"Rana Toad", ça se mange?

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lundi 31 mai 2010

Estampes sur eaux troubles de Marianne Lesage


Je n'avais rien lu de Marianne Lesage avant ce recueil. Et pour cause, depuis 2006, elle n'a été publiée que très rarement dans des revues spécialisées ou anthologies. Avec Estampes sur eaux troubles, publié chez Griffe d'Encre en novembre 2009, se présentait donc une occasion cohérente de la découvrir.
Parmi les neuf nouvelles proposées, trois d'entre elles avaient déjà connu publication.
"Fuathais" (j'ai laissé les italiques quand les titres sont présentés comme tel dans le recueil), déjà parue en 2007 dans Mort Sûre n°2, raconte le séjour en Écosse d'un couple marié à la passion depuis longtemps émoussée. Une histoire de fantôme (hé, c'est l'Écosse, fella!) moderne bien écrite mais qui joue sur des thèmes et ficelles déjà exploités et du coup la qualité de la nouvelle est nuancée par une impression de déjà-lu.
Quant à "Oeuvre au rouge" (parue sous le titre "Krassnaïa", terme russe traduit et expliqué dans la nouvelle, dans Monk n°1), histoire de femme fatale et mystérieuse, elle m'a surtout plu grâce au vocabulaire et aux références cinématographiques de la grande époque d'Hollywood. Un aspect vintage très réussi. D'un point de vue technique, une bonne idée stylistique que ce monologue destiné à des étudiants en cinéma complètement effacés face aux souvenirs du narrateur.
Initialement parue dans l'anthologie Contes & Légendes... revisités (édité par Parchemins & Traverses), "Voyageur" reprend de façon originale le conte de Barbe Bleue. Le narrateur récite son histoire à voix haute, quitte à paraître cinglé dans ce train qui l'emmène vers son château. Un choix difficile entre deux jolies soeur, des désirs irrépressibles et la jalousie, ingrédients indispensables à un conte gothique et macabre.

Autre détournement plus ou moins transparent, "La nuit, ma chambre est pleine de diables", est à rapprocher de "Voyageur" en ce qu'elle rappelle très fortement le conte traditionnel. De cette "réécriture" de "La belle au bois dormant" se dégage une sensualité exacerbée et se retrouve modernisée par quelques lignes franchement porno et par une scène lesbienne (Damo, arrête donc de saliver et tiens-toi mieux, enfin!). Peut faire aussi penser aux nouvelles de Nathalie Dau, bien que dans un style d'écriture différent. J'attendais autre chose à la lecture d'un si joli titre.

J'ai le regret d'annoncer également ma déception avec "Art is a Hammer" qui ouvre le recueil. Un artiste particulier qui pense avoir trouvé le matériau parfait pour une prochaine œuvre. Une chute très prévisible pour un texte victime, il est vrai, d'un concours de circonstances défavorable. Après avoir lu (dans un cadre pas si éloigné d'ailleurs, mais chut...), pas très longtemps avant, une intrigue suivi d'une chute similaires, il faut avouer que toute surprise tombe à l'eau. Vaut tout de même son pesant de caramels mous (si tu me lis, Ingrid...) grâce à la psychologie calculatrice et cynique du narrateur.

Seule nouvelle purement S-F, "Saturna Regna", sous forme de journal intime d'une jeune fille, nous décrit une sorte d'empire cosmique totalitaire et idéologiquement contestable. La jeune fille sera emmenée dans le Jardin, là où sont exécutées des expériences douteuses. Ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais la dégradation spirituelle et physique, ainsi que le lavage de cerveau dont elle est victime fait froid dans le dos. Interroge sur la question de la perfectibilité physique de l'être et des extrémités utilisées pour la finaliser.

"Home is where it hurts", encore un joli titre (serait-ce une référence?), relate les retrouvailles annuelles d'une bande de potes qui a tourné la page des abus et de la débauche. On apprendra à la fin la raison principale de cette accalmie. La narratrice, un peu isolée dans la bande retrouve dans un plaisir aviné un fantasme aux contours flous, Alex. La chute n'est pas trop mal amenée, mais encore une fois c'est avec un procédé utilisé des centaines de fois. Il reste toutefois au lecteur le choix ambigu de l'interprétation entre l'imagination troublée de la narratrice et l'option surnaturelle.

"Odissi" diffuse son atmosphère particulière par une description précise de cette Inde coloniale, fascinante mais hostile. Par contre le chemin emprunté par la narration a trop souvent été piétiné. Ceci dit la nouvelle aborde la domination arbitraire d'un peuple sur un autre.
Autre nouvelle historique, "Oeil de nacre dans la serre" prend la forme d'une correspondance romancée d'un couple séparé par la guerre 14-18. Pas nouveau comme point de départ, mais Marianne Lesage s'en tire avec quelques idées brillantes et la fin est bien amenée, tout en douceur.

Dans l'ensemble un recueil plutôt bon et honnête. Il manque pourtant à la plupart des nouvelles, je ne sais pas, quelque chose de plus (de l'humour par exemple?). Marianne Lesage intègre quelques bonnes idées (notamment dans la forme de narration ou la manière dont les chutes sont amenées) sur des trames classiques, voire surexploitées. J'ai trouvé que seules "Œil de nacre dans la serre" et "Œuvre au rouge" réussissent vraiment à se détacher de ces trames. J'ai eu l'impression déstabilisante que dans les autres, la narration n'allait pas dans la direction de mes attentes ou que les bonnes idées n'était pas développées à mon goût. Espérons que des esprits moins blasés y trouveront meilleure satisfaction.


Estampes sur eaux troubles, Griffe d'Encre, coll. "Recueil", 13€. Collection dirigée par Karim Berrouka. Merci, une fois n'est pas coutume, à Magali Duez

Les étranges soeurs Wilcox T1 - lectures en série3

Un nouveau Fabrice Colin, "Les étranges soeurs Wilcox" tome1 "Les vampires de Londres".
Accrocheur, non?
Londres 1888. Qui sont ces deux orphelines qui s'aventurent la nuit dans les rues mal famées ? Ignorent-elles qu'on peut y rencontrer Jack l'Éventreur ? Que des créatures plus terrifiantes encore, goules et vampires s'y livrent une lutte sans merci ? Mais Amber et Luna Wilcox ne sont pas des jeunes filles comme les autres. Sous leur frêle apparence se cache un terrible secret. C'est pour cela qu'elles ont été choisies. Par qui ? Impossible d'en dire plus. Sinon que la survie de l'empire britannique repose désormais sur les très étrangers soeurs Wilcox...
On saisi la substance de l'histoire avec la 4eme de couv' : le vieux Londres mal-famé, deux jeunes soeurs aux dents poitues et un combat ancestral qui se livre dans l'ombre. Avec en guest star Sherlock Holmes et Watson, Moriarti, Jack l'Éventreur, Dracula et tant d'autres.

Que dire sinon que l'ambiance est bien rendue? un reproche peut-être : pourquoi faire vivre Holmes et une cohorte de vampires sans offrir au lecteur un peu plus de ce petit déclic déductif que l'on retrouve dans aventures du grand détective?
J'en attends peut-être trop d'un roman adressé aux plus jeunes. Il est tout de même captivant et les personnalités opposées des deux soeurs donnent du piment au récit.

La douane volante - lectures en série2

Passons maintenant à "la douane volante" de François Place, Gallimard. Un "one shot" qui m'a particulièrement plu!
J'aime beaucoup les illustrations de François Place : ces êtres minuscules et colorés qui se déplacent d'une page à l'autre dans de gigantesques décors. "La douane volante" montre une nouvelle facette de cet auteur à l'imagination décalée.

The Pitch : Gwen Le Tousseux est - comme son nom l'indique - de santé fragile. Sous la protection du vieux Braz, le rebouteux, il apprend la guérison occulte, et développe ses dons. Dans la Bretagne pas très tendre et superstitieuse de 1914, on lui donne une faible esperance. Et pour cause! C'est après s'être fait rosser à n'en plus respirer que l'Ankou et sa terrible monture l'emportent.. dans un pays étrange. Une Bretagne du passé, hantée par ses légendes, au sein de laquelle la terrible douane volante fait la loi.

La douane volante : un roman initiatique, une histoire bien amenée, des personnages finement travaillés, un conte étrange à la Dickens, l'esprit de la mer en plus. Quant au style de François Place, on a envie d'en recopier des passages entiers, il nous fait rêver!

"Les Eveilleurs" de Pauline Alphen - lectures en série1

"Les Eveilleurs" de Pauline Alphen chez Hachette, tome 1 : Salicande.
Le premier tome porte bien son nom puisque l'histoire peine à sortir de la contrée appelée Salicande, dont l'auteur nous dresse un portrait assez paisible, étrangement calme, voire quelque fois carrément soporiphique.
Au sortir du roman qui m'aura pris plus d'une semaine de lecture et pas mal de volonté, mon avis est en mi-teinte.

Voici le pitch : "Jad et Claris sont jumeaux. Ils sont à la recherche de leur mère, Sierra, mystérieusement disparue le jour de leur troisième anniversaire. Pourquoi ? Cela a-t-il une relation avec ces dons énigmatiques dont le jumeaux semblent avoir hérité ? Cette quête va conduire Claris et Jad à repousser les frontières de Salicande, leur monde. Le monde de leur enfance, mais aussi le monde d'un passé qu'ils ignorent. Les Eveilleurs, c'est un voyage. Il faut embarquer avec les personnages. Il faut accepter le mystère, et ne pas vouloir tout comprendre. Ouvrir ce livre, c'est prendre tous les risques. "

Nous suivons la vie quotidienne de différents personnages gravitants autour de Jad et Claris.
On frôle très souvent les "pensées-clichés" et les réactions des protagonistes sont assez systématiquement prévisibles.

Amateurs d'action, passez votre chemin. Cette histoire semble plutôt être un gigantesque puzzle où chaque élément important nous est distribué au compte-goutte. Un roman d'ambiance à l'anticipation novatrice, puisque s'y mèlent sciences futuristes, dons parapsychiques, et créatures fantastiques (avec un fond écologique assez développé).

Si je le critique autant, pourquoi le chroniquer (je ne chronique pas les titres s'ils ne présentent pas d'intérêt) - Parce qu'il a un petit quelque chose. Parce qu'il est remarquablement bien écrit. Parce qu'il est justement "en suspend", amenant notre imagination à vagabonder et à se faire sa propre idée sur l'avenir du monde. Et puis n'en ayant lu que des critiques positives, je me suis dis que certains lecteurs y trouveront surement leur bonheur. Bref, j'attends la suite.

dimanche 23 mai 2010

Comme un poison dans l'eau

Walter est un enfant pas très sociable avec lequel ses parents ont des problèmes de communication au point de ne pas regretter que celui-ci parte de la maison pour aller étudier plus loin la biologie marine, passion héritée de la peine ressentie à la mort de son premier poisson rouge avec lequel il semblait entretenir de longues conversations.
Il en adoptera un autre, un Ryukin japonais portant le nom de l'impératrice chinoise Yang Meizi. L'avantage d'un aquarium est que c'est l'une des rares choses qui ne fonctionne pas à l'électricité en ces temps de rationnement des ressources naturelles. Alors que la solidarité s'impose entre étudiants le mutisme de notre héros le pousse à s'isoler et ainsi protéger à tout prix l'eau de son poisson, seule restée potable même si très sale.

Mais il rencontre Sarah, une jeune fille qui elle élève des carpes Kohaku, seule personne qui puisse l'apprivoiser et devenir aussi importante pour lui que son poisson.

Tandis que les gens meurent de soif autour de lui son seul soucis est de sauver la vie de son poisson quitte à se déshumaniser au fur et à mesure tandis qu'un "camarade" se liquéfie littéralement devant sa porte et qu'un autre l'attaque. Il décide de transporter son poisson dans un sac afin de partir à la quête du si précieux liquide.

L'auteur de Métropolitain, que j'avais précédemment chroniqué, nous entraîne dans une chronique du quotidien d'un adolescent tellement isolé des tourments de la société qu'il est surpris par une ambiance de survival post-apocalyptique. Il aborde de façon réaliste et donc cruelle les effets collatéraux du manque d'eau qui transforme très vite les hommes en monstres prêts à tout pour survivre. Une descente aux enfers d'autant plus angoissante que l'on ignore le pourquoi du comment de ce soudain chaos.

Premières pages sur le site de l'éditeur
Le site officiel de l'illustrateur Zariel, interview par la radio L'autre Monde à propos de son travail

Yan Marchand, Éditions Griffe d'encre, collection Novella, avril 2010.

samedi 22 mai 2010

Abyme

En préambule je tiens à dire que c'est l'article de Damo - Le Guide de la cité des Ombres - qui m'a donné envie de découvrir l'univers de Mathieu Gaborit. J'ai donc commencé par lire Abyme que j'avais sous la main. Je viens d'ailleurs de me rendre compte que ce livre est épuisé et qu'il date de 2001 ! Raison idéale pour aller faire un tour en bibliothèque ou pour l'acheter d'occasion.

Je ne sais pas du tout où situer ce roman dans la chronologie du cycle des Royaumes crépusculaires, mais pour ma part il en a constitué une très plaisante introduction.

J'ai trouvé ce roman très poétique. Il y a de de très belles descriptions architecturales. La description du palais des Gros me donne envie de voir comment Gérard Trignac a imaginé et illustré cet univers.

->Damo, toi qui a vu le guide, y trouve-t-on aussi des illustrations des personnages ?

Les ambiances des différents quartiers sont aussi très bien rendues ; la lumière, les odeurs, les couleurs. Au niveau du bestiaire, on retrouve les races emblématiques de la fantasy. Démons, nains, sirènes, minotaures et autres farfadets. On a aucun mal a visualiser toute cette population, qui est encore une fois très bien dépeinte.

Mais ce que j'ai trouvé le plus original dans ce livre, c'est le rapport entre les peuples souterrains et ceux de la surface. Les deux mondes entretiennent des relations professionnelles et commerciales par le biais des conjurateurs.

Maspalio, le héros de ce roman, est un farfadet. Un prince voleur à la retraite. Mais c'est aussi un puissant et respecté conjurateur. Un conjurateur est une personne capable d'invoquer un démon (depuis les Abysses) jusqu'à la surface. Le démon qui accepte l'invocation se voit confier une mission par le conjurateur. Ils conviennent ensemble d'un contrat et le signent. C'est ce qu'on appel une connivence. Selon le caractère de la mission, le conjurateur fera appel à telle ou telle espèce de démon. Car chaque espèce a ses avantages et ses inconvénients. Chaque démon appartient à une famille, sorte d'ethnie démoniaque, dont le nom dérive d'une couleur. Par exemple, les Incarnats sont des démons rouges (carmin).

Une autre trouvaille particulièrement réussie à mon goût est le rôle que jouent les couleurs dans cet univers. Celles-ci ne concernent pas seulement les démons. Je n'en dit pas plus car cela nuirait à l'intrigue du roman, mais cette dimension donne au livre une touche supplémentaire d'originalité et de poésie.

Je ne vous ai pas parlé de l'histoire. Il s'agit tout d'abord d'une enquête ; qui débouchera sur une révélation importante, susceptible de modifier à jamais l'équilibre de ce monde.
Que c'est bien trouvé ! C'est romantique à souhait mais pas mièvre, et surtout c'est cohérent.

Il ne me reste plus qu'à lire le reste des Royaumes crépusculaires (disponibles, eux).

Merci Damo pour cette découverte !

Abyme - Mathieu Gaborit - Mnémos - 2001 - 9782911618642 - 17€ (existe aussi en J'ai Lu, malheureusement épuisé également).

vendredi 21 mai 2010

Food for maggots

La troisième publication des Éditions Du Riez est un recueil de nouvelles de Virginia Schilli, publiées dans différents fanzines et revues entre 2004 et 2008, détails en notes, et quelques inédites, répondant au doux nom de "nourriture pour asticots".

Biographie sur le site de l'éditeur:

"Née en 1984 près de Metz, Virginia SCHILLI a étudié l'Anglais mais a préféré se consacrer très tôt à l'écriture. En effet, on l'a découverte dès 2005 dans les revues de genre (La Salamandre, Le Calepin Jaune) mais c'est surtout avec PAR LE SANG DU DEMON, publié dès 2004 puis réédité en 2006 aux Editions Nuit d'Avril, qu'elle se fait connaître du public amateur de fantastique. Son style oscillant entre candeur et décadence, au profit d'un Imaginaire riche en ténèbres, se retrouve par la suite dans DELIVRE-NOUS DU MAL, second roman ayant pour protagoniste le facétieux vampire Anders Sorsele, puis dans OUROBOROS, roman de dark fantasy paru en 2009. Elle a également plaisir à écrire des textes courts présentant d'autres dimensions de son Imaginaire, comme dans l'anthologie SOLSTICE 1 (Ed. Mille Saisons) ou encore au sommaire du collectif L, prochainement chez CDS Editions. Virginia a reçu le Prix Merlin 2008 de la meilleure nouvelle pour "Dernier Soupir. "

Dans L'Ami du beffroi * une jeune fille décédée revient du royaume des morts pour retrouver son aimé en haut d'un beffroi. Il aurait pu l'attendre éternellement pour enfin mourir à ses côtés.

Dans Death in the box** un homme dont le couple bat de l'aile achète chez un antiquaire un groupe de poupée que le marchand n'est pas très motivé pour lui vendre. Sa femme les installe dans la véranda mais le mari pose son dévolu sur une qui semble être bien dépariée. Il la met dans son bureau mais elle retrouve vite sa place dans la véranda. Sa femme essaye-t-elle de le rendre fou ou la poupée mène-t-elle sa vie comme elle l'entend? Mais la femme se lève une nuit et voit le sort que la dite poupée a réservée aux autres. Il s'agit en fait d'une charmante poupée vampire! Ils décident alors de toutes les jeter mais le mari ne pourra se séparer de cette poupée si étrange... L'auteur s'empare d'un thème qui pourra paraître bien bateau mais qui est très bien amené, le lecteur pensera jusqu'au bout que la femme veut tenter de rendre fou son mari afin de simplifier son divorce.

Dans Ars moriendi*** qui forme un diptyque avec Exitium Ipse Sui**** se passe juste avant l'exposition universelle de Londres en 1851, un peintre fait des tableaux de morts très récents avec leur propre sang. Peinture très fragile car s'oxydant très vite au contact de l'air. Dans la suite l'artiste, rencontrant l'incompréhension populaire, décide de faire son propre autoportrait afin de ressentir ce que ressentent ses modèles dans leurs derniers souffles ainsi qu'apercevoir les entités mythiques qui sont censées, selon lui, venir chercher les âmes. une nouvelle cruelle et émouvante sur une nouvelle sorte d'art s'inspirant des véritables Ars Moriendi.

Dans Zombification Triste Sire, un vampire serial-killer assiste toujours aux enterrements de ses victimes ne serait-ce que pour achever le travail! Une nouvelle joliment mélancolique qui vaut la peine d'être lue ne serait-ce que pour une scène de meurtre final d'anthologie!

Dans La Lumière au bout du monde**** en cette année de conquête des îles des Caraïbes une proposition bien étrange est faite au corsaire Sir Francis Drake , maître à bord de son navire. Un immortel lui propose d'échanger leur corps afin de pouvoir mourir. une autre vision de l'histoire officielle très intrigante.

Dans Bilirubine***** une habituée de rave-party se retrouve une fois de plus dans un état pitoyable. C'est le moment que choisit une connaissance pour la violer et la mettre en pièce. Elle est ressuscitée afin de se venger par un psychopompe, miroir de ses fantasmes qui ressemble fort à l'archétype du beau gosse dans les mangas. Originalité de cette nouvelle est d'aller plus loin que la simple référence à The Crow. En effet, afin de lui montrer l'importance de la vie, le psychopompe va l'emmener sur ses pas .

Dans Scarlett Feathers une petite fille grandit dans l'ombre d'un séraphin terrifiant en Eden. Elle osera l'affronter et le tuer au jour de ses premières règles. Sera-t-elle damnée? Arrivera-t-elle à s'échapper?

Dans Hadess on suit la déchéance de vieux mythes grecs, Écho, Médée, Apollon, Gorgone, Léda dans un bouge pourri, le Hadess du titre. Mais Léda s'enfuit avec un client, un certain Adonis. Mais ne serait-ce pas juste un piège des moires? Une vision intéressante de mythes piégés par leur destin.

Enfin dans Dernier soupir******on suit avec mélancolie, amour et lucidité les derniers pas d'un vieillard se promenant dans un jardin et souhaitant se muer en arbre au moment de sa mort.

En résumé un recueil romantique, mélancolique, emprunt d'amour et de cruauté dans lequel la mort et le destin jouent bien des tours aux victimes sur lesquelles ils ont jeté leur dévolu.

A noté: des références au rock gothique ou métal sont mis en exergue dans certaines nouvelles comme My Dying Bride, Type O Negative ou Anathema.

*parue dans La Salamandre, n°4, mai 2005
** parue dans Phénix Mag, hors-série n°2, juin 2006.
*** parue dans Le Calepin Jaune, n°12, mars 2007.
**** parue dans La Salamandre, n°9, printemps 2006.
*****parue dans Phénix Mag, Hors-série n°6, août 2007.

Virginia Schilli, Éditions Du Riez, collection Brumes Étranges février 2010.

Déséquilibres Synthétiques

Voici un recueil de nouvelles qui sort simultanément avec le nouvel album de Lydia Lunch. Comment ça qui ça? Je sens que je suis encore la seule à connaître cette personnalité essentielle de la scène underground de New York des années 70.

Biographie sur le site de l'éditeur, parce que je n'aurais pas fait mieux.

"Née en 1960 dans le Rochester d'une famille pauvre, Lydia Lunch quitte le foyer incestueux à 16 ans pour rejoindre les trottoirs de New York. Prostitution, drogue, alcool, arnaques… elle survit par la violence et la haine. Elle n’a pas 17 ans quand elle est guitariste et « cri primal » dans le groupe mythique de la scène No Wave, Teenage Jesus and the Jerks. Lunch est un « modèle unique de l’underground américain », une grande. Musicienne, actrice, performeuse, photographe, auteur de plusieurs albums et films, elle a collaboré avec les meilleurs groupes américains et européens de son temps et a été élue parmi les musiciens les plus influents des années 90. Elle acquiert sa popularité en librairie en 1998 avec la parution de Paradoxia, qui fait d’elle une voix forte de la littérature contemporaine. Elle anime aujourd’hui la scène spoken words américaine aux côtés d’Henry Rollins ou Hubert Selby Jr, vit à Barcelone et se produit dans toute l’Europe."

Ce recueil regroupe les textes de différentes performances scéniques ayant comme thèmes: la drogue, la mort, la prostitution ou la grossesse. Des interviews de Hubert Selby Jr. et Nick Tosches sont aussi retranscrites. On y retrouve toute la fureur iconoclaste et transgressive de cette artiste hors norme.
Sachant que le concert et la dédicace sont déjà passés il s'agit de ne pas rater ce recueil et l'album pour se replonger dans l'ambiance bien particulière de l'underground de New York.

Site officiel, avec une biographie encore plus complète, de Lydia Lunch
Extraits de l'album sur son myspace

Lydia Lunch, Éditions Au Diable vauvert, traduction Virginie Despentes, Busty et Wendy Delorme, avril 2010.

Oscar Wilde et le cadavre souriant

Voici le troisième tome des aventures d'Oscar Wilde comme enquêteur (voir les chroniques des tomes précédents).

Cette fois le roman débute par les débuts du Musée Tussaud de Londres et la méthode de moulage de cire de sa fondatrice, ses premières réalisations étant les reconstitutions d'assassinats médiatiques elle moule directement sur les visages des condamnés fraîchement exécutés. L'auteur va alors croiser le chemin de Sarah Bernhardt, dont il deviendra vite l'ami. Mais cette ambiance immersive sur les pas de personnages essentiels pour l'histoire culturelle européenne va vite être obscurcie par une série de meurtres dont le mobile semble bien insaisissable.

L'auteur nous plonge dans toujours la même ambiance d'émerveillement sur les pas d'un enquêteur bien particulier que l'on prend plaisir à suivre dans ses promenades parisiennes ainsi que dans ses rencontres. Car il faut admettre que l'enquête n'est pas l'élément le plus passionnant du roman et que le lecteur qui voudrait absolument tout comprendre lira directement l'explication dans les dernières pages.

Note: ce roman m'aura au moins permis de découvrir le poète Maurice Rollinat.

Gyles Brandreth, traduit de l'anglais par Jean-Baptiste Dupin, Éditions 10-18, Collection Grands Détectives, janvier 2010.

lundi 17 mai 2010

Tout espoir de fuite était vain désormais. Le pick-up en flammes bondissait dans le champ, poursuivi par une traînée d'essence et de feu qu'il lui était impossible de distancer. Le pick-up explosa. Par les vitres de la cabine on pouvait voir les corps se tordant das la fournaise. Dehors dans l'obscurité, des silhouettes agitées se rassemblaient au limites de la lumière. Alors que le feu se calmait, elles se massèrent devant les portes brûlantes. Passant les bras à l'intérieur, elles agrippèrent la viande de leurs doigts nus. Dans la bagarre, des intestins se répandirent par terre, flasques et brillants. Un homme croqua dans un cœur, une femme accroupie derrière un arbre rongeait la chair carbonisée d'un bras.
Quelqu'un dit:
-Oh là là!
Il y eut des murmures étonnés, des ricanements hystériques, des cris de plaisir.
-Garde-moi un sein! lança quelqu'un d'autre.
La chapelle résonnait de rires électriques.
Un des hommes était resté à l'extérieur de la ferme. Il frappait des deux poings sur la porte bouclée. Des visages déformés se tournèrent en direction de ses cris.
-Oh oh!
-Enfonce-leur la torche dans les yeux!
-Balance-leur un coup de pied dans les couilles!
Une femme hurla. Des bras plongeaient à travers les murs.
Simon se pencha en avant.
-Est-ce que c'est légal de nous passer ce film?

Laissant la main de Wendell enroulée autour de la sienne, il s'étendit près de lui et plongea son regard dans ces yeux grands ouverts, ces yeux maintenant impassibles et immobiles comme des objectifs de caméra. Il remarqua que les iris étaient verts. Pourquoi n'avait-il jamais vu cela auparavant? Désormais, il ne voulait plus rien rater. Il se pencha plus près. Oui, c'était toujours les yeux de Wendell, c'était le visage de Wendell, mais Wendell n'était plus là. Quelque chose d'autre occupait sa combinaison spatiale. Sur la surface froide de ses yeux plats et durs comme ceux d'un poisson tout ce qu'il pouvait voir étaient les lueurs et les formes frénétiques de la folie du monde autour de lui et son propre reflet affaibli, lui-même en train de regarder dans ce qu'il serait lorsque lui et toute cette planète pleine de hurlements auraient été aspirés dans les pupilles sans fond de ces yeux et pétrifés à tout jamais. Qu'est-ce que Wendell avait vu à cet instant-là? Que voyait-il maintenant?

Méditations en vert, Stephen Wright, Gallmeister, coll. "Americana". Traduit de l'américain par François Happe.

samedi 15 mai 2010

De Fièvre et de sang - "Don't judge a book by his cover"

Sire Cédric fait typiquement partie des auteurs vers lesquels je ne serais pas spontanément allée tellement j'avais de lui, avant de le rencontrer au salon du livre, une image de jeune auteur à minettes gothiques de 15/20 ans marketé jusqu'aux ongles. Et qu'est-ce que je n'aurais pas raté franchement!

Ce thriller fait partie des livres dont il faut parvenir à mettre de côté tout l'aspect marketing, couverture qui n'a pas grand rapport avec l'intrigue, titre un rien racoleur, pour se plonger dans une ambiance étouffante et intrigante au point du coup de parfaitement correspondre à l'argument des thrillers best-sellers à gros bandeau rouge: "vous ne pourrez pas lâcher ce livre, vous en ferez des nuits blanches tellement le suspense vous tiendra..." .

Nous suivons les pas de deux enquêteurs, une albinos au caractère bien trempé elle-même traumatisée car victime avec sa sœur d'un serial-killer étant petite, sa sœur revenant sous la forme d'un fantôme en cas de coup dur, ce qui ne manqueras pas... (cliché quand tu nous tiens!)
Le début de l'intrigue est particulièrement soigné: nous sommes dans la maison où est retenue une jeune fille qui comprend très vite que personne ne viendra la sauver en cet endroit particulièrement isolé et que la cour de la ferme n'est pas recouverte que de pluie et que la grange n'est pas habitée par des vaches ou des moutons mais des "collègues de galère" accrochée la tête en bas avec un sceau en dessous pour récupérer leur sang, subtilement écorchée, le visage arraché. Les bourreaux entrent vite en scène: clichés de redneck qui pourraient être des cousins des familles de Massacre à la tronçonneuse ou de Frontières. Alors qu'elle pense parvenir à se sauver il la rattrape... mais notre enquêtrice sonne à la porte... pour une fois que la police arrive au bon moment! S'en suit un inévitable affrontement au cour duquel les assassins sont tués et la victime sauvée!
Mais bien sur les choses sont plus compliquées et des crimes aussi tordus ne pouvaient être la seule idée d'un groupe si bête.
Une année passe jusqu'à ce que bien sûr la même série de meurtres reprenne ce qui confirme la première intuition de l'héroïne qui se demandait bien ce que faisait là les signes ésotériques sur les murs de la dite ferme et un emblème bizarre tracé au sang qui ressemble fort au blason de la famille d'Elisabeth Bathory (faut croire qu'elle est à la mode en ce moment entre le film La Comtesse et la prochaine biographie de Jacques Sirgent dont je reparlerais).

Sire Cédric utilise en les détournant les clichés du thriller à l'américaine mais dans l' Aveyron pour en faire soit des éléments grotesques qui stoppe l'enquête à un moment supposé fatidique (des collègues de nos enquêteurs se font arrêter par des gendarmes locaux pour la violation de domicile du suspect et bien sûr un bleu ne veut rien entendre et fait son cow-boy pendant que la collègue albinos "est retenue" par le dit suspect) ou "un oubli" de rapprochement de dossier amène un éclairage nouveau et complètement évident sur l'affaire et l'identité du suspect ou permettent d'apporter plus d'épaisseur psychologique aux personnages, surtout l'enquêtrice albinos.

En conclusion l'auteur parvient à jouer avec nos nerfs et notre curiosité quant à l'intérêt et la psychose du suspect pour le mythe de la comtesse non sans humour et dérision dans son traitement des clichés du genre.

Premières pages sur le site de l'éditeur

Sire Cédric, Éditions Le Pré aux clercs, mars 2010.

mercredi 12 mai 2010

L’enfant qui savait tuer

Dans la lignée du film documentaire La Vida Loca (de Christian Poveda) qui parle de la vie dans les barrios du Honduras.


Dans ce roman on découvre le quotidien de deux jeunes colombiens des communas de Medellin. Ils n’ont qu’une douzaine d’années mais sont déjà prêts à tuer et à se faire tuer pour rapporter de l’argent à leurs familles.


Ce livre a beau être un roman, je ne peu m’empêcher de le lire comme un documentaire. Le ton est juste, sincère.


Un roman poignant sur l’horreur de ce que les trafics peuvent engendrer dans les pays pauvres.


Thématiques : narcotrafic, amitié, entrée dans l'âge adulte


L’enfant qui savait tuer- Matt Whyman - Scripto Gallimard - 2006 - 9782070516018 - 9€

dimanche 9 mai 2010

Les débris du chaudron

Ce court roman est ici réédité sous une version remaniée. Les débris du chaudron a, en effet, déjà été publié dans l’anthologie Royaumes chez Fleuve Noir en 2000. Il explore la mythologie galloise autour des personnages Kerridwen et Kernunnos. Le début commence fort, avec une mise en scène en des temps qui ne nous appartiennent plus. Les deux protagonistes reviennent dans le monde des hommes afin d’y commencer un nouveau cycle. En parallèle, on suit le parcours de personnages de notre époque : une famille américaine d’origine galloise est poursuivie par une malédiction qui voit filles et garçons se faire tuer par un monstre marin.

Bien qu’intéressant pour son exploration des mythes celtiques, qui est un thème que j’apprécie particulièrement, le scénario, mais aussi l’écriture, m’ont quelques peu laissé de marbre. Si le début m’a séduit, j’ai vite déchanté avec la suite de l‘histoire. Les évènements s’enchaînent trop vite, et perdent ainsi en profondeur. Il en est de même pour les personnages qui, trop vite présentés, ne provoquent pas d’intérêt quant à leur destinée (hormis Kerridwen et Kernunnos). Bref, de nombreux éléments auraient mérités d’être développés.

Un autre aspect m’a fort déçu, il s’agit du grotesque de certaines situations. D’abord la scène d’inceste entre Kerridwen et son fils Affang. Je n’ai pas saisi pourquoi cette puissante reine se retrouvait sans pouvoir rien faire par la suite. J’en reviens au manque de développement des personnages qui m’auraient peut-être permis de mieux comprendre.

Autre situation grotesque, la fin du roman, où l’on retrouve Morvran (qui n’était, quelques pages plus tôt, qu’un jeune chanteur) combattant Affang, ici sous la forme d’un gros vers crachant de l’acide : « L’un des yeux de Morvran pend sur sa joue. Sa mâchoire est à nu. Ses disques vertébraux commencent à percer et la chair et la peau, parodiant la crête dorsale d’un dragon. ».
Il fut également dommage qu’à la fin, les personnages repartent aussi vite qu’ils nous ont été présentés, ce qui m’a laissé sur ma faim.

Aussi divertissante qu’est pu être cette lecture, de grosses déceptions qui apparaissent peu à peu ont faibli, voire annihilé, mon intérêt pour la suite. Reste l’aspect mythologique qui fut intéressant.

Nathalie Dau, Argemmios éditions, 2008, 207 pages, 13,50€.

Billet de joie express

Sapristi !
Ceci n'est pas une critique à proprement parler, mais juste l'expression intense de mon bonheur livresque du week-end : j'ai tenu un stand au Salon du Livre Libertaire ce samedi et ce dimanche, à l'espace d'animation des Blancs-Manteaux (et c'est chouette d'ailleurs, je vous le conseille ce salon) et j'avais omis d'emporter un livre pour m'occuper dans les creux de la journée. J'avais pas envie de lire un livre de gauchiste MAIS y'avait un stand super bien de livres d'occasions pas chers du tout avec plein de choses différentes. Et j'ai acheté "Merci, Jeeves" de Wodehouse, parce que j'en avais jamais jamais lu et que tout le monde dit que c'est bien.

Et bah c'est SUPER TROP BIEN en fait.

vendredi 7 mai 2010

Clown de la compagnie: c'était un rôle qui avait déjà pris forme entre lui et le reste de l'unité, avant même que Wendell, mesurant les possibilités qu'il offrait, n'ait plus qu'un pas à faire pour endosser le costume, donnant corps à la silhouette, multipliant ainsi sa propre intensité selon les règles de cette arithmétique particulière du comportement humain, qui attribue souvent les résultats les plus élevés aux plus petites fractions de la personnalité. En tant que caricature, il bénéficiait d'une liberté personnelle que n'avaient pas les "gens normaux".


De la poche de son treillis située à la hauteur de sa cuisse, il tira un exemplaire usé du livre d'Ayn Rand, La Révolte d'Atlas, auquel manquaient les deux pages de couverture, le livre lui-même étant réduit aux deux-tiers de son épaisseur d'origine. Lorsque Wendell lisait, il déchirait chaque page terminée, la laissant tomber là où il se trouvait. Les plus importantes concentrations, de modestes tas sur le sol près de sa chaise et de son lit, étaient balayées quotidiennement par la femme de ménage du baraquement, mais régulièrement des pages avaient aussi été trouvées çà et là dans l'unité, çà et là dans le 1er Corps d'Armée, çà et là dans tout le Sud-Vietnam: dans les latrines, à la cantine, au bar des hommes de troupe, dans la chapelle, dans le hangar, dans les cellules de détention, dans la réserve de fournitures, dans les abris, dans les cockpits, dans toutes les aérogares de la côte, dans des hélicoptères C-130, dans des Cobras, dans des Beavers, dans des Bird Dogs, tout le zoo de l'aviation militaire, la page 187 avait même été roulée et fumée une nuit de désespoir.

Méditations en vert, Stephen Wright, Gallmeister, coll. "Americana". Traduit de l'américain par François Happe.

jeudi 6 mai 2010

Ablutions – notes pour un roman, de Patrick deWitte

Parler de Danielle. Cinquante-six ans, les cheveux acajou, secs et cassants à force de couleurs répétées, rouge à lèvres orange, et de nombreux tatouages tristes dont elle aimerait te parler en détail. Une personne sympathique mais qui a le cœur d’une petite fille vorace, et ses yeux se plissent lorsqu’elle boit et elle te regarde comme si tu étais la dernière part de gâteau dans une fête. Du sel de Margarita s’accumule aux coins de sa bouche et tu l’emmènes parfois dans la réserve mais seulement si tu es extrêmement saoul (elle commande constamment des verres, les pose devant toi et te traite de rabat-joie si jamais tu refuses). La lumière est crue et tu voudrais briser l’ampoule pour mettre Danielle à l’aise mais, malgré son visage ravagé par le temps et les ennuis, ça n’a pas l’air de la gêner, et elle se penche en avant et se jette sur toi. Tu te retrouves le dos contre la machine à glaçons, et la réserve chavire et tu veux hurler et rire et crier et donner à Danielle un coup de poing dans le ventre, mais elle a défait ta ceinture comme un parent en colère et tu sais qu’il est désormais trop tard pour reculer et donc tu fixes l’ampoule nue au point de ne plus voir que du noir.

L’homme qui rédige mentalement ces « notes pour un roman » du fond d’un bar glauque de Los Angeles se désagrège lentement sous les incessants coups de boutoirs des petites pilules blanches et des verres de whisky qu’il s’inflige à longueur de journées et de nuits. Oscillant entre une conscience fragile et un état second plutôt tenace, il consigne au hasard les portraits et les histoires, réelles ou fabulées, de la bande hallucinée de clients à la dérive qu’il a pour métier de servir, mêlés au récit non moins affabulatoire de ses propres déconvenues. D’un côté comme de l’autre du comptoir, cette humanité pleine, les pieds pris dans un mortier de faillites et de rêves en bouillie. Le lecteur est pris dans ce va-et-vient, seul maintenu à distance par l’absence totale de cynisme ou d’excès de pathos que l’auteur-narrateur s’impose.

Il y a du Bukowski dans ce premier roman, un Bukowski sans amertume et doté d’un surcroit d’empathie. Vif et lucide, et servi par un style d’une extrême fluidité, Ablutions est composté de cette matière humaine à la fois moribonde et terriblement pugnace, qui m’a rappelé pourquoi j’aime tant les lettres américaines.

Ablutions – Notes pour un roman, Patrick deWitte, Actes Sud 2010, 198 pages, 19,50 euros. Traduit de l’américain par Philippe Aronson

Five nights of bleeding : Amina K. de Vincent Munié

Florian Courson est caméraman. Alors qu’il filme pour la télévision française le championnat du monde d’athlétisme à Paris, il est subjugué par la beauté d’une jeune coureuse de fond, Amina Kazéra, seule représentante d’un petit pays d’Afrique centrale, le swahingu, agité par un conflit entre un gouvernement sans légitimité démocratique et un mouvement rebelle.
Amené à se rendre quelques mois plus tard dans ce pays pour un reportage « exotique », sans relation aucune avec la réalité politique du pays, il décide de partir à la rencontre de cette femme. Ce qu’il découvre dans les faubourgs de la capitale où se masse une population paupérisée et opprimée par le pouvoir du fait de sa supposée origine « ethnique » va faire basculer sa vie.

A partir de la trame de départ un tantinet naïve d’une histoire d’amour platonique, Vincent Munié, lui-même réalisateur de documentaire et bon connaisseur de cette partie du monde, nous entraine dans les coulisses d’un génocide, celui du Rwanda.
Le récit, malgré quelques scories, prend de plus en plus d’ampleur au fil des pages, jusqu’à la tragédie finale, et lui permet de dresser un panorama critique et détaillé des mécanismes à l’œuvre dans la genèse des conflits africains injustement qualifiés d’« ethniques ».

Poussé par une force d’indignation salutaire et mené d’une plume alerte, ce roman, qui se lit d’une traite, constitue pour le néophyte une bonne introduction à l’histoire contemporaine africaine. Mais il est surtout un réquisitoire implacable contre la Françafrique, le post-colonialisme, et le rôle, indirect ou non, des institutions internationales, des médias et des responsables économiques et politiques occidentaux dans les multiples drames qui déstructurent le continent africain. Un livre injustement passé inaperçu.

Amina K., Vincent Munié, Les Editions de la Mauvaise Graine 2007, 332 pages, 17euros.

mercredi 5 mai 2010

Movin' to Komori soon - Petite forêt de Daisuké Igarashi

Ichiko est une jeune femme qui habite à Komori, un hameau du nord du Japon. Abandonnée assez jeune par sa mère, elle vit seule dans une petite maison en pleine forêt.

Après un premier chapitre en couleurs, le reste du manga est en noir et blanc. Chaque chapitre présente une recette de cuisine, introduite par une anecdote de la vie d’Ichiko.

A mi-chemin entre le journal intime et le carnet de recettes, Petite forêt est un manga en deux tomes sur la nature, la cuisine et les relations humaines. Ichiko se retrouve parfois avec des amis pour travailler au jardin ou bien pour cuisiner. Certains chapitres sont entremêlés de flash-back et nous racontent l’enfance d’Ichiko, lorsqu’elle vivait encore avec sa mère. La vie en solitaire d’Ichiko lui pèse parfois sur le moral. Les travaux d’extérieur et la cuisine sont alors l’occasion pour elle de se changer les idées. D’autres chapitres sont moins nostalgiques et montrent une jeune femme énergique et débrouillarde, qui vit de façon simple et économe. Chaque chapitre se clôt sur une « fiche recette » avec une liste et une photo des ingrédients.

Le dessin est réaliste, le trait est naturel, façon carnet de croquis. L’auteur emplois aussi des trames (et j’aime les trames !). Certaines cases m’ont fait penser au dessin de Hayao Miyazaki. J’ai ressenti à la lecture de Petite forêt le même respect pour la nature, la même spiritualité que l’on trouve dans l’œuvre de Miyazaki.

Une très bonne découverte pour moi qui aime beaucoup la cuisine japonaise mais pas assez les mangas.


Petite forêt – Daisuké Igarashi – Casterman – 2 tomes parus - 2008 -11.50€

mardi 4 mai 2010

Abyme - Le guide de la Cité des Ombres

Dieu que je l'aurai attendu longtemps celui-là ! Je ne saurai même plus quand a été initié le projet au départ, mais je me rappelle avoir pu contempler certaines planches d'illustrations originales dans les locaux de Multisim avant que cet éditeur de jeu de rôle ne disparaisse...
Abyme est une création de Mathieu Gaborit qui prend place dans le monde des Royaumes Crépusculaires : deux romans sur Abyme ont vu le jour, ainsi que le cycle d'Agone, tous chez Mnémos il y a bien dix mille ans. Le cycle d'Agone est ce que je considère personnellement comme la plus belle réussite de fantasy française, et je serais curieux d'entendre les arguments de ceux qui ne seraient pas d'accord.

Mais parlons plutôt de ce magnifique ouvrage,
plutôt que du passé : le guide de la Cité des Ombres est le premier titre de la collection Ourobores des éditions Mnémos.
Et quel premier titre ! 240 pages d'un format longiligne (j'ai oublié le terme technique, laissez moi tranquille), toutes en couleurs, avec une bonne centaine d'illustrations. La plupart de Gérard Trignac, un artiste exceptionnel que je vous engage à découvrir.
Ce guide s'inspire donc d'un cycle de romans, mais aussi d'un jeu de rôle qui fut créé quelques années après, pour compléter celui créé dans le monde d'Agone. Malgré cela, il décrit uniquement la cité d'Abyme, à la façon d'un guide touristique enluminé et enrichi de cartes (d'une précision remarquable). Pas besoin d'être forcément familier des romans et des jeux de rôles pour apprécier ce magnifique objet, qui est plus qu'un livre de qualité, mais aussi et surtout, l'aboutissement acharné d'un rêve de ceux qui l'ont imaginé il y a plusieurs années et ont eu la ténacité de le mener à bien.
Passionnant, foisonnant, éblouissant, voilà tout ce qu'est ce livre.
Alors certes, oui, je ne suis pas extrêmement objectif, mais tenez le dans vos mains une fois, bon sang de bonsoir !!! Il le mérite.

Abyme
Le Guide de la Cité des Ombres
Mnémos Ourobores
36€

lundi 3 mai 2010

- Un jour, dit-il, je vais faire demi-tour et sortir de cette ville, et je continuerai à marcher jusqu'à ce que j'atteigne un endroit vaste et désert avec un grand morceau de ciel creux au-dessus, je creuserai un trou, je m'y assiérai et j'attendrai en écoutant simplement le sang battre dans mes oreilles pendant un long, un très long moment. Pas de klaxons, pas de voix, pas de putain de connards. Peut-être bien que je marcherai jusqu'en Australie.

Le mur du fond protégé par la véranda était couvert d'un monstrueux collage comprenant des articles de journaux découpés, des couvertures de livres de poche, des pages de manuel militaire, des boîtes de rations, des disques, des lettres, des photos et des étiquettes de boîtes de conserve et d'emballages en carton envoyés par les parents. Il n'y avait pas de responsable du Tableau, personne n'était là pour donner un arbitrage sur les questions de forme, d'harmonie et de goût. Tout soldat du 1069e arrivant avec un élément qu'il jugeait adapté était libre de le coller lui-même en utilisant le pot de colle que l'on trouvait habituellement quelque part sur le plancher de la véranda. Les découpages et les collages avaient commencé plusieurs années auparavant, et bien que la pluie et l'humidité fussent parvenues à blanchir la plupart des premières contributions ou à les décoller et les laisser pendre, molles et délavées comme de la peau morte, de nouveaux découpages apparaissaient assez souvent pour que le tableau continue à se renouveler tel un serpent exotique.

Méditations en vert, Stephen Wright, Gallmeister, coll. "Americana". Traduit de l'américain par François Happe.

The Mystery Man came over...: 20th Century Boys/21st Century Boys de Naoki Urasawa


Encore un retour en arrière de quelques années, à l'époque ou le manga était encore pour moi une abstraction. Concrètement, je comblais les trous dans les séries à chaque fois que tel ou tel tome était vendu. Mais ne rigolez pas quand je vous dis qu'un stagiaire (j'étais apprenti, c'est un niveau hiérarchique supérieur, non?) peut servir à autre chose que faire le ménage ou apporter le café. Je ne me rappelle plus comment j'ai amené la chose, si je lui avais confié humblement ma quasi totale ignorance dans le domaine ou si je lui avais demandé quel manga il apporterait sur une île déserte. Il s'était dirigé tout de suite vers la fin du rayon à la lettre T pour me dire que "ça" c'était de loin sa série préférée. Du même auteur que Monster, détail que j'ai mis relativement longtemps à remarquer (un profane en manga ne retient pas encore le nom des auteurs japonais), 20th Century Boys, s'est donc légèrement incrusté dans mon cerveau sans que j'aie l'opportunité de vérifier si le stagiaire avait bon goût. Mais le souvenir de la scène est resté jusqu'à ce qu'une cliente plutôt calée, plus récemment, me confirme la qualité de cette série avec le même enthousiasme.

Avec une intrigue qui se déroule de 1969 à... 2018, multiples flashbacks inclus, 20th Century Boys ne se laisse pas résumer facilement. Il faut se contenter de raconter le début en espérant accrocher suffisamment les gens qui me lisent. Le début, si l'on excepte la scène d'introduction, se partage entre deux années: 1969 et 1997. 1969, une bande de gamins, lors de leurs vacances d'été se construisent une base secrète dans un terrain vague. Ils s'y réunissent pour écouter les radios qui diffusent du rock et lire des magazines (par toujours de leur âge) dans lesquels ils suivent certaines séries très populaires (un des éléments nostalgiques et probablement autobiographiques de l'auteur qu'il faut savoir lire entre les bulles). Entre deux raclées délivrées par des jumeaux fans de catch (on peut dénicher avec plaisir plusieurs références dispersées à ce divertissement tout au long des tomes), deux des gamins, Kenji et Otcho, imaginent une histoire, dessins et détails précis à l'appui, d'une domination du monde qu'il faut combattre. Simple jeu de l'esprit qu'ils recréent innocemment dans leurs jeux quotidiens.

En 1997, ses ambitions musicales s'étant soldées par un échec, Kenji s'est résigné à tenir l'épicerie familiale vendue par une chaîne de superettes. Avec sa nièce encore bébé, Kanna, sur le dos (littéralement), son quotidien est parfois ponctué par les remarques et sermons commerciaux de son directeur. Le départ brutal de sa soeur, la disparition d'une famille entière, un mystérieux symbole et surtout le suicide (officiellement) d'un de ses camarades d'enfance, Donkey, vont s'imbriquer et le mèneront vers une secte dirigée par un personnage masqué, Ami.

Lors d'une réunion d'ancien élèves, Kenji, toujours en contact régulier avec certains des amis d'enfance comme Maruo et Yoshitsune, en retrouve d'autres et c'est l'occasion pour eux de discuter du mystère qui commence sérieusement à occuper leurs esprits. Les souvenirs d'enfance reviennent peu à peu et ils réalisent qu'Ami faisait partie de leur bande (mais qui exactement?) dans ce passé qui se révèle brumeux. Ce dernier semble s'inspirer littéralement de l'histoire créée il y a tant d'années, dans leur base secrète. Mais cette fois-ci c'est du sérieux (oh it's real... it's damn real...).

Je ne peux aller plus loin sans en révéler trop. Commencé simultanément aux derniers chapitres de Monster, 20th Century Boys s'adresse à un public plus large tant dans l'âge que dans les goûts. Là où Monster se révèle clairement thriller avec enquête et action, 20 Century Boys, est plus difficilement classable, encore plus dense, patchwork de genres dominé par l'aventure et la science-fiction. Par contre on retrouve de la part d'Urasawa cette faculté saisissante à jongler avec les péripéties, à étoffer son intrigue, et à créer de vrais personnages.

Certains pourraient grincer des dents à cette comparaison, mais la structure de Monster et 20th Century Boys est similaire aux romans-feuilletons européens du XIXème siècle. Personnages multiples, tous liés par des mini-intrigues, coïncidences dramatiques, fausse pistes et malentendus, certains sont aussi aussi inoubliables que ceux de Charles Dickens ou de Victor Hugo (Urasawa les a-t-il lus?). Le personnage principal n'est qu'une obligation, une façade, et l'on regrette que quelques personnages secondaires ne soient pas plus présents (par exemple ce clochard appelé Dieu qui fait des rêves prémonitoires, mais surtout Donkey).

La lecture en tomes révèlent les grosses ficelles de la forme feuilleton (combien de fois Ami retire-t-il son masque sans qu'on puisse savoir de qui il s'agit?) et quelques clichés ne sont peut-être que clins d'oeil nostalgiques pour coller à cette ambiance assumée.

Très encrée dans la culture japonaise, la série prend comme élément important l'exposition universelle d'Osaka, en 1970, les mangas de cette époque et un combat du bien contre le mal qui sait rester ambigu, non caricatural. Autre événement historique, aussi universel, repris symboliquement à plusieurs reprises, le voyage sur la Lune sur laquelle l'un des trois astronautes n'a jamais posé les pieds (de quoi être frustré à vie, enfin si tout ça n'était pas une mise en scène, ouh là, je vais avoir des problèmes, moi...). La musique rock s'y voit également décernée un rôle en filigrane, souterrain mais essentiel. Le titre lui-même est une chanson de T-Rex et Urasawa, à l'instar de Kenji, est aussi guitariste/chanteur par passion. Ce dédoublement/mis en abyme, est aussi explicite à travers les trois personnages mangaka de l'histoire. D'autres thèmes, de triste et perpétuelle actualité, sont aussi abordés comme la manipulation, la propagande et la psychose de la fin du monde.


22 tomes en tout, le rythme addictif des douze premiers s'essouffle un peu et continue tout de même à conserver un intérêt tout à fait respectable sur les dix derniers. La fin, un peu décevante après tant de développements passionnants, est rattrapée dans deux tomes supplémentaires intitulés 21st Century Boys.
Quelques mots sur l'adaptation en trilogie cinématographique. Obligatoire pour ceux qui veulent continuer un peu leur plongée dans cette histoire humblement inoubliable, le visionnage des trois films peut agacer les puristes qui veulent du 100% fidèle. Pour le spectateur occidental blasé, quelques scènes peuvent paraître cheap ou/et mal jouées (surtout les scènes d'actons), mais dans l'ensemble les plus indulgents seront satisfaits par cette extension parallèle du manga. Pour ma part, les films, outre deux chansons dans la tête, n'ont fait qu'exacerber cette petite addiction laissé inassouvie à la fin du manga. L'achat des 22+2 tomes (et oui, ce n'est pas encore fait) ainsi qu'une relecture s'imposent. J'aimerais me rémémorer quelques détails...

Tout comme Monster, la série a été récompensée par plusieurs prix prestigieux au Japon (bel allitération, isn't it?). En France elle a obtenu le Prix de la meilleure série à Angoulème 2004 et le Grand Prix à la Japan Expo Awards en 2008.

L'inévitable comparaison (chacun aura sa petite préférence) entre les deux séries est facilement explicable: ce sont les seules publiées et terminées de Naoki Urasawa, en France. Deux autres séries sont tout de même en cours: PLUTO (chez Kana, 8 tomes, 3 publiés), un remake (ne pas entendre de mauvaises connotations à ce terme) d'Astro Boy créé par le vénéré Osamu Tezuka et Happy! (chez Panini, 23 tomes, un seul publié pour l'instant) où Miyuki (personnage féminin) arrête sa scolarité pour rembourser les dettes de son frère. D'autres séries encore non importées semblent alléchantes, notamment Master Keaton (18 tomes) et Billy Bat (il faudra attendre un peu, elle n'est en cours au Japon que depuis octobre 2008). To be continued...
Bonus:
http://www.youtube.com/user/labasesecrete (Reportage en 5 parties. La 4ème et 5éme parties se penchent sur 20th Century Boys. J'ai visionné ça après la rédaction de ma chronique, il y a donc des choses très intéressantes que je n'ai pas pu mentionner. Toutefois, attention aux spoilers pour ceux qui n'ont pas encore tout lu.)

20th Century Boys/21st Century Boys, Naoki Urasawa, Panini Manga, 8,95€ pièce.

dimanche 2 mai 2010

La Bible Dracula - Dictionnaire du vampire

Jusqu'à présent ma référence en terme de culture générale vampirique était V is for vampire, the A-Z guide to everything undead, un guide très exhaustif sur toutes les mythes, films, références culturelles et lieux liés de façon plus ou moins justifiés au sujet, un livre passionnant, épuisé depuis 1996, sur lequel j'étais tombé par hasard dans une chaîne de livres d'occasion à Londres il y a bien 10 ans. Et à propos de la firme la Hammer Hammer, House of Horror, lui aussi épuisé depuis 1996 que j'avais trouvé dans l'ancienne version du musée du cinéma à Londres, une biographie particulièrement complète avec toutes les biographies des réalisateurs, acteurs et résumés de film richement illustrés. Étant de plus fan depuis l'adolescence du mythe je ne pensais donc pas pouvoir apprendre grand chose de cette "Bible".

Or force est de constater que cette "Bible" est une sacré somme intellectuelle sur le sujet.

L'ouvrage est encadré par de précieux guides:
Une introduction précisant la nature des articles: livres, films, pièces de théâtre, téléfilms, bandes dessinées, et bonnes adresses développées dans le guide en fin d'ouvrage dans lequel on retrouvera toutes les informations précieuses pour se rendre en ces lieux: comment s'y rendre, horaires d'ouverture, prix de l'entrée. On trouvera aussi à la fin une bibliographie à la rigueur universitaire des ouvrages et articles en anglais et français, une filmographie tout aussi passionnante dans laquelle sont aussi bien cités les films les plus connus que des curiosités venues des Philippines(!) et une dvdthèque idéale, plus courte. Enfin une table des matière finale permet de tout vite retrouver par titre.

Dans le corps de cette véritable encyclopédie chaque article est synthétique tout en donnant les informations importantes sur le sujet abordé.
Des coupures de journaux sont cités sur les sujets polémiques comme le château de Bran, endroit où est supposé avoir séjourné Vlad Tepes, ou les fantasmes sur les cercueils ou les chauves-souris.
Deux cahiers de 32 pages en tout et en couleurs illustrent autant les références et photos connues comme les portraits de Bram Stoker et de Vlad Tepes que les films plus confidentiels qui méritent bien que l'on s'y attarde comme Dracula, pages tirées du journal d'une vierge de Guy Maddin.

Je pense que je pourrais facilement écrire 10 pages de commentaires sans avoir fait le tour de toutes les raisons pour lesquelles je trouve cet ouvrage essentiel, aussi bien pour les connaisseurs, qui exploreront la bibliographie et la liste des films avec jubilation que les néophytes qui découvriront ainsi un mythe plus riche qu'ils ne le pensaient en regardant, ou pire en lisant, Twilight!

Premières pages sur le site de l'éditeur

Interview de l'auteur sur Yozone.fr suivie d'une bibliographie mais pour son livre précédent que je mets quand même parce que le thème est à peu de chose prêt le même.

Alain Pozzuoli, Éditions Le Pré aux Clercs, janvier 2010.

Demain, c'est bien aussi ou Comment régler ses affaires sans aucune discipline personnelle

Voici l'essai essentiel pour permettre à toute les victimes et/ou adeptes de procrastination ou "LOBO" ( "Lifestyle Of Bad organisation"), ou art de tout remettre au lendemain, d'être comprise de leur entourage ou patron!

Si l'on peut prendre au départ le sujet à la blague leurs auteurs développent de vrais théories et conseils pratiques sur tout de même 370 pages.

Comment aller contre tout système constructif de classement, de méthodes de travail? Comment différencier tâches urgentes et tâches pressées? Comment ne pas culpabiliser devant les choses simples à faire, mais que l'on remet toujours à des mois, alors que les choses les plus compliquées sont plus facilement réalisable de façon plus immédiate?Pourquoi faire les chose à l'avance alors qu'on peut les faire en 5 minutes juste avant l'échéance?Quels types de choses peut-on objectivement ne pas faire ou du moins laisser à d'autres?

Basé sur de réelles études étrangères, "au cours des 30 dernières années, près de 700 publications scientifiques [...] ont vu le jour", cet essai va à l'encontre des idées reçues. En effet, selon ces études, 80% de la population tout sexe confondu serait victime et/ou adepte de cette façon de vivre et ne seraient pas pour autant de naïf rêveur ou de sombre idiot.
Car ce n'est pas à nous de nous adapter aux impératifs extérieurs, vecteurs de stress inutile, mais au monde à s'adapter à nos rythmes de vie.

Demain, c'est bien aussi est un guide essentiel sur la bonne gestion des problèmes quotidiens rencontrés au travail, en couple ou en famille!

Site officiel du livre
qui relait des anecdotes digne de Vie de Merde!

Kathrin Passig et Sascha Lobo, Éditions Anabet, avril 2010.

Le ballet des âmes

Voici le nouveau roman de Céline Guillaume aux Éditions Du riez. On y retrouve la sensibilité et l'amour de l'auteure pour le merveilleux arthurien et la cruauté du réel.

On suit en focalisation interne le destin d' Enora, jeune paysanne de 13 ans orpheline en plein troubles historiques, quotidiens ainsi que personnel (éveil amoureux et sexuel) au début du 13ème siècle. Si le début du roman reprend les codes du merveilleux arthurien la réalité va très vite rattrapée notre héroïne. Elle qui croit être protégée par la maîtresse de la nature croisée au détour de la forêt sous un cerisier (transfert de l'image protectrice maternelle?) se retrouve au service d'un maître cruel, pervers mais aussi triste qui voit en elle sa femme défunte tant aimée.
Elle apprendra par les autres domestiques que la servante précédente a été assassiné par celui-ci pour avoir refusée de porter son enfant alors qu'elle sentira la présence omniprésente de la femme morte du maître.
Mais son destin est aussi marqué par une malédiction, aspect qui pourrait sembler banal dans ce genre de littérature mais qui est détourné et magnifié par l'écriture de l'auteure. L'intrigue prend alors un tour auquel on ne s'attendait pas du tout au départ.
Elle partagera soudainement un amour sincère avec un jeune prêtre... mais découvrira vite leur lien de parenté ainsi que ceux qui la lie au maître alors qu'elle est enceinte de lui. La fin est aussi tragique qu'inattendue au point de m'en tirer, j'avoue, une larme.

En conclusion une écriture toujours aussi sensible que tragique qui transforme ce personnage un peu niais au départ en femme propriétaire de sa propre destinée et détourne plaisamment les codes du merveilleux arthurien et l'image traditionnel du destin dans ce type de littérature.

Note: la couverture est de Mathieu Coudray, illustrateur de Et cette porte, là-bas, qui se fermait chez Argemnios et Les Sombres Romantiques aussi aux Éditions Du Riez que j'avais précédemment chroniqué.

Céline Guillaume, Éditions Du Riez, collection Vagues Celtiques, mars 2010.

Les héritiers d’Homère

Cette anthologie réunie 18 nouvelles sur le thème de la mythologie grecque. Pour ce faire, Nathalie Dau et Jean Millemann ont sélectionnés 3 types de textes. D’abord, ceux qui mettent en scène les personnages dans le monde d’aujourd’hui. Dans ce cas, les textes sont souvent empreint d’humour (mais pas toujours). On retrouve par exemple Persée en motard et Andromède en gothique (Pierce’s track : the Maid & the highway de Nicholas Eustache) ; Eurydice en junkie et Hadès en patron de boîte de nuit (La descente aux Enfers d’Orphée et d’Eurydice d’Anthony Boulanger) ; Dionysos en patron de bar (La Bouteille, le barbu et le sens du monde de Franck Ferric) ; Oreste en habitué mélancolique des bars (Aube d’Eliane Aberdam) ; Héraclès, son épouse Déjanire et la lessive Ponux (La mort d’Héraclès de Claire Jacquet) (texte qui ne se passe pas à notre époque mais la lessive et la narration apportent un côté moderne).

On trouve ensuite des textes qui, tout simplement, mettent en scène les personnages dans leur contexte. Notamment Hécate et son lien avec l’union de Perséphone et Hadès (Le pacte d’Hécate de Sophie Dabat) ; Nyctalê, fillette qui souhaite servir Athéna (Nyctalê de Samothrace de Fabrice Chotin) ; un centaure qui refuse le chemin qu’il doit suivre (La caverne des centaures mâles de Marie-Catherine Daniel) ; Chryséis, une artiste qui défit Athéna (Cet éternel orgueil de Nadège Capouillez).

Enfin, on trouve une 3ème catégorie de récits ; ceux qui traitent du thème de façon lointaine ou suggérée. Ils sont toute fois peu nombreux. Tout en reconnaissant la qualité de certains de ces textes, je dois avouer que ce sont ceux qui m’ont le moins intéressé, compte tenu du thème de l’anthologie. Ainsi, le mythe de Narcisse est traité en fond, en parallèle à une autre trame (Prisonnier de son image de TK Ladlani) ; il en est de même pour Jason et Médée (Mayday de Jeanne-A. Debats).

Parmi tous ces récits, certains m’ont particulièrement séduit. D’abord Le syndrome de Midas de Jess Kaan qui m’a beaucoup plu par l’intelligence du scénario et des personnages très bien développés, tant au niveau des émotions que des réactions . L’esprit de l’Hellespont d’Olivier Boile, qui met en scène un roi Perse qui tente d’envahir le Grèce avec sa flotte puissante, fut passionnante à lire. Aussi passionnant, L’Hospitalier de Yan Marchand où l’on retrouve les dieux de l’Olympe qui mettent à l’épreuve le pauvre Agathon. Enfin, Les sept derniers païens de Romain Lucazeau m’a beaucoup plu. Ici, un guerrier celte se voit proposer une mission particulière ; entre paganisme et chrétienté.

Le gros plus de ce type d’anthologie est de vous faire(re)découvrir des mythes. Vous vous retrouvez plongé dans des dictionnaires (même si un glossaire bien pratique se trouve à la fin du livre) ou sur Internet à faire des recherches pour en savoir plus sur les personnages. Une lecture, donc, doublement passionnante, qui m’a beaucoup plu.

Anthologie dirigée par Nathalie Dau et Jean Millemann, Argémmios éditions, 2009, 359 pages, 22€.

samedi 1 mai 2010

-Avoir envie de rentrer sous terre, c'est sain, déclara Griffin, se détournant enfin du monde de la flamme. Moi, je veux être un champion de l'envie de rentrer sous terre.

Griffin fit un signe en direction du personnage silencieux dans un coin, recroquevillé sur un exemplaire de la veille du Stars and Stripes dont les pages n'avaient plus été tournées depuis plus d'une demi-heure.
-Légume, lança Griffin.
Au bout d'un long moment, Légume leva la tête. Des rayons de feu doré se dressaient à l'arrière de ses deux yeux, comme si les grilles cornéennes qui normalement protégeaient le Moi délicat de l'assaut brutal du Réel avaient été chimiquement arrachées, lui permettant d'entrevoir la fournaise sacrée où l'intérieur rencontre l'extérieur et explose en une violente combustion sur la paroi chargée de la rétine. Griffin eut brusquement une séduisante intuition: peut-être que ces phares balayant des champs de papier journal permettaient véritablement à Légume de deviner l'obscure pulsation qui manipulait le monde. Un tel savoir, bien sûr, resterait privé, inexprimé, inaccessible à la mémoire, parce que Légume, malgré cette belle apparence chamaniste de sagesse surnaturelle, était complètement cinglé.

Méditations en vert, Stephen Wright, Gallmeister, coll. "Americana". Traduit de l'américain par François Happe.