"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

vendredi 29 avril 2011

Plus j'y réfléchis, plus je suis déconcerté par cette frénésie qu'ont les gens sans couleur à légiférer en matière de musique. On jurerait qu'ils craignent de se fier à leur instinct. La morale prêchée dans leurs temples et leurs églises ne comporte pas plus d'interdits et implique à peine plus d'obligations. Certaines sonorités seraient des échos du paradis; les autres, les plus nombreuses, les plus fascinantes, auraient été forgées en enfer. A celles qu'un homme produit, on préjuge de la direction que prendra son âme au jour du Jugement. En raison de sa nature ténébreuse, bien sûr, le Noir est porté vers la musique du Diable.

Les airs que j'inventais, en général, étaient des sortes de mélopées. Je n'étais pas toujours triste quand je les concevais, il m'arrivait même d'être transporté de joie (pour des motifs qui, d'ailleurs, ne m'apparaissaient pas avec clarté, neuf fois sur dix). Pourtant, les mélodies qui germaient sous mes doigts, même les plus primesautières, et il en eut, présentaient presque toutes une nuance de mélancolie, de nostalgie ou d'affliction: au moins un petit quelque chose d'inconsolable, qui s'insinuait en elles malgré moi.

Blues, Alain Gerber, Fayard.

dimanche 24 avril 2011

Little Bird de Craig Johnson

La liste n'étant décidément pas assez longue, Gallmeister a décidé en 2009 de lancer une série policière à héros récurrent. Dans sa ligne éditoriale bien évidemment, avec grands espaces américains, indiens et tout l'toutim. J'ai l'air de me plaindre comme ça, de caricaturer, mais Gallmeister est une maison qui a largement fait ses preuves au rayon qualité. Et puis surtout, je n'ai absolument rien contre les grands espaces américains (ni les toulousains, Les Grands Espaces de Fabien Pichon, L'Harmattan, toujours disponible, enfin je pense), les indiens ou même contre tout l'toutim, vivre et laisser vivre, hein. Une introduction donc, qui essaie de faire sa maligne, et qui n'a pour but que de présenter le premier roman (sur cinq pour l'instant) de la série mettant en scène le shérif Walt Longmire, dans son comté (reculé, froid, venteux enfin vous avez compris) d'Absaroka, Wyoming (hé quand c'est pas dans l'Montana...).

Walt Longmire, proche de la retraite et en recherche d'une relève, jongle avec un effectif un peu bancal: Vic, enbauchée comme bouche-trou pour exécuter les tâches ingrates, Turk, antipathique neveu du précédent shérif et Ruby qui le harcèle de post-it impératifs. Les responsabilités se fondent dans une routine paisible mais troublée, quelques années plus tôt, par l'ignoble viol de Melissa Little Bird par quatre garçons du coin. Crime d'autant plus scandaleux puisque Little Bird est mentalement déficiente. Un procès qui a traîné et un verdict trop léger a entretenu le ressentiment de la part de la communauté Cheyenne, mais pas seulement. L'injustice semble être réparée quand Cody Pritchard, le plus méprisable des quatre garçons, est retrouvé dans le fond d'une falaise, tué d'une balle gros calibre et recouvert de merde de mouton.
Dans une première partie, Walt se mentira à lui-même en supposant un accident de chasse. Mais le lecteur à une longueur d'avance: le titre original (The Cold Dish) et la mise en exergue d'un aphorisme très connu de Choderlos de Laclos, laisse à penser qu'il s'agit plutôt de vengeance. Une aide considérable sera apportée par Omar, un chasseur très calé sur les armes et dont les répliques pince-sans-rire raviront les amateurs de personnages excentriques.
Narrés du point de vue exclusif de Walt, le roman et son atmosphère passent par plusieurs phases. L'humour nonchalant des premières pages s'assombrit et s'étiole au gré de l'enquête, surtout quand la liste des suspects ne comporte que des connaissances dont l'implication s'avérerait autant de crève-coeurs. En bonne position, Henry Standing Bear, grand cousin de Melissa, et ami très proche de Walt avec qui il forme un duo attachant, cimenté par les années et les piques ironiques.
Le décor rude et venteux prend son importance avec une scène de blizzard, épique également pour son expérience mystique (vous pouvez aussi en avoir une à la librairie l'Antre-Monde, 142 rue du Chemin Vert, Paris, métro Père-Lachaise) à laquelle il fallait bien s'attendre. Quoi d'étonnant quand l'arme qui est confiée à Walt est hantée par l'esprit des Vieux Cheyennes? Même si les cinéphiles penseront immédiatement à "l'indien zarbi à moitié à poil", cette utilisation stéréotypée du folklore indien n'écorne en rien la bonne facture indéniable du roman.
Ne prenez pas mes sarcasmes pour le reflet d'obstacles dissuasifs à la lecture de Little Bird. Sans dévoiler quoi que ce soit, le justicier homicide n'est pas celui qu'on croit (damn, on se fait toujours avoir par les bons auteurs!) et la confrontation finale, teintée d'un humour triste, est inhabituelle et poignante.
Un autre point de plus au crédit de Craig Johnson, Walter Longmire est un personnage diablement sympathique. Il me rappelle le Pat Coyne d'Hugo Hamilton (Déjanté et Triste Flic, chez Phébus, deux incontournables du roman noir irlandais). Impossible de ne pas l'aimer vu la façon pudique et douce-amère dont Craig Johnson traite le deuil de sa femme et l'absence de sa fille Cady, dont la seule trace sont ses messages laissés au répondeur.
Sa douleur n'apparaît que par petites touches. L'initiative métaphorique (Walt vit depuis quatre ans dans une maison aux travaux tristement inachevés) et concrète prise par Henry Standing Bear pour remettre un peu d'ordre dans l'existence de son ami, n'aura pas de résultats immédiats. Pour le savoir, peut-être faut-il s'atteler à la lecture du Camp des Morts, paru le 1er avril 2010. J'ignorerai, pour sûr, les aléas du calendrier en supposant que ce deuxième volet n'est pas une blague foireuse et qu'il confirmera les qualités solides de Little Bird. Qualités reconnues par le jury du Prix du Roman Noir du Nouvel Observateur en 2010.
Je viens d'apprendre tout juste avant de publier ces lignes que, pfui, j'ai du retard, moi, un troisième volet L'Indien blanc venait de sortir. Forcément, ils vont vite, les cinq romans de la série n'attendent que la traduction. Une nouvelle inédite de Craig Johnson avec Walt est téléchargeable sur le site des éditions Gallmeister. Et last but not least une série télévisée est en projet au pays des cow-boys. Je croise les doigts pour qu'elle diverge tout comme Dexter et The Walking Dead de sa grande soeur.

Little Bird, Craig Johnson, Gallmeister, coll. "Noire", 23,90€ ou coll. "Totem", 10€. Traduit de l'américain par Sophie Aslanides.
[...] toute la surface de la carosserie était recouverte d'autocollants divers et variés. Le pare-chocs était constellé de vignettes qui proclamaient toutes les opinions politiques tordues qui avaient un jour traversé l'esprit apolitique de Turk. Des commentaires sur l'ex-président, sa famille, la vente libre des armes à feu, le rodéo professionnel, l'hostilité aux immigrants et le droit de klaxonner si vous avez envie de baiser. Sur le pare-brise arrière, il y avait des petits personnages de dessins animés qui se pissaient les uns sur les autres ou sur les macarons d'autres marques de voiture. Personne ne pouvait regarder ce véhicule sans se sentir offensé.

Little Bird, Craig Johnson, Gallmeister. Traduit de l'américain par Sophie Aslanides.

Contrebande d'Enrique Serpa

Ceci est un premier roman et il a fallu plus de soixante-dix ans pour que le lecteur français moyen puisse au moins savoir qu'il s'agit d'un classique de la littérature cubaine. Tout le crédit est dû aux éditions Zulma. Il semble, d'après la préface nostalgique d'Eduardo Manet, qu'Enrique Serpa (1900-1968) fut un des grands oubliés de la littérature du vingtième siècle. Journaliste était un plus prestigieux métier quand écrivain n'était même pas considéré comme tel.

Quand Manet n'hésite pas à mettre Serpa dans le même panier que Faulkner et Hemingway, ça ne manque pas d'interpeller. Mais j'ai été moins influencé par cette comparaison que par l'envie de faire une chronique sur ce blog qui ne figurerait pas dans une catégorie sur-représentée (comme la SFFF ou le polar). Pour changer un peu. De plus, me retrouvant seul dans des locaux de Rana Toad quasiment déserté (on en reparlera guys & girls), il faut bien que je diversifie légèrement le spectre de mes chroniques. Les prochaines risquent malheureusement d'être moins surprenantes de ma part... Ne serait-ce que l'anthologie très alléchante dénichée à l'Antre-Monde (142 du Chemin Vert, Paris, métro Père Lachaise), librairie spécialisée dans la littérature de l'imaginaire (dans l'ésotérisme et l'érotisme également). Mais, sans pour autant m'être attardé aux rayons bien fournis "satanisme" et "sacrifices rituels" de cette même librairie, je m'éloigne du droit chemin tracé par mon début d'article.

Sur fond de difficultés économiques des années 1920 à Cuba (sans être spécialiste de la situation politico-économique passée et présente de cette île, je ne pense pas me tromper en pensant qu'elle ne s'est jamais améliorée), le roman raconte comment l'armateur d'une goélette appelée La Buena Ventura, se laissera convaincre par le capitaine Requin, ancien taulard bourru au charisme puissant, de s'adonner à la contrebande (c'est le titre, banane!) d'alcool vers les Etats-Unis. Solution qui s'impose, tellement vivre de pêche s'avère de plus en plus précaire dans ce pays où la misère des taudis s'est étendue sans toucher les nantis. Superstitions, anecdotes, rixes et tromperies conjugales pimentent ces pages que le narrateur noirçit de ses angoisses et méfiances envers un équipage d'un statut social inférieur au sien.

A ce tourment intérieur du personnage, virant presque à la paranoïa, viennent en contrepoint de vagues espoirs de prospérité et une mélancolie inattendue qui vient parfois unir les hommes d'un même voyage. Toute une ambiance maritime servie par une écriture juste et complexe. La traduction de Claude Fell, traître indispensable à ceux qui ne peuvent lire le texte d'origine, m'a brillamment (enfin je lui fait totalement confiance) permis d'étendre ma culture générale d'un titre non négligeable.

Naviguant sur des flots rudes et envoûtants, Contrebande mérite toute l'attention, voire plus, que Zulma a réussi à lui attirer. Cette publication française date d'août 2009, ma chronique est donc tardive, mais j'espère qu'elle contribuera humblement à ce que deux ou trois, c'est un minimum, paire d'yeux (sans vouloir offenser personne, on ne sait jamais avec les radiations) supplémentaires s'y intéressent de plus près.


Contrebande, Enrique Serpa, Zulma, 20€. Préface d'Eduardo Manet. Traduction de l'espagnol (Cuba) par Claude Fell.

lundi 18 avril 2011

Le Jaguar sur les toits de François Arango


Le Jaguar sur les toits m'a gentiment été proposé par les éditions Métailié pour une dédicace à sa sortie. Je n'ai pas fait suite à cause de circonstances qui ne sont pas encore arrivées aux oreilles de tous ceux qui me connaissent. J'ai tenu à faire un article sur ce premier roman policier de François Arango surtout pour m'excuser de ne pas avoir pu répondre favorablement à la suggestion de sa maison d'édition.

Tout commence avec la disparition de Daniel Lombardo Castillo dont la famille recevra finalement un colis qui ne laissera aucun doute sur son sort. C'est Alexandre Gardel, criminologue français qui est appelé pour enquêter. Fort de deux ouvrages sur les serial killers, c'est un personnage qui nous est présenté d'emblée comme crédible. Le sympathique et mystérieux journaliste Diego Arana va l'aiguiller vers une charmante scientifique Catarina Marin et son canadien de collègue, spécialisé dans la civilisation aztèque.

Car le duo Gardel/Marin se lancera à la poursuite du Jaguar, tueur qui aime parsemer son parcours d'énigmes mêlant rituels anciens (si ça vous intéresse particulièrement, Taly vous proposera quelques ouvrages de références: librairie L'Antre-Monde, 142 rue du Chemin Vert, métro Père Lachaise) et poésie mexicaine (quelques pages en italiques nous permettent de suivre le tueur en focalisation interne). Tout au long de leur enquête, ils bénéficieront de l'aide de Rodolpho Suarez, commissaire de police bougon, d'un vieil homme porté sur l'alcool, Warren Grimley et même d'une commandante Magdalena, leader du mouvement zapatiste (pris officiellement pour des boucs émissaires). Leur meilleur piste? Les victimes et les autres personnages troubles qu'ils rencontreront sont tous liés à l'industrie pharmaceutique et à la corruption qui semble y faire loi.

Je suis hélas obligé de pointer les légers défauts de ce roman. Plusieurs clichés apparaissent dès les premiers chapitres et j'espérais que le plus gros d'entre eux ne se concrétise pas vers la fin du roman. C'est pourtant ce qu'il fait et c'était à prévoir, vu les indices qui nous sont livrés de temps en temps. A votre avis qu'arrive-t-il souvent quand un duo est formé d'un homme et d'une femme? Eh oui, chabadabada.

Deuxième point, l'humour est parfois un chouïa ostentatoire, ceci dit on s'y habitue et cela ne va pas jusqu'au lourdingue. On ne peut en vouloir à l'auteur de dynamiser l'intrigue avec quelques traits d'esprit. Si certains sonnent superflus et auraient plus leur place dans un mauvais film d'action, d'autres, plus nombreux, provoquent le sourire et rendent les personnages plus sympathiques.

Et François Arango l'a très bien compris: sans cet humour, beaucoup de lecteurs n'auraient peut-être pas supporté le poids qu'il accorde aux explications, aux références scientifiques et culturelles. Faire preuve d'une documentation solide n'est toutefois pas incompatible avec le ficelage d'un roman policier. L'auteur réussi à mener son intrigue de façon cohérente, les digressions explicatives n'ayant d'autre but que de servir l'intrigue et la faire avancer. Certes, les ficelles sont belles et bien visibles (notes de bas de pages, références bibliographiques bien placées...), mais elles sont bien excusables face à la crédibilité en béton qu'elles fournissent.

Un coup d'oeil aux lignes biographiques en quatrième de couverture suffit à comprendre que la volonté principale d'Arango était de fondre ses connaissances et ses passions en un package divertissant. Toute l'action se déroule au Mexique et le vécu d'Arango est très perceptible, jusqu'à l'ambiance du pays, très bien rendue par l'évocation de nombreux détails culturels.

Thriller bien écrit, Le Jaguar sur les toits est donc un premier effort estimable et honnête que quelques travers mineurs n'arrivent pas à affaiblir de manière dommageable. Par exemple les dialogues et la consistance des personnages sont encore perfectibles. Cependant, on trouve bien pire, et pas forcément dans la catégorie premier roman. Je m'avancerais même à dire que François Arango s'annonce comme un auteur à prendre au sérieux. On décèle un potentiel littéraire qu'un peu de bouteille pourrait perfectionner. Donc, si ce n'est pas juste un projet ponctuel et sans forcément faire suite au Jaguar sur les toits (à mon humble avis, j'espère que Gardel et Marin ne seront pas récurrents), dans l'attente d'un prochain roman...


Le Jaguar sur les toits, François Arango, 370 p., Métailié, coll. "Noir", 19€. Merci à Lise Détrigne.

jeudi 14 avril 2011

Inauguration Librairie L'Antre-Monde


Dans la collection secret de polichinelle à peine éventé par mon cher collègue

















Pour ceux qui seront libre l'inauguration c'est samedi à partir de 17h, et jusqu'à ce que tout le monde parte, donc possibilité de venir vers 20h.

lundi 11 avril 2011

Empire Falls/Le Déclin de l'empire Whiting de Richard Russo

Richard Russo est l'un de ces écrivains américains d'une popularité moins fulgurante, en France, qu'un John Irving par exemple, mais d'une qualité littéraire qui appelle les applaudissements. Quatre saisons à Mohawk est représenté dans ce même blog par quelques lignes extraites. J'en ai un très bon souvenir, et il est dommage, j'avais un doute là-dessus, que je n'en ai pas fait un petit article. Seul roman de cet auteur lu jusqu'à maintenant, il m'avait suffisamment impressionné pour me garantir d'autres échappées ultérieures dans ses lignes. Mon choix arbitraire parmi deux ou trois autres de ses bouquins, dont je vous épargne les détails, s'est arrêté sans véritable raison sur Empire Falls. D'une concision que l'équivalent français explicite un peu trop, vous ne trouvez pas? Sans faire tout un laïus, Empire Falls est une ville, mais le titre peut-être lu d'une autre façon, comme l'est subrepticement suggéré par la typographie sur la couverture de l'édition Vintage ci-contre.
La petite ville d'Empire Falls, donc, située dans le Maine, n'est plus ce qu'elle était. De l'activité industrielle florissante ne reste que des édifices vides. Parmi les commerces survivants, l'Empire Grill, restaurant tenu par Miles Roby, continue à vivoter tant bien que mal, la bière et les hamburgers étant toujours valeurs sûres pour les palais des autochtones.
Miles attend patiemment le jour où l'Empire Grill lui appartiendra. Hélas, Empire Falls appartient à Mrs Whiting, dernière, par lien marital, d'une lignée familiale qui a toujours dominé la ville. Et il semble que Mrs. Whiting ait la peau coriace. Mais ce n'est pas le seul soucis de Miles. Entre ce trou-du-cul de Walt Comeau, regrettable client régulier et lourdingue qui prodigue ses conseils (toujours ignorés) pour optimiser l'activité du restaurant, son paternel, Max Roby, épave puante pétrie de mauvaise volonté et Jimmy Minty, copain d'enfance devenu flic moins compatissant qu'envahissant, on se demande comment Miles peut rester sain d'esprit. Ah mais n'oublions pas de mentionner que Jeanine s'impatiente de leur divorce, toujours pas enterriné, et qu'elle a préféré s'acoquiner avec ce loser de Walt. De son côté, Cindy Whitings (fille de) a survécu à ses deux tentatives de suicide... par amour pour lui. Heureusement, sa fille Christina aka Tick, son frère David, handicapé d'un bras suite à l'emprunt de mauvais chemins (ceux du père, il semble...) et sa serveuse Charlene, de laquelle il est (pas tout à fait) secrètement amoureux, gravitent aussi autour de ce brave homme.

Selon toute apparence, Miles est le personnage principal du roman. Mais tous ces personnages qui ont l'air d'être seulement secondaires, que ce soit pour lui pourrir la vie ou essayer de l'alléger, proposent au lecteur et au fil des chapitres, des individualités observées à la loupe. Richard Russo tisse des liens narratifs de plus en plus clairs, l'interaction entre chacun d'eux se révèle d'une efficacité imparable.

Racontant, de façon très drôle, les relations de couple de la famille Whiting sur trois générations (il est question, entre autre, de coups de pelle), deux flashblacks, les toutes premières et les toutes dernières pages prennent le point de vue de C. B. Whiting, dernier mâle de la lignée. Mari de la Mrs. Whiting, Francine de son prénom, évoquée plus haut, c'est un personnage fantômatique qui hante le roman. Les autres flashbacks se rapportent plus à Miles, tour à tour enfant, adolescent et jeune homme. Ils prennent peu de place mais teintent ce roman, d'une finesse d'un niveau qu'on ne soupçonnait pas, de significations ultimes.

On le commence comme une comédie, solidifiée par des traits d'esprit irrésistibles, surtout dus à la résignation ironique de Miles envers toutes ces figures symbolisant ses emmerdes. Même Timmy, la chatte de la maisonnée Whiting, en est la cible, elle qui a autant du chat du Cheshire que d'un familier au sens ésotérique (tiens, ça me fait penser qu'une librairie spécialisée vient d'ouvrir à Paris, près du métro Père Lachaise: L'Antre-Monde, 142, rue du Chemin Vert). Un prêtre sénile, un adolescent d'un mutisme inquiétant, des relations cimentées mais difficiles qui se complexifient (la psychologie des personnages tombe, quelques rares lignes toutefois, dans l'excessif)... tout pour nous mener subtilement en bateau entre mensonges triviaux, secrets familiaux et révélations parsemées, et ce jusqu'aux dernières pages.

Un dosage dramatico-comique qui a été récompensé par le Prix Pulitzer 2002. Sans mentir, j'ai chopé un exemplaire du roman sans voir tout de suite la mention sur la couverture. Cependant, cela m'a conforté dans mon choix vu la qualité des œuvres récompensées sur lesquelles j'étais tomber par le passé. Leur légitimité me semble bien plus constante que le Goncourt National qui divise tellement selon les années. Bref, ne rentrons pas dans un débat, j'ai bien l'intention de conclure là-dessus.


Empire Falls, Richard Russo, Vintage (VO), prix variable.

Le Déclin de l'empire Whiting, Table Ronde (21,50€) et 10/18 (10€). Traduction de Jean-Luc Piningre.

samedi 9 avril 2011

Trilogie Féerie pour les Ténèbres de Jérôme Noirez

J'ai fait, avec beaucoup de plaisir, mes premiers pas dans l'écriture de Jérôme Noirez grâce à Griffe d'Encre et sa publication du recueil de nouvelles Le Diapason des mots et des misères. "L'Abattoir aux marmots", nouvelle qui figure dans l'anthologie Aube et Crépuscule (Griffe d'Encre également) et Leçons du monde fluctuant (chez J'ai Lu; dont je n'ai malheureusement pas fait de chronique malgré sa qualité) n'ont pas émoussé mon enthousiasme. Un auteur aussi original ne se découvre pas tous les jours. En faisant un petit tour à la médiathèque parisienne Port-Royal, rebaptisée Rainer Maria Rilke, avec son remarquable fonds SF/Fantasy/Fantastique, j'ai constaté le bon boulot des responsables en voyant Le Diapason des mots et des misères présent en rayon (Griffe d'Encre y est bien représenté d'ailleurs, tout comme à la librairie L'Antre-Monde, 142 rue du Chemin-Vert, métro Père-Lachaise). En apercevant la trilogie Féerie pour les ténèbres étiquetée Fantasy, j'ai un peu hésité. J'aurais eu tort de ne me fier qu'au genre. Quand Jérôme Noirez s'illustre dans la Fantasy, il ne faut pas s'attendre à de la Fantasy typique. Bon d'accord, l'éditeur a choisi une illustration de couverture tout à fait en adéquation avec le genre et il y a le fameux plan cartographique en début d'ouvrage, avec ses noms aux sonorités dépaysantes, ses petites montagnes etc. Mais cette carte sera pertinemment exploitée à mesure que s'étoffera l'univers de l'auteur.

Tous ces traditionnels comtés, terres et contrées subissent un envahissement bien particulier. La Technole s'étend depuis on ne sait plus très bien quand. Tout ce béton et ce plastique semble avoir une vie propre et leur provenance demeure un mystère pour les personnage de Noirez. Ils en tire plus ou moins profit pourtant, de ces montagnes de rebuts source d'un semblant d'économie.

On aurait tendance à penser qu'il est plutôt casse-gueule d'unir un terrain littéraire propre à la fantasy à des éléments très proches de notre monde (lampadaires, télévisions, immeubles en béton...). L'univers de Féerie pour les ténèbres ne choque pourtant pas. Il nous apparaît dès les premiers chapitres d'une cohérence indéniable. Les clins d'oeil culturels à notre propre monde sont plus que de petites blagues, ils se sont insinués (comme "Hey Jude" dans La Tour sombre de Stephen King), personne ne sait comment et ils contribuent à rendre cet univers attachant aux yeux du lecteur.

Des lutins victimes des distractions des rebutiers, un monde souterrain profond où pullulent des êtres monstrueux, les rioteux, dont les gens du dessus se méfient, ou s'effraient, et des féeurs aux pouvoirs interdits, voici la toile de fond peinte par l'auteur.

L'intrigue, quant à elle, trouve plusieurs points de départ sur la carte.

Malgasta, en provenance des marécages de Sponlieux et sa Mer Clapotante, se voit attribuer une mission pour échapper à sa punition. Il faut qu'elle élimine cette dangereuse Dame Plommard à l'apparance trompeuse.

L'officieur de justice Obicion, à Caquehan, trouve un cadavre étrange et voyant son enquête piétiner, se ressource à Enlori, son village natal, chargé d'un violent passé.

Estrec se divertit, du haut de son 17ème étage, en "vertigeant", terme qui désigne le plongeon mental dans l'En-Dessous. Estrec est originaire de Gourios, lieu légendaire que personne n'a jamais localisé et dont on ne retrouve jamais le chemin.

Les inséparables orphelins, Gourgou et Grenotte, frère et soeur, innocents et espiègles, fuguent pour éviter leur pire cauchemar, l'adoption, et se lient d'amitié avec les rioteux, cette faune particulière dont fait partie l'esmoigné Meurlon. Quinette, petite chienne indécrottablement fidèle aux humains malgré ce qu'ils lui ont fait subir, fait aussi partie du groupe.

De son bucolique et chantant côté, Jobelot, très populaire auprès des femmes de par ses qualités musicales (mais pas seulement...), se découvre subitement inspiré par des événements et des personnages situés aux quatre coins de la carte. Notons d'ailleurs que ce trombadour nous offre quelques éclats de son talent rappelant ainsi que l'auteur est lui aussi musicien.

Bien sûr, ils finiront par tous converger (exception faite pour Jobelot, qui fera une bien malheureuse escale dans un village d'hermites) pour contrecarrer, volontairement ou pas, les noirs desseins de Dame Plommard et Hognard. Menace double puisqu'un nom, hostilité mystérieuse, sourde mais non moins certaine, se fait de plus en plus entendre: Charnaille.

Si vous êtes tentés de commencer ce cycle d'aventure et redoutez d'en lire trop dans ce qui va suivre, n'hésitez pas à survoler mes lignes ou même de vous arrêter là. J'en raconte peut-être trop pour que vous savouriez pleinement ce que Jérôme Noirez a réussi à ficeler. Le premier tome est suffisamment convaincant et addictif pour que la suite ne reste pas qu'un projet de lecture dans votre esprit. Enfin pour ceux qui ont accroché.

Le deuxième volet de la trilogie, Les Nuits vénéneuses, s'ouvre sur la côte est de la carte. Aspe, ville portuaire bordée par l'Hibondière, témoigne d'un changement d'attitude chez Herpelu, vieux fou reclus dans un phare. Non, l'élevage des araignées, il s'y est toujours consacré. Ce qui intrigue les Aspiens, c'est qu'il sort de sa retraite et prend la mer pour en revenir avec un sac vidé d'une parti de son contenu. Ensepoutour va commencer à découvrir un semblant de réponse déjà trop vertigineux pour son esprit. Heureusement que l'alcool qui circule à Aspe est propice à l'oubli de choses trop dangereuses pour la santé mentale de ses habitants.

Dans ce prélude, le lecteur y voit semés deux détails qui serviront de fil rouge au long des chapitres. Tous deux issus de cette fameuse Technole, le, ou plutôt les premiers, sont ces panneaux routiers avec ces étranges symboles qui apparaissent plantés un peu partout. Le second détail est une sorte de "poison mental" diffusé notamment par ces objets appelés télévisions ou radios, des échos que le lecteur rconnaîtra immédiatement comme de sa propre Histoire, des échos des pires années du XXème siècle. Ils s'insinuent aussi sous forme de visions de lynchages (que signifient donc ces trois K?), de discours haineux, de bruits de milliers de bottes claquant au pas...

On retrouve avec plaisir les même personnages que dans le premier volet. Si vous craigniez ne plus vous amuser avec Grenotte et Gourgou, rassurez-vous, ils assistent aux cours dispensés par maître Ilhau, à Saillette, tout petit village peu à peu déserté. Ils ne sont toujours pas adoptés mais sont accompagnés par une adolescente féeuse, Gamboisine. Cette dernière subira très vite les assauts amoureux de Jobelot, autre personnage familier du lecteur, qui, après une fâcheuse parenthèse lié à son sort de fin du premier tome (j'omets volontairement les détails), croisera le chemin de ces jeunes personnes à l'initiale commune.

Pas très loin sur la carte, sur les Terres Royales de Caquehan et plus exactement dans le palais d'Orbarin Oraprim, Malgasta, désormais reconvertie en cuisinière du roi, veille toujours sur Estrec. A l'instar de Jobelot, Estrec a connu un sort particulier et de sa forme humaine, il n'en est plus vraiment question. Devenu une sorte de grotesque cyborg, il a conscience de millions d'informations qu'il capte grâce (ou à cause) de ses fragments de Technole qui se sont greffés malgré lui à son corps. Sa difficulté à communiquer avec Malgasta le frustre, d'autant plus qu'il enregistre jusqu'à l'obsession les mots doux qu'elle lui prodiguent. Mais dans cette bulle réduite et pourtant ouverte sur de vertigineuses distances et dimensions, un autre mot finit par s'insinuer: Ennemi.

Deux événements principaux se partagent l'action. D'un côté, Malgasta se laisse emportée sur les flots dangereux de l'Hibondière avec le pirate Lentise, Aspien venu demander de l'aide auprès du roi. Une créature immonde semble la cause d'une hécatombe sur l'île d'Eschamat, au large d'Aspe. Cette partie du récit comprend des pages épiques et grandioses. D'autre part, une petite équipe est chargée de traverser l'ultime frontière entre Ando et les terres redoutées des Brohls où personne n'a auparavant osé s'aventurer. Cette délégation chargée de résoudre le mystère d'une route sortie de nulle part pour égarer les camionniers (c'est le terme employé par Noirez), se forme de Quiebroch, louche politicien et féeur, d'Ostre l'ourselet, mi-homme mi-ours, dont les instincts de chasseur se sont engourdis depuis trop longtemps et de Mesvolu, rioteux fraselé (dotés de plusieurs bras et d'ongles éffilés, les fraselés ont pour particularité de pratiquer assidûment l'autopsie d'humains... vivants), qui a apporté une aide précieuse à Obicion précédemment. En parlant d'Obicion, celui-ci, en retraite, n'apparaît qu'à deux courtes occasions dans Les Nuits Vénéneuses.

De nouveaux personnages secondaires méritent qu'on les cite. Vertevelle, evescal (mot transformé par Noirez) d'Ando, n'est pas le plus heureux mais il est le prétexte de l'auteur pour expliquer, par petites touches, la vie spirituelle et religieuse de son monde. Un doctrinaire (une secte aux objectifs occultes) qui change de nom et que Jobelot a déjà rencontré pour son malheur, fait de brèves apparitions mais aiguille tout de même l'intrigue générale. Quant à Thopasion, chauffeur de la délégation décrite plus haut, il rentre dans la catégorie des personnages comiques et demeure très sympathique malgré son "lyrisme de garage".

La promesse d'une continuation est beaucoup plus claire à la fin des Nuits vénéneuses. Des péripéties sont annoncées, des mystères non résolus, les personnages ont encore du potentiel

La trilogie se conclut par Le Carnaval des Abîmes. Neuf mois se sont écoulés, mais les événements qui se déroulés lors des Nuits vénéneuses ont laissé de profondes traces. Nous le découvrons très vite alors qu'Obicion (qui reprend une place plus importante), comptant dans l'assistance d'une impressionnante leçon d'astronomie, voit débarquer Repurgue et ses sbires venant réinstorer l'Inquisition. Prenant ses racines dans la mort de Vertevelle, cette troisième Inquisition vient faire le ménage et purger des contrées du pays doctrinaires hérétiques et féeurs désobéissants. Des compagnons d'Obicion en seront les premières victimes et l'ancien officieur de justice sera contraint de fuir dans l'En-Dessous chercher l'aide de Mesvolu le fraselé.


La tragédie qui cloture Les Nuits vénéneuses (chut...) rappelle que Noirez peut manifester une cruauté qui n'épargne aucun de ses personnages (les familiers de The Walking Dead par Robert Kirkman comprendrons). Jobelot, Gamboisine et Grenotte, enterrés dans l'En-Dessous en réconfortante compagnie de Meurlon, n'ont pas vu la lumière de l'Au-Dessus pendant ce hiatus de neuf mois. Gamboisine, en partie inquiéte pour Jobelot dont la folie se fait menaçante, en partie poussée par la quête de ses origines, décide de retourner en ce lieu mystérieux, d'où semble provenir la Technole. Lieu d'une grande importance dans les deuxième et troisième tomes de la trilogie, dont j'omet de citer une seconde fois le nom.


Revenue du périple à l'île d'Eschamat, Malgasta reste méfiante quant à l'arrivée à Caquehan, sous une forme ou une autre, de Taoncel, l'étrange et dangereuse créature qui a disparu dans les flôts de l'Hibondière. Elle a ramené certaines choses funestes(un ours en peluche et un tonneau au contenu inquiétant) de l'épopée partagée avec Lentise. Ce dernier prendra ses distances vis à vis de Malgasta et de Caquehan pour plusieurs raisons. Dont une en rapport avec le roi qui trouve son explication dans Les Nuits vénéneuses. Estrec est devenu un arbre de la Technole si imposant qu'on a fini par littéralement le planter au beau milieu de la grande plaine aux rebuts. Une résistance va s'instaurer contre l'Inquisition qui s'étend vers du centre à l'ouest, en particulier dans la contrée de la Reille et plus particulièrement à Dieumenti là où réside Barugal. Une brève apparition de celui-ci dans Les Nuits vénéneuses reste mémorable et on le découvre jouant son rôle de sauvage sans pitié aux yeux du monde. En vérité philosophe instruit, il s'alliera avec Gachegaruche et son cheval lépreux pour contrecarrer l'Inquisition.


Un triple événement criminel accélérera les choses, Ostre se verra confié des fonctions qu'il aurait préféré pouvoir rejeter, Grenotte fera l'expérience du quasi mauvais trip de la somnambulation... Un tome final, le plus sombre, le plus déjanté, où règneront toutes formes de folie (le roi, Jobelot, Malgasta...), où un répugnant trio bestial (digne des tableaux d'un autre Jérôme, Bosch) fera des siennes et où des liens inattendus entre certains des personnages seront révélés.


Noirez n'hésite pas dans ce Carnaval des Abîmes à se lancer dans une joviale surenchère macabre qui contient des passages hallucinés, truffés de mots inventés (influence de Lewis Carroll oblige, également présente dans les déambulations mentales de Grenotte) qui ennuie parfois par son hermétisme sans perdre pour autant de sa cohérence. L'ambiance de ce troisième tome m'a un peu moins plu à quelques moments, mais je ne vous en encourage pas moins à pénétrer dans cette trilogie unique.


L'ensemble de Féerie pour les ténèbres est un subtil mélange de descriptions macabres ou magnifiques, de dialogues justes et d'une densité épique, toujours renouvelée par une profusion de trouvailles. Tout au long du milier de pages, l'humour est omniprésent: dans la forme, pour preuves ces titres de chapitres originaux, lignes descriptives simplistes mais qui attisent la curiosité dans les premier et troisième volets ("Estrec de Gourios et ses problèmes de plomberie", "Obicion discute avec une bouche d'égout" et le très assumé "Grenotte et Gourgou rotent et pètent dans l'En-Dessous"); proverbes et dictons made in En-Dessous pour le deuxième ("L'enfer n'est même pas pavé", "Il ne faut pas tuer l'ours avant d'avoir vendu sa peau" etc.). Dans le fond et sous différentes formes: Grenotte, l'attachante petite capricieuse, Thopasion, lâche et irritant mais d'une bonhommie et d'une camaraderie indéniables, Jobelot et ses obsessions pour le féminin, Barugal et sa double identité, Mesvolu aux pensées et réparties délicieusement gores...

L'humour noir est d'ailleurs l'une des nuances d'une violence modulée entre la menace sourde et le grand-guignol. J'ai tenu à vous faire part de mes propres mots avant de vous citer l'argumentaire de quatrième de couverture: "une fantasy au ton décalé qui concilie épouvante graphique et humour rabelaisien." La comparaison avec l'auteur de Pantagruel et Gargantua se fait surtout sentir dans la profusion anatomique, exagérée à dessein, du Carnaval des Abîmes.

Petit plus, condiment savoureux, le lecteur repérera toutes ces allusions à notre monde familier mais en décalage complet dans ce monde imaginaire. Dans le désordre et en blanc, surlignez si vous voulez les déchiffrer: Henri salvador, un sac en plastique Intermarché, Laurel et Hardy, une chanson de Charles Trénet déclenchée sur un autoradio, "Love me tender", Le Mont Saint-Michel, Shirley Temple, la Valise RTL, L'Île aux Enfants...

Avant de conclure cette très longue chronique, je tiens à préciser qu'elle correspond à la lecture des trois volumes édités par Nestiveqnen en 2005 et 2006. Une fois terminé Les Nuits vénéneuses, j'ai jeté, pour la première fois, un coup d'oeil au site Internet de Jérôme Noirez. Il est annoncé pour la fin d'année 2011 une réédition, en deux volumes, remaniée et augmentée chez Le Bélial. Malgré l'aspect à l'avenir obsolète des versions Nestiveqnen, j'ai tenu tout de même à publier mes impressions. La réédition chez le Bélial, d'après mes sources, contiendra des révisions/remaniements dont j'ignore l'ampleur, des nouvelles et une novella. Je ferai sans doute une mise à jour mais je crains ne pas avoir assez de courage ni de mémoire pour rendre compte des changements qui seront apportés au texte de la trilogie à proprement dite.

Deux liens utiles, après vous pourrez reprendre une activité normale: le site de l'auteur: http://www.jeromenoirez.fr/ et une rencontre virtuelle entre J. Noirez et ses lecteur qui s'est déroulée entre le 21 et 23 juin 2010. Vous y trouverez peut-être des réponses à vos propres questions: http://www.actusf.com/forum/viewtopic.php?t=10420&postdays=0&postorder=asc&start=0


Livre 1 - Féerie pour les ténèbres; Livre 2 - Les Nuits vénéneuses; Livre 3 - Le Carnaval des Abîmes, Jérôme Noirez, Nestiveqnen.

dimanche 3 avril 2011

L'émotion qu'elle n'a su ressentir tout à l'heure profite de cette brèche pour l'étreindre enfin. Toujours à croupetons, elle laisse tomber sa tête entre ses genoux, et se balançant lentement sur les talons, elle se met à pleurer. Jamais, dans toute son existence chaotique, injuste, tant de fois traversée par la méchanceté et la bêtise, par le mensonge et la folie, et surtout, surtout! par le brouet de rognons aux épinards, elle ne s'était sentie aussi épouvantablement seule.


Féerie pour les Ténèbres Livre 3 - Le Carnaval des Abîmes, Jérôme Noirez, Nestiveqnen.
Quelques secondes d'un profond silence s'écoulent. Dans sa grande naïveté, Henriette se dit que de toute façon, il est littéralement impossible, dans un pays comme la France, dans une ville comme Paris, dans un palace comme le Meurice, de voir un type faire sauter une salle de bain à la grenade...

"Paris, city of love", Sébastien Gendron, in Paris Jour, Parigramme, coll. "Noir 7.5"