"Rana Toad", ça se mange?

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dimanche 28 novembre 2010

Llorona On The Rocks

Voici le dernier roman de Charlotte Bousquet aux éditions Argemmios.

Résumé de l'éditeur:

" « Les fées, c’est comme la Vierge de Guadalupe, j’ai cessé d’y croire à dix ans. Quand j’ai tué pour la première fois. »
À Ciudad Juárez, des femmes sont assassinées. Pour le sexe. Pour le fun. Pour leurs organes, aussi. La routine. Sauf qu’une inconnue voilée de blanc apparaît, à chaque fois, près des cadavres. La Llorona. En pleine guerre des cartels, les Feds ont autre chose à faire que courir après une légende. Alors, ils ont fait appel à moi, Eva Vargas, la meilleure tueuse à gages et spirite du Mexique. Mais entre les fantômes du passé, les narcos et mon fichu cœur d’artichaut, il va falloir autre chose qu’un tequila blanco pour y arriver sans me brûler les ailes…"

Charlotte Bousquet aurait pu se contenter de faire un énième roman sur les méfaits des narcos et la proximité de la frontière avec les États-unis et l'immigration clandestine qu'elle engendre mais elle préfère se concentrer sur les nombreuses morts suspectes de femmes autour de la ville de Ciudad Juárez.
Fidèle à son goût pour les mythes elle explore cette fois celui de la Llorona : un fantôme de femme, vêtu de blanc et dont le visage est recouvert d'un voile, qui erre la nuit en pleurant. La tueuse à gage et spirite Eva Vargas aura bien des difficultés à réunir des indices entre la loi du silence et les superstitions locales.

Si, je dois l'avouer, ce roman n'est pas mon préféré de l'auteur, j'ai préféré Au Miroir des sphinx chez le même éditeur, cette histoire m'aura au moins permis de découvrir un mythe que je ne connaissais pas, certains mots de vocabulaires et un peu de mythologie aztèque. Car il faut bien reconnaître à l'auteure le mérite d'avoir voulu plonger le lecteur dans l'ambiance de cette ville mexicaine en respectant autant le vocabulaire quotidien que celui des superstitions. Un glossaire très instructif est proposé en bonus en fin de volume.

Autres bonus proposés:

- 3 recettes de cocktails à déguster pour accompagner la lecture
-une liste de morceaux à écouter (certains extraits sont cités dans le texte)
-une présentation des "mortes de Juárez"
-une biographie de de la peintre Frida Kahlo
- et une biographie de l'auteur et de l'illustrateur de la couverture, Fabien Fernandez

Pour information il existe un documentaire sur la situation à Ciudad Juárez.
L'article de wikipédia sur la Llorona.

Charlotte Bousquet, éditions Argemmios, novembre 2010.

mardi 16 novembre 2010

Le Trash Pack


Le Trash Pack se compose de 3 ouvrages détaillés ci-dessous :

-les poubelles pleurent aussi
-les poubelles pleurent toujours
-le guide de la poubelle galactique



-Les poubelles pleurent aussi :
Lorsque l'on saisit ce livre pour la première fois on a l'impression de tomber sur un ouvrage enfantin. Dessin humoristique à base de traits épais, histoire rigolote -si l'on s'en tient au quart de couverture- et grosses ficelles scénaristiques perceptibles par tous -de toute évidence à dessein-.

La lecture commence et on a l'impression de tomber sur un morceau de "kloug" autrement dit "c'est bon, c'est fin, ça se mange sans faim" mais cela a tendance à rester sur l'estomac sans savoir pourquoi ... Peut-être est-ce à cause du fait qu'il a fallu 35 pages sur la cinquantaine pour mettre en place et impliquer tous les acteurs ? Peut-être est-ce du au prix de l'ouvrage quand on le compare avec le temps de lecture qu'il procure ? Est-ce du au fait que le premier sentiment de ridicule s'est estompé au fur et à mesure pour céder la place à une intrigue sérieuse et bien plus captivante mais que l'on ne peut le réaliser que lorsque l'on referme, bien trop vite, cet ouvrage. Je ne saurais dire mais ce dont je suis certain, c'est que l'abondance des multiples références franco-françaises cinématographiques ou télévisuelles y contribue amplement. On y retrouve de tout (Mars Attacks, Dark City, Les chroniques du disque-monde, ...) pour notre plus grand plaisir à tous.

Heureusement que la suite est déjà sortie ;)

- Les poubelles pleurent toujours
Frustré par la faible épaisseur du premier ouvrage je me précipite sur cette suite et retrouve avec plaisir ces personnages que l'on a appris à apprécier finalement. Malheureusement l'épaisseur de celui-ci ne fait rien pour contribuer à effacer ce sentiment.
Les références y sont encore plus nombreuses (Tryo , Dr Who , Pratchett et encore Dr Who) et c'est un régal pour les fans de ces œuvres -dont je fais partie ^-^ -, l'histoire agréablement complétée et l'intrigue enfin enrichie. Plus de temps mort pour présenter les personnages on peut plonger directement au cœur du récit pour découvrir enfin ce qui attend nos héros et leurs compagnons coprophages. La diversité des espèces présentées contribue à apporter cette touche d'exotisme nécessaire à toute évasion bibliographique et on prend à nouveau plaisir à découvrir ce nouvel univers aux forts accents "Monthy Pythonnesques".

- Le guide de la poubelle galactique
Bon apparemment ce guide est plus un sketchbook retraçant les différentes étapes de réflexion qui ont conduit à la création des formes de vie qui peuplent cet univers onirique. Pourquoi pas ? Cela peut être fort à-propos.
Le papier est épais et brillant, les races exhaustivement représentées, les illustrations colorées et vivantes. Que diable n'ont-elles pas été incluses dans les précédents ouvrages ? On trouve là une œuvre dynamique qui enrichit énormément l'univers mis en place auparavant, on retrouve même quelques références quoique plus discrètes cette fois.
Pas vraiment un roman, pas vraiment une BD mais un bon complément au délire de l'auteur. On regrette amèrement de n'avoir pu trouver ces pièces dans les premiers romans.


Au final une conclusion mitigée :

Les ouvrages pris séparément sont chers, courts -beaucoup trop- et peuvent laisser un sentiment de négligence du lecteur par l'auteur. Mais si on se saisit du trash pack au complet on obtient une œuvre bien plus complète, plus abordable et beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, moins frustrante tant les références directes sont jouissives, n'ayant pas eu à subir les outrages d'une traduction parfois loin d'être au niveau comme c'est le cas avec certains auteurs étrangers, et le monde si délirant qu'on plongerait volontiers plus longuement dedans. Je le conseille à tous les amateurs de sf qui s'esclafferont en retrouvant des références à leurs œuvres favorites sachant qu'il ne doive pas négliger non plus le sentiment qui peut les saisir après comme avec un dessert fabuleux mais si vite avalé qu'on souhaiterait le savourer plus longuement.

Enjoy.

Le Trash Pack - Guillaume Suzanne/Zariel (illustrations) - 09/2008 - Éditions griffe d'encre

mardi 28 septembre 2010

Exposition Moebius à Paris

Du 12 octobre 2010 au 13 mars 2011, aura lieu à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, une grande exposition sur l'oeuvre de Jean Giraud aka Moebius aka Gir ; et plus particulièrement sur le thème de la métamorphose.

Tarifs :
plein : 7.50€
réduit : 5.00€

Adresse de la fondation :
261 Bd Raspail
75014 PARIS
01-42-18-56-50


vendredi 24 septembre 2010

Le Pianiste déchaîné

Dans le futur le travail de l'humanité est réalisé par des machines qui ont pris de plus en plus de place après la troisième guerre mondiale. Les valeurs essentielles sont devenues la productivité et l'efficacité. L'État-nation n'est plus qu'une notion et le patriotisme un esprit de corps.
Les relations internationales ne tournent plus qu'autour des notions économiques.
Les machines étant devenues plus efficaces que les humains une société à deux niveaux totalement inégaux s'est formée (qui rappelle la vieille répartition moyenâgeuse entre Tiers état, noblesse et clergé): les administrateurs et ingénieurs au QI élevé et aux compétences pas encore surpassées par les machines et les autres, beaucoup plus nombreux, non diplômés, ou pas assez, et moins intelligent. Soit on les occupe à l'armée, on ne leur donne pas d'arme vu qu'on les considère comme incapable de s'en servir correctement, ou ils font semblant de travailler dans les usines dans des services de Reconstruction et de Récupération.
Mais la colère gronde car certaines personnes ne supportent plus de n'être que de simples consommateurs à qui ont ne porte aucun intérêt.
La ville d'Illum, dans l'état de New-York, est une parfaite illustration de ce système: les deux classes sont séparées par un fleuve. Paul Proteus, un ingénieur ayant un poste très important au sein d’Ilium Works et fils d'un figure importante de ce système, a tout pour lui, même s'il sent des rivalité qui pourraient lui nuire. Mais il s'ennuie et a mauvaise conscience. Il se pose donc des questions, commence à fréquenter des personnes de l'autre classe afin de cerner leurs problèmes et remet en question les valeurs qui lui ont été inculqués depuis l'enfance.

L'ambiance est dépressive et cynique. Le lecteur comprend vite qu'à trainer avec l'autre classe et à se poser des questions considérées comme infondées notre héros a de grandes chances de se faire broyer par le système.

On suit en parallèle de l'histoire une multitude de saynète qui permettent une multiplicité de points de vue ce qui apportent une véritable richesse stylistique thématique (un touriste visitant l’Amérique, le Chah de Bratpuhr, accompagné de son neveu et traducteur Khashdrahr Miasma, ou encore le docteur Ewing J. Halyard). Cette aspect rappelle le regard distancié des deux voyageurs des Lettres Persanes de Montesquieu.

Le Pianiste déchaîné ( Player piano) est un classique de l'anticipation dystopique au même titre que Le Meilleur des mondes d'Huxley car Kurt Vonnegut Jr anticipe parfaitement la modernité industrielle et son omniprésente dévastatrice. Le genre d'auteur dont on peut dire "Punaise il avait tout compris dans les années 50 (1952 pour être précis) et les gouvernements ont été trop con pour l'écouter...!"

J'ai lu sur d'autres sites qu'il ne s'agissait pas du meilleur roman de l'auteur, il s'agit en effet d'une œuvre de jeunesse, mais vu qu'honnêtement je le découvre avec ce titre je ne peux qu'être impatiente de lire les autres!

En passant je suis toujours aussi fan de l'illustrateur de la couverture Aurélien Police, son portfolio.

Kurt Vonnegut Jr, Folio sf, traduit de l'américain par Yvette Richards, mai 2010.

vendredi 3 septembre 2010

Peninsule

Que dire ... Un détour par la fnac ... Un regard sur les nouveautés et leur quart de couverture. Un roman accroche l'œil. La présentation semble prometteuse et les critiques promettent la découverte d'un auteur trop longtemps ignoré et aujourd'hui décédé. Ma foi il faut laisser leur chance aux romans inconnus.

Je débute l'histoire et alors, en quelques pages seulement, l'auteur me dresse avec dextérité et subtilité une fresque bourrée d'imagination où les hommes ont appris à "adapter" les animaux marins à la terre ferme et les ont transformés en animaux de compagnie, où les prisonniers peuvent choisir l'esclavage accompagné de potentiels dons d'organes obligatoires afin de réduire leur peine trop souvent excessive, où les étoiles ont accueilli l'humanité qui en a ramené d'étranges créatures comme ces rongeurs dont la peau change de couleur selon l'humeur de leur porteur...

Tout doucement on se laisse immerger dans l'histoire et, subrepticement, on se retrouve plongé dans des situations qui amènent de profondes réflexions sur des sujets aussi variés et d'actualité que l'esclavage, la traite d'êtres humains, l'exploitation des ressources naturelles, le don et la greffe d'organes. Toutefois l'auteur a le talent de faire avancer l'intrigue sans s'attarder dans de trop longues considérations philosophiques, évitant ainsi de rompre le rythme de l'ouvrage et de rebuter les lecteurs les moins intéressés.

Cet ouvrage est en fait une réédition d'un précédent livre "les crocs et les griffes" accompagné de 4 nouvelles s'y rattachant. Les nouvelles sont plus anecdotiques qu'autre chose mais la richesse du roman est telle que je ne peux que le recommander au lecteur curieux de découvrir une SF sobre et humaniste et le déclarer indispensable à tous les mordus purs et durs déjà convertis.

Enjoy ^_^


Michael G. Coney, Pierre Pelot, Jean-Pierre Pugi, et Marc Février Folio Sf, 28 janvier 2010.

jeudi 2 septembre 2010

Le Volcryn et Les Vestiges de l'automne

Dans la droite lignée de leur politique de réédition les éditions Actu SF / Les Trois souhaits publient ce deux titres.

Le Volcryn (Nightflyers en vo) de George R.R. Martin (prix Locus de la novella 1981), écrit 15 ans après Le Trône de fer, est un space opéra oppressant dans lequel un équipage hétéroclite (télépathe perplexe, scientifiques plus occupés à se séduire qu'à résoudre le mystère et obsession de la narratrice, commandant qui ne souhaite qu'apparaître qu'en hologramme...) suit la narratrice Karoly d'Branin, persuadée que la légende de la race extraterrestre des Volcryns existe quelque part.

Si le thème du pétage de câble de l'équipage d'un vaisseau peut paraître un peu classique l'auteur se le réapproprie pour en faire un véritable thriller grâce non seulement à de très fines analyses psychologiques mais aussi grâce à la multiplicité des points de vue et doutes des différents personnages. Il fait ainsi comprendre au lecteur à quel point cette exploration va donner des résultats bien inattendus.


Les Vestiges de l'automne (A piece of the great world en vo) est un inédit qui devait être la fin de la trilogie débutée avec A la fin de l'hiver et La Reine du printemps par Robert Silverberg. On apprend dans une introduction passionnante de Gérald Klein que ce dernier roman, refusé par l'éditeur, est devenu cette novella.
"200 ans après le Nouveau printemps, le Peuple a rebâti une civilisation sur les ruines de la Grande Planète" après une période de glaciation appelée le Long Hiver. Mais des explorateurs vont découvrir qu'une colonie isolée a survécu. Un groupe d'explorateurs part à leur rencontre mais ils ne s'attendent pas à un tel désarroi.

Robert Silverberg interroge de façon humaniste le passage entre vérité historique et établissement de nouvelles légendes. Il questionne aussi la morale: doit-on piller ouvertement un peuple mourant ou attendre sa mort. Peut-être nos explorateurs ne comprennent-ils que ce qu'ils veulent bien lorsque les derniers survivants semblent leur demander comment mourir par l'intermédiaire de leur traducteur?
Il oppose un couple aux idées bien différentes de l'archéologie, de l'anthropologie et du pillage de peuple qui se demandent si l'on doit les ramener, et s'en servir comme bêtes de cirque, ou leur apprendre à mourir.

L'autre intérêt de cette parution est de donner en supplément le synopsis du roman avorté, le background des personnages, des différentes planêtes et citées ainsi que ceux des peuples en présence et la chronologie globale de la trilogie (en vo).

Une novella très émouvante qui pose les vrais questions sur la fabrication de la vérité historique grâce à l'archéologie et l'anthropologie.


(J'ai mis les titres anglais car je les trouvent plus appropriés.)

mardi 31 août 2010

Les Dossiers secrets de Harry Dickson - Tome 1

Voici une redécouverte dont l'histoire éditoriale a été particulièrement orageuse. D'abord édité en roman feuilleton Harry Dickson fut réédité et bien mal traduit en roman classique.
Pour plus d'informations voir l'introduction très intéressante du livre ou le wikipédia consacré au personnage ou mieux le site officiel.

Harry Dickson est un ersatz américain de Sherlock Holmes en plus humoristique qui n'enquête que sur des affaires en rapport avec l'étrange. Dans ce premier tome regroupant les nouvelles La Main étrange et L'Héritage de Cagliostro sont abordé les thèmes de la disparition, de crimes étranges en rapport avec un certain modèle occultiste, des machines, des spectres, des monstres, des gangsters aux costumes trompeurs, plan tarabiscoté, fausses identités.

Par exemple une tueuse machiavélique use d'un déguisement et endosse une fausse identité et recourt à un plan tarabiscoté pour arriver à ses fins. Elle est tuée par un monstre marin mi-singe mi-homme qui ne supporte pas la lumière du jour.

Même si le monstre semble arriver comme un cheveu sur la soupe il apporte un petit air décalé et humoristique à une enquête très sérieuse.

Une (re)découverte très amusante d'un personnage attachant. On s'amusera à faire le jeu des différences avec son modèle Sherlock Holmes.

Brice Tarvel, Éditions Malpertuis, collection Absinthes, Ethers, Opiums, avril 2009.

Le monde enfin

Un vieil homme se promène à cheval dans les restes du monde après une catastrophe dont nous n'apprendrons l'origine que rétrospectivement à la fin du roman.

Ses rencontres sont narrées à travers une focalisation omnisciente, chronologiquement et en alternance avec l'évolution du héros dans les restes du monde ce qui permet que de constater la déliquescence moral et physique des derniers être humains.
On suit d'abord la survie d'une famille dans un quotidien où l'eau est rationnée et les derniers animaux traqués puis la situation dans plusieurs lieux à des années d'intervalle. Dernières errances à Paris, retour inespéré et miraculeux des règles pour une femme qui tient furieusement à tomber enceinte (mon passage préféré je l'avoue par son côté désespéré qui m'a rappelé le film Les Fils de l'homme), un homme térré dans une cave 6 ans après la catastrophe, des hommes se raccrochant à l'Area 167, une base de données de musique située dans une base militaire encerclée par les cyclones et les dinosaures, ou encore un homme qui se réveille dans un hôpital de ladite base et à qui la mémoire revient peu à peu.
Mais deux scientifiques se réveillent dans l'espace: quel avenir? la femme enceinte a-t-elle pu atteindre son objectif?

J'avoue m'être intéressée à ce roman car je suis particulièrement cliente des romans post-apocalyptique et que l'argument me rappelais la reprise de ses droits par la nature développé dans l'essai scientifique de vulgarisation Homo Disparitus paru il y 3 ans.
J'ai particulièrement apprécié l'idée que l'auteur n'explique qu'à la fin du roman la nature du cataclysme et se concentre plutôt sur l'aspect extinction de la race humaine du côté plus quotidien et humain et donc très réaliste.

site officiel de l'auteur

Jean-Pierre Andrevon, Éditions Pocket sf, mai 2010.