"Rana Toad", ça se mange?

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samedi 28 février 2009

Zones Humides - Charlotte Roche


Zones Humides - voilà un cas assez intéressant. Charlotte Roche a publié en Allemagne ce roman cru, à la première personne, dans lequel une jeune Helen nous parle beaucoup de ses parties intimes, toutes ses parties intimes. Helen est une petite dévergondée, on peut le dire. Elle ne se soucie qu'assez peu du regard des autres, et sait apprécier son corps et en parler avec intelligence. Mais elle n'est pas tellement fanatique non plus de la bienséance et de la propreté maniaque, du paraître. Charlotte Roche semble dire que par là elle veut communiquer une sorte de liberté féministe, et pourquoi pas, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse dans ce cas particulier.

Il se trouve que nous avons là un premier roman qui a fait un carton dans son pays d'origine, de par son côté politiquement incorrect. Hors, à la lecture, rien ne m'a choqué, rien ne m'a paru étranger. La qualité littéraire est au rendez-vous, on rit, on peut effectivement être choqué, mais le personnage est bien mené et rien n'est foncièrement idiot ou gratuit. Pourtant, en France, on a beaucoup entendu parler du livre avant qu'il ne paraisse grâce au battage médiatique allemand.
Et voilà qu'il sort enfin chez Anabet et que personne n'en parle.
Qu'on soit bien d'accord : j'aime beaucoup la maison Anabet, et je trouve qu'elle publie beaucoup d'ouvrages de qualité, avec exigence, et je trouve ça chouette que ce soit eux qui fasse le Charlotte Roche.
Mais, enfin, logiquement, après avoir tant entendu parler de ce truc (plus de 500.000 exemplaires vendus en Allemagne, quand même) j'aurais parié qu'une grosse maison se serait jeté dessus et en aurait arraché les droits à coup de montant pharaonique.
Et bien, visiblement pas. Pourquoi ? Pour la même raison, je pense, qui fait que je n'ai pas été plus épaté que ça par le côté trash de Zones Humides.
Tout simplement qu'en France, on connaît déjà ce genre de roman - qu'il soit féministe ou pas, d'ailleurs, et souvent plus pas que le contraire - qui parle de caca, de sexe, de saleté et de liberté.
Je caricature vite fait mal fait mais je pense que ça vient de là : force est de constater que dans certains autres pays européens, la cochonnerie littéraire post-moderne est beaucoup moins représentée qu'en France.

Si ça se trouve tout ça c'est la faute à Houellebecq.

8 commentaires:

Taly a dit…

Je ne connaissais pas cet éditeur, après visite de son site officiel je le rajoute à la liste des éditeurs qui valent le détour!
Merci!

Gilmoutsky a dit…

Tu serais pas un peu blasé...
Blague à part, j'apprécie le ton personnel de ton article et le fait d'ajouter à la diversité du blog un titre de littérature érotique. Te gêne surtout pas pour en chroniquer (non pas de blague douteuse s'il vous plaît) d'autres, surtout vu la librairie où tu travailles.

Damo a dit…

Pourquoi pas, le truc étant, que, celui là je l'ai chroniqué parce que je trouve qu'il est pas spécialement érotique :)

Gilmoutsky a dit…

Y aurait-il tromperie? En tout cas, le titre est très recherché sur Google et notre blog très visité grâce à ça.

Carméline a dit…

Ce soir y'a un documentaire sur le bouquin...sur arte évidemment.
http://www.arte.tv/fr/programmes/242,dayPeriod=evening.html#anchor_2442740

Céline a dit…

Après avoir vu le doc j'ai également découvert ceci : www.zones-humides.fr !

Taly a dit…

Merci Céline!

Taly a dit…

Je me suis décidée a essayé de le lire, je précise essayé car au bout de 50 pages j'en ai eu marre non que le ton cru ne m'ai choqué mais plus parce qu'effectivement j'ai l'impression d'avoir déjà lu descriptions et réflexions plus choquantes. J'ai eu vite l'impression que la démonstration tournait en rond sans rien apporter de nouveau et je n'ai absolument pas trouvé le propos érotique. Peut-être les lectrices en Allemagne n'ont elles pas l'habitude d'être secouées dans leurs principes ou sont-elles tout simplement plus coincées!
Je ne trouve pas ce livre inutile ou mal écrit mais plutôt orienté faire de jeunes lectrices à la recherche de la verbalisation de leurs sensations purement physiques.