"Rana Toad", ça se mange?

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mardi 29 septembre 2009

La merveille des petits livres

Dès la lecture des premières lignes, la question suivante me taraude : mais qui est Jean Florensac ? Le frère spirituel de Gérald Duchemin ? A moins que ce ne soit ce dernier en personne. Car tout y est : ce cynisme très drôle, ce raffinement dans l’écriture, mais aussi les thèmes : la ville de Montpellier (citée dans le récit) est là où vit Gérald Duchemin ; les auteurs et livres cités : Proust, Baudelaire, Wittkop, etc, font partie de ses auteurs favoris. Mystère, donc. Surtout que sur la toile, on ne trouve rien sur ce Jean Florensac.
Quoi qu’il en soit, ce petit livre est une merveille (facile, je vous l’accorde) ! Durant ces 91 pages très vite lues, l’auteur tente de démontrer les qualités d’un petit livre : le plaisir de leur quête, de les collectionner, de les entretenir, de les offrir et bien sûr, de les lire. On se retrouve quelque part dans ces descriptions, que ce soit dans le collectionneur ou dans celui qui pose un petit livre favori sur la pile des plus gros dans les librairies.
Ce que j’apprécie tout particulièrement dans cette lecture ce sont ses phrases précieuses ; au-delà du contenu, il y a le contenant, la qualité des mots choisis, des verbes qui sonnent, des phrases qui donnent envie d’être relues. Bref, un réel talent d’écrivain, de conteur, de joueur de mots.
Enfin, l’objet-livre en lui-même fait écho au récit. Ce beau petit livre prend un caractère rare ; les livres du Chat Rouge sont imprimés par eux-mêmes et on ne les trouve …. pas partout, loin de là (vive Internet et Scylla).

Phrases choisies :

« Le petit livre sait que cette rareté est une dignité, comme d’un bien qui ajoute à sa séduction. Aussi, lorsqu’il s’égare entre un gros Fayard et un Lattès plutôt obèse, par exemple dans un tableau de classement des meilleures ventes (les hypermarchés affichent toujours ce stupide hit-parade, non seulement pour mieux asservir sa clientèle, mais aussi, n’en doutez pas, pour lui vider la cervelle, dès fois qu’elle pourrait en faire usage : on n’est jamais trop prudent), le petit livre jure alors comme un propos déplacé. » p.26-27.

« Ceux qui ne lisent pas ne conçoivent le livre que sous la forme pachydermique du pavé pour la plage (seul lieu peut-être, où, effectivement, ils surprennent quelques lecteurs). Et une certaine épaisseur de papier peut en effrayer plus d’un.
Soyons donc rusés. Contournons l’obstacle. Afin d’appâter un réfractaire à la lecture, offrons lui un tout petit livre. » p.61-62.

Jean Florensac, Editions Le Chat Rouge, 2005, 91 pages.

Fiche de l'ouvrage sur le site de l'éditeur.

Eddie, Are You Kidding?: Iron Maiden - L'épopée des Killers (Mick Wall) et Morceaux d'esprits (Jean-Philippe Petesch)

A la question : quel groupe selon vous définit le heavy metal? Certains diront Black Sabbath d’autres Metallica. D’autres encore Manowar ou Limp Bizkit, mais faut-il en vouloir aux plaisantins? Personnellement, et en toute objectivité, je pense qu’Iron Maiden serait au moins deuxième au classement, à défaut d’être premier.

L’épopée des Killers est ce que l’on peut appeler une biographie officielle et autorisée, Mick Wall étant un proche du groupe. On ne pourra bien sûr jamais évaluer, au mieux, la réserve, au pire, la censure et/ou l’auto-censure qu’elle suppose. Elle inclut cependant un enthousiaste avant-propos de Steve Harris, le bassiste-leader.

La démarche de Wall fait part de la diversité des points de vue, par le biais d’interventions issues de nombreuses interviews, et crée donc une mosaïque, peut-être imparfaite mais resserrée autour des événements et des personnes qui ont fait avancer le groupe depuis 1975.

Les chapitres suivent la chronologie mais prennent souvent la forme d’une mini-biographie d’un des musiciens ou d’une personne ou personnage lié au groupe : le manager, la mascotte Eddie ou son créateur Derek Riggs. Mick Wall n’oublie pas Martin Birch, dont le CV, déjà impressionnant (In Rock de Deep Purple, c’est déjà beaucoup, non ?) avant Killers, porte la prestigieuse mention : 1981-1992 producteur exclusif d’Iron Maiden.

Est-il étonnant de voir les deux premiers chapitres intitulés respectivement "Steve" (Harris) et "Dave" (Murray)? Le bassiste et le guitariste sont en effet les deux seuls membres actuels présents sur les 14 albums. En outre l'intégration de Dave Murray est sans doute l’un des premiers pas primordiaux dans l’histoire d’Iron Maiden, tout à fait en concordance avec la perspective annoncée par Mick Wall dans son Introduction.

Une impression, souvent partagée, ressort des interventions orales des protagonistes au fil des pages, celle d’avoir souvent trouvé la bonne personne, d’avoir fait le bon choix pour le groupe. Même quand il s’agissait de se séparer d’un musicien c’était surtout pour ne pas traîner un poids mort et les intéressés ont toujours semblés être compréhensifs et conscients de leurs dérapages.
Bruce Dickinson, considéré par beaucoup comme l’emblématique chanteur d’Iron Maiden, y apparaît sans doute comme l’individu le plus complexe de la formation britannique. Diplômé en histoire, écrivain, animateur radio, pilote de ligne et j’en passe, pas étonnant que cet électron libre avait déjà envisagé de quitter Maiden dès 1986. Le début d’une carrière solo en 1990 annonçait déjà un peu son départ en 1993, épisode certainement le plus difficile pour Steve Harris, le capitaine du bateau qui n’a jamais renoncé à la moindre avarie. A tel point qu’ « il semblerait […] que seule [sa] mort puisse mettre un terme à cette aventure musicale », citation empruntée à Jean-Philippe Petesch mais qui résume bien ce que tout fan du groupe est
susceptible d’avoir cru à chaque changement de line-up.

Machine bien huilée, Iron Maiden est l’un de ces groupes qui n’a jamais splitté et, même si l’écart s’est creusé peu à peu, a continué à sortir régulièrement ses albums sans se fier aux tendances. Le punk ? Quelque chose dont il fallait se démarquer sous peine de disparaître très vite. La Nouvelle Vague du Heavy Metal Anglais? Oui Maiden en faisait partie, ils en étaient même le groupe le plus populaire mais que reste-t-il vraiment, exception notable de Saxon, de cette Nouvelle Vague aujourd’hui ? D’après Steve Harris ce n’était qu’un gimmick de journaliste et, sans pour autant la dénigrer, considérait que son groupe n’avait pas grand-chose à faire là-dedans.
Mick Wall s’attarde sur le rôle qu’a joué et joue encore Rod Smallwood, le manager, créateur de la boîte de management Sanctuary. Personnage haut en couleur, fabuleux et intraitable négociateur, il est au moins aussi important que Steve Harris. Iron Maiden lui doit bien plus que le gimmick de journaliste déjà évoqué. Un exemple? C’est lui qui a repéré cette affiche de jazz illustrée par un certain Derek Riggs (qui cessera sa collaboration avec Maiden dès 1992), a demandé à le rencontrer et est tombé nez à nez avec cette créature qui allait être nommé Eddie The ’ead.

Mort-vivant omniprésent, figure paradoxale puisqu’elle est indissociable d’Iron Maiden mais aussi porteuse de contresens et d’idées reçues dans l’esprit du grand public vu la violence qu’elle inflige ou qu’elle subit au fil des pochettes et autres T-shirts, Eddie méritait bien aussi un chapitre à lui tout seul. The Head était l’un des premiers gimmicks des concerts donnés par le groupe et le prénom vient d’une blague que j'avais déjà eu l'occasion de lire à dans une interview, à l’occasion de la sortie du Best Of The Beast.

Au fil de la lecture, chaque fan, quelque soit le degré de son addiction, trouvera quelque détail qu’il ignorait jusque là. Combien savent par exemple que Nicko est un surnom donné au batteur durant sa carrière pré-Maiden? Et combien encore en connaissent les circonstances?

Certainement la traduction d’une version augmentée de Run To The Hills. The Authorised Biography of Iron Maiden (parue initialement en 1998), L’épopée des Killers voit la plume de Mick Wall s’arrêter avec le chapitre 15, déjà retravaillé puisqu’il s’attarde sur le retour de Dickinson et Smith (qui n’a eu lieu qu’en 1999, je le rappelle). Les quatre derniers chapitres ne peuvent être considérés que comme une maladroite mise à jour, du bonus en totale incohérence dans le ton avec tout ce qui précède. Mais peu importe, ils ne sont pas sans intérêt, en témoigne notamment une dissection (non, pas celle d’Eddie, on nous a déjà fait le coup en 1995) des albums Brave New World et Dance Of Death. Et puis, on ne peut blâmer cette biographie d’être incomplète tant qu’Iron Maiden continue son p’tit bonhomme de chemin.



Morceaux d’esprit est, quant à lui, le résultat d’un travail universitaire, fait seulement détectable à première vue par le sous-titre, et, dans sa forme, est une présentation systématique et chronologique des chansons de chaque album du groupe, jusqu’au dernier en date, A Matter Of Life and Death.

Auparavant, les cent premières pages ont été consacrées aux précisions que tout effort universitaire est en droit d’attendre : remerciements, introduction, présentation du corpus, documents d’appui, glossaire et liste des thèmes et références.

Pour dégager les thèmes, l’auteur a eu recours, avec les faiblesses que cela suppose, à une recherche informatique par occurrence des mots. Bien que quelque peu alourdie de chiffres, elle n’a pourtant pas été inutile et c’est une approche méthodologique que l’auteur était quelque part obligé de rendre compte, un premier pas pour constituer une cohérence du "discours" (un des termes du glossaire) entre les albums d’Iron Maiden. Pour la bonne cause donc. Petite précaution générale de l’auteur, il insiste sur l’aspect subjectif de ses interprétations (celle d’"Iron Maiden", est à retenir) et appelle à prendre tout autant en considération celles qui ne seront logiquement pas mentionnées.

Quelques thèmes sont attendus puisque fréquents dans le heavy metal (la mort, la guerre, l’occultisme…) mais leur traitement n’aura qu’un seul but, démontrer qu’Iron Maiden ne les a jamais utilisés par provocation ou gratuitement. Petite parenthèse sur le sexe et l’amour, thèmes clichés par excellence, ils seront démontrés presque inexistants dans le "discours" du groupe, sinon à quelques petites exceptions, "saga Charlotte" en tête, mais aussi parfois avec un sérieux inhabituel sur les sujets ("Wasting Love" est l’exemple le plus représentatif).
Suit la présentation des références directes, qu’elles soient historiques ("Run To The Hills", "Alexander The Great"…), bibliques ("The Number Of The Beast"), mythologiques ("Flight Of Icarus"), littéraires ("The Rime Of The Ancient Mariner", "Brave New World ") ou cinématographiques ("Man On The Edge", "The Wicker Man"). Bien que certaines références soient évidentes, ne pensez pas que l’auteur enfonce les portes ouvertes en ne faisant que rappeler leur provenance. Elles seront par la suite développées et l’on verra qu’elles sont rarement utilisées telles quelles, servant ainsi de base acceptant habiles modifications et détournements opérés par les différents paroliers.
Jean-Philippe Petesch nous offre parfois d’agréables bonus et je ne peux omettre l’enrichissante explication de texte de "Revelations" (extrait d’une interview de Bruce Dickinson dans Enfer Magazine n°8, décembre 1983, placée en note de fin de chapitre). Entre indéniablement dans cette catégorie l’intervention extérieure d’Emmanuel Haeussler, interlude de trois pages, qui propose un parallèle inattendu dont je vous laisse la découverte.
Cette richesse intertextuelle, inaperçue du grand public, contribue grandement, et en toute objectivité, a démontrer l’originalité du groupe de Steve Harris. Mais, détrompez-vous, le corpus étudié recèle plus que des références à des œuvres déjà existantes. Certaines paroles se basent sur le statut du groupe au fil des années qu’ils soient adulés ("Powerslave", lors de l’âge d’or éprouvant des années 80) ou critiqués ("Virus", réponse acide aux journalistes anti-Bayley). Les préoccupations humaines et contemporaines ne passent pas à la trappe, elles sont même associées à un questionnement beaucoup moins superficiel qu’on pourrait le penser. En témoignent la cohérence thématique et introspective des albums The X-Factor et A Matter Of Life And Death. "Afraid To Shoot Strangers", inspiré par la guerre du Golfe, est un de ces titres mal compris dont le plus célèbre reste "The Number Of The Beast", qui ne serait qu’une transposition d’un rêve de Steve Harris. Première composition de Nicko McBrain, "New Frontier", prend, elle, une position controversée sur le clonage etc. Sans être un groupe adepte des protest-songs, quelques morceaux d’Iron Maiden peuvent entrer dans cette catégorie ("Run To The Hills", "Holy Smoke", "Fear Is The Key" ou encore "Childhood’s End").
Même si je pense qu’aux yeux des trois quarts des fans, ce qui prime c’est l’instrumentation des morceaux et des atmosphères qu’elle transcrit, la question du didactisme des paroles, voulue ou non, est très pertinente, tout autant que la distinction entre "fan" et "afficionado" (il est bien évidemment permis de penser qu’il existe des nuances) établie dans le glossaire. Grâce aux mélodies et la voix de Bruce Dickinson (si vous êtes sceptiques, faites donc la comparaison entre les versions studios et live de "Phantom Of The Opera" et "The Clansman"), les chansons de Maiden selon moi parlent plus aux tripes qu’à l’intellect. Ce qui ne signifie pas pour autant que les interprétations de Jean-Philippe Petesch ne m’ont rien apporté, bien au contraire. J’ai refermé le livre avec satisfaction, content d’avoir pu lire une mini-encyclopédie intégralement consacrée à un groupe de cette envergure.

Note: Les deux ouvrages sont séparément chroniqués, agrémentés de digressions, remarques personnelles et autres réflexions politiques de bistrot sur le blog M3tal Earth:
http://m3talearth.canalblog.com/archives/2009/09/29/15253198.html
http://m3talearth.canalblog.com/archives/2009/09/29/15253242.html
Merci à Taly et à Camion Blanc.

Iron Maiden - L'épopée des Killers, Mick Wall, Camion Blanc, 2005, 32€. J'aurais aimé mentionné le traducteur mais...
Iron Maiden - Morceaux d'esprit: Thèmes et origines des chansons de la Vierge de Fer, Jean-Philippe Petesch, Camion Blanc, 2008, 32€.

Les médias géolocalisés

Au-delà des questionnements biaisés sur les utilisations commerciales, sociales ou de simples navigations des médias géolocalisés, Nicolas Nova, chercheur, consultant, prospectiviste et rédacteur d'une thèse sur le sujet, nous entraîne dans une réflexion sur des possibilités futurs non encore exploitées.

Il aborde successivement l'histoire de ces médias, les premiers GPS, téléphone mobile et la création d'Internet, puis leur utilisations comme lien de communication, élément d'éducation ou localisation, ainsi que les applications non encore exploitées à cause de freins techniques, psychologiques ou tout simplement économique et enfin comment les futurs utilisations pourraient changer notre perception du monde.

Nicolas Nova expose les freins retardant les applications des futurs médias géolocalisés ainsi que les fonctions qui pourraient être très utiles à notre vie quotidienne dans le futur!

Nicolas Nova, Éditions Fyp, collection Innovation, mai 2009.

Demain, les mondes virtuels

Que peut-on attendre d'une analyse sociologique et économique sur les mondes virtuels en 2009?

Cet essai a pour essentiel avantage de regrouper toutes les connaissances techniques, scientifiques, économiques et sociologiques sur le sujet! Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologie nous entraîne dans une réflexion sur les futurs interfaces entre mondes virtuelles et réel et leur fabrication grâce à la nanotechnologie (comme dans Le Cobaye de Stephen King ou chez William Gibson), la création d'interfaces intelligentes, l'économie pas si virtuelle de Second Life ou World of Warcraft, et le rôle toujours plus important des avatars pour cacher son identité ou la réinventer.

Cet essai peut constituer à mon sens une introduction pertinente au monde du cyberpunk et des jeux vidéos!


Extrait:
"Le mot "avatar", nous disent tous les articles introductifs sur le sujet, vient du sanskrit: c'est un aspect fondamental de la mythologie hindoue. Les avatars sont les incarnations successives du dieu Vishnou dans notre monde terrestre; chaque fois que le Cosmos est menacé, Vishnou intervient en s'incarnant dans une personnalité particulière, dont les héros Krishna et Rama sont les exemples les plus célèbres."

Rémi Sussan, Éditions Fyp, collection La Fabrique des possibles, août 2009.

Pour et contre la bisexualité

Dans cet essai aussi érudit qu' impertinent Karl Mengel nous entraîne dans une analyse premièrement historique puis moral à la découverte de clichés et a priori ayant la vie dure.

Dans une première partie historique il rappelle et développe l'héritage de la philosophie grecque, éducation sexuelle et guerrière. Puis il aborde le cas moins connu, en tout cas pour ma part, du code d'honneur des samouraïs. Et enfin celui des romains et du primat de la tribu.
Dans une seconde partie il démêle les fils des fantasmes quant aux infidèles, affranchis et métis.
Dans une troisième partie il aborde les thèmes de l'onanisme et explique pourquoi, selon lui, la bisexualité est essence même de la nature humaine.
Enfin dans une dernière partie il redéfinit des notions aux définitions depuis longtemps biaisées comme l'amour à plusieurs comme miroir de notre propre égo qui serait supposé cacher une homosexualité sous une bisexualité feintée.
En conclusion l'auteur tente de replacer la notion de bisexualité au cœur de la définition des différentes sexualités et rapport aux autres.

Après une approche historique Karl Mengel nous entraîne dans une réflexion aussi passionnante qu' érudit et impertinente à la recherche de la définition des pulsions sexuelles les moins avouées!

Karl Mengel, Éditions La Musardine, collection L'Attrape-corps, juillet 2009.

lundi 28 septembre 2009

Le grimoire des ombres, "Don't judge a book by his cover!"

Même si l'on part d'un a priori très négatif au premier regard d'une couverture qui ferait penser à un roman d' Héroïc-fantasy comme beaucoup d'autres, ce recueil de nouvelles de Céline Guillaume est un pur émerveillement empreint de légendes et de cruauté!

L'auteur part en effet à chaque nouvelle d'une légende, réelle ou inventée, dans laquelle un ou des personnage(s) paye(nt) sa (leur) méchanceté ou leur incrédulité au prix fort.
Elle parvient à exploiter avec brio tous les procédés stylistiques et énonciatifs de la nouvelle pour distiller avec un humour noir et poétique fantaisie et moral.

Lire absolument Le Coma des Amazones: quand un alcoolique voit ce qu'il fait de son corps de l'extérieur il faut s'attendre à de grosses répercutions psychologiques!
Et Mon soupirant défunt: lorsque l'âme d'un défunt hante de son amour une femme, d'étranges phénomènes physiques se produisent!

Les Flammes de l'au-delà est parue précédemment dans Phénix Mag, Hors série nouvelles n°5 de janvier 2007 et dans le n°7 de La Salamandre d'Automne 2006.
La Dame de la nuit est parue précédemment dans Phénix Mag, Hors série nouvelles n°4 en novembre 2006.
La Châtelaine venue d'ailleurs est parue précédemment dans Phénix Mag, Hors série nouvelles n°7.

Un entretient de l'auteur sur Yozone.fr

Le site officiel de l'auteur

Céline Guillaume, Éditions Pietra Liuzzo, octobre 2008.

dimanche 27 septembre 2009

Axis

Je reviens des étoiles, fin de la lecture d'Axis. C'est un livre que j'avais beaucoup attendu en français, déjà parce que j'aime les couvertures de Manchu (il faut commencer par là), mais aussi parce que les traductions de Gilles Goullet me semblent assez réussies (et éclairent les zones d'ombres et les obstacles que mon piètre niveau d'anglais n'avait pu surmonter à la lecture du même livre chez Tor, honte à moi)

"Axis" de Robert Charles Wilson est le second tome de ce qui devrait être une trilogie ("Vortex" étant le titre du petit dernier). Pour aborder ce livre, il faut avoir lu l'excellent "Spin", publié chez Denoël, prix Hugo 2006.

"Spin" est un roman terrible et abouti, un foisonnement de concepts, un mélange d'une cohérence absolue entre des idées complètement barrées et une géopolitique établie, au sein de laquelle chaque individualité a un rôle d'échelle planétaire (on reconnait l'humanisme émanant des romans de Robert Charles Wilson)

Je reviens rapidement sur l'histoire : le Spin est une membrane recouvrant la Terre en faisant de ce fait "disparaître soudainement les étoiles du ciel". Les effets du Spin plongent la planète dans une dimension temporelle où le temps s'écoule des millions de fois plus lentement que dans le reste de l'univers. On devine très vite les conséquences face à un Soleil qui se fait de plus en plus vieux. Je n'en dis pas plus pour ne pas gacher la surprise : LISEZ-LE!

Axis se déroule 30 après Spin. Robert Charles Wilson le dit lui même : Spin se suffit.
Il souhaitait donc une nouvelle ambiance pour Axis, qui cette fois devait couvrir une intrigue policière. Pour ne pas gâcher le plaisir aux lecteurs qui n'ont pas lu Spin, je ne vais pas dévoiler l'histoire, mais simplement parler de mes impressions.

Mitigées. C'est le mot. En fait, j'en attendais plus. L'histoire évolue très lentement. La fameuse "intrigue policière" m'a sincèrement ennuyée et les personnages à ce niveau étaient très prévisibles. Ca, c'était pour le négatif.
Pour le positif : c'est la suite de Spin (!!). La problématique à résoudre, aussi peu intéressante soit-elle, se déroule dans un contexte fascinant, étonnant, détonnant! à savoir le devenir de l'humanité face à une nature devenue totalement imprévisible. Et là, on en a pour nos yeux!

Robert Charles Wilson tire son épingle d'une histoire qui aurait pu facilement s'embourber (bon, là elle s'est un tout petit peu enlisée mais j'en suis sortie avec un avis positif), ou perdre de sa cohérence. On en découvre plus sur ce qui brinqueballe les hommes et ces quelques réponses, et autres questions suscitées, suffisent à me donner envie de lire le dernier tome de la trilogie.

*aides/sources: Yozone (interview après Spin), le Cafard Cosmique (critiques ô combien pertinentes), ActuSF (interview après Axis)

N'oubliez pas que la librairie Scylla à Paris accueillera Robert Charles Wilson le lundi 2 novembre de 18h à 20h (comment ça je radote? :<)

samedi 26 septembre 2009

Norman Spinrad


Considéré comme auteur de science-fiction - par facilité, comme beaucoup d'auteurs rangés dans ce genre - Norman Spinrad est bien plus ce que l'on pourrait qualifier d'auteur de social-fiction.
Tant il est vrai que le terme science-fiction restreint énormément le genre à une visée purement scientifique du futur.
Spinrad lui, aime à torturer notre futur à travers un prisme politique, sociétal, voire philosophique - et voir comment l'humain se débrouille.
A cause de ses penchants volontiers gauchistes, voire anarchistes, Spinrad a souvent été vilipendé ou méprisé, à tort, car c'est un grand styliste, et un impeccable raconteur d'histoires; cruel avec ses personnages mais aussi fervent défenseur de la volonté de survivre et de l'espoir en son prochain, ce qui rend ses romans profondément humains à bien des niveaux.
Voici quelques-uns de ses indispensables :

Le Printemps Russe
Grande fresque familiale, grande fresque spatiale, grande fresque politique tout à la fois.
Ce roman en deux tomes raconte l'histoire de deux astronomes, un américain et une russe, qui se rencontrent, tombent amoureux, fondent une famille, se déchirent et transmettent leurs désirs et psychoses à leurs enfants. Tout cela sur fond de course aux étoiles dans des twisted 60's de Guerre Froide gagnée par la Russie. Aussi émouvant qu'excitant.

Jack Barron et l'Eternité
Jack Barron est une star des medias. L'animateur de talk-show suivi par plus de la moitié de l'humanité chaque soir. Bouffi d'orgueil, autodestructeur, mais aussi très malin, que se passe t'il lorsque Jack, pourtant préoccupé uniquement de sa petite personne, décide de se battre contre la conspiration du silence entourant une révolution scientifique acquise au prix du sang ?
Enlevé, époustouflant, ce roman qui confronte mass media et politique préfigure avec 30 ans d'avance le pouvoir incroyable conféré aux medias d'aujourd'hui.

Rêve de Fer
Uchronie des plus parfaites, elle conte le destin d'Adolf Hitler, émigrant aux Etats-Unis dans les années 30 et devenant un auteur de SF à succès. Troublant roman dudit auteur, accompagné de notices bibliographiques et d'une critique littéraire magistrale en fin de volume, c'est un exercice de style immersif à l'étrange saveur amère. Du grand art, mais à aborder avec sérénité.

Les Années Fléaux
Recueil de nouvelles brossant plusieurs futurs apocalyptiques de l'Amérique, cet ouvrage a l'inestimable avantage de contenir en fin de volume une nouvelle mettant en scène Norman Spinrad lui-même, dans une version légèrement dévoyée de son propre futur (dans un univers proche du Printemps Russe). Truculente et complexe, c'est un addenda délicieux pour tout aficionado de Spinrad.

tous les ouvrages cités sont disponibles en Folio ou J'ai Lu

lundi 21 septembre 2009

Sandman Préludes Nocturnes

Je continue à rebrousse poil, avec toujours dans une main le Minh Tran Huy et dans l'autre Axis de Robert Charles Wilson - la suite de Spin chez Denoel, j'en parlerai plus tard..
*au fait Robert Charles Wilson va dédicacer à la librairie Scylla début novembre yooohoo!.
.. on arrête les digressions.

Je continue donc à rebrousse poil en explorant l'œuvre de Neil Gaiman, puisque son "Graveyard Book" a été consacré moult fois, que Coraline est sorti en film d'animation, que ses livres (Neverwhere, Stardust, American Gods, le truculent "De bons présages" avec Pratchett pour ne citer qu'eux) sont incontournables.
C'est, il me semble, lors de mon écoute d'un commentaire sur l'un de ses ouvrages chez un critique bien matinal qu'une phrase a retenu mon attention (je ne saurais la citer avec exactitude, mais en gros ça donnait:) "Tous les livres de Gaiman pourraient être issus du même univers, à savoir celui qui l'a fait connaître : Sandman".

Pour les renseignements pratiques : on compte 10 volumes de Sandman en France qui compilent les quelques 75 épisodes de la série. "Sandman : Préludes Nocturnes" chez Panini Comics (Vertigo chez DC comics en VO) est au prix pas donné (mais compréhensible étant donné la qualité d'impression des 240 pages tout en couleur, la couverture rigide et la reliure en cahiers, les droits, tout ça..) de 26€.
Nous en conviendrons donc : le livre est un bel objet, illustré par un collectif assez impressionnant.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance d'un personnage mythique "Sandman", autrement dit le maître des rêves, au début capturé par erreur puis séquestré par des hommes trop ambitieux. Sandman est un personnage visuellement très sombre qui contraste avec toutes les autres entités du livre par son côté "quasi mono-chromé". Psychologiquement, on en sait très peu sur lui, il ne représente rien moralement, mais n'est pas dépourvu de compassion. Son royaume se dessine au fil de ses pensées, il peut voyager littéralement sur les rêves des hommes endormis et les façonne à son gré.
Le Marchand de Sable est membre d'une fratrie d'entités ô combien connues : "les Éternels", qui, d'après ce que la fin de cet opus laisse penser, joueront un rôle grandissant dans ses aventures.

Gaiman, scénariste ici, plante son décor : une terre viciée, un enfer où les pouvoirs s'affrontent sans fin, des chasseurs de démons, des groupes de justiciers masqués.. on est ici au pays de toutes les références et de tous les mythes, avec pour fil conducteur Sandman à la recherche de ses pouvoirs.

On retrouve Gaiman et ses thèmes de prédilection : le fantastique qui se cantonne à l'urbain, un univers macabre et quelque peu satirique aux allures de conte dégénéré pour grands enfants. Cet opus est un avant-goût qui invite à plonger plus avant dans un univers tordu, dans lequel il est vrai, toutes les histoires de l'auteur pourraient avoir leurs place. Je me laisse séduire pour la suite.

samedi 19 septembre 2009

La formule préférée du professeur

Pour souffler entre deux livres de la rentrée (le dernier Carlos Ruis Zafon - très décevant - et la double vie d'Anna Song - pour l'instant prometteur et intelligemment critiqué par mon confrère - comment ça je lance des fleurs?!- entre autres), je me suis permise la lecture d'un p'tit Babel.

Yoko Ogawa n'est plus à présenter à ceux qui connaissent la culture nippone, et aux japonais également, puisque ses livres ont récolté nombre de prix et sont déclinés parfois en films. L'auteur est influencée par l'écriture de Murakami (le gentil Haruki) et ça se sent. En France, elle est traduite chez Actes Sud par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Hakase no aishi ta sūshiki, autrement dit "La formule préférée du professeur" est un livre singulier. On se cantonne à trois personnages principaux, de trois générations : une aide ménagère très patiente, son fils très poli et un ancien professeur de mathématiques dont la veste est recouverte de petites notes, la plus importante étant : "ma mémoire n'excède pas 80 minutes".
La vie de ces trois personnages devient une répétition d'actes quotidiens, avec pour seule constante l'amour des mathématiques (et du base-ball japonais).

La patience des personnages, leur envie de lier une relation avec le professeur sans cesse renouvelée car sitôt oubliée, donnent au récit un aspect mélancolique et humble, typique et révélateur de l'expression des sentiments au Japon. Le temps s'écoule, invisible, il efface les mémoires et les sentiments. Le corps vieillissant est le seul témoin visible de son avancée.
La force du récit réside dans sa poésie et dans sa philosophie. Les passions du professeur sont magnifiées par leur côté éphémère. On finit par entrevoir la beauté insoupçonnée des chiffres et des formules mathématiques (ce qui ne m'avait jamais été donné jusqu'alors)

Je supposais que pour compenser sa mémoire défaillante au bout de quatre-vingt minutes il notait les choses qu'il ne devait pas oublier, et que pour ne pas oublier où il avait mis ses notes il les agrafait sur son corps, mais de quelle manière accueillir sa silhouette était une question bien plus difficile pour moi que de lui dire ma pointure.

jeudi 17 septembre 2009

Le Manoir aux esprits

Dans le second roman de Pierre Brulhet, Armand Lombre, architecte de son état, se découvre héritier d'un grand oncle dont il n'a jamais entendu parler d'un manoir normand en ruine dans lequel il se sent mal à l'aise dès la première visite. D'une façon inexplicable il se sent de suite investit d'une mission par les esprits habitants toujours ce manoir: retrouver les reliques de chaque membre de la famille. Il entraîne alors une amie très rationnelle dans une quête le menant des catacombes de Paris à celle de Palerme, dite catacombes aux 8000 momies, d'Istanbul à la Côte d'Ivoire à laquelle il ne semble lui-même pas tout à fait croire! Mais quelle sera la réel utilité de ses reliques? Qui est-il vraiment pour cette famille?

Je me suis souvent demandée lors de ma lecture où allait l'histoire. Le Manoir aux esprits est un roman hybride entre traitement comique de l'obsession du héros et une profonde quête identitaire qui le mènera à une fin aussi inattendue que terrifiante! En somme une écriture et un traitement du sujet de l'héritier ayant un lourd secret familial original, ludique et cruel !

Pierre Brulhet, édité par Lulu.com, mars 2009.

Site officiel de l'auteur
Premières pages

mardi 15 septembre 2009

Et tu marches dans la rue, seul avec ce passé. Tête baissée, tu observes les dessins aléatoires que font les chewing-gums écrasés sur le trottoir... Un soleil... un nuage... une araignée... un fer à repasser... Tu en cherches d'autres, plus surprenants encore. Ce petit jeu rend fou. Des chewing-gums écrasés, il y en a des centaine de milliers, des dizaines de millions sur tous les trottoirs de toutes les villes du monde, de Paris à Melbourne et de Pékin à Washington, en passant par Rome, Le Caire, Singapour. Blancs sur fond noir, noirs sur fond blanc, on doit pouvoir trouver tous les dessins possibles et imaginables. On commence à s'y intéresser, à rechercher des dessins rares - une quitare, une girafe, un hippocampe - et l'on ne pense plus qu'à ça.

Les dessins qui accompagnent les poèmes n'ont rien d'aléatoire, malgré leur ressemblance avec des taches d'encre de Chine. Ils reproduisent fidèlement le contour des plus étonnants chewing-gums écrasés dont Vincent faisait le relevé consciencieux. Dans la poche, il avait toujours un petit carnet à spirale dans lequel il reproduisait les compressions qui lui plaisaient le plus, en notant chaque fois le lieu, la date et même l'heure exacte de sa découverte...

Les Identités remarquables, Sébastien Lapaque, Actes Sud.

lundi 14 septembre 2009

L'Enfant du cimetière

Pour l'anecdote j'ai rencontré Pierre Brulhet lors du concert d'un ami commun dans un bar. J'ai tout de suite été charmé par son enthousiasme et il m'invita à une dédicace dès le lendemain avec d'autres auteurs ( Céline Guillaume, Jacques Sirgent auteur entre autre du Livre des vampires chez Camion Blanc et Marc-Louis Geslin directeur du fanzine gothique La Salamandre).

Dans L'Enfant du cimetière un poupon est abandonné une nuit dans un cimetière par une femme apeurée. Il est adopté par vote par les habitants/esprits. Nous suivons son éducation jusqu'à ses 13 ans et son premier amour pour l'enfant spectre Ora. La décision de la mairie de l'expansion du dit cimetière ainsi que son placement en orphelinat par les services sociaux vont remettre ses repères en question. Comment sauver ses amis? Son amour survivra-t-il à l'épreuve de sa découverte de la réalité du monde extérieur?

Dans ce "conte gothique" enfantin et poétique Pierre Brulhet questionne nos repères sociaux et moraux. Peut-on vivre hors du monde quotidien dans un monde fantasmagorique? L'amour peut-il survivre au choc de la découverte de nouveaux repères?

Un conte romantique et amer qui n'est pas sans rappeler Les Noces funèbres de Tim Burton!

Site officiel de l'auteur
Premières pages

Pierre Brulhet, édité à la demande par Lulu.com, 2007.

dimanche 13 septembre 2009

Singe savant tabassé par deux clowns

Poète, conteur, humaniste, Georges-Olivier Châteaureynaud est tout cela à la fois. Lecture très rafraîchissante que ce sympathique recueil de nouvelles d'un auteur français assez productif que je ne connaissais pas du tout (il semble que Châteaureynaud soit coutumier du recueil de nouvelles, qui plus est, ce qui n'est pas pour faire baisser mon estime).
Toutes les histoires de Georges-Olivier Châteaureynaud se ressemblent : ce sont des contes, à strictement parler. Tant dans leurs thèmes que dans leur forme, et parfois cela ne fonctionne pas totalement, mais c'est d'autant plus plaisant de passer à la suivante dans le cas de cet auteur. Châteaureynaud a le don d'émerveiller le lecteur avec des histoires simples, mais belles : un don pour les images, un goût pour les dialogues, une passion pour la langue française (on retrouve parsemés dans ses textes des mots incongrus ou peu usités).
Une lecture pas positivement originale, mais de biens jolis morceaux de littérature, bien que parfois un peu naïfs - mais toujours réconfortants.

Les Enfants de Dana

Un beau jour de décembre, le 21, jour du solstice d'hiver précisément une femme empreinte de douleur organise sa disparition, solde ses comptes bancaires, rend son appartement à son propriétaire, vend ses biens matériels dans un vide grenier, démissionne de son travail et prend la route à pied puis en voiture. Une seule idée l'obsède: retrouver la ville de Madguired, introuvable sur les cartes et pourquoi d'ailleurs? Après des rencontres insolites on lui indique une direction. Un accident à l'entrée d'un tunnel stoppera net sa quête... Mais des habitants mystérieux de ce lieu mythique viennent à son secours.
Serait-il la réincarnation d'un des enfants de Dana, énigmatiques défenseurs d'une cité assiégée en des temps ancestraux? Pourquoi la population est-elle comme bloquée derrière cette partie du tunnel? Y'a-t-il une vraie force magique les bloquant ou lui joue-t-on une mauvaise farce?

Après une première découverte du village correspondant en tout point aux clichés de la Fantasy l'auteur dépeint un personnage tiraillé entre son matérialisme le plus réaliste et son envie de croire en une magie la gardant prisonnière dans un cocon confortable entouré de personnes débordant d'attention et d'amour. Mais les raisons de la soit-disante guerre ancestrale entre la cité et ses ennemis sont-elles si louables? Que cache les valeurs morales des habitants?

Nicolas Bouchard démontre la dualité de l'être humain que ce soit dans notre monde matériel et réaliste que dans celui de la magie et de la Fantasy et détourne ainsi les clichés et les situations attendues dans tout ouvrage se référant à ce genre littéraire!

Nicolas Bouchard, Éditions Mnémos, collection Dédales, février 2008.

Edition, l'envers du décor

Quel lecteur amoureux de littérature n'a jamais eu envie de passer de l'autre côté du miroir et découvrir toute la poésie de la création d'un livre et de faire partie de la grande famille chaleureuse et passionnée de l'art et la manière de l'édition française?

Dans cet essai Martine Prosper, secrétaire générale du Syndicat National Livre-édition CFDT, dresse le portrait des rouages de ce monde si fantasmé. Du système des stagiaires sur-diplômes et surexploités dans tous les services éditoriaux, aux travailleurs à domicile ignorant leurs droits les plus fondamentaux, aux employés bien trop content d'avoir un CDD qui se transformera hypothétiquement peut-être un jour en CDI pour revendiquer des augmentations de salaire bien mérités, rappelons que la dite grille de salaire débute en dessous du SMIC.
La vie quotidienne des représentants est aussi abordée: agrandissement de leur zone de prospectus, l'accumulation de catalogues (voir les mutations chaque année d'éditeurs chez d'autres diffuseurs), pression des impératifs économiques qui les force parfois à faire pression sur les libraires afin qu'ils prennent plus de titres auxquels ils ne croient pas forcément et enfin baisse de la base salarial en 20 ans (ils sont rémunérés sur une base fixe et un supplément qui dépend de leur résultat).
Enfin l'auteur aborde brièvement le problème de la concentration des grands diffuseurs appartenant à de grands groupes industriels possédant aussi certains médias... après on se demande pourquoi on a la sensation de voir toujours les mêmes auteurs et éditeurs dans les émissions et journaux littéraires...

Un essai dont la lecture devrait être obligatoire en première année de toutes études des métiers de l'édition, que se soit INFL, ASFORED ou IUT Métiers du Livre afin d'alerter les candides prétendants à l'entrée dans ce monde merveilleux !

Martines Prosper, Éditions Lignes, septembre 2009.

samedi 12 septembre 2009

"Les gens me demandent toujours si c'est la musique de Maiden qui m'a inspiré Eddie", raconte Derek, "mais je ne les avais jamais entendus lorsque je l'ai dessiné. Je n'ai jamais vraiment été fan de heavy-metal. En fait, lorsque je dessine, au lieu d'écouter ce que vient d'enregistrer Maiden, j'écoute Beethoven, Stravinsky, ou même les Spice Girls. A l'époque j'étais plutôt fan de punk, et c'était ce qu'Eddie était supposé être: un punk au cerveau explosé. J'étais vraiment influencé par l'idée punk de la jeunesse brûlée, no future et tout ça, et ce qui est drôle, c'est que j'envoyais ça à des maisons d'édition pour illustrer des romans de science-fiction. Je ne savais pas trop quoi en faire. Mais personne n'était intéressé. En fait, ça avait l'air plutôt naze sur des couvertures de livres. Puis, sortis de nulle part, Rod et Maiden ont pris ce dessin, ils ont juste voulu que je fasse les cheveux un peu plus longs, mais on pouvait y apporter beaucoup de nuances"

Iron Maiden - L'épopée des Killers, Mick Wall, Camion Blanc.

mardi 8 septembre 2009

Place aux Livres

Présentation:
Place aux livres ! est une auberge livresque qui a lieu chaque mois au Quartier Latin de Paris et plus précisément au cœur de la Maube Saint Julien, sur la petite place du Relais de la bûcherie, sous la rosace sud de Notre-Dame de Paris. Libraires, éditeurs, auteurs, tous peuvent participer. Les lecteurs viennent y découvrir à la fois des livres, des auteurs, des maisons d'édition et des librairies indépendantes. Tous genres, tous styles, c'est une auberge ouverte.

Merci à ceux que l'évènement intéresserait de me laisser un message, j'en suis en effet co-organisatrice !

Prochaines dates:
- Le mercredi 30 septembre
- Le jeudi 22 octobre,
- Le jeudi 19 novembre
- Le jeudi 17 décembre.

Adresse:

Le relais de la bûcherie


Groupe Facebook

dimanche 6 septembre 2009

Fées Divers#3 : Nourriture & Boisson

C’est avec un réel plaisir que j’ai lu, ou plutôt dévoré, ce n°3 consacré à la nourriture et à la boisson et leur rapport avec le petit peuple. Commençons par le dossier thématique. Un 1er article passionnant et à l’écriture chaleureuse nous fait part des croyances culinaires liés au folklore féerique. On y découvre entre autres les Pixies, les Brownies ou les Knockers. L’article se termine par « Le Berger de Myddvai », un conte où une miche de pain fera le bonheur et le malheur d’un homme. On trouve ensuite deux fiches descriptives qui pointent sur des créatures féeriques : Friar Rush et le Cluricaun. L’article suivant nous rappel qu’il n’est pas forcément bon d’être invité au banquet des fées ; un beau parcours littéraire et folklorique. Un judicieux article suit et met en lumière la nourriture dans les contes. Nous prenons alors conscience qu’elle est toujours là, quelque part, et que ce n’est sûrement pas pour rien : la pomme de Banche-Neige, le Haricot de Jack, le pot de beurre du petit chaperon rouge, la maison en pain d‘épice… Et pour conclure ce dossier, un petit tour des parutions culinaires des fées finit de nous ouvrir l’appétit pour de bon!
Mais en dehors du dossier, on trouve des articles précieux, comme le guide des contes, pointant cette fois-ci sur Blanche-Neige. Le conte est analysé à partir des différentes versions qu’il y eut au fil du temps. Tanith Lee est mise à l’honneur dans un autre article très intéressant qui donne envie de découvrir davantage cet auteure majeure dans le monde de la SFFF. Je ne décrirais pas chaque article, mais la richesse et la diversité sont au rendez-vous. Vous y croiserez des artistes et groupes tels que Faun, Virginie Ropars et bien d’autres.
Un cahier de nouvelles et poésie propose de très bons récits, notamment la nouvelle "Néo-genèse" de Sophie Debat qui propose une vision pour le moins originale sur l'existence des fées! Et pour conclure ce superbe numéro, la géniale "Gazette du Petit Peuple" , humour et bonne humeur garantis !
Fées Divers est une revue incontournable, car unique, riche et tout simplement belle. Et c’est une chance d’avoir leurs parutions dans notre paysage littéraire et culturel. Je soutiens et j’aime à 100%!!

Fées Divers n°3 : Nourriture & Boisson - Printemps 2009 - 133 pages
Site de Fées Divers en maintenance jusqu’au 10 septembre. En attendant, retrouvez-les sur Tumblr et MySpace.

What's the secret word for tonight?: Ouvre-toi! (Anthologie)

J'ai un peu de retard. Cette anthologie a été publiée il y a un peu plus de deux ans. Mais ce qu'elle représente mérite ce petit coup de projecteur tardif. Autant manifeste qu'acte de naissance, Ouvre-toi! est une étape primordiale. Son titre, formule magique amputée d'un mot (qui aurait dû donner une toute autre résonance, si Griffe d'encre n'avait pas eu à changer de nom) , désigne ainsi le thème autour duquel tournent les seize nouvelles mais aussi l'exhortation triomphante des éditions Griffe d'Encre.

Je dois consacrer quelques lignes à la conception particulière de l'anthologie. L'appel à texte ouvert, qui imposait comme figures obligatoires (pas forcément en tutu ni patins à glace) d'attaquer la nouvelle avec les deux mots du titre et "que l'ouverture métaphorique ou littérale joue une rôle important dans la nouvelle", dixit l'anthologiste elle-même, constitue en effet avec la lecture des 111 nouvelles et la séléction des 16 happy-fews, une période de grossesse avant l'accouchement de ce premier bébé. Reitéré pour les anthologies qui ont suivi (à une exception près), l'appel à texte ouvert a donc permis un large éventail assez divers et équililbré pour "donner un échantillonnage de ce [Griffe d'Encre allait] proposer, une idée de la ligne éditoriale", selon les propres mots de Magali (sans "e") Duez.

Les ressorts typiques de la science-fiction sont utilisés dans une perspective grave à trois reprises. Exercice très périlleux puisqu'il a pour but de questionner, peut-être plus que de divertir, sur la condition humaine. Fable futuro-linguistique, "Les Graines perdues" de Loïc Henry, se déroule en 2458 et, malgré une rencontre du troisième type que je trouve un peu téléphonée, possède la qualité de se soucier de la disparition, au fil des siècles, des langages humains, inversant ainsi la légende de la Tour de Babel. La diversité des langues n'y est plus une punition mais une nécessité, un combat. "L'Autre" de Livia Galeazzi, évoque la quête pour le rajeunissement de l'individu, la chance de revivre, de se créer d'autres souvenirs, mais confronte aussi deux soeurs scientifiques aux éthiques opposées. Quant à Marie-Lé Camille ("Le Temps de l'exil"), elle nous propose une solution à la surpopulation inévitable qui semble nous attendre: pourquoi donc ne pas déporter vingt-cing milliards d'individus à travers les périodes préhistoriques afin de créer une dynamique alternative reposant sur la survie des groupes? Une nouvelle entre Ray Bradbury et Jacques Sternberg.

Antoine Lencou, dans "Ah, La Porte!", préfère, lui, décliner ironiquement le pouvoir que les machines finissent par exercer sur les humains. Dans "Suzanne on line" de Don Lorenjy, l'inversement des rôles final prête à sourire, mais il ne faut pas être allergique aux bondieuseries. D'autres expériences personnelles troublantes sont de la partie dans "Les Larmes rouges" de Saholy Gonga, conte fantastique contemporain dont l'aspect un peu trashy et confus m'a quelque peu rebuté, ou dans la très subtile "Cinq fois" de Fred Le Berre, au style très exigeant. Il est plus question d'un parcours initiatique dans "Tsuyan" (Nicolas Cluzeau), une mini-épopée imprégnée des légendes nord-eurasiennes, où la femme qui donne son nom à la nouvelle s'arme de courage pour retrouver l'homme qu'elle aime. C'est, par contre, en quête de son identité et de son passé que la femme de "Miroitements" (Michaël Fontayne) tâtonne à travers une structure narrative habilement éclatée.

On peut déceler des similarités avec "Miroitements" dans "La Petite Fille au coeur de marbre" (Li-Cam) et "Dans le noir" (Chloé George) mais l'enfermement (donc espoir d'ouverture) n'a pas la même cause ni la même issue dans chacune d'elles. La première commence comme un conte de fantasy et surprend par sa descente (un peu trop explicitement à mon goût, la fin aurait pu être un peu plus percutante) dans le réel. La seconde, qui mérite qu'on s'y attarde, est plus joliment ambigüe. Nouvelle qui conclut stratégiquement, présence du chat oblige (vous avez vu le logo de la maison d'édition, créé par l'illustratrice Magali Villeneuve?), et en beauté l'anthologie, "Dans le noir" a été écrite par Chloé George alors qu'elle n'avait que quinze ans. Doté d'une telle maîtrise de l'atmosphère, ce soupçon, un peu plus sombre, de Lewis Carroll force l'admiration. Aura-t-on un jour l'occasion de voir publiés d'autres récits de la même plume? On croise les doigts.

L'enfance continue à imposer sa présence dans "Réhabilitation" de Nathalie Salvie qui, sensible et attachante, évite le prêchi-prêcha dans lequel il est facile de tomber quand il est question d'exprimer le goût de la lecture. C'est impressionnant d'y parvenir en si peu de pages. Et que dire, sinon du bien, de la rencontre entre le passé profondément triste auquel Guillaume essaie de se soustraire par "Le Goût du miel" (Nathalie Dau) et l'espièglerie magique d'une petite fille? C'est par cette dernière que l'humour s'avance à petits pas, pour se révéler retentissant et halluciné dans la première publication de "L'Apocalypse selon Huxley" (Jérôme Noirez), dont j'ai déjà dit beaucoup de bien quelque part sur ce même blog (et je ne vois pas pourquoi je changerais d'avis); parodico-anachronique dans "Jassîm ibn Menollah, victime des statistiques" (Timothée Rey), où les trente-neuf voleurs et leur chef, dépassés par une entrée de caverne récalcitrante, font appel à un sorcier comme on le ferait pour un serrurier; ou satirique et anti-militariste dans "Logique d'ensemble" (Anthelme Hauchecorne), chute cartoonesque d'un parachutiste où l'on peut deviner l'influence probable d'un Robert Sheckley ou d'un Terry Pratchett (tout comme la nouvelle de Timothée Rey, d'ailleurs).

Petit bonus amusant: chaque auteur a eu carte blanche pour écrire une petite auto-bio à la troisième personne en fin de nouvelle. Un petit exercice ludique, souvent drôle et toujours plein d'humilité. Une rubrique "Coulisses", je suppose constante aux publications futures, divulgue quelques informations toujours bienvenues sur l'anthologiste, l'illustratrice de couverture (une chrysalide donnant naissance à une fée sur fond d'un vert sombre, dont on peut aussi voir un croquis), les circonstances de cette génèse ainsi que les traditionnels remerciements.

Si cette introduction à l'imaginaire de Griffe d'Encre avait pour but de partager une envie d'émerveiller et d'être émerveillé, tout en restant lucide et avide de questionnement sur ce que nous sommes, le pari est réussi. Je ne suis pas encore très familier à leur catalogue, mais je suppose que deux ans ont été suffisant à l'expansion d'un univers ouvert à toutes les possibilités. Quelque chose me dit que je vais m'y aventurer un peu plus, en espérant que vous en ferez de même (par exemple, en ne laissant pas votre exemplaire prendre la poussière pendant des mois sur une étagère). Mais ne me suivez pas, suivez votre propre chemin, il y aura tant de façon de s'y perdre.

Ouvre-toi!, Anthologie dirigée par Magali Duez, Griffed'Encre, 16€.

vendredi 4 septembre 2009

Is It A Bird?: Pink Floyd - Plongée dans l'oeuvre d'un groupe paradoxal de Aymeric Leroy

De nombreuses idées fausses circulent à propos de Pink Floyd. Il y en a bien une qui m'horripile et qui continue parfois à être stupidement proférée alors qu'un dictionnaire anglais-français suffit à éviter telle énormité. Pardonnez-moi cette digression introductive.
Aymeric Leroy n'y fait même pas allusion, d'ailleurs. C'est une de ces fioritures qui n'ont pas sa place, semble-t-il, dans cette collection "Formes". Les efforts de l'auteur se concentrent sur la genèse d'un groupe, celle de sa musique au fil des années avec une pertinence qui rejette le superflu. Ne cherchez pas les anecdotes croustillantes dont le seul but est d'amuser. Celles qui sont racontées ne le seront que parce qu'elle font sens.

L'introduction survole les décennies et se découpent en sous-titres tirés des paroles du groupe. Elle pose certaines problématiques essentielles comme cette complémentarité/opposition entre l'instrumentation et ses envolées/les paroles ainsi que les concepts qui s'y attachent. Si le nom des musiciens vous est familier, cette complémentarité/opposition interne se compose en fait ainsi: Gilmour et Wright/Mason et Waters. Aymeric Leroy la termine en insistant sur la volonté du groupe à demeurer dans un entre-deux assumé, surtout dans les années soixante-dix, entre expérimentation et musique populaire "qui rejette à la fois le formatage commercial et l'élitisme condescendant."

Moins une biographie qu'une discographie commentée du groupe, l'ouvrage attaque avec le prologue Syd Barrett, équivalent au premier opus The Piper Gates Of Dawn (que je suis loin d'avoir écouté autant que tous les autres) qui restera à jamais le seul effort marquant du personnage. Sans ses dérives mentales, Pink Floyd aurait été tout différent. Oui j'aime parfois enfoncer les portes ouvertes.

Le nombre de pages de chaque chapitre étant proportionnel à l'importance de chaque album dans la carrière du quatuor, il n'est pas étonnant de voir que Meddle, Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here et surtout The Wall sont le terrain propice à l'auteur pour étoffer les principaux axes évoqués dans l'introduction. Animals doit sa longueur à l'explication du concept, inspiré de La Ferme des animaux de George Orwell, qui voit l'esprit critique de Roger Waters (déjà présent dans Dark Side) atteindre un autre palier dans la virulence politique. La place que le bassiste prendra les années suivantes au sein du groupe est décadrée intelligemment, certains détails à défaut d'être moins visibles n'en sont pas pour autant sans importance.

Tout espoir de reformation brisé après le décès de Richard Wright en 2008, l'ouvrage possède cet aspect définitif qui provoque soupirs et regrets. Au moins on n'aura pas à racheter de version augmentée.

Ne s'adressant pas seulement aux musiciens ou aux fans indécrottables, Aymeric Leroy parvient, sans être ni trop technique ni trop superficiel (contrairement à cet article incapable de rendre compte de nombreuses choses passionnantes), à éclairer un public avide de connaître le making of de ses nombreuses et intemporelles écoutes.


Pink Floyd - Plongée dans l'oeuvre d'un groupe paradoxal, Aymeric Leroy, Le Mot et le Reste, coll. "Formes", 15€.

jeudi 3 septembre 2009

Ship arriving too late: Par-dessus bord de Kenneth Cook

Par-dessus bord est le deuxième roman de Kenneth Cook publié par Autrement après Cinq Matins de trop. Lors de sa publication en 2007 j'étais un peu passé à côté. Depuis ont suivi A Coups redoublés et Le Koala tueur qui ont fini de me convaincre qu'il aurait été dommage de continuer à le faire.

Jack Forster, pêcheur aux maigres ressources, arrive trop tard pour sauver l'Italien qui s'est pris le pied dans la chaîne de son ancre. Les frères de ce dernier, persuadés que leur bateau, le Santa Maria, porte désormais malheur, s'empresse de le mettre en vente. Occasion inespérée pour Jack Forster de se donner les moyens d'une pêche plus rentable, la pêche au thon. Seulement pour acquérir le Santa Maria, des démarches financières un peu au-dessus de ses moyens vont s'imposer: sa femme a beau ne pas être d'accord, il va bien falloir se serrer la ceinture et prendre le risque de s'endetter à vie. Mais il n'aura pas l'excuse du coup de tête une fois atteinte la dernière extrémité.

Kenneth Cook encore une fois n'épargne pas ses compatriotes australiens et dépeint leurs mauvaises habitudes, surtout celle d'être xénophobes. On retrouve ce fameux bar à l'atmosphère virile, ses regards en coin, ses accrochages, ses piliers et leurs blagues salaces. Cependant, malgré ses travers, Jack Forster est à lui seul un symbole des grandes ambitions tentées sur un coup de dé. On est piégé par un suspens créé non par un meurtre ou autre grosse ficelle mais par la seule volonté d'un homme qui veut s'en sortir. Les dernières pages sont tout simplement épiques.


Par-dessus bord, Kenneth Cook, Autrement, coll "Littératures", 14€. Traduit de l'anglais (Australie) par Mireille Vignol.

mardi 1 septembre 2009

Histoires de fantômes irlandais

Voilà un ouvrage extrêmement intéressant pour quiconque s’intéresse au folklore, plus particulièrement au folklore irlandais. Il s’agit là d’histoires recueillies par Jeremiah Curtin au 19ème siècle, américain d’origine irlandaise, parlant 70 langues et dialectes. Ces connaissances lui permirent notamment de collecter ces histoires contées parfois en gaëlique par des habitants de l’île d’Emeraude. Un travail riche et précieux qui nous permet d’en apprendre davantage sur les croyances et les traditions d’Irlande de cette époque.
Avant de débuter une série de contes, l’auteur prend soin de nous décrire les conteurs, nous plaçant ainsi davantage dans le contexte de ces histoires. Dans un 1er temps, les contes parleront d’ « esprits », parfois appelés le « bon peuple ». On y retrouve presque toujours le « fort aux esprits », lieu où il ne fait pas bon aller. Il est aussi question de changelins, ces êtres qui sont déposés pour remplacer des personnes enlevées par les esprits. On rencontre aussi le fameux onguent, celui qui, lorsque l’on s’en met sur les yeux, nous permet de voir les esprits.
Dans la seconde moitié du recueil, il s’agira plus de fantômes comme nous l’entendons plus habituellement. Et quels fantômes! Ceux-ci sont cruels, ils vous battent si vous avez le malheur de vous trouver dehors la nuit. Parfois jusqu’à ce que mort s’en suive. Pour terminer, on trouvera une histoire évoquant le vampirisime et une traitant d’un fantôme meurtrier.
Un précieux recueil donc que cet ouvrage, d’autant plus que ces contes sont inédits en France.

Jeremiah Curtin, Terre de Brume, 2009, 233 pages.
Fiche de l'ouvrage sur le site de l'éditeur