"Rana Toad", ça se mange?

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mardi 28 septembre 2010

Exposition Moebius à Paris

Du 12 octobre 2010 au 13 mars 2011, aura lieu à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, une grande exposition sur l'oeuvre de Jean Giraud aka Moebius aka Gir ; et plus particulièrement sur le thème de la métamorphose.

Tarifs :
plein : 7.50€
réduit : 5.00€

Adresse de la fondation :
261 Bd Raspail
75014 PARIS
01-42-18-56-50


lundi 27 septembre 2010

Le don : l'ultime héritage

The Gift a initialement été publié en 1997 et à été nominé aux World Fantasy Award.
Tout commence à bord d’un navire où des marins d’un autre temps trouvent prisonnier dans leurs filets le cadavre d’une jeune fille. A la nuit tombée, un conteur leur entame un récit qui durera jusqu’à l’aube. C’est sur un ton étrange et parfois difficile à suivre que débute Le don. C’est une histoire dans une histoire, qui elle-même recèlera d’autres histoires. Il y aura notamment trois histoires, celle de l’Huissier de la nuit, celle du jeune garçon Tim et celle du roi Simon.

J’avoue qu’il me fut difficile de rentrer dans le récit, de par le trop grand nombre de thèmes et personnages développés ; mais aussi à cause de la narration parfois confuse (le passage d’un récit à l’autre n’est pas toujours évident, peut-être une histoire de traduction).

Cependant, une fois plongé dans cette toile, on se laisse happer facilement, en fin de compte. Derrière des histoires de sorcellerie et de magie transparaissent des quêtes intérieures. L’apprentissage de la vie, la passage à l’âge adulte, les relations amoureuses, les relations mères-enfant, etc. Tout cela transparaît clairement à la fin, surprenante d’ailleurs. Pour ma part, je regrette la toute fin, trop naïve, presque Disney.

Le don, pourrait être un récit sans fin. Peu importe les personnages ou l’époque (comme le montre ce passage futuriste vécu par Tim), Le don est un message que Patrick O’Leary a transmis à sa manière, pleine de magie.

Patrick O'Leary, Traduit par Nathalie Mège, Éditions Mnemos, 2010, 252 pages.

samedi 25 septembre 2010

Physiognomy

Ce roman est estampillé SF, mais il pourrait tout à fait aussi l’être fantasy. Pour vous le situer subjectivement, je dirais qu’il se trouve à mi-chemin entre Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Abyme de Mathieu Gaborit.

On fait donc connaissance avec Cley, physiognome de première catégorie, qui de part son travail, prend un malin plaisir à humilier son entourage pour un oui ou pour un non.

Drogué, hautain, méprisant, ce personnage est franchement antipathique, et c’est ça qui est bon ! D’autant que son quotidien va bientôt être chamboulé par une affaire qui dépasse son autorité. Lewis Caroll n’est pas loin, mais ce n’est pas vraiment le pays des merveilles qui attends Cley de l’autre côté du miroir !

Un roman cauchemardesque, drôle et cruel, qui valut à son auteur le World Fantasy Award en 1998.

Thématiques : rédemption, apparence, pouvoir.

Physiognomy - Jeffrey Ford - J'ai Lu - 2002 - 6€ - 9782290319734

vendredi 24 septembre 2010

Le Pianiste déchaîné

Dans le futur le travail de l'humanité est réalisé par des machines qui ont pris de plus en plus de place après la troisième guerre mondiale. Les valeurs essentielles sont devenues la productivité et l'efficacité. L'État-nation n'est plus qu'une notion et le patriotisme un esprit de corps.
Les relations internationales ne tournent plus qu'autour des notions économiques.
Les machines étant devenues plus efficaces que les humains une société à deux niveaux totalement inégaux s'est formée (qui rappelle la vieille répartition moyenâgeuse entre Tiers état, noblesse et clergé): les administrateurs et ingénieurs au QI élevé et aux compétences pas encore surpassées par les machines et les autres, beaucoup plus nombreux, non diplômés, ou pas assez, et moins intelligent. Soit on les occupe à l'armée, on ne leur donne pas d'arme vu qu'on les considère comme incapable de s'en servir correctement, ou ils font semblant de travailler dans les usines dans des services de Reconstruction et de Récupération.
Mais la colère gronde car certaines personnes ne supportent plus de n'être que de simples consommateurs à qui ont ne porte aucun intérêt.
La ville d'Illum, dans l'état de New-York, est une parfaite illustration de ce système: les deux classes sont séparées par un fleuve. Paul Proteus, un ingénieur ayant un poste très important au sein d’Ilium Works et fils d'un figure importante de ce système, a tout pour lui, même s'il sent des rivalité qui pourraient lui nuire. Mais il s'ennuie et a mauvaise conscience. Il se pose donc des questions, commence à fréquenter des personnes de l'autre classe afin de cerner leurs problèmes et remet en question les valeurs qui lui ont été inculqués depuis l'enfance.

L'ambiance est dépressive et cynique. Le lecteur comprend vite qu'à trainer avec l'autre classe et à se poser des questions considérées comme infondées notre héros a de grandes chances de se faire broyer par le système.

On suit en parallèle de l'histoire une multitude de saynète qui permettent une multiplicité de points de vue ce qui apportent une véritable richesse stylistique thématique (un touriste visitant l’Amérique, le Chah de Bratpuhr, accompagné de son neveu et traducteur Khashdrahr Miasma, ou encore le docteur Ewing J. Halyard). Cette aspect rappelle le regard distancié des deux voyageurs des Lettres Persanes de Montesquieu.

Le Pianiste déchaîné ( Player piano) est un classique de l'anticipation dystopique au même titre que Le Meilleur des mondes d'Huxley car Kurt Vonnegut Jr anticipe parfaitement la modernité industrielle et son omniprésente dévastatrice. Le genre d'auteur dont on peut dire "Punaise il avait tout compris dans les années 50 (1952 pour être précis) et les gouvernements ont été trop con pour l'écouter...!"

J'ai lu sur d'autres sites qu'il ne s'agissait pas du meilleur roman de l'auteur, il s'agit en effet d'une œuvre de jeunesse, mais vu qu'honnêtement je le découvre avec ce titre je ne peux qu'être impatiente de lire les autres!

En passant je suis toujours aussi fan de l'illustrateur de la couverture Aurélien Police, son portfolio.

Kurt Vonnegut Jr, Folio sf, traduit de l'américain par Yvette Richards, mai 2010.

lundi 20 septembre 2010

Mirage sur Port d'Amar de Marie Bertherat


Nous avons déjà fait connaissance avec les enquêteurs du Samovar, petite boutique de curiosités d'une ruelle bretonne, créés par Marie Bertherat (voir chronique sur Meurtre au Majestic/Le Cri du rubis).

Dans Mirage sur Port d'Amar, Constantin et Véra, respectivement oncle et mère (si ça avait été le contraire, ça ne serait probablement pas un livre pour la jeunesse...) de Lou, reçoivent une lettre, en provenance de Moscou, qui remet en cause toute leur généalogie. Au début du roman, un narrateur anonyme nous fait part, entre guillemets et en alternance avec les scènes où figurent les héros, de sa vie et de son parcours, dès son plus jeune âge à la vie difficile de Russie jusque ses premiers pas dans l'espionnage. L'identité de ce narrateur reste indéfinie mais le lecteur s'en fait tout de même une petite idée...
Avant de partir avec Mme Rose en Russie pour organiser une rencontre avec l'auteur de la lettre qui s'annonce comme étant leur père biologique, Constantin (Véra doit partir une fois de plus avec son mari pour honorer un engagement musical et maritime), en compagnie de Lou et Stanislas, amorce une enquête dont il cèdera la charge aux deux adolescents. Un directeur de la galerie d'art Mirage (photographie pour être précis), Gérard Canasson est retrouvé mort chez lui. Une première approche des lieux ne permet hélas pas aux enquêteurs de trancher entre le suicide et le meurtre.
Lou et Stanislas s'attellent donc à une nouvelle enquête quelque peu parasitée dans la tête de Lou par une rencontre agréable qu'elle fait alors qu'elle se fait de l'argent de poche en vendant des glaces. C'est ainsi que l'arrivée de Jason est prétexte à une course poursuite amoureuse, entre Port d'Amar et Londres.
Je ne vais pas en dire plus sur l'intrigue, seulement vous rappeler: gare aux fausses pistes et aux personnages à première vue sans intérêt.

Inédit et bénéficiant du double de pages par rapport aux précédentes "Enquêtes du Samovar", Mirage sur Port d'Amar (huitième enquête, quatre ans s'étant écoulé depuis la première édition de la septième, Vipère masquée) confirme d'une part la capacité de Marie Bertherat à jongler avec trois intrigues tout en les ficelant en une seule (ce dont le lecteur avisé comprend assez vite même s'il ne sait pas de quelle façon) et d'autre part ses quelques défauts d'écriture (encore une fois, certains indices ou pistes déboulent de nulle part surtout dans la partie russe du roman). Le personnage de Stanislas est un peu plus présent, même si dans quelques dialogues, on a la mauvaise impression qu'il remplit mécaniquement la fonction d'interlocuteur renvoyant la balle à Lou. Il est mis l'accent sur son aspect geek et il pointe un soupçon de jalousie, sans réelle conséquence puisqu'il est étouffé dans l'œuf par ce bon copain gentleman, face à la romance entre Lou et Jason (justifiée puisque Lou est après tout une adolescente, mais qui laisse malheureusement trop de place à des passages fleur bleue, plutôt irritant quand le lecteur n'est pas la cible première de la collection).

Pour terminer, je pense qu'il est important de faire un récapitulatif sur la série du Samovar. Tous les titres, exceptée la seconde enquête (Eaux mortelles) parus initialement chez Fleurus (toujours disponibles chez cet éditeur) ont été réédités dans la collection "Chambres Noires" (je présenterai prochainement Vipère masquée/L'Affaire Cornélius et Trompe-L'oeil/Porté disparu). Je suis toutefois curieux de savoir pourquoi Jacques Baudou, si c'est bien son choix, a décidé de tout rééditer dans le désordre. Même si, dans l'absolu, ce n'est pas vraiment dérangeant, les différentes enquêtes se suffisant à elles-mêmes, on trouve une anomalie que dis-je un cafouillage dans Mirage à Port d'Amar. Page 78, une note de bas de page nous informe qu'un personnage apparaît pour la première fois dans Porté disparu, cinquième enquête dans l'ordre original, mais dont la parution chez Mango est de six mois ultérieure à Mirage... Et ce n'est pas tout, c'est un double cafouillage puisque la note précise que Porté disparu se trouve "dans le roman Vipère masquée" au lieu de Trompe-L'Oeil comme signalé plus haut. On va dire que je chipote, mais ça fait tout de même désordre, non?

Pour la forme et les puristes:

Ordre de parution initial chez Fleurus:
1.Meurtre au Majestic
2.Eaux Mortelles
3.L’Affaire Cornelius
4.Porté disparu
5.Trompe-L’œil
6.Le Cri du rubis
7.Vipère masquée


Ordre choisi pour a collection "Chambres Noires" chez Mango:
1/2.Meurtre au Majestic/Le Cri du rubis
3.Mirage sur Port d'Amar
4/5.Vipère masquée/L’Affaire Cornelius
6/7.Trompe-L’œil/Porté disparu
(Reste Eaux mortelles non réédité)

Comme la fois précédente, je me pose la question de l'avenir de cette série: est-il prévu des suites inédites? Et juste encore un tout petit reproche, je trouve ces rééditions trop proches les unes des autres. Les espacer aurait permis la parution d'autres plumes que celle de Marie Bertherat, je n'ai rien contre s'entend, seulement j'aimerais juste qu'il y ait plus d'alternance entre les auteurs, déjà connus ou pas, figurant dans cette collection. Cependant, le n°8 de "Chambre Noires" répond déjà à mes attentes puisqu'il s'agit d'un roman de Paul Berna, Le Témoignage du Chat noir. Très prochainement (enfin, j'essaie) chroniqué sur Rana Toad.

Mirage sur Port d'Amar, Marie Bertherat, Mango Jeunesse, collection "Chambres Noires", 9€. Illustration de couverture par Karen Laborie.

vendredi 17 septembre 2010

Le nouveau nationalisme américain

Les États-Unis montrent depuis quelques années un visage schizophrénique qui présente plusieurs paradoxes : Une croyance en un destin national avec un discours prônant les vertus de l'intégration des immigrants, une apologie de la séparation de l'église et de l'état qui s'accommode de lobbies religieux en pleine progression, un soutien inconditionnel à Israël tout en cherchant à combattre la montée d'un extrémisme musulman qui tire ses racines actuelles de la situation dans la bande de Gaza, ...
Anatol Lieven tente d'expliquer les racines et les conséquences de cette situation schismatique au travers d'un ouvrage objectif qui se garde bien de tout jugement moral tout en mettant en avant les liens logiques et historiques que les passions parfois occultent.



Il aborde tout d'abord les fondements sur lesquels repose la culture américaine. Fondements qui ont mené à la naissance d'un credo national s'appuyant sur deux piliers, une forte influence protestante qui provient des premières vagues de colonisation de l'Amérique et un discours patriotique qui place les bases de liens sociaux forts qui uniront par la suite les composants hétérogènes de cette nation tout juste créée.
Par la suite il revient sur la période de la guerre de Sécession qui a vu l'apparition de la constitution des États-Unis et sur les premiers personnages qui ont inclus ce credo à leur discours politique. Il montre ainsi la génèse d'un nationalisme fort qui a permis aux États-Unis de devenir ce pays économiquement fort au rayonnement mondial.
Il poursuit en analysant les crises majeures suivantes qui ont vu la société américaine réagir violemment en avançant une version plus menaçante et hégémonique de cette ferveur nationale. Heureusement temporairement. Il finit en énonçant les conséquences désastreuses dues au traumatisme si profond qui a marqué l'Amérique le 11 Septembre. Conséquences qui ont fourni un nouvel ennemi vers qui tourner la rancune qui accompagne désormais un credo littéralement perverti tant les actes politiques de ce pays sont devenus à l'opposé des déclarations d'intention qu'il offre à l'opinion internationale.
L'auteur s'étend finalement sur les difficultés de la situation israëlo-palestinienne qui entraine un renouveau fondamentaliste dans la sphère d'influence de l'Islam et au Moyen-Orient plus particulièrement lorsque les États-Unis, en s'appuyant sur la partie la plus radicale de leur foi en un destin unique, soutiennent une politique israélienne ouvertement raciste et internationalement condamnée.
Il ne néglige aucun aspect historique et cite aussi bien les acteurs les plus progressistes que les personnalités les plus conservatrices. Cette objectivité, qui se fonde sur une analyse claire des faits historiques et une étude des relations cause/conséquence logiques qui ont conduit à la situation dans laquelle les États-Unis se trouvent aujourd'hui, fait toute la force de cet ouvrage. Et je ne peux que le conseiller à tous ceux qui veulent comprendre la situation géo-politique actuelle quelle que soit leur orientation politique. Un livre précis, touffu et documenté ... Un vrai délice pour l'esprit :D

Enjoy ^_^

Le nouveau nationalisme américain - Anatol Lieven (Essai | poche | Gallimard | mars 2006)

C’est tous les jours comme ça de Pierre Autin-Grenier

Encore un de ces innombrables petits matins où, à peine un pied à terre, je me sens tout à fait comme un terrain vague sur lequel on peut trouver le pire comme le meilleur et, souvent, du vraiment surprenant. Rien d’élagué dans ma tête, les idées toujours baroques que trimballe la nuit s’y bousculent dans un inextricable fouillis, nulle limite aux sautes d’humeur les plus fantasques, aucune borne aux fantasmes les plus déroutants. Friche où prospère le rude chiendent des insoumis, près d’une flaque au pied d’un éboulis aussi le bleu fragile d’un myosotis. D’un coup de talon envoyer valdinguer derrière soi la vieille casserole en alu d’une vie par trop cabossée et passer illico à l’attaque de la diligence dans le western d’une journée qui tout juste commence.

As parmi les as du texte bref (en bon anar il ne saurait avoir, encore moins être maitre), c’est toujours avec cette discrète élégance que Pierre Autin-Grenier nous embarque dans ses fantaisies quotidiennes. Dans C’est tous les jours comme ça, c’est Anthelme Bonnard, le double, l'ami, qui écrit et parle, et non Autin-Grenier lui-même comme à l’accoutumée. Et c’est sans doute de tous ses livres le plus politique et le plus combatif, à défaut d’être le moins irrévérencieux.

Car le bonhomme sait nous faire rire ou sourire avec cette sorte de grâce stylisée, un rien désespérée. Mais il sait aussi nous vriller l’estomac et nous ramener à plus d'humanisme et de civisme, des fois que cela viendrait à nous faire défaut. Quand lire dans les lieux publics devient interdit et que la sous-secrétaire d’Etat en charge des Activités Culturelles et de Loisirs déclare dans un discours fameux par sa bêtise « vouloir aller buter les déviants jusque dans les chiottes », que les Forces Spéciales occupent les rues tranquilles de Lyon tandis que meurent dans l’indifférence les vieillards et que se multiplient les rapts d’enfants d’immigrants, nous ne sommes vraiment plus tant dans le fantasque. Pointe alors sous l’ironie primesautière du poète une force d’indignation féroce.

C’est tous les jours comme ça, Pierre Autin-Grenier, Finitude 2010, 160 pages, 15 euros.

Chanson pour l’absente de Stewart O’Nan

De romancier, Stewart O’Nan est en passe de devenir une sorte d’entomologiste de la société américaine. Celle des villes et des classes moyennes, des bowlings, des Wall-mart et des drive-inn, de ce midwest assimilable à l’Amérique profonde (amateurs de séries, cher Gilmoutsky, lorgnez du côté de Friday Night Lights). Ses récits se délestent peu à peu de toute intrigue ou artifice romanesque trop évident, pour n’en plus sonder, à mots couverts et dans une revue de détail de l’infime quotidien, que les creux.

Je ne saurais dire si Chanson pour l’absente est l’aboutissement ou le début de cette démarche dont quelques signes figurent déjà dans Nos plus beaux souvenirs et dans une moindre mesure Le pays des ténèbres, ses romans précédents. Huitième traduit, tous chez l’Olivier, celui-ci dévoile également, de manière plus ostensible encore, un thème qui, je m’en rends compte à présent, irradie toute l’oeuvre d’O’Nan : celui de la famille, valeur si centrale dans la culture nord-américaine.

Kim disparaît l’été de ses dix-huit ans. C’est l’été qui précède l’envol, le départ pour la fac et la fin d’une enfance balisée. Sa voiture est retrouvée quelques jours plus tard. Aucun indice. Fugue ? Enlèvement ? Les forces de police dans l’expectative, les recherches s’organisent cependant, sous la houlette d’un père que l’inaction déstabilise par trop, tandis que la mère se découvre des talents inédits pour mobiliser les médias, lancer les appels à témoin ou collecter les fonds nécessaires aux recherches. Passées de menues découvertes sur quelque vice caché de la jeune fille (un peu de drogues et de sexe clandestin, pas de quoi fouetter une Laura Palmer), avec l’enquête qui piétine, et les médias qui peu à peu refluent, vient le temps de l’attente.

Tout au long de ce long mouvement, la tectonique familiale est à l’œuvre qui redéfinit peu à peu les rôles et les figent de nouveau. Seul échoit à la petite sœur longtemps resté en retrait, ou dans l’ombre, et à présent cantonnée dans un rôle de spectatrice, l’opportunité douloureuse de se construire ou de se réinventer. Et l’on ne sait au fond si c’est la vie qui reprend, ou si seulement elle a jamais commencé tant, de l’espérance qui perdure tout en se transmuant jusqu’à une délivrance qui presque tait son nom, la disparition de cette adolescente sans histoire fait à la fois figure d’acte fondateur et d’épiphénomène dans la vie d’une famille lambda au sein de cette Amérique lambda.

Je dois dire que j’ai été déçu de prime abord par ce nouveau roman d’un auteur que je suis depuis plus d’une décennie et que je continue à considérer comme l’un des plus talentueux, outre-atlantique, de sa génération (pour ce que j’en connais !). Avec le recul, et en particulier en m’y replongeant mentalement pour écrire ce billet, je peux aussi avouer que cette Chanson pour l’absente sait se faire au final plus intrusive et lancinante qu’elle n’y paraît.
De déçu, je n'en suis plus que dérouté. Je signe pour le suivant !

Chanson pour l’absente, Stewart O’Nan, Editions de l’Olivier 2010, 384 pages, 23 euros. Traduit de l’américain par Jean Lineker.

jeudi 16 septembre 2010

Pandora Hearts - Tome 1 et 2

Oz Vessalius, un jeune lord, se retrouve aspiré dans un monde abyssal et désert suite à una attaque de mystérieuse encapuchonnés le jour de son quinzième anniversaire. Il y rencontre Alice, une jeune fille pour le moins singulière et amnésique, avec qui il pactise pour s’échapper. Revenu dans son monde il découvrira que dix ans ont passé pendant son absence, qui lui aura parut deux jours. Avec Alice et quelques acolytes il tentera de percer le mystère de l’Abysse et de son « enlèvement ».

Mais pourquoi ? Bon j’aimerai savoir quoi ? Voilà les questions que je me suis posée après la lecture des deux premiers volumes. L’univers prend place dans un 19ème siècle alternatif et revisite la « mythologie » d’Alice aux pays des Merveilles de Lewis Caroll. L’intrigue est prenante, et on a envie de connaître la suite.

Le charadesign, bien que s’inscrivant dans un style shojo (manga pour fille) est relativement bon et illustre parfaitement l’histoire.

Amateur de complots, de confrérie secrète, de Lewis Caroll, de fantastique à la sauce 19ème siècle, ce manga est fait pour vous. Quant aux autres vous passerez un bon moment et peut-être vous laisserez-vous happer par les mystères de l’Abysse.

Age conseillé : à partir de 12/14 ans

Style : aventure, fantastique.

Les premières pages sur le site de l’éditeur

Jun Mochizuki, éditeur Ki-oon, juillet 2010 (3 tomes déjà parus).

Artelier Collection - Tome 1

Dans un pays imaginaire qui a pour héros légendaires les « Masterpiece », les artisans magiciens, qui insufflent de la magie à leurs créations, Makumo, un jeune tailleur, rêve de devenir l’un d’entre eux. Et comme par hasard c’en est un ! Makumo bave sur ses idoles, participe à un concours et perd, ça ne lui donne que plus de niake ce qui lui permettra de mettre à jour un complot visant le roi et de se découvrir « masterpiece » dans le feu de l’action.

Il s’agit ici d’un premier volume présentant le personnage principal et son univers de manière assez succincte enchaînant des chapitres plus ou moins indépendants. Le charadesign est des plus classiques et plutôt enfantin.

A caser dans la catégorie « nous jugerons la consistance de l’histoire dans trois volumes, ça pourrait s’avérer fort sympathique ». Pour l’instant à défaut de révolutionner le genre, il satisfera votre petit frère de 10/12 ans, ce qui n’est déjà pas mal en soi.

Style : aventure, action, comédie.

Premières pages sur le site de l’éditeur

Yen Hioka, éditions Ki-oon, mai 2010 4 tomes déjà parus).

Baptist - Tome 1

"2010. 13 enfants venus des quatre coins du monde sont envoyés dans l’espace pour commémorer le nouvel an. Mais très vite, un grain de sable se glisse dans l’engrenage… Pendant 13 heures, la Terre va perdre tout contact avec eux. Que s’est-il réellement passé ? Après leur retour sur Terre, les cas de meurtres et de disparitions se multiplient autour des anciens membres de l’expédition. 8 ans plus tard, le passé rattrape l’un d’entre eux, Bono U. Meyer, un véritable génie au QI de 240, dont tout l’entourage sombre progressivement dans la folie... Mystère, angoisse, surnaturel… Que s’est-il passé dans le silence assourdissant du vide spatial ?"
(source: site internet de l'éditeur)

J'avoue avoir été très accrochée par ce résumé! Et j'ai été fort surprise lorsque j'ai constaté que l'intrigue se concentrait très vite sur un seul personnage, un surdoué revenu de l'espace avec lequel un hacker prendra vite contact afin de l'aider à comprendre ce qu'il s'est passé pendant la dite expédition. Nul déception mais plutôt une curiosité grandissante.

On découvre par bribes infimes pour l'instant comment l'expédition à débuter, dans quel but et les personnages en présence. Une ambiance mystérieuse et intrigante rythme ce premier volume.

Age conseillé: 12/14 ans
Style: fantastique, thriller, mystère.

Premières pages sur le site de l'éditeur


Gyung-won YU et Sung-ho MUN , éditions Ki-oon, juin 2010 (2 tomes déjà parus)

Dans les griffes de la Hammer

Voici la version revue et augmentée de cet essai publié il y a deux ans aux défuntes Éditions Scali.

Nicolas Stanzick prend le parti non de faire une chronologie historique du fameux studio avec biographies des acteurs et réalisateurs principaux et affiches des titres phares (pour cela je conseille Hammer, House of horror de Howard Maxford que l'on peut encore trouver d'occasion en cherchant bien, sinon il se prête très bien si on me le demander gentiment) mais plutôt d'analyser, grâce à des témoignages passionnants, la réception d'un style nouveau à l' époque.

Grâce aux interviews de cinéastes, critiques, créateurs de fanzines et acteurs il retrace la fondation de la revue Midi-Minuit, l'inauguration du cinéma du même nom, qui se situait dans la veille salle de cinéma de la cinémathèque en face du grand Rex. Les rôles des salles spécialisées comme le Styx et le Bradysont sont aussi évoqués comme la réception des films de Terence Fisher, adoré des aficionados et trainés dans la boue par la revue Télérama pour ne citer qu'elle, qui leur opposait des films plus "respectables" comme les premiers Polanski et Incubus, plus films d'auteurs (et qui ont plus tard retourné leur veste).
La naissance de la presse spécialisée avec l'Ecran fantastique et Mad Movies et les premières conventions les critiques commencent à comprendre les intérêts stylistiques et thématiques de la firme anglaise sont particulièrement mise en avant.

L'auteur montre très bien, à travers la multiplicité des points de vue, le mal que nous avons à nous représenter à quel point les films proposés par la firme était subversifs par rapport aux critères de la censure et des interdits sociaux de l'époque alors que nous avons parfois le sentiment que des films comme Hostel ou les Saw sont devenus banales, ou pire, la norme de nos jours.

Un cahier central en couleurs reprend des photos des titres les plus connus ainsi que des affiches d'époque, des couvertures de la presse spécialisées et des photos de rencontres avec Peter Cushing, Paul Naschy ou Christopher Lee.
Les annexes aussi sont passionnantes: au programme "diffusion française du cycle gothique de la Hammer"de 1957 à 1987, diffusion en festival, box-office 1957 à 2000 et filmographie et bibliographie (revues, fanzines, livres, et sites webs).

En conclusion il s'agit d'un essai autant destiné aux fans hardcore du studio, qui retrouveront des interviews d'intervenants essentiels pour la diffusion du cinéma fantastique, qu'à ceux qui souhaiterons découvrir et comprendre l'atmosphère critique de l'époque!

Nicolas Stanzick, éditions Le Bord de l'eau, collection "ciné-Mythologies", mai 2010.

mercredi 15 septembre 2010

Tom Robbins, Une bien étrange attraction, Gallmeister

Il semblerait qu'il y ait dans la grille de l'espace-temps un système d'ordre naturel, une mathématique d'énergie dont les "nombres" constituent pour nous une énigme encore plus grande que celle de leurs suites. C'est cette arithmétique de la conscience que les hommes ordinaires appellent le "surnaturel". [...] Et s'il y a une touche de mièvrerie dans cette déclaration, alors tant pis. Le langage se fait un peu collant dans ce genre de domaine.

Méto - Tomes 1, 2 et 3 - Yves Grevet

Le dernier tome de cette trilogie est sorti en mars 2010. Aussi pour ceux qui comme moi n’en avaient lu aucun jusque là, vous pourrez lire cette trilogie d’une seule traite.


L’histoire commence à la manière d’un huit clos. Le premier tome est consacré à la vie d’une communauté d’enfants qui vivent reclus dans une maison aux règles de vie très strictes. On ne sait pas où cette maison se trouve, ni qui la dirige, ni pourquoi son fonctionnement est ce qu’il est... On retrouve au départ un petit côté “vie de l’internat” à la Harry Potter, avec ses rituels et ses dangers, ses secrets.

Ce mystère est très bien entretenu, et rend rapidement la lecture addictive. On a envie d’apprendre le pourquoi du comment ! Et Yves Grevet nous l’apprendra peu à peu, à la manière d’un zoom arrière. Après La Maison, viendront L’Île, puis Le Monde.


Dès le deuxième volume, le rythme de la narration s’accélère. A tel point que dans le troisième tome, l’auteur saute volontairement de nombreuses scènes. Ce qui fait que j’ai moins été pris par l’histoire qu’au début. Je trouve ça dommage, car cette histoire est vraiment bien construite. Mais il y a tant de ramifications possibles que la traiter en trois tomes était peut-être un peu court. Certains auteurs écrivent trois tomes pour une histoire n’en méritant qu’un. Ici c’est l’inverse, il me semble qu’un tome de plus n’aurait pas été de trop.

C’est donc une très bonne série qui aborde énormément de thèmes, et de façon assez subversive qui plus est ! : la vie en communauté, le pouvoir et la manipulation psychologique, la politique (et plus particulièrement l’engagement politique et la résistance), les éventuelles dérives de la science, la famille, l’écologie...

Sans oublier l’éducation qui est au centre de cette histoire. Le fait qu’Yves Grevet soit professeur des écoles surprendra sans doute certains lecteurs !

Bréf, à lire.

Méto, tomes 1 (La Maison), tome 2 (L'Île) et tome 3 (Le Monde)- Yves Grevet - Syros -

Big Fan


Curieux roman que ce Big Fan de Fabrice Colin.
L'auteur est un musicologue averti, un romancier qui aime à côtoyer les franges de la littérature postmoderne, il n'en est pas à sa dernière expérimentation hors des sentiers battus de la littérature ronflante qui fonctionne toute seule.

Big Fan conte plusieurs histoires en même temps, habilement découpées en chapitres courts qui s'intercalent harmonieusement : l'histoire de William, obèse solitaire qui a développé une véritable passion pour le groupe Radiohead, depuis son enfance; l'histoire de William, qui risque la prison une fois adulte, à cause de sa passion hors norme qui l'a poussé dans les derniers retranchements de son esprit; l'histoire du livre sur Radiohead que l'auteur est en train d'écrire. D'un fan à un autre, l'histoire du groupe est très intéressante à lire en soi, et est fort bien mise en lumière, ou en abyme, par celle de William. Colin sait dire avec poésie et intensité les pensées tordues et malades d'un fou - ou qui semble l'être - et les divers styles utilisés pour se faire sont ingénieusement écrits.
Il reste tout de même, bien que le roman soit loin d'être mauvais, que l'on a un peu de mal à s'attacher au personnage et à apprécier de suivre son style direct lorsqu'il se raconte, ou qu'il écrit des lettres. Il n'est pas impossible que l'auteur n'aie pas désiré que le lecteur fasse ce travail, cela dit, on lui laissera donc le bénéfice du doute.
Quand bien même, lire une fiction sur un groupe dont l'auteur lui-même est fan est toujours un exercice agréable.

Big Fan
Fabrice Colin
éditions Inculte
18€

lundi 13 septembre 2010

Elizabeth Bathory - Tome 1 : le temps de l'éveil


"1614, le royaume de Hongrie tombe peu à peu aux mains de l'Inquisition. La religion chrétienne, par la volonté du Pape Paul V, s'impose de plus en plus face aux croyances locales. Les sorcières, maîtresses des forces de la nature et gardiennes des mythes et du folklore, ont été forcées de se retirer dans la lugubre Forêt sans Soleil ; lieu où aucun être humain n'ose pénétrer.
Lors d'une calme nuit de pleine lune, un cri retentit dans les décombres du château de Cachtice, propriété de la défunte Elizabeth Báthory. Les incantations de magie noire de la sorcière Darvulia ont ramené à la vie la princesse maudite sous la forme d'une impitoyable vampire. Afin de combattre l'Inquisition et de rendre son pouvoir au folklore, la puissante sorcière demande à sa créature de devenir son arme majeure dans la guerre qui s'annonce. Alors que se tracent les contours de lendemains sanglants, Elizabeth apprend à utiliser ses nouvelles forces ; tandis que l'humain et la bête se battent en elle au gré des premiers combats et de ses premières victimes."
(quatrième de couverture, source: site de l'éditeur)

Pour leur seconde bande dessinée les éditions Juste pour lire choisissent de mettre en avant une approche originale du mythe de la comtesse. Alors que Jacques Sirgent part des sources historiques expliquant son procès, le scénariste Amaury Quétel prend le parti de débuter après la condamnation à l' emmurement de la comtesse.
Le récit commence par son réveil lorsqu'elle parvient à casser le dit mur. Elle est amnésique et va devoir comprendre, en même temps que le lecteur, non seulement qui elle est mais aussi pourquoi elle est revenue comme vampire. Car le scénariste ne se contente pas de repartir du mythe de la comtesse vu comme vampire mais lui crée aussi un nouveau départ. On apprendra en effet qu'elle est manipulée par la chef d'un petit groupe qui a décidé de l'utiliser comme objet de sa vengeance.

Comme pour Morts sûres ce premier opus, le récit étant pensé en 4 actes, est accompagné d'une bande originales composées par Hazem Hawash. On y retrouve une ambiance gothique aux sons de clavecins et de musiques atmosphériques. Vous allez devoir me croire sur paroles parce que je n'ai pas de lien à proposer pour écouter des extraits.

Même si l'illustration et les couleurs, contrastes trop sombres, de Lawrence Rasson ne sont pas à mon goût j'ai trouvé cette nouvelle approche très prometteuse et ai hâte de lire la suite!

Bande annonce

Présentation lors de la soirée "Vampires et littératures" au Bar La Cantada le 11 septembre 2010.







Lawrence Rasson, Amaury Quétel, Hazem Hawash, éditions Juste pour lire, août 2010.

samedi 11 septembre 2010

Big Fan, Fabrice Colin, Inculte éditions

Des nuages s'écartent. Les brumes de mes cauchemars se dissipent. Il existe une autre ville, un rivage sans ombre.

lundi 6 septembre 2010

Le Coeur Noir de l'Amérique


Warren Ellis un scénariste de comics très prolifique, encensé par la critique, auteur entre autres du très fou Transmetropolitan, de The Authority ou Freak Angels.
Voici paru pour cette rentrée Au Diable Vauvert, son premier roman traduit en français, et comme à son habitude, Warren Ellis ne ménage ni son lecteur ni l'Amérique !

Mike Mc Gill est un mauvais détective privé à qui il ne tombe dans le bec que des affaires bizarres avec sévices sexuels sur autruches et à qui le rat le plus intuable du monde mène une vie d'enfer. Bref, un loser avec le plus de malchance du monde. Imaginez : il prend l'avion et il faut absolument qu'il se saoûle par hasard avec le serial killer le plus recherché du pays.
Et puis sa chance tourne... d'une certaine façon. Le deuxième personnage le plus puissant des Etats-Unis vient le trouver pour sa capacité à s'immiscer naturellement dans les milieux les plus glauques et les plus bizarres, afin de retrouver la Constitution secrète écrite par les pères fondateurs, qui pourrait permettre de réécrire le cerveau des pervers par simple lecture publique. Et voilà Mike qui se retrouve sur la piste d'un livre idiot qui passe de mains en mains, avec une avance d'un demi-million de dollars sur son compte en banque...

Les habitués des scénarii d'Ellis ne seront guère dépaysés par ce roman où l'on retrouve bien son style d'écriture le plus connu, entre situations absurdes, vulgarité bizarre, perversions improbables et critique acide du système. Cela n'empêche pas le roman d'être très drôle, écrit de façon très fluide. L'expérience de scénariste d'Ellis lui permet ainsi d'aller directement là où il le veut, et de mener le lecteur en barque de façon efficace. Une lecture très agréable, une histoire bien prenante sans être extrêmement originale - on pourrait être dans un Pahlaniuk - une bonne surprise de la rentrée.

Artères Souterraines
Warren Ellis
Au Diable Vauvert
18€

dimanche 5 septembre 2010

Des fleurs pour Algernon


On m'a conseillé de faire des chroniques sur des recueils relativement récent. Toutefois cet ouvrage, grâce à la publicité faite par l'adaptation télévisuelle réalisée par Serge Moati et diffusée sur Arte assez récemment, a bénéficié d'une réédition et peut donc se trouver facilement. De plus c'est réellement une œuvre majeure de science-fiction tellement bouleversante que je me devais de la conseiller ici.

"Des fleurs pour algernon" raconte l'histoire de Charles Gordon, retardé mental sensible et volontaire, après qu'il eut accepté une expérience destinée à le guérir de son handicap en débloquant ses capacités d'apprentissage, expérience menée apparemment avec succès sur un précédent cobaye, une souris blanche nommée Algernon.

Charles commencera à évoluer, intellectuellement très rapidement mais très lentement affectivement, ce qui lui provoquera choc, émerveillement mais aussi incompréhension et désillusion. Le roman qui commence comme le journal tenu par Charles Gordon nous montre des idées et un discours simple, truffé de fautes, qui va se complexifier au fur et à mesure que ce dernier va acquérir des connaissances qui s'avèreront bien vite supérieures à celles de ses nouveaux mentors.
Cette approche lexicale évolutive permet au lecteur de s'attacher rapidement au héros puis de partager à ses côtés les émotions qui se déclenchent lorsque son esprit s'épanouit en s'ouvrant au monde.

Mais Algernon commence à montrer des signes de dégénérescence ...

"Des fleurs pour Algernon" est un exemple magistral de science-fiction "soft" écrit avec une simplicité qui nous rend muet lorsqu'elle dévoile dans sa nudité la beauté et la laideur qui semblent indissociables de la nature humaine. De plus, scientifiquement précis, il représente un véritable intérêt intellectuel du fait que le seul élément "fictif" est la "clé" synaptique qui débloquerait les mécanismes du cerveau lésé. Mais les descriptions techniques de l'encéphale et les justifications qui mènent à l'expérience en question sont biologiquement exactes bien que grandement vulgarisées.

Que dire de plus pour vous faire partager mon intérêt pour cette œuvre ? Peu de choses si ce n'est que c'est l'un des rares romans qui me laisse l'oeil humide lorsque je le termine -je ne peux m'empêche de frissonner en souriant à chaque fois que je lis la dernière lettre que Charles laisse à son institutrice- .

Mais tout ceci pourrait vraiment se résumer à un seul mot : Indispensable. Que vous soyez ou non amateur de science-fiction ce roman vous enthousiasmera.

Enjoy ^_^

Des Fleurs pour Algernon - Daniel Keyes - Éditions J'ai lu - Paru en Avril 2001

samedi 4 septembre 2010

Vous êtes sale... je peux tout vous dire - itinéraire d'une psychanalyste, de Cécile Sales

Mes contributions sont éminemment épisodiques, et j’avais initialement prévu de consacrer ce billet (ou s’agit-il d’un article ? d’une chronique ?) à une restitution de mes impressions de lecture de V en sanskrit (sobrement intitulée « what the F… ! ») avant de me raviser au bénéfice d’une évocation de l’œuvre de Stewart O’Nan, auteur américain que je continue à considérer malgré quelques récentes déconvenues (mais j’y reviendrai) comme l’un des meilleurs de l’actuelle génération (Mc Innerney ? You’re kidding !) jusqu’à ce que Vous êtes sale… je peux tout vous dire me tombe dans les mains.

Le titre, je vous l’accorde, n’est pas très vendeur, encore que le fait qu’il s’agisse d’une véritable phrase adressé par un « patient » à son psychanalyste rende la chose finalement assez… piquante ? Cécile Sales est analyste, profession qui attire tous les clichés, toutes les opprobres, toutes les vénérations, avisés ou pas. Toutes choses balayées par le récit lucide, humble et d’une touchante franchise, qu’elle fait de son cheminement, de ce qui l’a conduite à entrer en analyse puis à passer du divan de l’analysant au fauteuil de l’analyste (pour utiliser évidemment un des clichés). Aucune théorie imbuvable, ni jargon ou concept inaudible au quidam dans ces 168 pages qui retracent le parcours familial de l’auteur, le fondement de sa(ses) névrose(s), puis explorent les arcanes, les doutes, de la position d’analysant puis de psychanalyste (et du processus qui conduit de l’un à l’autre), avant d’évoquer brièvement quatre « cas » symboliques aux issues positives ou non.
Il se dégage de ce récit une extrême simplicité, une humanité profonde, qui disent beaucoup de la douleur d’être, et de la douleur (comme de la libération) de ne plus vouloir souffrir d’être soi. Avec le recul inhérent à la quasi-cessation de son activité, et sans doute est-ce dû à sa personnalité même, Cécile Sales torée l’écueil de l’autosatisfaction, ne tire, par la structure même de son récit personnel, fluide et accessible, aucune gloriole de sa position, saluant les réussites de ses patients (les leurs, dans un parcours commun, et non les siennes), interrogeant ses échecs avant de les mettre salutairement à distance, comme il se doit, en bon praticien. Salutaire, c’est le mot qui convient, qui doit être entendu sans le moindre accent de grandiloquence. J’en resterai donc là. Lisez.
Vous êtes sale... je peux tout vous dire, Cécile Sales, Editions du Félin 2010, 168 pages, 19,90€

vendredi 3 septembre 2010

Gisèle de verre - Béatrice Alemagna


Un jour naquit une petite fille de verre. Parfaite, avec ses grands yeux bleus, limpide et lumineuse. Transparente et scintillante, elle était le reflet de tous les objets qui l’entouraient. Changeante sous la lumière.admirée, tous accouraient du monde entier pour la voir. Mais la petite Gisèle avait une autre particularité. Ses pensées étaient visibles dans sa tête de verre, suspendues dans l’air comme des ballons. Chacun pouvait les regarder et lisait en elle comme dans un livre ouvert.
En grandissant, cette particularité devint moins facile à vivre. Les pensées de Gisèle s’affichaient, les bonnes comme les mauvaises. Et quand elle broyait du noir, son entourage ne le supportait pas. « Tu ne peux pas te retenir de penser cela ? Comment peux tu nous montrer de telles horreurs?». Un jour, Gisèle pleura des larmes de cristal. Frêle et lumineuse, elle fit sa valise elle partit. Mais elle ne pu jamais s’établir nulle part, car partout où elle allait, elle se confrontait à des gens que la vérité qu’ils voyaient à travers son front de verre dérangeait. Alors elle s’en allait. Elle voyagea ainsi, de ville en ville, souriante, pure et lumineuse.


Un album sur la différence, et sur la vérité qu’on ne supporte pas de voir en face. L’histoire est très touchante, racontée de manière douce et sincère, pleine de poésie. La petite Gisèle a une aura lumineuse, presque divine, mais la vérité en elle n’est pas toujours facile à contempler et certaines personnes ne la supportent pas. L’album en tant qu’objet est également très travaillé et soigné, quelques pages transparentes sont utilisées pour illustrer Gisèle.


J’ai été très sensible à cette histoire à destination des petits et des grands, comportant plusieurs niveaux de lecture ou chacun trouvera matière à rêve et à réflexion. J’aime ressortir d’une lecture émue, les yeux dans le vague, et j’en remercie les auteurs pour ces bons moments. Merci donc à Béatrice Alemagna.


Gisèle de verre – Béatrice Alemagna – Seuil Jeunesse – 2002 – 20€

Peninsule

Que dire ... Un détour par la fnac ... Un regard sur les nouveautés et leur quart de couverture. Un roman accroche l'œil. La présentation semble prometteuse et les critiques promettent la découverte d'un auteur trop longtemps ignoré et aujourd'hui décédé. Ma foi il faut laisser leur chance aux romans inconnus.

Je débute l'histoire et alors, en quelques pages seulement, l'auteur me dresse avec dextérité et subtilité une fresque bourrée d'imagination où les hommes ont appris à "adapter" les animaux marins à la terre ferme et les ont transformés en animaux de compagnie, où les prisonniers peuvent choisir l'esclavage accompagné de potentiels dons d'organes obligatoires afin de réduire leur peine trop souvent excessive, où les étoiles ont accueilli l'humanité qui en a ramené d'étranges créatures comme ces rongeurs dont la peau change de couleur selon l'humeur de leur porteur...

Tout doucement on se laisse immerger dans l'histoire et, subrepticement, on se retrouve plongé dans des situations qui amènent de profondes réflexions sur des sujets aussi variés et d'actualité que l'esclavage, la traite d'êtres humains, l'exploitation des ressources naturelles, le don et la greffe d'organes. Toutefois l'auteur a le talent de faire avancer l'intrigue sans s'attarder dans de trop longues considérations philosophiques, évitant ainsi de rompre le rythme de l'ouvrage et de rebuter les lecteurs les moins intéressés.

Cet ouvrage est en fait une réédition d'un précédent livre "les crocs et les griffes" accompagné de 4 nouvelles s'y rattachant. Les nouvelles sont plus anecdotiques qu'autre chose mais la richesse du roman est telle que je ne peux que le recommander au lecteur curieux de découvrir une SF sobre et humaniste et le déclarer indispensable à tous les mordus purs et durs déjà convertis.

Enjoy ^_^


Michael G. Coney, Pierre Pelot, Jean-Pierre Pugi, et Marc Février Folio Sf, 28 janvier 2010.

Nouveau chroniqueur

Bonjour à tous.

Je vais publier quelques chroniques sur cet honorable blog et, par conséquent, il m'a semblé de bon ton de commencer par me présenter.

Mon pseudo est LucaKaCouCou (Luc as Known as CouCou -surnom de fac ;) ). Je compte 33 printemps. Actuellement je bosse en tant que consultant informatique pour une SSII et j'effectue des missions de moyen et long terme aux 4 coins de Paris.

Ma mère m'a laissé à l'âge de 6 ans au rayon livres d'un supermarché ... J'ai acheté ce jour là "Comte Zero" de William Gibson -lu finalement à 15 ans, première injection de culture cyberpunk-, "un vampire ordinaire" -lu à 18 ans car franchement très commun :( - et "l'enfant contre la nuit" qui me laissa dès cet âge des étoiles dans les yeux . Depuis, je n'ai malheureusement jamais pu me débarrasser de cette si "vilaine" ;) habitude d'avoir toujours un livre à portée de main. Et oui, mes premiers goûts littéraires étaient déjà évidents ...
Alors aujourd'hui je m'assume, je fais mon coming-out, je le crie à la face du monde : "Je suis bibliophage et j'adore ça". :D

J'espère que vous apprécierez autant que moi les livres que je compte vous présenter.

Au plaisir ^_^

jeudi 2 septembre 2010

Le Volcryn et Les Vestiges de l'automne

Dans la droite lignée de leur politique de réédition les éditions Actu SF / Les Trois souhaits publient ce deux titres.

Le Volcryn (Nightflyers en vo) de George R.R. Martin (prix Locus de la novella 1981), écrit 15 ans après Le Trône de fer, est un space opéra oppressant dans lequel un équipage hétéroclite (télépathe perplexe, scientifiques plus occupés à se séduire qu'à résoudre le mystère et obsession de la narratrice, commandant qui ne souhaite qu'apparaître qu'en hologramme...) suit la narratrice Karoly d'Branin, persuadée que la légende de la race extraterrestre des Volcryns existe quelque part.

Si le thème du pétage de câble de l'équipage d'un vaisseau peut paraître un peu classique l'auteur se le réapproprie pour en faire un véritable thriller grâce non seulement à de très fines analyses psychologiques mais aussi grâce à la multiplicité des points de vue et doutes des différents personnages. Il fait ainsi comprendre au lecteur à quel point cette exploration va donner des résultats bien inattendus.


Les Vestiges de l'automne (A piece of the great world en vo) est un inédit qui devait être la fin de la trilogie débutée avec A la fin de l'hiver et La Reine du printemps par Robert Silverberg. On apprend dans une introduction passionnante de Gérald Klein que ce dernier roman, refusé par l'éditeur, est devenu cette novella.
"200 ans après le Nouveau printemps, le Peuple a rebâti une civilisation sur les ruines de la Grande Planète" après une période de glaciation appelée le Long Hiver. Mais des explorateurs vont découvrir qu'une colonie isolée a survécu. Un groupe d'explorateurs part à leur rencontre mais ils ne s'attendent pas à un tel désarroi.

Robert Silverberg interroge de façon humaniste le passage entre vérité historique et établissement de nouvelles légendes. Il questionne aussi la morale: doit-on piller ouvertement un peuple mourant ou attendre sa mort. Peut-être nos explorateurs ne comprennent-ils que ce qu'ils veulent bien lorsque les derniers survivants semblent leur demander comment mourir par l'intermédiaire de leur traducteur?
Il oppose un couple aux idées bien différentes de l'archéologie, de l'anthropologie et du pillage de peuple qui se demandent si l'on doit les ramener, et s'en servir comme bêtes de cirque, ou leur apprendre à mourir.

L'autre intérêt de cette parution est de donner en supplément le synopsis du roman avorté, le background des personnages, des différentes planêtes et citées ainsi que ceux des peuples en présence et la chronologie globale de la trilogie (en vo).

Une novella très émouvante qui pose les vrais questions sur la fabrication de la vérité historique grâce à l'archéologie et l'anthropologie.


(J'ai mis les titres anglais car je les trouvent plus appropriés.)

mercredi 1 septembre 2010

Un fou ordinaire

Recueil réalisé par Edward Abbey, à partir de récits qu’il avait publié dans des ouvrages aujourd’hui épuisés.


Avant d’être le talentueux romancier que l’on connaît (Le gang de la clef à molette, Le feu sur la montagne), Edward Abbey est d’abord un naturaliste. Farouche défenseur des espaces sauvages, il raconte dans ce livre quelques une de ses randonnées et méditations dans les déserts américains. Il y explique sa fascination pour ces lieux reculés, qui devraient selon lui le rester pour le bonheur de tous.


Ce recueil n'est pas seulement un récit de voyages et d'aventures, c'est aussi un manifeste contre le développement déraisonné de l'industrie touristique.


Un fou ordinaire - Edward Abbey - Gallmeister - 2008 - 9782351780213 - 264p. - 22.90