"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

jeudi 29 avril 2010

Naïf. Super.

Le jour de son vingt-cinquième anniversaire, le narrateur prend conscience qu’il y a quelque chose chez lui qui cloche. Il n’arrive pas à déterminer exactement quoi, mais il sent qu’il doit faire une pause dans son quotidien et essayer de trouver ce qui ne va pas. Très pragmatique, il va commencer par faire des listes des points positifs et négatifs de sa vie, puis il va les comparer, les étudier, faire d’autres listes. Au cours de sa retraite introspective, plusieurs événements (des lectures, des rencontres, un voyage) vont l’amener à prendre du recul par rapport à sa situation, et vont peu à peu lui rendre la stabilité qu’il avait perdu.

Plus que l’histoire en elle-même, ce sont les côtés loufoque et sérieux de ce personnage qui le rendent attachant. Il ressent le besoin de faire le point sur sa vie et il le fait sans larmoiements mais avec simplicité et naturel. Ce qui rend son introspection assez comique.

Je me suis parfois demandé si le personnage n’était pas autiste. Mais non, c’est juste qu’il assume totalement d’avoir des activités qui ne sont pas de son âge (à priori), exemple : faire du tape-tape pendant des heures pour se destresser. Il se souvient qu’il aimait ça lorsqu’il était enfant, il recommence, et s’aperçoit que ça lui plaît toujours. Sans complexe, le tape-tape réintègre donc sa vie !

Un livre optimiste et drôle sur l’entrée dans l’âge adulte.

Naïf. Super. – Erlend Loe – Gaïa – 9782847200201 – 19€

Am I evil ? Yes I am: Monster de Naoki Urasawa

Il y a des scènes qui marquent en librairie. Et je ne parle pas que des perles comme Les 4 Fantastiques de Maupassant ou Les Mémoires d'Outre-tombe de Danny Brillant (la première est authentique). L'achat des 18 tomes, d'un coup, de Monster par un client rentre dans cette catégorie. Peut-être était-ce pour offrir, mais le geste avait été exécuté sans aucune hésitation, donnant ainsi un statut de valeur sûre à cette série. Et donc, à l'époque ne connaissant du manga que quelques dessins animés japonais ayant survécu à la mort du Club Dorothée (Dragon Ball en première place), je me suis dit que Monster pouvait être une étape majeure de ma découverte progressive de cet art populaire encore décrié par les esprits obtus.

En 1986, fiancé à la fille du directeur de l'hôpital de Düsseldorf et bénéficiant de l'appui de ses pairs, le Docteur Kenzô Tenma, brillant neuro-chirurgien, a potentiellement de quoi s'assurer un bel avenir. Mais des circonstances décisives le pousseront à faire un choix entre céder à la pression hiérarchique ou ce qu'il suppose répondre à l'éthique de sa profession. Alors qu'il doit sauver un petit garçon, Johan, mystérieusement blessé d'une balle en plein crâne, le maire de Düsseldorf, victime d'une thrombose (hein?) cérébrale doit être soigné en priorité. Il penchera pour la vie de Johan ce qui ne manquera pas de lui attirer certaines malveillances de la part de ses collègues... qui seront mystérieusement empoisonnés, le directeur inclus, quelques jours après. L'enquête menée par l'Inspecteur Runge pointe directement Tenma. Très évocateur d'un certain Javert dans sa traque obsessionnelle, Runge ira jusqu'à se convaincre de la culpabilité de Tenma en avançant la théorie dédoublement de la personnalité.

L'affaire n'aura pas de suite jusqu'en 1995, alors que tous les soupçons pèsent sur Tenma et qu'il a pu monter en grade grâce au meurtre des personnes qui s'y opposaient. Une série de meurtres, sans doute possible liés à l'affaire, fait son apparition et Tenma se rendra compte que l'assassin n'est autre que Johan, le gamin dont il a sauvé la vie. Commence alors la cavale du docteur pour retrouver et éliminer le monstre au visage d'ange et s'innocenter dans la foulée.

Comme l'écrasante majorité des séries publiées en chapitres (fréquence mensuelle ou hebdomadaire) au Japon, Monster (1994-2001) a été suivi initialement comme un feuilleton. Les rebondissements et l'interaction des personnages se devaient d'être soutenus et Urasawa s'en est très bien sorti. Les ramifications se font de plus en plus denses et de nouveaux personnages s'ajoutent continuellement au fil des tomes. Il est difficile de les citer tous.

La soeur jumelle de Johan, Anna, l'accompagnait, traumatisée, le jour de l'opération. Neuf ans plus tard, elle a tout oublié et a changé d'identité. Première piste sérieuse et alliée de Tenma, elle sera recontactée par son frère. D'autres rencontres fortes parsèmeront le parcours du docteur: le petit Dieter, tyrannisé par son père, Robert, le garde du corps/tueur de Johan, l'exubérant mais tourmenté Grimmer, certainement le plus complexe du casting avec Runge, ne sont que quelques exemples. Même les plus secondaires continueront à orbiter autour du principal protagoniste.

Monster est un thriller psychologique où l'action n'est pas négligée. Le lecteur est par conséquent entraîné dans une intrigue suffisamment consistante et bien ficelée pour ne pas souffrir des comparaisons entre art graphique et art littéraire. Une série qui contribue à démontrer la richesse d'un genre que le public français est encore loin d'appréhender à sa juste valeur.


Monster (18 tomes), Naoki Urasawa, Kana, 7,35€ pièce.

mercredi 28 avril 2010

Confessions d'une taupe à Pôle Emploi

Sous pseudo un conseiller du Pôle Emploi nous entraîne dans une visite de cette institution ubuesque avec l'aide d'Aude Rossigneux, journaliste ex rédacteur en chef de l'émission politique Ripostes présentée par Serge Moati sur France 5.

Divisé en sept parties, à la clarté imparable, ce témoignage liste toutes les contradictions du système.

Le Malaise: nombre de dossiers par conseillers ingérable, mails internes qui finissent en revendications sociales, les multiples facettes du travail, dont chasser les rats ou réparer la plomberie! ou nombre de bureau ne pouvant accueillir tous les conseillers.
La Fusion: la gestion d'entreprise plutôt que la gestion d'êtres humains, quand les bureaux ferment alors que les chômeurs augmentent, quand le temps manque pour se former.
La Machine à radier: partie dans laquelle on apprend toutes les techniques perverses pour radier, communications qui n'aboutissent pas sur le numéro officiel 39 49, le zèle d'une directrice d'agence qui veut faire son chiffre à ton prix.
Tous fraudeurs?: nombre officiel du chômage tronqué*, les demandeurs considérés comme fraudeurs même s'ils ont une bonne excuse pour avoir raté un rendez-vous, quand un conseiller se retrouver à fliquer des papiers suspects et à balancer la personne à la police, les employeurs qui abusent des contrats aidés alors que le Pôle emploi est le premier à le faire...
Le grand n'importe quoi: papiers qui n'aboutissent pas, convocations mystères, formations poubelles pour faire baisser les chiffres, rentabilité à outrance.
Les agents font de la résistance: lettre de dénonciation anonymes qui passent directement à la poubelle, conseillers qui font vraiment leur boulot en appelant certaines personnes pour les choses essentielles qui les concernent.

Enfin un Petit lexique à l'usage du demandeur égaré qui explique les différents acronymes sybilliques et euphémismes maquillant une réalité peu ragoûtante.

L'intérêt de ce témoignage est principalement que le conseiller en question a connu les deux côtés du guichet: il a été en effet engagé quelques jours avant la fin de ses droits Assédic.
Ce livre est autant coup de gueule pour dénoncer les dérives du système que conseils pratiques pour les éviter!

* En bonus explication des différentes catégories de chômeurs, expliquées en détail dans le livre, sachant que seule la catégorie A apparaît dans les statistiques officielles:

catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;
catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ;
catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi ;
catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

Référence:http://www.statapprendre.education.fr/insee/chomage/questce/mesureanpe.htm

Aude Rossigneux et Gaël Guiselin, Éditions Calmann-Levy, mars 2010.

mardi 27 avril 2010

Au miroir des sphinx

Le deuxième ouvrage des éditions Argemnios est un recueil de Charlotte Bousquet à la structure très travaillée. En effet, selon l'auteure dans son introduction, le recueil a été pensé comme une sonate: trois grandes parties de trois mouvements, les deux premières étant des nouvelles et la dernière un poème. Au niveau thématique l'auteur nous entraine à travers trois périodes historiques: l'Antiquité grecque, le Moyen-Age et l'époque actuelle. On suit les amours contrariés entre humains et personnages mythiques comme la sphinge, femelle grecque du sphinx égyptien mais qui pose les questions contrairement au sphinx qui a une fonction de gardien, la femme-louve ou le vampire qui se retrouvent contrariés par leur destin et doivent choisir entre aller jusqu'au bout de cet amour, y renoncer pour survivre, sombrer dans la folie ou mourir. Elle explique aussi que le titre aurait pu être Unheimlichkeit, "terme popularisé par Freud et traduit par "inquiétante étrangeté" "

En prologue la nouvelle Le Dernier disciple* nous entraine dans les questionnements du vieux philosophe mourant Arius dont les théories sont remises en questions par le docte chrétien Athanase. Sa rencontre avec une sphinge va remettre en question son mode de raisonnement. Mais s'il parvient à déjouer le questionnement de la créature ses théories le rendront-il immortel? Une première approche philosophique passionnante sur la remise en cause de nos certitudes et notre façon de les démontrer.

La première partie Miroirs Antiques commence par l'évocation de l'enlacement d'une humaine et d'une sphinge. L'amour peut-il exister au-delà des concepts humain/créatures mythiques?
Dans Trinité trois sœurs, une jeune prêtresse, une chasseresse implacable mais aussi guérisseuse et une jeune femme naïve sans pouvoir particulier sont victimes de l'ainé d'une famille dont la plus jeune tombera amoureuse d'un des frères et l'épousera. L'ainé l'assassine alors pour prendre le pouvoir. Être victime de l'abus de pouvoir était-il leur destin? La vengeance passera par la reconstitution du corps du mari mutilé, en référence au corps mutilé d'Osiris.
Dans La Jeune fille et la sphinge** Sélène apprend qu'elle est fille de dieux élevé par les hommes. Elle parcourt alors le monde pour réaliser son destin. Mais les enjeux ne sont-ils pas trop fort pour une créature pour elle?
Le poème Les Proscrits clôt cette thématiques du destin humain inéluctable .

La deuxième partie s'ouvre sur une courte nouvelle sur le destin de Psyché avec comme référence le tableau Le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli.
Dans la nouvelle Vies volées à Florence les vampires s'intéressent de très près aux humains souhaitant mourir. L'archange Uriel intervient auprès d'une humaine. Mais celle-ci se laissera-t-elle séduire jusqu'à en tuer l'archange ou choisira-t-elle la mort?
Dans Les Confessions d'un parjure nous suivons l'amour d'un jeune homme pour une femme louve sous l'Inquisition. Le jeune échappera à un massacre punitif par le mensonge.
Cette partie est close par un poème dans lequel un promeneur trouve dans un caveau un couple de squelettes enlacés.

La dernière partie, Miroirs brisés, est introduite par une courte nouvelle dans laquelle une Camille Claudel piège Rodin en l'enlaçant à sa Porte des Enfers. Il sera absorbé et achèvera ainsi l'œuvre. Une nouvelle qui me rappelle le totem d' Hellraiser 2 .
Dans la nouvelle Le Dernier Ulysse*** on apprend que l'amour entre humains n'en ai pas moins complexe. Chaque facette d'une personne est illustrée par une figure mythologique.
Dans la nouvelle Borderline****, de loin la nouvelle la plus complexe du recueil, une acrobate dans un cirque, Marion, cherche à récupérer ses ailes d'ange. Mais parle-t-elle réellement à l' ange Ramiel qui aurait violé son corps et son cœur ou sombre-t-elle peu à peu dans la folie? Les deux écritures/dialogue dans son journal intime ne sont-elles pas le symptôme de cette folie naissante? Un écho poétique en référence aux Ailes du désir, référence évoquée dans une partie "Muses et sources".
Le recueil se clôt sur le poème Ca, description des différentes étapes d'une relation amoureuse au moment de la chute des anges du Paradis.

En conclusion Au miroir des sphinx est un voyage envoutant et érudit à travers les mythologies, la culture, la musique, le cinéma grâce à de multiples références dont une partie est expliquées dans une dernière partie "Muses et sources" passionnante qui donne envie de (re)découvrir les œuvres citées.

L'illustratrice de la couverture est Krystal Camprub dont j'avais chroniqué Toi lumière de ma nuit.

*version revue, corrigée et augmentée de la nouvelle parue dans la revue Faeries n°8
**version revue, corrigée et augmentée de la nouvelle initialement publié dans la revue Faeries n°13
***version revue, corrigée et augmentée de la nouvelle initialement publié dans la revue Faeries n°16 et nominé pour le prix Merlin 2005.
**** version revue, corrigée et augmentée, initialement publié dans la revue Calepin Jaune n°6.

Charlotte Bousquet, Éditions Argemnios, septembre 2008.

jeudi 22 avril 2010

Kas Product - So Young but so cold

Nancy 1980. Une époque à laquelle Internet et le portable, pc ou téléphone,n'existaient pas encore, les plus vieux d'entre nous se souviennent avec émotion de leur premier walkman et de leurs premières K7 audio, les plus jeunes se demanderont de quoi je parle et seront sceptiques qu'une telle période ait pu exister! C'est la douce époque de la naissance des radios libres, des aléas et pertes de matériels prêtés ou durement gagnés à coups de petits boulots, d' effervescence culturelle de l'Underground berlinois avec la présence simultané d'artistes comme Nick Cave, Einstürzende Neubaten, David Bowie ou Lou Reed.

C'est donc dans ce contexte bien particulier que naquit le groupe Kas Product, groupe de cold wave rock aux accords de synthétiseurs préhistoriques. Lui créant des mélodies sublimes, noires mais entraînantes, elle dont la voix ressemble à celle de la prêtresse du rock gothique anglais Siouxsie Sioux. Ils détonnent tellement dans le paysage qu'ils trouvent bientôt le succès avec leur premier maxi Play Loud : lors de leur première partie de Marquis de Sade, EMI leur signe un contrat à cette occasion.
Leur premier 33 tours en 1982 Try Out, chez RCA France, leur permet de faire une tournée internationale, leur style synthétise alors accords jazzy et énergie punk. En 1983 ils trouvent un public plus large avec leur second album By Pass. Après un dernier album chez un label plus confidentiel ils se séparent en 1990.

Cette biographie permet de redécouvrir ce groupe peut-être moins connu que certains gros groupes de la cold wave mais tout aussi essentiel!

Site officiel
Le morceau éponyme

Bertrand Lamargelle, Éditions Camion Blanc, août 2009.

Genesis - Non ce n'est pas Homer Simpson


Genesis est un roman de science-fiction original. L’histoire mêle philosophie et SF, comme souvent en SF, sauf qu'ici la philo est le sujet principal du livre, ce qui est plus rare.

Anaximandre passe son examen d'entrée à l'Académie. Examen d'histoire très difficile où elle va devoir disserter sur un sujet à l'oral pendant cinq heures face à un jury.
Son sujet d'étude est Adam Forde, personnage qui a vécu aux alentours de 2050 et dont le destin va changer monde. Cet homme a entre autres été amené à vivre avec un robot très intelligent nommé Art.

Le jury va rapidement orienter l'exposé d'Anaximandre vers une analyse philosophique de la vie de cet homme et des choix qu'il a fait. A travers son histoire et ses relations avec Art, la vraie question du livre se dessine : comment définir la pensée, la conscience ?


Est ce qu'un robot ultra perfectionné peut être considéré comme pensant ? Comme conscient ?


Y a-t-il une frontière entre intelligence artificielle et pensée ?


J’ai lu Genesis d’une traite, tenu en haleine par une construction originale et un thème qui m’a beaucoup intéressé. Bernard Beckett arrive avec talent à nous faire saisir ce qui fait la spécificité de l'homme, mais aussi à nous en faire douter ! La chute du livre est vraiment bien trouvée.


Genesis, Bernard Beckett, Gallimard Jeunesse, 9782070622092, 11,50€

mercredi 21 avril 2010

No sex - Avoir envie de ne pas faire l'amour

Avec ce titre je continue à explorer la collection L'Attrape-corps de La Musardine. Deux réflexions me sont venues à sa sortie: avec les éditions de La Musardine on aura vraiment fait le tour des perversions et je vais m'intéresser à un sujet qu'à priori je ne peux pas comprendre!

J'ai appris que l'asexualité n'était pas un choix et que l'on pouvait vivre très bien sans ressentir de désir sexuel en étant pourtant en couple. Aussi qu'il n'y avait pas d'étude précise sur ce "phénomène", on ne peut donc chiffrer le nombre de personne concernée et leur différente façon de vivre.
Que c'est de plus une notion qui a connu différent intérêt au cour des siècles. Elle passe inaperçue pendant l'époque victorienne particulièrement coincée forcément. Elle s'acclimate très bien avec les religions qui condamnent le sexe avant le mariage. Mais peut aussi passer pour une anormalité incomprise dans notre période qui met particulièrement en avant la sexualité ne serait-ce que dans la publicité. Alors que c'est une notion élémentaire dans les cultes grecques comme les thesmophores du culte de Bacchus. Ou encore être un modèle social comme l'exemple des amitiés chastes, ou homosexualité féminine déguisée, dans les couples intellectuels de Boston au 19ème et 20ème siècle.

L'asexualité est aussi confondu avec l''abstinence en médecine ou psychanalyse.

Toujours beaucoup de témoignages passionnants qui permettent de mieux comprendre la notion et une perspective historique qui permet de remettre en question notre vision contemporaine .

Peggy Sastre, collection L'Attrape-corps, éditions La Musardine, janvier 2010.

Marelles d'ombres

Denis Labbé est connu pour être chroniqueur pour diverses webzines et magazines. Il a pourtant à sont actif deux romans et quatre recueils de poésie. Son nom n’est également pas étranger au lectorat friand d’anthologies fantastiques comme celles des éditions de l’Oxymore. Un certain nombre de ces textes font d’ailleurs partie de cette anthologie, mais ils ont été revus pour l’occasion. Et il se trouve que l’ensemble forme un très bon recueil plaisant et divertissant. Dans un registre principalement fantastique, mais parfois aussi d’anticipation, d’uchronie ou de merveilleux, les treize nouvelles offrent une certaine variété et une narration fluide.
On trouve une ambiance 19ème siècle avec Omnias Veritas et Mantille, qui ouvrent le recueil. Mais le ton n’en restera pas là. En effet, dans Papillons de nuit, l’auteur nous emmène dans une cité avec une narration urbaine à souhait. Dans ses treize histoires, on côtoie assassins, bête féroce et momie, sur fond de rêve, de cauchemars et de folie. J’ai particulièrement apprécié la nouvelle Rosebud, où dans une bague existe un monde d’ailleurs.
Mais pour moi, le plus de ce recueil est cette empreinte constante de deux passions de l’auteur : la peinture et la musique, en particulier métal. De nombreuses citations de chansons hantent le livre ; mais la musique contribue aussi à dessiner ces histoires. La peinture, en particulier de la Renaissance, a également une place très importante, comme le montre la première nouvelle qui lui est entièrement consacrée. Enfin, les femmes, aussi, ont une place importante. Forcément voluptueuses, elles sont à la fois inspiratrices de rêverie et de cauchemars. Des sortes de muses irréelles qui semblent hanter l’auteur.

Denis Labbé, Argemmios éditions, 2010, 231 pages, 16,90€.

L' ile de Hôzuki tome 2

Voici déjà le second tome de cette série dont j'avais déjà parlé ici. Cette fois l'action s'accélère. Les élèves comprennent qu'ils vont être seuls quelque jour, le temps que les professeurs aillent enterrer leurs anciens camarades, selon leur hypothèse. Ils vont pouvoir ainsi explorer l'espace entre l'école et la mine. Ils vont découvrir la tombe regroupant les dépouilles des anciens élèves. Mais bien sûr les choses ne vont pas se passer comme prévu et l'aventure tourne vite au survivor. Ils croisent les professeurs en train de trafiquer on ne sait quoi dans les mines.

Ils tombent surtout sur le Monsieur Kuwadate plus pervers et dangereux que jamais, voir comment il agresse une élève, illustration de la couverture (pour répondre à la question de Damo sur le tome précédent). On découvre alors son passé de complice des meurtres de son frère en flash back et l'intercession du personnage de La Pécheresse, tueuse maudite de meurtriers qui doit en tuer un certain nombre pour que sa malédiction symbolisée par un certain nombre de menottes à ses poignets soit levée.

Je suis toujours aussi autant enthousiasmée par cette série même si je regrette que l'ambiguïté sur le point de vue des élèves soit si vite levée. J'aurai préférée que l'on ne sache pas tout de suite sûr que leur vision soit la bonne. Mais j'ai toujours bien sûr hâte de savoir la suite!

Kei Sanbe, Éditions Ki-oon, février 2010.

Et cette porte, là-bas, qui se fermait…

Orphée écrit le journal au jour le jour de son amour pour Eurydice. Une fois revenus des Enfers les amoureux découvrent la vie mortelle et lui se noie dans l'alcool et la jalousie et elle dans la cigarette. Chaque fois qu'elle sort pour aller prendre les croissants à la boulangerie il l'imagine dans les bras de Monsieur Hadès. La non communication ou l'incompréhension envahit leur couple. Jusqu'au ira leur enfer mortel? Lequel des deux aura la force de partir et d'abandonner l'autre à son addiction pour l'attendre aux Enfers?

Pierre Gévart reprend l'archétype de l'histoire d'Orphée et d'Eurydice pour décrire une histoire d'amour qui aurait pu être banale si elle n'était servie non seulement par une focalisation interne qui permet de suivre les obsessions du héros, son tour des bars et ses rituels, toujours un cahier plié dans sa poche pour écrire son amour et ses sentiments, mais aussi par un style envoûtant qui détourne avec jubilation un mythe dont on pense tout connaître après la vision du Testament d'Orphée de Jean Cocteau.

Un extrait sur le site de l'éditeur

Notes:

L'illustrateur de la couverture est Mathieu Coudray, initiateur de l'anthologie Les Sombres Romantiques chez Du Riez que j'avais précédemment chroniqué. Ce même thème était abordé par Jacques Fuentealba dans sa nouvelle Araf dans ce recueil. je précise que cette novella a été écrit avant ce recueil. Son site officiel
Pierre Gévart est aussi le fondateur du fanzines Géante Rouge, du Prix Pépin et est rédacteur en chef de la revue Galaxies.

Pierre Gévart et Mathieu Coudray, Éditions Argemnios, octobre 2009.

mardi 20 avril 2010

Le roi des mouches Tome 1 - Hallorave

Ces courtes histoires qui s’entremêlent mettent en scène paumés, drogués et réactionnaires. Tout ce beau monde gravite autour du Roi des mouches, jeune adulte qui alterne petits boulots, défonces et parties de jambes en l’air.

Les tons sont sombres, le climat sordide, les personnages malsains voir maléfiques, quelle réussite !

Le dessin me fait penser à un heureux mélange entre Charles Burns pour les ombres, l’univers (un peu la même ambiance que dans Black hole, en beaucoup plus réaliste) et Chris Ware pour la finesse du trait et les détails.

Un superbe premier tome, je vais m’empresser de lire le deuxième.

Le roi des mouches Tome 1 - Hallorave, Mezzo & Pirus - Albin Michel - 9782226155313 - 19€

lundi 19 avril 2010

Sorry about your damn luck: Sukkwan Island de David Vann


Il paraît que ce roman a bénéficié d'un petit buzz. Un buzz qui a du rester relativement confidentiel puisque personne ne me l'a demandé depuis sa sortie et que mes quelques conseils ont à chaque fois abouti à la vente d'un autre livre. Ceci dit la maison Gallmeister semble habituée à ces petits coups de pouces qui ne l'impose pas complètement mais qui lui donne une certaine consistance. Gallmeister propose une ligne éditoriale manifestement écologiste et, sans vouloir faire de la sociologie de sous-sol (les bas étages sont déjà occupés), cela ne manque pas de constituer un avantage dans une société qui se demande pas si elle a aurait pris une mauvaise direction. Et je suis susceptible moi-même de foncer dans le mur si je continue sur cette lancée alors que c'est juste une petite introduction.

Sukkwan Island raconte comment un homme et son fils partent pour une partie de camping prolongée sur une île du Sud de l'Alaska. Jim, le père, prépare cette virée moins pour un retour aux sources que pour fuir les échecs qu'il a accumulés. Ne pas avoir cerné son propre fils de 13 ans, Roy, est un de ces échecs. Il lui propose donc de l'accompagner. Mais un adolescent sait-il vraiment ce qu'il veut?

La première partie du roman s'attache à décrire les premiers mois de leur isolation. Chasse à l'ours, pêche à la Dolly Varden (je savais pas non plus ce que c'était, mais je suis un pro du teasing, lisez le livre pour le savoir), nature sauvage et trad... euh non. Retraite volontaire mais rude et qui émousse l'enthousiasme de Roy qui supporte de moins en moins le caractère instablement émotif de son père, cette première partie se clôture sur un événement soudain et inexplicable que je préfère taire (vous avez remarqué la concurrence sévère qui s'instaure avec Taly pour savoir qui placera la phrase la plus longue du blog?). La seconde partie fait l'effet d'un engrenage, un piège à l'échelle du destin de Jim. Une tragédie incontrôlable et terrifiante où le mot malchance n'a même plus sa place.

D'une précision psychologique maîtrisée, Sukkwan Island ne manquera pas de laisser des traces dans les souvenirs du lecteur. La fin brutale peut décevoir par son côté queue de poisson. Une facture un peu salée pour le protagoniste... Un bon roman au goût amer.

Dernier petit mot: la petite biographie de David Vann sur la quatrième de couverture vaut le coup d'oeil. Je vous laisse courir dans la librairie de votre choix pour palper l'objet et vous laisser tenter par la fameuse compulsion acheteuse que le pitch de Gallmeister ne manquera pas de déclencher.


Sukkwan Island, David Vann, Gallmeister, coll. "Nature Writing", 21,70€. Traduit de l'américain par Laura Derakinski.

vendredi 16 avril 2010

Oasis dans le Pacifique - Outrage at Pangée

Les Topete Ruiz sont pauvres, bizarres et drôles. Ils vivent dans un taudis à Iztapalapa, au Mexique. Pepe le père de famille est un créatif, un idéaliste optimiste que rien ne saurait décourager. La situation des Topete ne va pas durer, il va bientôt dégoter LE job qui sortira sa famille de la misère, il ne cesse de le répéter à ses proches. Un jour, un collègue de travail lui confie un secret. Une nouvelle nation serait en train d’être crée, et ce nouveau pays recrute des habitants ! L’occasion pour Pepe de réaliser son rêve : tout recommencer à zéro loin de leur épouvantable quartier. Débordant d’enthousiasme, Pepe va réussir à convaincre sa femme et ses deux enfants de partir pour cet Eldorado.


Les personnages de ce roman sont tous plus bizarres, cyniques et drôles les uns que les autres. C’est un peu comme si la Famille Adams partait vivre sur une île du Pacifique avec pour projet de bâtir une société meilleure. Comme il s'agit de construire un pays entièrement nouveau, tout reste à faire. Le résultat est… cocasse.


Même si la situation des Topete Ruiz est tragique, l'auteur ne tombe pas dans la plainte ou le misérabilisme. Il aborde avec humour et recul des sujets importants tels que la vie en communauté, l’écologie, la communication, la politique, la liberté.


Une aventure citoyenne déjantée !


Oasis dans le Pacifique, Jaime Alfonso Sandoval, Thierry Magnier, 9782844207296, 11€

jeudi 15 avril 2010

Le Vampire en France

Sur un ton de conversation badine et cultivée, ton qui caractérise bien les rencontres avec l'auteur, Jacques Sirgent, dont j'avais précédemment chroniqué Le Livre des vampires chez Camion Noir, nous entraîne dans l'exploration des sources mythologiques, historiques ou croyances et contes, littéraires, romantisme gothique noir et romantisme en Angleterre, France et Allemagne, religieuses et philosophiques du mythe en France. Dans une volonté de ne pas faire un essai universitaire il ne suit pas un plan chronologique mais plutôt celui du fil de ses réflexions.

Sont évoquées les périodes viking avec une explication passionnante et peu connue du Walhalla, paradis des guerriers, de l'Antiquité grecque et égyptienne, le moyen-âge avec le croisement entre les mythes du vampire et des succubes et sorcières imposées par l'Église et sa vision plus que négative de la femme et enfin l'Inquisition.

Le problème des connaissances médicales incomplètes, si ce n'est inexistantes, concernant par exemple le problème des vivants enterrés trop tôt et les vertus nutritives du sang vérifiées scientifiquement est aussi abordé...
Mais aussi son expérience à son Musée des vampires et monstres de l'imaginaire sous un angle plus sociologique. Il introduit une nouvelle idée de la souffrance, de la scarification et du sadisme vu par certaines personne comme des comportements romantiques ou autodestructeur et digne de la psychiatrie selon d'autres.

Il liste de plus une dvdthèque idéale sur le thème dans le cinéma français.

Enfin il livre une bibliographie très exhaustive qui bizarrement ne reprend pas tous les ouvrages cités et ne cite pas les éditeurs ni les années de publication...

Une évocation passionnante des sources littéraires, historiques, mythologiques, scientifiques et religieuses de la figure du vampire dont les faiblesses de forme dans la partie dvdthèque et bibliographie sont uniquement dues à la volonté de ne pas faire un exposé trop universitaire.

Des extraits sur le site de l'éditeur

Jacques Sirgent, Éditions Juste pour lire, mars 2010.

lundi 12 avril 2010

...as soon as you're born, you're dying: Aube & Crépuscule (Anthologie Griffe d'Encre)


Troisième anthologie publiée en décembre 2008 par les éditions Griffe d'Encre, Aube & Crépuscule, sous un titre déguisé en métaphore, s'attache à faire cohabiter l'enfance et son extrême opposé. Avec un sommaire un peu allégé, seulement 11 nouvelles, l'ensemble n'en présente pas moins la cohérence à laquelle Magali Duez, directrice de la collection, nous a habitués.
Encore une fois, la liste des signatures s'équilibre entre auteurs-maisons (étant donné qu'ils apparaissent déjà soit dans une anthologie précédente ou dans une autre collection) et d'autres publiés pour la première fois par Griffe d'Encre à ce moment-là (je ne doute pas que certains d'entre eux sont apparus autre part, mais je ne me suis pas renseigné).

Commençons par ces nouvelles arrivées.
Dans "Lasthour.com", Philippe Guillaut nous propose une société ou le vieillissement et la mort ne signifient plus grand-chose, une société où le loisir sous ses formes les plus abouties, et souvent virtuelles, prédomine. Mais Charles B. Aupick se sent blasé, ne s'amuse plus et sa recherche d'une expérience différente le mènera à une décrépitude volontaire et payante. Un style sans défauts majeurs et quelques traits d'humours réussis ne m'empêchent pas de penser que quelques coupes étaient préférables.
Alice aux pays des Merveilles est sans aucun doute l'une des œuvres littéraires les plus reprises, utilisées et réutilisées, ç'en est parfois irritant. Mais je ne cracherai pas ma bile aigrie dans un discours anti-marketing. C'était juste pour introduire la très bonne nouvelle d'Elisabeth Ebory, "Echiquier, tasses, théière et passoire enchantée" où Alice a choisi de vieillir et non plus demeurer dans cet état éternel de personnage littéraire mondialement reconnu. Une sympathique tasse de thé partagée avec la Mort elle-même et quelques trouvailles qui égaient le cerveau des lecteurs les plus réceptifs. Crossover d'autres mythes et légendes de la littérature imaginaires qui sait parfaitement éviter d'être raté. A noter que Griffe d'Encre a publié trois mois après Aube & Crépuscule, un recueil de la même plume intitulé A l'orée sombre, qui aura, soyez-en sûrs, droit à quelques lignes sur ce blog.
L'enfant-narrateur de "Vivre" (Christian Simon), est atteint d'hypermnésie (mémoire plus qu'exceptionnelle) mais il est aussi le seul à discerner toutes ces créatures fantastiques qui peuplent le quotidien de son entourage. Parmi ces créatures, il y a Mnashtai, insecte géant et rampant qui lui enfonce son dard dans le front chaque nuit. Une tumeur se développera et forcera le personnage à faire un choix difficile. Une nouvelle faussement tragique et d'une puissante poésie.
Julien Simon a préféré dans "Le Chemin du retour" de prendre le point vue original d'un vieux singe, Babu, qui a perdu depuis longtemps son statut de mâle dominant dans cette immense cage de fer dressée pour protéger ses congenères des braconniers. Mais Babu ressent un besoin de liberté va trouver une faille pour s'enfuir et partir à la recherche d'une ancienne légende su Peuple singe. Dans son ensemble une bonne nouvelle avec une fin que j'ai beaucoup aimée (même si elle est très classique), mais j'ai envie de reprocher à l'auteur un anthropomorphisme un peu trop facile et quelques scènes peu crédibles.
Petite perle de short short story anglo-saxonne signée Bruce Holland Rogers, "Dinosaure" (traduit de l'anglais par Lionel Davoust) raconte sur une seule page l'existence dans sa presque intégralité d'un personnage pas trop sûr de sa nature. A lire et à relire. Un bel exemple de concision littéraire efficace.
Je passe sans transition aux "auteurs-maisons" dont j'éviterai tout comparaison avec les nouvelles déjà parues (qui seront tout de même rappelées à votre bon souvenr entre parenthèses), chacun d'elles se suffisant à elle-même.
"Tiger Moth" (traduit de l'anglais par Fred Le Berre) de Graham Joyce ("Poussière de charbon", in Elément I: La Terre) a l'honneur de débuter l'anthologie et aborde la nostalgie d'une enfance perdue. On n'aucun mal à sympathiser avec cet avocat célibataire qui vit toujours avec sa mère. Une rencontre de sa jeunesse est au centre de la nouvelle. Commence avec une scène (que je vous laisse découvrir) dont l'absurde est typiquement anglo-saxon, dommage que ce soit la seule.
"Parfum d'étoiles" ne mérite certainement pas le sort d'un précédent effort de Jeanne-A. Débats que j'avais en partie mal interprété ("Fata Organa", in Elément I: La Terre, coucou Alix!). Dans un village d'Afrique où le colonialisme fait encore sentir quelques relents, la mort d'un jeune suite à un incident va transformer l'ambiance du quotidien. Raconté à la première personne cette histoire aux descritptions colorées et parfumées, rend compte d'une tension et d'un tragique palpables. Une dimension mythique est ajoutée par l'explication finale que j'aurais préféré plus ambigüe: sans alourdir le texte, elle est un peu trop explicite. Petite note supplémentaire: en plus d'une nouvelle sur le très prochain Elément II: L'Air, Jeanne-A. Débats verra publié dans le courant de l'année son recueil Stratégies du réenchantement, qui a d'ores et déjà sa place réservée sur ce blog.
Je range "Gentille Mamie" d'Hélène Cruciani (qui avait déjà publié son roman Expéron en février 2008) dans la même case que "Lasthour.com". Egalement trop longue, mais dans un style parfaitement lisible et même agréable. L'histoire tourne un peu autour du pot pour finir sur une révélation qui tombe malheureusement à plat. Impression regrettable, puisque des thèmes universels comme la famille et la mort y sont bien traités. Que mon avis ne vous influence pas.
"Mes vacances à la campagne" de Michaël Fontayne ("Miroitements", in Ouvre-toi!), joue la carte d'un faux réalisme comique qui fonctionne très bien. On se demande à quel moment la nouvelle va nous sortir la carte de l'imaginaire. Sans gâcher la fin, on se doute bien qu'il peut s'agir d'une rédaction d'enfant, ce n'est pas totalement imprévisible. Mais il faut avouer que la fin est bien trouvée, même si elle repose sur des thèmes classiques que je vais omettre de vous citer. Agréable et réussie.
J'ai été pris agréablement à contre-pied par "Couleur d'automne" d'Antoine Lencou ("Ah, La Porte!", in Ouvre-toi!). Tout commence avec plein de gadgets purement S.F. et ces premières pages me faisaient craindre une déception. Mais la sortie d'Andryn et la retrouvaille entre copains autour d'une partie de pétanque rafraîchit le tout. Bonne idée de la part de l'auteur de simplifier le ton, de faire paraître les machines et autres automates comme envahissants et tyranniques.
Et comme je suis un adepte du "meilleur pour la fin"... "L'Abattoir aux Marmots" de Jérôme Noirez ("L'Apocalypse selon Huxley", in Ouvre-toi! et surtout l'incontournable Diapason des mots et des misères) conclut logiquement cette chronique. Qu'attendre de Jérôme Noirez désormais? De la qualité évidemment. Une qualité un peu cradingue parfois mais tellement bien formulée. Le titre me faisait craindre une nouvelle borderline comme je n'aime pas trop, mais même si quelques passages sont plutôt durs pour les âmes sensibles, j'ai lu une excellente extrapolation anti-militariste qui ne recule pas devant le risque de choquer par la description de cadavres... d'enfants. La fantaisie et le jeu y ont leur place mais ils servent une violence crue et non gratuite pour dénoncer ce qu'il y a de plus obscène sur cette planète. Ce thème récurrent chez Noirez de l'enfance détruite et torturée n'est pas sans susciter quelques interrogations.
Avec une majorité de textes d'une qualité irréfutable (les imperfections décelées sont bien relatives et très subjectives, faites-vous votre propre opinion), Aube & Crépuscule continuait à l'époque de sa sortie, et dans un bel élan, à étoffer la collection "Anthologie" (et remplir ma bibliothèque). La volonté de proposer les meilleurs textes possibles autour de thèmes choisis est le critère principal à l'élaboration des volumes.
Maintenant que j'ai rattrapé le train en marche (il y a bien Chasseurs de fantasme, mais Taly s'en est déjà chargée) j'aurais bientôt le plaisir de chroniquer Elément II: L'Air qui devrait paraître avant la fin du mois d'avril. Les ouvrages de la collection "Recueil" me feront patienter tranquillement jusqu'à la prochaine anthologie.
Aube & Crépuscule, Griffe d'Encre, collection "Anthologie" dirigée par Magali Duez, 15€. Illustration de couverture: Alexandre Dainche.
Merci à Magali Duez pour sa confiance et Alexandre Dainche pour sa gentille dédicace.

vendredi 9 avril 2010

L' Os de frêre Jean

Voici la suite des aventures de La Relique que j'avais chroniqué précédemment. Sur le même ton picaresque et humoristique nous retrouvons après dix ans de relative accalmie ladite abbaye dans laquelle ladite relique vient d'être volée!

Trois moines vont devoir reprendre les routes en ces temps médiévaux troublés par les brigands de grands chemins et les voleurs et/ou inventeurs de reliques. Ils croiseront entre autres personnages interlopes un voleur qui avoue glorieusement ses crimes... dans ses rêves après une bonne cuite! Quelles feintes vont encore inventer nos moines pour ramener quelque chose d'acceptable? Un os de poulet cassé? Une vague relique qui lui ressemble de loin dans le noir par temps de brouillard?
Et si ils étaient une fois de plus sauvés au dernier moment par leur sens de l'éloquence?

On retrouve une fois de plus le goût de l'auteur pour la langue et les valeurs humanistes. Et l'on suit avec délectation les aventures rocambolesques de ces moines qui retombent toujours sur leurs pieds on se demande bien comment parfois!

Note: Troisième tome à paraître en juin.

Extraits:
"Il ne possédait même pas cette arrogance têtue des coqs de basse-cour, qui ont plus de raisons d'être fiers des plumes de leur queue que de leur cervelle, et pour qui le simple fait d'avoir l'air capable de réfléchir est déjà une insulte! L'aimable géant était donc toujours prêt à écouter - à apprendre serait un grand mot..."

Jean-Louis Marteuil, La Louve Éditions, décembre 2009.

Kamisama

Voici l'une des séries les plus jolies au niveau illustrations et les plus poétique au niveau de l'écriture que j'ai eu l'occasion de lire! Chaque tome est séparé en trois histoires .

Dans le premier tome La Mélodie du vent, la première histoire Dans le ventre du chat,est celle d'une petite fille, Lucie, qui lors d'une promenade seule va se retrouver dans une prairie en suivant un chien parlant. Ils croisent alors un énorme chat qui broute des fleurs... au goût de pâté constatera-t-elle en les goûtant à son tour. Elle se fait alors manger par le dit chat qui la recrache toute nue dans sa chambre. Une histoire qui pose la question de la limite entre rêve et réalité.
Dans la seconde Le Chat-pluie une autre petite fille rencontre un autre chat près d'un hazame, temple marquant l'entre-monde entre vivants et morts. Elle parviendra à retourner dans le monde des vivants grâce à une pierre qu'il lui donnera. Elle n'oubliera jamais l'expérience ni le chat mais le perdra de vue.
Dans la dernière histoire Shimashima encore une autre petite fille Miyako retrouve cette pierre et l'offre à son autre petit chat Shimashima comme collier. Mais elle tombe dans le coma. Il l'a ramènera dans le monde des vivants grâce à la pierre, sous le conseil du chat précédent, "le vénérable", en s'interposant entre elle et l'obscurité, vision de la mort. La pierre se brisera et elle sortira du coma!

Cette histoire d'amitié sera le fil rouge de la série.

Dans le second tome Les Contes de la colline dans la première histoire La Déesse de la colline on suit Miyako dans ses visites à la dite déesse à travers les saisons, ses vêtements changent successivement. La petite fille déménage mais la retrouve toujours à la même place lors de ses visites suivantes. Le rôle de la déesse Sakura serai-il de constituer un repère émotionnelle réel ou imaginaire?
Dans la seconde histoire Le cerisier électrique Sakura a d'autres amies déesses dont une des lignes électriques qui la mène à la petite fille pour lui montrer les nouvelles feuilles de son cerisier dans sa nouvelle ville. Un gâteau sera crée en hommage à ces feuilles spécifiques qui n'existent pas dans cette ville!
Dans la dernière histoire Shimashima au pays des déesses le fameux chat de la fin du premier tome est accusé du vol de la pierre mais les déesses du temple et de la colline vont l'aider à rentrer chez lui et à traverser la vallée des songes.

Dans le dernier tome Au bout du chemin dans la première histoire La déesse de la neige une autre petite fille rencontre cette déesse et celle de la colline mais tombe dans une faille en allant admirer une fleur de neige. La déesse de la neige fera alors fondre la neige et la petite fille se retrouvera allongée dans la prairie près du cerisier. La déesse de la neige s'endormira alors pour très longtemps ... il n'y aura pas de neige pendant des décennies.
Dans la seconde histoire La déesse du malheur une autre petite fille fait la connaissance de cette déesse qui contrôle la balance entre le bonheur et le malheur. Mais quel sera le prix à payer pour que cette petite fille est plus de chance et que sa malchance tombe sur quelqu'un d'autre? La somme dépend de la fortune de la personne demandeuse.
Dans le dernière nouvelle de cette série Shimashima et Miyako toutes les déesses vont se rassembler et se renseigner auprès de touts leurs congénères afin d'aider le chat à retrouver son amie et ainsi reconstituer la pierre avec la bout manquant qu'elle a conservé.

Une série poétique aux couleurs pastelles parlant avec humour et émerveillement de sujets graves tel la mort, la malade ou plus légèrement de l'amitié et tout ce qu'un chat est près à franchir comme obstacles pour retrouver son amie grâce à des divinités enfantines aux rôles bien définis reflétant le panthéon des divinités mythologiques japonaises.

Premières pages

Keisuke Kotobuki, Éditions Ki-oon, mars 2010.

Alice au royaume de coeur

Dans cette version shojo, manga pour toute jeunes filles romantiques, de Soumei Hoshino / QuinRose Alice Liddell, vrai nom de la petite fille de Lewis Carroll de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, voir l'introduction du film, s'endort toujours dans le jardin mais est amenée dans le pays des merveilles, après être tombée dans le mythique trou, par un lapin blanc... kidnappeur!

Elle fait bientôt la connaissance d'un chapelier toqué chef de la mafia locale qui ressemble comme deux gouttes d'eau à son ex-copain beau gosse , d'un lapin de mars garde du corps à la gâchette facile qui est un homme mais à grandes oreilles de lapin possédant une montre qui se transforme en énorme pétoire, des deux gardes Dee et Dum au look un tantinet SS Nazi, rappelons que les japonais non aucun tabou et arbore sans sous-entendu des costumes similaires pour des soirées déguisées ou des cosplays, un cheshire cat beau gosse punk court vêtu avec piercing et chaînes et une reine rouge, elle aussi une bombe qui rappelle un peu la méchante de L'Histoire sans fin 2.
Tout ce beau monde drague une Alice un peu perdue mais assez éveillée pour comprendre que ce qu'elle voit n'est que la reproduction des fantasmes profondément enterrés dans son inconscient! D'ailleurs le chevalier du château de cœur lui explique que tous les personnages principaux sont des acteurs contrairement aux employés du château qui n'ont ni visage ni personnalité. Mais sont-ils les acteurs de son rêve ou ceux du délire de la reine rouge?

Une parodie trash très amusante et divertissante à lire entre la vision du film de Tim Burton et la (re)lecture d' Alice aux pays des merveilles et sa suite si vous l'avez lu très jeune et que vous avez tout oublié comme moi.

Premières pages

Soumei Hoshino / QuinRose, Éditions Ki-oon, avril 2010.

L' ile de Hôzuki

Sur une île, dont le nom est emblématique de l'histoire, Hôzuki est aussi le nom d'une plante et d'un insecte dont le nom signifie "amour en cage", selon les notes du traducteur, est construit un orphelinat. Quatre enseignant et six élèves l'occupent.

Un frère et une sœur aveugle arrivent et sont vite mis au courant par les autres élèves que l'on ne peut en aucun cas faire confiance aux adultes. Des rumeurs de meurtres et de disparitions d' élèves tournent. La petite sœur aveugle semble sentir la présence d'une élève fantôme. Si au début le doute et la méfiance s'empare du héros celui-ci va vite comprendre qu'il y a un réel danger de mort sur cette île. Les élèves vont devoir se liguer pour découvrir la vérité et déjouer le plan des adultes.
On découvre très vite les obsessions perverses de Monsieur Kuwadate et les dossiers des élèves par la plantureuse Mademoiselle Kai, le jardinier ne semble pas très net non plus. L'angoisse monte d'un cran avec la découverte d'une pièce dont les professeurs interdisaient l'accès dans laquelle on peut lire des graffitis effrayants des pensionnaires précédents et d'un carnet sur lequel sont notées des polices d'assurance prises au nom des élèves et valables même en cas de mort.

Une ambiance d'intrigue policière et de survival s'installe insidieusement, on apprend la mort et/ou disparition de deux élèves avant l'arrivée du héros et de sa sœur et celles d'un professeur et d'un autre élève plus téméraire que les autres dans sa recherche de la vérité. On ressent une véritable oppression physique et la mise en suspend de l'intrigue amène une vraie frustration qui rend impatient de lire la suite, sentiment renforcé par des flashbacks montrant les dernières heures des victimes.

A noter une explication humoristique de la genèse du manga à la fin du volume sous cette même forme.

Premières pages

Kei Sanbe, Éditions Ki-oon, février 2010.

Quand les fées s'en mêlent

Les livres sont faits des mots des hommes. Pas des mots de Dieu. N'écoute pas les paroles de ceux qui n'y écrivent que ce qui flatte leur orgueil, qui n'y retiennent que ce qui leur est nécessaire pour asservir le monde et assouvir leurs désirs morbides. La vénalité, l'orgueil, sont les plumes les plus volubiles. Les vérités, elles, sont dans les confidences du vent, les absences du désert, les stridulations des dunes. Et, parfois, dans les mots des hommes, quand ceux-ci parlent sans se prendre pour des dieux...

Karim Berrouka, L'histoire commence à Falloujah, issue de Fées dans la ville, ActuSF, p.120

vendredi 2 avril 2010

AOC (Aventures Oniriques et Compagnies) n°12

Voici la présentation d'un autre fanzine que j'ai découvert aux rencontres de l'imaginaire de Sèvre. Selon la présentation du le site officiel du Club des mondes de l'imaginaire AOC est:

"Pourquoi un recueil de nouvelles à côté de Présences d'Esprits ? Et bien, l'idée est partie du constat que, le fanzine évoluant bien, la place dévolue aux nouvelles envoyées par les membres se réduisait peu à peu. Tout le monde ne lisant pas toujours les nouvelles, est arrivée l'idée de cette publication. Un AOC est de format A5, et comporte 52 pages au maximum ; en résumé, c'est bien plus petit que Présences d'Esprits, mais on peut y mettre pas mal de choses...

Selon les numéros, des nouvelles accompagnées d'illustrations faites par les membres, des articles sur l'écriture, des bandes dessinées, des cartes blanches à certains illustrateurs... selon les envies !"

Cinq nouvelles illustrées, un poème et essai passionnant sur la caractérisation des personnages de Christophe Thiennot sont au programme de ce numéro.

Dans From Betty I'm in love Olivier Bourdy décrit les regrets, le sentiment d'abandon et l'ultime plaisir d'un jeune explorateur qui perçoit son vaisseau comme son ultime amour et confidente.
Dans Olympia de Pierre Cuvelier un horloger recrée son amour sous la forme d'un automate mais est découvert. La destruction d'une montre pourrait le ramener à la minute à laquelle il l'a connu et tué.
Dans Le Veilleur de nuit de Bernard Leonetti grâce à la focalisation interne on suit les tribulations d'un veilleur de nuit entre rêve éveillé et réalité. Une très jolie descriptions des fantasmes que le cerveau d'une personne solitaire peut produire la nuit.
Dans Le Canapé de l'amazone de Phil Becker des acteurs attendent de jouer leurs rôles dans de petits appartements. Mais un meurtre est commis. Qui est visé et impliqués, les acteurs ou les personnages du scénario? Un mélange de réalité et de fiction très amusant.
Enfin dans Troisième âge de Giovanni Carrara un groupe aventuriers pas très motivés, digne du Donjon de Naheulbeuk partent en quête d'un élixir de jouvence et tombent finalement sur une colonne séparant Paradis et Enfer... quelle aventure! Une vision humoristique des fins inattendues dans les parties de jeu de rôle ou les romans de fantasy.

En conclusion un fanzine regroupant des textes au ton décalé et humoristique à suivre!

Site officiel du fanzine
Fiche détaillé de ce numéro