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samedi 19 septembre 2009

La formule préférée du professeur

Pour souffler entre deux livres de la rentrée (le dernier Carlos Ruis Zafon - très décevant - et la double vie d'Anna Song - pour l'instant prometteur et intelligemment critiqué par mon confrère - comment ça je lance des fleurs?!- entre autres), je me suis permise la lecture d'un p'tit Babel.

Yoko Ogawa n'est plus à présenter à ceux qui connaissent la culture nippone, et aux japonais également, puisque ses livres ont récolté nombre de prix et sont déclinés parfois en films. L'auteur est influencée par l'écriture de Murakami (le gentil Haruki) et ça se sent. En France, elle est traduite chez Actes Sud par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Hakase no aishi ta sūshiki, autrement dit "La formule préférée du professeur" est un livre singulier. On se cantonne à trois personnages principaux, de trois générations : une aide ménagère très patiente, son fils très poli et un ancien professeur de mathématiques dont la veste est recouverte de petites notes, la plus importante étant : "ma mémoire n'excède pas 80 minutes".
La vie de ces trois personnages devient une répétition d'actes quotidiens, avec pour seule constante l'amour des mathématiques (et du base-ball japonais).

La patience des personnages, leur envie de lier une relation avec le professeur sans cesse renouvelée car sitôt oubliée, donnent au récit un aspect mélancolique et humble, typique et révélateur de l'expression des sentiments au Japon. Le temps s'écoule, invisible, il efface les mémoires et les sentiments. Le corps vieillissant est le seul témoin visible de son avancée.
La force du récit réside dans sa poésie et dans sa philosophie. Les passions du professeur sont magnifiées par leur côté éphémère. On finit par entrevoir la beauté insoupçonnée des chiffres et des formules mathématiques (ce qui ne m'avait jamais été donné jusqu'alors)

Je supposais que pour compenser sa mémoire défaillante au bout de quatre-vingt minutes il notait les choses qu'il ne devait pas oublier, et que pour ne pas oublier où il avait mis ses notes il les agrafait sur son corps, mais de quelle manière accueillir sa silhouette était une question bien plus difficile pour moi que de lui dire ma pointure.

5 commentaires:

Abraham K a dit…

Très très belle plume, délicate et sensuelle. J'ai découvert récemment cette auteure au travers d'un autre roman intitulé "Amours en marge". Ton article me conforte dans l'intention d'explorer plus avant son oeuvre.

Gilmoutsky a dit…

Taly ne t'a pas dit que je n'aimais pas les compliments? Grrr!
Sinon j'aime bien la parenthèse du "gentil Haruki" et je pense lire ce bouquin avant de mourir (ça laisse un peu de marge).

Béné a dit…

Ce livre est vraiment très intéressant. La plume de Ogawa me fascine parce qu'avec des sujets très simples, elle construit un monde hors du commun et plein de sensibilité.

Filisimao a dit…

Il donne envie de faire des maths ce professeur, hein ?!

Et puis il est attachant, surtout grâce à sa maladie d'ailleurs.

Qui ne serait pas ému par un handicap si monstrueux ?

Il n'empêche que j'ai lu ce livre avec plaisir (ce qui m'a un peu agacé, car bien que le ressort soit énorme, il fonctionne).

π = ∫0+∞3dt/(t6 + 1)

C'est beau hein ?!

Susan Calvin a dit…

:')
.. j'ai comme un doute, du coup je l'ai pas mis dans l'article, mais n'y aurait-il pas une anthologie de textes d'Ogawa qui va sortir chez Actes Sud? ou bien je confonds..