"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

samedi 30 mai 2009

Une parodie de Twilight, parcequ'il faut se faire plaisir de temps en temps!

Parce qu'il faut se faire plaisir de temps en temps! Si vous aussi vous en avez marre d'entendre parler de la Miss Meyer voici une parodie bien fun! Uniquement en anglais par contre, désolé pour ceux qui ne comprennent pas cette langue...

Extraits sur le site officiel de l'auteur

vendredi 29 mai 2009

Sortie du premier tome de l'intégrale des Livres de sang de Clive Barker !

Les Livres de sang de Clive Barker, épuisés depuis belles lurettes chez Fleuve Noir, ressortent enfin chez Bragelonne le 29 mai !!!

http://www.fantasy.fr/articles/view/8849

Rappel: le roman éponyme Hellraiser est toujours disponible!

Petites perles dégotées à la Librairie Pippa

Voici quelques albums sur lesquels j'ai craqué lors de l'inauguration de la Librairie et éditeur Pippa spécialisée en éditions indépendantes!

Croustine et Potisson au jardin du Luxembourg
Croustine et Potisson sont deux sorciers qui tombent de leurs balais dans le Jardin du Luxembourg. Ce sera la bonne occasion pour résoudre l'énigme de la bague de la reine du jardin dans leur livre d'énigmes. Comment trouver ladite bague? Comment reconnaître la reine du jardin parmi toutes ces statues?
Un album ludique pour faire découvrir le jardin aux 4/5 ans!

Aurélie et Anne-Sophie Nédélec, Éditions Pippa, collection Les P'tits Pippa.


Radamus Croquemousse, le chat qui voulait jouer la comédie
Une petite troupe de théâtre de souris revisite Le Petit Chaperon Rouge... Mais un gros chat remplace l'acteur supposé jouer le loup! Sachant qu'une trêve a été établi entre les souris et les chats comment aller au delà des apprioris et accepter ce chat comme membre à part entière dans cette troupe composée uniquement de souris? Peut-on jouer quand on est un chat?
Un album tendre pour expliquer la tolérance aux 4/5 ans!

Vassili Karist, Aurélie Nédélec, Éditions Pippa, collection Les P'tits Pippa.

Qui fait quoi?
Un voyage à travers différents pays pour apprendre aux enfants à reconnaître les différents métiers. Chaque pays est représenté sur une double page que doit explorer l'enfant pour découvrir des cultures différentes.
Un album qui permet autant de découvrir différentes cultures que de diversifier le vocabulaire des 4/5 ans!

Eve Grosset, Éditions Pippa, collection Les P'tits Pippa.


Si Versailles m'était conté par un loup...
Le Roi Loup décide de donner un bal masqué à Versailles. Sous les masques, les costumes et les vastes de Versailles reconnaitrera-t-il sa belle?
Un album sur les beautés de Versailles, pour découvrir le chateau avec les plus petits, mais aussi sur l'amour qui s'encombre peu des apparences!

Eve Grosset, Éditions Pippa, collection Les P'tits Pippa.

Tonino a disparu
Le fils d'un couple d'ours, fort bien intégré dans la société des humains, disparaît, enlevé par l'ex patron cruel de leur ancien cirque.
Le petit ourson trouvera-t-il le courage de se rebeller contre son geôlier? Comment organiser les secours?
Un album sur la solidarité et la tolérance pour les plus petits!

Vassili Karist, Violette Benilan, Éditions Pippa, collection Les P'tits Pippa.

Site officiel d' Eve Grosset


Ne réveillez pas le dragon!
Lola est une petite fille qui à l'heure du coucher est une prise une incompréhensible envie de se promener. Pourtant elle sait que l'on peut faire de mauvaise rencontre dans la nuit! Elle se retrouve nez à nez avec un dragon... qui aime lui aussi qu'on lui lise des histoires avant de dormir même s'il préfère manger les enfants plutôt que de les entendre raconter des histoires!

Un album tendre qui demande la participation de l'enfant. En effet à chaque double page l'enfant doit trouver la suite de l'histoire à l'aide d'une question à choix multiples!

Par exemple: Page de droite: "Elle s'appelle Lola et elle a des fourmis dans les pieds. Le soir, à l'heure d'aller se coucher, elle s'enfuit dans la nuit. Pourtant elle sait bien que, dans le noir, le s petites filles peuvent faire de mauvaises rencontres."
Page de gauche: "Elle est: Petite, têtue, réveillée, petite+têtue+réveillée"

Christine Beigel, Éditions Motus, collection Mouchoir de poche, 11x15 cm.

Tous ces titres sont distribués par la librairie!

jeudi 28 mai 2009

Un extrait de Papiers à lettres de Gébé en téléchargement sur le site de Buchet Chastel

Une très belle idée pour découvrir ce cahier graphiquement passionnant!

http://www.libella.fr/lescahiersdessines/auteurs/gebe/

Reincarnation Of A Love Bird

Since the soul of Charlie Parker had dissolved away into a hostile March wind nearly a year before, a great deal of nonsense had been spoken and written about him. Much more was to come, some is still being written today. He was the greatest alto on the postwar scene and when he left it some curious negative will - a reluctance and refusal to believe in the final, cold fact - possessed the lunatic fringe to scrawl in every subway station, on sidewalks, in pissoirs, the denial: Bird Lives. So that among the in the V-Note that night were, at a conservative estimate, a dreamy 10 per cent who had not got the word, and saw in McClintic Sphere a kind of reincarnation.

V, Thomas Pynchon.

mardi 26 mai 2009

Ariste

Ariste: Néologisme du philosophe Palante définissant un artiste à l'idéal aristocratique. Épitaphe sur la tombe sa tombe définissant bien le caractère du personnage principal éponyme de ce roman: "L'individu est la seule source d'énergie, la seule mesure de l'idéal".

Ariste est professeur de littérature moderne à la Sorbonne, taciturne comme s'il était un archange perdu au milieu d'un monde qui le dépasse. Il est entouré d'amis dans les métiers du livre mais son idéal est la substance des mots et l'écriture de thèses de littérature et de philosophie qui n'intéressent ni ses collègues ni ses élèves car trop métaphysique et éloignée de leur réalité. Ariste est la figure de l'auteur romantique du 19 siècle perdu en plein 21ème siècle.
Mais cette quiétude va être brisée par la mort d'un proche de son cercle amical. Tout ce cercle de personne va devoir faire avec la réalité et les conséquences amicales et amoureuses de cette absence.
Ses amis parviendront-ils à ramener Ariste aux basses considérations matérielles?

Une petite spécificité stylistique: l'auteur nous promène à travers différentes périodes de ce cercle d'ami, avant la mort de l'ami, juste après et quelques mois plus tard. Afin de ne pas perdre son lecteur elle ponctue son récit des signes de "marche", d"arrêt sur image"et de "retour en arrière" que l'on retrouve sur les télécommande de magnétoscope ou lecteur dvd!

Contrairement au postulat de départ qui pourrait sembler classique à certain ce roman n'est ni l'exploration du petit monde de l'écrit et de ses mesquineries ni une histoire d'amour à l'eau de rose contrarié par la mort mais une vrai expérience métaphysique!

Ariste fait parti de ces livres injustement méconnus, je n'ai pu en effet trouver que deux chroniques lors de mes recherches sur le net. L'un des rares ouvrages que l'on a du mal à finir tellement on trouve une phrase qui nous rend heureux à chaque reprise! Personnellement cela fait quatre mois que j'essaye de le terminer mais je n'arrive jamais à lire plus de vingt pages d' affilée tellement je relis certaines phrases!
Un petit conseil: n'ayez surtout pas peur de ces 1000 pages et de ses 29 euros qui pourront peut-être être rédhibitoire pour certains car il s'agit d'un vrai régal stylistique plein de phrases métaphysique qui enrichissent véritablement la vie!

Extraits:
"Un autre cours que sur la littérature? Non. ou elle n'existerait pas. Si nous avions moins jugé qu'elle était muséale, notre langue aurait évolué au lieu de se barder de colonnes et se coiffer d'un dôme, notre pensée avec. Il n'y a pour moi, et il n'y aura dans mes cours, aucune fois en le livre, ni ses pages, juste les mots, et leur sens, et l'infini espace qu'ils tissent, sauvent, rénovent ou font naître".

"Elle avait retrouvé ses joues roses, ses yeux trop mouillés, mais moins miroirs de la douleur".

"Les grands bourgeois cultivés n'existent que s'ils ont accepté cela [parler d'un livre] comme un superbe loisir, mais ils ne peuvent vivre, comprendre et défendre cette culture en acceptant de vivre dans un milieu où les mots sont comptés comme l'avare compte les pièces de sa cassette".

Claire Cros, Michalon, janvier 2009.

La Révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse

Anarchiste individualiste et défenseur acharné de la liberté sexuelle E. Armand théorise sa vision d'une société sous forme de club dont chaque membre devrait signer une charte régissant leurs activités et les valeurs morales à respecter sous menace d'exclusion.

Dans une introduction passionnante les grandes idées de cet anarchiste "pas comme les autres" sont remis dans le contexte morale, religieux et politique et il est expliqué que ses thèses ne vont pas à l'encontre d'un système mais s'adapte plutôt aux personnes qui ne se sentent pas à leur place dans ce modèle. Mais les limites et les échecs de la mise en place de ce nouveau système sont aussi analysés!

Dans une première partie E. Armand explique en quoi son système est révolutionnaire et ce contre quoi il lutte : le combat contre la jalousie, l'incohérence de la tradition chrétienne dans le traitement théorique de la sexualité, "pourquoi l' État traque-t-il les non-conformistes sexuels?", une analyse d'"une enquête sur la révision de la morale sexuelle", les fantaisistes sexuels et l'avis d'un praticien sur le droit des âgés à l'amour.

Dans une seconde partie il développe toutes les règles régissant son club idéal: valeurs morales à respecter, le respect de la femme, la prévention par des règles d'hygiène strictes et l'organisation de la vie sociale et politique.

Un ouvrage essentiel pour comprendre que l'anarchisme sexuel ne signifie pas joyeux bazar sans règle ni morale!

Extraits:
"Contre les assimilations douteuses de tous ceux qui confondent "libertaire" avec "libéral", il est bon de rappeler qu'une société anarchiste ne conduit pas à une sorte de permissivité généralisée mais qu'elle repose sur l'intériorisation de normes et de contraintes très fortes sans quoi il serait impossible de vivre longtemps "sans dieu ni maître". (Introduction)

"Le baiser, à bien regarder, est une forme atténuée de la morsure des primitifs".

E. Armand, Zones éditions, 2009.

Petite note à propos des Éditions Zones: tous les titres sont en consultation libre sur leur site officiel, on peut ainsi acheter en toute connaissance de cause!

Industrial Musics volume 1

Dans cette véritable somme intellectuelle de plus de 640 pages Eric Duboys explore les limites transgenre de cette étiquette musicale collée par les critiques en mal de trouver une unité au mouvement. Dans l'introduction il explique les interpénétration avec le métal, le jazz, le gothique ou l'Electro!

L'auteur explore ,dans une première partie, les groupes cultes du mouvement autour du label Industrial Records. Cabaret Voltaire, SPK, le groupe méconnu punk et industrial de Graeme Revell, le célèbre compositeur de musique de film hollywoodien!, Lustmord, Clock DVA/TAGC.
Dans une seconde partie il s'attarde sur le côté percusion et expérimental de Einstürzende Neubaten et et les cornemuses et lutte sociale de Test Dept.
La troisième partie s'intéresse au traitement de "la violence et ses au-delà" avec Whitehouse et Come Organisation.
Enfin la dernière partie se concentre sur les groupes d'Europe de l'Est dans les années 80 et 90 ainsi que les ambiguïtés politiques supposées de Boyd Rice et Laibach.

La carrière de chaque groupe est développée sur 70 à 100 pages ce qui permet un véritable approfondissement des thématiques au fur et à mesure de la carrière ainsi que l'actualité de chacun! Les étapes les plus importantes sont illustrées par des images d'archives qui permettront aux novices d'identifier tout de suite l'identité visuelle de chaque groupe!

LE livre idéal pour découvrir ce genre musical trop souvent abordé de façon caricaturale par les critiques musique. Deux autres tomes sont annoncés! On sort de cet ouvrage moins frustré car contrairement à Looking for Europe, chez le même éditeur, le sommaire ne comprend pas les sommaires des deux autres tomes.

Eric Duhoys, seconde édition, Camion Blanc, mars 2009.

42

Just when I discovered the meaning of life...they changed it.

Napalm and Silly Putty, George Carlin

lundi 25 mai 2009

Bullet In The Head: Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks

Vu le nombre important de contributeurs intéressés par le sujet, il est étonnant d'avoir attendu mai pour voir un article sur ce Guide de survie en territoire zombie. La raison en est peut-être parce qu'on a jamais lu un truc de ce genre. Publié en 2003 aux États-Unis, Calmann-Lévy profite d'une infection française plus tardive en publiant deux livres du même auteur sur le même sujet (le deuxième étant World War Z, publié en 2006 outre-Atlantique).

Max Brooks, pour l'anecdote, se trouve être le fils du dingue parodieur Mel Brooks (La Folle histoire de l'espace, Sacré Robin des Bois etc.) et est passé (2001-2003) par la case Saturday Night Live, émission d'humour culte là-bas, sans équivalent en France (y'en a qu'on essayé...). Il n'est pas alors étonnant de voir débarquer un délire qu'est ce Guide de survie. Ce type est cinglé. Rédiger 300 pages après s'être documenté sur des choses aussi improbables que la stratégie militaire, la cartographie ou le maniement des différentes armes (susceptibles d'être utilisées pour se débarrasser d'un zombie un peu trop pot de colle) et tenir son rôle jusqu'au bout (il ne dira à aucun moment: "hey les gars, les zombies ça n'existent pas, vous le savez bien", même si on peut s'amuser à chercher de possibles ironies au coin d'une phrase) est un exercice de style que peu peuvent se targuer d'accomplir.

Être aussi exhaustif relève de l'obsession: description du zombie et de ses attitudes, comment sont-ils devenus ainsi (chose rarement expliquée dans les films références et qui n'a pas vraiment à l'être), les meilleures façons (pour le lecteur) de se défendre en cas de fuite ou de partir à la chasse au zombie (à l'appui, revue des moyens de transports et armes, dont la tronçonneuse, pas vraiment conseillée...) à l'appui, les différents degrés (en 4 niveaux) d'invasion etc. La partie finale est une suite d'exemples d'invasions zombies à travers l'Histoire, autant de scénarios pour de futurs films.

Bien que la forme d'un tel livre peut être vite rébarbative, je me suis plutôt amusé à détecter certaines contradictions visant pourtant des détails vus dans des films références: l'usage d'outil par un zombie pour fracturer une porte, impossible pour Max Brooks est pourtant présent dans le film manifeste de Romero Night of the Living Dead, ainsi que la possibilité d'imiter un zombie pour passer inaperçu dans Shaun of the Dead. Mais l'auteur a probablement prévu la controverse et je ne vous dirai pas de quelle façon il contrecarre tout argument.

Au final, une curiosité à conseiller aux mordus (ah bien sûr!) du genre, agréable à lire et dont le principal intérêt est l'aspect uchronique. Entrez dans le jeu de Max Brooks et laissez vous convaincre que les zombies sont une réalité prête à vous tomber dessus. Je suppose, je ne l'ai pas encore lu, que World War Z, adoptant des types peu traditionnels de narration, sera plus apte à satisfaire ceux d'entre vous qui préfèrent les histoires aux exercices de style.

Guide de survie en territoire zombie, Max Brooks, Calmann-Lévy, 17€. Traduit de l'américain par Patrick Imbert.

dimanche 24 mai 2009

More Trouble Everyday: A couper au couteau et Blanc sur noir de Kris Nelscott

On a fait connaissance avec Smokey Dalton dans La Route de tous les dangers (http://ranatoad.blogspot.com/2009/02/scarred-for-life-no-compensation.html). Sa fuite de Memphis avec Jimmy, dix ans, terminé ce premier volet en m'avait envie d'enchaîner avec A couper au couteau. Hélas, une lecture un peu lointaine et mes souvenirs trop vagues m'empêchent de vous parler du deuxième volet dans les détails. Juste que ces deux sympathiques personnages se retrouvent à Chicago, hébergés par Franklin Grimshaw, un ami de Smokey. Sous une fausse identité, en tant que père et fils, ils changent de vie et Smokey obtient un boulot d'agent de sécurité. Mais c'est l'époque de la protestation anti-Viet Nam et s'ajoutent à ces temps troublés, pour Smokey, une série de meurtres d'adolescents et la rencontre fâcheuse avec une connaissance hostile de Memphis. Pour en finir avec A couper au couteau, il suffit de dire que quelques personnages y apparaissant auront leur rôle dans Blanc sur noir.

La famille Grimshaw a déménagé et a laissé à Smokey et Jimmy leur appartement devenu trop petit. On retrouve le même schéma d'intrigues croisées dans ce troisième épisode: petits combats quotidiens et intrigue policière sur fond de racisme et la méfiance règne. Jimmy est approché par les bérets rouges des Blackstone Rangers, gang rival des Black Panthers; la femme de Louis Foster, dentiste noir et bien installé, retrouvé assassiné mystérieusement, vient recourir aux services de Smokey; et Laura Hattaway, amie proche du héros s'escrime à obtenir une place d'influence dans l'entreprise de son père décédé.

Lors de son enquête sur le dentiste assassiné Smokey, alias Bill Grimshaw, rencontrera Saul Epstein, photographe indépendant et sa petite amie Elaine dont les amours interdits auront des conséquences tragiques, il fera appel aux seuls flics auxquels il peut faire confiance, Truman Johnson et Jack Sinkovich (qui font tout pour ne pas s'entendre) et fera l'expérience de l'hostilité sans détours des quartiers blancs, mécontents que les noirs tentent de s'y installer.
L'Amérique de la fin des années soixante vue à travers un détective noir déterminé à régler les problèmes (qu'il se créé lui-même involontairement parfois) simultanés et incessants, avec des dénouements pas toujours heureux.

Kris Nelscott sait nous fidéliser à sa série grâce à des péripéties réalistes, sans grosses ficelles ni happy ends dégoulinants, où les tensions sociales poussent les personnages à se remettre en question afin de trouver une place dans leurs microcosmes respectifs.

A couper au couteau et Blanc sur noir, Kris Nelscott, L'aube (poche), 11€. Traduit de l'américain
par Luc Baranger.

Copinage

http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

J'ai décidé de vous en faire part à chaud, aussitôt le livre refermé: j'ai adoré "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates".
Quand j'en parle à mes clients, je leur donne un conseil que je vous invite à suivre: lisez-le un peu tous les soirs, vous verrez, on se laisse vite prendre au jeu.

Sous ce titre énigmatique se cache un réseau d'histoires aux formes d'échanges épistolaires, avec pour toile de fond l'après guerre (on commence le 8 janvier 1946). Juliet Ashton est une écrivain reconnue dans tout Londres, surtout pour ses articles satiriques publiés pendant la guerre, sous les bombardements allemands.
Par un de ces étranges hasards qui ponctuent la vie de chacun, elle reçoit un jour une lettre d'un habitant de l'île de Guernesey (pour les curieux, c'est une petit île anglaise juste à côté de St Malo), membre du mystérieux "cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patate".

Voilà le début d'une très belle histoire pleine de rebondissements, pendant laquelle je me suis laissée porter par les émotions: du rire offert avec légèreté par ces personnages très attachants, aux larmes arrachées par la guerre et ses témoignages bouleversants.

Bien sûr il se peut dans les jours qui viennent que mon opinion s'altère. Que je juge un peu tout ce qui pourrait être mauvais dans cet ouvrage (mon côté tatillon).
Mais voilà: une demi-heure que le livre est fini et je suis encore là-bas, le sourire aux lèvres. Qu'exiger de plus?

"le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" (Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, trad Aline Azoulay - Nil Ed.)

jeudi 21 mai 2009

Fuck America d'Edgar Hilsenrath

Jakob Bronsky, c’est le pendant juif à New York du rital de Bunker Hill Arturo Bandini, la verve et la flamboyance de style en moins mais avec la même rage folle d’écrivain crève-la-dalle.

Cette rage qui l’anime, c’est celle de cracher à la gueule de l’Amérique le sort que l’Europe nazifiée lui a réservé, comme à sa famille et ses millions de congénères, pendant qu’elle-même s’abritait derrière son système de quotas pour mieux fermer les frontières et les yeux.

A cette Amérique, aveugle et ingrate, qui l’accueille donc quatorze ans trop tard, en 1952, Bronsky Père hurle « Fuck America ! ». Jakob, le fils, se terre au fond de cafétérias miteuses pour immigrés sans le sou, et au gré des frustrations et des poussées de libido, va lui livrer « Le Branleur », le meilleur roman qu’on n’ait jamais écrit, bien sûr, même si, victime d’une amnésie sélective, Bronsky est bien en mal de répondre à ceux qui le questionnent sur le sujet de son livre. Comme si seule la littérature était en capacité de dire l’indicible.

Tableau acerbe et foutraque du faux eldorado qu’est le New York des immigrants pauvres, des putes et des clodos, Fuck America, roman très largement auto-biographique, vaut moins pour son style et son caractère satirique que pour la description si juste qu’il fait des mécanismes de l’écriture et de ce qui pousse à le faire en dépit de tout.

Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila 2009, 287 pages, 19euros. Traduit de l’allemand par Jörg Stickan

mardi 19 mai 2009

Aïe aïe¨aïe, ouille, aïe aïe aïe: Tijuana City Blues, Loverboy & Mexicali City Blues de Gabriel Trujillo Muñoz.

Une collection polar qui débute, ça évoque forcément pas mal de choses pour moi. Un mémoire, des heures passées à le rédiger et deux personnes qui me font passer un mauvais quart d'heure (elles n'ont même pas fait l'effort de me faire le coup du gentil flic/méchant flic). A leur décharge, mon mémoire était vraiment pourrave et il ne m'a servi qu'à dissimuler subtilement une ou deux choses (trop personnelles pour être racontées, ici ou même ailleurs) pour le fun. Désolé pour ceux qui ne comprendront pas cette introduction digressive, j'aurais du laisser un avertissement, "si vous n'avez pas été vous restaurer avec moi dans une pizzeria, qui a aussi un choix de plat de pâtes assez impressionnant, à Châtelet un jour d'octobre 2007, après un oral d'examen, passez illico au deuxième paragraphe" ou un truc du genre (je sais je peux encore le faire, puisque le traitement de texte me le permet, mais j'aime parfois raconter ma vie).

Mais venons-en donc aux Allusifs et l'inauguration de la collection "3/4 Polar". Trois petits livres, trois histoires du même auteur, Gabriel Trujillo Muñoz, et un avocat-détective, Miguel Angel Morgado (je sais, y'a pas de verbe et pas d'accent sur le a d'Angel, mais vous me faites un faux procès, là). Toutes trois calibrées à un poil plus de 80 pages (je suppose que les petites différences sont dues à la traduction), écriture, intrigues et péripéties nerveuses et sans superflu, ces enquêtes sont des modèles de concision. On ne reste pas sur sa faim, tout est dit.

Morgado n'est apparemment pas conçu pour qu'on s'attache à lui, pas de considérations ou de méditations sur son passé, on a une histoire à raconter. Qu'il soit obligé, "par curiosité", de se rendre à Tijuana pour retrouver un père disparu, camarade de William S. Burroughs au temps de la beat generation (Tijuana City Blues), qu'il se retouve nez à nez avec un barge lors d'une enquête d'enlèvement d'enfants et de trafic d'organes (Loverboy) ou qu'il soit contacté par une ancienne petite amie pour retrouver son mari disparu lors d'une mission soi-disant écologique de recensement des cactus (get it, honey?) (Mexicali City Blues, qui est en réalité le nom de la série en version originale), l'avocat des droits de l'homme prend ses quelques coups comme on les aime, à la tradition hard boiled, sinon c'est pas drôle.

Un peu longues pour être qualifiées de nouvelles mais trop courtes pour l'être de romans (il y a un terme, mais je préfère que quelqu'un d'autre le mentionne, c'est le côté interactif de cet article), ces histoires se lisent agréablement en une petite heure chacune avec une tasse de café (ou de thé ou de diabolo grenadine, c'est vous qui voyez) et un fond de jazz (ou d'électro ou de punk progressif tibétain, comme si quiconque en avait quelque chose à faire).

Tijuana City Blues, Loverboy, et Mexicali City Blues, Gabriel Trujillo Muñoz, Les Allusifs, coll. "3/4 Polar", 12€50 chacun. Traduit de l'espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli.

dimanche 17 mai 2009

Une nouvelle librairie indépendante spécialisée en éditions indépendantes !

"La Librairie PIPPA est un lieu avant tout dédié à l’édition indépendante. A l’origine de ce projet, on retrouve Brigitte Peltier qui a déjà trente ans de métier passés au milieu des livres. Après avoir fondé en 2006 sa propre maison d’édition, qui porte le même nom que la librairie qu’elle ouvre aujourd’hui, cette femme de défis souhaite proposer aux Parisiens un lieu unique où les éditeurs indépendants livreront leurs perles.

Avec le soutien de la Ville de Paris, la Librairie Pippa ouvre ses portes au 25 rue du Sommerard (M° Cluny-La Sorbonne / RER Saint-Michel Notre Dame). Brigite Peltier souhaite en faire un lieu multiforme, à la fois, maison d’édition, librairie, galerie, espace d’accueil et berceau du Salon des Editeurs Indépendants du Quartier Latin.

La librairie PIPPA accueillera, dans un premier temps, les Editions Motus, Pré du Plain, Albertine, Triartis, Synchronique, Le Nouvel Athanor… et organisera, pour les éditeurs indépendants, divers événements (soirées de lecture, petits déjeuners presse, signatures, lancement d’ouvrages, expositions…).

Pippa, la maison d’édition créée par Brigitte Peltier en 2006, propose à ce jour deux collections (Beaux Livres, format à l’italienne, 21 x 13) : une collection voyages, Itinérances et une collection Jeunesse, Les P’tits Pippa que vous pouvez retrouver sur le site de la maison.

La librairie Pippa sera officiellement inaugurée le 25 mai de 17 h à 22 h, en présence de Lyne Cohen-Solal, adjointe au Maire de Paris et de divers acteurs soutenant la réimplantation des commerces culturels au Quartier Latin."

Source:http://www.actualitte.com/actualite/10461-librairie-pippa-ouverture-editeurs-independants.htm

samedi 16 mai 2009

Mangez-le si vous voulez


Mangez-le en une heure c'est bouclé! C'est un livre très court que nous offre Jean Teulé.

Un peu sur le même schéma que le Montespan, il s'agit d'une reconstitution historique romancée d'un évènement réel. Par reconstitution historique j'entends - et c'est là où l'on puise tout son plaisir - un vocabulaire finement manié, une parfaite compréhension des rapports sociaux qui régissent l'époque, ainsi que le contexte historique plus large: nous sommes en 1870,pendant la guerre franco-prussienne, et la France sent la débacle sur le front lorrain.

La 4ème de couverture est évocatrice (le titre aussi bien-sûr):
"Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l occasion pour promouvoir son projet d assainissement des marais de la région.
Il arrive à quatorze heures à l entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé."

Au début je m'attendais à une frénésie à la Suskind, qui comme Teulé, nous fait humer une époque, nous offrant à la toute fin notre héros en pâture.
Non, ici aucune passion, ni amour dans cet acte barbare et incompréhensible, mais une haine complète, imbibée de bière pastorale. Les gens on décidé qu'Alain serait un prussien, Alain leur ami d'enfance, devenu le bouc émissaire et destiné au plus atroce lynchage de notre histoire.

Une grande violence se dégage du texte, jusqu'à le rendre insoutenable (la scène cannibale m'a beaucoup troublée, lorsqu'une femme prépare des tartines de graisse humaine pour ses mômes, avec les restes du pauvre Alain..).

C'est un sentiment terrible et indescriptible qui évolue crescendo, lors de la lecture du livre. Et à la relecture du titre, le "si vous voulez" a une tonalité beaucoup moins légère. Aurions nous pris parti dans cette ferveur épouvantable? Quel est le sens des rapports humains, puisqu'un sentiment bestial peut à tout moment dominer nos pulsions? J'ai pitié de l'humanité et de ce qu'elle peut offrir de pire.

vendredi 15 mai 2009

Les mains d'Orlac

Saluons encore une fois le travail des Moutons électriques de faire « revivre » des œuvres clés sous forme de belles éditions. Le roman Les mains d’Orlac appartient au genre merveilleux-scientifique, appellation expliquée dans le détail par l’auteur lui-même, dans Le Spectateur en 1909 (judicieusement placé en bonus à la suite du récit). Pour faire bref, l’ancêtre de la SF.
Les mains d’Orlac, c’est le récit d’un pianiste de renommé, Stéphen Orlac, a qui arrive un terrible accident de train. Gravement blessé, notamment aux mains, celui-ci sort de l’opération qui le sauva, anéanti et désabusé ne plus pouvoir jouer du piano. Mais il y a plus que cela. Des évènements curieux ne cesseront d’alarmer Rosine, la femme du pianiste. S’en suit une série de découvertes tenant du merveilleux sur fond de théories basées sur la science et la logique. A cela viennent s’ajouter des éléments policiers et d’épouvante. Un tout passionnant et extrêmement bien pensé.
La préface de Claude Déméocq nous fait entrer chaleureusement dans l’œuvre (tout entière) de Maurice Renard. Enfin, une étude consacrée à la place de l’imaginaire, de la médecine et du corps dans le roman par 2 maîtres de conférences, clos on ne peut mieux l’ouvrage précieux enrichi de fac-similés d’époque : couverture de l’édition originale, notes manuscrites de l’auteur et affiches de cinémas. Car cet ouvrage fut adapté 3 fois de son temps sur le grand écran. Plus proche de nous, il y eut même un téléfilm en 1991 éponyme de Pierre Kassovitz.
Avis aux amateurs, vous trouverez sur YouTube l’adaptation cinématographique orientée cinéma d’horreur de Karl Freund (1935). Intitulé Mad Love, le film est disponible en plusieurs épisodes.

Maurice Renard, Les moutons électriques, 2008, 314 p.
Fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

jeudi 14 mai 2009

THE CURE - My Dream Comes True

Encore un livre sur The Cure me direz-vous? Que peut-on encore apprendre de nouveau sur ce groupe mythique?

Et bien cet ouvrage, sous forme de journal de bord, parvient à nous entraîner dans les coulisses du groupe par l'intermédiaire d'un fan qui est parvenu au fil des concerts à établir une relation privilégiée avec Perry Bamonte, guitariste du groupe jusqu'en 2005 et son départ du groupe, qui signe d'ailleurs la préface, et ses idoles. Loin d'être une tirade dithyrambique sur le génie du groupe ce journal met en avant les contradictions des aspirations des différents membres du groupe, les longues tournées, les after-shows, les soirées débridées fort alcoolisées.

Jérémy Wulc parle autant des concerts mémorables que des moins bons lorsque Robert Smith accepte des dates au dernier moment. Il évoque aussi les problèmes de communications avec le groupe avant l'arrivée salvatrice d'Internet! Enfin il montre bien les conflits entre un Robert Smith se sachant en train de tirer sur la corde pour faire durer le groupe alors que le succès n'est plus autant au rendez-vous et la réaction des autres membres du groupe lorsqu'ils apprennent l'enregistrement par une partie seulement du groupe de titres pour I-Tunes ou encore leur éviction par messages de forum interposés...

Un livre qui est donc loin d'idéaliser le mythe The Cure!
On pourra tout de fois regretter une mise en page laissant la place à un trop fort inter lignage...

Jérémy Wulc, Camion Blanc, avril 2009.

mercredi 13 mai 2009

Plage de Manaccora, 16h30. Philippe Jaenada

Voici ma deuxième incursion dans l’univers Jaénadien (pas ma dernière !) que j’avais découvert de façon assez unique telle que décrite dans mon dernier post sur Les Brutes.
Ici, on change d’univers pour rentrer dans un roman un peu plus classique que Les Brutes dans son format (pas de dessins et près de 300 pages de bonheur).
Mais de quoi ça parle ?
Durant ses vacances en Italie, un monsieur tout le monde quadragénaire se voit projeté dans une situation (quasiment inconcevable dans notre mode de vie) face à laquelle sa vie et celle de sa famille est en péril à cause d’un énorme incendie estival.
Alors 2 choses sont à savoir au sujet de ce livre :
1 : Ce n’est pas un livre à lire avant de partir en vacances en Italie (de façon totalement inopiné, j’ai achevé la lecture du livre une semaine avant de partir en vacances dans la province de Rimini (c’est vrai, j’ai 2 kilos de trop qui peuvent en témoigner). Ce hasard aboutit au fait qu’une lueur de panique, aussi incontrôlée qu’incomprise par ma compagne, s’installa dans mon regard lorsqu’au moment de se délasser devant une petite grappa bien méritée après une journée de délassement à la plage, elle lança un innocent « tiens les voisins font un barbecue !»)
2 : C’est un sacré bon bouquin.
Il n’est pas utile que je rentre dans l’histoire pour ne rien dévoiler même si l’auteur tue le suspense dans l’œuf dès le début du livre (on sait dès le début que cela finira bien), car là n’est pas le plus important.
La structure du livre est parfaitement adaptée au style de l’auteur. Narré à la première personne de façon très hyper immersive, le fil rouge du livre est la fuite du héros et de sa famille devant le feu. Les différentes situations qui se présentent devant le héros sont l’occasion pour lui de revenir sur différents moment de sa vie, dans le cadre de digressions (véritable partie centrale des chapitres) qui rythment parfaitement le récit. De façon intelligente, le titre des chapitres fait références aux digressions (un peu de la même façon que N.Gaiman dans Anansi Boys) et non à la trame de l’histoire. Avec sa verve, sa plume tellement réaliste qu’elle en est décalée, et son humour qui fait mouche, on est emporté par ce livre.
La montée en puissance de la perception du danger par le héros est particulièrement intéressante, surtout dans notre cadre de vie moderne ou la mort n’a pas de réalité tangible, (Tiens un feu…cool je vais pourvoir le raconter à mes potes en rentrant de vacances…Tiens, il est pas si loin que ca… Heu ca commence à sentir un petit peu fort la fumée, mais ou sont les pompiers?…On va pas devoir partir et tout laisser tout de même?... Vite, détalons on ne sait jamais… Heureusement qu’on est parti…Mais est-on assez loin ?... Mais il nous suit ce p----n de feu !!!... non mais je ne vais pas mourir tout de même, je suis en vacances !... je vais mourir, mais c’est pas possible !... je vais vraiment mourir !... je vais mourir, MOURIR ! est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait dans ma vie ? etc.) et transforme graduellement l’inconcevable en inéluctable. Les réflexions sur notre rapport face à la mort et au danger sont particulièrement justes et subtiles, et elles sont totalement rendues imperceptibles au premier abord par le courant humoristique de bon mots (j’aurai même presque pu dire « l’air de pas y toucher, quoi » si je n’avais pas réutilisé « touché » dans la phrase d’après).
Ce qui m’a le plus touché (ici, là) dans ce livre est le style et le choix des mots qui sonne incroyablement juste. Comme j’avais déjà pu l’entrapercevoir dans « Les Brutes », l’auteur a un véritable don d’observation de l’être humain qui lui permet de faire émerger des réflexions et des pensées qui sont tellement mises « dans le mille » que plus d’une fois on se demande s’il a, oui ou non, vraiment couru devant un feu ou si, oui ou non, il s’est vraiment senti triste de la mort de sa crevette du Sénégal (à mon avis, pour ce qui est de la crevette, oui). Cette justesse donne l’impression que l’auteur a écris le livre pour celui qui le lit (« Ohhh il a raison, moi aussi j’ai pensé ça, et j’ai fait ça »), ca marche parfaitement et j’ai eu cette impression même si pourtant la fois ou j’ai frôlé la mort de plus près doit être celle ou je me suis retrouvé par hasard dans un Zara le premier jour des soldes.
Il n’est pas le premier à avoir traité de sujets tels que l’être humain moderne face au danger et si j’avais plus de culture (ce qui n’est évidement pas le cas (ou plus de temps, et si le firewall de mon employeur chéri ne m’interdisait pas Wikipedia)) je pourrais certainement vous donner une liste de livres qui abordent les mêmes thèmes, mais je pense qu’il est certainement celui qui s’en est le mieux tiré par rapport au message final. Il réussi à éviter le très habituel « La vie ce n’est pas ça, ce ne sont que de faux soucis, accordez de l’importance à ce qui est vraiment important, car la vie est courte », car il connait trop bien l’être humain pour cela.
Tout en douceur et en subtilité il nous fait comprendre que l’être humain n’est qu’un être humain est qu’il est inhérent à lui-même de se « prendre la tête » sur des futilités. C’est comme ça, c’est la vie et autant l’accepter et profiter de ses bons cotés.
Le message est presque le même, et pourtant cela n’a rien à voir.

Plage de Manaccora, 16h30 de Philippe Jaenada. 280 pages, 17,90€ Edité chez Grasset.

mardi 12 mai 2009

Une initiative sympathique !

"Un livre, une critique : Babelio et Masse Critique, ze retour !

Si vous savez écrire, lire et aimez les livres, alors vous n'intéressez pas TF1 : c'est bien.

Babelio relance son initiative de Masse critique, un parcours simple et efficace pour recevoir un livre gracieusement, en l'échange d'une chronique que vous aurez à rédiger.

Pour ce faire, comme toujours, vous devez disposer d'un blog et être membre de Babelio, résider en France, Suisse ou Belgique et choisir parmi la liste des 100 livres que les 21 éditeurs participant ont accepté de mettre à disposition.

En tout, 452 exemplaires à distribuer, alors ne tardez pas à consulter la liste pour recevoir ce qui vous intéresse. Comme le Masse Critique Special 2009 vient de débuter, tous les titres sont encore disponibles, mais attention, cela ne durera peut-être pas.

Sûrement pas en fait. Autre impératif : il vous faudra publier votre chronique un mois maximum après avoir reçu le livre, tout à la fois sur votre blog et sur Babelio. Pas facile ? Mais si. Allez, rendez-vous sur la page dédiée pour avoir plus de détails pour découvrir les titres en jeu.

Excellentes et babeliesques lectures..."

Source: http://www.actualitte.com/actualite/10327-Babelio-masse-critique-livre-publier.htm

lundi 11 mai 2009

Dumb All Over

Le prestige! Toujours la gloriole, la dorure, l'auréole! Pour un bout de ruban, une photo dans France-Soir ou pour lire leur blaze sur une coupe simili argentée, les hommes sont capables de tout et, qui pis est, de n'importe quoi!
Bon Dieu! Il faudra bien, pourtant, qu'un jour quelqu'un leur dise que ce n'est pas ça un idéal, que ça n'est pas ça, un but!
Il faudra bien qu'on finisse par le leur donner, le mode d'emploi de ce jouet qu'est la vie, puisque depuis des siècles qu'ils le tripatouillent, ils ne sont pas encore parvenus à s'en servir convenablement!
Tout le long de notre sacrée route, on rencontre des mecs qui nous disent "Lève-toi et marche!" Et éternels Lazare nous obéissons. Pauvre Lazare; il a dû en avoir sec lorsqu'on l'a tiré du grand repos pour le restituer à la bande de gougnafiers. Il était bien peinard dans son linceul; tranquille comme Baptiste, si je puis dire. Et voilà qu'on le sort des toiles! Lève-toi et marche! Il n'est question que de ça en ce triste monde: marcher! Vive les cordonniers! Marchons! Marchons!

Y a comme de l'accablement dans l'air. On ne tarde pas à aller s'insérer dans les torchons pour oublier cette planète aplatie aux pôles et renflée de l'équateur, où les poissons ont eu l'afftreuse idée de se muer en mammifères.

Entre la vie et la morgue, San-Antonio.

Scène coupée N° 2: L'inconsciencieux, Jester contre la bureaucratie nourrie aux galettes de riz.

Après la première scène coupée expliquant la joie des transports en commun postée il y a quelques semaines, voici une deuxième scène qui ne se trouve pas dans la version finale. Il s’agit d’une scène exposant un individu tout simple face à la froide rigidité bureaucratique de deux assistantes jouissantes du micro-pouvoir de nuisance que leur travail leur procure. Je n’ai pas gardé cette scène pour une question de rythme, puis également car arrivé au stade du récit ou était placée cette scène, le message relatif à la bureaucratie est déjà largement passé (aussi parce qu’elle est tout simplement moins bonne que le reste du récit).
Je ne sais pas si cela vous est arrivé de vous retrouver dans une situation similaire à celle de Jester, mais si oui, la lecture de scène devrait vous rappeler de douloureux souvenirs, voire vous énerver…

…Au même moment où Jinn s’éloignait avec son portable afin d’appeler Paris, Jester partit du côté opposé puis entreprit d’appeler son ancienne agence d’intérim. Il composa le numéro de téléphone puis attendit que la connexion se fasse. Quelqu’un décrocha après trois sonneries.
- « Un instant, merci ! »
- « All… ? »
Il n’eut même pas le temps de dire « Allo » avant d’être mis en attente. Quelques secondes passèrent puis Jester discerna deux voix au loin parlant entre elles, deux voix de femmes.
- « …t’assure je n’en peux plus, elle me sort par les yeux. »
- « Ah oui, et qu’est ce qu’elle t’a dit cette fois ? »
Amusé de pénétrer dans les discussions personnelles des deux assistantes travaillant dans l’agence d’intérim, Jester colla son oreille au téléphone et attendit la suite.
- « …Ce matin au moment d’aller prendre le café je lui demande si elle veut nous accompagner et elle me dit – non merci j’ai du travail – comme ça ! Je te jure comme si moi je ne travaillais pas ! »
- « Incroyable !»
- « C’est du harcèlement moral, je t’assure, déjà que depuis la semaine dernière elle a décrété que les pauses-repas ne pourraient pas durer plus de deux heures et demie, maintenant je mange tellement vite que j’en ai mal au ventre. »
- « C’est fou, mais elle n’a pas honte ? On est plus au temps de l’esclavage quoi ! »
- « Je vais tout droit en dépression moi je te le dis. »
- « Oui, ne tire pas trop sur la corde. »
- « De toute façon, cela fait deux mois que je n’ai pas fait d’arrêt maladie. Je n’en puis plus, je suis exténuée. »
Pour Jester, l’amusement qu’il avait éprouvé au début de la conversation avait vécu. Cela commençait à lui chauffer les oreilles. Il était en attente depuis deux bonnes minutes et au prix des communications avec la France, il estimait qu’il y avait mieux à faire qu’écouter ces deux pintades glousser et se plaindre de leur sort. Cependant il était impuissant, s’il raccrochait il serait bien obligé de rappeler et retomberait peut-être dans la même situation. Il fallait attendre, il se fit une raison et continua d’écouter la conversation des deux assistantes.
- « …Et puis y en a assez de tout ce boulot, moi je te le dis je ne vais pas passer toute ma vie à répondre au téléphone et à recevoir des chômeurs qui cherchent du travail, je vaux mieux que ça, en plus cette bande de radins refuse de prendre une intérimaire pour nous décharger un peu. »
- « Oui Micheline, tu as raison, tu as lu le livre du docteur Michaud que je t’avais conseillé -Vous êtes belle et intelligente et vous méritez mieux- ? »
- « Oui… Ce livre m’a bouleversée, on dirait qu’il a été écrit pour moi, merci de me l’avoir conseillé. Et toi comment se passe ton régime ? »
- « Bien, très bien même, j’ai perdu trois cents grammes en un mois. »
- « Félicitations ! »
- « A ce rythme je repasse sous la barre des quatre-vingt kilos dans six mois…»
- « Oui mais fais attention à ne pas trop forcer tout de même, la santé avant tout ! Et puis il faut aussi se faire plaisir pour garder le moral car si on doit compter sur le travail … »
- « C’est vrai, dis-moi tu n’avais pas répondu à quelqu’un au téléphone il y a dix minutes. »
- « Oui, c’est vrai mais je l’ai mis en attente, et puis quoi y a pas le feu on n’est pas aux pièces ! »
- « C’est vrai ça, mais qu’est ce qu’ils croivent les gens ? Qu’on est à leur disposition à attendre qu’ils veuillent bien nous appeler ? Non mais je te jure, ils doutent de rien je te jure…. »
- « Et oui… tout fout le camp, bon allez je vais le prendre le MEEEEUSSIEUR pressé. »
Le visage de Jester était passé de l’impassibilité qu’il affichait quand tout allait bien à l’impassibilité qu’il affichait quand on se moquait de lui. Fulminant, il comprit qu’on allait enfin faire cas de son existence. Il s’apprêta à exposer son problème.
- « C’est pour quoi ?! » aboya l’assistante
- « Oui heu bonjour, je m’appelle Jester Tayep et je souhaiterais savoir pourquoi je n’ai pas encore été payé de ma dernière mission d’intérim ? »
- « les paies sont en fin de mois, au revoir monsieu.. »
Quelques nanosecondes avant qu’elle raccroche, Jester réussit à forcer sa nature et à crier dans le téléphone.
- « ATTENDEZ s’il vous plait !!! »
- « QUOI ENCORE ? Les paies sont en fin de mois, qu’est ce qui n’est pas assez clair là dedans ? »
Jester était profondément irrité, s’il s’était tenu devant l’assistante à ce moment précis, il aurait eu un mal de chien à ne pas la gifler.
- « Ma dernière mission date de deux mois. »
Excédée, l’assistante soupira bruyamment dans le téléphone.
- « …Numéro de dossier. »
Bien évidemment il n’avait pas sur lui son numéro de dossier. Il avait pensé que cela ne constituerait pas un obstacle insurmontable pour quelqu’un de bonne volonté ou de compétent mais il était en train de revoir sa position.
- « Je n’ai pas mon numéro de dossier. »
- « Dans ce cas là, je ne peux rien faire pour vous, au revoir mons... »
- « ATTENDEZ ! J’ai mon nom, mon adresse, mon numéro de téléphone, ma date de naissance, mon numéro de sécu, cela ne suffit pas pour trouver mon dossier ? »
- « C’est l’informatique, je n’y suis pour rien. »
- « la dernière fois que je suis passé, vous n’aviez pas d’ordinateur et les fichiers étaient classés derrière vous. »
L’assistante donna un petit frère au soupir d’exaspération dont elle avait gratifié Jester quelques secondes auparavant.
- « Un instant. »
Une bonne minute passa.
- « Monsieur Tayep c’est ça ? »
- « Oui. »
- « Vous n’avez pas été payé parce que vous aviez déjà touché l’argent. »
- « Comment ? »
- « Vous avez été trop payé pour une mission il y a un an et nous avons fait une régulation, c’est normal. Vous devriez vous estimer heureux qu’on ne vous ait pas attaqué en justice. »
- « Je devrais m’estimer heureux parce que vous avez fait une erreur et que vous l’avez réparée sans même m’en informer ????? »
- « Dites tout de suite que nous faisons mal notre travail ! Ah l’impolitesse des gens m’étonnera toujours… »
- « Vous vous méprenez… Vous faites horriblement mal votre travail. »
Jester raccrocha et se tourna vers Ford qui était toujours à quelques mètres attablé avec son café posé devant lui. Quelqu’un de très observateur aurait pu remarquer les petites veines rouges qui venaient d’apparaître dans le blanc des yeux de Jester et qui témoignaient de son énervement.
Jinn et Jester rejoignirent Ford et se rassirent à la table qu’ils avaient quittée quelques minutes auparavant. Ils commandèrent deux nouvelles bières
[1] pour se remettre de leurs émotions. Ils laissèrent agir l’effet relaxant du houblon délicatement fermenté avant d’exposer la situation à Ford.

[1]. Chacun

... En la relisant je lui trouve un petit coté "inutile mais ça fait du bien quand même" qui mérite, lui aussi, d'exister quelque part.

City of tiny lights - La vitesse de l'obscurité


Ce livre parle de l'autisme. Pas l'autisme le plus répandu dans la réalité, mais celui des petits génies en maths. Bizarre d'ailleurs puisque le fils de l'auteure est lui même autiste. Sans doute est-ce un autiste de génie ! Curieusement on parle moins des autistes qui n'ont rien de génial, enfin...

De la vitesse de l'obscurité, cette interrogation qui hante le héros, nous n'apprendrons pas grand chose. La vitesse de l'obscurité/la vitesse de la lumière, ignorance/connaissance, normalité/anormalité. On comprend le parallèle. L'autisme est donc le vrais sujet du livre. Comment sont perçus les autistes par les gens "normaux", ce que peuvent ressentir certains autistes.

Je dois être un peu maniaque (peut être pas autiste quand même), car la façon dont vivent les personnages autistes m'a assez plu. C'est très routinier, j'aime ça ! La description de leur quotidien, de leurs habitudes et de leurs ressentis m'a vraiment intéressé.

Je suis cependant légèrement frustré car ce roman, agréable, aurait peut être pu devenir pour moi vraiment bon, si à cette réflexion sur l'autisme c'était rajoutée une intrigue plus Science fictionnesque, à la "Spin" de Robert Charles Wilson par exemple. Cette évoquation de la vitesse de l'obscurité est alléchante, mais quel dommage que l'auteure n'ait pas dépassé cette métaphore pour nous en fournir une explication originale ! De l'idée que diable ! Quand je lis un roman de SF, j'aime me dire "Ouais, il y a de l'idée là !" même si c'est complétement faux sur le plan scientifique, je m'en fiche, tant que ça fait rêver !

Les quelques idées qui ont fait que ce roman a été publié sous l'étiquette Science fiction, servent l'histoire, bien entendu, mais ne sont pas boulversantes d'originalité, entre autres : des avancées dans le domaine médical qui se traduisent par des implantations de puces, des traitements neurologiques. Ce qui entraine le fait que l'autisme puisse être traité dès la naissance.

La fin du livre m'a semblée baclée. Autant sur les trois premiers quarts, l'histoire évolue de manière subtile, avec quelques longueurs parfois. Autant à la fin, tout ce précipite en une cinquantaine de pages, dommage.

Je conseil quand même ce livre à la librairie ! Je ne regrette pas de l'avoir lu, simplement il était bien, alors qu'il avait le potentiel d'être génial.

La vitesse de l'obscurité - Elizabeth Moon - Gallimard - Folio SF n°329 - 9782070356799 - 9,10€

dimanche 10 mai 2009

I've seen the killer, he lives within: Dexter revient! de Jeff Lindsay

Pour ceux qui ne connaissent par encore Dexter Morgan, on peut dire que c'est un personnage particulier. Il travaille pour la police de Miami, en tant que spécialiste scientifique, il aide notamment à éclaircir les circonstances de meurtres grâce aux éclaboussures de sang. Individu incapable du moindre sentiment humain normal, il cache cet handicap en simulant quotidiennement une vie sociale et amoureuse. Il lui arrive également de découper certaines personnes en petits morceaux, satisfaisant ainsi sa véritable nature de meurtrier. Ses cibles privilégiées et exclusives? Les autres tueurs en série.
Deuxième volet de la série de Jeff Lindsay, Dexter revient! reprend où Ce cher Dexter finissait. Ce sympathique (il ne le fait pas exprès) tueur est la proie du Sergent Doakes qui le suit comme une ombre suite à la fin dramatique du premier volet. Mais la méfiance est réciproque et Dexter va fouiller dans le passé de son collègue un peu trop collant pour y trouver deux-trois bidouilles pas très propres. Mais dans cette danse hostile va s'immiscer le Docteur Danco, spécialiste lui d'une torture toute à lui.

Si vous êtes bon public et adepte de la lecture en transport en commun, vous risquez de ne pas réussir à vous empêcher de rire tout seul. Dexter est aussi doté d'un humour noir très efficace. Vous êtes prévenus. Si vous préférez éviter de vous faire trop remarquer, lisez la scène de la fête chez le collègue à l'abri des regards.

Pas un mot sur la série TV? vous demandez-vous bien légitimement. Personnellement, je préfère alterner livre d'abord et série ensuite. Les deux sont très, très différents. On garde les même personnages dans l'adaptation télévisuelle, mais les péripéties ne sont vraiment pas les mêmes. Et c'est tant mieux, au lieu d'avoir l'histoire originale et une adaptation fidèle, mais sans innovation, on a du coup deux histoires pour le prix d'une. Je ne vous révélerai aucune des différences, et vous conseillerai plutôt de comparer par vous-mêmes.
Le pouvoir des images, et c'est bien dommage, provoque bien sûr quelques effets involontaires. J'ai vu la première saison de la série TV avant d'attaquer ce deuxième volet et il m'est désormais impossible de se référer à mes propres personnages imaginés à la lecture du premier. Par exemple, Doakes a beau avoir des cheveux dans le livre, je ne peux pas avoir d'autre portrait en tête que l'acteur au crâne rasé...

Dexter revient!, Jeff Lindsay, Points Thriller, 7€. Traduit de l'américain par Sylvie Lucas.

Please Don't Ask: Pourquoi? de Jimmy Liao

Les mains sortent le livre du carton. Les yeux se posent sur la couverture et le titre. Les mains ouvrent le livre à une page au hasard. Non ce n'est pas comme un livre de questions/réponses comme ceux édités par le Seuil et Larousse, très instructifs par ailleurs, et pas seulement pour les 4/7 ans. On a là quelque chose de différent, de troublant, même. Est-ce de la poésie, un document ou un album?

Le livre débute avec une scénette à deux personnages, une truie et une petite truie (mère et fille certainement).
La mère (Furax, elle aussi): -Redis-moi encore une fois "pourquoi?" et je t'en colle une!
La fille: -Pourquoi?
Vous voyez peut-être de l'insolence dans la réponse, mais vous pouvez aussi y voir de la perplexité, un véritable et sincère questionnement. Vous pouvez aussi trouver cette scènette drôle.

Au fil des pages, de nombreuses questions sans réponses, surréalistes, quotidiennes et universelles, parfois résignées. Mais aussi des réflexions en contre-pied, pour éviter ou avouer son incapacité à répondre correctement. Pourquoi? aborde le racisme, la solitude, la différence et autres sujets plus triviaux sans jamais tomber dans la leçon de morale ou les clichés écoeurants. Le dessin a autant de place que le texte et tous ces personnages sans nom deviennent des âmes mélancoliques et attachantes.
Jimmy Liao, illustrateur très populaire en Chine, a créé tout un microcosme du questionnement, qui sous couvert de naïveté, dissimule habilement une métaphysique poétique que les philosophes ou écrivains les plus surestimés n'atteindront jamais.
Pourquoi ce livre est-il si fascinant?

Pourquoi?, Jimmy Liao, Bayard, 13€90. Traduit du chinois par Stéphane Lévêque.


Signé Furax

Petit billet d'humeur. Je ne sais pas comment débuter, pour tout vous dire. Imaginer un auteur qui vient de connaître les joies de voir son premier roman édité. Bon ce n'est pas une grande maison d'édition mais l'important est fait, le livre existe. On a mis un peu de temps à la rédaction, tout un effort de correction, de réécriture ont suivi etc. Une fois le livre abouti, la prochaine étape n'est-elle pas de promouvoir ce roman? Surtout quand l'éditeur ne s'implique dans cette promotion que si l'auteur se montre enthousiaste et manifeste une envie de partager son premier roman. Les quelques bonnes critiques sur des blogs obscurs et les ventes sur Amazon ne suffisent pas et il faut bien entrer dans quelques librairies (où le livre ne sera certainement pas autrement pour des raisons propres à l'éditeur) et proposer un ou deux exemplaires à la vente voire une potentielle dédicace. Je vous avoue que les conditions imposées par l'éditeur peuvent facilement refroidir le libraire (remise de 30%, avec la moitié des exemplaires sans faculté de retour il y a de quoi euh bah, c'est difficile). On n'est pas obligés d'accepter, ok, on peut dire "Non merci, ça ne nous intéresse pas, bon courage...", signifier son refus d'une manière civilisée, voyez?
J'en viens là on je voulais en venir: notre auteur qui n'a pas encore eu de réaction purement négative, se rend d'un pas léger dans une librairie réputée, pas très loin de chez lui. Je ne dirai pas le nom de cette librairie, ce message n'a pas pour but d'en faire la publicité (auto-censure,ici. Ne grattez pas, nul si découvert.) Je ne pense pas qu'être accueilli d'une façon aussi méprisable est envisageable et pourtant... balancer comme ça, brutalement des réflexions à la limite de l'insulte ne me viendrais jamais à l'esprit (enfin j'espère). "Faites-vous éditer par un éditeur plus important", "30%? Vous blaguez, pour nous une dédicace, c'est minimum 39%", "Je préfère combler un trou sur ma table avec un recueil de poésie que j'ai depuis trop longtemps en stock plutôt que votre livre" et le meilleur pour la fin, une authentique perle de librairie, savourez-là: "Vous avez de la chance que je vous ai même consacré deux minutes". Ce vendeur manque-t-il de tact ou est-il tout simplement crétin?
En tout cas, si je vais faire un tour dans cette librairie qui préfère certainement vendre du Christine Angot plutôt que L'inconsciencieux, j'irai embaumer ses rayons de mes pets les plus respectueux pour nuancer son élitisme nauséabond. Ou me faire psychanalyser par Henri Chapier. Mais pas pour acheter des livres.
Cette diatribe ne servira strictement à rien mais ça défoule sérieusement.

Succubus Blues

Un livre qui se dévore d'une traite, comme un film, avec des sentiments, du sexe, de l'humour et surtout une flopée d'immortels.
Cependant ce n'est pas de leurs pouvoirs ou du degré surhumain de leurs forces que nous allons parler dans Succubus blues mais plutôt de ce qui les rapproche des "humains".

De notre héroïne malmenée par son sentiment de culpabilité à son grand patron, en passant par l'ange qui accompagne ce dernier dans des soirées beuveries et quelques vampires, chacun y va de ses faiblesses.
Mais si même un archidémon ressent de l'affection pour ses subordonnés et que tout le monde est copain, où se trouve le vrai challenge dans les aventures de Georgina la succube libraire?
Probablement dans les choix qu'elle doit effectuer, du tiraillement qui l'empêche de faire périr ceux qu'elle aime, et de protéger même ceux qu'elle hait. Et puis n'y a t'il pas une étrange série de meurtres auxquels cette dernière est peu ou prou mêlée?

J'ai bien aimé ce livre, mais je lui ai préféré, et de loin "La mort, j'adore" chez Sarbacane, car ce dernier ne s'encombre pas de sentimentalité et va jusqu'au bout de cet humour noir typique des êtres déchus blasés par leur destiné.
"La mort, j'adore" ne fait pas de son héros un canon victime de ses erreurs mais bien une mocheté qui prend sa revanche sans complexe, loin de toute cette moralité de patachon (le sexe en moins, on ne peut pas tout avoir!).

Succubus Blues - Richelle Mead trad Benoit Domis / Bragelonne 20€

jeudi 7 mai 2009

Le printemps est la saison macabre

Ce printemps, nous voilà vernis avec deux nouveautés de Neil Gaiman sorties presque coup sur coup.
Parlons d'abord d'une qui se faisait attendre salement, Choses Fragiles au Diable Vauvert. Ce recueil de nouvelles est paru en langue anglaise il y a deux ans, et il n'est paru chez nous que maintenant car l'éditeur avait visiblement estimé qu'il avait déjà sorti suffisamment d'ouvrages de Gaiman à cette période, c'est pourquoi il avait quelque peu retardé la sortie de celui-ci. Mais baste, ne boudons pas notre plaisir, avec ce gros volume plein de textes courts, deuxième recueil de nouvelles de l'auteur après Miroirs & Fumées.
Plus dense, plus long, il n'en est que plus jouissif, où presque rien n'est à jeter, et où la diversité des formes d'expression et des thèmes rend la lecture très agréable. Deux ou trois nouvelles ressemblent purement et simplement à des synopsis de romans que l'on devinerait formidables, c'en serait presque regrettable. A noter, pour les fanatiques d'American Gods, une longue nouvelle avec Ombre comme héros, et dont la fin préfigure une suite (nouvelle toutefois déjà parue en français dans une anthologie de Robert Silverberg ( Légendes de la Fantasy ).



Passons maintenant à la véritable réjouissance du printemps, le véritable coup de tonnerre dans le ciel clair : La Vie Etrange de Nobody Owens, paru chez Albin Michel Wiz, donc à destination d'un public adolescent. En théorie, bien entendu, lorsqu'il s'agit de Neil Gaiman, rien n'est vraiment figé pour un public unique. Tout comme certaines de ses nouvelles sont presque des contes pour enfants, tout comme Coraline était un roman formidable pour nombre d'adultes, celui-ci n'échappe pas à la règle. Nobody Owens est un bébé lorsqu'un mystérieux personnage sordide et maléfique assassine brutalement toute sa famille, et c'est un miracle s'il s'échappe jusqu'au cimetière tout proche. Un vieux cimetière, classé monument historique, où les plus anciennes tombes côtoient des animaux sauvages.
Un cimetière... habité par de nombreux fantômes, qui adoptent Nobody pour lui sauver la vie, et empêcher le tueur méticuleux de lui régler son compte. Nobody grandira ainsi dans le cimetière, apprenant à vivre parmi les morts, vivant des aventures terrifixcitantes, pour finalement, faire face à son inéluctable destin. Un ouvrage superbe, illustré de nombreux et magnifiques dessins à l'encre de Dave Mc Kean. Un livre qu'on dévore plus vite qu'on ne le lit, un livre qui ne dévoile pas tous ses secrets, mais un livre qu'on n'oublie pas.

mardi 5 mai 2009

I Wanna Be Somebody: Quand je serai roi de Enrique Serna


Le Salon du Livre est terminé depuis longtemps mais ce n'est pas une raison pour ne pas continuer à lire des auteurs mexicains. Surtout Enrique Serna. La Peur des bêtes (Phebus puis Points), où l'auteur se servait habilement du polar pour égratigner joyeusement le milieu littéraire de son pays, m'avait laissé une très bonne impression. Je vous ai aussi fait part de la nouvelle parue dans Des Nouvelles du Mexique (Métailié). A la lecture de Quand je serai roi, nous ne pouvons qu'espérer trouver, dans un futur proche, d'autres traductions de ses ouvrages parus en espagnol.

La ligne directrice du roman est un concours radio, Quo melius illac ("A qui cherche le meilleur"), lancé par la très populaire mais pas très propre Radio Familiale. Destiné à récompenser un enfant-héros d'un million de pesos et d'une visite au Vatican pour être reçu par la Pape lui-même (Jean-Paul II, puisque le livre date de 2000), ce concours se trouve être orchestré par des hypocrites cyniques et très peu versés dans l'altruisme. Mais il sera aussi l'occasion pour le petit peuple de se montrer cupide, prêt à tous les mensonges et autres imprudences.

D'un chapitre à l'autre, les personnages sont chacun leur tour décortiqués, leur portrait psychologique très fouillé et étoffé par les événements auxquels ils sont confrontés. Commençons par Jorge Osuna dit Le Nopal, gamin des rues de douze ans qui traîne avec sa bande sniffant de la colle (celle qui a d'autres effets que l'odeur de la colle UHU si propice à nous rappeler nos années scolaires), et qui s'adonne à d'autres divertissements auxquels, à sa grande frustration, il n'est encore physiquement pas prêt. Marcos Valladares, grand patron de Radio Familiale, dont les déboires mondains (galas où il se sent forcé de se montrer) et familiaux (son fils gâté et zozottant de treize ans notamment) ont la teneur d'une parodique odyssée intérieure. D'autres personnages nous seront aussi présentés avec le même esprit corrosif: Bambi Rivera et Homero Freeman, imbus d'eux-même, parties du jury et porte-parole du concours; Javier Barragan, employé de Radio Familiale, qui s'auto-flagelle pour renier quotidiennement, et ce depuis des années, ses idéaux révolutionnaires en se rendant complice de la supercherie; et Damian, compagnon de Carmen (mère du Nopal) mais ennemi juré de Jorge, employé sordide du cinéma de quartier.

Il est également important de signaler les techniques narratives originales avec lesquelles Serna jongle dans l'allégresse. Dialogues croisés, chapitre en forme de scénario, délires hallucinatoires, monologue enregistré sur cassette et surtout une des scènes finales racontée comme si elle était visionnée en marche arrière.

Quand je serai roi, traits grossis par l'auteur ou non, nous dévoile une peinture acide et sans complaisance d'un Mexique sous le soleil qui ne chante pas vraiment.


Quand je serai roi, Enrique Serna, Métailié, 18€. Traduit de l'espagnol (Mexique) par François Gaudry.