente de maintenir l'apparence du camp en attribuant des corvées aux soldats. Ceux-ci les accomplissent d'ailleurs sans trop rechigner, l'essentiel étant de s'occuper l'esprit entre deux bombardements ennemi. Beaucoup s'évadent par le biais des drogues. De longues journées paraissent donc filer à toute vitesse, tant dis que d'autres instants s'étirent pendant une éternité. Griffin choisit lui aussi cette solution.
Dans sa structure et son contenu le récit est donc lui aussi assez volatile. Méditations, délires, souvenirs et réminiscences se succèdent et se mêlent pour nous donner une vision tantôt lucide, tantôt hallucinée de cette période.
On a beau connaître les faits, on sort de cette lecture abasourdi par l'absurdité et le tragique de ce guerre.
On découvre des soldats loin du stéréotype habituel de la grosse brute stupide. Ces hommes sont pour la plupart opposés à cette guerre, mais finissent parfois par souhaiter connaître un peu d'action tant ils s'ennuient. Cette torpeur finie aussi par toucher le commandement du camp, son autorité s'émousse. Chacun s'adonne à ses petites activités. Un soldat abandonne son travail et se met à filmer la vie du camp, dans le but d'en faire un documentaire sur la guerre ! D'autres sortent du camp pour aller voir des filles. La tenue du camp se délite... On est surpris par la relative liberté qui règne dans le camp. Ces anecdotes distillent donc un humour moite et lourd dans ce tableau déjà très sombre.
Méditations enfin, car Griffin est revenu du Vietnam et qu'il a pour habitude de méditer. Cela calme ses angoisses. L'Etat lui a prescrit des séances de psychanalyse, mais celle-ci ne fonctionnent pas. Alors il médite. Trips, l'ami de Griffin, est lui aussi revenu, mais totalement instable, paranoïaque. Ce livre aborde donc la place des vétérans dans la société américaine d'après guerre. Que fera la nation pour ces soldats brisés ? Après de telles atrocités on comprend mieux les raisons de l'émergence du mouvement Hippie.
Méditations en vert - Stephen Wright (Trad. de l'américain par François Happe) - Gallmeister - Coll. Americana - 9782351780312 - 24€
vendredi 25 juin 2010
Le rêve de Sam
Entouré de ses parents et de Josh, son petit frère, Sam est un gamin irréprochable. Pourtant, le jour où il s'assoit sur le mauvais banc, dans un square, il se fait arrêter par la police. Car Sam est noir. Et, en 1952 dans le Sud des Etats-Unis, un noir ne peut pas s'asseoir n'importe où. Plus tard, quand ses parents ont assassinés pour avoir voulu voter, le jeune Sam s'accroche à un rêve : devenir juge pour combattre les lois anti-noirs par la légalité... Folie ? Pas pour des hommes comme Martin Luther King. A travers le quotidien de Sam, découvrez les étapes de la lutte non violente de Martin Luther King pour les droits des Noirs aux Etats-Unis. Racontée comme un témoignage vécu, l'historie de Sam donne envie de soulever des montagnes !
Une fiction très forte pour apréhender les luttes non violentes de Rosa Parks et de Martin Luther King, mais aussi des mouvements étudiants du SNCC (Student Nonviolent Coordinating Committee) qui eurent lieu contre les segregations raciales aux Etats-Unis dans les années 60.
Une roman court, bouleversant, que j'ai beaucoup conseillé aux ados et qui a toujours reçu un accueil curieux, puis impliqué. Un point de départ pour comprendre l'Histoire, grand H et qui méritait d'être évoqué.
Le rêve de Sam, Florence Cadier, Gallimard
mercredi 9 juin 2010
81 femmes : notre planète au féminin
Il existe des livres qui prennent la tournure de parcours initiatiques, des livres qui nous font grandir et voyager loin, très loin de notre confort et de notre routine."Same same but different" est définitivement de cet acabit. Il s'agit du récit de voyage effectué par Sandra et Yuki autour du monde. Un voyage à point nommé lorsque l'on ne sait plus très bien qui l'on est et où l'on va. Un voyage au féminin, avec un objectif passionnant : faire le portrait de 81 femmes de 25 ans issues de tous les continents, dont les projets et les rêves secouent leurs communautés.
Le résultat : 14 mois de voyages dans des pays aux ambiances singulières et aux rencontres innoubliables, un récit très riche, solicitant nos cinq sens et notre curiosité. Lisez-le : il émeut, il révolte, il donne envie de croquer la vie et d'avancer!
Découvrir le projet "81 femmes" m'a donné envie d'aller plus loin et de rentrer en contact avec Sandra Reinflet, auteur du livre, mais également artiste sous le pseudonyme "Marine Goodmorning" (un nom plein de panache qui illustre bien sa personnalité!). Je lui ai posé quelques questions et je partage les réponses avec vous, en esperant vous donner envie pour la suite! D'autre part, n'hésitez pas à vous rendre sur le site du projet : http://www.81femmes.org/

Sandra Reinflet : J'avais pensé à la possibilité de l'écrire avant de partir, mais attendais d'être certaine qu'il apporterait autre chose que les articles que nous publiions en cours de route. Pendant les 14 mois du voyage, nous rédigions des carnets de route quotidiens sur le site 81femmes.org. Il s'agissait de réactions "à chaud" mais malgré tout assez objectives puisque je n'y parlais pas vraiment de ressenti personnel.
Un an plus tard donc, j'étais prête, et avais très envie d'y replonger, aidée par nos dizaines de carnets de route (parce que ma mémoire a tendance à être un peu gruyère!).
MV : Beaucoup d'émotions sont victimes des mots et deviennent extrêmement complexes à transmettre au lecteur. Quelles difficultés avez vous rencontré en mettant vos pensées sur papier? Y a t'il eu des instants où la révolte vécue, où l'admiration est allée au delà des mots que vous avez pu employer?
Sandra Reinflet : Vous soulevez-là toute la difficulté de l'expression d'un ressenti, que ce soit à l'écrit ou à l'oral d'ailleurs. Comment partager une émotion en l'exprimant de façon assez suggérée pour que le lecteur ou l'auditeur puisse se l'approprier? En route, j'avais tendance à (trop?) utiliser de superlatifs. Or, ce n'est pas parce qu'on lit qu'une situation est révoltante ou choquante qu'elle le devient pour soi. Il faut parvenir à la décrire assez précisément pour que le sentiment naisse entre les lignes et que chacun l'interprète à sa manière. Je suis naturellement plutôt emportée, passionnée et émotive, et je pense que cela transparaît dans ce livre, même si, avec le recul de l'écriture, j'ai un peu tempéré le vocabulaire pour laisser place à la propre sensibilité du lecteur.

MV : Après avoir fait le tour du monde, que pensez vous de la condition de la femme à l'heure actuelle? Qu'est ce qui vous a choqué ou au contraire, qu'est ce qui vous a encouragé?
Sandra Reinflet : Je pense qu'elle est inégale, et qu'il n'y a pas une condition mais des conditions. Aussi, il m'est toujours difficile de donner une opinion tranchée et générale sur un sujet si particulier.
En France, je clame sans cesse que je ne suis pas féministe. Non pas que le terme soit un gros mot, mais simplement parce que je n'ai pas l'impression qu'à l'heure actuelle, nous soyions lésées par rapport aux hommes. Evidemment, des différences - que certains nomment injustices - persistent dans le monde du travail ou dans le partage des tâches par exemple, mais je pense que nous bénéficions aussi d'avantages certains. La liberté que nous avons acquise aujourd'hui est liée aux combats que les militantes féministes ont menés dans le passé pour l'égalité des droits, mais, aujourd'hui, je ne me sens pas l'âme revendicatrice sur ce sujet.
En revanche, dans beaucoup des pays que nous avons traversés, les femmes sont encore victimes de leur statut. Au Népal par exemple, dans les régions reculées, celles qui ont leur menstruations sont contraintes de dormir à l'étable, considérées comme impures. De nombreux trafics ont également lieu dans cette zone où les femmes n'ont aucun statut sans leur mari ou leur père. En Bolivie, les femmes que nous avons rencontrées exprimaient leurs révoltes face aux violences conjugales qui sont monnaie courante à cause du fort taux d'alcoolisme des hommes... D'autres sont utilisées comme "mules" pour porter de la drogue pour leurs compagnons... Je ne cite que quelques-unes des situations auxquelles nous avons fait face pendant le voyage, tant il y a eu de moments de révoltes sur le sujet.
D'un autre côté, nous avons surtout rencontré des femmes qui, malgré ces contextes difficiles, se battent pour se réaliser et le font avec d'autant plus de détermination qu'elles doivent franchir ces obstacles. Comme en Afrique où, du fait de la polygamie, beaucoup de femmes doivent assumer seules les responsabilités de leur famille. Ce sont bien souvent elles qui travaillent, elles qui tiennent la maison debout. Nous avons partagé le quotidien de femmes qui en plus de cet aspect matériel, entreprennent les projets qui leurs tiennent à coeur. C'est le cas de Thandie en Afrique du sud, cette mère qui assume 14 personnes tout en menant un projet d'insertion sociale par le football féminin...
Ces exemples prouvent en tout cas qu'il ne faut pas se réfugier derrière l'excuse d'un contexte défavorable. Il nous appartient de le transformer, à notre échelle, pour avancer. C'est la philosophie qui unit ces 81 femmes.
Morgane Vasta : Le voyage est définitivement féminin et prend des allures de parcours initiatique, à la fois pour vous et pour le lecteur ; les femmes sont présentes sur tous les terrains de l'astronomie à la médecine, en passant par les domaines culturels et sportifs. "Same same but different", vous retrouvez-vous en elles, que vous ont t'elles appris?
Sandra Reinflet : Elles nous ont appris qu'il n'y a pas une règle, une façon d'accéder au bonheur. Dans une prison, dans un désert, après l'annonce d'une séropositivité... elles façonnent le leur de manière parfois atypique. Elles décident de transformer les choses pour s'accomplir, même si cet accomplissement est parfois éloigné des modèles avec lesquelles elles ont grandi. Outre l'âge, je me suis évidemment retrouvée en beaucoup de femmes, parce que, même si elles ont des vies très différentes les unes des autres, elles partagent la même envie d'agir, de prendre des risques sans remettre leurs projets à plus tard. C'est peut-être lié au fait que beaucoup cotoient la mort de près et qu'elles ont conscience que le présent est leur seule certitude, tandis qu'en France, on nous promet une espérance de vie qui nous pousse à projeter sans cesse. J'en avais déjà conscience avant de partir, mais continuais à assouvir à ma passion (la musique) à côté d'un emploi stable, presque en dilettante. Après avoir rencontré ces femmes et partagé leurs messages, je me suis dit que je ne pouvais plus vivre les choses à moitié et que je devais m'y consacrer à plein temps, même si c'était plus risqué.
MV : "J'ai trop de choses inachevés" une pensée terrible après votre accident. Aujourd'hui, vous mêlez savamment projets musicaux et voyages, avez vous de nouvelles aventures à l'esprit?Sandra Reinflet : Des dizaines! J'ai réalisé que ma vocation était de donner vie à Marine Goodmorning, le personnage que je m'étais créée enfant, avant de me laisser convaincre par le "raisonnable". Je me disais alors chanteuse-styliste-écrivain-voyageuse. Certains pensent que mêler toutes ces disciplines, c'est se disperser. Pour moi c'est simplement utiliser différents outils pour exprimer une même émotion. Comme on choisirait un pinceau ou un rouleau pour peindre, je choisi, selon l'envie, des mots, des notes ou des couleurs. Pour ce qui est du voyage à proprement parlé, même si j'adore Paris, je repars souvent à l'étranger, comme cet été où je penser partir deux mois outre-atlantique pour composer. J'espérais qu'après 14 mois à bourlinguer, j'aurais eu ma dose de nomadisme, que j'aurais peut-être des envies de stabilité. Mais non, rien n'y fait, l'inconnu et la surprise m'excitent et j'adore avoir ma vie dans une valise...
MV : Quel message aimeriez-vous transmettre aux lecteurs, hommes ou femmes, qui vont découvrir votre parcours?
Sandra Reinflet : Osez! Il n'y a de limites à nos rêves que celles que nous leur donnons. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est elles...

"Same same but different", Sandra Reinflet - Michalon 2010.
mercredi 12 mai 2010
L’enfant qui savait tuer

Dans ce roman on découvre le quotidien de deux jeunes colombiens des communas de Medellin. Ils n’ont qu’une douzaine d’années mais sont déjà prêts à tuer et à se faire tuer pour rapporter de l’argent à leurs familles.
Ce livre a beau être un roman, je ne peu m’empêcher de le lire comme un documentaire. Le ton est juste, sincère.
Un roman poignant sur l’horreur de ce que les trafics peuvent engendrer dans les pays pauvres.
Thématiques : narcotrafic, amitié, entrée dans l'âge adulte
L’enfant qui savait tuer- Matt Whyman - Scripto Gallimard - 2006 - 9782070516018 - 9€
dimanche 7 mars 2010
Du Bateau-usine au quai de Ouistreham..
Sur "le quai de Ouistreham" je ne m'éterniserai pas. Florence Aubenas n'en a volontairement pas fait un ouvrage de recherche sociologique, plutôt un témoin.
Pour continuer sur ma lancée, je viens de finir "Le Bateau-usine", grand classique de la littérature prolétarienne nippone, paru en 1929, écrit par Kobayashi Takiji qui mourra 4 ans plus tard sous la torture policière. Depuis 2008, le livre connait une recrudescence populaire au Japon. On comprend aisément pourquoi dans le contexte actuel.dimanche 7 février 2010
Cristallisation secrète
"Tu ouvres les yeux un matin dans ton lit et quelque chose est fini, sans que tu t'en sois aperçue. Essaie de rester immobile, les yeux fermés, l'oreille tendue, pour ressentir l'écoulement de l'air matinal. Tu sentiras que quelque chose n'est pas pareil que la veille. Et tu découvriras ce que tu as perdu, ce qui a disparu de l'île."Cristallisation secrète, Yoko Ogawa trad Rose Marie Makino, Actes Sud 22€
vendredi 15 janvier 2010
Gimme dat, gimme dat Koooomix !

Le problème est qu'ils ne sont pas publiés en France (à l'exception de Joe Daly et d'une BD de Botes prévenez moi si je me trompe !), les autres n'apparaissent pour l'instant que dans un ouvrage paru chez l'Association (publié en février 2009), mais pas des moindres !
Ce superbe livre est une compilation "best-of" de la revue de BD Bitterkomix crée en 1992 à Stellenbosch (Afrique du Sud) par Joe Dog (alias Anton Kannemeyer) et Conrad Botes (alias Konradski). Cette version française bénéficie d'une longue introduction de Jean-christophe Menu qui explique très bien le contexte de la création de la revue et l'évolution du travail des deux artistes.
La ligne éditoriale de Bitterkomix est de s'attaquer aux Afrikaners et à l'Apartheid. Cette dénonciation est omniprésente, violente, drôle (d'un humour on ne peut plus noir, c'est le cas de le dire), souvent volontairement choquante. Ceci dit, le sens de leurs illustrations n'est pas toujours flagrant ; du moins au premier regard. C'est de la BD qui donne à réfléchir, pas de celle qu'on parcours des yeux en comprenant instantanément le message. Il y a aussi un côté Crumb, dans l'exploration de fantasmes, de pulsions malsaines, dans la misanthropie et le dégoût de la société.
D'un point de vue formel, (j'adore !) les BD de Botes et de Dog sont très léchées. Les couleurs sont magnifiques, je ne sais pas si c'est eux qui colorisent, je suppose, mais ils sont vraiment doués... Au niveau du trait on peut voir dans leurs styles respectifs les influences de (pour celles qui m'ont sautées aux yeux) Burns, Ware, de la ligne claire. Tintin et Milou apparaissent d'ailleurs de temps à autres, mais disons qu'ici, ils n'ont pas le beau rôle...
Au fil des ans, à force de subversion, d'anti langue de bois et de couvertures trash, Bitterkomix a fini par attirer l'attention des Etats-Unis et de l'Europe. Leurs auteurs se sont maintenant "fait un nom" dans le milieu de l'art comme on dit, et c'est tant mieux, car leur travail en vaut vraiment la peine.
Bitterkomix - Joe Dog & Conrad Botes - L'Association - 6 février 2009 - 288p. - 9782844142863 - 34€
vendredi 14 août 2009
La Vieille anglaise et le continent
La docteur Anne kelvin est mourante. A l'orée de sa vie une question se pose: veut-elle faire partie du programme Transmnèse de son ami Marc. Ce programme consiste à réintroduire l'âme humaine dans le cerveau d'un clone humain ou d'un animal. Mais des problèmes éthiques se posent: qui sont les êtres humains d'origine? Qu'en fait-on une fois clonés? Et les animaux, dans quelles conditions ont-ils été "pêchés"? Dans quel état?Après une première étape d'émerveillement dans le corps d'un cachalot mâle, le détail a son importance, la narration alterne alors entre cette découverte et les étapes du processus de transfert, notre héroïne découvrira rapidement la face cachée de ce projet ni très écologique ni très éthique!
Un pamphlet écologique et éthique qui nous fait nous interroger sur les sacrifices que nous sommes prêts à faire pour un soit disant progrès scientifique qui n'est pas sans rappeler Animal'z d'Enki Bilal!
Premières pages à lire sur le site de l'éditeur.
Jeanne-A Debats, Éditions Griffe d'encre, collection Novellas, mai 2009.
mercredi 3 juin 2009
La Zone du dehors - Outside now !
Après avoir lu à sa sortie en format poche, La Horde du contrevent, qui m'avait aussi beaucoup plu, je m'étais promis de lire d'autres livre de cet auteur oh combien original !J'ai lu La Zone du dehors dans sa deuxième version, celle publiée aux éditions de La Volte en 2007. Je ne sais d'ailleurs pas si le texte a subi des modifications par rapport à sa première édition en 1999 ?
Ce livre comporte certaines similitudes avec La Horde du contrevent. Que ce soit au niveau des procédés d'écriture ou même au niveau des thèmes du livre. Ca ne m'a pas dérangé car c'est précisément ce que j'avais aimé !
Au niveau stylistique j'ai préféré La Horde du contrevent, les personnages m'ont paru plus différents les uns des autres, plus travaillés aussi. Tout comme les changements de style accompagnant les changements de narrateurs. Mais La Zone du dehors est son premier roman, c'est peut être pour ça. Dans La Horde du contrevent l'emploi des signes de ponctuation pour traduire le vent, m'a énormément plu. Ici ces mêmes signes (à quelques exceptions près) sont employés pour traduire du bruit, des images, l'intérieur d'un terrifiant cube. C'est aussi très bien trouvé.
Les deux histoires sont par contre très différentes, bien qu'on retrouve certains thèmes dans les deux livres : la liberté principalement, mais aussi l'amitié, la curiosité intellectuelle.
Si La Horde du contrevent est une longue aventure poétique et philosophique, La Zone du dehors est quand à elle une longue aventure politique.
En lisant La Zone du dehors, j'ai eu l'impression de lire la suite de 1984. Les personnages vivent sur une planète dont une toute petite partie a été aménagée par l'Homme. Dans cette zone, tout est sous contrôle, "Souriez, vous êtes gérés" comme le dit l'auteur.
Hors de cette zone, la planète n'est pas terraformée. Quelques exclus du système y vivent quand même tant bien que mal. Pour Captp, prof de fac à la pensée subversive, cette société ultra protectrice et aseptisée est non seulement triste à mourir, mais elle bafoue la liberté de tous. Il est temps de passer à l'action.
Cette action à un nom : La Volte.
La Zone du dehors - Alain Damasio - Ed. de la Volte - 9782952221795 - 492 p. + 1 DVD - 26€
vendredi 17 avril 2009
Sheer Heart Attack: Ikigami - Préavis de mort de Motorô Mase

Quelqu'un cogne à ta porte. Un fonctionnaire en costard et adoptant une
allure solennelle est au seuil de ta porte et te tend une carte plastifiée. "J'ai été chargé de vous remettre l'Ikigami, vous n'avez plus que 24 heures à vivre". Tu n'arrive pas à y croire, pourquoi toi? Une personne sur mille... Que faire? Te morfondre? Te venger de quelqu'un? Passer du temps avec le ou les personnes que tu aimes le plus? Va falloir en tout cas te décider bien vite, parce que tu es dans une fiction et que les ellipses sont très fréquentes...
Tu es dans le manga d'anticipation où l'on plante une seringue dans le bras des enfants japonais, dès leur entrée à l'école. Dans une seringue sur mille se trouve une capsule qui provoquera un arrêt cardiaque foudroyant à la victime, alors en pleine insouciance de sa jeunesse. Comment ça victime? Petit ingrat! C'est pour servir la patrie, enfin! Tu sers d'exemple à tous tes compatriotes, sois-en fier. Grâce à toi, le Japon est une nation qui sait apprécier le cadeau qu'est la vie et qui continue de son plein gré à procréer
et prospérer.Ce meurtre institutionnalisé est l'idée de départ de Motorô Mase. Un meurtre banalisé ("ça ne m'arrivera pas, une personne sur mille..."), qui se perpétue dans l'acceptation et l'indifférence de tes contemporains. Le fonctionnaire, c'est Fujimoto. Il est un peu apathique, il ne fait que son boulot... et voit ses proches et ses amis le fuir. Mais il se pose des questions, se met à douter de la légitimité de sa fonction, alors une évolution du personnage est à l'horizon, mais attends donc quelques tomes. Toi, tu n'es qu'un personnage parmi ceux (2 par tome) qui meurent légalement, tu n'es qu'une illustration du propos de l'auteur, une des variantes, une des situations imaginables. Ta fonction est d'être emporté dans une dramatisation pour divertir le lecteur et aussi le faire réfléchir. Rassure-toi, tu ne peux que très bien remplir ta mission, tu es après tout dans un manga qui sera certainement très appréciés des connaisseurs.
Désolé de t'avoir sacrifié quelques minutes de ton temps devenu plus que précieux.
Ikigami - Préavis de mort t.1 et 2, Motorô Mase, Asuka, 8€50 pièce.
jeudi 2 avril 2009
La Vague
Après le film voici l'adaptation en roman graphique du roman de Todd Strasser.Afin de faire comprendre à ses élèves pourquoi la population allemande ne s'est pas rebellée pendant le troisième Reich un professeur d'histoire américain tente une expérience : pendant une semaine il va leur inculquer un code de conduite, un slogan, "Le pouvoir par la discipline, le pouvoir par la communauté, le pouvoir par l'action", un signe de raliment et un symbole décliné en badge.
Mais la situation va vite lui échapper, les élèves se prenant vite au jeu et lui-même grisé par son nouveau pouvoir sur eux.
La Vague permet de comprendre comment l'histoire peut se répéter par l'exploitation des forces et faiblesses des individus et leur manque de jugement et de réflexion.
Le passage du roman au roman graphique sera peut-être un bon moyen pour amener un nouveau public à cette histoire même si on peut ne pas apprécie pas les graphismes!
Todd Strasser, Stefani Kampmann, traduit de l'allemand par Aleth Gaulon, Éditions Jean-Claude Gawsewitch, janvier 2009.
lundi 30 mars 2009
La fabrication du consentement ; ou ce qui ne suinte pas de votre télévision

Publié en 2008 chez Agone, voici l'édition revue et augmentée de La fabrication du consentement, ouvrage de Noam Chomsky et d'Edward Herman initialement paru en 1988 aux Etats Unis.
Vous trouverez dans ce livre une analyse très détaillée (citant ses sources, ce qui n'est pas toujours le cas sur ce type de sujet) d'un modèle de propagande actuel. A travers l'examen du système médiatique américain, les auteurs tentent de démontrer de quelles manières, le pouvoir et l'argent arrivent à sélectionner et à filtrer l'information qui nous parvient.
Loin de l'habituelle théorie du complot (où tout repose sur des témoignages de prétendus experts qui n'ont, à mon sens, pas d'avantage de crédibilité que les personnes et les faits qu'ils incriminent), ce livre analyse la couverture médiatique qu'ont eu certains événements historiques en les comparant et en les remettant dans le contexte politique de l'époque.
Il ne s'agit pas de dire "On nous cache la vérité", mais d'essayer de mieux comprendre comment est construit et fonctionne le monde des médias aujourd'hui aux Etats-Unis. (Mais en Europe heureusement ça n'a rien à voir ; c'est la transparence la plus totale, l'intégrité et la liberté à l'état pur, et à tous les niveaux... Ouf !).
La fabrication du consentement - Noam Chomsky & Edward Herman - Agone - 2008 - 28€ - 9782748900729
samedi 28 février 2009
Nourrir l'humanité - Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle
Comment nourrir l'humanité sans rejeter complètement les nouvelles techniques d'agriculture et en allant vers une production plus raisonnée qui prendrait en compte les changements climatiques, l'appauvrissement des ressources et les équilibres alimentaires des différentes régions du monde?Dans son essai Bruno Parmentier, directeur d'une école d'ingénieurs en agriculture et ingénieur des mines et économiste, grâce à des données chiffrées très pertinentes, analyse les effets des changements climatiques, techniques et surtout économiques qui régissent le nouvel ordre alimentaire mondial sans verser dans des discours partisans.
Comment "produire plus et mieux avec trois fois moins" de terre, d'eau, d'énergie en essayant de respecter la biodiversité? Comment "intégrer les nouvelles contraintes"? Comment mieux utiliser le "rayonnement solaire"? Comment réconcilier techniques modernes de biochimie et traditionnelles pour mieux produire, car selon lui les méthodes anciennes ne seront pas suffisantes? Comment réguler le commerce international pour qu'il ne soit plus un outil à affamer (spéculation sur les matières premières), les relations agriculteurs/agroalimentaires/ et grande distribution? Comment régner les effets pervers des aides de la PAC et des subventions?
Grâce à une description globale des problèmes posées par la globalisation irraisonée de l'agriculture et à une reflexion sur des propositions originales de solutions pas forcément mise en avant dans les médias Bruno Parmentier remet à plat toutes les connaissances sur ce domaine afin d'éveiller les consciences sur les décisions existentielles qui doivent vite être prises pour la survie de l'humanité!
Extraits:
Des chiffres qui font réfléchir quand à l'utilisation des énergies nécessaires :
"Les productions actuelles [d'éthanol] actuelles:
1 hectare(HA) de colza= 1.3 tonnes de diester, 1 ha de tournesol=1.1 t de diester, 1 ha de blé= 2.5 t de diester, 1 ha de betterave=5.8 t d'éthanol [...] 1 ha de canne à sucre=5 t d'éthanol et 1 ha de palmier à huile= 2 t d'éthanol"
"Les anti-OGM avancent de nombreux arguments, comme la disparition de la notion d'espèce, fondamentale dans la gestion du vivant (à force d'avoir mis des gènes d'une espèce dans une autre, on cultivera de façon courante, à terme, des artefacts mi-animaux mi-végétaux*) ou la propagation irresponsable des variétés nouvellement obtenues aux espèces voisines.
* [...] on a effectivement introduit un gène de poisson dans certaines fraises pour les aider à mieux résister au gel et favoriser leur commercialisation."
Bruno Parmentier, Editions La Découverte, collection Poche, février 2009.
Zones Humides - Charlotte Roche

Zones Humides - voilà un cas assez intéressant. Charlotte Roche a publié en Allemagne ce roman cru, à la première personne, dans lequel une jeune Helen nous parle beaucoup de ses parties intimes, toutes ses parties intimes. Helen est une petite dévergondée, on peut le dire. Elle ne se soucie qu'assez peu du regard des autres, et sait apprécier son corps et en parler avec intelligence. Mais elle n'est pas tellement fanatique non plus de la bienséance et de la propreté maniaque, du paraître. Charlotte Roche semble dire que par là elle veut communiquer une sorte de liberté féministe, et pourquoi pas, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse dans ce cas particulier.
Il se trouve que nous avons là un premier roman qui a fait un carton dans son pays d'origine, de par son côté politiquement incorrect. Hors, à la lecture, rien ne m'a choqué, rien ne m'a paru étranger. La qualité littéraire est au rendez-vous, on rit, on peut effectivement être choqué, mais le personnage est bien mené et rien n'est foncièrement idiot ou gratuit. Pourtant, en France, on a beaucoup entendu parler du livre avant qu'il ne paraisse grâce au battage médiatique allemand.
Et voilà qu'il sort enfin chez Anabet et que personne n'en parle.
Qu'on soit bien d'accord : j'aime beaucoup la maison Anabet, et je trouve qu'elle publie beaucoup d'ouvrages de qualité, avec exigence, et je trouve ça chouette que ce soit eux qui fasse le Charlotte Roche.
Mais, enfin, logiquement, après avoir tant entendu parler de ce truc (plus de 500.000 exemplaires vendus en Allemagne, quand même) j'aurais parié qu'une grosse maison se serait jeté dessus et en aurait arraché les droits à coup de montant pharaonique.
Et bien, visiblement pas. Pourquoi ? Pour la même raison, je pense, qui fait que je n'ai pas été plus épaté que ça par le côté trash de Zones Humides.
Tout simplement qu'en France, on connaît déjà ce genre de roman - qu'il soit féministe ou pas, d'ailleurs, et souvent plus pas que le contraire - qui parle de caca, de sexe, de saleté et de liberté.
Je caricature vite fait mal fait mais je pense que ça vient de là : force est de constater que dans certains autres pays européens, la cochonnerie littéraire post-moderne est beaucoup moins représentée qu'en France.
Si ça se trouve tout ça c'est la faute à Houellebecq.
samedi 14 février 2009
Le crépuscule des loups
Il s’agit d’une anthologie consacrée au loup et sa disparition de nos paysages, particulièrement en France. On y retrouve des auteurs connus et d’autres moins comme Lucie Chenu, Estelle Valls de Gomis, Nathalie Dau ou encore Jean de la Fontaine avec Le Loup et Le Chien. Au total, 17 nouvelles fantastiques engagées qui démolissent le mythe du loup sanguinaire et destructeur. On rencontrera un monde où le loup n’est plus que virtuel, un jeune garçon lycanthrope, le retour des loups revenus se venger, une jeune fille et une louve rebelles unies contre tout, un cirque morbide, une jeune femme qui met bas chez les loups, les Devas hindous changés en meute et bien d’autres.On note le choix judicieux de l’éditeur de boucler ce recueil avec l’excellente nouvelle de Nicolas Cluzeau.
Ces récits sont agréablement ponctués d’illustrations de Fabien Fernandez, Jijicé et Estelle Valls de Gomis.
Enfin, notons que les droits d’auteurs de cet ouvrage seront entièrement reversés au Parc Alpha du Mercantour.
L'on ne peut que regretter la fermeture proche de ce éditeur...
Anthologie dirigée par Charlotte Bousquet, Le Calepin Jaune Editions, 2008
vendredi 30 janvier 2009
Moi, Sampat Pal
Sampat Pal témoigne. Femme illettrée dans un petit village d'une Inde dont les lois se modernisent, mais dont l'application laisse à désirer; issue d'une famille de bergers, une des castes les plus basses; rien ne la prédestinait - si ce n'est ses qualités humaines et son courage - à monter ce gang de justicières en sari rose.Voici son histoire, écrite grâce à l'aide d'Anne Berthod. En espérant que son mouvement continue à prendre de l'ampleur sans perdre son âme.