"Rana Toad", ça se mange?

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samedi 16 mai 2009

Mangez-le si vous voulez


Mangez-le en une heure c'est bouclé! C'est un livre très court que nous offre Jean Teulé.

Un peu sur le même schéma que le Montespan, il s'agit d'une reconstitution historique romancée d'un évènement réel. Par reconstitution historique j'entends - et c'est là où l'on puise tout son plaisir - un vocabulaire finement manié, une parfaite compréhension des rapports sociaux qui régissent l'époque, ainsi que le contexte historique plus large: nous sommes en 1870,pendant la guerre franco-prussienne, et la France sent la débacle sur le front lorrain.

La 4ème de couverture est évocatrice (le titre aussi bien-sûr):
"Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l occasion pour promouvoir son projet d assainissement des marais de la région.
Il arrive à quatorze heures à l entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé."

Au début je m'attendais à une frénésie à la Suskind, qui comme Teulé, nous fait humer une époque, nous offrant à la toute fin notre héros en pâture.
Non, ici aucune passion, ni amour dans cet acte barbare et incompréhensible, mais une haine complète, imbibée de bière pastorale. Les gens on décidé qu'Alain serait un prussien, Alain leur ami d'enfance, devenu le bouc émissaire et destiné au plus atroce lynchage de notre histoire.

Une grande violence se dégage du texte, jusqu'à le rendre insoutenable (la scène cannibale m'a beaucoup troublée, lorsqu'une femme prépare des tartines de graisse humaine pour ses mômes, avec les restes du pauvre Alain..).

C'est un sentiment terrible et indescriptible qui évolue crescendo, lors de la lecture du livre. Et à la relecture du titre, le "si vous voulez" a une tonalité beaucoup moins légère. Aurions nous pris parti dans cette ferveur épouvantable? Quel est le sens des rapports humains, puisqu'un sentiment bestial peut à tout moment dominer nos pulsions? J'ai pitié de l'humanité et de ce qu'elle peut offrir de pire.

5 commentaires:

Carméline a dit…

Mais pourquoi ils ont fait ça?

Susan Calvin a dit…

Il faut le lire pour le savoir :p (c'est ce qui a motivé ma lecture en tout cas au début!)

La liseuse a dit…

Comme Susan, j'ai envie de comprendre cette page de notre histoire que j'ignorais jusque là. Je pense le lire malgré sa dureté.

Contente de tomber sur ce très bon blog ^^

Susan Calvin a dit…

merci : )

Taly a dit…

Une interview de l'auteur:

http://www.facebook.com/home.php?ref=home#/video/video.php?v=88671848983&ref=nf

Mince j'ai encore plus envie de lire le livre maintenant ;)