"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

mercredi 31 mars 2010

Une envie me picote de créer une nouvelle rubrique. Il m'arrive de lire d'autres critiques sur les livres dont je parle et je tombe parfois sur des réflexions qui m'insupportent. Les critiques et les opinions sont libres, ok. Mais il ne s'agit pas d'un règlement de compte envers quelqu'un dont l'opinion diffère de la mienne. J'ai juste envie de me défouler sur de telles inepties. Donc voilà le trip: je cite et je démonte sans citer de nom parce que la source a aussi peu d'importance que ma mauvaise humeur déclenchée bien innocemment.
Je débute, roulement de tambour, sur une critique incendiaire de Quai des Enfers qui emploie l'adjectif "prétentieux".
Mon p'tit pote, qui t'as dit que tous les auteurs écrivaient pour la gloire? Les critiques professionnels qui te pourrissent la cervelle? Ou est-ce que tu es simplement atteint de ce virus appelé mauvais esprit? Une demi-étoile, c'est ça ta foutue note, mon p'tit pote? Tu aurais pu au moins mettre la moyenne ne serait-ce qu'à l'égard du temps qu'a passé l'auteur à écrire son bouquin. Bien plus que tu n'en a mis pour écrire tes lignes puantes, buddy. Pardonne-moi mon agressivité insignifiante, mais si tu lis "négligemment" des livres que tu trouves "agaçants", la prochaine fois ne perds pas quinze minutes à les descendre.
Si tu lis mes propos, sache que "mon pt'it pote" et "buddy" peuvent être remplacés respectivement par "sombre abruti" et "tête pleine d'eau".
Du pur défouloir, vous l'aurez compris. Complètement partial et subjectif, qui sont, je le sais bien, des synonymes, du coup ça fait redondant, but what the fuck?

mardi 30 mars 2010

Aurelia - Tome 1 : Le reveil d'une malédiction

Première bande dessinée de la toute jeune maison d'édition Juste pour lire, qui réédite en avril de le premier roman de Pierre Brulhet L'Enfant du cimeterre que j'avais précédemment chroniqué, Aurelia suit les pas d'un jeune touriste écossais en quête de la légende de Dracula dans la Roumanie d'après Ceaucescu. Il fait la rencontre d'Aurélia, une charmante jeune fille qui lui montre le visage moins pittoresque du pays tout en le suivi dans sa quête sur les traces de vieilles légendes.

Le jeune et naïf chasseur de vampire ira de désillusion en questionnement sur le mythe tout en croisant la route de personnage interlopes tout en suivant avec toute la confiance du monde cette jeune fille dont il ne connaît finalement pas grand chose et dont l'arbre généalogique semble être au coeur de la série. Un professeur lui montre le vrai visage de la ville tout en essayant de le prévenir d'un danger non identifié qui semblerait le guetter mais aussi un patron de boite de nuit, supposée construite au dessus de l'emplacement du berceau de Vlad Tepes, qui serait atteint de porphyrie...

Beaucoup de mystères dans ce premier tome au ton distancié et humoristique qui dépoussière un peu le mythe du vampire pour le replacer dans la réalité socio-économique de la Roumanie contemporaine. J'avoue ne pas être très fan de la colorisation mais j'ai trouvé les dialogues particulièrement succulents!

Premières planches sur le site de l'éditeur

JM Beurq, Bruno La peyre, Guillaume Berteloot, Juste pour lire, mars 2010.

mercredi 24 mars 2010

We all live in Future World

Walt Disney et la cité future.

La ville de "Disneyland", paradis des enfants construit par Walt Disney sur une surface de 65 hectares, a ouvert ses portes en juillet dernier à Anaheim, en Californie. Plus de 20.000 invités ont admiré la réalisation de ce qui était depuis vingt ans le rêve de Walt Disney, réalisation qui a coûté 17 millions de dollars.
L'inauguration de "Disneyland" a été marquée par un défilé des principaux personnages des dessins animés: Mickey, Donald, Pluto, etc.
La ville possède ses tramways, ses taxis, un opéra, une mairie et une gare de chemin de fer où s'arrêtent deux trains qui peuvent chacun transporter trois cents voyageurs et desservent les principaux points de la ville.
Au bout de la rue principale de "Disneyland" se trouve "Tomorrowland", ville futuriste où l'on vit en 1986. Les visiteurs peuvent prendre place à bord d'une fusée prête à les transporter dans la lune...

Fiction n°22, Septembre 1955.

dimanche 21 mars 2010

Borderline n°13

Parmi les fanzines et revues que j'ai découvert au salon Zone Franche de Bagneux (désolé pour ceux qui connaissent déjà...) voici Borderline fanzine trimestriel, publié par l'Association Catharsis.

La thématique de ce numéro 13 de mai 2009 est le Bizarro genre littéraire de l'étrange, du gore, de l'absurde, parfois du pornographique proche d'un surréalisme maladroit tout droit sorti des comics underground.
Cette édition est composée de sept nouvelles, chacune précédée d'une courte bibliographie, et une interview de Kealan P. Burke.

Dans Au Vachement d'café Michael A. Arnzen nous entraîne dans un café aux recettes et méthodes de préparations très spéciales au point d'en devenir végétarien, une vision parodique de la bonne nourriture saine! Vous désirez un café au lait par exemple? Le serveur percé au tablier tâché de lait et de sang passe dans la cuisine prendre le lait directement au pis d'une vache suspendue à des crochets encore vivante!
Dans Scratch (à partir de rien) de Jeremy C. Shipp on assiste à la vengeance d'une femme aux multiples personnalités qui vont toutes s'incarner pour servir le même but.
Dans Les Pluies s'arrêteront de Carlos Cardinis on suit les angoisses d'un couple, dont la femme est enceinte, devant la chute qui semble perpétuelle "des morts de l'Histoire". Avalanche de cadavres dans tous les états et peur de la mort et du passage à tabac pour cette dernière femme enceinte de l'humanité
Dans Plongé dans une nuit sans fin de Kevin L. Donihe on assiste en focalisation interne au délire d'un junkie que les policiers viennent chercher pour différents crimes .
Dans La Ligue des zéros de Jeremy Robert Johnson un homme accepte une expérience scientifique bien étrange en public qui pourrait remettre en question son intégrité physique et intellectuelle afin de démontrer qu'il est un héros.
Dans Là où je vais mourir de Andersen Prunty une victime d'accident de voiture se réveille pour mieux constater sa mort.
Enfin dans La Chambre perplexe de Maxime Le Dain ... j'avoue j'aurais aimé résumer cette nouvelle mais je n'ai pas tout compris...

En résumer un fanzine que je suivrais avec plaisir, le prochain thème étant le vampire!

Site officiel de l'Association Catharsis
Site officiel de Bernard Dumaine, illustrateur de la couverture

Le Royaume Enchanté de Paul Kidby

Surtout connu pour ses liens avec Terry Pratchett, dont il illustre les couvertures du Disque-monde (L'Atalante) depuis la mort de Josh Kirby en 2001, et avec lequel il a coécrit L'Art du Disque-Monde en 2007, Paul Kidby collabore cette fois avec sa femme.

Le Royaume enchanté est un hommage à mère nature en quatre partie.
Dans la partie sur La gent ailée on croise fées, lutins, gnomes, nains, griffons et gnome des arbres à dos de chouette.
Dans la partie sur le peuple de la terre on croise licorne, chasseur de choux, attrapeur de noix et gobelins.
Dans la partie sur Le peuple des mers on croise nymphes, sorcières et sirènes.
Enfin dans la partie sur Le peuple du feu on croise forge, fée de la foudre, nymphe du feu, chasseurs d'étoiles, dragons de légende et maître-dragon.

On ne peut qu'être émerveillé devant ce spectacle mariant parfaitement dessins et textes humoristiques qui donne envie de revoir tous le travail de ce maître de l'illustration.

La bande annonce et des planches originales sur le site de l'éditeur

Paul et Vanessa Kidby, Éditions Daniel Maghen, novembre 2009.

samedi 20 mars 2010

Scott Pilgrim


Premier vrai poids lourd à paraître chez le tout jeune label Graphics de l'éditeur Milady, voici enfin en France les aventures de Scott Pilgrim de Bryan Lee O'Malley.

Véritable succès Outre-Atlantique, cette BD est un véritable ovni transgenre, entre comics et manga, entre histoire de mœurs intimiste et super-héros.
Scott Pilgrim est un jeune homme désœuvré, qui devrait chercher du travail, et qui habite avec son meilleur ami homosexuel en partageant le même lit. Scott est musicien dans un groupe de rock qui tente de percer, et vient tout juste de rencontrer une fille avec qui il sort. Problème : elle est lycéenne, et lui ne l'est plus depuis un bail. Problème : à peine quelques jours après, il rêve d'une livreuse Amazon en rollers, qu'il rencontre le lendemain, et dont il tombe amoureux. Problème : il ne le dit pas à sa petite amie. Problème : la livreuse en rollers a 7 ex petits amis maléfiques dont Scott devra se défaire en combat singulier s'il veut la conquérir.
Scott Pilgrim se lit vite et bien, servi par un format manga parfait, et l'auteur mélange très habilement problèmes sentimentaux, personnages atypiques et drôles, délires superhéroïques à la sauce manga. On a hâte de lire la suite !

Scott Pilgrim tome 1 Précieuse Petite Vie
Bryan Lee O'Malley
Milady Graphics
6.99€

Le Serpent d'Angoisse


Nouvelle réédition chez ActuSF / 3 Souhaits, le prix Rosny Aîné 1988 pour Roland C. Wagner avec Le Serpent d'Angoisse.

Les 3 souhaits propose une vraie bonne initiative avec des rééditions d'introuvables petits formats tous primés, et il faut s'en réjouir !

En effet, même si je ne suis pas un fan absolu de Wagner, il faut bien avouer que ce prix n'a pas été volé ! Il nous propose une uchronie futuriste, où l'être humain a l'opportunité de vivre des loisirs virtuels illimités (tant qu'il paie) grâce à la mise au point d'un sérum qui développe les pouvoirs psychiques des "mutants" prédisposés.
Seulement, tout se passe dans une Amérique ravagée par les crises depuis des dizaines d'années, et la situation plus qu'explosive trouvera un vecteur parfait pour atteindre son apogée par les voyages psychiques.
La finesse de l'auteur, c'est qu'au travers de cette histoire, il réussit à évoquer la déliquescence des Etats-Unis aussi bien que la culture rock ou l'avenir des sciences psychiques et leur impact sur une société.
Petit bémol, le découpage en chapitres rapides est fluide mais parfois difficile à suivre au début, à cause de la multiplicité des points de vues, lieux et personnages - mais la compréhension n'en est pas énormément altérée.

Le Serpent d'Angoisse
Roland C. Wagner
ActuSF / 3 Souhaits
8 €

vendredi 19 mars 2010

La Sagesse des Morts

Et si l'on ne connaissait pas pas toutes les aventures de Sherlock Holmes? Partant de ce postulat Rodolfo Martinez invente une mystification selon laquelle il aurait retrouvé des inédits de Watson narrant d'autres exploits chez un antiquaire. Idée saugrenue mais exercice de style amusant qui entraîne le lecteur dans trois aventures "inédites" respectant à la lettre les caractères de Holmes et Watson et reprenant différents personnages emblématiques ou dont on a juste entendu parler dans les aventures officielles.

Dans la première aventure, La Sagesse des Morts, Holmes poursuit le père de Lovecraft à la recherche du légendaire Nécronomicon. Quels sont les liens du père avec la société ésotérique La Golden Dawn, dont faisait partie Bram Stoker, ainsi qu'avec le Franc-maçonnerie égyptienne? Quels usages peuvent être fait de ce livre maudit s'il tombait entre de mauvaises mains. Mais il ne s'agit pas d'explorer des théories philosophiques ésotériques, nous sommes bien dans une aventure de Sherlock Holmes dans laquelle on croise bien sûr Lestrade et quelques autres personnages comme un indic. On y retrouve donc la rapidité de déduction et d'analyse du célèbre détective vu par Watson.

Dans la seconde nouvelle, Depuis la terre au-delà de la forêt, l'auteur alterne le récit de Watson et le journal de John Seward, le directeur de l'asile psychiatrique de Carfax. Le second décide onze ans après la mort de Dracula de retourner à son château afin d'exorciser ses peurs et... constate que le maudit comte est en fait toujours en vie! S'en suit l'enquête de Holmes suivi de son fidèle Watson jusqu'à l'affrontement et la mort définitive(?) du comte. rappelons que ce crossover avait déjà été envisage dans le roman de Fred Saberhagen The Holmes-Dracula file.

Enfin dans la dernière, L'Aventure du faux assassin on retrouve une aventure plus classique du détective dans laquelle référence est faite aux crimes de Jack L'éventreur mais qui ne tourne pas autour de ce thème.

Si l'on ne comprend pas toujours de ce que certains personnages comme le père de Lovecraft ou Dracula viennent faire dans des aventures de Sherlock Holmes on se laisse quand même prendre au jeu ne serait-ce que pour avoir la surprise de la pirouette de la résolution des enquêtes. On retrouve aussi bien sûr Moriarty même si ce n'est que par évocation. De plus l'auteur a fait le choix amusant de faire passer les personnages de Holmes et Watson pour des êtres réels qui dialoguent et enquêtent avec Conan Doyle, idée qui rappellent Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles.

Note: lire absolument les notes de traduction de Jacques Fuentealba, auteur de Araf dans le recueil Les Sombres Romantiques ainsi que toutes les préfaces et postfaces très intéressantes pour comprendre la genèse du livre et son "importance" dans le corpus de Sherlock Holmes.

Rodolfo Martinez, Éditions Mnémos, collection Dédales, traduction Jacques Fuentealba, janvier 2010

jeudi 18 mars 2010

Tandis que le train traversait d'un trait ce paysage miroitant, cerné de merveilles (merveilles dont ils n'avaient aucune raison de croire qu'elles subsistent l'instant d'après), personne ne regardait le monde. Personne ne le voyait. A un moment donné, un oiseau (une mésange charbonnière, je crois) vint voler à côté du train, plongeant et s'élevant, suivant une trajectoire parfaitement parallèle sur deux ou trois cents mètres après quoi elle bifurqua et s'éloigna brusquement dans le jour clair. Personne ne la remarqua. Les gens discutaient: encore et encore, ils discutaient de rien, démystifiant le monde au fil de leur discours insipide et laid.

La Maison muette, John Burnside, Métailié. Traduit de l'anglais (Écosse) par Catherine Richard.

L'Offrande Secrète, La Fortune de l'Orbiviate, T. 1

Dans un monde inachevé par les dieux dans lequel les paysages se subsistent en un même lieu que quelques instants, un pacte de stabilité a été passé entre ces mêmes dieux et les hommes. Les seconds doivent les prier et obligatoirement avoir la foi pour préserver la paix et gagner ainsi en échange des terres sur lesquels construire leurs temples et sanctuaires. Par des pèlerinages les hommes ont reliés ces terres et ainsi fût formée une terre de stabilité au milieu du chaos et de la mort: l' Orbiviate. Mais le pacte va être rompu et une ville détruire sans raison apparente. Les prêtres décident alors d'envoyer une expédition à la recherche de la mythique montagne immuable.

J'avoue avoir été tout de suite séduite par l'argument de départ de ce roman. Pour une fois qu'une compagnie ne recherche ni un anneau, ni un objet magique ni un personnage complètement paumé! Je ne suis pas une grande fan de Fantasy mais les descriptions successives des paysages ainsi que les alternances entre découverte de ces décors et morts particulièrement violentes m'ont vite convaincues. Je me suis parfois demandée si je n'étais pas plus intéressée par ces deux aspects plutôt que de suivre l'évolution des relations entre les neuf personnages constituant cette compagnie. J'ai en effet trouvé les dialogues parfois trop causant, me désintéressant parfois conflits internes... d'où le fait que les morts violents m'aient parfois positivement réveillé.
Du coup ce roman m'a accroché et j'ai eu envie d'arriver jusqu'au bout afin de savoir ce que devenaient les personnages malgré le rationnement des vivres, et surtout savoir s'ils allaient finir par s'entretuer!

En conclusion je remercie les Éditions Mille saisons d'avoir accepté de jouer le jeu de la chronique et de leur accueil chaleureux au salon Zone Franche de Bagneux et ai hâte de découvrir le second tome pour savoir si le personnage du géographe parviendra à cartographier ce monde éphémère et si la mythique montagne existe réellement.

Beaucoup de bonus très intéressants sur le site de l'éditeur ( extrait, site officiel du livre, carte du monde et interview de l'auteur).

Roland Vartogue, Éditions Mille Saisons, mai 2008.

mercredi 17 mars 2010

Le Royaume Enchanté de Paul Kidby

Surtout connu pour ses liens avec Terry Pratchett, dont il illustre les couvertures du Disque-monde (L'Atalante) depuis la mort de Josh Kirby en 2001, et avec lequel il a coécrit L'Art du Disque-Monde en 2007, Paul Kidby collabore cette fois avec sa femme.

Le Royaume enchanté est un hommage à mère nature en quatre partie.
Dans la partie sur La gent ailée on croise fées, lutins, gnomes, nains, griffons et gnome des arbres à dos de chouette.
Dans la partie sur le peuple de la terre on croise licorne, chasseur de choux, attrapeur de noix et gobelins.
Dans la partie sur Le peuple des mers on croise nymphes, sorcières et sirènes.
Enfin dans la partie sur Le peuple du feu on croise forge, fée de la foudre, nymphe du feu, chasseurs d'étoiles, dragons de légende et maître-dragon.

On ne peut qu'être émerveillé devant ce spectacle mariant parfaitement dessins et textes humoristiques qui donne envie de revoir tous le travail de ce maître de l'illustration.

La bande annonce et des planches originales sur le site de l'éditeur

Paul et Vanessa Kidby, Éditions Daniel Maghen, novembre 2009.

lundi 15 mars 2010

Le son physique ordinaire est pauvre en énergie, c'est une variation de pression minimale au-dessus de la pression générale de l'atmosphère. Même un orchestre symphonique de cent musiciens, qui se déchaînent sur un passage wagnérien gonflé à bloc, ne produit pas en une heure assez d'énergie acoustique pour réchauffer une tasse de café.

La Petite Fille silencieuse, Peter Hoeg, Actes Sud. Traduit du danois par Anne-Charlotte Struwe.

dimanche 14 mars 2010

Je me souvenais d'une histoire que mère m'avait racontée un jour: il était question d'un esprit des eaux qui vécut jadis parmi les herbes dans de sombres étangs et rivières. Cet esprit s'appelait Jenny Greenteeth et je suppose que dans le livre, il devait s'agir d'une femme, mais je me l'imaginai comme un quasi-hermaphrodite, à la fois femme, homme et poisson, une chose fichée dans le cours de la rivière, percevant le moindre remous, le moindre rond dans l'eau. Pour moi, cet esprit possédait cette sensibilité spéciale propre aux poissons, qui veut qu'une simple averse semble une grêle de coups sur l'échine: il faisait la différence entre les perturbations normales survenant à la surface et les pas d'un enfant ou le fourragement d'un bâton sondant la profondeur. Dans le livre, il était décrit comme un démon ridé tout en os et chevelure, qui surgissait de l'eau, ses longs ongles et ses dents crochues enduits d'algues et de mousse. Mais lors de mes excursions à la rivière, je me représentais quelque chose de plus subtil, de presque invisible. Aussi vif qu'un brochet, il fondait sur sa proie puis disparaissait dans les profondeurs, mais il n'y avait ni cris, ni sang, ni horreur immédiate. Un calme trompeur retombait sur la rivière: les oiseaux recommençaient à chanter, le soleil pointait entre les nuages. L'enfant victime ne se rendait pas compte de ce qui s'était passé. Au bout d'un moment, il commençait à s'ennuyer et rentrait chez lui, où personne ne remarquait le moindre changement. Mais ce changement s'était produit en profondeur, enfoui sous l'apparence de la normalité. Cet enfant-là ne serait plus jamais le même. En grandissant, il se muait en créature sombre et froide, une créature de la rivière. Il discernait des perspectives que les autres ne voyaient pas et se fondait là-dessus pour agir. Les gens commençaient à le considérer comme un monstre, mais à ses yeux, eux n'étaient guère que des spectres. Son monde était différent du leur. Dans son monde à lui, leurs pensées, leurs actions, leurs jugements n'avaient aucune consistance.

La Maison muette, John Burnside, Métailié. Traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard.

lundi 8 mars 2010

Sad ending. Isn't it?: En Quête de Nathalie Salvi


"Réhabilitation", en première place de l'anthologie Ouvre-toi! (dont je vous rebats les oreilles, mais que voulez-vous, je fais dans la continuité), fut ainsi choisie pour être la toute première nouvelle découverte (excepté par les petits malins qui lisent les nouvelles dans le désordre) par les premiers lecteurs des éditions Griffe d'Encre. Hugo y découvrait la magie des "mots qui s'assemblaient pour faire des bonds, des cabrioles et parcourir des kilomètres", mise en abyme vertigineuse, on entrait dans deux mondes à la fois celui de l'auteure et celui de l'éditeur. J'ai découvert, un peu en décalage (de deux ans quand même), Nathalie Salvi par cette nouvelle inaugurative à plusieurs titres. Cette éloge de l'imagination avait certainement donné envie d'en lire plus et Griffe d'Encre avait donc publié, une dizaine de mois après Ouvre-toi! (avec, entretemps, un détour par Sortie de route, dans la collection "Novella"), ce recueil intitulé En Quête.

En quête de quoi? de burgers? d'un pub? ou d'une booone aubeeerge? Mais non, dirai-je aux personnes à qui sont destinées ces private jokes. Tout est dit dans le sommaire, à chaque nouvelle est attribuée (par l'auteure ou les co-directeurs de collection?) une notion ou un sentiment que je signalerai en italiques et entre parenthèses (comme s'il n'y en avait pas déjà assez).

Permettez-moi de débuter avec le moins bon. Dans "A mon insu" (... d'immortalité), c'est surtout l'atmosphère guimauve qui m'a un peu irrité. Cette histoire de vie après la mort m'a laissé une mauvaise impression personnelle qui n'est que peu compensée par la petite ambiguité finale. Nathalie Salvi semble apprécier particulièrement, je vais développer plus loin, les fins inattendues. Hélas, c'est prévisible dans "Recycl'âge" (... de rajeunissement) où une femme, devant les yeux de son mari, gagne deux ans par mois, et c'est décevant dans "Charme blanc" (...d'amour réciproque) et sa naïve jeune femme qui fait une petite erreur lors de l'envoûtement du prince charmant. Je suis plus convaincu par les dix-sept nouvelles restantes.

Ne m'en voulez pas pour mon laconisme, mais la nouvelle à chute est un exercice qui interdit tout épanchement superflu potentiellement nuisible à la surprise, donc au plaisir de la lecture. Pour employer des comparaisons, compliments que vous saurez démasquer, les amateurs des Contes de la Crypte ou de Fredric Brown passeront de bons moments. Pour preuve ces quelques perles d'humour noir écrites sur un ton badin mais qui s'amusent à donner une ultime petite distortion.
Elle est littéraire dans "Risque zéro" (...d'aventure assistée) où la banale mais gentille Lucie ouvre la porte chaque soir à un personnage tout droit sorti de ses lectures en cours (trop classiques et conventionnelles à mon goût, mais peut-être est-ce pour coller au personnage).
Acide, voire dénonciatrice du poison télévisuel de ces dernières années, dans "Révélations" (...de pouvoir), où Suzie voit sa vie s'écrouler suite aux confessions de sa fille et de son mari, alors que...
Goûteuse dans "L'Elixir" (... de scoop) où un journaliste du Dégustateur Illustré apprendra trop tard le secret de fabrication de la fameuse Chartreuse Verte. (Si tu vomis... vomis là-dedans.)
Macabre (je parle toujours de la distortion finale, pour ceux qui ne suivent plus) dans "Qu'en sera-t-il cette année" (...de farniente) où l'on fait connaissance avec le pays des Contents, peuple si facile à vivre qu'on est très facilement tenté de profiter d'eux.
Absurde, avec le personnage de "24" , nombre qui le fascine à cause d'une série de coïncidences qui le poursuit.
Possessive dans "Les Patineurs" (... de maîtrise) où une jeune fille aime regarder le patinage artistique en compagnie de sa mère, surtout quand le patineur agit de façon plus que bizarre envers la patineuse.
Proverbiale (hum...) dans "Les Faucheurs" (... de sensations), quand elle illustre le célèbre "tel est pris qui croyait prendre", avec pour victimes deux kleptomanes qui en veulent toujours plus.
Sans oublier la surprenante rébellion d'un peuple Playmobil dans "Tout un monde" (... de supériorité). D'ailleurs ce n'est pas la seule nouvelle où les objets prennent vie. "Chaisifiée" (... de valorisation) met en scène une chaise de bar pensante. Avec entre autre sa rivalité avec les tabourets. Dans l'esprit exercice de style récréatif de l'émission "Les Papous dans la tête", le dimanche midi sur France Culture (est-ce toujours diffusé, d'ailleurs"?).

En Quête possède donc un ton en grande partie léger et distancié. Mais le recueil n'est pas si homogène, Nathalie Salvi propose également des nuances plus sombres. Catégorie nouvelle inclassable on trouve "Des Corps en scène" (... d'étonnement), qui sous la forme d'un article de magazine d'art du futur témoigne du retour du laid et du répugnant en tant que tendances esthétiques. Clin d'oeil aux détracteurs des plastic people. Du genre de Chloé, la vaniteuse beauté, Narcisse moderne au féminin, de "Réflexion d'une frivole" (... de minceur) qui se retrouvera diaboliquement piégée.
Sans aucun doute le texte le plus dur, "Cocotte-minute" (... d'une preuve d'amour), révèle cette fois la facette brute de l'auteure. Violente et sans concessions, l'histoire d'un adolescent emprisonné qui raconte le pourquoi de ses actes.
"Like A Virgin" (...de première expérience amoureuse) raconte comment une jeune fille rêveuse et poète s'éprend à distance d'un marin. Loin d'être mauvaise, je reste intrigué, sans exprimer de reproche, sur le choix de cette nouvelle à jouer le rôle du point final. Une triste fin qui jette un froid, non? Au contraire, "Piqué à vif" se révèle cruellement plus chaleureuse, au sens littéral du terme, avec pour victime un adolescent qui s'éprend d'une pin-up, image qui s'incarnera et qui l'emportera dans son monde à la moiteur étouffante.
Les meilleures nouvelles sont celles qui appellent à la compassion envers des personnages blessés ou en proie au mal-être de ne pas se sentir à leur place. Ainsi, "Cœur pur" (... d'explications) où l'auteure nous présente Robert, un simple d'esprit incompris qui assiste, impuissant, aux malheurs sentimentaux de la belle Angèle.
Ou "La Passerelle" (... de bonheur), où le personnage cherche à se libérer d'un quotidien trop étriqué, qui nous montre une facette poétique mais douce-amère, avec une fin à la Brazil.
La magnifique nouvelle qui ouvre le recueil, "Le Lit d'une reine" (... de fusion), raconte la rencontre entre Mélusine, fillette mélancolique qui appréhende avec angoisse son entrée dans le monde adulte, et un lombric géant qui lui offrira son amitié et sa chaleur.

Là où "Réhabilitation" égayait l'esprit d'une écriture innocente, ces vingt nouvelles, même si elles gardent cet aspect enjoué (à quelques exceptions près), prennent souvent le lecteur à contrepied. Non par sadisme mais dans un élan joueur et complice. C'est le sourire que l'on gardera, teinté parfois d'un petit frisson.

En Quête, Nathalie Salvi, Griffe d'Encre, collection "Recueil" dirigée par Karim Berrouka & Michaël Fontayne, 14€. Merci à Magali Duez et Magali Villeneuve (pour la "grifouille diabolique").

dimanche 7 mars 2010

Fantaisies souterraines - Nues dans le métro


Voici un exemple ravissant des livres de photographies de l'éditeur Ragage collection Charme et érotisme.

Dans.Fantaisies souterraines - Nues dans le métro le photographe Jam Abelanet nous livre ses fantasmes inspirés par ses rêveries dans le métro parisien. Femmes nues ou un peu habillées de vêtement ou de cordes de bondage photographiées avec art et sensualité. Le photographe privilégie une approche ludique de la réappropriation des lieux et lumières plus sous forme de rêverie que d'exploration exhaustive de pratique sexuelle. Les photographies sont elles-même dénuées de commentaires mais une préface rappelle l'approche artistique de l'artiste.

Chaque titre de la collection est vendu avec un tirage photo.

Une interview du photographe
Son site officiel
Fiche sur le site de l'éditeur

Jam Abelanet, éditions Ragage, collection Charme et érotisme, mai 2008.

Continent Dark - Introduction aux subcultures sombres

Voici le premier essai de la collection Nexus ainsi présenté en exergue de Continent Dark.

"Crée par Thomas Ragage en 2009 et dirigée par Philippe Rigaut, la collection Nexus publie des ouvrages de réflexion autour des impensés de notre présent, dans une perspective de dialogue entre sciences humaines, philosophie, littérature et création artistique décalée. Nexus s'adresse à tous ceux qui estiment que les neurones sont faits pour être mis en ébullition, aux amateurs d'œuvres et de débats originaux et exigeants en symbiose avec les manifestations aiguës du contemporain"

La première chose qui saute aux yeux à la vision de cet essai est l' évident travail de fabrication et de façonnage. Chaque partie est séparée par une ou plusieurs page(s) noire(s) avec parfois des citations de philosophes, écrivains ou artistes de tous bords. Un marque page en tissu noir est intégré et sert de marque page à l'ancienne. Chaque numéro de chapitre et séparateur de partie d'argumentation est dessinée par Akiza. Cet aspect illustre d'emblée le point de vue multidisciplinaire de cet essai.

En sa qualité de sociologue Philippe Rigaut explore les multiples aspects de la scène Dark.

Dans une première partie il aborde sous forme d' historique les héritages littéraires: du mythique séjour de Lord Byron, Percey et Mary Shelley et Polidori à la Villa Diodati en juin 1816 au cours duquel, selon la légende, auraient été écrit Frankenstein et Le Vampire de Polidari au grands mythes littéraires ainsi que l'héritage de Lovecraft et de la littérature gothique. Il enchaîne avec l'apparition de l'inconnu, de la psychanalyse, du merveilleux, du spiritisme et du rationalisme avec le personnage de Sherlock Holmes. Puis le surnaturel avec les studios de la Hammer et Universal ainsi que les codes cinématographiques de l'expressionnisme allemand et l'essentiel Freaks de Tob Browning. Vient ensuite la transition avec le Dadaïsme et le surréalisme en littérature. Puis les différents genres de Sciences Fiction et Fantasy romançant certaines mythologies et faits historiques. L'auteur rappelle à ce stade le rôle essentiel de l'aspect communautaire organisé autour de fanzines, webzines et lieux alternatifs. Enfin il met en avant l'émergence des figures des cyborgs, thèmes uchroniques tels les voyages dans le temps avec l'apparition des genres Steampunk, Cyberpunk et Splatterpunk (terme que j'avoue découvrir grâce à cet essai) et marque le syncrétisme transgenre entre SF et Thriller par exemple. Et termine sur le passage aux multisupports autant pour la littérature, le cinéma que les arts.

Dans la seconde partie de son essai Philippe Rigaut aborde les subcultures Dark par le rôle de "colonne vertébrale" de la musique.
Il explique bien les différences entre New Wave, Cold Wave, Industrial,Métal, Batcave, Heavenly Voice et Dark-Folk. Puis développe l'importance des webdesigners, photographes, illustrateurs et créateurs de jeux vidéos et le rôle essentiel du web ainsi que des expositions dans des lieux représentatifs de ces subcultures pour la socialisation ainsi que le rôle fédérateur du cinéma.
Il aborde ensuite les formes d'érotismes inspirés par la sophistication des représentations fétichistes et SM ainsi que les lieux, les soirées et cinéma expérimental y étant rattachés, les différents performers et met au clair quelques clichés sur l'utilisation de l'esthétique du totalitarisme. Enfin il aborde la vision déformée des médias de ces subcultures ainsi que l'importance des lieux, soirées mais aussi réseaux sociaux dans la théâtralisation et mise en contact des différents acteurs de la scène avec leurs fans.

Chaque exemple emblématique de livre ou de groupe est accompagné d'un cours mais accrocheur résumé.
En conclusion Philippe Rigaut nous propose une introduction parfaite aux différentes subcultures Dark. Les notes de bas de pages sont essentielles et doivent être explorées en détails ainsi que toutes les références littéraires, musicales, philosophiques et artistiques, comme l'auteur le souligne d'ailleurs en introduction.
Pour ma part, même si pour être honnête je connais la plupart des références littéraires et cinématographiques, cet essai m'aura permis d'apprendre l'existence des ouvrages suivants que je compte n'approprier dans les plus brefs délais: Ethique et esthétique de la perversion, Janine Chasseguet-Smirgel, les classiques de Champ Valon (2006), Le Fétichisme, perversion ou culture?, éditions Belin (2004) et tellement d'autres!

Biographie de l'auteur

Philippe Rigaut, éditions Ragage, collection Nexus, novembre 2009.


Note: l'auteur et l'éditeur nous avaient fait l'amitié de venir présenter cet essai lors de la dernière cession de Place aux Livres, un grand merci à eux pour leur soutien.

Lemashtu

On a parfois l'impression qu'il n'y plus rien d'innovant à écrire sur les histoires de vampires. Les éditions Griffe d'encre nous surprennent une fois de plus avec la publication de ce roman de Li-Cam.

Je précise ne pas recopier la quatrième de couverture par facilité je me suis simplement beaucoup creusé les méninges pour résumer ce roman pour en arriver à la conclusion que je ne pouvais pas faire mieux...

"Lemashtu Dracul, futur Roi de Walachie, a dû fuir la Roumanie et l’oppression dont sont victimes les siens.
En exil à Londres, il a pour seuls compagnons deux stryges : Féhik, un prêtre dont la sévérité n’a d’égale que la propension aux sarcasmes ; et Aratar, un maître enseignant suspicieux et moralisateur.
Lem étouffe sous la surveillance constante de ses aînés et les innombrables règles de sécurité édictées par le Vatican. Il aimerait pouvoir vivre comme les autres adolescents.
Mais Lem n’est pas humain. À l’aube de ses quinze ans, il sent monter en lui des pulsions obscures et commence à prendre la mesure de sa véritable nature.
L’arrivée de Liéga, un jeune strigoï, vient bousculer son morne quotidien et le confronter à la vérité.
Et si Lem se trompait, s’il était infiniment plus précieux qu’il l’imaginait…
Si c’était lui qui était en danger… "

Li-Cam nous fait suivre les pas de cet adolescent qui découvre peu à peu sa nature et se pose aussi les questions que tout ado se pose sur la sexualité, l'amour et sa place dans la société à laquelle il appartient. Mais il découvrira que tous ses sujets sont encore plus tabous dans son cas. En effet ses compagnons ne tiennent pas vraiment à ce qu'il prenne conscience du danger qu'il encourt. Nous prenons alors conscience en même temps que lui de ces dangers caractérisés par des fiches signalétiques des différentes castes de vampires ainsi qu'en parallèle les résultats de l'enquête de Régularisation du Vatican à propos d'un de ces ancêtres.

Si j'avoue de pas avoir tout compris à propos de cette enquête autant au niveau de ses implications pour l'avenir du héros que du pourquoi du comment j'ai par contre beaucoup aimé le côté crise de cet ado qui se retrouve bien malgré lui impliqué dans une intrigue de pouvoir familiale ancestrale. La fin, que bien sûr je ne révélerais pas, est particulièrement inattendue et gore par rapport au côté un peu romance bluette dans le développement sur sa présence dans un établissement scolaire et le "Club des Impétueux de Saint Charles".

En conclusion un roman qui sans renouveler totalement le genre instaure quand même une nouvelle vision d'une hiérarchie vampirique par la révélation successives de fiches signalétiques et apporte un côté découverte par les yeux d'un ado qui en sait autant que le lecteur au début de l'intrigue.

Premières pages à lire sur le site de l'éditeur

Li-Cam, Éditions Griffe d'encre, janvier 2009.

Sous la baguette du Reich - le Philharmonique de Berlin et le national-socialisme

La venue en France du philharmonique de Berlin, bon d'accord c'était le mois dernier à la salle Pleyer je suis un peu en retard..., est pour moi une bonne occasion pour vous parler de cette biographie sortie chez Héloïse d'Ormesson en septembre 2009, je suis très en retard dans mes lectures aussi... et enfin parce que parler musique classique ça change de Camion Blanc, mode private joke off.

Dans cette biographie de Misha Aster le célèbre philharmonique ouvre pour la première fois ses archives afin d'éclaircir certains mal entendus quand à son emploi comme organe de propagande par les nazis. Fondée bien avant la période nazie, en 1882, l'association autogérée dans laquelle seuls les musiciens sont actionnaires ressemble d'avantage à sa fondation à une mini république qu'à un ensemble dépendant d'un quelconque organisme d'état ou autre forme de création subventionnée donc devant des comptes sur sa gestion, sa programmation ou les musiciens qu'elle emploi. En l'espace de 50 ans l'association acquiert une réputation mondiale mais est malheureusement rachetée par le Reich en 1933 à cause de problèmes financiers. Elle passe alors d'un statut d'association indépendante à celui moins envieux d'organe de propagande dirigé par Goebbels et son ministère de l'éducation du peuple et de la propagande. Le philharmonique devient alors le fer de lance de la propagande nazie et se produit dans toutes les plus grandes manifestations. Mais s'il acquiert ainsi de multiples privilèges un mélange de peur, de gratitude et de révolte se développe insidieusement.

L'auteur, grâce principalement aux archives du philharmonique dépeint les luttes d'opinion au sein même de l'association, regroupant de manière qui pourrait sembler contradictoire partisans du régime nazi mais aussi quelques musiciens juifs, mais s'intéresse aussi aux portraits des dignitaires les plus importants du parti et leurs influences, ainsi qu'aux marques laissées, au combien essentielles à étudier pour une meilleure compréhension de l'évolution des différentes interprétations des plus grands artistes classiques, par les différents chefs d'orchestre successifs.

Une biographie passionnante pour comprendre non seulement l'intérêt musical mais aussi les implications politiques d'une institution emblématique d'un pouvoir mais aussi dissidente quand à sa gestion interne. Un carnet de photographies en noir et blanc permet de retracer les évènement essentiels.
J'ai particulièrement apprécié le fait que l'auteur insiste sur le fait qu'elle n'a pas pu explorer tous les aspects historiques et que de multiples approfondissements sont encore possibles.

Misha Aster, Éditions Héloïse d'Ormesson, traduit de l'allemand par Philippe Girandon, septembre 2009.

Du Bateau-usine au quai de Ouistreham..

Deux lectures aux thèmes similaires, deux époques, deux lieux, mais toujours la même idée suscitée : à l'homme en situation précaire on lui enlève sa dignité, ses droits, jusqu'à en faire une chose, une "main d'oeuvre" et à en oublier son humanité.

Sur "le quai de Ouistreham" je ne m'éterniserai pas. Florence Aubenas n'en a volontairement pas fait un ouvrage de recherche sociologique, plutôt un témoin.

Journaliste elle se glisse dans la peau d'une chômeuse en situation précaire, dans la région de Caen. Elle rejoint ces hommes et femmes à la recherche d'une heure ou deux, du sacro-saint "CDI", quitte à en baver, à devoir dire "oui" à tout et au pire, pour ne pas être hors-course, à travailler au delà de ses heures, sans reconnaissance, remuant la crasse dissimulée sous les intentions mielleuses d'un patron. C'est la crise, c'est le pôle emploi qui se mord la queue, c'est l'homme que l'on ne regarde plus ou que l'on essaye d'ignorer et qui lance cet appel : où allons-nous? et qu'arrive t'il à ceux qui baissent les bras?

Pour continuer sur ma lancée, je viens de finir "Le Bateau-usine", grand classique de la littérature prolétarienne nippone, paru en 1929, écrit par Kobayashi Takiji qui mourra 4 ans plus tard sous la torture policière. Depuis 2008, le livre connait une recrudescence populaire au Japon. On comprend aisément pourquoi dans le contexte actuel.
Le texte nous fait partager la vie (la survie) d'ouvriers et marins qui partent à la pèche aux crabes à bord de "bateaux-usine", vieilles carcasses remises à neuf, dans des eaux froides et hostiles entre le Japon et la Russie.
Brimés, malades, abrutis par le travail, ces hommes que l'auteur n'a volontairement pas identifiés se regroupent, et finissent par se révolter.

Le texte dépasse les idéaux propagandistes de l'époque et s'ancre dans la réalité. Kobayashi Takiji a fait des recherches et écrit d'après témoignages, inspiré par des évènements réels. Il en profite pour dresser le portrait de différents corps de métier, du mineur aux ouvriers du batiment dans l'île d'Hokkaido nouvellement exploitée, aux noms de grands patrons.

Il y a plusieurs éléments de qualité dans cet ouvrage édité chez Yago. D'une part sa traduction par Evelyne Lesigne-Audoly, qui rend hommage au style visuel et réaliste de l'auteur. Ce dernier qui nous emporte littéralement à bord du bateau, ses odeurs infectes, ses poux, ses maladies, les tempêtes, la sueur mêlée aux odeurs rances d'entrailles de crabes. De ses hommes que l'on imagine aisément, auxquels on s'identifie, pour leurs forces et leurs faiblesses ; et puis à la fin du livre, une postface explicative réalisée par la traductrice, assez bien foutue ma foi, qui remet les choses en contexte, depuis l'oeuvre et la vie de Kobayashi Takiji jusqu'à son impact dans le Japon contemporain.

On n'a pas fini d'en parler, sera t'il un jour temps d'agir?

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas Ed de l'Olivier 19€
La Bateau-usine, Kobayashi Takiji, trad Evelyne Lesigne-Audoly Ed Yago 18€

mardi 2 mars 2010

Gagner la guerre

Ce roman est tout simplement dément. Pour commencer, imaginez un livre de 688 pages où jamais on ne s’ennuie, et où, malgré les nombreuses actions, on reste souvent surpris voir époustouflé, et ce, jusqu’à la fin ! Dès le départ, l’auteur donne le ton. On retrouve Benvenuto Gesufal, le maître assassin présent dans le recueil Janua Vera (que je n’ai pas lu mais vais m’empresser de le faire). Ce dernier, au service du Podestat Ducatore, se trouve à bord d’une galère après la victoire de leur flotte au Cap Scibylos. La guerre contre Ressine est gagnée. Et c’est là que tout commence, car cette victoire ne sera effective que si elle est exploitée par ses vainqueurs. Je n’en dirais pas plus car il ne faut rien dévoiler au lecteur potentiel de cette captivante aventure.
L’auteur maîtrise son sujet et est parfaitement renseigné sur ce qu’il écrit. Batailles navales, conditions de détentions, trames politiques et même médecine, tout est brillamment construit, ce qui participe à ce côté époustouflant cité plus haut. Dessinée sur une trame italienne de la Renaissance, la république de Ciudalia, est parfaitement décrite et calquée sur des éléments historiques extrêmement crédibles. Lorsque l’on s’enfonce dans les terres, on retrouve un monde d’inspiration germanique plus proche d’une fantasy plus classique. On croise quelques elfes et même un nain. En parallèle à cette construction parfaite, le héros et narrateur Benvenuto fait preuve d’un esprit terriblement intelligent. Tout s’enchaine à grande vitesse, pour le plus grand bonheur du lecteur. Les évènements autant que les actions des personnages (combats, raisonnement) sont incroyables de logique et de précision. L’intelligence, voilà un mot clé de ce roman.
S'il est un autre exploit de l’auteur dont je souhaite parler, c’est sa capacité à rendre attachant un assassin sans scrupules ! Étant le narrateur, c’est lui qui nous guide durant ces 688 pages. Seulement voilà, il est terriblement humain cet assassin, et terriblement intelligent. Toutes ses actions sont justifiées par un esprit logique, et sensé comme vous et moi ; alors on le suit, et on prend plaisir à le faire.
Enfin, les trames politiques décrites font preuve d’une grande lucidité et d’un raisonnement sans faille. La lecture devient captivante, puis passionnante et enfin époustouflante. Une fantasy intelligente (on l’aura compris) qui justifie pleinement les prix que Jean-Philippe Jaworski a reçu, surtout lorsque l‘on sait qu‘il s‘agit de son premier roman (prix imaginales 2009, prix du premier roman Région Rhône-Alpes 2009).

Jean-Philippe Jaworski, Les moutons électriques, 2009, 688 pages, 28€

lundi 1 mars 2010

Ananké n°2 et Pouvoir et Puissance

Comme promis dans la chronique des Sombres Romantiques voici les présentations du fanzine et de l'anthologie de nouvelles dirigés par Cyril Carau, auteur de Le Choix de Fausta, découverts au festival Zone Franche à Bagneux.

Ananké, fanzine du polar et de l'étrange présente dans son second numéro sept nouvelles, une bande dessiné et deux illustrations couleurs.
Dans Le Prédateur Yves-Daniel Crouzet nous offre la lecture du journal intime d'un assassin sadique et de son escalade criminelle. Une nouvelle qui rappelle que tant qu'on n'arrête pas les fantasmes meurtriers d'un assassin celui-ci s'enferme dans une escalade de violence toujours plus violente. Un modèle psychologique qui rappelle American Psycho de Bret Easton Ellis.

Dans Scoumoune d'Albin Lazariani on suit un hold-up "un petit peu raté"... Un sujet qui pourrait paraitre banal mais qui est transfiguré par l'utilisation de l'humour noir!

Dans Basse œuvre Axel Angel nous plonge dans le monologue intérieur de la lamentation d'un second couteau dont la prise d'otage n'a pas tourné comme prévue... Une nouvelle à l'humour très noir sur la puissance des mots!

Dans Tri sélectif Romano Vlad Janulewicz montre ce que peut donner à l'extrême cette pratique écologique!

Dans La Relève Max Philippe Morel décrit avec humour la passation de pouvoir entre Rocambole et Arsène Lupin! L'utilisation de la bande dessinée permet de mettre en relief les différences de costume, d'âge et de style entre ces deux personnages mythiques.

Dans L'Absent Laeticia Carau nous plonge dans la psyché d'un enfant perdu entre son monde intérieur et la réalité d'un asile psychiatrique. Une mise en abîme aussi courte que passionnante et troublante!

Dans La Vieille Margot une jeune voisine découvre lors de l'inondation de la maison de sa voisine tant appréciée le lourd secret que celle-ci cache depuis la seconde guerre mondiale. Une plongée envoûtante dans la psyché d'une femme ni plus méchante ni plus perverse qu'une autre qui lutta pour survivre.

Enfin pour sa seconde nouvelle,Écho, Yves-Daniel Crouzet nous entraîne dans le regret et la nostalgie éternelle d'un homme d'âge mûr attiré par une jeune et jolie demoiselle sur un bateau qui se suicidera.

En résumé un fanzine mettant en avant un humour noir savoureux à absolument suivre!

Note: chaque nouvelle est suivie ou précédée par une courte biographie de l'auteur et de l'illustrateur mettant en valeur le thème principal de l'histoire.

Site officiel du fanzine


Pour sa première anthologie de nouvelles la jeune maison d'édition Sombre Rets a choisi le thème de "Pouvoir et Puissances" afin de décrire toutes les extrêmes dont est capable l'être humain traité sous quatre aspects.

Dans la première partie A n'importe quel prix...

Dans Le Principe de la mandragore de Richard Maurel Un monstre est enfermé entre deux réalités. Une assemblée mafieuse essaie de le faire passer dans leur réalité en sacrifiant un pion inutile. Mais la situation va se renverser... Quand la vengeance aveugle prend le pas sur le danger général encouru.
Dans Bémol tragique ou la fin des chantres(personne qui chante à un office religieux ) Alsem Wiseman nous plonge en un temps mythique lorsqu'une caste de chanteur pouvait amener la paix dans le royaume. Et si ce chant causait l'effet inverse et qu'il ne s'agissait que d'une question de choix?
Dans Aboulanol Charlotte Bousquet aborde sous une forme terrifiante une nouvelle soumission mentale médicamenteuse. Le meurtre pourrait être alors télécommander par un scientifique sadique.
Enfin dans Une Double allégeance Patrick Duclos aborde la dure question des contradictions humaines: comment défendre une cause tout en lui nuisant?

Dans la seconde partie Cet Allié qui vous trahit...

Dans Le Catalyseur Aurélie Wellenstein décrit un pouvoir qui peut avoir la fonction de catalyseur ou son contraire selon la personne qui le possède.
Dans Le Standardiste David Osmay suit la vie routinière d'un jeune standardiste qui accepte d'échanger son poste avec un tueur pour pimenter ses nuits. Mais tiendra-t-il moralement le choc?
Dans Heroïc Anonymous Estelle Valls de Gomis aborde le sujet tabou de la sensibilité émotionnelle des super héros comme véritable handicap. Ils sont suivis par un psychologue spécialisé!
Dans Change-peaux Elie Darco abord la vengeance comme un virus qui se transmettrait de corps en corps par transfiguration , selon une légende indienne.

Dans la troisième partie Besoin vital et transcendance...

Dans Stabat Mater Céline Brenne explore la psyché d'une prêtresse à la vie morne qui attend l'incarnation de sa déesse mais dont le sacrifice ramènera aussi l'image du diable (Notre Dame des rêves contre Maître Boucher).
Dans Le Serviteur Philippe Deniel narre les alliances entre peuples imaginaires et grandes nations et les utilisations des pouvoirs magiques par les pays despotiques. Mais lorsque qu'un homme pensera posséder l'œil de Raspoutine les équilibres seront bouleversés au point d'anéantir le monde.
Dans La Mission François Manson décrit un peuple d'êtres au chant très séduisant, les Lancelles, qu'une loi interdit de violenter. Mais le but final de ces êtres n'es pas forcément celui que l'on pense. Quant la séduction féminine est une question de survie.
Dans Evolution Didier Reboussin un homme fait des limites du bilan de l'évolution humaine... et décide d'en finir.

Dans la dernière partie Des Visages de l'absolu...

Dans D'un claquement de doigts Thibaut Scohier décrit les exploits d'un soldat qui se bat contre les éléments jusqu'à ce qu'un autre le défi pour tester son sens des priorités. J'avoue ne pas avoir tout compris à cette nouvelle.
Dans Les Corps désirants: l'épreuve 13 Antoine Coppola décrit la mise à l'épreuve d'une personne, ombre dans la ville, par son inconscient ou une voix extérieure (selon l'interprétation) qui cherche à la détruire physiquement (hallucination?). L'auteur aborde le thème du dur retour à la vie par la volonté de s'en sortir.
Dans Disques de Bruno Grange la découverte de mystérieux disques de nacre dans une grotte transforme le quotidien d'un jeune couple à la vie tranquille. Mais phénomènes étrangementpositifs se produisent dans leur vie. Le gouvernement les laissera-t-ils posséder un tel pouvoir? Mais le pouvoir principal de ces disques ne serait-il pas d'ouvrir un passage vers un autre monde? Une nouvelle qui finit trop en trip ésotérique pour moi.
Enfin dans Le Rouge, le blanc et l'artefact Anthony Boulanger décrit une lutte inspirée par des sentiments bien humains au pied d'une caverne renfermant un artefact magique.

Un recueil dont la dernière partie m'a moins accroché mais qui m'a donné envie de suivre tous les auteurs!

Note: des biographies des auteurs et illustrateurs de chaque nouvelle à la fin de l'ouvrage.

Site officiel de l'éditeur

Collectif, Éditions Sombres Rets, octobre 2009.