"Rana Toad", ça se mange?

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lundi 21 décembre 2009

Double assassinat dans la rue Morgue

Cette nouvelle policière très légèrement teintée de fantastique se lit sans pause. Pour plusieurs raisons. Pour le suspense, qui ne fait qu’augmenter à mesure que les lignes défilent ; et pour le raisonnement, dont il ne faut absolument pas perdre le fil ! Un des personnages principaux, le curieux Dupin, a le « pouvoir » de raisonner de manière extrêmement logique et rapide, au point de pouvoir suivre le cheminement des pensées de chacun, dont celui de son ami, qui ne cesse d’être surpris par ses capacités. Il se trouve alors que deux horribles meurtres ont lieu dans une rue de Paris, la rue Morgue bien entendu. Y seront mêlés, vous l’aurez deviné, Dupin et son ami.
La Chat Rouge nous offre une nouvelle fois la possibilité de (re)découvrir une nouvelle d’Edgar Allan Poe, et ce, sous la forme d’un sympathique petit ouvrage unique dans son genre. Tout cela en nous gratifiant d’une petite postface de Jean Florensac qui en profite pour rendre hommage au travail de Charles Baudelaire sur les traductions.

Edgar Allan Poe, Éditions Le Chat Rouge, 2005, 89 pages

dimanche 20 décembre 2009

Chroniques des Franges Féeriques

Deux enquêtes d'Harmelinde de Crommlynk ; c’est le sous-titre. Car on retrouve ici l’héroïne du recueil "Harmelinde et Deirdre" dans deux longues nouvelles. Aux côtés de ses compagnons Xéphérid, Ersean et Ferhian le troll, les compagnons se retrouvent à mener des enquêtes d’ordre magiques. Dans la première nouvelle, "La chasse au Dirzul", la bande doit délivrer deux enfants d’un maléfice. Pour se faire, ils auront à traverser une partie de l’Orlandie, le pays des Franges Féeriques. Ils se retrouvent alors dans le monde de l’Envers, monde crée par les anciens prêtes-mages. Combat, jeux et magie, sont les principaux éléments de cette nouvelle très empreinte d’humour, comme on pouvait le voir dans "Harmelinde et Deirdre." Des ambiances plus dures et plus tragiques se frayent toutes fois un chemin entre les lignes de la nouvelle, surtout vers la fin.
Cette ambiance tragique devient omniprésente dans la nouvelle suivante, « Les sept couleurs de la vie ». Le magicien Bonisal est atteint d’un mal terrible dont la mort est la seule issue. La troupe se rend donc chez l’alchimiste Gunnal, dont la demeure se situe dans SombreBois, un bois terrible peuplé de créatures infâmes. Mort, souffrance, gravité, sont cette fois-ci les mots qui marquent cette nouvelle dont le développement ne laisse aucun répit aux héros. On suit avec émerveillement leur parcours insensé dans un monde merveilleux et terriblement bien construit. L’auteur a bâtit un véritable multivers captivant et intelligent, avec des héros attachants que l’on suit avec plaisir ou frayeur, cela dépend, tout au long de ces nouvelles.

Nicolas Cluzeau, Éditions Nestiveqnen, 2005, 315 pages

mardi 15 décembre 2009

Look like I'm goin' out with these dudes: Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia


Le roman a bénéficié d'un succès critique plutôt remarqué à sa sortie. Sélectionné sur plusieurs listes de prix, éliminé du Goncourt avant le dernier carré pour être couronné par son "petit-frère", le Goncourt des Lycéens, ce faux premier roman (Jean-Michel Guenassia s'est illustré auparavant dans le polar avec Pour cent millions en 1998), méritait au moins ça.

De 12 à 17 ans (1959-1964), l'adolescence de Michel, avec comme contexte historique la Guerre Froide et, plus proche, la Guerre d'Algérie, la dissolution progressive de son foyer et surtout des rencontres qui bouleversent son quotidien défini par le rock'n'roll anglo-saxon, les parties de baby-foot avec son meilleur ami et cette envahissante envie de lire.

Son frère Franck et son ami Pierre (sorte de Fonzie, idole de Michel) verront leur destin scellés par la Guerre d'Algérie. Cécile, petite-amie du premier et soeur du second, l'accompagnera amicalement tout au long du roman. Mais, personnellement, je trouve ce personnage un peu faiblard face à ceux que l'on découvre en même temps que Michel dans cette arrière-salle du Balto de Denfert-Rochereau.

Ce club d'échecs qui donne son nom au roman est constitué de réfugiés politiques venus d'Europe de l'Est. Leurs histoires sont relatées en contrepoint à celle de Michel, mosaïques de tragédies, d'amitiés, de sacrifices et de trahisons. On croise aussi des figures littéraires comme Jean-Paul Sartre ou Joseph Kessel. Des êtres mystérieux comme Lognon, surnommé Grandes Oreilles, j'omets de dire pourquoi, ou Sacha que les membres du club acceptent mais ignorent avec mépris.

Les échecs ont une place plus qu'anecdotique: nous sont racontées une échappatoire à une célèbre partie, apparemment sans autre issue possible, trouvée grâce à une blague organisée au millimètre près, ainsi qu'une anomalie de début de partie qui déclenche miraculeusement... encore une fois j'évite le spoiler. Quoique si vous avez lu l'extrait cité dans ce blog il y a quelques temps de ça...

D'une puissance qui évite le larmoyant, l'écriture n'est pas exempte d'un ou deux clichés que l'on laisse cependant passer, quantité négligeable. Hey, six années nécessaires pour le finaliser, je vais pas chipoter devant l'effort que je suis pas capable d'accomplir moi-même, hein!

Sans doute un peu auto-biographique, le roman de Jean-Michel Guenassia trouve peut-être un alter-ego méta-littéraire dans l'effort d'un des personnages à publier un manuscrit trop pesant impossible à réduire.

Il n'en résulte pas moins un roman foisonnant, plein de petites ruelles à visiter, tel un labyrinthe, qui parlera certes plus à une génération qu'à une autre, mais dont le style, ni tape à l'oeil ni pseudo-expérimento-je-me-regarde-le-nombril-voyez-mon-cul-qu'il-est-plus-beau-que-le-vôtre (je ne vise personne, à part peut-être...), reste accessible sans être simpliste (la récompense citée plus haut en est la preuve). 750 pages beaucoup plus digestes que mes phrases, dont l'effet soporifique risque de desservir mon enthousiasme à défendre ce délicieux pavé (oui, deux métaphores culinaires à l'intérieur de deux articles, le même jour, plutôt lourdingue).

La Cabane a d'ailleurs accueilli avec grand plaisir, hélas pour un temps trop court, cet auteur abordable et sincère dont on attendra d'autres briques (non Cyril, aucune allusion à Pink Floyd) dans la construction de son parcours littéraire.


Le Club des Incorrigibles Optimistes (Prix Goncourt des Lycéens 2009), Jean Michel Guenassia, Albin Michel, 23,90€.

J'écris pour mon chien de Natacha Andriamirado

Seulement une soixantaine de pages, dix nouvelles et une couverture minimaliste. Ce petit recueil édité chez Maurice Nadeau contient pourtant bien plus que l'œuvre intégrale, et malheureusement pas encore achevée, de Christine Angot (mais pourquoi tant de haine? parce que). L'être de persuasion canine sert de fil rouge, même si, selon l'auteure elle-même, ce n'était pas du tout prémédité.

Tour à tour palliatif, boulet, ou défouloir, chaque chien est un prétexte pour esquisser une situation, à angle subjectif, qui trompe son monde par sa simplicité. Dans chacune d'elles le rapport au chien est un trompe l'oeil aux relations et aux sentiments humains.

Dix monologues aux phrases ciselées juste comme il faut pour transcrire espoirs et attentes déçus ("Le Coup du Chien", "Le Cadeau", "L'accordéoniste"), atténuer certaines ruptures et autres douleurs ("La Timide"), ou pour laisser cours à ses regrets ("La Perte", "Un Homme"). Une palette de personnages assez variée pour présenter également des portraits plus légers, plus fantaisistes ("Immobile", my personal favorite) ou antipathiques ("Paufcon" et sa savoureuse allusion finale).

Je pourrais écrire quelques mots sur chacune des nouvelles, mais elles sont tellement courtes que même un résumé gâcherait tout plaisir de découverte.

Première publication, J'écris pour mon chien, n'est, je le souhaite, qu'un apéritif à un long et délicieux festin.

J'écris pour mon chien, Natacha Andriamirado, Maurice Nadeau, 12€.

dimanche 13 décembre 2009

L'encyclopédie des héros du merveilleux

Edouard Brasey revient avec un nouveau tome de ses Encyclopédies. Cette fois-ci, le format a changé et on se retrouve avec un mini livre (20X24), dommage, surtout que le prix reste inchangé. Outre le contenant, le contenu est consacré aux héros du merveilleux. Varié sans être exhaustif (difficile de l’être), on trouve notamment des dieux, des chevaliers, des magiciens, des fées et des créatures infernales. Mais vous me direz, tous ces personnages dans un seul petit livre ? En fait, ils n’y sont pas tous, bien sûr, et les présents sont sélectionnés sur le critère de la popularité ou célébrité. Une encyclopédie grand public, très illustrée (on retrouve toujours Sandrine Gestin, Didier Graffet et Marc-Alain Friez) que l’on classera plutôt dans les beaux-livres, bien que les fiches des personnages soient plutôt riches en information. Il s’agit là du genre livre que l’on regarde par plaisir, et où l’on rebondit de page en page sans s’en apercevoir.

Édouard Brasey, Le Pré aux Clercs, 2009, 179-XXXI pages.

mardi 8 décembre 2009

Dédicaces Décembre 2009

La Cabane à Livres accueillera:


Le samedi 12 décembre à 11h

Jean-Michel Guenassia pour

Le Club des Incorrigibles Optimistes (Albin Michel)

Prix Goncourt des Lycéens 2009



Le samedi 19 décembre à 11h:
Pierrick Bisinski pour
Chat Blanc Chat Noir, Mon Nounours a disparu (Ecole des Loisirs)
et un choix de ses publications

Et à 15h (simultanément)
Frédérique Jannier pour
Vin et Vignobles
(Coll. "Les 100 Premières fois", Grund)

et

Maurice Rougemont (photographe) pour
Les Grandes Gueules de la cuisine française et leurs recettes
(Textes de Gilles Pudlowski, Glénat)




La Cabane à Livres, 75 Avenue Pierre Larousse 92240 Malakoff

(Métro 13 Plateau de Vanves ou Bus 126 Gabriel Peri-Carrefour du 8 mai 45)

Tel/fax: 01 46 55 41 99 ou lacabanealivres@orange.fr

dimanche 6 décembre 2009

Toi lumière de ma nuit

Voici une petite perle découverte au dernier salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Cet album nait en 2004 de la rencontre magique au même salon de l' écrivain Christian Grenier, auteur entre autres de l'Ordinatueur chez Rageot ou Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres en livre de Poche jeunesse et de la peintre et designer Krystal Camprubi, dessinatrice de Légendes, créatures fantastiques chez Auzou.

Toi lumière de ma nuit est un album qui n'est pas juste magnifique au niveau dessin comme beaucoup d'autres titres sur les fées, les elfes et autres créatures mythologiques. C'est une réelle rencontre entre dessin, plume et peinture, et un roman psychologique et fantastique de 90 pages harmonieusement mis en page.

Chaque jour le héros, Onir se réveille dans une réalité différente de la Terre version cauchemar. Il ne peut jamais reprendre ses marques dans ces mondes où il est toujours perdu . Mais dans ses rêves il perçoit un Eden perdu dans lequel l'attendrait la belle Selna. Onir serait-il le prince des songes et formerait-il un couple idéal avec la fameuse Selna ou ce fantasme ne serait qu'une fuite d'une réalité qu'il ne peut assumer inconsciemment?
Grâce à une forme de monologue intérieur Christian Grenier a le génie de laisser planer le doute jusqu'au bout!

Une très belle idée de cadeau pour les gens qui manquent d'inspiration pour Noël!

Site de Krystal Camprubi
Site dédié
Site de l'éditeur

Christian Grenier et Krystal Camprubi, Éditions Porte Lune productions, octobre 2008.
Hello guys & girls, j'ai été un peu trop absent du blog ces derniers temps. Pour me rattraper un poil voici une petite mise à jour de mes lectures (achevées, en cours et en projet).
-Lectures achevées dont je ne parlerai pas plus longuement: je suis allé jusqu'au bout de Don Quichotte de Cervantes et ma curiosité évoquée dans l'article sur Des Nouvelles du Mexique (Métailié) a été satisfaite. J'aurais pu cependant m'attarder sur la question très intéressante de la traduction d'un tel texte. Je pense avoir lu la taduction française la plus récente, celle de Aline Schulman pour les Editions du Seuil en 1997.
Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot est un très bon roman paru chez Actes Sud. Je me contente de vous conseiller d'y jeter un coup d'oeil sans en dire plus.
-Chroniques en attente: trois recueils de nouvelles. Une anthologie Griffe d'Encre, celle qui inaugure le cycle des éléments, sur la terre, une première publication parue chez Maurice Nadau, J'écris pour mon chien de Natacha Andriamirado et une autre première pour Sofia Hegazy et ses deux nouvelles regroupées dans Leurs impassibles silences (Persée). Tous les trois vont mériter une seconde lecture avant d'être chroniqués.
Mais le plus gros morceau, c'est mon article sur Me and the Devil Blues de Akira Hiramoto (Kana) et La Légende de Robert Johnson racontée par le Diable de Christian Ravasco (Camion Noir). Comme si ça ne suffisait pas, je me suis procuré l'ouvrage de Peter Guralnick, Searching for Robert Johnson, traduit chez Le Castor Astral pour faire quelque chose d'encore plus intéressant. Celui-ce devrait prendre certain temps pour être en ligne, autant que ma chronique exhaustive du groupe de rock progressif suédois Beardfish sur M3tal Earth. Quelques semaines encore.
-Articles à venir: Le Siècle du Jazz, même si c'est plus d'actualité (expo terminé, catalogue indispo), se compose de plusieurs petits articles qui traitent de choses pas forcément visibles sur l'expo. Prendra un certain temps également pour deux raisons, 1, je le lis très sporadiquement et 2,j'ai l'intention de le coupler avec un livre déjà chroniqué par Taly (Waiting for the Man de Harry Shapiro, Camion Noir) que je ne commencerais qu'après avoir achevé le Siècle du Jazz.
Très certainement, un prochain article sur Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia (Albin-Michel). Vous comprendrez très bientôt pourquoi je tiens à en parler.
-Prochaines lectures: Zulu de Caryl Férey, What Is The What (Le Grand Quoi) de Dave Eggers, Charles Adams: A Cartoonist's Life de Linda H. Davis, Invisible Man de Ralph Ellison, Un bel immeuble de Michel Arrivé...

vendredi 4 décembre 2009

L'ombre du mur

Dans la masse des livres sortis pour commémorer les vingt ans de la chute du mur de Berlin j'ai choisi de ne lire que ce recueil de nouvelles car je n'avais pas envie de succomber aux sirènes de la dite masse en ayant marre de voir toujours autant de livres sortir à chaque anniversaire d'évènements importants historiquement ou non.

L'ombre du mur a l'originalité d'être un recueil de nouvelles regroupant douze auteurs majeurs de la littérature d' Europe de l'est décrivant la vie quotidienne dans différents pays de cette zone géographique ou apportant un recul philosophique sur le régime soviétique dans le passé, le présent ou l'avenir.

Dans Europe, curriculum vitae Velibor Colic, auteur bosniaque de Archanges (roman a capella) décrit le cercle vicieux de la violence et de l'horreur d' Auschwitz à Berlin en passant par Srebrenica et l' Espagne républicaine.
Dans Un ami à Berlin le roumain Norman Manea décrit un Berlin carrefour des chemins de tant d'existence.
Dans Les Années de grande solitude l'albanaise Bessa Myftui raconte sa naissance dans les jours de la chute de la statue du leader albanais Enver Hoxha.
Dans Sans oser y croire le polonais Wlodzimierz Odojewski se demande si l'on pouvait entendre les voix de l'autre partie de l' Europe à travers le mur.
Dans Le Pèse-temps l'allemand (République démocratique allemande) Lutz Seiler décrit l'héritage culturel et spécifiquement littéraire, le mur était pour lui une mesure de temps.
Dans La Transition la bulgare Théodora Dimova évoque les grandes transitions de sa vie: "Tchernobyl, les hivers postcommunistes ou ses propres livres".
Dans Ils rient les anges le hongrois Laszlo Garaczi décrit un Berlin où tout doit être réappris perpétuellement.
Dans Le Mur de Lennon le tchécoslovaque Martin Smaus évoque le mur de Jonh Lennon à Prague, symbole de la liberté sous le régime totalitaire.
Dans La Frontière l'albanais Luan Starova décrit les murs de l' Enfer derrière lesquels les Balkans sont enfermés.
Dans N'en croyant que nos yeux l'allemande (République démocratique allemande) Katja Lange-Müller évoque le glissement sémantique de Marina, chanson allemande joyeuse, à sa récupération pour une marque de margarine bon marché.
Dans Fissures dans le mur le russe (URSS) Anatoli Koroliov explique que le mur de Berlin le renvoie à l'enfermement primordial de son enfance: celui de la clôture autour de sa maison.
Dans BMW, heckler, décombres le yougoslave Vladimir Kecmanovic décrit son personnage, Edin, fouillant sous les décombres à la recherche d'un bout du mur...

Chaque nouvelle est précédée d'une courte biographie bien utile autant pour situer les différents auteurs géographiquement au jour de la chute du mur que pour découvrir leurs œuvres.

Éditions des Syrtes, octobre 2009.

mercredi 2 décembre 2009

Plaintes contre X

So Noël, journaliste rock'n'roll et directrice d'ouvrage aux Éditions Camion Blanc et auteur de Charles Manson, nous entraîne dans le monologue intérieur de son alter égo, Sonia Cribioli, elle aussi journaliste, qui apprend un beau jour qu'elle est atteinte d'une sclérose en plaque, alors qu'elle mène une vie sexe, drogues et rock'n'roll entre soirées rock et drogue-party avec des gens qu'elle pense ses amis...
Elle va alors devoir non seulement adopter un mode de vie plus sain mais aussi devoir supporter ses collègues pas vraiment compréhensifs et prendre conscience du vide amical et sentimental qui s'est tout à coup formé autour d'elle. Malgré tous ses efforts d'adaptation elle sera de plus en plus seule et désespérée face à l'incompréhension du monde extérieur et de la gestion physique de ses symptômes...

Un livre à la poésie scandée, proche du slam, à lire à l'oral pour en comprendre toute la puissance de suggestion. Un cd joint comme bande son doit absolument être écouté dans le même temps! Il s'agit en même temps livre conceptuel illustré par des artistes parvenant, au-delà du style trash, à capter toute la fragilité et la poésie du personnage!

Loin des auto fictions aux ficelles acculées comme celles des soit-disantes "grandes écrivaines" comme Christine Angot, So Noël parvient à nous bouleverser avec cette mise en abyme jusqu'au boutiste mais si tendre!

Myspace officiel du livre

Une vidéo de la lecture au bar métal La Cantada le 18 novembre

So Noël, Éditions Nos Éditions Folles, mai 2009.

dimanche 29 novembre 2009

Freaks, La revue de l'étrange de Dijon

Une fois n'est pas coutume je présente une revue.

Freaks corp. est une revue trimestrielle de 54 pages format A5 éditée par l'association Sélénor qui s'est fixée comme but de regrouper les artistes graphiques, auteurs ou encore musiciens ayant comme thème commun l'exploration de l'imaginaire sur la région de Dijon.

Je me suis intéressée à cette revue car elle abrite, pour son premier numéro, une nouvelle de Pierre Brulhet. On trouve au sommaire une rubrique cinéma avec des chroniques DVD de films d'horreurs ou fantastiques et un portrait de Rob Zombie, une rubrique nouvelles, des portraits d'artistes comme William Blake, une rubrique musique avec par exemple Sopor Aeternus et enfin une rubrique "Le coin de l'étrange et du surnaturel" avec des thèmes comme les origines d'Halloween ou des mots-mêlés thématiques!

Des articles intéressants et une rubrique nouvelles qui fait la part belle à de nouveaux auteurs talentueux!

Pour ma part j'espère une longue vie à cette revue qui met en avant sa collaboration avec des commerçants locaux comme Ciel Rouge, la librairie spécialisée dans les mondes imaginaires ou le site spécialisé en musiques sombres Guts of Darkness.

Myspace de l'association Sélénor
Myspace de la revue

PS: Merci aux éditeurs de cette revue d'avoir accepté le jeu de la chronique!

Utopiales 09

A l'occasion de la dixième édition des Utopiales de Nantes les Éditions Actusf sortent une anthologie regroupant des maîtres de l'imaginaire sur le thème "où sont passés nos mondes meilleurs?".

Après une introduction de Ugo Bellagamba introduisant le thème, l'anthologie débute par Les Perséides de Robert Charles Wilson qui décrit l'histoire d'amour naissante entre un libraire fan d'astrologie , qui a l'intuition de grandes révélations scientifiques, et une jeune fille compliquée. Les personnages sont finement dépeints mais il ne se passe malheureusement pas grand chose.
Dans Un temps chaud et lourd comme une paire de seins Catherine Dufour nous entraine sur une terre future où les femmes sous adrénaline dirigent la société et le rapport noirs/blancs est inversé. Une nouvelle violente et très intéressante quand au nouvel ordre social et moral qu'elle propose.
Dans Elvis Le Rouge Walter Jon Williams revoit la vie d'Elvis Presley sous le mode de l'uchronie. Et si le chanteur avait adhéré aux idées communistes? Une idée amusante qui n'est pas assez développée à mon goût...
Dans De ma prison de Pierre Bordage nous suivons le monologue intérieur d'une personne enfermée qui fait le bilan des réalisations humaines de manière très pessimiste mais très réaliste ce qui oblige à réfléchir sur le devenir de notre société si des changements profonds ne sont pas envisagés le plus vite possible par les états.
Dans Georges et la comète Stephen Baxter nous suivons deux hommes dont l'esprit est transporté dans des primates sans que l'on sache pourquoi, où , ou en quelle année. Une nouvelle humoristique dans laquelle les personnages échangent leurs points de vue sur leurs peurs et leurs espérances.
Enfin dans Préquelle de Jean-Philippe Jaworski raconte la quête d'une épée sous le mode Héroïc Fantasy!

Une anthologie dont l'association des genres pourra au premier abord surprendre mais qui apporte une vraie diversité de point de vue sur un thème qui nous concerne tous !

Éditions Actu Sf, collection Les Trois souhaits, octobre 2009.

69

Voici la seconde anthologie très attendue mêlant mondes fantastiques et érotisme après celle de Griffe d'encre, Chasseurs de fantasmes ! Chaque nouvelle est l'occasion de découvrir de nouvelles pratiques sexuelles du futur!

Cette anthologie s'ouvre sur Eddy Merkx n'est jamais allé à Vérone de Stéphane Beauverger, un texte qui n'a rien de fantastique mais qui suit le fantasme d'une femme au bord de la plage qui a pour objet le dit Eddy Merkx au sommet de sa carrière... en l'année 1969!
Dans Saturnales Maïa Mazaurette nous fait visiter un hôtel qui permet aux couples de découvrir les pires perversions sur mesure! Dans un futur où toutes les extravagances sont accéssibles et encouragées, tous les modèles de sex-toys, de stimulents, de parfums, de films érotiques, de méthodes de changement esthétiques disponibles, la pire des perversions ne serait-elle pas de faire l'amour comme au bon vieux temps? De loin ma nouvelle préférée!
Dans Misvirginity Daylon aborde le thème classique de l'androïde. On savait déjà qu'un androïde pouvait avoir des pensées et des sentiments mais il semblerait aussi qu'il puisse avoir du désir et raconter ses expériences d'objet sexuel!
Dans Miroir de porcelaine Mélanie Fazi développe l'idée d'un dompteur d'automates destinés à se plier au moindre désir, sensuel, excusif ou violent.
Dans LXIX Francis Berthelot invente un nouveau type de film interactif modulable aux désirs les plus violents et irréalisable dans la vraie vie! Le genre d'invention qui devrait déjà exister!
Dans Toi que j'ai bue en quatre fois Sylvie Lainé s'interroge sur les dangers de dosage des philtres d'amour sur mesure.
Dans Louise ionisée Norbert Merjagnan des objets créés par un savant fou permettent d'explorer le plaisir dans les moindres détails.
Dans la courte nouvelle Sabbat Gudule nous invite à une cérémonie violente de hotdance, plus de place ici aux fantasmes!
Dans Les Métamorphoses d'une martyre Charlotte Bousquet nous invite dans un manoir hanté du XIXème siècle dans lequel nous allons être les témoins d'une vengeance très classique mais très romantique et efficace.
Dans Vestiges de l'amour Jean-Marc Ligny des créatures fantastiques profitent des faiblesses physiques et morales pour séduire jusqu'à rendre leurs victimes complètement folles!
Dans Descente Virginie Bétruger montre que l'amour peut devenir une valeur positive qui peut permettre l'anéantissement de la mort, la détresse morale et du sommeil.
Enfin dans Camélions Joëlle Wintrebert montre que la quête l'amour pourra devenir la valeur qui rendra l'homme immortel au-delà de la conquête des étoiles.

Une anthologie ludique et humoristique permettant d'explorer de nouvelles techniques qui pourraient émoustiller nos sens dans un futur on espère proche!

Éditions Actu SF, collection Les trois souhaits, octobre 2009.

samedi 28 novembre 2009

Nouvelle maison d'éditions: Aqua Lumina

Je suis très contente d'annoncer la création de cette maison d'éditions pour avoir participer à des cours de création d'entreprise avec sa créatrice et l'avoir recroisé au 3ème salon des éditeurs indépendants!

Ligne éditoriale (source site officiel):

"Il existe aujourd'hui une nouvelle génération de dessinateurs qui ont intégré les codes des mangas et des anime en provenance de l'Asie, sans renier leur formation classique, car ils ont baigné dans la BD franco-belge et les comics. Ce sont ces auteurs capables d'un dessin novateur, au carrefour des différents influences, que nous souhaitons vous présenter.

Des BD métissées, au style graphique tirant trop vers le manga pour être académique, ou à la narration trop peu linéaire.

Nous privilégierons le "manga français", c'est-à-dire le noir et le format poche, mais comme vous pourrez le voir très vite, nous fonctionnons au coup de coeur, et les exceptions seront sans doute nombreuses."

Voici ses deux premières publications:

Mymy's Zodiaque, un recueil ludique pour expliquer l'astrologie aux jeunes filles. Il se présente sous forme de double page: à gauche une explication très sérieuse des caractéristiques de chaque signe, à droite et pages suivantes une illustration, par décan, tour à tour "séduisante" ou "pensive".

Extraits

Journal d'une baleine, petit album décrivant avec humour toutes les questions sérieuses ou non que peuvent se poser les jeunes femmes enceintes pendant leur grossesse et la réaction de leur jeunes conjoints! Si c'est une fille avec qui Papa jouera-t-il aux jeux vidéos? Maman abuse-t-elle de son état pour se faire dorloter ou passer aux caisses prioritaires?

Illustratrice: Manboou

Extraits

vendredi 27 novembre 2009

3 ème salon des éditeurs indépendants du Quartier latin

Du 27 au 29 novembre se tient à la Mairie du 6e, Place Saint-Sulpice, 29 rue Bonaparte à Paris le 3 ème salon des éditeurs indépendants du Quartier latin organisé par la Librairie Pippa.
Une bonne occasion de croiser des éditeurs pas forcément présent dans toutes les librairies!

Maisons d'éditions présentes:

A Dos D’Ane - A La Frontière - Alain Baudry – Albertine – Al Manar – Al Qalam – Altissima – Antidata – A Propos – Archives & Culture – Les Arêtes – L’Arganier – Aronsil – Atelier de l’agneau – Bernadette Planchenault – Le Billet Poème – du Bout de la rue – Caractères – Carnets des Tropiques – Carré d'Encre – Cassandre Horschamp – la Cause des Livres – Chèvre Feuille Etoilée – Codupo – Le Coltin Grafik – Les Contrebandiers - La Cour Pavée – Cygne – Dadoclem – Delga – l'Autre Rive – Les Deux Océans – Eclats d’Encre – Écrire Aujourd’hui – Les Éditions de Paris – Empreintes – En Chemin – Est-Ouest Internationales – Frichtre – La Girandole – HD – Hongfei Cultures – Honoré Clair – Huitième Jour – Jardin des Livres – Jasmin – Keskiri – Kolam – LCD Médiation – Le Grand Incendie – Léopard Masqué et Démasqué – L’Inévitable – Loic HERRY – Magellan – Mama – Marie de Holmsky – Medi-Text – Mémoire Vivante – Midi – MJWF – Møtus – Nouvel Athanor – Parimagine – Pascal – La Passe – Pasta Maroilles – Petra – Pippa – Poonaï – Pour l’Autisme – Le Pré du Plain – Pyro – Régine Lussan – Riveneuve – de la Rue – Rougier – Siranouche - Société des Poètes – SPM – Synchronique – Teckel – Territoires Témoins – Triartis – Turquoise – L’Usine – Éditions du Zinc…

Seront aussi présent les illustrateurs:

Laurence Cornou - Eve Grosset - Claire Lhermey - Sylvia Lulin - Marie Malherbe - Emmanuel Asquier- Brassart

Programme complet ici

mardi 24 novembre 2009

Le destin de Jeanne d'Arc aurait été totalement différent si elle n'avait pas eu dans son troupeau un mouton ventriloque.

"Mon Boomerang s'appelle Revient!", Vincent Haudiquet, in Fluide Glacial n°384 (Juin 2008)
Il a eu la conviction qu'il ne se passerait rien. Ils pourraient rester face à face pendant des années sans que Werner réagisse. Cette partie n'était pas une bonne idée, a pensé Igor en dodelinant de la tête, lèvres serrées, paupières clignotantes. Il a commis alors un geste non prémédité. Il a avancé son pion noir de deux cases sur l'échiquier. C'est une incongruité, une absurdité. Aucun joueur, depuis que le jeu d'échecs a été inventé, il y a plusieurs siècles, n'a jamais commencé une partie avec les noirs. C'était un sacrilège. Une impossibilité. Quelque chose qui ne pouvait pas se faire, ni se concevoir. C'était organique, consubstantiel aux échecs. Werner a redressé le visage, stupéfait et perplexe. Il avait la bouche ouverte, les yeux ronds, et dévisageait Igor. Il a secoué la tête en grognant, pour lui signifier que ce geste avait d'invraisemblable. Puis, sans hésitation, il a pris son pion blanc et l'a avancé de deux cases face au pion noir d'Igor. La partie venait de commencer.

Le Club des Incorrigibles Optimistes, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel.