"Rana Toad", ça se mange?

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jeudi 31 juillet 2008

Le boulevard périphérique

Un roman fort sur les relations entre hommes, sur la pesanteur de certains êtres, sur la maladie, la guerre et aussi l'espoir. Où l'on suit en parallèle une histoire sombre pendant la seconde guerre mondiale et les pensées d'un homme que le passé rattrape, veillant sur sa belle fille, assistant son combat contre la maladie.

Henry Bauchau a le don de nous secouer sans en faire trop, avec philosophie. Un très beau livre.

Le boulevard périphérique, Henry Bauchau - Actes Sud (prix inter 2008)

Tandis que le métro m'emporte vers la station du fort d'Aubervilliers où je prendrai le bus pour Bobigny, je pense à ma famille telle qu'elle était dans mon enfance.

Le journal d'Hélène Berr

D'avril 1942 à février 1944, Hélène Berr, jeune Française juive de vingt et un ans issue d'une famille aisée et mélomane, agrégative d'anglais à la Sorbonne, a tenu son journal au jour le jour. Sa vie insouciante est bouleversée par les lois antisémites de 1942.

Journal de Hélène Berr, préface signée Patrick Modiano, ed Tallandier (2008)

Il y a trop de mots, mais aucun d'assez fort pour qualifier Hélène Berr : intelligente, passionnée, dévouée? sa plume est incontestablement mature et révoltée.

Ceci est son journal, Paris sous l'occupation, elle a 20 ans, jeune étudiante prometteuse, juive. Au fil des années un étau se resserre sur sa vie, lui retirant un à un ses droits les plus basiques. Une distance sensible se créée et prend la forme d'un gouffre entre ceux qui souffrent pour l'humanité et ceux que leurs destins de bourreaux ou de suppliciés laissent indifférents.

Si cela arrive, si ces lignes sont lues, on verra bien que je m'attendais à mon sort ; pas que je l'aurais accepté d'avance, car je ne sais pas à quel point peut aller ma résistance physique et morale sous le poids de la réalité, mais que je m'y attendais.
Et peut-être celui qui lira ces lignes aura-t-il un choc à ce moment précis, comme je l'ai toujours eu en lisant chez un auteur mort depuis longtemps une allusion à sa mort.

mercredi 30 juillet 2008

J'ai marché sur la Lune

Une heure ou deux suffisent pour engloutir l'ouvrage, et c'est dans les étoiles que nous nous évadons..

Une compilation du journal de Neil, de ses communications avec la Terre et des commentaires de deux auteurs américains, le tout traduit par P.Lewis. (ed "l'esprit du temps")
On regrettera peut-être des erreurs typographiques sur les chiffres annoncés, mais lire les différentes phases de l'alunissage, les manœuvres précises et sans erreurs de Neil qui change de cratère au dernier moment, ses descriptions d'un lieu rêvé dans les mythes antiques, tout est un vrai plaisir de découverte. A lire et à faire lire, pour regarder l'humanité de plus loin, un peu plus haut... jusqu'au prochain voyage!


Le ciel est noir, très sombre.

Mais il fait plutôt penser à la lumière du jour qu'à l'obscurité, quand on regarde par le hublot. C'est étrange mais la surface lunaire parait chaude et accueillante. On aurait envie d'y prendre un bain de soleil. C'est le genre de situation dans laquelle on a envie de sortir avec un maillot de bain pour tout vêtement et de bronzer un peu " " Je suis maintenant au bas de l'échelle. Les pieds du module lunaire ne s'enfoncent que de quatre ou cinq centimètres dans le sol.
Malgré tout, la surface semble d'un grain très fin quand on s'en approche. C'est presque comme de la poudre. Je vais maintenant sauter du module lunaire. " J'avais pensé à ce que j'allais dire, surtout parce que tant de gens m'avaient demandé d'y réfléchir. J'y avais un peu pensé au cours du trajet vers la lune, mais je ne l'ai vraiment décidé qu'à l'instant où nous allions sortir. " Le 20 juillet 1969 à 21 h 56, heure de Houston, Neil Armstrong mit le pied sur la lune et prononça ces mots : " C'est un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité."

La petite capuche rouge

Sûre de son pouvoir de séduction, Methilde se montre hautaine et semble avoir banni le mot «amitié» de son lexique. Pourtant, un jour où elle porte un nouveau pull à capuche rouge, elle se surprend à proposer à deux filles de son collège de réviser ensemble. Elles se retrouvent toutes les trois chez Sarah. En début de soirée, Methilde accepte de porter des provisions à la vieille Irma, qui vit seule en forêt. En chemin, elle vient en aide à Djibril, le frère adoptif de Sarah, coincé sous sa moto. Il l'accompagne chez Irma. Au cours d'une nuit étrange chez la vieille dame, Methilde va se remettre en question, tomber amoureuse, vivre enfin.

La petite capuche rouge, O.Charpentier - Gallimard (à partir de 10-11 ans)

Voilà une histoire où l'on sort des clichés, où le loup est en fait un petit chaperon rouge en colère. Methilde a tout des gens que l'on déteste, odieuse, égoïste, méprisante.. et puis plus on suit son histoire, plus on comprend la taille du mur qu'elle s'est bâtie pour ne plus penser à ses problèmes.

Un bon roman pour ados, qui permet d'apaiser son jugement sur les autres, et puis dans quelle version du petit chaperon rouge trouveriez-vous un aussi beau loup en mal d'amour?

mardi 29 juillet 2008

Digression musicale


Farfouillant sur la toile, à la recherche de plus d'ergonomie pour mon blog qui se remplit comme une outre, j'ai croisé le chemin d'un site à mettre dans ses favoris: "Jamendo".
Jamendo c'est gratuit et légal, et ça offre en téléchargement (avec possibilité de "donation" aux artistes) les productions de groupes/chanteurs indé de qualité.

C'est trié par genre, par affinité et critiqué: un clic et on part à la pêche aux trésors!

Je profite de ma digression pour vanter un Cd dont la couverture hideuse dissimule une playliste incontournable du blues: Young L., Clayton, Rushing Jimmy, Basie C., Page O., Basie Count, Morganfield, Waters, Hopkins, Walker Aaron, Edison, Scott, Joseph P, Cousin, Feather L., Broonzy, Broonzy W. I. C., Williamson, Sam, Lawlars, Vinson E., Robinson J.m., Carr, Carr L., Turner, Turner J. W., Maceo, Merriweather M., Smith, Handy W.c, Ammons, Young.

Vous connaissez, vous aimez? tant mieux! pour les néophytes, le CD est une ouverture sur le blues, un genre qui s'accorde très bien avec un bon bouquin!

A part ça j'ai enfin fini de déménager mes critiques, en y ajoutant quelques nouvelles. La publication va donc prendre un rythme plus cool. Un projet de mise en commun de points de vue pour les collègues libraires et autres mono-maniaques du livres est en cours, à suivre...

Socrate dans la nuit

'Je suis mort le 5 août 2005, à 8h47 exactement. Je le sais parce que j'ai regardé ma montre. J'étais dans mon lit. Mon chien, de toute sa longueur, était allongé contre mon côté droit. Les chiens aiment dormir dans la chaleur tendre de ceux qui les aiment. Ça les rassure. C'est toujours un peu inquiet, un vivant.'

Cornelius Van Zandt a la cinquantaine, il est misogyne, misanthrope, il nous irrite, et puis voila, il a une tumeur. Il vitupère alors, avec un humour cinglant à la Desproges, le style en plus, sur les petites et grandes choses de la vie, et sur la mort.

Un roman cru détonnant, un héros qui rentre dans le lard, mais qu'on aime un peu, finalement, et puis Socrate en guest star, à ses dernières heures qui comme notre homme choit.


Patrick Declerck, Socrate dans la nuit - Gallimard 2008

«Socrate dans la nuit» est aussi une oeuvre de circonstance. Quand il apprend sa maladie, il y a environ deux ans, Patrick Declerck se rend compte qu'il ne peut pas écrire sur un autre sujet. Mais il veut faire un roman, «pas une pathographie». Hanté par la question du temps, il écrit l'histoire de Cornélius. Puis rédige celle de Socrate, d'une traite, avant de croiser l'une et l'autre : «La vérité du roman, c'est la problématique de Socrate avant d'être celle de Cornélius.» (source: nouvel obs: http://bibliobs.nouvelobs.com)

le Montespan

Tout le monde connaît La Montespan, illustre favorite de Louis XIV. Mais son mari, personnage pourtant haut en couleur, est trop longtemps resté dans l'ombre. D'époux comblé, le Montespan devient la risée des courtisans lorsque le roi prend sa femme pour maîtresse. Il n'aura de cesse de braver l'autorité de Louis XIV et d'exiger de lui qu'il lui rende sa femme. Il fut en cela l'une des premières figures historiques à oser contester la légitimité de la monarchie absolue de droit divin.

Un roman assez bourru, dans lequel le mari cocu se défend à sa manière (digne ou pitoyable, chacun y trouvera son compte, mais en tout cas très audacieuse!). Teulé nous fait vivre une époque: on palpe, on hume on écoute la vie qui bat, on perçoit la laideur qui s'élève des tréfonds de Paris à la Cour et à son Roi.

Jean Teulé, le Montespan - Julliard

Et à la fin de dire: on l'aime ce brave marquis de Montespan qui jusqu'au bout aura lutté!

Un aristocrate conseille un autre : 'Les caries sont dues à des vers dentaires qu'il faut tuer avec des emplâtres de poudre de corne de cerf mélangée à du miel.' Et ils trinquent en buvant une eau-de-vie de fenouil, demandent à Montespan: 'Qu'en pensez-vous?' Cravate fatiguée en dentelle, justaucorps râpé et chausses à tuyaux d'orgues avachies, Louis-Henri, sous les lambris d'or, tourne sa veste sale. Il ne se sent pas à l'aise parmi ces gens avec qui il faut toujours avoir la bouche ouverte pour rire ou parler.

l'Obscur

Au début je ne savais pas du tout à quelle époque transposer l'histoire, il m'a fallu quelques pages pour ne plus me croire au moyen-âge, tant les premiers personnages abordés sont rustres et choquants.

Mais non, nous sommes bel-et-bien à notre époque, et plus j'ai progressé dans le récit, plus j'y ai lu - au delà de l'histoire d'un acte innommable et d'un pardon - une critique très lucide du comportement de chacun, tous niveaux sociaux confondus, et d'une société qui se casse doucement la figure.

J'ai bien aimé le roman, pas aussi beau dans l'écriture que le "théorème Almodovar" mais à l'histoire plus complexe, il nous entraine dans une grotte qui m'en rappelle une autre: celle du "Passé devant soi". On a parlé, lors d'une séance du comité de lecture pour le prix Robles dont les dernières critiques sont issues, de la caverne de Platon et je pense vraiment que la métaphore vient à propos.

L'Obscur, Jeanne Labrune - Grasset

Vasilsca

"Vasilsca" est la mise en récit de la phrase "faire son deuil", en passant par plusieurs étapes de réflexions. Les premiers chapitres sont très (trop?) durs. Le style est incontestablement travaillé et comme il a été dit "on s'y croirait". L'histoire m'a beaucoup touchée, même si bien sur de nombreuses incohérences et certaines facilités. Au début je m'attendais à plus: une enquête développée en France, des hasards moins flagrants en Roumanie (ou bien qui aboutissent réellement à un coupable, à une révélation). Et finalement c'est la langueur d'une vie figée, le deuil à assumer, la réflexion, les relations entre les hommes qui me sont apparus comme les thèmes centraux du livre, et en l'admettant j'ai eu beaucoup d'empathie pour ce "héros" qui remonte doucement la pente. Après il est vrai qu'il est plus facile d'amadouer le lecteur en le prenant par les tripes, et le sujet choisi nous embarque directement sur le terrain des émotions faciles.

Donc voilà, bien aimé...

Vasilsca, Marc Lepape - Galaade

La Princesse et le Pêcheur

Histoire d'amour ou fantasme adolescent tout en retenues, immersion onirique à la Murakami dans le folklore vietnamien, et derrière tout ça, distillé, les ravages d'un système et la douleur du déracinement.

Avis globalement positif... oui c'est gentillet, mais "l'amour" asiatique joue beaucoup dans les non-dits et est peu démonstrative.


La mise en parallèle des vies de Nam et de Lan, le personnage de la grand-mère, puis des parents, sont un moyen de décrire et comprendre les différentes situations auxquelles ont pu être confrontés les immigrés vietnamiens ou français d'origine vietnamienne au passé tumultueux. Et le pari est à mes yeux réussi (bon ok, j'adore Murakami donc forcément ça influence..).

Minh Tran Huy, La princesse et le pêcheur - Actes Sud

Sortilège

Deux histoires, deux enfants devenus trop vite adultes, l'un sous les coups de son père, l'autre sous un coup du sort: le cancer. Le premier fugue dans la montagne, tergiverse sur ses premiers émois, mais aussi sur une souffrance emmagasinée, tout en faisant une ascension révélatrice vers les sommets. Le deuxième perd pied, mais avec humour, on lui offre une chienne qui - seule élément de vie dans un univers morbide - va le sortir peu à peu et juste à temps de la tombe.

Sortilège, un livre très émouvant, à la fois drôle et dur, où la nature ambivalente apporte une force salvatrice. (à partir de 12-13)

Jean-François Chabas - Sortilège - Ecole des Loisirs

La reine des heures

La Reine des Heures est une énorme tortue des galapagos de presque 200 ans, qui se promène en mâchouillant depuis une éternité dans un jardin bourgeois de l'Équateur. Nieves, une jeune femme qui a poussé au côté de cette carapace nous raconte ce qui l'a mené à devenir botaniste.

Un portrait d'un pays: l'Équateur, et des massacres commis sur les indiens en des temps pas si reculés.. mais aussi un constat universel fort sur l'état d'être humain.


"La reine des heures", Jean-François Chabas - école des loisirs.

Verre cassé

On m'avait dit qu'il était à se pisser dessus. Il l'est! jubilatoire! cru! détonant!

Sous un soleil africain, dans un bidonville congolais, le vieux Verre Cassé nous dresse dans un style bien à lui le portrait des différents piliers de comptoir de son lieu de beuverie: le "Crédit à Voyagé". Un roman à dévorer au moins une fois dans sa vie!

L'élégance du hérisson

Je m'appelle Renée, j'ai 54 ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.' 'Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.

Au travers des yeux de Renée, une concierge acariâtre aux pieds furonculeux qui cache au fond de son antre la brillance d'un esprit affûté, et dans les journaux intime de Paloma 12 ans, à qui la vie a donné le raisonnement adulte d'un être désabusé, Muriel Barbery nous aide à apporter les mots sur ce ressenti: quel but se donner quand la vie n'a aucun sens: "Car pour vous, je traquerai désormais les toujours dans le jamais. La beauté dans ce monde."

L'élégance du Hérisson est une histoire simple et philosophique. "La physique des catastrophes" de Marisha Pessl empruntait au credo de l'intelligence son côté sceptique et satyrique, pour Murial Barbery, "Ce n'est pas un don sacré, c'est la seule arme des primates", et de critiquer la haute société, nous en offrant les pires stéréotypes.

Dans l'imaginaire collectif, le couple de concierges, duo fusionnel composé d'entités tellement insignifiantes que seule leur union les révèle, possède presque à coup sûr un caniche. Comme chacun sait, les caniches sont des genres de chiens frisés détenus par des retraités poujadistes, des dames très seules qui font un report d'affection ou des concierges d'immeuble tapis dans leurs loges obscures. Ils peuvent être noirs ou abricot.

La vie rêvée des plantes

La vie rêvée des plantes, Lee Seung-U (Trad. C. Mikyung et J-N Juttet) - Zulma

Contraint d'espionner sa propre mère pour un mystérieux commanditaire, Kihyon est confronté à d'obscurs secrets de famille. Par tous les moyens, il tente de réparer les blessures du passé, entre une mère au comportement étrange, un père réfugié dans la culture des plantes et un grand frère adoré et haï, amputé des deux jambes à l'armée. La folle passion de Kihyon pour l'ancienne petite amie de son frère n'arrange en rien la situation. Dès lors, sa confession, lourde de silence et de résignation, de culpabilité et d'espoir insensé, nous plonge dans les formes les plus crues et les plus élevées de l'amour.

Un huis clos au sein d'une famille qui ne se dit rien, deux histoires d'amour qui transcendent l'espace et le temps, un narrateur qui d'un bout à l'autre de l'histoire grandit, voila ce que nous livre Lee Seung-U, dans le contexte coréen que l'on connaît.
La progression du narrateur et de son image auprès des différents protagonistes est à mes yeux la phase la plus intéressante du livre. C'est sans compter l'intensité narrative qui nous emporte crescendo jusqu'à la fin de l'histoire.

Un roman intimiste qui se lit encore mieux à haute voix.

«Y en a pas deux comme elle, vous pensez pas ?» je me suis dégagé d'elle et je suis parti avec l'envie de l'injurier. Je hurlais en moi même que des mères, y en avait pas deux comme elle. Non, pas deux ! Et cette voix, au fond de moi, faisait voler mon cœur en éclats.

La physique des catastrophes

Bleue Van Meer serait une adolescente américaine tout à fait ordinaire. Sauf que, à cinq ans, elle perd sa mère dans un accident de voiture et que son père, un intellectuel exubérant et excentrique, la ballotte désormais d'une ville universitaire à l'autre, vers de nouvelles aventures, toujours sur la route.

Marisha Pessl fait un pied de nez à tous les clichés de l'Amérique d'aujourd'hui. Outre un humour décapant, bourré de références culturelles, le roman est également un polar, Bleue en investigatrice. Sans exiger le pire de nous pour résoudre l'intrigue, l'auteur nous ballote de découvertes inédites en situations cocasses dans un style extraordinairement fluide et érudit.

Un excellent roman qui surprend comme une petite bombe les lecteurs avachis..

Papa disait toujours qu’il faut une sublime excuse pour écrire l’histoire de sa vie avec l’espoir d’être lu. " À moins que ton nom ne soit comparable à ceux de Mozart, Matisse, Churchill, Che Guevara ou Bond - James Bond -, il vaut mieux que tu consacres ton temps libre à peindre avec tes doigts ou à pratiquer le palet, car personne, mis à part ta pauvre mère aux bras flasques et aux cheveux rêches qui te couve d’un regard tendre comme du veau, ne voudra écouter le récit de ta pitoyable existence, laquelle s’achèvera sans doute comme elle a commencé – dans un râle."

In memoriam

On dit Linda Lê baroque, son univers intimiste, ses lecteurs transcendés.. J'aurais pour ma part envie de partager sa maîtrise de la langue française. Il y a long à dire sur la perfection de son style, mais si peu sur l'histoire du roman: "Le récit d'une relation triangulaire entre une femme écrivain suicidée et les deux frères qui se disputèrent son amour..."

J'ai eu trop peu d'empathie pour les protagonistes. Linda Lê passe les mots au scalpel et il n'en sort aucune saveur. In Memoriam m'a fait penser à un long exercice de style, une ébauche d'émotions qui ne prennent jamais leur envol. C'est malheureusement le problème de bien des livres de cette rentrée littéraire..

Je me suis toujours défilé en excipant de mon adage selon lequel l'homme clairvoyant ne conçoit qu'une seule échappatoire : le renoncement. C'est ainsi que je me suis retrouvé végétant dans cet espace intermédiaire où de la vie je ne reçois qu'un faible écho. La diligence que mettent mes congénères à mener leur train-train me hérisse.

Chronique de l'asphalte 1/5

Je sortis l'appareil que je pointai vers la banlieue qui s'étendait devant moi. L'impression qu'au moment de déclencher, les immeubles, le béton, les néons, les rideaux de fer, les graffitis les terrains vagues, les usines, les gens et le monde tout entier s'engouffreraient en moi.

Chronique de l'asphalte T1: " le temps des tours", premier volume d'une série de 5 tomes retraçant la vie de Samuel Benchetrit (sorti en poche). Le livre ne pèse pas bien lourd, on l'engouffre dans le RER, entre Chelles et Gare de l'Est.
Sammuel gamin habite au sixième étage d'une tour de banlieue. Il décide de nous retracer son enfance à travers des anecdotes vécues à chaque étage par ses voisins ou amis; histoires cocasses ou tordues, parfois tendres qui mettent à jour l'humanité qui bat au sein de ce réseau bétonneux dans les années 80.

Il ne m'en est restée que deux ou trois fou rires, un peu de faits divers qui laissent pantois, et le néant.. un moment furtif, mais agréable toutefois. Le tome 2 est disponible en grand format en librairie.

la théorie des nuages

Il est question de nuages et Virginie Latour commence à comprendre. Elle comprend qu'au début du dix-neuvième siècle quelques hommes anonymes et muets, disséminés dans toute l'Europe, ont levé les yeux vers le ciel. Ils ont regardé les nuages avec attention, avec respect même ; et, avec une sorte de piété tranquille, ils les ont aimés." Akira Kumo est un couturier japonais. Il collectionne les livres consacrés aux nuages. Pour classer sa bibliothèque, il engage Virginie Latour, une jeune femme, à qui il raconte des histoires de chasseurs de nuages. Celle de Luke Howard qui inventa leurs noms, celle de Richard Abercrombie qui fit le tour du monde pour voir s'ils étaient partout identiques, d'autres encore, aussi surprenantes que le jeu des nuées.

A l'instar de ce que l'on pourrait croire, La Théorie des Nuages n'est nullement un ouvrage romancé de vulgarisation scientifique. De grands savants il y en a, de cumulus, stratus et nimbus également, mais ceux, comme cette alchimie floconneuse au dessus de nos têtes, contés, divagués, parfois rêvés par Stéphane Audeguy.

Le roman évolue à un rythme lent et régulier, entre le passé d'Akira Kumo à Hiroshima ou se profila un jour un bien noir nuage, le présent de Virginie qui d'aucune passion va finalement apprendre à vivre et en troisième lieu ces anecdotes surprenantes et parfois pittoresques des pionniers des nuages.
Chemin faisant vers le XXème siècle, on s'arrête avec nostalgie sur le dernier savant rêveur qui parti de l'idée de cartographier la forme de nuages du monde, fini par immortaliser les chairs, au sein d'un mystérieux livre: le protocole Albercrombie.

Stéphane Audreguy en était alors à son premier roman, une histoire sensuelle et poétique des nuages qui se lit mieux à voix haute, au rythme de leurs passages dans le ciel.

Dogra Magra

Une victoire que la lecture de cette œuvre décalée et immersive, elle m'aura pris deux mois. Dogra Magra titre du livre, formule cabalistique nipponne, fait pour moi écho aux infinis retournements de cet étrange investigation. Notre narrateur (si tant est qu'il y en ait un) se réveille commotionné dans une cellule psychiatrique sans aucun souvenir, même de son propre prénom. Pris en charge par deux savants confrères, on tente petit à petit de lui faire prendre conscience de ses actes: il aurait tué 7 personnes, victime d'un crime d'un genre nouveau: "le crime à l'arme psychologique".

Mais voila, est-il vraiment ce qu'on prétend qu'il est? et puis, pris dans un tourbillon de faits, de preuves mais aussi de mensonges, la vérité se fait confuse, au grand plaisir des docteurs. Eux même ne seraient-ils pas peu ou prou mêlés à cette histoire ésotérico-scientifico révolutionnaire?! Beaucoup de questions tournoient, les styles, et les genres s'alternent et embrouillent le lecteur qui sent lui même poindre une certaine folie..

Magistral, décalé, Dogra Magra est un Ovni inclassable édité en 1932 au Japon, réédité bien des fois, étudié, et ici en France, traduit avec brio par Patrick Honnoré qui nous en laisse un gout indescriptible..

[...]Alors, les yeux fixés de toutes mes forces sur le Dr Masaki, je sentis qu'il me fallait à tout prix attendre, fût-ce au péril de ma vie, jusqu'à ce que ces lèvres noires et difformes s'ouvrent et s'expliquent...... sans doute parce que mon âme avait été entièrement aspirée par les deux docteurs au nom de la beauté d'une expérience de psychiatrie au comble de l'étrange qu'ils cherchaient à se voler mutuellement et pour laquelle ils épuisaient, non pas leurs forces vitales, mais bien leurs forces de mort...... [...]

Angélique Boxe

Histoire de vie racontée à deux voix, le roman est à la fois journal et témoignage d’une enfance marquée par l’échec, la mort et l’humiliation.

Angélique grandit dans une cité meusienne, au sein d’une famille de frères aînés, d’un père au travail et d’une mère effacée. Elle veut s’en sortir sans grandes prétentions, s’élever loin de cet univers morose, au dessus des gens qui ne la comprennent pas. A cet environnement disloqué, à cet avenir plombé elle répond par la boxe : « Ce sac en cuir fendillé, qui s’écarte si peu de son axe, Angélique voudrait l’éclater, l’éventrer, le vider de tout son sable qui amortit et qui étouffe. Ce sac, c’est sa vie, inerte, avec son balancement d’horloge que rien ne perturbe, ou presque.»


Angélique Boxe, Richard Couaillet - Actes Sud


La juste sensibilité de l’écriture de Richard Couailler fait contraste avec les coups qu’accuse le lecteur. Actes Sud nous réserve de très agréables découvertes en ce qui concerne les romans adolescents. Angélique Boxe en est l’une des plus intenses.


Il y a le pouvoir de faire exister les autres dans la douleur.

Devenir celui qui fera exister la peur dans la chair de l’autre, l’anéantir dans cette peur, le supprimer en le laissant vivant. Je crois que c’est ça qui les fait jouir. L’illusion d’exister.

Trilogie Millenium

Un morceau de choix que la trilogie Millénium chez Actes Sud. Encore une fois, Marc de Gouvenain dans les parages, comme éditeur d'abord, mais aussi comme traducteur puisque l'auteur Stieg Larsson est suédois..

Du thriller, du bon, dans le monde économico-journalistique, avec des personnages à la sexualité débridée et au tempéraments bien trempés.

Dans les textes de Stieg Larsson, on parle de la femme dans les abus et les violences qu'elle subit au sein d'une société. Un féminisme distillé, en particulier par un personnage à la capacité mémorielle surdéveloppée: Lisbeth Salander. Lisbeth, un bout de femme qui en veut pour une trilogie qui a tout d'une œuvre culte!

Tokyo

Tokyo, de Mo Hayder, est un thriller, mené comme un diptyque, où l'on retrouve d'un côté Grey, une héroïne fauchée, émigrée à Tokyo sans un rond, hôtesse à ses heures dans un bar pour yakusa et monomaniaque, pour des raisons ambigües du massacre de 1937 à Nankin;
de l'autre Chongming, professeur à Tokyo, qui partage avec nous son journal, témoignage des heures les plus sanglantes de Nankin. Chongming est également détenteur d'une bande vidéo révélatrice qu'il refuse de monter, et qui permettrait à Grey de résoudre l'histoire d'un massacre, mais aussi celle de sa vie..

Tokyo, Mo Hayder (trad. Hubert Tézenas) - presse de la cité (sorti en poche)

Un roman distrayant en période estivale.

Enfance au féminin

Je suis l'enfance de Taslima Nasreen, la bas au Bengladesh. Une enfance terrible ou le droit humain, celui de la femme est bafoué. Taslima Nasreen est exilée, fuyant une fatwa prononcée par les fanatiques de son pays pour ses publications.

Elle dont le cœur ne bat que pour un lieu sur terre a choisi son exutoire: l'écriture.


Dès l'âge de 6 ans, j'avais compris la très grande cruauté de ce monde dans lequel il n'est guère de plus grande misère que de vivre au féminin.

Le voyage extraordinaire d'Alexandra David Néel

Madame David-Néel ne s'est jamais arrêtée. Comment en aurait-elle eu le temps ? Elle s'incarna, en une seule existence, en tant de personnages : anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, cantatrice, orientaliste, exploratrice (elle fut la première Parisienne à pénétrer à Lhassa en 1924), journaliste, écrivain... Celle qui, centenaire, faisait, à l'étonnement de son entourage, renouveler son passeport, n'a consenti à se reposer qu'en consentant à mourir, en 1969. Et encore, rien ne prouve que la mort, pour Alexandra, soit un repos éternel !

Biographie d'une grande exploratrice se pliant peu aux conventions réalisée par Jean Chalon (écrivain et journaliste)

Alexandra David Néel est une personne à laquelle on a envie de s'identifier pour son courage, sa curiosité et sa répartie. La biographie est très vivante, parfois très drôle, Jean Chalon y incorporant des extraits des lettres et écrits de Mme Néel tout au long de ses aventures, souvent des plus cocasses. Plus qu'une vie il s'agit également de retracer à travers l'exploratrice l'identité de pays secoués par l'histoire (notamment la Chine), tout en décortiquant les croyances les plus barbares de territoires reculés (jusqu'aux moines cannibales!)

Très bon livre qui nous plonge la tête à l'autre bout du monde l'espace de quelques nuits..

Ermites dans la taiga

Toujours chez Actes Sud, toujours publié par Marc de Gouvenain cette fois dans sa collection "Aventure" (en collaboration avec le directeur d'édition Bertrand Py): Ermites dans la taïga de Vassili Peslov, traduit du russe par Yves Gauthier.

Ce récit fait figure de documentaire accompagné de cartes et de photographie, son histoire n'en est pas moins des plus extraordinaires..

Une famille de vieux-croyants démunis à l'extrême, subsistant dans une cabane misérable, en pleine taïga, coupés de la civilisation depuis... 1938 : telle est l'incroyable réalité décrite par Vassili Peskov, qui raconte ici avec passion et minutie l'aventure des ermites de notre temps, puis les vains efforts de la plus jeune d'entre eux, Agafia, pour se réadapter au monde. Nouvelle version du mythe de Robinson, manuel de survie dans la taïga, histoire de femme aussi, ce livre riche et multiple a rencontré lors de sa parution chez Actes Sud en 1992 un succès qui ne s'est jamais démenti. Et Agafia, sa magnifique héroïne, vit toujours, loin du " siècle ", dans la sauvage solitude de la taïga.

Le plus frappant dans ce récit a été pour moi la vie quotidienne de la famille Lykov hors de toute progression technologique; leur rencontre avec les autres hommes, ce qui, pour deux membres de la famille était une première. Cette rencontre devint pour les géologues (premier à découvrir leur isba) l'équivalent d'un voyage temporelle dans l'ancienne Russie. Les Lykov lisent de l'ancien russe, n'ont jamais gouté de lait et encore moins vu de vache, ne savent rien de la seconde guerre mondiale qu'ils ont traversée loin de tout. Leur condition de vie est très pauvre, on meurt pour si peu dans la taïga, victimes des caprices d'une nature souvent hostile mais pourtant très prolifique. Une histoire qui a pris beaucoup d'ampleur en Russie et qui a d'ailleurs permis à la dernière représentante des Lykov: Agafia, de survivre.

Arrive-t-il à cette personne si peu commune de songer à la mort qui, mais le comprend-elle, la guette à chaque instant? Oui, elle y songe, oui, elle le comprend. Mais la mort pour Agafia, ce n'est pas la même chose que pour la plupart d'entre nous. Ce n'est qu'une frontière vers un autre royaume. "Et si tu rencontres un ours et qu'il te déchiquette, de quelle résurrection peux-tu parler?" Mais cette éventualité n'alarme point Agafia. "Ah! Vassili Mikhaïlovitch, tout se recoudra là-haut."

Marée stellaire réédité!

Je profite de la réédition récente de ce space opéra pour vous en parler. Ici ce sont des civilisations galactiques qui se déchirent autour d'une planète composée d'eau et de métal, afin d'être les premiers à dénicher le vaisseau terrien qui s'y est réfugié.

Dans l'univers que dépeint David Brin, chaque civilisation a un jour vécu une "Elevation" par une race patronne; autrement dit, elle a acquis par le biais de cette dernière les progrès scientifiques et l'évolution génétique nécessaire pour être considérée comme civilisée.
L'Humain reste le grand mystère: enfant-loup n'ayant été l'élève de personne, il est le seul des espèces galactiques a avoir vécu l'Evolution et ses aléas.
Il décide de lui même d'Elever à ses côtés les dauphins et les chimpanzés.

Suite à une découverte capitale et hasardeuse sur la source de toutes les civilisations galactiques, un équipage de ces terriens fraichement évolués composé en majorité de dauphins se retrouve coincé sur une planète à l'écologie très particulière, encerclé par des hordes de fanatiques de tous poils et toutes mandibules..

Marée stellaire, David Brin (trad. Gérard Lebec) - Folio SF

Marée Stellaire fait parti d'un cycle dont je n'ai pas lu le premier volet appelé "Elevation". Texte culte du gente, il promet un excellent moment d'évasion!

Courir avec des ciseaux

"Courir avec des ciseaux" est un roman autobiographique écrit par Augusten Burroughs, sorti aux US en 2002 et devenu Best Seller, traduit de l'américain par Christine Barbaste; une bonne critique du Matricule des Anges, une quatrième qui laisse présager un roman fort, une biographie qui retrace la vie d'un jeune adolescent vivant les Amériques des années 70.

Augusten a toujours su qu'il était différent. Mais différent de qui, de quoi ? De l'Amérique des années 70 ? De sa mère, complètement psychotique, qui se fait tripoter par la femme du pasteur en déclamant des poèmes ? De son père, alcoolique, qui testerait bien le couteau à pain sur la gorge de sa femme ? De son psy et tuteur légal, encore plus déjanté, qui lit l'avenir dans ses étrons, une Bible à la main ? Augusten verra bien. En attendant, il vit, tout simplement. Il pense à l'avenir. Il sera star, ou docteur, ou coiffeur. Il arrêtera de manger des croquettes pour chats. Ou pas. Récit d'une adolescence pas comme les autres dans une époque pas comme les autres.

Tout est raconté froidement, mais comment faire autrement? Comment supporter certains passages de cette vie sans préalablement annihiler toute émotion, de peur de devenir fou? Sans le moindre repère, à 13 ans Augusten a le droit de faire ce qui lui chante, de mener sa vie "d'adulte". Il doit également en supporter les conséquences. Les personnages issus de l'histoire sont tous déséquilibrés.

On y croit pas, on ose pas croire. Augusten Burroughs a vécu trop et je n'ose pas m'avancer dans la critique d'une histoire qui me dépasse, résultat mitigé.

Bethsabee

J'ai lu ce livre en préparation d'une rencontre avec Marc de Gouvenain, directeur de plusieurs collections de langues étrangères chez Actes Sud. En temps que novice en littérature nordique je lui ai demandé de me conseiller quelques ouvrages de sa publication qu'il avait particulièrement appréciés. On en arrive à Bethsabee de Torgny Lindgren, traduit du suédois par Marc de Gouvenain lui même.

Bethsabee est une histoire transmise oralement à Lindgren par sa grand mère et qui va bien au delà de la simple aventure biblique.
Récapitulons: Bethsabee est une femme mariée à Urie, soldat hittite du roi David. Ce dernier tombe sous le charme de Bethsabee et pour l'avoir, envoie Urie à la mort. Bethsabee possédée par le roi David enfante de Salomon, qui devient roi à l'issue d'une lutte sans merci pour le pouvoir au sein de la famille royale.

Bethsabee incarne la féminité et au delà, elle s'établit par la ruse bien au dessus du roi et de dieu en décidant qui sera élu ou sacrifié. Pour Lindgren la bible s'écrit dans le sang de luttes intestines et le sacré n'a qu'un statut arbitraire; la réflexion philosophique qui émerge du récit n'a rien à envier à des ouvrages plus cartésiens.

Ce monument de la littérature suédoise a reçu le prix Fémina, premier grand prix chez Actes Sud en 1987.

Le faucheur

Fantômes, vampires, zombis, banshees, croque-mitaines... Les morts vivants se multiplient. Car une catastrophe frappe le Disque-Monde : la Mort est porté disparu (oui, la Mort est un mâle, un mâle nécessaire). Plus moyen de défunter correctement. Fini le repos éternel et bien mérité ! Il s'ensuit un chaos général tel qu'en provoque toujours la déficience d'un service public essentiel. Et pendant ce temps-là, dans les champs d'une ferme lointaine, un étrange et squelettique ouvrier agricole manie la faux avec une rare dextérité. La moisson n'attend pas...

J'ai lu les deux premiers tomes des annales du Disque-Monde et celui la - 11ème de son état - m'attirait particulièrement.

Drôle, macabre et cynique, enfin un livre consacré à une entité clef de l'univers de Pratchett: la Mort! .. un des tomes les plus relevés, foisonnant d'idées les plus délirantes, mon préféré!

Le maitre du haut chateau

K.Dick traduit par Jacques Parsons.

En 1947 avait eu lieu la capitulation des Alliés devant les forces de l'Axe. Cependant que Hitler avait imposé la tyrannie nazie à l'Est des Etats-Unis, l'Ouest avait été attribué aux Japonais. Quelques années plus tard, la vie avait repris son cours normal dans la zone occupée par les Nippons. Ils avaient apporté avec eux l'usage du Yi-king, le livre des transformations, le célèbre oracle chinois dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Pourtant, dans cette nouvelle civilisation, une rumeur étrange circulait. Un homme vivant dans un Haut Château, un écrivain de science-fiction, avait écrit un ouvrage qui racontait la victoire des Alliés en 1945...

Bien au delà d'un simple constat imaginaire le livre est un objet qui stimule notre conscience. K.Dick amène un élément discordant à l'uchronie: le livre "la sauterelle pèse lourd", uchronie dans l'uchronie que chacun des personnages principaux est amené à discuter.

Sommes nous échos à ceux la même qui se questionnent? pires ou meilleurs que ceux que l'histoire a éclipsé? quelle route sommes nous en train de prendre cheminant parmi des millions d'autres?

Un livre important paru en 62 qui se doit d'être lu et encore plus aujourd'hui.

La femme des sables

Heurs et malheurs d’un homme qui, parti à la recherche d’un insecte des sables, échoue dans un petit village perdu au fond des dunes. Commence alors un étrange cauchemar… La Femme des sables est incontestablement l’un des plus grands romans de la littérature japonaise contemporaine. Traduit dans le monde entier, il a été couronné, au Japon, par le prix Akutagawa (1962) et, en France, par le prix du Meilleur Livre étranger (1967).

Classique littéraire nippon paru dans les années 60, ce roman a une portée énorme, la nature humaine et ses passions sont mises à nu.

"L'homme" et "la femme" n'ont pas de noms; cloitrés dans une maison ou il faut sans cesse écoper les pellicules de sable qui se déposent, ce sont deux entités qui pourrait symboliser l'humanité entière.
Abe Kobo apporte tellement de messages, de métaphores à son roman, qu'une simple analyse comme celle ci ne parviendrait jamais à aborder dans son ensemble!

(livre paru chez Stock et en poche)

La traduction est très textuelle, un choix volontaire de Georges Bonneau, le traducteur. Ça ne facilite pas la lecture, mais finalement préserve tout l'effet de la tournure nippone, ce qui permet d'autant plus de s'approprier le texte.

La femme dormait parfaitement nue. Dans son champ visuel tout embrumé de pleurs, la femme apparaissait comme une ombre flottante. Elle dormait à même la natte, couchée sur le dos, et, à l’exception du seul visage, le corps entier tout découvert. Le bas-ventre était ferme, tendu, avec, de chaque côté, un pli étranglé ; et la main gauche, si légèrement, y reposait. […] Sur l’entière surface du corps, une couche de sable à fine texture posait, on eût dit, une tunique aussi fine et souple qu’une membrane. Noyant les détails, le sable détachait, en les forçant et en les magnifiant, les courbes où se révèle et s’offre l’éternité de la femme. A s’y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue…

Anansi boys

Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.

Toujours dans l'univers d'"American Gods", "Anansi Boys", plus léger tout en restant mordant nous fait partager la vie de Gros Charlie, un américain expatrié à Londres qui mène une vie on ne peut plus normale..
Normale, banale, oui! jusqu'au jour ou le père de Gros Charlie, le dieu Anansi, casse sa pipe et laisse ce dernier avec un héritage bien plus que pesant.

Prenant et rebondissant ce roman de Neil Gaiman paru au Diable Vauvert (sorti en poche) n'est à mes yeux pas aussi fort que son prédécesseur dans le monde des dieux. Il garde pourtant son pesant de fous-rires et m'a éloigné pendant quelques heures de la monotonie des transports parisiens.

Gros Charlie avait soif. Gros Charlie avait soif et mal à la tête. Gros Charlie avait soif et mal à la tête et un goût affreux dans la bouche et ses yeux étaient trop serrés dans leurs orbites et toutes ses dents l'élançaient et son estomac le brûlait et son dos lui faisait mal, grosso modo entre les genoux et le front, et son cerveau lui avait été arraché, remplacé par des boules de coton, des aiguilles et des épingles, raison pour laquelle il lui était douloureux de réfléchir, et ses yeux n'étaient pas seulement trop serrés dans leurs orbites mais ils s'étaient sans doute détachés au cours de la nuit, avant d'être remis en place à l'aide de clous de tapissier, et il remarqua soudain que tout ce qui dépassait le niveau sonore du délicat mouvement brownien des molécules d'air frottant les unes sur les autres dépassait également son seuil de douleur. Par ailleurs, il aurait voulu être mort. Chapitre : cinq : Dans lequel nous examinons les nombreuses conséquences d'une gueule de bois

C'est dans la poche

Jacques Sadoul est une personnalité de l'ombre. Directeur éditorial de "J'ai Lu" où il a permis le développement du genre SF jusqu'en 1999, créateur de la collection Librio, l'homme nous fait partager nombre de ses réussites et rencontres (de Van Vogt à Neil Gaiman en passant par Stephen King ou Gotlib). Outre ses péripéties éditoriales, c'est une partie du siècle que l'on traverse commentée parfois avec une ironie à laquelle on a le choix d'adhérer..
J'aboutis avec ses mémoires parues étrangement chez Bragelonne à une vision du monde éditorial qui avait commencée à germer lors de ma lecture de la biographie passionnante de Gaston Gallimard: l'édition c'est des paris osés, des relations à maintenir ou à créer, du flair et du caractère. Pour les grands cela reste un milieu ou tous les coups sont permis et ou il faut savoir agir au bon moment afin d'acquérir titres et auteurs.

Loin d'être en contradiction avec ce combat éditorial, on retrouve chez Jacques Sadoul cette envie de donner accès au grand public à des titres qui n'auraient vu le jour. En partie grace à lui des genres tels que la SF, la BD et plus tard le manga on pu été promus dans l'hexagone.

Sprats

Tous les indices se recoupent : je suis un monstre.

C'est souvent par une phrase brève et choc qu'Allia nous présente ses romans. Leur crédo: les livres dont le manuscrit est inclassable. David Bessis, l'auteur de Sprats publié en 2005 est avant tout un chercheur scientifique, ce qui se reflète d'une manière équivoque dans ce premier roman. Rédigé sous forme de journal le récit se déroule dans un laps de temps de quelques mois en 2014. L'homme nous détaille depuis l'hôpital où il est mis en quarantaine son cas extraordinaire: il se réveille un matin des tentacules liées à son abdomen suite à l'ingestion d'une boite de sprats périmée! Un clin d'œil à Kafka dans l'isolement progressif du narrateur au sein de l'hôpital durant son internement: même si l'homme est devenu phénomène, le corps médical observe une complète incompréhension et un certain mépris face à cette évolution irrationnelle du genre humain.

Le journal se dévore d'une traite et peut s'interpréter de manière infinie. Remarquablement bien écrit, on ne saura ni l'issue ni les causes de cette étrange métamorphose, sinon qu'il offre au lecteur une vision de l'avenir qui promet de grands changements!

American Gods

Dans le vol qui l'emmène à l'enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur ? Et en quoi consiste réellement le travail qu'il lui propose ? En acceptant finalement d'entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d'un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l'ancien monde et nouvelles idoles profanes de l'Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l'aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde...

American Gods paru en 2001 dans sa version originale puis traduit de l'anglais par Michel Pagel en 2002 au Diable Vauvert (paru également en poche) est un livre qui mérite ses prix!
Ayant abordé les écrits de la nouvelle génération fantastique anglaise avec Gaiman et son excellent livre De Bons Présages en collaboration avec le non moins fameux Pratchett, il me semblait incontournable de passer par son plus grand succès: American Gods. L'Amérique, continent qui a accueillit bien avant Colomb une foultitude d'hommes et de croyances est aujourd'hui en proie aux nouveaux dieux: l'internet, les médias, la consommation. C'est un combat mortel qui s'engage entre les divinités évoluant parmi nous depuis des millénaires et les nouveaux arrivants.

Rythmés, les livres Gaiman se lisent d'une traite, il joue d'ailleurs beaucoup sur des retournements inattendus et l'on s'y ennuie peu.

Marche ou crève

Mieux que le marathon... la Longue Marche. Cent concurrents au départ, un seul à l'arrivée. Pour les autres, une balle dans la tête. Marche ou crève. Telle est la morale de cette compétition... sur laquelle une Amérique obscène et fière de ses combattants mise chaque année deux milliards de dollars. Sur la route, le pire, ce n'est pas la fatigue, la soif, ou même le bruit des half-tracks et l'aboiement des fusils. Le pire c'est cette créature sans tête, sans corps et sans esprit qu'il faut affronter : la foule, qui harangue les concurrents dans un délire paroxystique de plus en plus violent. L'aventure est formidablement inhumaine. Les participants continuent de courir en piétinant des corps morts, continuent de respirer malgré l'odeur des cadavres, continuent de vouloir gagner en dépit de tout., Mais pour quelle victoire ?

Dans une société ou la TV réalité prends une place dominante, ou la population regarde d'un œil avide l'évolution de quelques uns dans un aquarium, ce roman signé Richard Bachman aka Stephen King prend tout son sens. Le plus surprenant dans ce périple haletant c'est que nous lecteur prenons place au milieu de cette foule qui moralement est si repoussante: on veut savoir qui continue à marcher et qui va crever.

Traduit de l'anglais pas France-Marie Watkins (poche ldp), ce roman fait sonner le glas sur le devenir de notre société et met à nu nos penchants les plus bas pour la mort et la déchéance des autres.

Les bébés de la consigne automatique

Hashi et Kiku, deux bébés abandonnés dans une consigne de gare, passent leur petite enfance dans un orphelinat. La recherche de leur identité les entraînera dans les bas-fonds de Tokyo, où Hashi se prostitue avant de devenir un chanteur de rock adulé, tandis que Kiku, champion de saut à la perche, se retrouve en prison pour parricide.
Le roman suit en parallèle les destins des deux frères, décrivant le mécanisme qui les pousse à revivre sans cesse le traumatisme de leur enfance, racontant comment ces enfants purs et attachants passent du statut de victimes à celui de bourreaux.


S'il fallait un meilleur, ce serait celui-ci. Murakami emploie des mains de chirurgien afin de trancher les veines battantes de Tokyo, toujours aussi acide, toujours aussi froid.

Hashi et Kiku, deux destins bien différents unis par le battement de cœur d'une mère. Deux folies destructrices qui entraineront le monde avec elles.

Traduit du japonais par Corinne Atlan (Picquier), un roman qui se dévore littéralement.

Moi petit hominidé poilu recherche tribu désespérément

Roman paru chez Pocket Jeunesse, écrit par Arthur Slade et traduit de l'américain par Bertrand Ferrier

En hommage à son père, explorateur, Percival Montmount Junior a décidé d'étudier les hommes. Ses voisins de lycée dont partie de " tribus " : la Tribu Parce-que-je-le-vaux-bien, La Tribu aux marques incontournables, la Tribu Jamais sans mon téléphone... Avec Elissa, sa copine, seul autre membre de la Tribu des anthropologues qu'il a fondée, Percy va tâcher de percer le mystère de l'Homo sapiens en observant ses collègues de lycée... Et il y a de quoi faire !

Dans un lycée à l'américaine, on trouve des tribus de stéréotypes ambulants et seul à part: Perk, apprenti anthropologue et grand fan de Darwin qui nous établi un compte-rendu de ses aventures. Un style volontairement complexe (pompeux?) qui ne facilite pas la lecture, surtout pour un public jeune. Quelques révélations cependant permettent à cette histoire de décoller puisque le jeune Perk a vécu un deuil et la "disparition mystérieuse de son père" qui excuserait en somme son comportement mi-pédant mi-paumé.

Je ne pense pas que ce roman trouve facilement un lecteur, mais c'était bien essayé...

Gaston Gallimard

J'ai fini la biographie de Gaston Gallimard écrit par Pierre Assouline et parue chez Point Seuil.

Remarquable travail de fourmi pour réussir à rendre vivant non seulement un homme, mais toute l'édition française depuis le début du siècle.

Ecrit de manière dynamique et simple, avec des anecdotes assez surprenantes, ce livre est incontournable pour tous ceux et celles qui travaillent dans le monde du livre ou le côtoient.
Il peut toucher aussi les amateurs d'histoire puisque nous traversons un siècle de littérature bousculée par les guerres, surtout la deuxième sous l'occupation allemande, durant laquelle la collaboration, la diffusion - ou non - d'auteurs prends une tournure de cas de conscience; l'aventure Gallimard s'accompagne d'auteurs illustres: de Proust à Kessel en passant par Malraux, Saint-Exupéry, Camus et tant d'autres.

C'est la découverte du monde de l'édition dont nous n'avons pas toujours conscience: une lutte sans merci ou tous les coups bas sont permis, des paris audacieux enfantant des livres qui traverseront le siècle pour devenir nos classiques. Il permet par ailleurs de comprendre les enjeux des grandes maisons actuelles, leur politique par le biais de leurs relations passées.

Certes, de grands éditeurs, il y en eut d'autres et non des moindres. Mais de tous ceux qui s étaient lancés dans cette aventure au cours de la première décennie du siècle, il fut certainement le seul, au soir de sa vie, à pouvoir se permettre de feuilleter l épais catalogue de sa maison d édition en se disant : "la littérature française, c est moi."

La cité des livres qui rêvent

Panama est une maison d'édition issue d'une division du Seuil. Assez récente, elle fait son bonhomme de chemin en proposant des albums et des romans qui, bien qu'ayant parfois du mal à trouver lecteur, ont beaucoup d'originalité.

Pour "La Cité des Livres qui rêvent", je pourrais déjà parler de la mise en page soignée, de l'illustration réussie qui ponctue le récit; je pourrais commenter le style travaillé de l'auteur, ses jeux de mots ambigus; mais mieux vaut finalement parler de l'histoire qui en elle même est très prenante.

"La Cité des Livres qui rêvent" est un roman d'aventure qui parle de .. livres! Notre narrateur - un dragon peu expérimenté alors - va, suite à la lecture d'un récit "parfait", se rendre à Bouquainville pour en retrouver l'auteur. A la surface de la ville, tout tourne autour des livres: on y fait des lectures, les patisseries ont des noms d'écrivains, on s'arrache les meilleures affaires parmis les milliers de librairies. En dessous de la ville, dans les Catacombes, là où nous porte la quête de notre héros, la vie également est prolifère: ce lieu terrifiant renferme de terribles monstres, des chasseurs de livres, des traîtres, des livres vivants, empoisonnés, piègés, des civilisations disparues et oubliées.. et plus on s'aventure profondément, plus on peut percevoir les soupirs du roi des lieux: le Roi des Ombres.

Ce roman destiné à la base à un public adolescent (à partir de 13 - 14 ans) ne pourrait pas être mis entre toutes les mains: il est complexe, mais captivant si l'on se laisse entraîner. J'espère que d'autres lecteurs se prendront au jeu tout comme je l'ai fait, et y trouveront - qui sait - l'inspiration!

"La cité des livres qui rêvent" Walter Moers, traduit de l'allemand par François Mathieu et Dominique Taffin-Jouhaud - Panama.