"Rana Toad", ça se mange?

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dimanche 28 novembre 2010

Llorona On The Rocks

Voici le dernier roman de Charlotte Bousquet aux éditions Argemmios.

Résumé de l'éditeur:

" « Les fées, c’est comme la Vierge de Guadalupe, j’ai cessé d’y croire à dix ans. Quand j’ai tué pour la première fois. »
À Ciudad Juárez, des femmes sont assassinées. Pour le sexe. Pour le fun. Pour leurs organes, aussi. La routine. Sauf qu’une inconnue voilée de blanc apparaît, à chaque fois, près des cadavres. La Llorona. En pleine guerre des cartels, les Feds ont autre chose à faire que courir après une légende. Alors, ils ont fait appel à moi, Eva Vargas, la meilleure tueuse à gages et spirite du Mexique. Mais entre les fantômes du passé, les narcos et mon fichu cœur d’artichaut, il va falloir autre chose qu’un tequila blanco pour y arriver sans me brûler les ailes…"

Charlotte Bousquet aurait pu se contenter de faire un énième roman sur les méfaits des narcos et la proximité de la frontière avec les États-unis et l'immigration clandestine qu'elle engendre mais elle préfère se concentrer sur les nombreuses morts suspectes de femmes autour de la ville de Ciudad Juárez.
Fidèle à son goût pour les mythes elle explore cette fois celui de la Llorona : un fantôme de femme, vêtu de blanc et dont le visage est recouvert d'un voile, qui erre la nuit en pleurant. La tueuse à gage et spirite Eva Vargas aura bien des difficultés à réunir des indices entre la loi du silence et les superstitions locales.

Si, je dois l'avouer, ce roman n'est pas mon préféré de l'auteur, j'ai préféré Au Miroir des sphinx chez le même éditeur, cette histoire m'aura au moins permis de découvrir un mythe que je ne connaissais pas, certains mots de vocabulaires et un peu de mythologie aztèque. Car il faut bien reconnaître à l'auteure le mérite d'avoir voulu plonger le lecteur dans l'ambiance de cette ville mexicaine en respectant autant le vocabulaire quotidien que celui des superstitions. Un glossaire très instructif est proposé en bonus en fin de volume.

Autres bonus proposés:

- 3 recettes de cocktails à déguster pour accompagner la lecture
-une liste de morceaux à écouter (certains extraits sont cités dans le texte)
-une présentation des "mortes de Juárez"
-une biographie de de la peintre Frida Kahlo
- et une biographie de l'auteur et de l'illustrateur de la couverture, Fabien Fernandez

Pour information il existe un documentaire sur la situation à Ciudad Juárez.
L'article de wikipédia sur la Llorona.

Charlotte Bousquet, éditions Argemmios, novembre 2010.

samedi 27 novembre 2010

Kadath, Le Guide de la cité inconnue - Attention chronique spécial cadeau de Noël obligatoire, en toute objectivité biensûr!

Après le Guide de la cité des ombres, que chroniqua ici mon collègue Damo, les éditions Mnémos publient, dans la même collection Ourobores, l'exploration de la cité de Kadath d'après l'œuvre de H.P. Lovecraft.
Ce guide prend comme point de départ la nouvelle La Quête onirique de Kadath l'inconnue, publiée précédemment chez J'ai lu SF et reprise dans le recueil publié dans le même temps par l'éditeur Les Contrées du Rêve, que mon collègue LucaKaCouCou se fera un plaisir de chroniquer prochainement.

Deux modes de lecture sont suggérés au lecteur:

- une lecture thématique sous forme de guide pur, limite touristique : quels sites voir absolument, où boire, où manger, comment se déplacer, les documents découverts au fur et à mesure des rêves, les langues, les peuples et créatures que l'on peut rencontrer.
Toutes ces découvertes sont explicitées par des pictogrammes ("folies et mythes") et une échelle décrivant son intérêt et son danger pour l'esprit humain. Le lecteur peut ainsi faire des aller /retours pour se référer aux cartes et gloses présentées à côté du corps du texte.
Cette lecture est présentée en trois parties: les Rêves de Kadath, les premiers rêves et cauchemars des quatre rêveurs (je développe plus loin), les Dieux de Kadath et les Quêtes de Kadath.

- ou une lecture littérale qui suit les pas de quatre personnages/ rêveurs de façon alternative : L' Innomé un voyageur/vagabond, Randolf Carter, le personnage de Lovecraft ( j'ai conscience que certains n'ont pas besoin de ce rappel), à travers une nouvelle inédite qui aurait été découverte après la mort de Lovecraft, Aliénor, la religieuse bénédictine toujours féconde qui serait morte en béatitude et qui erre dans une région bien précise, et le Saigneur, seigneur du Lazaret, agent des autres dieux, l'infâme mythique auteur du Nécronomicon Abd Al-Azrad (que je ne voyais pas du tout comme ça en passant, fin du mode chipotage).

Ces personnages croiseront de temps à autre un Lovecraft redevenu enfant (dont les voyages sont aussi évoqués).

Le lecteur se prend vite au jeu d'une mystification troublante, et immédiatement immersive, grâce à des illustrations reflétant parfaitement l'œuvre de Lovecraft et l'entremêlement des différents textes renforçant le sentiment de confusion et d' illogisme.
Il aura ainsi du mal à admettre qu'il existe un monde hors des Contrées du rêve, appelé notre monde réel, dans lequel ce guide n'est qu'un guide magnifiquement illustré et dans lequel l'innomé est Raphaël Granier de Cassegnac, Auguste Phlistin, "le rêveur éveille, peintre et cartographe" est l'illustrateur Nicolas Fructus, David Camus le traducteur de Randolph Carter, Mélanie Fazi sœur Aliénor et Laurent Poujois le Saigneur, seigneur du Lazaret, Abd Al-Azrad.


En bonus pour avoir les yeux qui saignent sur les illustrations:

- site officiel du guide (cliquer sur le symbole en forme d'étoile à droite de la couverture pour entrer sur le site)
- site officiel de l'illustrateur Nicolas Fructus, dont sort dans le même temps la bande dessinée Showman killer aux éditions Delcourt sur un scénario d' Alejandro Jodorowky.

D'autres bonus sur le site de l'éditeur.

Kadath, Guide de la cité inconnue, éditions Mnémos, collection Ourobores, novembre 2010.

lundi 22 novembre 2010

Cerebus High Society


Cerebus The Aardvark est un comic book culte de Dave Sim qui s'est autopublié de 1977 à 2004, créant ainsi une œuvre de quelques 6000 pages, 12 tomes, en restant cohérent et intéressant là où les comics classiques mélangent timelines et origines sans trop de logique.

Cerebus est un porc terreux qui évolue dans un monde mediéval-fantastique et au début, n'est qu'un mercenaire barbare. Assez vite il se mêle de politique, de religion, de femmes, etc. pour que le comic finisse par raconter sa vie, mêlant les références culturelles et littéraires avec un humour noir et un cynisme assez jubilatoire.

Dave Sim nous propose un anti-héros assez classique - Cerebus est désabusé et alcoolique, menteur et manipulateur, colérique - qu'il fait évoluer dans des aventures allant bien au-delà d'une narration classique, servi par un trait noir et blanc impeccable, qui éclate souvent le cadre conventionnel de la page.

Et la bonne nouvelle, c'est que cette œuvre incroyable est enfin traduite en français !
Espérons juste qu'elle rencontrera suffisamment de succès qu'on puisse voir tous les tomes traduits (la VO a une langue assez pointue quand même, et il y a beaucoup de personnages avec un accent ou une façon de parler bizarre).

Cerebus High Society
Dave Sim
Vertige Graphic
35€

dimanche 21 novembre 2010

Codex Atlanticus volume 17

Le Codex Atlanticus est une anthologie fantastique des éditions La Clef d’Argent. Les volumes n’ont d’autres prérogatives que d’être composés de récits tenant de près ou de loin du fantastique. Ce critère permet d’avoir une anthologie variée proposant des textes abordant tout type de thème, mais aussi tout type de forme. En témoigne le premier récit, L’épitaphe, qui se présente sur à peine sur deux pages. Cette forme courte me plait beaucoup. Cela se veut toujours efficace, droit au but, et le choix des mots est forcément toujours pertinent (en tout cas, cela se voit plus sur ce type de format). Ce texte, un de mes préféré, nous narre l’histoire d’un homme qui, se refusant d’écrire son œuvre littéraire sur papier (format périssable), se consacre à une unique phrase, son épitaphe, qui le rendra célèbre de façon posthume. Quelques phrases suffisent à Jean-Jacques Nuel pour renverser le rêve de son personnage. Un court texte plein de cynisme sombre au possible. Autre récit encore plus court, Une flaque, de Denis Moirat. Ce petit texte est également l’un de mes préféré de l’anthologie. Les quelques mots distillent une poésie pleine de visions fugaces, à l’image du texte. Autre forme trouvée dans ce volume 17, la nouvelle Victor Skopein n’est pas mort, de Jean Effer. Le texte est découpé en 18 morceaux qui ont été intervertis en tous sens. Ce n’est évidemment plus drôle si vous les lisez dans l’ordre. Il raconte l’histoire d’un policier qui se voit rattrapé par le destin à cause d’une belle jeune femme…

Mais dans ce recueil, un texte m’a particulièrement plu. Il s’agit de la nouvelle Les livres invisibles de Philippe Vidal. Ici, deux cruciverbistes font la rencontre du « Faiseur », un homme qui écrit des livres dont la plupart des mots s’effacent dès qu’ils sont apposés sur les pages blanches. La magie opère alors dans l’esprit du visiteur : les mots disparus des phrases permettent à l’imagination du lecteur de choisir ceux qu’il souhaite, composant ainsi sa propre histoire, toutes fois dirigée par les quelques mots visibles. Une façon de refaire le monde qui est en train de disparaître.

Les autres nouvelles sont intéressantes mais moins percutantes. Il y notamment La sagesse du fossoyeur, de Stéphane Mouret. Bien que la thématique soit intéressante, le récit est trop prévisible et un brin cliché des textes à l’esprit gothique. Ce n’en est pas moins une bonne nouvelle qui clôt de recueil (enfin, juste avant un aparté amusant entre des personnages qui tentent, justement, de ne pas clore le recueil).
Enfin, il faut noter la très belle couverture signée Tiffanie Uldry, alias Mélusine. C’est d’ailleurs elle aussi qui signe les couvertures des numéros suivants.

La Clef d'Argent, 2008, 79 pages, 10€.

mercredi 17 novembre 2010

Noir Océan

Noir Océan n’est pas de ces polars qui mettent cent pages à démarrer. Stefán Máni ne perd pas de temps. En quelques pages nous voilà transportés dans l’atmosphère froide et pluvieuse de Grundartangi, port d’Islande spécialisé dans la fabrication d’aluminium. On découvre sa banlieue morose, ses bars sordides et ses dangereux trafiquants. Les personnages du roman apparaissent, chacun avec ses soucis et ses rêves. Mais l’heure tourne, l’escale s’éloigne déjà et il est temps d’embarquer sur le Per se, ce vieux cargo usé, qui va être le théâtre d'un huit clos envoûtant.

Ça faisait longtemps qu'un thriller ne m'avait pas tenu en haleine comme ça ! D’autre part, j’ai toujours aimé les romans d’aventure et les romans noirs. Et quand l’un d’eux à pour cadre une île, un rivage ou l’océan, c’est encore mieux.

Si Noir Océan est si plaisant à lire, c’est qu’il combine un certain nombre d’atouts:

Stéphán Máni s’est sérieusement documenté puisqu’il a été jusqu’à embarquer sur un cargo, pour parfaire son vocabulaire marin et s’approprier la géographie d’un tel lieu. D’ailleurs, certains dialogues et certaines situations sont inspirées de faits réels. Les descriptions des déplacements des personnages à bord sont précises et techniques, de même que les manoeuvres de navigation ou que les tâches de chacun des matelots. L’ambiance de ce roman est donc très travaillée, et très réussie.


Le choix narratif fait par l’auteur convient parfaitement à ce huit clos, et en augmente considérablement le suspens. Comme dans Elephant (le film de Gus Van Sant, c’est le premier exemple qui me vient en tête), les scènes sont parfois décrites de plusieurs points de vue, en revenant sur les même moments. Par exemple: 00:02 vu par le marin X. Chapitre suivant: 00:02 vu par le marin Y. On est donc tour à tour dans la tête de chaque personnage, concernant la même scène. Ce procédé fonctionne particulièrement bien pour les scènes d'action !

De la même manière, l’intrigue générale se tresse à partir de l’histoire et du caractère de chaque personnage. Stephán Máni obtient ainsi un lien fort et crédible, qui nous tractera très loin au large.

Noir Océan - Stephán Máni - Gallimard - Série Noire - Trad. de l'islandais par Éric Boury - 9782070128334 - 21,50€

mardi 16 novembre 2010

La pucelle de Diable-Vert Tome 1


Ma libraire préférée me tend un bouquin avec un grand sourire et me dit "tiens essaie donc celui-là" Bon la couverture me laisse dubitatif , l'auteur m'est inconnu, c'est donc là une pure découverte.

Je commence tout doucement l'ouvrage... Une histoire mediévale-fantastique qui me paraît bien banale, quoique fort bien écrite. On retrouve tout du long moults expressions désuètes et surannées de vieux François ce qui apporte à l'histoire un petit cachet d'authenticité, un soupçon de fumet du terroir qui permet au lecteur de se familiariser un peu plus rapidement à ce tout nouvel environnement.


Puis, au bout d'une centaine de pages on voit apparaître ici une idée, là un concept, ailleurs une description, tous originaux sans être révolutionnaires. L'histoire qui avait commencé de manière relativement banale semble adopter sa propre vie et décider d'elle-même comment elle évoluera pour le plus grand plaisir des lecteurs qui s'accrochent de plus en plus fort à une intrigue qui révèle plus de facettes qu'elle ne le laissait supposer au premier abord.
Et le langage fleurit au même rythme que l'intrigue, se colorant de multiples accents, tous différents, au fur et à mesure que les interlocuteurs (de milieux sociaux forts variés) surgissent au gré du récit, ajoutant couleur et vitalité aux dialogues

L'auteur a réussi ce pari de faire une histoire fort originale dans un contexte qui semblait peu s'y prêter au premier abord. Fieffé coquin que celui-ci qui a réussi à surprendre là où l'on attendait aucune surprise. L'héroïne qui paraissait quelque peu effacée au début de l'œuvre prend des proportions messianiques lorsque sa nature se dévoile très lentement et l'on se plaît à vouloir suivre les pérégrinations du "baba de la Jéhanne" car les inquiétudes de l'héroïne deviennent très vite les nôtres.

Je commence bientôt le tome II. Prévenez d'ores et déjà l'auteur que je l'attends au tournant et que je compte beaucoup sur lui pour ne pas me laisser sur ma faim après m'avoir mi ssi joliment en appétit. ;)

Enjoy ^^

La pucelle de Diable-Vert Tome I : la Perle et l'Enfant - Paul Beorn - O9-2010 - Editions Mnemos Icares

Le Trash Pack


Le Trash Pack se compose de 3 ouvrages détaillés ci-dessous :

-les poubelles pleurent aussi
-les poubelles pleurent toujours
-le guide de la poubelle galactique



-Les poubelles pleurent aussi :
Lorsque l'on saisit ce livre pour la première fois on a l'impression de tomber sur un ouvrage enfantin. Dessin humoristique à base de traits épais, histoire rigolote -si l'on s'en tient au quart de couverture- et grosses ficelles scénaristiques perceptibles par tous -de toute évidence à dessein-.

La lecture commence et on a l'impression de tomber sur un morceau de "kloug" autrement dit "c'est bon, c'est fin, ça se mange sans faim" mais cela a tendance à rester sur l'estomac sans savoir pourquoi ... Peut-être est-ce à cause du fait qu'il a fallu 35 pages sur la cinquantaine pour mettre en place et impliquer tous les acteurs ? Peut-être est-ce du au prix de l'ouvrage quand on le compare avec le temps de lecture qu'il procure ? Est-ce du au fait que le premier sentiment de ridicule s'est estompé au fur et à mesure pour céder la place à une intrigue sérieuse et bien plus captivante mais que l'on ne peut le réaliser que lorsque l'on referme, bien trop vite, cet ouvrage. Je ne saurais dire mais ce dont je suis certain, c'est que l'abondance des multiples références franco-françaises cinématographiques ou télévisuelles y contribue amplement. On y retrouve de tout (Mars Attacks, Dark City, Les chroniques du disque-monde, ...) pour notre plus grand plaisir à tous.

Heureusement que la suite est déjà sortie ;)

- Les poubelles pleurent toujours
Frustré par la faible épaisseur du premier ouvrage je me précipite sur cette suite et retrouve avec plaisir ces personnages que l'on a appris à apprécier finalement. Malheureusement l'épaisseur de celui-ci ne fait rien pour contribuer à effacer ce sentiment.
Les références y sont encore plus nombreuses (Tryo , Dr Who , Pratchett et encore Dr Who) et c'est un régal pour les fans de ces œuvres -dont je fais partie ^-^ -, l'histoire agréablement complétée et l'intrigue enfin enrichie. Plus de temps mort pour présenter les personnages on peut plonger directement au cœur du récit pour découvrir enfin ce qui attend nos héros et leurs compagnons coprophages. La diversité des espèces présentées contribue à apporter cette touche d'exotisme nécessaire à toute évasion bibliographique et on prend à nouveau plaisir à découvrir ce nouvel univers aux forts accents "Monthy Pythonnesques".

- Le guide de la poubelle galactique
Bon apparemment ce guide est plus un sketchbook retraçant les différentes étapes de réflexion qui ont conduit à la création des formes de vie qui peuplent cet univers onirique. Pourquoi pas ? Cela peut être fort à-propos.
Le papier est épais et brillant, les races exhaustivement représentées, les illustrations colorées et vivantes. Que diable n'ont-elles pas été incluses dans les précédents ouvrages ? On trouve là une œuvre dynamique qui enrichit énormément l'univers mis en place auparavant, on retrouve même quelques références quoique plus discrètes cette fois.
Pas vraiment un roman, pas vraiment une BD mais un bon complément au délire de l'auteur. On regrette amèrement de n'avoir pu trouver ces pièces dans les premiers romans.


Au final une conclusion mitigée :

Les ouvrages pris séparément sont chers, courts -beaucoup trop- et peuvent laisser un sentiment de négligence du lecteur par l'auteur. Mais si on se saisit du trash pack au complet on obtient une œuvre bien plus complète, plus abordable et beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, moins frustrante tant les références directes sont jouissives, n'ayant pas eu à subir les outrages d'une traduction parfois loin d'être au niveau comme c'est le cas avec certains auteurs étrangers, et le monde si délirant qu'on plongerait volontiers plus longuement dedans. Je le conseille à tous les amateurs de sf qui s'esclafferont en retrouvant des références à leurs œuvres favorites sachant qu'il ne doive pas négliger non plus le sentiment qui peut les saisir après comme avec un dessert fabuleux mais si vite avalé qu'on souhaiterait le savourer plus longuement.

Enjoy.

Le Trash Pack - Guillaume Suzanne/Zariel (illustrations) - 09/2008 - Éditions griffe d'encre

lundi 15 novembre 2010

Contes de villes et de fusées - Contes défaits, contes refaits...

Pour leur seconde publication après Les Pilleurs d'âmes les toutes jeunes éditions Ad Astra publie une anthologie de contes de Grimm, Andersen ou autres remaniés à la sauce Sf, space opéra, futuriste, cyberpunk ou à l'humour noir ou décalé. On y retrouve, entre autres, des auteurs bien connus de ceux qui suivent les éditions Griffe d'encre, Malpertuis, Du Riez ou Argemnios. Le petit jeu consistant bien sûr à reconnaître le, ou les contes, histoire de compliquer l'affaire.

En introduction (Il était une nouvelle fois) Lucie Chenu, directrice de cette anthologie, explique le rôle fondamental et universel des contes et le choix d'en faire des versions détournées.
Dans Une Leçon de contes de fées Julien Fouret prend le parti pris d'imaginer la création d'un conte par le maître Perrault. Il explique comment un conte permet de "sublimer" ou plutôt travestir la réalité afin de créer un obstacle (si un petit garçon est heureux en famille et à l'école pas d'histoire), car sans cette étape fondamentale il ne peut y avoir conte!
Dans La Fée des glaces Jean Millemann imagine un conte initiatique et moral avec des fées à partir de La Reine des neiges d' Andersen.
Dans Histoire de désir Delphine Imbert imagine une naissance miraculeuse, dans un univers futuriste, grâce à l'intervention des FEES ("acronymes désignant les généticiens proscrits de la Fratrie pour une Elite Eugénique, dont les travaux ont été interdits par la Convention de Salem, et dont le credo était de créer une humanité nouvelle douée de toutes les perfections imaginables.")
Dans La Griffe et l'épine Pierre-Alexandre Sicart crée une version SF à base d'hologramme du mythe de Pygmalion et du conte La Belle et la bête en imaginant les relations d'un couple de scientifiques lorsque l'homme tombe amoureux de sa créature/hologramme mais cette relation contre nature se complique encore lorsqu'il se voit interdire de toucher une rose enfermée dans une tour avec un monstre toucher pendant un an.
Dans Recréation Antoine Lencou imagine une version futuriste d'un Pinnochio entouré par des robots et élevé par un humain.
Dans Un grain se sel et Bretelle Pierre Gévart imagine une version cybernétique d'Hansen et Gretel envoyés sur une planète pour éradiquer la publicité illégale et les infections de produits bizarres dans le sang.
Dans La Petite capuche rouge Nico Bally imagine une version particulièrement trash du Petit chaperon rouge. Avec lui le grand méchant se déguise en petit chaperon rouge afin de tuer la grand-mère de façon particulièrement pornographique et trash! Le vrai chaperon rouge subira-t-il pareil outrage lors de sa visite? Une vision aussi courte qu'efficace qui m'a particulièrement séduite, je l'avoue, par son côté abrupte et décalé! Qualités que j'ai trouvé aussi aux films Hard Candy et Freeway sur le même thème.
Dans Cover Girl Charlotte Bousquet suit en focalisation interne les pas d'un flic coincé dans un conflit entre fées et humains dans un monde d'humains. Une fée se faisant passer pour une humaine est arrêtée. Une rencontre entre monde de féerie et grisaille policière quotidienne.
Dans Le Pacha botté Sylvie Miller et Philippe Ward imaginent les embrouilles politiques et amours au Caire démêlées par un détective des mythes égyptiens.
Dans Un temps de cochon! Jean-Michel Calvez imagine la fin de trois frères empoissonnés par les émanations toxiques d'une usine dévastée par un cyclone. Le loup peut prendre bien des formes!
Dans Le Sang du large Lionel Davoust décrit les doutes d'un auteur de fantaisie sur une île isolée envoûté par le chant d'une sirène. Mais il doit sans doute avoir une explication rationnelle...
Dans La Mort marraine Sophie Dabat imagine que la femme d'un homme meurt et qu'une vieille lui ouvre le ventre afin d'en extraire leur enfant. Des jumelles naissent mais l'une appartient à la mort alors que l'autre est l'élixir de jouvence de son père et voit sa sœur mourir à petit feu. Une vision qui décrit magnifiquement le désespoir du père alterné avec la vision de la sœur morte.
Dans Pour Judith Jess Kaan décrit la quête d'un soldat pour retrouver sa femme et leur enfant en pleine épidémie meurtrière.
Dans Swan le bien nommé Mélanie Fazi un frère et une sœur doivent acceptée une belle-mère après la mort de leur mère. Mais la fille est persécuté par un fantôme, la Femme-oeil, malgré son départ de la maison familiale. Les révélations de ce fantôme la ramèneront à la maison pour sauver son frère transformé en cygne par la méchante belle-mère. Mélanie Fazi apporte au conte d'origine l'idée supplémentaire de la vengeance et choisit de ne pas raconter la fin du conte. Voir en bonus l'épisode magnifique de Monstres et merveilles, série de Jim Henson, consacré à ce conte (épisode 6).
Dans Poche et troncs Estelle Valls de Gomis décrit la vie d'un auteur alcoolique qui ne voit pas le temps passer et qui voit une gloire soudaine et inattendue.
Enfin dans Sacrifices, ma seconde version remaniée préférée, Léonor Lara imagine la lettre d'adieu de la femme de l'ogre du Petit Poucet et la vengeance du fantôme de ce dernier. Une fin extrêmement émouvante et sensible.

Une explication de l'auteur suit chaque conte dans laquelle il développe son choix thématique et stylistique. On trouve une biographie de chacun en fin d'ouvrage.

Éditions Ad Astra, septembre 2010.

L' Oeil clos

Voici la autobiographie fictive d'un dandy à la fin d'un XIX ème siècle teintée de rétrofantasy urbaine abordant tour à tour tous les clichés des littératures fantastique et gothique mais que le talent de Nico Bally parvient à rendre, avec un certain humour noir, cohérente.

Des premières expériences hallucinatoires à travers le jeun et la mort d'un ami qui pousse le héros dans d'étranges retranchements, à des séances d'hypnose, de l'évocation d'une succube pour pallier à la frustration d'une femme glaciale, à la rencontre d'une féerie des bois, à moins qu'il ne s'agisse d'auto-suggestion, du rôle inattendu de sauveur d'une famille sans descendant touchée par une étrange maladie, du pouvoir évocateur des mots qui peuvent déranger lors d'un repas mondain, à la visite d'une ville protégée des incendies par un carnaval, superstition?, à un spectacle de cirque Freaks, des rapports ambigus avec une secte dont il ne comprend ni les tenants ni les aboutissants, croyances aux fantômes, affrontement avec des fantômes dans une ville-brouillard, puis avec un vampire insensible qui harcèle une amie.

Nous suivons l'évolution psychologique du héros au fur et à mesure de l'élaboration de son carnet d'adresses mondain. Malheureux en amour, incapable de comprendre rationnellement ce qui lui arrive, le héros se laisse entraîner par son destin et les disparitions étranges dans son entourage ,qui sont autant de traumatismes.

Les thèmes fantastiques sont trop nombreux pour être abordés de manière exhaustive. Nico Bally aborde autant les thèmes chers au spiritisme et superstitions de cette fin de XIXème siècle anglais que des motifs empruntés à Edgar Allan Poe, Maupassant ou Théophile Gautier.

Pour conclure: encore une belle découverte aux Éditions Malpertuis aux déroulement et chute inattendus teintée d'un humour macabre savoureux et un style qui ne rend pas le côté référentiel trop lourd!

Site officiel de l'auteur


Nico Bally, éditions Malpertuis, collection Absinthes, éthers, opiums, septembre 2010.

Les éclaireurs

Voici la suite d'un roman que j'ai malheureusement raté à sa sortie en poche, Les Falsificateurs. J'ai donc eu la joyeuse surprise de découvrir sur la 4ème de couverture que ce second opus pouvait être lu séparément grâce à un résumé de plusieurs pages.

Antoine Bello invente une agence spéciale répondant au doux nom de Consortium de Falsification du Réel (CFR). Référence à 1984 et à la littérature d'anticipation des années 50? Peut-être. On y apprend que le héros, Sliv, a été pris dans une machination ayant pour but de lui faire croire qu'il avait tué un homme afin de tester sa motivation à rester dans l'organisation.
Mais l'originalité qu'apporte l'auteur est de ne pas faire du CFR un énième ersatz de la CIA ou autre roman d'espionnage.

Le rôle du CFR est de recruter des scénaristes ou falsificateurs afin de créer des dossiers pour faire avancer des causes: peuples minoritaires contre un gouvernement ou fournir des preuves, bidonnées ou non, pour justifier ou non des conflits.
C'est justement autour des évènements du 11 septembre que se concentre l'action et les enjeux moraux de ce tome.
Comment en effet justifier moralement l'action consciente et supposée d'un agent allant dans le sens de la mise en branle de la seconde guerre du golfe?Mais quel est au fait le but et l'historique du CFR?Le héros l'apprendra bien tard, ce qui ne fera qu'accentuer sa désillusion!

Le mérite d' Antoine Bello est d'apporter plusieurs point de vue sur la situation géopolitique: le héros est en effet entouré de Youssouf, un musulman modéré tiraillé entre sa foi et son amitié pour le héros, Maya, une jeune femme mariée à une famille d'intégriste, Lena, dont le manque de reconnaissance professionnelle supposée et ses sentiments non avoués pour le héros ne sont jamais réellement abordés frontalement (et tant mieux car je déteste les love story qui finissent en happy end!) et un agent islandais peut motivé par les responsabilités.

Les Éclaireurs est réellement un roman surprenant qui fait la part belle aux initiatives et aspirations morales de chacun, dont le rythme effréné entraîne dans un enchaînement d'action et de circonstances qui permet difficilement de deviner le dénouement.

J'ai noté des passages particulièrement croustillants: sur la manipulation de groupuscules anarchistes pas forcément vindicatifs afin de renforcer la cohésion d'une nation naissante autour d'un même ennemi (bande à Bader après la chute du Mur de Berlin, comme quoi un anarchiste ça peut toujours servir!) ou sur les conversations d'une amie du héros avec un groupe de jeunes idéalistes pour aider un peuple que le héros à contribuer à aider par des arrangements avec un gouvernement grâce à un de ses premiers scénarios!

Ce roman a remporté le Prix du livre France Culture / Télérama 2009.

Antoine Bello, Folio, août 2010.

They're Pretty Good Musicians (UMRK Remix): Rock Progressif (Aymeric Leroy) et Anthologie du Rock Progressif - Voyages en ailleurs (Jérôme Alberola)

En juin dernier, j'avais chroniqué Rock Progressif d'Aymeric Leroy sans savoir qu'un second ouvrage sur le sujet était sur le point d'être publié. Pourquoi "Remix"? Parce que j'ai trouvé intéressant d'inclure les deux dans un même article. Non pas dans une optique purement comparative, les deux étant référentiels pour tout amateur de ce genre musical. Mon article reprend donc en grande partie (le copié/collé est si grossier que je pourrais me poursuivre en justice pour honteux plagiat) celui publié en juin, avec quelques modifications, auquel se greffe donc mon avis sur Anthologie du Rock Progressif - Voyages en ailleurs de Jérôme Alberola.

N'étant pas musicologue ni aussi calé que nos deux auteurs, je me contenterai d'une définition grossièrement (vous trouverez les nuances dans ces deux ouvrages) résumée: le rock progressif est un mouvement musical ambitieux et libertaire qui tend à s'émanciper du carcan étroit du rock basique, notamment par l'introduction d'instruments inhabituels, une profusion d'idées (ruptures de rythme notamment) dans les morceaux (l'instrumental est donc souvent préféré au chanté) et par de longues suites variant selon la longueur du disque au fil des décennies.
Les éditions Le Mot et le Reste commencent, mine de rien, à bien être représentées dans ce blog: deux chroniques publiées par Taly (Au-delà du Rock et L'underground musical en France) et après One Size Fits All, Eric Dolphy et Pink Floyd (du même Aymeric Leroy), en voici une quatrième de ma part.

Rock Progressif a bénéficié le 2 juin dernier d'une présentation à la librairie L'Arbre à Lettres (celle proche de Denfert-Rochereau), occasion pour moi de rencontrer l'auteur du Pink Floyd cité plus haut ainsi que la personne (que je n'ai malheureusement pas croisée) qui m'a informé, bien qu'involontairement, de l'événement via Facebook (salut et merci, Charlotte).

Un si joli pavé de 450 pages sur un style musical qui me passionne depuis plus d'une dizaine d'années ne pouvait me laisser indifférent. Enfin, relativement passionné puisque je ne connaissais, Genesis excepté, que de manière purement discographique les groupes principalement évoqués (Yes, King Crimson, Emerson, Lake & Palmer, Soft Machine, entre autres). S'attardant pour l'écrasante majorité sur les années 70 (logique et pertinent), l'auteur alterne, sur une trame chronologique, avec ces pionniers (anglais pour la plupart), leur consacrant quelques pages pour chaque album et son contexte (bien plus que musical), ne négligeant même pas les incartades solo et autres projets de certains musiciens.

La carrière chaotique de King Crimson, la grandiloquence mal comprise d'Emerson, Lake & Palmer, la sobriété de Pink Floyd (encore eux), l'influence grandissante du jazz sur Soft Machine, les intuitions autodidactes et alchimiques de Yes, la poésie sombre et torturée de Van Der Graaf Generator... voici surtout dont est composée l'histoire du rock progressif.

Les scènes européenne (Ange et Magma en France, Le Orme et PFM en Italie, Focus en Hollande...) et américaine (Kansas, les Québécois de Harmonium, Rush) ne sont pas sous-évaluées et c'est dans ces pages que le fan que je suis réalise, qu'en plus d'ignorer beaucoup de choses sur les poids lourds, n'a qu'une connaissance très limitée de ce style musical.
Mouvement créatif et ambitieux à ses débuts, le rock progressif a singulièrement souffert des sautes d'humeurs de critiques opportunistes (ou déçus?) puis, à l'instar du jazz, par l'arrivée inéluctable des horribles années 80 sur lesquelles on s'extasie encore à coups d'émissions spéciales et autres compilations depuis trop longtemps. Peu de groupes ont ainsi survécu à l'appauvrissement dû au formatage systématique de la production musicale. Mais l'ouvrage porte aussi un regard objectif sur les groupes eux-mêmes en mettant en lumière leurs propres responsabilités, parfois véritables actes de sabordage (renouvellement incertain, embourbement dans les clichés du genre, mauvaises stratégies commerciales...).
Non, je ne prendrai pas Genesis pour exemple, le virage pop avec Phil Collins ne m'a jamais gêné contrairement aux puristes. Il faut dire que je n'ai commencé à écouter ce groupe au moment où ledit Philton a quitté le navire et qu'il m'est impossible de ressentir la trahison de ceux qui les suivaient depuis l'ère Peter Gabriel. Par contre, je peux m'en faire une idée en vue du parcours des américains de Spock's Beard (un des fers de lance du revival des années 90) qui présente des coïncidences avec celui de Genesis, qui ne sont pas pointées, par oubli ou par omission, dans l'ouvrage dont je parle.

Je suis tenté de reprocher à l'auteur des détails sur lesquels il s'est intelligemment justifié dès le préambule: il était impossible, et parfois inutile, de s'attarder sur certains groupes. Mais je vais faire ma tête de mule en pointant du doigt le survol injuste de la carrière de Rush (dont la première mention se situe à la page 374!) et l'omission de Beardfish, groupe suédois des années 2000, qui aurait mérité d'être cité au moins rapidement pour les lecteurs qui ne connaissent pas.
Bon, je tourne la page coup de gueule pour passer à celles des éloges. Me gratifier à plusieurs reprises de la présence de Frank Zappa (bien évidemment, soupireront certains) dans ses pages et d'être du même avis que moi sur certains albums de Marillion suffiraient amplement. Mais il faut saluer la connaissance encyclopédique (en 1993, il a co-fondé, avec Olivier Pelletant, la revue spécialisée Big Bang) d'Aymeric Leroy. Je ne m'arrête pas là. Tout au long de ces 450 pages, ce qui saute aux yeux, c'est une lucidité, un sens aigu des nuances qui empêche toute monotonie de s'installer et qui permet chez le lecteur intéressé de bien situer et cerner les formations (les meilleurs albums, les plus faibles, les changements de personnels, la voix des chanteurs, etc) dont il est question. Le vocabulaire musical technique, qui reste incompréhensible pour ma pomme, n'est pas absent pour décrire les nombreux morceaux analysés, mais l'auteur a très bien su se servir d'une sémantique abordable pour les non-musiciens. Ce qui ne manque pas de donner des envies, calepin et stylo à la main, de découvertes réjouissantes pour les oreilles.

Tous les noms cités ne m'étaient pas inconnus, mais le cas Mike Oldfield, par exemple, mérite après lecture des quelques pages qui lui sont dédiées une oreille plus attentive que dégoûtée par la multi-diffusion incessante d'une seule de ses compositions (Moonlight Shadow) ou d'un raccourci de Tubular Bells, immédiatement associée au film L'exorciste. J'ai entrepris la même démarche pour Yes dont le Owner of a Lonely Heart reste le seul morceau déclencheur d'overdose radiophonique.


Publié lui chez Camion Blanc, un éditeur qui force le respect auprès des fans de rock, metal, punk et assimilés (mais pas que...), Anthologie du rock Progressif - Voyages en ailleurs par Jérôme Alberola pourrait être comparé à un festin. Là où A. Leroy a opté tout le long de son livre pour une présentation chronologique et rigoureuse (dans une proportion largement favorable aux années 70) alternant les péripéties des groupes majeurs, J. Alberola nous a concocté un menu en plusieurs parties:

Une entrée copieuse de 150 pages (en cinq sous-parties) traitant des musiques progressives (dans une acceptation très libre qui fera grincer certaines dents) dans leur évolution globale. Suit le plat de résistance, pendant lequel il va nous présenter 144 albums par ordre alphabétique de leur créateur (et quelques dents continueront à grincer...), en deux grandes époques (1967/1979 et 1980/2010), respectivement et à vue de nose, 30% et 70% (en comptant le très agréable trait d'union d'environ 80 pages consacré exclusivement à Marillion) de cette partie principale.

Je pointe le doigt sur cette divergence majeure entre les deux ouvrages, pour signaler à quel point ils sont complémentaires. Si J. Alberola ouvre des portes, cela ne signifie aucunement qu'A. Leroy en a fermées. Les choix assumés de chacun ne sont que constatés et en aucun cas je me permettrai de critiquer férocement l'un ou l'autre. Il est vrai que j'ai fait quelques légers reproches à Aymeric Leroy concernant Beardfish (Destined Solitaire, dernier album en date des Suédois est décortiqué par J. Alberola) et Rush. Il se trouve qu'Alberola est aussi amateur de metal (Iron Maiden en tête) et de ses dérivés progressifs et cela se ressent nettement. Je peux très bien reprocher à ce dernier la quasi absence (on trouve quand même quelques occurrences) de Frank Zappa, artiste tellement protéiforme que certains peuvent même trouver le terme "progressif" réducteur à son sujet. Vous l'aurez compris les reproches s'annulent, puisque ce que l'on ne trouve pas dans l'un, on le trouve dans l'autre, et vice et versa.

Après cette digression comparative, qui j'espère n'aura pas de mauvaises conséquences, revenons à ce plat de résistance. Pour la période 1967/1979, de grands pans de la discographie de Pink Floyd (de The Piper at the Gates of Dawn à The Wall), Genesis (de Nursery Cryme à Trick of the Tail), Camel (entre Mirage et I Can See Your House From Here) et Yes (de Fragile à Tales from Topographic Oceans) sont bien évidemment traités. Parmi les groupes importants les plus "négligés" (les guillemets parce qu'on trouvera notre compte sur ceux-ci avec A. Leroy) King Crimson n'a droit qu'à son premier album, In the Court of the Crimson King, puisque, c'est un point sur lequel tous les violons s'accordent, c'est à lui que revient le titre de tout premier disque de rock progressif. On retrouve Emerson, Lake & Palmer (album éponyme et Trilogy), et Soft Machine et Van Der Graaf Generator n'ont le droit ici qu'à un seul disque (respectivement Volume 2 et Pawn Hearts).

Les lecteurs les plus influençables seront tentés de revoir leur point de vue sur certaines formations qui ont vu une partie de leur discographie occultée par des succès hors proportion. J'ai pour ma part jeté une oreille naïve et non déçue (comme je l'ai fait pour Mike Oldfield et Yes, voir plus haut) aux premiers albums de Supertramp.
Jérôme Alberola ne ménagera pas les puristes en leur réservant quelques surprises (la réaction dépendra de chacun...) comme la présence de... dois-je vraiment gâcher la découverte? Ceux qui veulent savoir n'auront qu'à surligner le texte en blanc: Serge Gainsbourg et Jean-Michel Jarre.

J'ai évoqué plus haut les 80 pages consacrées à Marillion. Avant de passer en revue la discographie complète du groupe (à ce jour, s'entend; albums live et compilations exceptés), J. Alberola s'explique en quelques pages élogieuses mais argumentées sur le pourquoi de cette mise en exergue. Le parcours sans cesse surprenant de Marillion évite le chaotique et peut se targuer d'une imaginative constance. Oui, certains albums sont sans aucun doute plus faibles que d'autres, mais sachons donc leur pardonner (hum, j'ai du mal pour Somewhere Else). Toute cette séquence discographique exhaustive permettra aux fans de comparer leurs points de vue sur tels ou tels albums et aux pas-tout-à-fait-fans ou pas-du-tout-fans d'explorer plus à fond les productions du groupe.

La partie 1980/2010 de l'ouvrage accordera la même exhaustivité pour IQ et Pendragon (à un ou deux albums près pour ce dernier) et se montrera principalement élogieuse à propos de formations incontournables des années 90 comme Porcupine Tree et Spock's Beard (seulement la période 1995-2002, et on ne lui en voudra pas, même si le dernier album X, sorti au même moment que le livre, démontre un agréable retour aux sources. J'avais été quelque peu frustré par l'adjectif "indigeste" employé par Aymeric Leroy à propos de Snow, à mes yeux le meilleur album des américains avec que Neil Morse déraille). The Flower Kings sont bien sûr de la fête, même s'il leur est reproché leur relative irrégularité. Les deux albums (Back in the World of Adventures et Adam & Eve) cités pour ce groupe suédois, mené par le très occupé Roine Stolt, ne sont pas à mon avis les plus appropriés.

Parmi les nombreuses entrées isolées, on remarquera la présence des grosses pointures des années 70: Pink Floyd et leurs controversés deux derniers albums; le Calling All Stations de Genesis, malheureusement seul album avec Ray Wilson au chant, que l'auteur considère comme une sorte de rédemption des années 80 (suis-je le seul à aimer les deux grandes époques de leur parcours? et tiens, pendant que j'y suis, Bret Easton Ellis a écrit, par le prisme du personnage principal d'America Psycho, quelques lignes à propos du Genesis des 80's que les curieux iront chercher); et Yes qui, pour des raisons de droits, sortait en 1989 Anderson Bruford Wakeman Howe.

Certaines formations obscures (After Crying, Seven Reizh...) sont si bien accueillies dans ces pages que, si vous n'en êtes pas familiers, vous effectuerez quelques recherches poussés par la curiosité ou l'envie de découverte. Cela a été mon cas par exemple pour Frost et Unitopia notamment.
Jérôme Alberola continue aussi à agacer les puristes en citant Muse, Radiohead (cité aussi par Aymeric Leroy comme un des groupes les plus novateurs des années 90) ou Röyksopp (dont la propension à être utilisé comme bande-son pour des publicités, à l'instar du surestimé Moby, freine toute mon envie de faire confiance à l'auteur et de jeter une oreille plus attentive à leur compositions). Il est donc fortement conseillé de se munir d'un esprit très ouvert pour ne pas hurler à l'hérésie. Le mien à ses limites mais l'"audace" d'Alberola ne m'a pas choqué, elle m'a plutôt fait sourire, non par désaccord, mais parce que au-delà de la surprise première, les plus indulgents liront ses arguments et mettront en question leur imperméabilité à certains préjugés. Un autre français aura le droit d'être loué pour un de ces albums, choix surprenant encore une fois... mais je vous laisse la découverte.

Plusieurs petites annexes (présentation des têtes pensantes/leaders, morceaux particulièrement longs, survol de groupes non progressifs, bibliographie) clôturent le tout avec en bonus une ouverture non négligeable (avec Dream Theater, Symphony X et... Iron Maiden) sur le prog-metal (qui mériterait un ouvrage à lui tout seul). Évolution du progressif au sens large oblige, l'auteur ne pouvait passer outre (il se limite toutefois) cette subdivision toujours en expansion.

Quelques lignes concernant des détails formels. Le ton employé par l'auteur (il le revendique haut et fort) se laisse aller à des envolées passionnées que certains pourront juger too much (ils préfèreront l'efficace sobriété d'Aymeric Leroy), mais cela contribue en grande partie à convaincre le lecteur. Après tout, la retenue et l'exubérance sont les dynamiques importantes même des musiques progressives dans leur ensemble varié et parfois paradoxal.
Les raisons ne sont pas exposées, mais même si la présence de photos illustre l'ouvrage, aucune pochette d'album n'est reproduite (elles le sont par A. Leroy et Le Mot et le Reste). Est-ce une question de budget ou la volonté d'exercer l'imagination des lecteurs qui ne connaissent pas les pochettes? Peu importe au fond.

Avant de clôturer mon compte rendu d'une lecture étalée sur plusieurs mois, je tiens particulièrement à signaler que les deux auteurs ne se connaissent pas (peut-être cela a-t-il changé). Toutefois, dans Voyages en ailleurs, page 39, Jérôme Alberola salue respectueusement, and I quote, l'"investissement épatant" des "administrateurs actifs et assidus [des sites spécialisés sur Internet]" et en cite quelques-uns nommément, dont, fin du suspense, Aymeric Leroy. En fin d'ouvrage, la bibliographie d'Alberola fait également état de la sortie de la publication du Mot et du Reste, tout en précisant "non lu" mais "semble conforme à l'érudition de son auteur". Vous l'aurez donc compris, toute tentative d'opposer les deux publications, malgré les comparaisons que je me suis permis, serait pour le moins stupide.
Nous avons affaire à deux passionnés qui donnent envie, quelque soit le niveau de connaissance du lecteur, de réécouter ce qu'il connaît déjà et d'écouter d'autres groupes qu'il connaît trop peu voire pas du tout. Peut-être que certains lecteurs ne connaissent après tout de Pink Floyd que The Wall ou de Genesis que We Can't Dance. Malgré les différences formelles de leur présentation, les choix qu'ils assument, les controverses qu'ils peuvent potentiellement déclencher auprès des chipoteurs et autres puristes (aux esprits moins ouverts qu'on pourrait le penser), Aymeric Leroy et Jérôme Alberola, à défaut d'être les premiers à s'être attelés à la tâche, méritent des remerciements chaleureux de la part des nombreux fans qui liront soit l'un d'entre eux soit les deux. Et je peux vous assurer que les quelques 1200 pages combinées compensent largement, en satisfactions et découvertes, le trou dans le portefeuille.



Rock Progressif, Aymeric Leroy, Le Mot et le Reste, coll. "Formes", 452 p., 25€.
Anthologie du Rock Progressif - Voyages en ailleurs, Jérôme Alberola, Camin Blanc, 808 p., 38€.

mercredi 3 novembre 2010

Les bistrots merveilleux

Le détective Guy La Serpe, accompagnée de sa truie bigoudène Naphtaline, est engagé pour retrouver Pséphorène, l’épouse du mystérieux Monsieur H. Sade. Cette enquête les amènent à fréquenter de curieux endroits dans toute la Bretagne. Un café-tabac fréquenté par des loups-garous ; un salon de thé où se rendent des sorcières avec pour gérant Merlin ; une guinguette de sirènes dirigée par le capitaine Némo ; et pour finir, un cabaret pour nains.

Ce livre, qui est avant tout un album, possède de multiples illustrations très colorées qui en font un très bel objet. L’approche des dessins est assez caricaturale et présente un côté assez enfantin. Toutes fois, certaines illustrations possèdent des raffinements précieux, comme des détails qui ornent les carafes et autres porcelaines.

Quant au récit, il est drôle et est empreint de références notamment mythologiques. J’imagine qu’il s’agit d’une première partie (le sous-titre est « première tournée ») et qu’une suite est attendue. En effet, la façon dont se clôt le livre m’a vraiment laissé sur ma faim ! Espérons donc qu’il y ait une suite bien qu'il s'agisse d'une parution de 2007...

Extrait choisi :
Le patron se tourne à nouveau vers moi :
-Au fait, je ne me suis pas présenté. Merlin. Merlin l’Enchanteur, enfin ce qu’il en reste… Comme vous pouvez le constater, depuis la disparition des Chavaliers de la Table Ronde, je me trouve réduit à servir du thé à des ogresses diabétiques. Elles furent toutes des sorcières redoutées à leur époque et aujourd’hui’, on n’allumerait même pas un barbecue pour les brûler…
(Chapitre « Le salon de thé des sorcières »)
Illustrations de Marc Le Rest, Textes de Marc Le Rest et Cristian Esculier, Éditions Terre de brume, 2007, 96 pages, 25€

lundi 1 novembre 2010

I Ain't Superstitious: Le Témoignage du chat noir de Paul Berna


Tout comme (j'ai hésité à utiliser "à l'instar", mais restons simple. Tout ça pour battre le record d'insertion de parenthèses: seulement deux mots après le début de la chronique!) le roman de Pierre Véry Signé: Alouette, Le Témoignage du chat noir de Paul Berna est une réédition d'une publication plutôt lointaine.
Publié pour la première fois par la Générale de la Publicité (GP) dans sa collection "Rouge et Or" (créée en 1947) en 1963, ce roman est un bon exemple de ce que la littérature pour adolescents moderne a pu produire à l'époque: des textes originaux n'ayant rien à envier aux traductions, rééditions de classiques ou adaptations (Paul Berna en a lui-même produit), ces dernières ayant eu le monopole des publications jeunesse pendant des décennies. Ce secteur de la littérature fut bien évidemment surveillé de très près (faut pas déconner, on les laissait déjà écouter les yéyés, avec une indulgence mal dissimulée, on allait pas les laisser lire n'importe quoi) et l'idée de polars destinés aux jeunes n'allait pas sans contraintes. Bannissant toute action fourmillant dans le polar adulte (meurtre, sexe, hache, tronçonneuse et choucroute empoisonnée), le divertissement para-littéraire pour adolescents n'aurait jamais pu s'épanouir sans la plume habile des auteurs relevant le défi de l'édulcoration de qualité.

En visite chez M. Fred, coiffeur de sa profession, Georges Thiriet et son fils Bobby se laissent aller à quelque confidences sur leur conditions difficiles de logement: appartement trop petit, mal situé etc. A la sortie, ils sont abordés par un certain Henri Dupont, directeur gérant de l'Immobilière-Métropolitaine qui leur propose une offre qu'il ne peuvent refuser. Non, il ne leur propose pas d'être bluesmen confirmés en échange de leur âme, il faut pas tout ramener à Robert Johnson non plus, et puis quel rapport? Il leur propose donc un appartement plus en phase avec leur besoin, la visite s'effectuant dans la foulée. L'affaire étant conclue (en ancien francs s'il vous plaît avec note de bas de page pour la conversion en euros, ils ont pensé à tout chez Mango), Georges aura la clé le lendemain, tout juste le temps d'annoncer la bonne nouvelle et d'entretenir de faux espoirs au reste de la famille. Car l'infâme escroquerie n'attendra pas plus longtemps pour se révéler à la pauvre famille.

Ce sont les deux grands-frères de Bobby, Jacques et Laurent qui prendront l'initiative de s'adresser à Charlie Baron, fils d'imprimeur et rédacteur en chef du Petit Etudiant du Puisay (ou PEP) journal du lycée Alfred-Jarry. Cette publication qui tourne en rond même aux yeux de son créateur trouvera opportunément de quoi se relancer avec le malheur des Thiriet. Mais plutôt que d'attendre les mises à jour d'une enquête policière et de la relater tout simplement, Charlie, aidé de sa rédaction, en créera un feuilleton interactif ou chacun des lecteurs pourra apporter sa contribution. La réalité avec l'enquête menée par le commissaire Sinet (auparavant inspecteur dans d'autres romans de Berna, peut-être ultérieurement rééditée dans a collection "Chambres Noires"?) et la fiction rédigée par le PEP vont alors s'entrecroiser sur le chemin sinueux des hypothèses, des portraits robots et autres poursuites. Ah, j'oubliais le rapport avec le titre. Un élément central de l'enquête sera ce chat noir remarqué par le petit Bobby dans le bel appartement sensé être sa future habitation.

Servi par une écriture dynamique, adjectif que l'on peut aussi appliquer aux nombreux et sympathiques personnages, Le Témoignage du chat noir a très bien réussi à ne pas m'ennuyer. Le côté vieillot n'est pas du tout une gêne (tant qu'on ne ressert pas quelques relents coloniaux...), tout au contraire, je suis très sensible au charme de ce que j'ai appelé plus haut cette édulcoration de qualité. A défaut de divertir les 8-12 ans d'aujourd'hui, même si je ne doute pas de l'habilité narrative de Berna, largement capable de traverser les décennies pour y parvenir, c'est un ouvrage qui se révèle, mine de rien, un document précieux pour qui s'intéresse à l'évolution du roman policier destiné à la jeunesse. Reprenant entre autres la bande de gamins, préados, ados ou p'tits cons, mais c'est vous qui le dites, comme entité protagoniste et enquêtrice, le roman teinte aussi très légèrement son action d'éléments sociaux typiques d'une banlieue parisienne en pleine métamorphose. Paul Berna a transposé ainsi, dans une moindre mesure, un des ingrédients du polar ou roman noir adulte.

La postface d'une douzaine de pages écrites par le directeur de la collection, Jacques Baudou, est un bonus très enrichissant puisqu'elle trace le parcours de Jean Sabran (Paul Berna étant un pseudo tout comme Paul Gerrard ou Bernard Deleuze qu'il utilisera pour ses publications adulte) et met en perspective son œuvre dans le contexte éditorial de l'époque. En évitant de pomper et de recracher, et ne voulant pas qu'on me taxe à tort de "m'y connaître sur le rayon", je me suis en bonne partie appuyé sur cette postface pour écrire ces lignes. Je ne suis qu'un amateur et des publications comme celles-ci sont une aubaine pour, de temps en temps, me plonger dans quelque chose de moins contemporain.

Tout en espérant que la collection "Chambres Noires" soit dosée convenablement entre auteurs anciens et contemporains, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'accueillerais de futures rééditions, par exemple, du même Paul Berna, les aventures de la bande à Gaby aidé du même Sinet qui n'était qu'inspecteur (Le Cheval sans tête, Le Piano à bretelles et celles qui suivent) ou même les deux suites au Témoignage du chat noir.


Le Témoignage du chat noir, Paul Berna, Mango Jeunesse, coll. "Chambres Noires", 9€. Collection dirigée par Jacques Baudou. Illustration de couverture par Eric Héliot.

La digitale

Ce petit roman SF met en scène Alix S. Grey, une détective privée drôle, attachante, avec ce petit trait de caractère spécial et franchement sympathique. Ici, nous sommes dans l’après rupture de la faille de San Andreas. Le monde est plutôt chaotique et les plus riches ont squatté les latitudes vivables. En l’occurrence, nous sommes ici en Islande.

J’ai beaucoup aimé cette lecture en grande partie grâce à ce ton léger, plein d’humour et d’ironie qui vivifie l’écriture et de ce fait la lecture. Mais si le récit est abordé à la légère et sur un ton humoristique, c’est de l’humour noir et du cynisme que l’on trouve en ces pages. Car, comme je l’ai dis plus haut, tout est loin d’être rose dans ce monde ; aussi, l’humour fait ici parfois preuve de critique sociale.

Mais le point fort du roman est son narrateur, la détective Alix Grey. Alfred Baudry a su créer un personnage attachant, cool et dynamique. Elle entraîne le lecteur sans pause dans une enquête qui ne nous dépaysera pas du monde dans lequel on vit…
Une lecture recommandée, donc.

Extrait choisi :
Je m’appelle Alix S. Grey. Le S, c’est pour Sexy. Sans mentir. Ma mère, Élisabeth, était médecin généraliste ; elle croyait dur comme fer que le nom d’une personne peut influencer sa vie. En ce qui me concerne, elle ne s’était pas trompée de beaucoup. Pour elle-même, c’est une autre affaire ; lorsque j’avais un an à peine, elle a été découpée en morceaux par un commando anti-IVG. Un fait divers comme un autre, comme il y en avait tant avant l’Effondrement de la Grande Faille de l’Océan Pacifique. (p. 9)
Alfred Baudry, ActuSF Les trois souhaits, 171 pages, 9€.