"Rana Toad", ça se mange?

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mercredi 28 juillet 2010

Treize raisons - Jay Asher


treizeraisons« Elle est morte, pour treize raisons. Tu es l’une d’elle. ».


Ces deux petites phrases situées sur la première de couverture accrochent le regard et interpellent.

En rentrant chez lui, Clay Jensen, lycéen américain, trouve un colis lui étant destiné. Il l’ouvre et il y découvre sept cassettes audio. Perplexe, il écoute la première cassette et entend une voix féminine. Cette voix appartient, ou plutôt appartenait à Hannah Baker, une autre lycéenne, qui s’est suicidée deux semaines plus tôt. Elle dit avoir enregistré ces sept cassettes pour expliquer son geste. Mais pas à n’importe qui. Elle a créé une liste de personnes qui ont joué un rôle dans sa décision d’en finir avec la vie, chacune d’entre-elles ayant une face de cassette lui étant consacrée. Seules ces personnes, directement concernées, pourront entendre le récit d’Hannah. Nous suivons donc Clay Jensen au fur et à mesure de son écoute. Nous entendons ses réactions, pendant sa découverte de la vie d’Hannah. Son arrivée dans une nouvelle ville, ses peurs, ces déceptions. Premier baiser et trahison. Nous le suivons à travers la ville, dans les lieux qui ont été des décors des évènements qui ont conduit au geste de la jeune fille. Et comme lui, nous attendons avec appréhension d’écouter la face de cassette qui lui est consacrée, afin de découvrir en quoi il est impliqué dans cette histoire, ce qu’il a bien pu faire envers Hannah pour qu’elle mette fin à ses jours.

Un roman captivant et tristement juste, qui met en lumière l'effet boule de neige qui a conduit Hannah au suicide. Car non, il ne s’est pas produit de gros évènement majeur ayant irrémédiablement et radicalement bouleversé la vie de la jeune fille. Non, c’est bien plus insidieux que cela. Une rumeur par ici, un geste malheureux par là…tout un ensemble de petits faits d’apparence anodine, auxquels personne ne prête attention, peuvent anéantir une personne, déclenchant un effroyable effet boule de neige. Car bien sûr, personne ne se sent directement concerné par le suicide d’Hannah, inconscient d’ avoir joué un rôle précis dans cette mort. Car il n’y a pas de coupable, juste un enchainement de faits, qui, imbriqués les uns dans les autres, ont entrainé des conséquences tragiques. Chaque protagoniste est un élément d'un engrenage, et le suicide d’Hannah est la conséquence directe d’une multitude de petits détails qui forment un ensemble. C’est dérangeant et terriblement juste, et l’on en vient à se remettre soi-même en question…Ai-je déjà contribué malgré moi à ce genre d’effet papillon, par un geste, une parole, ou au contraire, par quelque chose que j’aurais dû faire?

Hannah, par le biais de ses cassettes accuse directement, met chacun devant ses responsabilités, expliquant en quoi une personne a joué un rôle dans sa dégringolade. C’est d’autant plus triste qu’au moment ou la personne le découvre, il est trop tard pour intervenir. Aucun retour en arrière n’est possible, et l’on suit Clay dans ses remords, ses regrets de n’avoir pas vu les signes visibles qu’Hannah avait laissé transparaitre qui pouvaient laisser deviner ce qu’elle s’apprêtait à commettre, mais qu’il n’a pas vu. Car on n’ouvre jamais vraiment les yeux, n’est ce pas ?

Cependant, je n’ai pas vraiment réussi à cerner le personnage d’Hannah, malgré le récit de sa vie et l’explication de son geste. Le fait de la découvrir au travers d’un autre personnage, et surtout par le biais d’un enregistrement audio a formé comme un barrage entre elle et moi, m’empêchant d’apprendre à la connaître directement. D’autant plus qu’on en sait finalement très peu sur elle. Au contraire, par la forme de narration à la première personne on entre directement dans l’esprit de Clay, et c’est lui, davantage qu’Hannah, qu’on est amené à découvrir. Et en lisant ses réflexions, rapportées à la première personne, je pense qu’on est amené à se questionner soi-même. J’ai perçu le récit et la mort d’Hannah comme un avertissement, une occasion de réfléchir à l’impact qu’on peut avoir sur l’existence des personnes qui nous entourent.

A lire absolument.


Treize raisons – Jay Asher – Albin Michel – Coll. Wiz – Mars 2010 – 13,50€

Dracula, mon amour - Syrie James


Je l’avoue, le titre du livre rebute un peu. Il est vrai qu’on pourrait s’attendre à une harlequinade, une histoire d’amour à la Twilight

, quelque peu sirupeuse. Et j’avoue, je me suis laissée tenter. En partie grâce à la très belle couverture du livre, comme le sont la plupart des couvertures de la collection Black Moon. Et j’ai bien fait, car ce livre est une très bonne surprise.

Il s’agit d’une version revisitée du Dracula de Bram Stoker, à la différence près que nous avons le point de vue de Mina Harker. S’attaquer à ce mythe était un pari audacieux de la part de Syrie James, et on ne peut qu’admettre qu’elle s’en est sortie avec brio.

Sept ans ont passé depuis les évènements qui ont opposé Mina et ses compagnons au Comte Dracula. Mina, rongée par la culpabilité, décide de réécrire le journal qu’elle tenait à l’époque, en y ajoutant tout ce qu’elle avait voulu cacher à ses compagnons et à son mari ; la relation passionnelle, ambigüe et inavouable qu’elle a entretenue avec Dracula.

L’histoire commence avec l’arrivée de Mina à Whitby, où elle va passer quelques jours en compagnie chez son amie Lucy. Pendant ce temps, son fiancé Jonathan, jeune notaire, va en Transylvanie afin de régler une affaire chez le Comte Dracula. Cependant, Jonathan s’éternise, et ne donne pas de nouvelles pendant plusieurs semaines. Bien qu’inquiète, Mina ne peut qu’attendre patiemment. A Whitby, elle fait la connaissance de M. Wagner, un gentleman aussi ténébreux que charismatique dont elle va peu à peu tomber amoureuse. Malgré son sentiment de culpabilité lié de tromper son fiancé, Mina se laisse séduire. Cependant, autour d’elle, les évènements inexpliqués se multiplient, des individus meurent brusquement et Lucy tombe mystérieusement malade. Mina aperçoit régulièrement une étrange silhouette sombre aux yeux rouges roder alentours. C’est alors que Mina reçoit une lettre d’un hôpital Budapest qui l’avertit que Jonathan s’y trouve, malade et délirant à propos de créatures démoniaques…

J’arrête ici mon résumé, afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture. Dans l’ensemble, ce livre est très fidèle à la version de Bram Stoker. L’histoire n’est pas dénaturée, et les éléments qui sont ajoutés sont tout à fait crédibles. Le récit est bien écrit, mature, et les personnages sont adultes. A aucun moment on ne tombe dans la mièvrerie. (Qu’on pouvait attendre avec un titre comme celui là) On retrouve une héroïne plutôt moderne, intelligente, dotée d’un fort caractère, et donc le comportement ne m’a pas déçue. (ce qui peut être le cas dans les romans ados dont les personnages sont parfois trop gentillets).

J’ai été mi-figue mi raisin à propos de Dracula, dont le personnage est certes, ensorcelant, et séducteur à souhait, mais un peu trop lisse. Mais on comprend plus tard que le personnage est plus complexe que cela, et qu’il cache volontairement certaines facettes sombres et malsaines de sa personnalité afin de conquérir Mina. Facettes maléfiques qui se révèleront pleinement à la fin du livre. Enfin, un vampire digne de ce nom! ^^

Je conseillerais toutefois cette lecture aux grands ados, car le récit est tout de même assez sombre, et les allusions sexuelles, relatives aux morsures de Dracula sont fréquentes. (Ah, l’éternel Eros et Thanatos)

En bref, une belle réussite que je vous conseille, qui donne envie de (re)découvrir l’original de Bram Stoker ainsi que le film de Coppola.


Dracula, mon amour – Syrie James – Hachette – Coll. Black Moon - Juin 2010 – 18 €

La princesse qui n'aimait pas les princes – Alice Brière-Haquet

La princesse qui n'aimait pas les princes – Alice Brière-Haquet

9782742789450Un petit livre, première lecture, tout à fait rafraichissant, paru chez Actes Sud Junior au mois d’avril.


Nous avons la base du conte de fées, une princesse à marier. Le jour où elle réussit à faire une mayonnaise, le Roi décide de convier tous les princes des royaumes voisins afin que la princesse choisisse son futur époux. Mais aucun ne lui convient. Le roi appelle alors les princes un peu plus lointains. Rebelotte. Après que la princesse ait vu défiler sous ses yeux sans succès tous les princes de la Terre, et même d'un peu plus loin, le roi se désespère. Il décide alors d’appeler au secours une fée, afin qu’elle déclenche un miracle, que la princesse tombe amoureuse d'un des princes. C’est alors que la fée arrive. Dès que la princesse l’aperçoit, elle rougit, pâlit… Est-ce donc cela l’amour tant attendu ?


« En une seconde,

Elle comprit que c’était Elle.

En deux secondes,

elle montait derrière sa selle.

En trois secondes,

Elles galopaient sous le grand ciel »


Le miracle était arrivé.


Un petit livre très original et surprenant, que j’ai personnellement beaucoup aimé. On ne peut pas dire qu’on trouve beaucoup ce genre d’histoire dans la production éditoriale, surtout qui soit racontée avec autant d’humour et de légèreté. Le défilé des princes est très drôle. Petits, grands, blonds, bruns, même des super héros, des sorciers sur leur balai et des extra-terrestres.


Le récit est très bien mené, conté de manière poétique. C’est drôle, ça pétille. Une jolie manière d'aborder le thème de l'homosexualité avec les plus jeunes, sans tomber dans des conversations trop sérieuses. Mais il sait aussi se faire un peu plus sérieux, sur une note de fin optimiste qui nous ramène à la réalité :


« La princesse et sa fée allèrent s’installer dans le pays d’à côté.

Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés ce fut un peu plus compliqué…

Mais toutes les deux, elles vécurent très heureuses. Et c’est ainsi que doit s’achever tout véritable conte de fées. »

La princesse qui n'aimait pas les princes – Alice Brière-Haquet - Actes Sud Junior – Avril 2010 – 7,50€

L'été où je suis devenue jolie - Jenny Han


Depuis sa tendre enfance, Belly passe tous ses étés dans une maison en bord de mer, avec sa mère et son frère Steven, mais aussi avec Susannah et ses deux fils, Conrad et Jeremiah, qui sont comme deux frères pour elle. Même si Belly est amoureuse de Conrad depuis l’âge de 10 ans. Durant tout le roman, on a d’ailleurs des chapitres flash backs, racontant des épisodes clés des étés précédents, permettant de comprendre mieux les relations qui unissent les différents protagonistes, à mi-chemin entre amitié et amour.

Belly vit l’été de ces seize ans. Elle n'est plus une petite fille, elle a grandit, est devenue une belle jeune fille et commence à attirer les regards des jeunes hommes. Mais cet été n’est pas comme les précédents, car ce sera certainement le dernier. Car les enfants grandissent, Steven entrera à l’université à la rentrée et ne pourra surement pas revenir l’été prochain, Conrad et Jeremiah auront peut être eux aussi de nouvelles occupations. D’ailleurs Conrad semble distant cet été. Il flotte un parfum de mélancolie durant une bonne partie du roman, soulignant le passage de l’enfance à l’âge adulte et le sentiment que rien ne sera plus pareil.



Voilà un joli roman, touchant, qui fleure bon l’été. Je recherchais un roman léger et distrayant, qui prolonge le parfum de mes vacances terminées. Encouragée par la couverture, mon choix s’est porté sur ce livre. (Des coquillages, du sable, voilà qui laissait présager une sympathique lecture estivale) Je n’ai pas été déçue. Au rythme de la lecture, on sent en tournant les pages l’air de la mer, la fraicheur de l’eau, la chaleur du soleil, mais aussi la sensation douce-amère des premières amours. Les personnages sont touchant et attachants. On navigue entre divers sentiments tout au long de la lecture. Légère dès les premières pages, puis mélancolique. On finit même sur une note de tristesse, une boule au fond de la gorge, due à une triste révélation.

Je trouve que le roman se suffit à lui-même, mais il s’avère qu’il est le premier tome d’une trilogie. Le prochain tome, déjà paru aux Etats-Unis, s’intitule « It’s not summer without you ».



L’été où je suis devenue jolie - Jenny Han – Albin Michel – Coll. Wiz – Juin 2010 – 13 €

Cadavre exquis - Penelope Bagieu


Zoé est une jeune femme de 22 ans, plutôt jolie, mais un peu paumée. Elle a un travail tout ce qu’il y a de plus alimentaire dans lequel elle s’ennuie ferme. Hé oui, rien de réjouissant dans le fait de faire la potiche, déguisée en tranche de gruyère géante au le salon du fromage, ou de se faire draguer par un gros lourd au salon de l’automobile. Elle vit avec son petit ami, chômeur, vulgaire, fainéant, et n’a pas vraiment de perspective d’avenir. Un jour, pendant qu’elle engloutit son repas du midi sur un banc public, elle aperçoit un homme l’observant par une fenêtre de l'immeuble d'en face. De fil en aiguille, elle fait sa connaissance. Il s’appelle Thomas Rocher, il est écrivain à succès. Enfin, c’est lui qui le dit, puisque Zoé ne s’intéresse pas du tout à la littérature et n’a jamais mis les pieds dans une librairie. Entre ceux deux individus opposés commence une amourette, et Zoé plaque son petit ami pour aller s’installer chez Thomas. C’est alors qu’Agathe, éditrice et ex femme de Thomas, entre en scène. Elle s’avère très envahissante dans la vie du jeune couple, et son arrivée va lever le voile sur quelques mystères...


Vouloir faire découvrir le dernier né de Pénélope Bagieu, c’est un peu comme vouloir enfoncer une porte ouverte à grand renfort de bulldozer. Mais il y a des livres dont on a envie de parler dès qu’on en termine la lecture, pour une raison ou pour une autre. Parce que le sujet nous a interpellé, parce qu’un des personnages nous ressemble. Ou pas. Cadavre exquis est de ceux là. Une lecture rythmée, où l’on va de rebondissement en rebondissement, de sourires en éclats de rire. Jusqu’au bouquet final. Je suis restée quelques minutes après l’avoir fermé, à réfléchir à cette fin inattendue. D’ailleurs je crois que ma réaction a été mot pour mot la même que celle de Thomas Rocher. Et depuis, je crois que je l’ai fait lire à environ quatre ou cinq personnes afin de pouvoir en discuter. Ce qui est drôle, puisque que les avis divergent d’une personne à l’autre.

Il est très difficile d’en parler sans en révéler la teneur, car ce serait gâcher tout le plaisir de la lecture et de la découverte de l’histoire. Aussi, je ne saurais que vous encourager à aller découvrir cette bande dessinée par vous-même. :-)



Cadavre exquis - Penelope Bagieu - Editions Gallimard BD - Avril 2010 - 17,00€



dimanche 25 juillet 2010

Entre chiens et loups

"Noughts and crosses", une fois de plus le titre original du livre "Entre chiens et loups" relève d'une métaphore autrement efficace. "Noughts and crosses" = jeu de morpion. Les ronds et les croix ne se mélangent pas, si un rond est trop proche d'une croix, les deux perdent tout intérêt.
Dans "Entre chiens et loups", la vie d'une société moderne se calque sur les préceptes du jeu. S'y ajoute une notion de valeur : les croix sont "les Primats", les dominants, les ronds sont "les Nihils", dominés. Allons plus loin.

1865, abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, moins d'un siècle plus tard, la situation a très peu évoluée, la barrière sociale et les droits se traduisent par une couleur de peau. Plusieurs mouvements se mettent en place et se distinguent, pronent violemment ou pacifiquement justice et égalité (une piqure de rappel).
Dans son livre, Malorie Blackman propose d'inverser les rôles, donnant intelligemment matière à cogiter : les dominants sont noirs, les anciens esclaves aux droits toujours bafoués sont blancs. Pour développer cette uchronie, Malorie Blackman y plante une histoire d'amour, à la Roméo & Juliette : Sephy est la fille du gouverneur, c'est une Primat, Callum, dont le père et le frère font parti d'un front de libération par la violence est un Nihils. Ils s'aiment.

L'histoire n'est absolument pas niaise. Les deux enfants sont jetés en pâture dans un monde intolérant, plein de non-dits. Une société est en place à la mentalité figée. Une société comme la notre l'a été (et l'est toujours par certains aspects) : à l'histoire dénaturée par ceux qui la dominent.
Pour grands ados, un roman qu'il faut aborder!
"Entre chiens et loups", Malorie Blackman, traduit par Amélie Sarn, Milan

lundi 19 juillet 2010

Meurtre au Majestic/Le Cri du rubis de Marie Bertherat


Avec cette sixième publication, la collection "Chambres Noires" (Mango Jeunesse) amorce la réédition d'une série auparavant parue chez Fleurus (Mango est en fait "une marque" du groupe éditorial Fleurus Editions") entre 2003 et 2006. Créées par Marie Bertherat, "Les Enquêtes du Samovar" sont désormais regroupées par deux (excepté pour Mirage au Port d'Amar seul inédit, il semble) chez "Chambres Noires". J'ignore si la série s'est arrêtée ou s'il est envisagé de la continuer pour en faire une série-phare de la collection.

Le Samovar est une petite boutique d'antiquités et de curiosités "cachée au fond d'une ruelle" à Port d'Amar. Tenue par Constantin Pitakof, ancien policier, elle sert aussi de QG à Lou Kerval (nièce de Constantin) et Stanislas O'Connor. Ce trio tenu secret mène l'enquête lorsque que se profile quelque chose de louche. Ces investigations sont bien dissimulées puisque, d'une part, les parents de Lou sont musiciens sur des bateaux de croisière (donc très souvent absents) et que d'autre part les clients du Samovar sont très rares. Il faut dire que son gérant n'aime pas, c'est une particularité humoristique que l'on retrouve dans chaque aventure, se séparer des objets exposés et qu'il le fait savoir.

Dans Meurtre au Majestic, c'est un archéologue, Raoul Vauthier qui débarque à Port d"Amar pour y donner une conférence. Il se fait remarquer une première fois aux trois héros en entrant au Samovar et en acquérant, au grand soulagement de Constantin, un des rares objets qu'il ne veut pas garder. La seconde fois, c'est en mourant dans d'étranges circonstances dans la salle du Majestic, hôtel à touristes de la ville.

Lou et ses deux comparses vont se retrouver dans les pattes de l'enquêteur officiel, le lieutenant Paul Leduc, toujours en bonnes relations avec Constantin mais en rivalité, continue au long de la série, avec ces deux gosses qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

Les témoins qui vont également se retrouver suspects seront interrogés. Les choses se compliquent puisque chacun a un mobile pour le meurtre de l'archéologue.

Le Cri du rubis, seconde enquête du volume (non mentionnée sur le recto et selon l'ordre de publication initial, sixième enquête), voit Lou, Constantin et Stan invités en croisière par Jacques et Véra Kerval (parents de Lou, Véra étant la soeur de Constantin). Cette fois-ci l'intrigue va tourner autour d'un jeune confrère musicien du couple Kerval, le violoniste Paolo Di Bartolo ainsi que d'une romancière à succès, Ruth Jones accompagnée de son employée nommée Sugar, sosie de Marilyn Monroe.

Pourquoi le jeune violoniste dérobe-t-il le collier de rubis de la romancière avant de sauter par-dessus bord? C'est le point de départ tragique du Cri du rubis. Lou, petit carnet noir à la main, Stan, toujours fourré sur un ordinateur (le bateau possède une salle informatique, mais peut-on réellement être connecté à Internet en pleine mer? je pose la question en toute naïveté) et Constantin, parti pour une relecture paisible de Guerre et Paix, vont rapidement devoir s'atteler, avec l'aide du personnel du prestigieux Princesse Georgia, à résoudre cette énigme.

Meurtre au Majestic est une agréable entrée en matière pour adopter ces trois enquêteurs, et Le Cri du Rubis se lit d'une traite (on fait plus ample connaissance avec les parents de Lou et on y apprend quelques points importants sur le passé de Constantin et de Véra). Les histoires donnent toutefois l'impression d'être démêlées un peu trop facilement (surtout dans la première), les héros sont bien trop protégés par leur créateurs et leur implication physique ou mise en danger y mettraient plus de saveur. Autre petite critique, le personnage de Stanislas est bien trop effacé, mais peut-être lui est-il donné plus de consistance dans d'autres volumes?

Malgré ces quelques petits défauts, Marie Bertherat a, certes involontairement, fait vibrer en moi une corde nostalgique. Hé oui, ce trio de détectives officieux qui ce cache dans une boutique, ça me rappelle le bric-à-brac/brocante, quartier général d'Hannibal, Peter et Bob, les Trois Jeunes Détectives de la Bibliothèque Verte.

Meurtre au Majestic/Le Cri du Rubis, Marie Bertherat, Mango Jeunesse, coll. "Chambres Noires", 9€. Illustration de couverture (reprise de l'édition originale chez Fleurus) par Karen Laborie.

mercredi 14 juillet 2010

Savior

Tout d'abord une petite présentation de l'éditeur Xiao Pan:

"Xiao Pan est une maison d'édition française indépendante créée en 2005 par Patrick Abry, co-organisateur du Festival de l'image dessinée française de Beijing dont la première édition eut lieu cette même année. Elle n'édite que des bandes dessinées chinoises (ou manhua), au rythme théorique de deux albums par mois. À noter qu'une partie des albums publiés sont des productions originales inédites en Chine (comme My Street, Niu Mao, Le Fils du Marchand…).
La primauté de Xiao Pan sur le marché français en a fait l'un des interlocuteurs privilégiés pour représenter la bande dessinée chinoise, ce qui s'est exprimé à travers divers médias et conférences (musée du quai Branly, France Inter...) ; les auteurs publiés ont participé à de nombreuses expositions (Galerie Arludik...) ou salons (Festival d'Angoulême, Japan Expo) , en France et en Europe (China comics now à Londres...)."

(source:http://fr.wikipedia.org/wiki/Xiao_Pan)

Pour la petite histoire c'est grâce à Attila, une autre chroniqueuse de notre blog, que j'ai découvert Benjamin dont la dernière bande dessinée viens de sortir à l'occasion de la Japan Expo chez Xiao Pan, un éditeur que j'avais déjà repéré au salon du livre de Paris mais sur lequel je n'avais pas encore eu le temps de me pencher.

Savior regroupent trois histoires de Benjamin abordant les thèmes de l'égoïsme, de l'hypocrisie et de la nostalgie d'un monde meilleur et disparu avec un certain humour noir.

Dans The Guitar from heaven on suit en focalisation interne la chute d'un ange venu observer les hommes après une confrontation avec des démons dans le ciel. Il atterrit inconscient et amnésique au milieu d'une de la chaussée et déclenche des réactions pas vraiment amicales qui le pousse à partir accompagné de sa guitare dans une ville polluée au cœur d'une société uniquement intéressée par l'argent où règne la corruption et dans lequel d'étranges messages publicitaires hypocrites sont martelés avec des promesses d'amour infini et éternel. Mais qui est-il et pourquoi est-il accompagné d'une guitare? Un virus virale vindicatif décime peu à peu les basses classes tandis que la Police a tout les droits pour tuer les infectés mais il parvient à ramener l'harmonie et la joie dans ce chaos grâce aux morceaux joués sur sa guitare... Mais il ne s'agit que d'un rêve et notre ange regrette d'avoir sauvé ce monde alors qu'y règne égoïsme et hypocrisie.

War narre l'aboutissement d'une guerre séculaire entre deux camps illustrée par la prise de la ville principale d'un des deux camps. On suit encore en focalisation interne un soldat qui se veut se battre jusqu'à la mort au nom de sa patrie et les membres de sa famille déjà morts. Mais si l'ennemi suit le même modèle égoïste la guerre continuera indéfiniment. Le soldat meurt et est accueilli au paradis par un ange et les membres de sa famille tués. Continuera-t-il sa quête égoïsme d'un idéal et pour quel pays dans sa prochaine vie?

Little girl est la suite de War dans laquelle nous suivons le rêve et souvenirs nostalgiques du soldat, toujours en focalisation interne. Il y retrouve son amour d'adolescence au collège puis plus tard lorsqu'il est employé de bureau. Elle, victime de moquerie et lui, qui essaye de la sauver de ce monde cruel. Il la sauve mais elle redevient enfant, comme sa propre fille. Cette histoire est comme un conte onirique, un souvenir de ses illusions et amours perdus.

Le style de Benjamin se définit par l'utilisation unique de la tablette graphique, il n'emploie que des couleurs saturées et flamboyantes et retouche toutes ses planches.

En conclusion je découvre cet auteur par un recueil qui m'émeut profondément de par ses thèmes et l'originalité de son style. En bonus on retrouve à la fin de l'ouvrage une interview de l'auteur ainsi que des projets de couvertures et de designs pour des projets en association avec Marvel.

Exemples d'illustrations

Biographie de l'auteur

Benjamin, Éditions Xiao Pan, juillet 2010.

Le Vol de l'aigle

Voici déjà le dernier tome de la trilogie picaresque et médiévale de Jean-Louis Marteil après La Relique et L' Os de frère Jean.

A peine rentrés de leurs aventures à la recherche de la relique rocambolesque nos trois moines gaffeurs, et peu passionnés par la vie monacale, sont cette fois envoyés en mission sur les chemins de Compostelle à la poursuite d'un miracle plus qu' hypothétique. Mais ils sont cette fois affublés d'un nouveau compagnon: l'âne Morel aussi mignon et attachant que peu enclin à obéir et accomplir quelques tâches que ce soit! Épreuves de tous genres et rencontres improbables renforcent une fois de plus l'amitié qui lie la compagnie. Leurs étapes permettent aussi de découvrir des cités médiévales de manière plus vivante que dans les livres d'histoire. Et la langue de l'auteur permet des évocations d'odeurs et d'images digne des descriptions du Parfum de Süskind.

On a du mal à réaliser que la série est déjà finie et éprouvera de la nostalgie à déjà quitter ces personnages si attachants qui nous permettent de découvrir la vie monacale sous un tout autre point de vue humoristique totalement correct au niveau historique!

Extrait:
"L'énervante expérience du premier jour avait appris ceci aux moines: il fallait à la hâte décharger Morel de son fardeau dès que son oreille gauche s'abaissait à l'horizontale. Si on ne le faisait point aussitôt, il se figeait dix ou quinze pas plus loin et refusait de bouger pour un temps variable, mais jamais inférieur à la durée moyenne d'un office. Ceci posé, on ne s'était guère arrêté de tout le second jour, et le troisième s'était bien déroulé aussi... Jusqu'à la rencontre avec Elle, toutefois: dans un pré fermé d'une haie de broussailles, au bord de la rivière Célé, il y avait une belle ânesse. Et, sur l'instant, Morel était devenu comme fou."

Jean-Louis Marteil, Éditions La Louve, juin 2010.

Le Grimoire de Korilfand

Voici un roman illustré, d'après les propres dires de l'illustrateur Michel Borderie qui me l'a présenté aux Rencontres de l'imaginaire le 26 juin, merci pour son accueil en passant.

Dans la digne lignée des romans d' Héroïc Fantasy les plus reconnus, que je ne ferais pas le blasphème de citer, Michel borderie nous fait découvrir la mémoire d'un temps infini dont est le témoin ce grimoire conservé par les Elfes Dieux. Le dit grimoire retrace les guerres, leurs origines et aboutissements, surtout celle avec le chaos, mais aussi peuples et puissances en question.
On retrouve bien sûr tous les grandes ethnies habituelles tels les orques (ici les Garks), nains, silvaniens, barbares, dragons, mages sorciers, amazones, magiciennes, pirates, voleurs, créatures du chaos et sirènes. Mais aussi cylvardiens, efalhinds, martuliens, races hybrides ou humaines originales. Un bestiaire exhaustif est rajouté à la fin de l'ouvrage afin de donner un aperçu de toutes les petites bêbêtes bien sympathiques, ou pas, qui peuplent aussi ce monde.

L'originalité de ce artbook est qu' illustrations et texte, plus développé qu'à l'accoutumé, sont plus imbriqués que dans les artbook dans lesquels le texte n'est qu'une description vague des personnages ou situations représentées. Ce Grimoire permet ainsi de découvrir, mais aussi de retracer, une chronique historique de cet univers aux grandes lignes classiques respectant les poncifs du genre mais appliquées à un univers orignal.

Au niveau du style Michel Borderie alterne les techniques: crayonné pour les esquisses, et peinture pour les différentes créatures, qui confère aux illustrations un souffle épique. Cette diversité apporte densité et profondeur à l'ouvrage.

En conclusion un ouvrage à découvrir qui change des artbooks magnifiques des Éditions Daniel Maghen, pour ne citer qu'eux.

Site officiel de l'auteur et dessinateur
Premières pages

Michel Borderie (illustration et texte), Éditions Spootnik et Arcantès, collection Images de légendes, mai 2010.

samedi 10 juillet 2010

Les voyageurs

Ceci est le premier roman de Marie-Lé Camille. J’ai découvert cette auteure avec sa nouvelles «La fée du miroir », issue de l’anthologie « Fées dans la ville », et que j’avais bien apprécié.

A travers ces presque 400 pages, on suit une troupe de jeunes gens capables de voyager dans le temps ; ou plus exactement, de créer des mondes parallèles, appelés « possibilités », aux dates qu’ils souhaitent. Ici, nulle machine à remonter le temps. Chamanisme, drogues et danses sont les méthodes utilisées par nos voyageurs, initiées par Raya (qui illustre la couverture, j’imagine). C’est là un des points fort de ce roman, l’originalité du scénario. Ici, nulle machine à remonter dans le temps, nulle considérations scientifiques. On retourne aux sources d’un temps ancien, celui des chamans ouvrant les « portes de la perception ». Le groupe d’amis a mis en place une société de voyance et « prédit » l’avenir à des clients de cette façon. Cela leur permet de vivre, certes, mais aussi d’assouvir ce besoin vital de « voyager ». Seulement voilà, l’armée est à leurs trousses…

Un autre point très positif est la fluidité de la lecture. Les 400 pages défilent sans que l’on s’en rende compte. Le scénario est très bien ficelé ; que ce soit au niveau des « voyages » eux-mêmes, des différentes époques, des personnalités rencontrées, ou de l’armée et de son fonctionnement. On suit avec grand intérêt les voyageurs. Les personnages deviennent attachants et l’on craint, lors des voyages, des non-retours de ceux-ci.
Enfin, autre point fort du roman, les voyages évidemment. On découvre 1926, sa mode, sa façon de vivre, puis 2032 et ses nouvelles technologies. Le tout, alterné avec des retour sur « la Ligne », autrement dit, le monde « réel ».

J’avoue tout de même être restée sur ma faim lorsque j’ai clos le livre. Une question me taraude, mais je ne la poserais pas pour ne pas dévoiler la fin. Soit j’ai loupé quelque chose, soit c’est un choix de l’auteure, soit…. une suite est envisagée, ce qui ne serait pas pour me déplaire !!

Marie-Lé Camille, illustration de couverture par Ash, Griffe d’Encre Éditions, 2010, 389 pages, 20€.

Le Corbô de Paname


D'étranges meurtres à Pigalle qui rappelle la belle époque de la mondaine alors que le témoin principal, une ancienne prostituée, a prit le voile et recueille d'autres prostituées. La malédiction d'un peintre et le souvenir d'une toile. Alors qu'un journaliste maître chanteur, directeur de la feuille de choux Le Corbô de Paname, s'aperçoit qu'il aurait mieux fait de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas sur ce coup-là, le commandant Virgile, jeune arriviste, un brin psychorigide, comprend qu'il va devoir se dépêcher pour trouver des points communs entre tous ces personnages avant que la feuille de choux en question n'en révèle trop et déclenche involontairement encore plus la terreur d'un assassin qui semble insaisissable.

Affaires de famille compliquées , directeur de feuille de choux un temps offensif mais qui comprend vie son erreur, commandant pressé de résoudre l'affaire pour gagner en galon, Le Corbô de Paname est un thriller aux accents nostalgiques d'une période où les secrets de famille n'étaient pas si compliqués à résoudre.

Si on ne se passionne pas forcément pour cette histoire familiale contrariée il faut avouer que ce roman à un style argotique qui rend nostalgique des romans de gare et dépeint avec tendresse l'époque de la brigade mondaine dans le Pigalle des années 50.

Extraits sur le site de l'éditeur

JM Burke, Éditions Juste pour lire, janvier 2010.

Arachnae et Cytheriae

Ce premier tome est la présentation du monde de L'Archipel des Numinées.

"Des ténèbres des bas-fonds aux éclats de la cour royale, la cité d’Arachnae se livre dans toute son horreur et ses excès… Dans le secret des arcanes du palais se joue une guerre souterraine entre le prince Alessio et les Moires, qui remettent en cause sa légitimité. Dans les riches faubourgs de la ville, une secte démoniaque étend son influence sur l’aristocratie décadente de la cité. Dans le Labyrinthe, quartier sordide où se côtoient la misère et le vice, les autorités retrouvent des corps d’enfants torturés. Afin de résoudre ces crimes en série, la jeune bretteuse libertine Théodora doit s’allier à l’austère capitaine de la milice Tigrano Gracci… Se laisseront-ils engluer dans la toile mortelle de la destinée ?"

On retrouve dans ce début de série de Dark Fantasy le goût de Charlotte Bousquet pour les failles de l'être humain et toutes les horreurs dont il est capable (pédophilie, assassinats, tortures) un peu comme le catalogue des horreurs du Roi Lear de Shakespeare, les intrigues de cours, les références mythologiques, les descriptions aux tons de renaissance et des personnages tentant d'échapper à leur destin.
Nous assistons à une vraie enquête policière rendue encore plus dense par la multiplicité des points de vue au cœur d' un univers occulte, macabre et décadent qui fait penser à la chute de Rome. Tout le sel de ce tome est de tenir le lecteur en haleine quant aux devenirs des différents personnages et l' étendue de l'influence de la secte des Moires grâce un style lyrique et descriptif qui permet d'introduire un monde en total décadence mais non dénué d'espoir.

Un premier tome que j'avoue avoir vite dévoré pour cette raison mais auquel j'ai ressenti un petit côté surenchère.

Cytheriae n'est pas une suite au sens premier du terme mais plutôt une continuation du monde introduit dans le premier tome. Celui-ci se déroule dans une autre ville, on regrettera peut-être d'ailleurs l'absence de carte pour mieux cerner la géographie de L'Archipel des Numinées.

"La splendeur de Cribella, capitale lagunaire de Cytheriae, n'est plus qu'un lointain souvenir rongé par l'humidité et la décrépitude. Certains prétendent même que d'effroyables créatures hantent ses canaux nauséabonds... Et voilà qu'aujourd'hui une vague de suicides inexpliqués endeuille le quartier populaire de Métida. Nola, écrivain public, et son amant, Angelo di Larini, sorcier réprouvé de l'Ordre de la Nouvelle Lune, entendent découvrir et combattre les forces à l'œuvre. Leur dernière piste les mène à Malatesta, démon né d'amours contre-nature prisonnier du Dédale. Sera-t-il un allié... ou leur plus implacable ennemi ?"

Même ambiance Renaissance et explorations des failles humaines, incompréhensions, politique plus forte que tout. L'auteure introduit cette fois l'idée que la poésie, l'écriture et l'amour, impossible entre êtres de différentes nature pour cette société, peuvent être amener des espoirs de rédemptions dans un monde en déliquescence.
Un questionnement philosophique captivant au cœur de la violence sans limite dans une lagune qui rappelle la Venise malade de la peste de son roman Noire Lagune.

Une interview de l'auteur

Blog de L'Archipel des Numinées
Blog de l'illustratrice Elvire De Cock

Avril 2009, mai 2010, Éditions Mnémos, collection Icares.

vendredi 9 juillet 2010

Méditations en vert - Stephen Wright


"Pour ceux qui ont été transformés en graphiques, tableaux, données informatiques, et pour tous ceux qui n'ont pas été comptés."

Méditations en vert ou le quotidien d'une unité de renseignement américaine pendant la guerre du Vietnam.

On suit la vie d'une poignée d'entre eux, en particulier celle du soldat Griffin, personnage central qui est parfois le narrateur. Leur mission principale est de débusquer une hypothétique faction de vietcongs. Pour ce faire, des pilotes d'avions équipés de caméras embarquées explorent les environs. Le travail de Griffin consiste ensuite à visionner les bandes pour tenter de repérer toute présence humaine suspecte et à relever leurs coordonnées géographiques afin que les pilotes puissent ensuite bombarder ces points stratégiques. En complément, des expéditions au sol sont parfois menées. Les opérations se succèdent mais l'ennemi reste invisible, à cause de cette "foutue jungle". L'armée décide donc d'utiliser une nouvelle arme : l'agent orange. Cet herbicide est alors épandu par avion sur la jungle et sur les zones de cultures, dans le but de débusquer les vietcongs et de détruire leur agriculture.

Voilà pour la mission de ces soldats. Mais leur vie quotidienne est surtout dominée par la peur et l'ennui. Faute de résultats, la hiérarchie militaire tente de maintenir l'apparence du camp en attribuant des corvées aux soldats. Ceux-ci les accomplissent d'ailleurs sans trop rechigner, l'essentiel étant de s'occuper l'esprit entre deux bombardements ennemi. Beaucoup s'évadent par le biais des drogues. De longues journées paraissent donc filer à toute vitesse, tant dis que d'autres instants s'étirent pendant une éternité. Griffin choisit lui aussi cette solution.

Dans sa structure et son contenu le récit est donc lui aussi assez volatile. Méditations, délires, souvenirs et réminiscences se succèdent et se mêlent pour nous donner une vision tantôt lucide, tantôt hallucinée de cette période.

On a beau connaître les faits, on sort de cette lecture abasourdi par l'absurdité et le tragique de ce guerre.

On découvre des soldats loin du stéréotype habituel de la grosse brute stupide. Ces hommes sont pour la plupart opposés à cette guerre, mais finissent parfois par souhaiter connaître un peu d'action tant ils s'ennuient. Cette torpeur finie aussi par toucher le commandement du camp, son autorité s'émousse. Chacun s'adonne à ses petites activités. Un soldat abandonne son travail et se met à filmer la vie du camp, dans le but d'en faire un documentaire sur la guerre ! D'autres sortent du camp pour aller voir des filles. La tenue du camp se délite... On est surpris par la relative liberté qui règne dans le camp. Ces anecdotes distillent donc un humour moite et lourd dans ce tableau déjà très sombre.

Méditations enfin, car Griffin est revenu du Vietnam et qu'il a pour habitude de méditer. Cela calme ses angoisses. L'Etat lui a prescrit des séances de psychanalyse, mais celle-ci ne fonctionnent pas. Alors il médite. Trips, l'ami de Griffin, est lui aussi revenu, mais totalement instable, paranoïaque. Ce livre aborde donc la place des vétérans dans la société américaine d'après guerre. Que fera la nation pour ces soldats brisés ? Après de telles atrocités on comprend mieux les raisons de l'émergence du mouvement Hippie.

Méditations en vert - Stephen Wright (Trad. de l'américain par François Happe) - Gallmeister - Coll. Americana - 9782351780312 - 24€

jeudi 8 juillet 2010

Un Sari couleur de boue - Kashmira Sheth


L’histoire se déroule dans l’Inde des années 1920. Leela a treize ans. Elle a été fiancée à deux ans, puis mariée à neuf ans. Dans quelques jours aura lieu son « anu » et elle ira vivre chez Ramanlal, son époux. Leela est issu des classes supérieures de la société indienne. Enfant gâtée, elle aime les bijoux, les beaux saris, et a l’habitude de faire céder sa « Ba » (sa mère) au moindre de ses caprices. Intelligente, jolie et riche, elle éprouve également de doux sentiments à l’égard de son époux. Tout semble lui sourire.

Soudain, tout s’effondre pour Leela. Son époux, Ramamlal, est mordu par un serpent venimeux et meurt en quelques heures. Elle devient alors une veuve, un statut très peu enviable en Inde, où les traditions sont omniprésentes. Ce nouveau statut lui ferme quantité de portes, car les veuves sont rejetées et mises à l’écart, considérées comme porte malheur par une société superstitieuse. Leela se trouve obligée d’enlever définitivement ses bijoux, ses beaux habits et doit revêtir à vie un « chidri », un sari marron en tissu rêche. On lui rase la tête, sacrifiant ainsi la chevelure dont Leela était tellement fière. Pendant un an, elle devra rester cloitrée chez elle, mais elle restera à vie marquée par cet évènement tragique, semant symboliquement le malheur partout où elle ira.

Au début de sa réclusion, Leela demeure prostrée et inconsolable, devant l’injustice de sa situation. Elle se replie sur elle-même, résignée à sa future vie maussade. Son seul soutien est son frère, Kanubhai, qui juge injuste la façon dont sa sœur doit dorénavant vivre. A la demande, de ce dernier l’ancienne institutrice de Leela, mesurant l’importance de l’éducation, vient lui donner des cours particuliers afin qu’elle étudie et qu’elle soit reçue à ses examens. Elle lui fait également lire le journal. A cette époque, Gandhiji commence son combat contre les injustices sociales, et Leela s’ouvre peu à peu à la vie extérieure, se pose des questions, et commence à réfléchir par elle-même à la justice de son pays.

Un roman vraiment intéressant traitant de la condition féminine en Inde. A une époque où les mentalités commencent à évoluer, les inégalités entre hommes et femmes demeurent, et la femme a un statut peu enviable dans cette société. Il est intéressant de voir comment Leela, au départ jeune fille au caractère insouciant et capricieux à laquelle on a du mal à s’attacher, murit au fil des pages. Paradoxalement, c’est en demeurant coupée du monde extérieur qu’elle va en prendre conscience, réfléchir par elle-même et s’engager dans la politique de son pays. Leela va devoir se battre contre le carcan des traditions, à commencer par son entourage proche qu’elle va devoir convaincre de la laisser partir si elle veut continuer ses études dans une autre ville, devenir institutrice et ainsi redevenir maîtresse de sa vie.

Voici une citation du livre qui représente très bien selon moi sa problématique :

« Les traditions n’entravent-elles pas les peuples tout comme l’occupation étrangère occupe notre pays ? Nous ne parvenons pas à nous défaire de ces chaines, même si elles nous blessent, nous nous sommes habitués. »

Un Sari couleur de boue - Kashmira Sheth-L'Ecole des loisirs Medium Poche, Mai 2010, 11€

lundi 5 juillet 2010

La Face cachée du Poisson-lune de Hervé Jubert

J'avais consacré en novembre dernier un article sur les quatre parutions simultanées inaugurant la collection "Chambres Noires". En voyant débarquer la deuxième fournée (deux volumes) en février (déjà!), je m'étais confirmé mon intention de continuer à la suivre. Entretemps, trois autres romans ont été publiés et deux autres encore sont prévus dans les mois qui suivent. Autant vous dire que je vais avoir un peu de mal à suivre et que mes interventions gagneront peut-être du retard au fil des mois.

Cinquième parution chez "Chambres Noires", donc, La Face cachée du Poisson-lune voit un autre auteur contemporain pour la jeunesse entrer en scène. Tout comme son confrère Nicolas Bouchard avec Augustine Lourdeix, Hervé Jubert a privilégié des héroïnes dans deux séries où le mélange des genres a droit de cité (chez Albin Michel, collection "Wiz", les trois volumes de Blanche, polar historique et la trilogie Morgenstein, polar/SF/Fantastique, publiée par la suite en Points SF.)

C'est pourtant un duo masculin de douze ans qui partage l'affiche du roman dont il est question. Jim Blackwell, fils du gardien du phare sur l'île Monte Christo, au large de la Floride, s'émerveille de la nature encore sauvage qui ne tardera pas à disparaître sous les coups de l'immobilier de luxe. Destruction commencée puisque quelques grandes baraques extravagantes de couples richards s'y sont déjà implantées. L'une d'elles abrite le couple Augusto et leur fils, Cecil, passionné des roman d'aventures de Stevenson (tiens, tiens, Hervé Jubert n'aurait-il pas par hasard rédigé une biographie sur l'auteur de L'Île au trésor, publiée par L'École des Loisirs, même pas deux semaines avant ce roman?) et d'illustrés (époque pulps, puisque l'action se déroule pendant la Prohibition).

Jim et Cecil se lient donc d'amitié un peu comme Tom et Huck (qui a dit David et Jonathan au fond de la salle?): blagues et défis, escapades sur l'île et l'épave d'un bateau, Jim lui apprend à nager, Cecil lui lit ses romans préférés, on a même droit à la petite brouille passagère avant la reformation réconciliatrice (quel est le trublion au fond de la salle qui a dit "contrairement à Wham"?). Pourtant Cecil semble un peu trop imaginatif et Jim réalise que Cecil a la fâcheuse propension à se prendre sérieusement aux jeux.

Les parents Augusto, friands de murder parties (prétexte à un début pastiche d'Agatha Christie plutôt réussi et à une pré-fin qui l'est moins, puisque l'auteur emploie un procédé de longue date éculé mais que je tairais), ont aussi quelques problèmes pécuniaires. Un héritage tant espéré ne résoudra rien puisqu'ils n'en seront pas les bénéficiaires et qu'il sautera une génération au profit de Cecil. Ce dernier, écoutant les engueulades de ses parents va se persuader qu'ils complotent pour l'assassiner.

Malgré quelques raccourcis et incohérences infimes qui ne choqueront peut-être pas le public ciblé, La Face cachée du Poisson-lune, se lit agréablement et réserve quelques surprises sympathiques. La fin est un peu expédiée, mais reste réaliste et préférable à cette fausse piste décevante à laquelle je fais allusion plus haut.

Sur ce, je vais essayer de ne pas trop tarder pour chroniquer Meurtre au Majestic de Marie Bertherat qui introduit dans la collection une série déjà commencée autre part, mais je m'appesantirai davantage là-dessus quand l'occasion se présentera.


La Face cachée du Poisson-lune, Hervé Jubert, Mango, coll. "Chambres Noires", 9 €.

Les Naufragés de l'Entropie

Hélas, hélas... Est-ce dû au très classe travail d'illustrateur de Manchu sur les couvertures ? A l'alléchante 4ème de couverture ?Je ne saurais dire, mais le moins que je puisse dire est que je n'ai pas trouvé à l'intérieur des ouvrages ce qui m'avait plu au premier abord. Dire que je suis déçu serait même largement sous-mérité, mais ne tirons pas trop sur les ambulances non plus.
Ce diptyque de Frédéric Delmeulle intitulé Les Naufragés de l'Entropie aux éditions Mnémos regroupe La Paralèlle Vertov et Les Manuscrits de Kinnereth.

J'hésite à spoiler par pure méchanceté, mais on ne sait jamais, ça n'est pas dans mes habitudes, peut être que quelqu'un voudra lire quand même ces livres à la fin de cette critique :)

Disons que ce diptyque nous parle de voyage dans le temps, de paradoxe temporel, de visiter l'Histoire, etc. Frédéric Delmeulle est un auteur cultivé et intelligent, et ça se sent : mais parfois trop. La première partie de La Parallèle Vertov est la plus réussie du diptyque, voire la seule qu'il soit supportable de lire sans avoir envie de brûler quelque chose. Malheureusement, la 4ème de couverture n'en parle pas, et embraye directement sur la 2ème partie du livre, réduisant pour ainsi dire à néant le suspense et l'intérêt de la première partie. L'auteur réussit assez bien à développer son histoire de façon mystérieuse, et ses deux personnages de journalistes sont d'autant plus intéressants à suivre qu'ils traversent l'Histoire.
Hélas, cette période de grâce ne dure pas longtemps. Dès que l'on part dans le grand bazar des voyages temporels, ça devient plutôt insupportable : paradoxalement, la meilleure partie du livre est celle où les personnages ne se déplacent dans le temps que biologiquement normalement.

Le reste est très très inégal : les personnages sont caricaturaux, plein de poncifs
iconiques (le vieux professeur excentrique, le jeune cynique rebelle) assez lourdingues ce qui les rend un peu insupportables au passage. Très honnêtement, je n'ai pu m'empêcher de comparer mentalement ces deux ouvrages au genre de fiction de Bernard Werber, ce qui n'est ni un compliment ni une bonne nouvelle : on a l'impression que Delmeulle cherche encore son style, d'une part, et ses récits frôlent parfois l'incohérence en cherchant à distiller des énigmes et des suspenses - ou alors on est tout simplement déçu par la retombée du soufflé. Qui plus est, s'il paraît logique qu'il décrive l'Histoire et les lieux que ses personnages visitent, il s'étend beaucoup trop sur le sujet, et parasite le déroulement des révélations que son style à énigmes nécessite. Pire : dans le deuxième livre, Les Manuscrits de Kinnereth, il fait justifier cette distillation des informations au compte-goutte par le personnage narrateur lui-même... Ce qui donne au lecteur un peu l'impression de se faire arnaquer au passage.

Bref, j'arrête là afin de ne pas gâcher la lecture de ceux qui voudront bien avoir le courage de passer outre ma critique éreintante. En résumé, le principe de départ est intéressant et Frédéric Delmeulle paraît avoir un bon potentiel pour raconter des histoires, mais son style est encore un peu caricatural et ses intrigues poussives. Je suis déçu moi les enfants, dé-çu.

Frédéric Delmeulle, Mnémos, 20€ le volume.

dimanche 4 juillet 2010

Hunger Games

Les deux tomes étaient posés sur ma table de nouveautés, suscitant la curiosité de nombreux ados. A la couverture je pensais à un énième roman d'action (entre Cherub et Alex Rider). En lisant la 4ème je me suis dis "ah tiens, on va rentrer dans les clichés du survival, c'est de saison!" J'avais pas mal d'appréhensions en commençant ma lecture..
Finalement, j'ai embarqué le tome 1 vendredi soir, je l'ai littéralement dévoré, j'ai lu le second tome samedi soir dans la foulée!
Le pitch (made in l'éditeur) du tome 1 :
Dans un futur sombre, sur les ruines des États-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur.
Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l'arène : survivre, à tout prix.
Quand sa petite sœur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n'hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. À seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature...

Les Etats-Unis, suite à une guerre civile sont divisés en 13 districts cloisonnés : 12 vivants de leurs spécialités dans le plus grand dénuement et envoyant leurs productions au Capitole (la capitale), le 13ème en ruine, pour dissuader tout acte de rébellion. Comme le dit la 4ème, Katniss va se retrouver dans l'arène pour une hécatombe qui prend la moitié du livre. Ce que la 4ème ne dit pas, c'est que l'autre moitié est consacrée au contexte géopolitique global du pays, du district 12 et du Capitole où Katniss évolue devant les caméras. Les enjeux dépassent de loin la zone de combat.
Survivre dans l'arène, c'est surtout trouver des sponsors pour recevoir sur place des objets qui renversent la situation (d'un simple bout de pain au médicament), tout n'est pas aussi libre qu'au sein d'un survival traditionnel puisque les combattants doivent convaincre le public pour avoir une chance de survivre. Intervient alors une bataille psychologique où chaque mot prononcé, chaque acte ne s'adresse pu à son adversaire mais à des millions de télespectateurs. Hunger Games se démarque ici précisément des autres livres, puisqu'il fait intervenir "l'image" en plus des capacités physique. Que nous soyons du Capitole ou de l'un des douze districts, dans l'arène ou devant un écran, nous sommes tiraillé entre la révolte ou la soumission, la traitrise ou le sacrifice. Des sentiments que nous connaissons tous et qui nous pousse à suivre les personnages jusque dans leurs pires réflexions.

Hunger games, c'est à la fois un survival à la "battle royale", une critique de notre société à la "marche ou crève" et une anticipation sombre, terriblement efficace. Les gladiateurs ne sont plus de simples victimes, mais des calculateurs qui feront tout pour être les derniers.
Le tome 2 est dans l'exacte lignée du 1 et ne laisse aucun temps mort. On échappe curieusement au cliché de l'héroïne niaise, bien qu'elle soit coincée dans un triangle amoureux. C'en fait même l'enjeu de sa survie.
Ce livre fait penser à Wang de Pierre Bordage, à ceux qui l'ont lu, qu'en pensez-vous?

Hunger Games T1 et 2, le tome 3 parait en anglais en aout il me semble
Suzanne Collins, trad Guillaume Fournier, Pocket

Passeuse de rêves

Une fois encore, le titre de la vo est plus évocateur : "Gossamer" = "Gaze", en français. Tout comme le gaze, ce tissu utilisé notamment pour panser les plaies, Petite panse les blessures que l'on ne voit pas : elle balaie nos cauchemars, nos peurs, nos angoisses en nous soufflant des rêves issus des souvenirs contenus dans les objets qui nous entourent.

Petite se forme en tant que "passeuse de rêve" sur une vieille dame et son chien. Elle effleure les châles et les photographies, puis souffle au visage endormi le baiser d'un amant, les souvenirs d'une enfance joyeuse. Et puis un jour les services sociaux donnent à garder à la vieille dame un petit garçon de 8 ans : John. Un garçon rongé par la colère. Un enfant que la horde des Saboteurs, ceux qui insufflent les cauchemars, ont dans le collimateur!

On aurait pu croire à un roman pour les plus jeunes au début, trouver Petite niaise, et les rêves trop enfantins pour que cela nous touche. Mais il n'en est rien. Certains passages nous font sourire et nous attendrissent, d'autres au contraire nous frappent avec violence : John est un enfant maltraité. La vieille femme, le petit garçon, le chien forment un triangle fragile qui se soude peu à peu, puis vient se greffer un personnage dont on attend beaucoup : la mère.
Le roman est d'une incroyable sensibilité, Lois Lowry joue avec différentes forces : la douceur des rêves, la candeur de Petite et celle de l'enfance d'un côté, la brutalité extrême qui n'épargne personne en ce monde, y compris John, de l'autre. Un très beau texte.
Passeuse de rêves, Lois Lowry trad Frédérique Pressman, Edl

vendredi 2 juillet 2010

L' île de Hôzuki Tome 3

Après un premier tome de présentation particulièrement prenant au niveau suspense type survival et un second tome dans lequel le rythme s'accélérait encore dans lequel on découvrait peu à peu la géographie de l'île ce troisième tome poursuit cette exploration tout en levant le voile sur l'identité du fantôme et les ambiguïtés des personnages, autant du côté des élèves que de celui des professeurs.

Autosuggestion quant à la description du fantôme, existe-t-elle vraiment d'ailleurs? Tandis que capacité d'analyse et ruse sont des atouts pour les élèves les professeurs semblent toujours en savoir plus qu'eux. De plus une facette de la personnalité de l'élève le plus intelligent est montrée en flash-back, est-il tout à fait insoupçonnable?

On peut toutefois avoir la sensation, parfois, que les élèves jugent mal la situation et que peut-être il y a une explication rationnelle à toute cette animosité. J'ai en tout cas hâte de lire le quatrième et dernier tome dont le suspense prend franchement les tripes!

Kei Sanbe, Éditions Ki-oon, juillet 2010.

Ga'Hoole


Hier est paru le tome 11 (sur 15) de la saga des gardiens de Ga'hoole chez Pocket. En automne, une superbe animation sortira dans les salles (cf la video de bande annonce meugnonne comme tout, rythmée par l'électrique "Kings and queens" - 30 seconds to mars)

Kathryn Lasky a réussi le pari de créer un royaume dont les habitants sont des êtres ailés, un monde légendaire avec sa propre topographie, s'étendant de la Forêt de Tyto à la Forêt des Ombres, des Gorges de Saint-Aegolius à la mythique Mer d'Hoolemere.

On y suit le terrible destin de Soren, une jeune chouette effraie kidnappée et retenue dans l'orphelinat de Saint-Aego, un lieu étrange où le lavage de cerveau semble une priorité. En compagnie de Gylphie, une chevêchette elfe, Soren découvre que l'institution dissimule une velléité de pouvoir effrayante et qu'une guerre sans précédent se prépare. Il faut fuir pour prévenir le royaume, mais comment s'échapper quand on ne sait pas encore voler?

Les caractéristiques distincte des espèces de chouettes citées, comme les moeurs de différents peuples, influent sur les réactions de chaque personnage, depuis leur condition physique jusque dans leurs expressions, par Glaucis!

La recherche menée par l'auteur à ce sujet et la manière dont le tout nous est amené sans indigestion, avec moultes rebondissements, font de ce premier tome un roman d'aventures incontournable pour jeunes ados! (pour la suite de la série, j'ai ouï-dire qu'elle est inégale sur la fin, mais rien n'empèche de l'entamer, un peu comme les Robin Hobb :<)

Les gardiens de Ga'hoole T1 "l'enlèvement" Kathryn Lasky traduit par Cécile Moran, Pocket