"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

jeudi 29 avril 2010

Am I evil ? Yes I am: Monster de Naoki Urasawa

Il y a des scènes qui marquent en librairie. Et je ne parle pas que des perles comme Les 4 Fantastiques de Maupassant ou Les Mémoires d'Outre-tombe de Danny Brillant (la première est authentique). L'achat des 18 tomes, d'un coup, de Monster par un client rentre dans cette catégorie. Peut-être était-ce pour offrir, mais le geste avait été exécuté sans aucune hésitation, donnant ainsi un statut de valeur sûre à cette série. Et donc, à l'époque ne connaissant du manga que quelques dessins animés japonais ayant survécu à la mort du Club Dorothée (Dragon Ball en première place), je me suis dit que Monster pouvait être une étape majeure de ma découverte progressive de cet art populaire encore décrié par les esprits obtus.

En 1986, fiancé à la fille du directeur de l'hôpital de Düsseldorf et bénéficiant de l'appui de ses pairs, le Docteur Kenzô Tenma, brillant neuro-chirurgien, a potentiellement de quoi s'assurer un bel avenir. Mais des circonstances décisives le pousseront à faire un choix entre céder à la pression hiérarchique ou ce qu'il suppose répondre à l'éthique de sa profession. Alors qu'il doit sauver un petit garçon, Johan, mystérieusement blessé d'une balle en plein crâne, le maire de Düsseldorf, victime d'une thrombose (hein?) cérébrale doit être soigné en priorité. Il penchera pour la vie de Johan ce qui ne manquera pas de lui attirer certaines malveillances de la part de ses collègues... qui seront mystérieusement empoisonnés, le directeur inclus, quelques jours après. L'enquête menée par l'Inspecteur Runge pointe directement Tenma. Très évocateur d'un certain Javert dans sa traque obsessionnelle, Runge ira jusqu'à se convaincre de la culpabilité de Tenma en avançant la théorie dédoublement de la personnalité.

L'affaire n'aura pas de suite jusqu'en 1995, alors que tous les soupçons pèsent sur Tenma et qu'il a pu monter en grade grâce au meurtre des personnes qui s'y opposaient. Une série de meurtres, sans doute possible liés à l'affaire, fait son apparition et Tenma se rendra compte que l'assassin n'est autre que Johan, le gamin dont il a sauvé la vie. Commence alors la cavale du docteur pour retrouver et éliminer le monstre au visage d'ange et s'innocenter dans la foulée.

Comme l'écrasante majorité des séries publiées en chapitres (fréquence mensuelle ou hebdomadaire) au Japon, Monster (1994-2001) a été suivi initialement comme un feuilleton. Les rebondissements et l'interaction des personnages se devaient d'être soutenus et Urasawa s'en est très bien sorti. Les ramifications se font de plus en plus denses et de nouveaux personnages s'ajoutent continuellement au fil des tomes. Il est difficile de les citer tous.

La soeur jumelle de Johan, Anna, l'accompagnait, traumatisée, le jour de l'opération. Neuf ans plus tard, elle a tout oublié et a changé d'identité. Première piste sérieuse et alliée de Tenma, elle sera recontactée par son frère. D'autres rencontres fortes parsèmeront le parcours du docteur: le petit Dieter, tyrannisé par son père, Robert, le garde du corps/tueur de Johan, l'exubérant mais tourmenté Grimmer, certainement le plus complexe du casting avec Runge, ne sont que quelques exemples. Même les plus secondaires continueront à orbiter autour du principal protagoniste.

Monster est un thriller psychologique où l'action n'est pas négligée. Le lecteur est par conséquent entraîné dans une intrigue suffisamment consistante et bien ficelée pour ne pas souffrir des comparaisons entre art graphique et art littéraire. Une série qui contribue à démontrer la richesse d'un genre que le public français est encore loin d'appréhender à sa juste valeur.


Monster (18 tomes), Naoki Urasawa, Kana, 7,35€ pièce.

8 commentaires:

Filisimao a dit…

J'ai moi aussi apprécié cette série, même si j'avoue ne pas l'avoir terminée.

Dans ce foisonnement de mangas, ce pourrait être une bonne idée que l'on se donne nos "indispensables".

On pourrait peut être créer un libellé ?

Taly a dit…

Je vote oui pour l'idée du libellé!

Gilmoutsky a dit…

Il existe déjà le libellé "A ne pas manquer". Personnellement, je n'aime pas l'utiliser. Les chroniques sont parfois suffisamment positives, pas la peine d'en rajouter. Mais faites-le, je ne suis pas totalement contre. Ce blog reste dans l'esprit freestyle et les chroniqueurs font ce qu'ils veulent. Je n'aime tout simplement pas poser des panneaux sur le parcours des autres, ça peut empêcher les découvertes.

Damo a dit…

Bravo pour l'écriture de cette critique, très réussie - le premier paragraphe est splendide.

Gilmoutsky a dit…

On t'a pas dit que je grognais en réponse aux compliments?
Dommage que la seconde perle soit pure invention de ma part, j'aurais aimé l'entendre d'un client.

Taly a dit…

Moi par "Indispensable" je voyais l'idée de parler de certains livres du fonds que tout le monde ne connait pas forcément.
La rubrique "Ceux à ne pas manquer" me permet de différencier les livres que j'ai beaucoup aimé et ceux que je mettrais carrément dans le fonds.

Gilmoutsky a dit…

ok rien ni personne ne s'y oppose, je n'exprimais qu'une opinion. Le véto n'existe pas sur ce blog.

Damo a dit…

qui vaccine le chat alors ?