"Rana Toad", ça se mange?

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lundi 28 décembre 2009

Color our world blackened: Zulu de Caryl Férey


Il y a peut-être 3 ou 4 ans maintenant, j'avais beaucoup regretté qu'une revue comme feu Shangaï Express n'ait pu continuer ses efforts au-delà du quatrième numéro. Pas seulement parce que j'ai eu la mauvaise idée de m'y abonner (45€ que je n'ai pas récupérés, d'ailleurs), mais aussi parce qu'elle promettait une qualité suffisante pour combler le vide laissé par Mystère-Magazine (que je suis bien évidemment trop jeune pour avoir connu, mais que je collectionne).

Une histoire de Caryl Férey, dont je ne saurai jamais la fin (quoiqu'en cherchant...), était proposée chaque mois, par épisode, dans Shangaï Express. Assez prometteuse pour figer le nom de son auteur dans mon crâne. Un ou deux romans (Haka et Utu fresque-dyptique australo-néo-zélandaise particulièrement) s'était donc ajoutés à une liste virtuelle de prochaines lectures.

Je ne raconterai pas de bobards en vous disant que j'avais lu Zulu lors de sa sortie en avril 2008 et que j'avais prédit tous les prix qu'il allait recevoir. Bien au contraire, le service de presse gentiment fourni par Gallimard est resté, à mon grand regret, trop longtemps dans le débarras au fond de la boutique. Oh j'avais bien l'intention de l'ouvrir un jour où l'autre, et il restait dans un coin de ma tête. Les Prix ont contribué certes à me décider de le faire mais c'est une cliente qui a enfoncé le clou (expression bien choisie, n'est-ce pas, si vous avez déjà lu le bouquin). Une cliente avisée et amatrice de bons polars qui vous dit que c'est le "coup de poing" de l'année est un argument décisif. "C'est pas toi, logiquement qui aurait dû lui conseiller le bouquin, à l'origine?" Eh bien euh... d'abord, euh, c'est pas le sujet du débat, recentrons tout ça, voulez-vous? (Ouf, belle pirouette)

Zulu a pour cadre l'Afrique du Sud où, comme chacun sait, tout se passe bien depuis la fin de l'Apartheid. Si bien que l'imminente Coupe du Monde de saut en parachute à trottinette avec cocktail à la main s'y déroulera très prochainement. Hein? de football? c'est ce que j'ai dit. Il y a juste quelques petits détails à régler pour accueillir correctement les touristes.

Le Zulu en question, c'est Ali Neuman, chef de la police criminelle de Cape Town. Lui et ses subordonnés Brian Epkeen et Dan Fletcher vont mettre le pied dans une affaire dont l'échelle atteint des sphères insoupçonnées à premières vues. Mafias nigérienne et américaine, drogues bien plus puissantes qu'un Schoko-Bons doublé d'un mini Snickers (vous avez déjà essayé?), et violence des townships, voici les ingrédients principaux.

Les personnages, cabossés par des tragédies passées et présentes, bénéficient d'une consistance qu'il faut saluer. La narration est aussi rude que les rues qu'ils sillonnent, aussi impitoyable que les atrocités qu'elle leur réserve. De temps en temps, quelques courtes phrases tentent d'adoucir le tout. Distillées au compte-gouttes, elles trahissent l'humanité qui s'est planquée de peur de détonner dans cette toile aux couleurs sombres. L'enquête à proprement parlé est ponctuée de scènes coup-de-boule, concoctées avec amour, on en doute pas. Rangez vos zygomatiques, vous n'en verrez, presque, pas l'utilité.

De nombreuses digressions historiques ou sociales permettent d'avoir un aperçu de l'état du pays. D'une apparence très documentaire, elles ne sont toutefois pas aussi déprimantes qu'une lecture de la dernière édition de L'état du monde, chez La Découverte (faut être blindé dans les sens figuré et argotique, autant pour les écrire que pour les lire). Un bel effort de l'auteur pour intégrer une documentation pertinente (pour ne pas dire pointue), citée à la fin du livre (entre autres, deux références chez L'Harmattan et une chez Karthala, v'voyez...).

Zulu est un parfait complément aux enquêtes de Francis Zondi, La Mémoire courte et Le Noir qui marche à pied (http://ranatoad.blogspot.com/2008/08/la-page-noire.html) écrites par Louis-Ferdinand Despreez, qui lui est originaire d'Afrique du Sud. Originaire de Caen (y'en a qui connaissent, oh oh), Caryl Férey a beaucoup voyagé dans les pays qu'il décrit. La lecture des trois romans pourrait être sujet à débat. Ces deux auteurs noircissent-ils le tableau?

Avant d'aller me faire un poulet au barbecue, voici quand même une interview de l'auteur qui met certains détails en lumière, suivie d'une chronique dont le résumé est un peu trop pompé sur la quatrième (vous comprenez pourquoi j'évite lâchement cet esquif quand l'intrigue du polar atteint une certaine complexité?): http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article2079.
Et, juste à titre indicatif, l'impressionnant palmarès (pompé sur Wikipédia): Grand prix de Littérature Policière 2008, Prix du Roman Noir Nouvel Observateur/Bibliops 2009, Grand Prix des Lectrices de Elle, catégorie Policier 2009, Prix Jean Amila-Meckert 2009, Prix des Lecteurs Quai du Polar 2009, Grand Prix du Roman Noir Français 2009, Prix Mystère de la Critique 2009.

Zulu, Caryl Férey, Gallimard, Coll. "Série Noire", 19,50€.

dimanche 27 décembre 2009

Bad Poetry


B is for bad poetry de Pamela August Russell, est un ouvrage magnifique.
Certes, il est en anglais, mais je vous sais tous de fins linguistes.

Ce recueil de poèmes sensément mauvais est déjà un bel objet, avec couverture cartonnée et tout le toutim (remarquez l'élégance drôlatique du dessin), mais les poèmes de miss Russell ne sont pas si mauvais qu'elle essaie bien de nous le faire croire.
Drôles, absurdes - certes souvent courts - ces poèmes sont pourtant assez recherchés, fourmillant de références pas si bêtes. C'est un ouvrage qui se lit vite, mais dont le plaisir n'est jamais gâché.

Comme vous êtes sages, je vous retranscris ici le seul poème qui est en français (enfin, si on veut) :

Miserable'

Miserable'
Miserable'
Toute le journe
je suis miserable'
mon Coeur
reste sur une étagère
je reste sur une etegere
nettoye l'etagere
sale étagère.
C'est toi, c'est tois !
C'est toi que j'aime
et pourtant je suis miserable'
et puis je fume.
Je suis miserable'.



(je pense qu'elle était bourrée comme un coing ouais)

mercredi 23 décembre 2009

La Lignée

La mise en avant de Guillermo del Toro dans la promotion de cet objet avait tout pour séduire. La déception n'en est que plus grande. La Lignée se présente plus comme une novelisation d'une ébauche de scénario que comme un véritable roman. La mise en page par très court chapitre toujours introduit par un titre genre localisation précise dans un lieu rappelle l'introduction des scènes dans un scénario ( genre "Intérieur, tel endroit..." ) et l'écriture semble être une rédaction des dialogues et didascalies.

Au niveau de l'intrigue, qui peut paraître au premier abord très prometteuse: dans un avion on retrouve tous les passagers morts semblerait-il par un virus fort vindicatif, on regrettera plus un prétexte à introduire une nouvelle histoire de vampire. On suit alors l'enquête de personnages à la caractérisation très maigre, on sait vaguement à quoi ils ressemblent, leur situation familiale mais au niveau psychologie pas grand chose, avec en parallèle un personnage dont l'histoire familiale serait lié de près ou de loin avec celle d'un chef vampire.

Et les vampires dans tout ça? Et bien rien de vraiment original en fait. Ils ressemblent beaucoup à ceux de Blade 2 et n'apparaissent qu'à la fin. On découvre alors que le premier vampire serait un renégat qui ferait du tort à un groupe millénaire.

Ce "roman" est voué à devenir une trilogie et un film. On espère que l'intrigue deviendra donc plus intéressante par la suite et que la nouvelle mythologie promise arrivera enfin. Mais peut-être qu'une version film aurait suffit.

Bande annonce du livre
Interview de Guillermo del Toro

Guillermo del Toro et Chuck Hogan, Éditions Presses de la cité, août 2009.

lundi 21 décembre 2009

Double assassinat dans la rue Morgue

Cette nouvelle policière très légèrement teintée de fantastique se lit sans pause. Pour plusieurs raisons. Pour le suspense, qui ne fait qu’augmenter à mesure que les lignes défilent ; et pour le raisonnement, dont il ne faut absolument pas perdre le fil ! Un des personnages principaux, le curieux Dupin, a le « pouvoir » de raisonner de manière extrêmement logique et rapide, au point de pouvoir suivre le cheminement des pensées de chacun, dont celui de son ami, qui ne cesse d’être surpris par ses capacités. Il se trouve alors que deux horribles meurtres ont lieu dans une rue de Paris, la rue Morgue bien entendu. Y seront mêlés, vous l’aurez deviné, Dupin et son ami.
La Chat Rouge nous offre une nouvelle fois la possibilité de (re)découvrir une nouvelle d’Edgar Allan Poe, et ce, sous la forme d’un sympathique petit ouvrage unique dans son genre. Tout cela en nous gratifiant d’une petite postface de Jean Florensac qui en profite pour rendre hommage au travail de Charles Baudelaire sur les traductions.

Edgar Allan Poe, Éditions Le Chat Rouge, 2005, 89 pages

dimanche 20 décembre 2009

Chroniques des Franges Féeriques

Deux enquêtes d'Harmelinde de Crommlynk ; c’est le sous-titre. Car on retrouve ici l’héroïne du recueil "Harmelinde et Deirdre" dans deux longues nouvelles. Aux côtés de ses compagnons Xéphérid, Ersean et Ferhian le troll, les compagnons se retrouvent à mener des enquêtes d’ordre magiques. Dans la première nouvelle, "La chasse au Dirzul", la bande doit délivrer deux enfants d’un maléfice. Pour se faire, ils auront à traverser une partie de l’Orlandie, le pays des Franges Féeriques. Ils se retrouvent alors dans le monde de l’Envers, monde crée par les anciens prêtes-mages. Combat, jeux et magie, sont les principaux éléments de cette nouvelle très empreinte d’humour, comme on pouvait le voir dans "Harmelinde et Deirdre." Des ambiances plus dures et plus tragiques se frayent toutes fois un chemin entre les lignes de la nouvelle, surtout vers la fin.
Cette ambiance tragique devient omniprésente dans la nouvelle suivante, « Les sept couleurs de la vie ». Le magicien Bonisal est atteint d’un mal terrible dont la mort est la seule issue. La troupe se rend donc chez l’alchimiste Gunnal, dont la demeure se situe dans SombreBois, un bois terrible peuplé de créatures infâmes. Mort, souffrance, gravité, sont cette fois-ci les mots qui marquent cette nouvelle dont le développement ne laisse aucun répit aux héros. On suit avec émerveillement leur parcours insensé dans un monde merveilleux et terriblement bien construit. L’auteur a bâtit un véritable multivers captivant et intelligent, avec des héros attachants que l’on suit avec plaisir ou frayeur, cela dépend, tout au long de ces nouvelles.

Nicolas Cluzeau, Éditions Nestiveqnen, 2005, 315 pages

mardi 15 décembre 2009

Look like I'm goin' out with these dudes: Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia


Le roman a bénéficié d'un succès critique plutôt remarqué à sa sortie. Sélectionné sur plusieurs listes de prix, éliminé du Goncourt avant le dernier carré pour être couronné par son "petit-frère", le Goncourt des Lycéens, ce faux premier roman (Jean-Michel Guenassia s'est illustré auparavant dans le polar avec Pour cent millions en 1998), méritait au moins ça.

De 12 à 17 ans (1959-1964), l'adolescence de Michel, avec comme contexte historique la Guerre Froide et, plus proche, la Guerre d'Algérie, la dissolution progressive de son foyer et surtout des rencontres qui bouleversent son quotidien défini par le rock'n'roll anglo-saxon, les parties de baby-foot avec son meilleur ami et cette envahissante envie de lire.

Son frère Franck et son ami Pierre (sorte de Fonzie, idole de Michel) verront leur destin scellés par la Guerre d'Algérie. Cécile, petite-amie du premier et soeur du second, l'accompagnera amicalement tout au long du roman. Mais, personnellement, je trouve ce personnage un peu faiblard face à ceux que l'on découvre en même temps que Michel dans cette arrière-salle du Balto de Denfert-Rochereau.

Ce club d'échecs qui donne son nom au roman est constitué de réfugiés politiques venus d'Europe de l'Est. Leurs histoires sont relatées en contrepoint à celle de Michel, mosaïques de tragédies, d'amitiés, de sacrifices et de trahisons. On croise aussi des figures littéraires comme Jean-Paul Sartre ou Joseph Kessel. Des êtres mystérieux comme Lognon, surnommé Grandes Oreilles, j'omets de dire pourquoi, ou Sacha que les membres du club acceptent mais ignorent avec mépris.

Les échecs ont une place plus qu'anecdotique: nous sont racontées une échappatoire à une célèbre partie, apparemment sans autre issue possible, trouvée grâce à une blague organisée au millimètre près, ainsi qu'une anomalie de début de partie qui déclenche miraculeusement... encore une fois j'évite le spoiler. Quoique si vous avez lu l'extrait cité dans ce blog il y a quelques temps de ça...

D'une puissance qui évite le larmoyant, l'écriture n'est pas exempte d'un ou deux clichés que l'on laisse cependant passer, quantité négligeable. Hey, six années nécessaires pour le finaliser, je vais pas chipoter devant l'effort que je suis pas capable d'accomplir moi-même, hein!

Sans doute un peu auto-biographique, le roman de Jean-Michel Guenassia trouve peut-être un alter-ego méta-littéraire dans l'effort d'un des personnages à publier un manuscrit trop pesant impossible à réduire.

Il n'en résulte pas moins un roman foisonnant, plein de petites ruelles à visiter, tel un labyrinthe, qui parlera certes plus à une génération qu'à une autre, mais dont le style, ni tape à l'oeil ni pseudo-expérimento-je-me-regarde-le-nombril-voyez-mon-cul-qu'il-est-plus-beau-que-le-vôtre (je ne vise personne, à part peut-être...), reste accessible sans être simpliste (la récompense citée plus haut en est la preuve). 750 pages beaucoup plus digestes que mes phrases, dont l'effet soporifique risque de desservir mon enthousiasme à défendre ce délicieux pavé (oui, deux métaphores culinaires à l'intérieur de deux articles, le même jour, plutôt lourdingue).

La Cabane a d'ailleurs accueilli avec grand plaisir, hélas pour un temps trop court, cet auteur abordable et sincère dont on attendra d'autres briques (non Cyril, aucune allusion à Pink Floyd) dans la construction de son parcours littéraire.


Le Club des Incorrigibles Optimistes (Prix Goncourt des Lycéens 2009), Jean Michel Guenassia, Albin Michel, 23,90€.

J'écris pour mon chien de Natacha Andriamirado

Seulement une soixantaine de pages, dix nouvelles et une couverture minimaliste. Ce petit recueil édité chez Maurice Nadeau contient pourtant bien plus que l'œuvre intégrale, et malheureusement pas encore achevée, de Christine Angot (mais pourquoi tant de haine? parce que). L'être de persuasion canine sert de fil rouge, même si, selon l'auteure elle-même, ce n'était pas du tout prémédité.

Tour à tour palliatif, boulet, ou défouloir, chaque chien est un prétexte pour esquisser une situation, à angle subjectif, qui trompe son monde par sa simplicité. Dans chacune d'elles le rapport au chien est un trompe l'oeil aux relations et aux sentiments humains.

Dix monologues aux phrases ciselées juste comme il faut pour transcrire espoirs et attentes déçus ("Le Coup du Chien", "Le Cadeau", "L'accordéoniste"), atténuer certaines ruptures et autres douleurs ("La Timide"), ou pour laisser cours à ses regrets ("La Perte", "Un Homme"). Une palette de personnages assez variée pour présenter également des portraits plus légers, plus fantaisistes ("Immobile", my personal favorite) ou antipathiques ("Paufcon" et sa savoureuse allusion finale).

Je pourrais écrire quelques mots sur chacune des nouvelles, mais elles sont tellement courtes que même un résumé gâcherait tout plaisir de découverte.

Première publication, J'écris pour mon chien, n'est, je le souhaite, qu'un apéritif à un long et délicieux festin.

J'écris pour mon chien, Natacha Andriamirado, Maurice Nadeau, 12€.

dimanche 13 décembre 2009

L'encyclopédie des héros du merveilleux

Edouard Brasey revient avec un nouveau tome de ses Encyclopédies. Cette fois-ci, le format a changé et on se retrouve avec un mini livre (20X24), dommage, surtout que le prix reste inchangé. Outre le contenant, le contenu est consacré aux héros du merveilleux. Varié sans être exhaustif (difficile de l’être), on trouve notamment des dieux, des chevaliers, des magiciens, des fées et des créatures infernales. Mais vous me direz, tous ces personnages dans un seul petit livre ? En fait, ils n’y sont pas tous, bien sûr, et les présents sont sélectionnés sur le critère de la popularité ou célébrité. Une encyclopédie grand public, très illustrée (on retrouve toujours Sandrine Gestin, Didier Graffet et Marc-Alain Friez) que l’on classera plutôt dans les beaux-livres, bien que les fiches des personnages soient plutôt riches en information. Il s’agit là du genre livre que l’on regarde par plaisir, et où l’on rebondit de page en page sans s’en apercevoir.

Édouard Brasey, Le Pré aux Clercs, 2009, 179-XXXI pages.

mardi 8 décembre 2009

Dédicaces Décembre 2009

La Cabane à Livres accueillera:


Le samedi 12 décembre à 11h

Jean-Michel Guenassia pour

Le Club des Incorrigibles Optimistes (Albin Michel)

Prix Goncourt des Lycéens 2009



Le samedi 19 décembre à 11h:
Pierrick Bisinski pour
Chat Blanc Chat Noir, Mon Nounours a disparu (Ecole des Loisirs)
et un choix de ses publications

Et à 15h (simultanément)
Frédérique Jannier pour
Vin et Vignobles
(Coll. "Les 100 Premières fois", Grund)

et

Maurice Rougemont (photographe) pour
Les Grandes Gueules de la cuisine française et leurs recettes
(Textes de Gilles Pudlowski, Glénat)




La Cabane à Livres, 75 Avenue Pierre Larousse 92240 Malakoff

(Métro 13 Plateau de Vanves ou Bus 126 Gabriel Peri-Carrefour du 8 mai 45)

Tel/fax: 01 46 55 41 99 ou lacabanealivres@orange.fr

dimanche 6 décembre 2009

Toi lumière de ma nuit

Voici une petite perle découverte au dernier salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Cet album nait en 2004 de la rencontre magique au même salon de l' écrivain Christian Grenier, auteur entre autres de l'Ordinatueur chez Rageot ou Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres en livre de Poche jeunesse et de la peintre et designer Krystal Camprubi, dessinatrice de Légendes, créatures fantastiques chez Auzou.

Toi lumière de ma nuit est un album qui n'est pas juste magnifique au niveau dessin comme beaucoup d'autres titres sur les fées, les elfes et autres créatures mythologiques. C'est une réelle rencontre entre dessin, plume et peinture, et un roman psychologique et fantastique de 90 pages harmonieusement mis en page.

Chaque jour le héros, Onir se réveille dans une réalité différente de la Terre version cauchemar. Il ne peut jamais reprendre ses marques dans ces mondes où il est toujours perdu . Mais dans ses rêves il perçoit un Eden perdu dans lequel l'attendrait la belle Selna. Onir serait-il le prince des songes et formerait-il un couple idéal avec la fameuse Selna ou ce fantasme ne serait qu'une fuite d'une réalité qu'il ne peut assumer inconsciemment?
Grâce à une forme de monologue intérieur Christian Grenier a le génie de laisser planer le doute jusqu'au bout!

Une très belle idée de cadeau pour les gens qui manquent d'inspiration pour Noël!

Site de Krystal Camprubi
Site dédié
Site de l'éditeur

Christian Grenier et Krystal Camprubi, Éditions Porte Lune productions, octobre 2008.
Hello guys & girls, j'ai été un peu trop absent du blog ces derniers temps. Pour me rattraper un poil voici une petite mise à jour de mes lectures (achevées, en cours et en projet).
-Lectures achevées dont je ne parlerai pas plus longuement: je suis allé jusqu'au bout de Don Quichotte de Cervantes et ma curiosité évoquée dans l'article sur Des Nouvelles du Mexique (Métailié) a été satisfaite. J'aurais pu cependant m'attarder sur la question très intéressante de la traduction d'un tel texte. Je pense avoir lu la taduction française la plus récente, celle de Aline Schulman pour les Editions du Seuil en 1997.
Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot est un très bon roman paru chez Actes Sud. Je me contente de vous conseiller d'y jeter un coup d'oeil sans en dire plus.
-Chroniques en attente: trois recueils de nouvelles. Une anthologie Griffe d'Encre, celle qui inaugure le cycle des éléments, sur la terre, une première publication parue chez Maurice Nadau, J'écris pour mon chien de Natacha Andriamirado et une autre première pour Sofia Hegazy et ses deux nouvelles regroupées dans Leurs impassibles silences (Persée). Tous les trois vont mériter une seconde lecture avant d'être chroniqués.
Mais le plus gros morceau, c'est mon article sur Me and the Devil Blues de Akira Hiramoto (Kana) et La Légende de Robert Johnson racontée par le Diable de Christian Ravasco (Camion Noir). Comme si ça ne suffisait pas, je me suis procuré l'ouvrage de Peter Guralnick, Searching for Robert Johnson, traduit chez Le Castor Astral pour faire quelque chose d'encore plus intéressant. Celui-ce devrait prendre certain temps pour être en ligne, autant que ma chronique exhaustive du groupe de rock progressif suédois Beardfish sur M3tal Earth. Quelques semaines encore.
-Articles à venir: Le Siècle du Jazz, même si c'est plus d'actualité (expo terminé, catalogue indispo), se compose de plusieurs petits articles qui traitent de choses pas forcément visibles sur l'expo. Prendra un certain temps également pour deux raisons, 1, je le lis très sporadiquement et 2,j'ai l'intention de le coupler avec un livre déjà chroniqué par Taly (Waiting for the Man de Harry Shapiro, Camion Noir) que je ne commencerais qu'après avoir achevé le Siècle du Jazz.
Très certainement, un prochain article sur Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia (Albin-Michel). Vous comprendrez très bientôt pourquoi je tiens à en parler.
-Prochaines lectures: Zulu de Caryl Férey, What Is The What (Le Grand Quoi) de Dave Eggers, Charles Adams: A Cartoonist's Life de Linda H. Davis, Invisible Man de Ralph Ellison, Un bel immeuble de Michel Arrivé...

vendredi 4 décembre 2009

L'ombre du mur

Dans la masse des livres sortis pour commémorer les vingt ans de la chute du mur de Berlin j'ai choisi de ne lire que ce recueil de nouvelles car je n'avais pas envie de succomber aux sirènes de la dite masse en ayant marre de voir toujours autant de livres sortir à chaque anniversaire d'évènements importants historiquement ou non.

L'ombre du mur a l'originalité d'être un recueil de nouvelles regroupant douze auteurs majeurs de la littérature d' Europe de l'est décrivant la vie quotidienne dans différents pays de cette zone géographique ou apportant un recul philosophique sur le régime soviétique dans le passé, le présent ou l'avenir.

Dans Europe, curriculum vitae Velibor Colic, auteur bosniaque de Archanges (roman a capella) décrit le cercle vicieux de la violence et de l'horreur d' Auschwitz à Berlin en passant par Srebrenica et l' Espagne républicaine.
Dans Un ami à Berlin le roumain Norman Manea décrit un Berlin carrefour des chemins de tant d'existence.
Dans Les Années de grande solitude l'albanaise Bessa Myftui raconte sa naissance dans les jours de la chute de la statue du leader albanais Enver Hoxha.
Dans Sans oser y croire le polonais Wlodzimierz Odojewski se demande si l'on pouvait entendre les voix de l'autre partie de l' Europe à travers le mur.
Dans Le Pèse-temps l'allemand (République démocratique allemande) Lutz Seiler décrit l'héritage culturel et spécifiquement littéraire, le mur était pour lui une mesure de temps.
Dans La Transition la bulgare Théodora Dimova évoque les grandes transitions de sa vie: "Tchernobyl, les hivers postcommunistes ou ses propres livres".
Dans Ils rient les anges le hongrois Laszlo Garaczi décrit un Berlin où tout doit être réappris perpétuellement.
Dans Le Mur de Lennon le tchécoslovaque Martin Smaus évoque le mur de Jonh Lennon à Prague, symbole de la liberté sous le régime totalitaire.
Dans La Frontière l'albanais Luan Starova décrit les murs de l' Enfer derrière lesquels les Balkans sont enfermés.
Dans N'en croyant que nos yeux l'allemande (République démocratique allemande) Katja Lange-Müller évoque le glissement sémantique de Marina, chanson allemande joyeuse, à sa récupération pour une marque de margarine bon marché.
Dans Fissures dans le mur le russe (URSS) Anatoli Koroliov explique que le mur de Berlin le renvoie à l'enfermement primordial de son enfance: celui de la clôture autour de sa maison.
Dans BMW, heckler, décombres le yougoslave Vladimir Kecmanovic décrit son personnage, Edin, fouillant sous les décombres à la recherche d'un bout du mur...

Chaque nouvelle est précédée d'une courte biographie bien utile autant pour situer les différents auteurs géographiquement au jour de la chute du mur que pour découvrir leurs œuvres.

Éditions des Syrtes, octobre 2009.

mercredi 2 décembre 2009

Plaintes contre X

So Noël, journaliste rock'n'roll et directrice d'ouvrage aux Éditions Camion Blanc et auteur de Charles Manson, nous entraîne dans le monologue intérieur de son alter égo, Sonia Cribioli, elle aussi journaliste, qui apprend un beau jour qu'elle est atteinte d'une sclérose en plaque, alors qu'elle mène une vie sexe, drogues et rock'n'roll entre soirées rock et drogue-party avec des gens qu'elle pense ses amis...
Elle va alors devoir non seulement adopter un mode de vie plus sain mais aussi devoir supporter ses collègues pas vraiment compréhensifs et prendre conscience du vide amical et sentimental qui s'est tout à coup formé autour d'elle. Malgré tous ses efforts d'adaptation elle sera de plus en plus seule et désespérée face à l'incompréhension du monde extérieur et de la gestion physique de ses symptômes...

Un livre à la poésie scandée, proche du slam, à lire à l'oral pour en comprendre toute la puissance de suggestion. Un cd joint comme bande son doit absolument être écouté dans le même temps! Il s'agit en même temps livre conceptuel illustré par des artistes parvenant, au-delà du style trash, à capter toute la fragilité et la poésie du personnage!

Loin des auto fictions aux ficelles acculées comme celles des soit-disantes "grandes écrivaines" comme Christine Angot, So Noël parvient à nous bouleverser avec cette mise en abyme jusqu'au boutiste mais si tendre!

Myspace officiel du livre

Une vidéo de la lecture au bar métal La Cantada le 18 novembre

So Noël, Éditions Nos Éditions Folles, mai 2009.