"Rana Toad", ça se mange?

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samedi 31 octobre 2009

Les écrivains et la pub - Le chewing-gum Hollywood par Marguerite Duras

La mer. Lui et elle. Fraîcheur de vivre.
Chaleur. Elle pleure, elle a pleuré. Ils ont marché longtemps. Hollywood Chewing-gum. Ils se sont tus longtemps pendant qu'ils marchaient le long de la mer. Maintenant, elle parle, elle a parlé. Chewing-gum au goût très frais. Elle a dit: Quand j'étais petite, tu as caressé mes cheveux tu as embrassé mes cheveux. J'ai voulu te tuer. Elle se souvient. Elle s'est souvenue. Hollywood Chewing-gum, on en prend un.
Il a regardé la mer. Il a dit: Oui, je me rappelle, je mâchais du chewing-gum.
Elle se rappelle aussi. On se sent bien Hollywood Chewing-gum.
Elle dit: Et quand tu m'as embrassée, le chewing-gum s'est collé dans mes cheveux. ça fait douze ans de ça, et il y est toujours.
Il répond: Je n'ai pas de ciseaux sur moi, je ne peux pas te l'enlever.
Ils se taisent, ils marchent le long de la mer.

Fluide Glacial n°102 (Décembre 1984)

jeudi 29 octobre 2009

La maison Hamish Hamilton publie à Londres le premier album de caricatures depuis trois ans de Chas Addams: "Homebodies". Dessinateur attitré du "New Yorker", Addams est, avec Steinberg et quelques autres, un des plus originaux représentants de l'humour américain dans ce qu'il a de plus percutant et farouchement anticonformiste. Mais un trait plus particulier me vaut de le mentionner ici:c'est qu'il a inventé pour son usage personnel un humour à proprement parler anormal, dont les ressources semblent sans équivalent.
Il lui arrive d'employer des procédés traditionnels et relativement anodins, mais le plus souvent son oeuvre est placée sous le signe du bizarre, un bizarre assez accentué pour devenir inquiétant. Addams est sans doute le seul caricaturiste au monde qui ait eu l'idée de baser la plupart de ses dessins sur des personnages dignes du cinéma d'épouvante! Il a ainsi créé une invraisemblable famille qu'il "suit" depuis le début de sa carrière et qui est devenue légendaire auprès de son public. Il y a une mère spectrale, un père au physique dégénéré, deux jeunes enfants qui sont des monstres pervers, un domestique qui ressemble à Boris Karloff, et ainsi de suite... Le dessinateur nous les montre toujours chez eux, dans une affreuse vieille bâtisse sombre, et il accumule à plaisir autour d'eux les éléments sinistres et répulsifs. L'univers ainsi engendré pousse le morbide à un degré malsain. Cet humour est noir comme du cirage!

Alain Dorémieux, rubrique "Ici, on désintègre!" in Fiction n°20, juillet 1955.

samedi 24 octobre 2009

Ma vie ratée d'Amélie Nothomb

Frédéric Huet a un gros problème: il n'arrive pas à être publié. Et pourtant il y consacre toute sa vie quitte à devoir toucher le RMI. Une question le taraude: doit-il ressembler aux "grandes figures de la littérature moderne actuelle" comme Amélie Nothomb, Anna Gavalda ou Catherine Millet pour percer en littérature?

L'auteur passe au crible tous les effets de manche qui marchent dans les best-seller actuels: raconter sa vie totalement désintéressant et sans style comme Amélie Nothomb, écrire des bluettes sans saveurs et fuir les interviews par des pirouettes stylistiques sous forme de sentences mielleuses comme Anna Gavalda ou décrire des ébats crus qui n'intéressent personne comme Catherine Millet. Il emploie tour à tour tous ces "styles" afin de prouver que lui aussi peut le faire quitte à décrire ses relations homosexuelles imaginaires avec Brian Joubert, est-ce d'ailleurs le choix idéal de "personnalité"? !
Il tire aussi à vue sur les principes commerciaux et moraux de certains éditeurs bien connus comme usines à best-sellers ainsi que sur le fonctionnement des médias!

Si on apprend rien de nouveaux, entant que professionnel, sur les personnalités qu'il fustige on pourra tout de fois s'amuser ouvertement de certains "phénomènes" dont on se demande comment ils peuvent encore fonctionner!
(Désolé pour le point de vue personnel: moi j'aime pas Amélie Nothomb donc forcément ce roman m'a fait rire ! )

Interview de l'auteur sur le site de l'éditeur
Bande annonce
Site officiel de l'auteur (voir les parodies de couvertures)

Frédéric Huet, Roman "autobiographique", Éditions Anabet, août 2009.

samedi 17 octobre 2009

This is not America

Autour du triptyque "Naguère, hier et ailleurs et demain" Thomas Day s'amuse à détruire par l'humour les principaux symboles américains.

Dans Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre on suit un groupe de marginales, qui viennent de tuer le président à Dallas, dans un road-movies sanglant . Entre manipulation, paranoïa et détails équivoques ils vont découvrir avec stupéfaction que l'un d'entre eux est un extraterrestre renégat qui préfère soutenir les humains. Mais pourquoi une telle trahison? Une nouvelle qui permet à l'auteur un retournement des valeurs de protectionnisme et de manipulation.

Dans American Drug Trip un homme rencontre un ours le long d'une faille gigantesque dans le désert: mondes parallèles ou symboles américains vus avec humour par les Surréalistes?

Enfin dans l' Éloge du sacrifice, seule nouvelle inédite, des extraterrestres laissent au président américain un choix cornélien: laisser mourir la Terre à petit feu de la main de l'homme ou la destruction d'une partie de l'humanité... Seule nouvelle au ton plus sérieux.

Un recueil inégal, réjouissant par le ton humoristique des deux premières nouvelles et décevante pour la dernière plus brouillon dont on ne comprend pas bien la finalité.

Interview de l'auteur sur le site de l'éditeur

Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre précédemment publiée dans Invasions 99, anthologie de Gilles Dumay, Éditions du Bélial.
American Drug Trip précédemment publiée dans Bifrost n°26, Éditions du Bélial.


Thomas Day, Éditions Actu sf, collection Les Trois souhaits, février 2009.

Baroudeur

Voici un recueil regroupant quatre nouvelles de 1951 à 1961, donc du début de la carrière, de Jack Vance regroupées autour du thème du choc des cultures et des idéaux.

Dans La Princesse enchantée est testé un nouveau traitement "révolutionnaire" contre la cécité inventé par un cinéaste hors normes qui vole les images de l'esprit d'un enfant pour en faire des films fantasmagoriques. L'image projetée sera le déclencheur de fantasme onirique chez le médecin traitant de la petite. L'auteur pose la question de l'avancée médicale, ses conséquences morales et le réel effet curatif d'un tel procédé.

Dans Personnes déplacées sur la Terre d'après-guerre, la seconde, un peuple de troglodytes descendants directs des premiers hommes terrés sous la surface de la Terre depuis des millénaires envahit soudain les montagnes autrichiennes. Se pose alors un véritable problème humanitaire doublé d'un d'un problème de cohabitation. Jack Vance met en lumière l'impuissance des Nations Unis face à un tel enjeu sanitaire. Basée sur de faux articles de presse cette nouvelle anticipe les problèmes abordés dans le film District 9.

Dans Papillon de nuit l'attaché consulaire des Panètes Mères Edwer hissel est nommé pour appréhender l'assassin Haxo Angmark. Il pense sa mission aisée jusqu'à ce que celui-ci se cache sur la planète Sirène dont les habitants ne sortent jamais sans leurs masques et s'expriment par le chant accompagné de différents instruments de musique leur permettant d'exprimer leurs sentiments. Edwer hissel se heurtera à un véritable mur culturel lors de l'arrestation car comment expliquer à un peuple qui ne connaît ni la culpabilité ni l'entraide peut comprendre les crimes de l'assassin?

Dans Le Bruit nous est donné à lire un extrait du journal intime de Howard Charles Evans qui décrit la découverte de nouveaux bruits et sensations lors de l'exploration d'une nouvelle planète dont le peuple est invisible.

Enfin dans Le temple de Han un homme ordinaire fait la rencontre d'extraterrestres fidèles d'un dieu aux pouvoirs dignes des forces les plus supérieures. Son caractère intrépide le mènera aux pires ennuis.

Un recueil qui décrit à merveilles tous les problèmes de communication et d'adaptation que peuvent rencontrer des peuples qui se rencontrent pour la première fois et qui ne parviennent pas à se comprendre!

Jack Vance, Éditions Actu sf, collection Les Trois souhaits, février 2009.


lundi 12 octobre 2009

Qu'ont-ils fait de nos héros d'enfance???

J'étais très fan de Princesse Sarah quand j'étais petite, oui je sais ça ne se voit pas forcément... Du coup je suis un peu en deuil devant cette version steampunk que je trouve très moche, après ce n'est que mon avis...

samedi 10 octobre 2009

La Brigade Chimérique

La frustration est sans mystère : non seulement il n’y a pas de super-héros en France, et plus largement en Europe continentale, mais il semble impossible d’en créer un qui ne soit pas un hommage, une parodie ou un décalque affaibli des grandes figures des comics US. Quelque chose « manque » dans notre imaginaire, sans qu’on puisse dire quoi exactement. Nombreux sont les lecteurs et sans doute les auteurs à avoir ressenti ce manque. En février 1978, j’ai écrit une lettre à ce sujet au magazine Strange ; j’avais treize ans et je découvrais tout ça. Cette lettre a été partiellement reproduite dans le courrier des lecteurs du numéro 100, avec mes jugements de fan de base (« Je n’aime pas tellement Daredevil de Gene Colan mais Spider Man est génial ») mais sans mes questions sur l’absence de héros français. Par la suite, j’ai fini par intérioriser cette lacune, comme tout le monde, mais la frustration n’a jamais complètement disparu.

Ce sont les mots de Serge Lehman (écrivain français génial et talentueux théoricien des littératures de l'imaginaire) en exergue du site officiel de la nouvelle bande dessinée parue chez l'Atalante, et ils expliquent à peu près tout.
Magnifique projet que La Brigade Chimérique, scénarisée par Serge Lehman et Fabrice Colin (tous deux romanciers du fantastique, hommes d'expérience et de passion) dessinée par Gess et colorisée par Céline Bessonneau : créer une histoire, un monde, qui nous dévoilerait dans une uchronie très sérieuse ce qu'aurait été la France de l'entre-deux-guerres vue à travers le prisme des super-héros.
Le dessin est parfait, l'histoire est haletante et pulp au possible, les auteurs ont su réussir exactement ce qu'ils semblaient vouloir faire : une transposition française des comics américains, située à une période française qui donnerait toute son identité à l'histoire, prouvant qu'elle n'est pas qu'une transposition.
Lehman et Colin nous font ainsi découvrir nombre de personnages de la littérature fantastique européenne, oubliés pour la plupart, et qui savamment glissés dans l'intrigue passeraient pour avoir été inventés sur l'instant.
Une grande et belle oeuvre que l'on a hâte de pouvoir découvrir dans son intégralité, et qui fait du bien : il y a longtemps que l'on attendait un comics à la française de cet acabit.
Un seul bémol toutefois, le format de la collection qui, même s'il permet d'avoir un bel objet - et d'être proche du format américain - est un peu petit et donne l'impression de réduire les belles images de Gess.


La Brigade Chimérique, 6 tomes prévus, deux déjà sortis
L'Atalante, collection Flambant 9

jeudi 8 octobre 2009

Les héros de la vallée

On continue la série des lectures qui font plaisir avec le dernier livre de Jonathan Stroud, l'auteur de l'excellente trilogie de Bartimeus (Albin Michel Wiz ou Livre de Poche, selon). "Les héros de la vallée", traduit par Hélène Collon, toujours chez Albin Michel, est un petit pavé qui se suffit à lui même. Je l'ai littéralement englouti.

Voilà le pitch :
"Halli grandit fasciné par les récits du temps où sa vallée était un endroit dangereux et sauvage. Il adore penser à ses fougueux ancêtres, comme le légendaire Svein, qui a libéré le pays des Trales. Lui aussi rêve d’accomplir des exploits. Le jour où son oncle est tué sous ses yeux, Halli se dit que son moment est venu. Il se lance alors dans une quête pour reconquérir l’honneur des siens. Mais c’est sans compter les imprévus qui se présentent à Halli, comme autant d’embûches inattendues qui mettent à l’épreuve son courage."

Plusieurs clans se côtoient dans la Vallée. Bercés par les légendes de leurs héros face à des monstres terribles aux dents pointues (les fameux Trales), aucun habitant n'ose en franchir les limites. Cet univers clos délimite le parcours du jeune Halli, quand celui de son ancêtre, Svein, s'étend au delà et à l'origine de tout.

Le roman est construit en diptyque : chaque chapitre commence par l'un des hauts-faits du puissant (et quelque peu barbare puisqu'il ne rechigne pas à trancher des têtes pour conquérir la Vallée) Svein, les histoires sont bourrées d'emphases, d'où il est difficile de dépatouiller la vérité.
Ces démonstrations de force font un énorme contraste avec les aventures d'Halli. Petit, trop (?) ambitieux, pas très beau, la langue bien pendue, Halli est un personnage atypique et provocateur. On retrouve un ado imparfait, similaire en bien des points à Nathaniel dans la trilogie de Bartimeus. Ces héros malgré eux doivent apprendre à faire la part des choses dans le monde qui les entoure afin de jouer un rôle de plus en plus important et assouvir leurs ambitions.

"Les héros de la Vallée" est un bon roman initiatique pour grands ados (et adultes). Pas le meilleur de Jonathan Stroud, mais bon tout de même.
Les points forts de l'auteur restent ses personnages paradoxaux : héros de l'histoire, ils gagnent en pouvoir à coup de bourdes très cocasses.
Un auteur à suivre!

mercredi 7 octobre 2009

Chaîne des Editions Casterman

En association avec YouTube les Éditions Casterman inaugure une chaîne sur le web avec des liens vidéos d'interviews d'auteurs, des bandes annonces...

Une façon ludique de découvrir leurs nouveautés qui change des catalogues même en ligne!

http://www.youtube.com/user/EditionsCasterman#play/playlists

lundi 5 octobre 2009

Charles Manson, Le Gourou du rock

Loin de n'être qu'une simple biographie de Charles Manson cette véritable somme intellectuelle retrace non seulement la carrière de musicien avortée mais aussi ses théories fumeuses sur les chansons des Beatles "Revolution 9" mais surtout "Helter Skelter" et enfin son influence sur différents artistes jusqu'à nos jours.

Dans une première partie, de 180 pages quand même sur 650, les auteurs décrivent en détail la vie personnelle, la formation de la secte et les exactions attribuées à "La Famille" ainsi que le contexte politique, sociale, économique et moral de la période Hippie.

Dans une brève seconde partie est exposée une théorie moins connue et donc plus "amusante" des circonstances de l'assassinat de Sharon Tate!

Mais la partie la plus intéressante est sans conteste la dernière composée de multiples interviews d'artistes venant d'horizons aussi différents que le Punk, le Hardcore, le Métal, la Musique Industrielle ou le Hard Rock et se reconnaissants des influences de Charles Manson musicales ou philosophiques.

Loin d'en rester aux clichés d'ennemi numéro des États-Unis et sans censure dans les différents propos rapportés, précise toujours bien l'éditeur, les auteurs explorent la" philosophie" de Charles Manson ainsi que son influence sur de multiples genres musicaux pour preuve que cet individu en fascine encore certains!

So. Noël et Christophe Lorentz, Éditions Camion blanc, collection Camion Noir, août 2009.

dimanche 4 octobre 2009

Solution macarons

Encore un énième livre de cuisine genre les P'tits Marabout me direz vous! Qu'est-ce-que peux apporter de neuf un tel ouvrage à part le fait d'être publier chez un petit éditeur?

Il suffit d'ouvrir l'ouvrage et de regarder les photographies de Sigrid Verbert pour être tout de suite conquis! Grâce à 21 recettes simples, enfin pour l'auteure parce que vu que je ne suis réellement pas douée en cuisine je n'ai pas tout compris, et originales la très médiatique Mercotte nous emmène dans un véritable voyage sensitive et culturel!

Le petit plus de cet ouvrage est une liste de tous les ustensiles et petits trucs nécessaires étape par étape pour devenir un vrai cordon bleu, ou en avoir l'illusion en tout cas!

Mercotte, Éditions Altal, octobre 2008.

Blog culinaire de cette cuisinière émérite


Site de la photographe

L'Indigeste

Une femme grosse et laide, dont on ne connaîtra jamais le nom, se laisse mourir de solitude tout en se goinfrant dans son appartement transformé en véritable porcherie. Son métier de caissière ne l'accroche même plus à la vie... Mise à mort par les railleries de ses collègues elle s'emmure dans son monde apocalyptique. Jusqu'à ce qu'une collègue rongée par la culpabilité d'avoir abattue plus faible qu'elle, elle-même moche, à la vie vide et que la solitude ronge, s'inquiète, lui rende visite et la trouve dans un état catatonique...

La seconde décide alors d'essayer de faire reprendre goût à la vie à la première... Arrivera-t-elle en quelques jours à rompre la spirale infernale de l'autodestruction? L'autosatisfaction de cette renaissance par substitution lui permettra-t-elle de reprendre les rênes de sa vie?

Un roman très réaliste sur la solitude et l'effet du regard des autres et des mots qui peuvent détruire un individu mais aussi paradoxalement sublime d'espérance !

Sarah Molina, éditions Altal, mars 2008.

Une interview de la jeune auteure et co-directrice des éditions Altal