"Rana Toad", ça se mange?

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dimanche 5 juillet 2009

H.P.L.

Aussi aux Éditons Actu SF dans la collection Les Trois Souhaits, dont le recueil de nouvelles Appel d'air était déjà tiré (voir chronique de Chan Coray), voici une biographie uchronique de Howard Phillips Lovecraft par Roland C. Wagner, auteur multi récompensé par le Prix Rosny Ainé et auteur d'une des nouvelles du précité Appel d'air.

L'auteur part d'une idée simple: et si Howard Phillips Lovecraft n'était pas mort le 15 mars 1937 mais avait vécu 101 ans? Quelles auraient pu être ses interactions avec d'autres auteurs comme Philip K. Dick? Quelles autres nouvelles aurait-il pu écrire? Comment aurait évoluée sa vision du monde au jour du "lancement par les Soviétiques du premier Spontnik"? Quelles oeuvres cachait son activité de nègre de littéraire?

Roland C. Wagner prend comme point de départ la biographie officielle de l'auteur pour la prolonger avec génie en créant des références imaginaires en bas de page! Découvrez pour la somme modique de 5 euros la première uchronie biographique de cet auteur majeur.

Pour d'autres théories sur l'oeuvre supposée cachée ou autres analyses des nouvelles de Lovecraft voir Les Études Lovecraftiennes.

Roland C. Wagner, Éditons Actu SF, collection Les Trois Souhaits, octobre 2008.
Nouvelle également disponible dans le recueil Musique de L'Energie chez Nestiveqnen.



mercredi 27 août 2008

Appel d'air


Paru chez les trois souhaits, la maison d'édition de Actusf, "Appel d'air" réunit une trentaine de textes écrits par des auteurs français de science-fiction. Ces courtes nouvelles ont été écrites à la veille de l'élection de l'actuel président de la république. Mises en gardes ou simples constats, on y trouve nombre de petits bijoux, sur le fond comme sur la forme.
Pour seulement 6 euros, je vous assure qu'il deviendra votre livre de chevet!
Amis libraires, conseillez-le!

Et pour vous mettre l'eau à la bouche, voici un des textes lu par R.C. Wagner :

vendredi 21 avril 2017

Haute Voltige d'Ingrid Astier

  Ingrid Astier est l'auteure marquante qui nous avait livré en 2010 un Quai des Enfers rafraîchissant et inattendu. Comparée à Fred Vargas pour l'ambiance vaporeuse et mystérieuse qu'elle prodiguait à ce premier roman, elle offrait une voix très personnelle que j'ai immédiatement eu envie de suivre. En 2013, Angle Mort s'inscrivait dans la continuité tout en nous prenant à contre-pied avec un changement de ton brutal mais bienvenu. L'atmosphère se durcissait, devenait beaucoup plus nerveuse en décrivant de l'intérieur le monde du banditisme.

  Dans la veine nerveuse d'Angle Mort, Haute Voltige n'est pas le tome qui clôture la "Trilogie du Fleuve" qu'annonçait Ingrid Astier (voir l'interview).  Partagé entre banlieue et Paris intra muros pour ce qui est des lieux de l'intrigue, c''est dans ce gris entre-deux qu'a lieu le braquage spectaculaire d'un riche Saoudien. Les méthodes utilisées ne sont pas du tout le fait d'amateurs, la Brigade de Répression du Banditisme, menée par le commandant Stéphan Suarez, ne s'y trompe pas. A cause de son envergure, cette affaire détourne Suarez, ses collègues et ses subalternes de celui qu'ils ont surnommé le Gecko, une figure bien mystérieuse, génie du cambriolage, aussi intelligent qu'imprenable. Mais c''est également une affaire dans laquelle Suarez se découvre impliqué personnellement par un dégât collatéral: l'un des gardes du corps, Carmel Gheda, grièvement blessé est un ami proche.

  De l'autre côté de la barrière, évoluent le parrain Astrakan, ses sbires l'Italien BrainMan et l'Albanais Niko, et les interchangeables gorilles One le Brun et One le Blond. Le personnage le plus intéressant, pas seulement parce que principal, demeure toutefois Ranko, le neveu d'Astrakan,tourmenté par son passé autant que par Ylana, femme fatale, compagne circonstancielle (elle accompagnait le Saoudien lors du braquage) et troublante d'Astrakan, dont on ne connaîtra le véritable passé que vers la fin. Ranko fera aussi, brève mais proche de l'épiphanie, la rencontre d'un adepte du parkour, silhouette non criminelle se baladant de manière atypique sur les toits de Paris.
   
  Haute Voltige se montre peut-être encore plus ambitieux que ses deux prédécesseurs par sa densité. Le nombre de personnages et leurs implications respectives s'emboîtent au millimètre près. Il a fallu quatre ans pour voir publier ce troisième opus. On imagine difficilement le travail, l'énergie et la rigueur que suppose la mise en place d'une intrigue si complexe. Peut-être parce que sa maturation passe également par des voies non matérielles et personnelles. Ingrid Astier elle-même me confiait que "Haute Voltige aura tout dévoré dans ma vie, tant il est exigeant." Car ceux qui sont allés plus loin qu'une simple lecture de ses deux premiers efforts savent à quel point elle ne s'accroche pas à une recherche théorique, et forcément pauvre, pour rendre ses histoires vraisemblables.

  La démarche littéraire suppose pour Ingrid Astier une démarche sur le terrain, incluant de nombreuses rencontres avec des personnes dont on acquiert difficilement la confiance, tout autant de serrures habilement forcées. La véritable brigade fluviale parisienne pour Quai des Enfers ou des types louches qui donnent des rendez-vous nocturnes dans des lieux peu rassurants pour Angle Mort en étaient déjà deux exemples significatifs.  On y retrouve ainsi la volonté déterminée, manifeste depuis le début, de s'immerger totalement dans des milieux hermétiques et fantasmés par le lecteur lambda. Cette profusion de détails à laquelle l'auteure nous a désormais habitués s'accorde avec chaque personnage, qu'il fasse une petite apparition ou qu'il soit secondaire ou principal. Ils sont là moins pour impressionner le lecteur que pour lui donner une vision extrêmement précise de leurs manière d'être, leurs intentions, leurs psychés.

  Contrairement à Quai des Enfers qui ne dévoilait pas l'identité d'un tueur en série, nous sont livrées sans mystère, à l'instar d'Angle Mort, les intentions criminelles des personnages qui ont choisi cette vie où les lois ne sont vues que comme des entraves. Le Ranko de Haute Voltige est ainsi très proche du Diego d'Angle Mort. Bien que du mauvais côté de la loi dans leurs activités, ce sont des personnages que l'ont suit de si près qu'on en finit par faire abstraction de leur aspect "mauvais bougre" et par les considérer avec une fascination proche du respect. La grosse différence entre les deux était que Diego, espagnol au sang bouillonnant, incarnait le brut, l'instinctif, le terre-à-terre. L'élévation physique et spirituelle ne lui était qu'associée à travers Adriana, sa sœur trapéziste. Quant à Ranko, monstre venant de l'Est, plus réfléchi, plus froid comprend la nécessité d'allier à lui seul l'effort physique, terre-à-terre à une élévation par la culture, entre autres, qui le démarque des petites frappes qui pullulent dans son milieu. Ranko prend ainsi une hauteur qui lui donne cette dimension hors normes d'entité physique et cultivée.

  Cette dichotomie est certainement la plus évidente, par une mise en abyme. J'avais entendu parler du chessboxing comme une discipline un peu farfelue. Imaginez un sport qui alterne rounds de boxe et partie d'échecs. J'ignorais en vérité qu'il s'agit d'une invention de l'artiste, créateur de bande dessinée culte, Enki Bilal, à qui il est même attribué un rôle, secondaire dans la présence physique, mais primordial dans la complexité du roman. Il fait l'objet d'une question dans l'interview que vous trouverez plus bas. D'autres prestigieux invités font leur apparition, mais je vous en laisse la découverte. Ingrid Astier a même pris la peine de faire quelques clins à ses lecteurs assidus, en rappelant furtivement quelques personnages croisés dans ses deux précédents romans.

  Que penser lorsqu'on range Haute Voltige à la suite de Quai des Enfers et d'Angle Mort dans notre bibliothèque et que l'on découvre que ces trois romans ont traversé les trois dernières présentations ou repackaging de la prestigieuse Série Noire en grand format? C'est peut-être un simple détail éditorial, mais cela donne au parcours d'Ingrid Astier plus qu'une légitimité, à savoir une empreinte profonde déjà laissée dans la collection mais aussi dans la littérature policière.

  Maintenant , je laisse la parole à Ingrid Astier elle-même, dans une interview où les réponses sont aussi hypnotiques que sa prose. Elles offrent à cet article une richesse inestimable:

  De quelle manière te documentes-tu? Quelles difficultés as-tu rencontrées lors de l'écriture de Haute Voltige? Et au contraire, quelles gratifications tes démarches t'ont-elles apportées?
  
  Vaste sujet! Je ne me documente pas — je hais le savoir mort des fiches — mais passe de longues années de terrain à observer l’humain. Haute Voltige est vraiment un roman cathédrale et je ne pouvais lui donner des pieds d’argile. On ne choisit pas à la légère des sujets comme la brigade de répression du banditisme, les filatures, la Serbie, les échecs, la boxe et l’art… Chaque effet de réel exige un engagement fort. Alors, l’imaginaire peut respirer. Là est ma cible : bâtir des mondes qui fassent d’abord et avant tout rêver. Un roman est une porte que l’on pousse sur l’ailleurs et l’altérité.
   Avec Haute Voltige, le plus difficile fut de cerner l’âme serbe. J’avais une forêt vierge à défricher car un Français ne connaît des Serbes que des préjugés. Rien de culturel, rien d’essentiel. On ne bâtit pas un personnage sur du vent. Il a fallu troquer le vent contre des racines. J’aime cette phase plus que toute autre où je suis comme un homme qui plante des arbres. Je ne traite pas des marionnettes. Il faut trouver le terreau du personnage et le laisser pousser. Les rencontres sont des radicelles. Elles concentrent la sève du personnage. Ainsi des Serbes que j’ai débusqués pour Haute Voltige, qui venaient de la Šumadija, d’Herzégovine, du Kosovo…
  L'un d'eux, Alek, m’a appris des proverbes introuvables sur le net. Un savoir humain, vivant et vibrant, que seule la rencontre peut délivrer. Comme: "À qui appartient les moutons, appartient la colline!" ou "Qui se lève tôt le matin, attrapera deux bonheurs". Je me souviendrai jusqu’à la fin de ma vie de la tablée chez mes parents avec ces Serbes réunis pour le roman. Ranko prenait corps à vue d’œil! Pour un écrivain, ce sont des moments de grâce. J’ai alors choisi de démonter entièrement le tiers écrit du roman pour reconstruire Ranko, fil à fil. On ne bricole pas des personnages, il faut du cousu main.
 
  Que représente Enki Bilal pour toi? L'as-tu rencontré?

  Enki Bilal incarne, pour moi, l’artiste dans son essence. Son trait m’évoque celui des têtes d’homme au stylo bille d’Alberto Giacometti dans les années 60. Non pour le rendu mais pour l’intention. Un trait conscient de sa propre décision, qui porte en lui-même l’énergie de la création. Pour lui comme pour Giacometti, dessiner, c’est donner vie. Regardez les yeux chez Enki Bilal : ils ouvrent sur l’âme. Ce qui permet de complexifier la notion de fiction. Pour moi, le cheval-zèbre d’Enki Bilal est plus réel que certaines personnes que je croise, qui sont comme désertées. J’aime encore chez Bilal le bestiaire, la force de l’hybride et le trait-entaille, tout autant mémoire que cicatrice. Et l’extraordinaire puissance de son romantisme. Semblable à l’effet de November rain de Guns N’ Roses, une chanson qui aura accompagné l’écriture. Plus je l’écoute, plus je la sonde, et plus elle me dénude à moi-même.
  Haute Voltige tourne autour de l’art d’Enki Bilal, tels les cercles d’une parade amoureuse. Se priver de l’émotion de le voir peindre eût été absurde. L’écrivain est un voleur de feu. Il fallait aller recueillir l’étincelle. Quand, dans son atelier, son pinceau se posait sur l’un des deux tableaux d’Inbox (Biennale de Venise 2015), le désir de Ranko grandissait en moi. Je ne lui ai pas volé ses toiles mais un instant, et cet instant vaut l’éternité 
  
  On trouve dans tes romans beaucoup de phrases courtes qui ne servent pas seulement le rythme du récit mais qui donnent sens aux personnages et à leurs actions. D'où te vient ton sens de la formule?
  
  C'est très juste. L’écriture naît de la fluidité, un rythme cadencé qui est chant des sirènes — car je suis la proie première de mon imaginaire. J’ai besoin de cette séduction qui repose sur l’abandon. Je cède aux mots, au sens fort du terme. Pour la joie de quitter le rivage, comme à tout jamais (on ne revient jamais complètement d’un roman). Pour me laisser envahir et posséder… Puis il faut reprendre le flot, le tailler, lui donner de la nervosité. C’est alors la poésie qui est ma matrice première.
  À travers l’art, je vise l’intensité et la présence. La poésie est la façon la plus puissante que j’aie vécue d’habiter le réel. Une forme de jouissance absolue. D’où ces moments où le sens cristallise, par sa densité et ses reflets. On le retrouve textuellement dans Haute Voltige : "Dans la vie, seule comptait l’intensité. Qu’on n’arrive pas au cimetière moisi de regrets", "Rendre justice à l’existence en étant bien vivant. C’était sa vengeance préférée : vivre." Parfois, ces phrases insulaires rejoignent la frappe des maximes, leur volte aussi car poésie et humour s’allient dans Haute Voltige. Ainsi de "Un triomphe sans public n’a jamais amusé personne. Même un clown a besoin de tout un cirque autour de lui" ou de "Le hasard est un calculateur qui fait semblant d’avancer à cloche-pied." Jusqu’au registre populaire : "Un bout de ciel, tu ne risques pas de te le faire chouraver." Au final, ne jamais oublier que l’écriture doit être comme la vie. Riche et variée. Alors, charrier des cadavres à coups de clichés, laissons-le à la publicité.

   Quelles réactions te sont revenues à propos de Quai des Enfers et d'Angle Mort ? Qu'en pensent les lecteurs qui te découvrent ?

  Les médias ont salué Quai des enfers comme Angle mort, tous deux ont reçu des prix mais les plus beaux retours sont que ces romans entrent dans la vie des lecteurs et déploient leur vision du monde. Je tiens à des univers qui imprègnent l’imaginaire. Que l’on ne borne pas à la frénésie mécanique de tourner des pages… J’aime le sillage. Lorsque des lecteurs me disent qu’ils ne peuvent plus passer un pont de Paris sans regarder la Seine avec les yeux de Rémi ou qu’ils voient Aubervilliers avec plus d’émerveillement, grâce à Angle mort, la cible est atteinte. Le plus touchant est que chaque milieu s’y retrouve pleinement. Au point d’être devenue la marraine de la brigade fluviale avec Quai des enfers. Mais encore quand les voyous reconnaissent leur esprit dans Angle mort ! Faire dialoguer des sphères qui s’ignorent a toujours été mon horizon. Je ne crois pas en la ségrégation. Seul le dialogue peut tempérer, sinon vaincre l’indifférence, l’ignorance et la haine. Quant à Haute Voltige, chacun me dit qu’il lève désormais les yeux en ville, Ranko en tête. Que l’imaginaire s’accouple au réel, rien ne peut plus me toucher. Je vis pour leur étreinte sacrée.
   
  À la fin de notre interview concernant Angle Mort, tu parlais du "dernier volet de la Trilogie du Fleuve". Que projettes-tu de faire à l'avenir dans le domaine du polar?

  Juste après Angle mort, je m’étais lancée dans le terrain du dernier tome de la Trilogie du Fleuve, ouverte par Quai des enfers et Angle mort. Lorsqu’un commandant de la brigade de répression du banditisme m’a conté l’histoire du monte-en-l’air du Musée d’art moderne de Paris, j’ai ressenti un coup de foudre littéraire. C’était sans doute la plus belle affaire de leur service. Elle rejoignait des thèmes qui m’étaient chers: l’art, l’escalade, la liberté. J’ai alors arrêté le terrain de la Trilogie pour ne suivre que mon désir. Il y avait une telle aimantation de Haute Voltige… Comme un irrésistible appel d’air. Mais il fallait s’approprier l’histoire par l’imaginaire, opérer les déplacements, les métamorphoses, sentir en soi la chair des personnages, travailler le désir. C’est devenu cette incroyable aventure de Haute Voltige. Jamais je n’ai autant aimé vivre dans un roman. Le roman court annoncé est devenu une bête fougueuse à dompter ! Mais je n’ai rien regretté. Enki Bilal et le sortilège de son atelier, Simon Nogueira (le champion de France de freerun), ce Petit Prince des toits, le grand joueur international d’échecs Scorpène qui a bâti une partie d’échecs unique pour le roman, l’ancien vice-champion de France d’échecs Jean-Luc Chabanon qui l’a commentée, Dominique Delorme (qui fut aussi vice-champion de France de boxe) et Daddy Pierrot qui m’ont entraînée, le professeur Denis Safran qui a nourri le versant médecine, les policiers de la BRB… Tous ces êtres ne sont qu’un fragment de la superbe famille qui a inspiré ce roman… et qui n’a pas eu peur de mon imaginaire. Haute Voltige est un roman d’aventures, plus qu’un roman policier. Je vais reprendre le terrain de la Trilogie avec l’antigang. Que donneront les lignes? Seul le désir le sait.

  Quelques mails échangés avec toi m'ont appris que ton désir artistique présentait plusieurs facettes. Peux-tu nous parler de tes différents projets et des rencontres qu'ils ont suscitées?

  2017 a débuté avec un rêve : Pierre Richard a joué durant un mois le Petit éloge de la nuit (Folio Gallimard) au Théâtre du Rond-Point à Paris, avec une tournée en province, en Belgique et en Suisse, dans une mise en scène de Gérald Garutti. La voix de Pierre Richard agit sur moi comme un charme puissant. Sa voix est faite pour la nuit, par la profondeur de ses graves. On  connaît Pierre solaire. C’était une façon d’approfondir son côté poétique et lunaire, même si un Grand blond dans la nuit ne sera jamais gris… Karelle Prugnaud et la Scène Nationale de Dieppe m’ont par ailleurs commandé une pièce, Ultima Ratio, qui fut jouée à Dieppe en avril pour Tous Azimuts. Une aventure humaine d’une force incroyable, avec des acteurs (Denis Lavant, Bernard Menez), des contorsionnistes, un équilibriste, des musiciens, Béatrice Demi Mondaine, une trapéziste… J’ai eu la chance de jouer aux côtés de Xavier Berlioz, un comédien pour lequel j’ai un franc respect. Quant à travailler avec Karelle Prugnaud, ce fut une évidence, la rencontre d’univers faits pour se lier. La pièce traite du couple comme terrain miné. Ou comment un mot à table peut tout faire basculer... La magie fut de créer une cohérence inattendue, en invitant dans cette pièce des sources majeures de mes romans: Simon Nogueira sur scène, en acrobate céleste, et les confidences inédites d’un sniper dans les vidéos. Le théâtre me fait respirer. Je ne risque pas de le quitter.

  Le lecteur trouvera d'ailleurs une touchante allusion à Pierre Richard, quelque part dans Haute Voltige.

  J'ai établi mes questions sans avoir lu d'autres interviews au préalable. Du coup, j'ai eu le plaisir de voir que celle publiée sur le site de Gallimard pose d'autres questions, proposant ainsi un complément que les lecteurs inassouvis apprécieront en cliquant ICI.

  Et puisque je suis de bonne humeur, je ne peux terminer sans un bonus supplémentaire, une video YouTube de la part de la Librairie Mollat:


  Merci mille fois à Ingrid Astier.
  
  Haute Voltige, Ingrid Astier, Gallimard, coll. "Série Noire".

jeudi 22 décembre 2016

The Ghost-to-Ghost Hookup/Le Relais Fantôme ou Le Grand Appel - 2ème Partie (Tomes 4-17)

  Tome 4 - The Mystery of the Green Ghost/Le Chinois qui verdissait:
Tome 5 - The Mystery of the Vanishing Treasure/L'Arc-en-ciel a pris la fuite:
Tome 6 - The Secret of Skeleton Island/Le Spectre des Chevaux de bois:
Tome 7 - The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste:

  La dernière fois que les Trois Jeunes Détectives ont usé de ce stratagème remonte à The Mystery of the Whispering Mummy/La Momie qui chuchotait, le troisième volet de la série. Il faut attendre le septième pour en voir le retour. Les Trois jeunes Détectives y font l'acquisition de bustes en plâtre qu'ils déposent au Paradis de la Brocante. Ils en découvrent plus tard l'importance et la vente d'un buste en particulier implique certaines mesures. C'est Bob qui lance l'idée du Ghost-to-Ghost Hookup au Chapitre 5:

  "I've got it!" Bob yelled. We can try a Ghost-to-Ghost Hookup!"
  "Ghost-to-Ghost Hookup?" Gus blinked in bewilderment. "Do you have direct contact with the other world for information?"
  "Not quite." Bob grinned. "But it's almost as good. Tell me, who notices things most in any neighbourhood? I mean, things like strangers hanging around, a new car in some family, anything unusual."
  "Why-" Gus thought for a moment - "I don't know."
  "Kids, of course," Pete put in. "Nobody notices kids hanging around, but nothing that happens gets by them. If someone has a new cat or dog, or someone hurts himself, or almost anything else, some kid in the neighbourhood is bound to know about it."
  "The only problem,"Bob went on, "is to get in touch with enough boys and girls all over the city to find out what they know. They're always glad to help; kids have a natural interest in any kind of mystery."
  "But how can you get in touch with enough boys and girls to do any good?" Gus asked. "You'd need to have some on the lookout for you in every part of the city."
  "That's where the Ghost-to-Ghost Hookup comes in," Pete chimed in. "It was jupe's idea, and it's a honey. You see, we all have some friends who don't know each other. And they have other friends, and so on. When we want to find out something, we each phone five friends and tell them what we need to know. In this case we'll tell them to phone back at this number if they know of anyone who has just bought a plaster bust for a garden ornament.
  "But if they don't know of anyone, each of them calls five, and each of them calls five - well, it spreads like wildfire across the whole city. Inside of an hour we have boys and girls all over the city keeping their eyes open for plaster busts used as garden ornaments. They don't have to see them; they might hear their parents mention that some friend has bought one, and so on. It's like having thousands of assistants helping find something."
  "My word!" Gus exclaimed. [...] He gave a low whistle. "It's fabulous!"
  "We call all these kids who are helping us ghosts," Bob said. "It's a code name that keeps anyone who overhear us from guessing what we're talking about."
  "Are you going to start phoning now, Jupiter?" Gus asked.
  "This is Saturday afternoon," Jupiter said. "Most kids will be outdoors now. The time to call is after dinner. And that means a wait of several hours-"
Jacques Poirier, 1971.
  "J'ai une idée! hurla brusquement Bob. Si nous essayions le relais fantôme?"
  Gus ouvrit des yeux ronds d'étonnement.
  "Le relais fantôme? répéta-t-il. Qu'est-ce que c'est que ça? Pouvez-vous entrer en communication avec l'autre monde pour y pêcher des renseignements?"
  Bob sourit:
  "Pas exactement, répondit-il, mais c'est presque aussi bien... Voyons, à ton avis, qui est-ce qui enregistre le plus de choses dans son voisinage immédiat? Je veux dire... Qui est-ce qui remarque, par exemple, si des étrangers rôdent dans le quartier, si les Smith ont une nouvelle voiture, bref des détails inhabituels de ce genre?
  -Ma foi, dit Gus après avoir réfléchi un moment, je ne vois pas...
  -Les enfants, bien sûr! expliqua Peter. Les gens, en général, ne font pas attention aux enfants, alors que les enfants, eux, remarquent tout ce qui se passe autour d'eux. Si quelqu'un a un nouveau chat, ou un nouveau chien, si quelqu'un se blesse, etc., eh bien, tu peux être certain qu'il se trouve toujours un enfant pour être au courant.
  -Le seul problème, continua Bob, est d'entrer en relation avec suffisamment de garçons et de filles de la région pour obtenir l'information désirée. Les gosses sont toujours heureux de nous aider. Les enfants adorent les mystères, c'est bien connu!
  -Mais comment réussissez-vous à prendre contact avec assez de garçons et de filles pour arriver à un résultat? demanda Gus. Je suppose que, pour obtenir une information précise, il vous faut des aides sur le qui-vive un peu partout dans la ville et ses environs?
  -C'est là qu'intervient notre fameux relais fantôme, expliqua Peter. L'idée est d'Hannibal! Une idée super-extra-épatantissime, si j'ose dire! Tu vois, nous avons un certain nombre d'amis, qui ne se connaissent pas entre eux. Tous ces amis ont des amis, et ainsi de suite. Lorsque nous voulons un renseignement, nous téléphonons chacun à cinq amis en leur disant ce que nous désirons savoir. Dans le cas qui nous intéresse actuellement, nous leur demanderons de nous appeler au P.C. s'ils viennent à découvrir que quelqu'un possède un buste de plâtre dans son jardin.
  -Ensuite, continua Bob, chacun de nos amis téléphonera à cinq de ses amis en répétant notre message. Chacun de ces cinq en appellera cinq autres; chacun de ces cinq derniers téléphonera à son tour à cinq autres, etc.. En un rien de temps, toute la jeunesse des environs sera au courant de ce que nous cherchons. Ainsi, en  moins d'une heure il y aura quantité de garçons et de filles qui ouvriront les yeux à notre place de côté et d'autre afin de découvrir où se cache Auguste de Pologne.Peut-être ne verront-ils pas eux-mêmes les bustes. Ils peuvent simplement entendre leurs parents raconter qu'une de leurs connaissances a récemment acquis une tête de plâtre pour orner son jardin... Nous avons ainsi des milliers d'assistants bénévoles, comprends-tu?
  -Ma parole, c'est génial! s'exclama Gus, admiratif. [...]
  Il sifflota avant d'ajouter d'un ton pénétré: "C'est fabuleux!
  -Nous avons surnommé "fantômes" tous ces enfants avec qui nous entrons en liaison, expliqua encore Bob. C'est une sorte de code: il empêche les gens de comprendre de quoi nous parlons.
  -Hannibal, demanda Gus, vas-tu lancer tout de suite tes appels téléphoniques?
  -Nous sommes samedi après-midi, répondit Hannibal. A cette heure-ci, la plupart des jeunes sont dehors. Le meilleur moment pour appeler sera après dîner. Nous avons, hélas! plusieurs heures d'attente en perspective."

  Comme prévu le processus est amorcé au Chapitre 9:

  "As things now stand, we only have one line of action open to us. We have to try to locate the bust of Octavian, and the only way to do that is to use the Ghost-to-Ghost Hookup. As it is now after seven, most of our friends should be home. I propose we start phoning and get the hookup under way."
  [...] As The Three Investigators had used the Ghost-to-Ghost Hookup successfully before, most of those contacted were familiar with the procedure and enjoyed helping in a mystery investigation, even though they didn't know Jupiter, Pete or Bob personnally."

  "Eh bien, en attendant, et vu la tournure prise par les événements, nous avons une ligne de conduite toute indiquée. Nous devons essayer de dénicher le buste d'Octave et le seul moyen d'y parvenir est d'avoir recours au relais fantôme. Comme il est plus de sept heures, la plupart de nos aides bénévoles doivent être rentrés chez eux. Je suis donc d'avis que nous lancions nos appels téléphoniques dès maintenant."
  [...] Comme plusieurs fois auparavant, déjà, les trois détectives avaient utilisé ce moyen du relais fantôme pour mener à bien certaines investigations, la plupart des "fantômes" qu'ils contactaient indirectement n'étaient pas surpris que l'on eût recours à leurs services. Ils collaboraient avec plaisir et se réjouissaient à l'avance de participer à l'éclaircissement d'un mystère, et cela bien qu'ils ne connussent pas personnellement Hannibal, Bob et Peter."

  Tout comme évoqué dans la première partie de cette série d'articles, un tel procédé n'est pas sans conséquences fâcheuses sur les lignes téléphoniques de Rocky Beach. L'effet est immédiat car c'est dans le même chapitre que l'on peut lire:

  "[Bob] found his father looking with annoyance at the telephone.
  "I've been trying to call the newspaper," his father said as Bob came in. "And for some reason all the circuits out of Rocky Beach have been constantly busy for the last half-hour. That doesn't sound possible, but it's true."
  Bob knew the reason, but he thought it better not to mention that the Ghost-to-Ghost Hookup was in operation. Whenever the hookup was being used, the local telephone business got a big and unexpected boost."

  "[Bob] trouva son père qui contemplait l'appareil téléphonique d'un air contrarié.
  "C'est assommant! murmura M. Andy qui travaillait pour un quotidien. Voilà des siècles que j'essaie d'appeler mon journal et je n'arrive pas à obtenir la communication. il semble que, depuis un bon moment déjà, toutes les lignes de rocky soient encombrées, d'où une intense perturbation du trafic. Cela peut sembler incroyable mais c'est vrai."
  Bob devina sur-le-champ la cause de l'encombrement: le relais marchait à cent pour cent! Mais, évidemment, il n'allait pas expliquer cela à son père! C'était pourtant ainsi: chaque fois qu'Hannibal avait recours à ces appels massifs, le téléphone local se trouvait perturbé pour un bon bout de temps."

  Claude Voilier se montre non seulement redondante avec cette dernière ligne mais fait également un contresens. Le texte original parle plutôt d'un pic d'appels synonyme de bonnes affaires pour le marché de la téléphonie.

  Toujours dans le Chapitre 9, le Ghost-to-Ghost Hookup/Relais Fantôme apporte quelques résultats. Après une fausse alerte de la part d'un gamin, Bob, chargé en l'absence de Jupiter/Hannibal et Peter de surveiller les appels, prend celui qui sera le bon:

  "Hello! Three Investigators. Bob Andrews."
  "You wanted to know about a bust of Octavian," a girl's voice answered. "Well, my mother has it, but she tried putting it in the garden and she thinks it looks silly. She said she's going to give it away to a neighbour."
  "Please don't let her do that!" Bob cried. "[...] We'll come out to your house just as soon as we can and refund her money."

  "Bob décrocha le combiné, un nouvel espoir au cœur. Cette fois, ce fut une voix de fille qui lui parvint.
  "Vous recherchez le buste de l'empereur Octave-Auguste, n'est-ce pas? Eh bien, c'est ma mère qui l'a! Elle l'a mis dans notre jardin mais elle trouve qu'il n'est guère décoratif. elle parle d'en faire cadeau à la voisine!
  -Non, non! s'écria Bob. Il ne faut pas! Tâchez de l'en empêcher. Nous allons passer chez vous aussitôt que possible et nous rembourserons votre mère."

  La suite se trouve au Chapitre 13 et c'est la rencontre de Bob avec Liz Logan (que j'ai isolée en article annexe), la jeune fan des Trois Jeunes détectives dont on aurait espérer d'autres apparitions.

Tome 8 - The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner:
Tome 9 - The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule:
Tome 10 - The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable:
Tome 11 - The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait:
Tome 12 - The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout:

  Comme nous venons de le voir, dans Treize Bustes pour Auguste, Claude Voilier (dont c'était la toute première contribution) avait conservé la traduction du terme "Ghost-to-Ghost Hookup" telle que Vladimir Volkoff l'avait adoptée, à savoir "Relais Fantôme". Il se passe quatre tomes, et je précise dans l'ordre original américain, avant que les Trois Jeunes détectives aient la nécessité d'utiliser le Ghost-to-Ghost Hookup.
  On le retrouve donc pas avant ce douzième tome dont la traduction est également prise en charge par Claude Voilier. Or, L'Ombre qui éclairait tout n'a été édité qu'en 1983. Treize Bustes pour Auguste l'a été en 1971. Ces douze ans peuvent expliquer de deux façons la raison pour laquelle elle ne traduit plus le terme original de la même façon.
  En effet, au lieu de "relais fantôme", il est traduit pas "grand appel". Vu le désordre de l'édition française par rapport à l'ordre original, il est important de préciser que dans Le Tableau se met à table (publié en 1980, donc avant L'Ombre qui éclairait tout), Voilier choisissait déjà le "Grand Appel".
  La première raison est qu'elle ne se souvenait plus du premier choix de Volkoff, qu'elle avait pourtant repris. Mais cela me semble peu probable, il lui aurait suffi de survoler l'un des anciens tomes pour se le remémorer. Ma deuxième théorie est qu'elle a sciemment changé de terme par préférence. Vu qu'elle a été la traductrice attitrée de la série entre 1971 et 1986 (à l'exception de Les Douze Pendules de Théodule traduit par Jean Muray), elle a peut-être voulu imposer son choix.

  Ce point une fois précisé, je peux commencer à retracer l'utilisation du "Grand Appel" et ses différentes étapes dans ce douzième tome.
  C'est une amulette qui est à l'origine de l'intrigue, malheureusement elle est dérobée et c'est Jupiter/Hannibal qui lance le processus au Chapitre 7:

  "[...] Two things are sure now: first, Ted wants the amulet; and second, his getting it back is much more important than any value it has."
  Pete groaned. "And we've lost it. There's no way we can get it back."
  "But maybe there is," Jupiter said. "I've been thinking about that ever since the man stole it. With his unusual appearance and clothes he'll have a hard time hiding in Rocky Beach. He should be easy to spot. We'll just use a Ghost-to-Ghost Hook-up!"
  "Sure!" Pete looked enthusiastic again.
  "He should be easy for kids to find," Bob said.

  "[...] Deux choses sautent aux yeux: Primo, Ted veut l'amulette. Secundo, il attache à l'objet plus de prix que sa valeur réelle."
  Peter gémit.
  "Dire que nous avons perdu cette statuette! Et nous n'avons aucun moyen de la ravoir!
  -Si, il y en en a peut-être un, déclara Hannibal. Je ne cesse de penser à ça depuis que l'homme brun nous a volé notre Peau-Rouge souriant. Et c'est notre voleur lui-même qui va nous aider, peut-être, à le retrouver. Avec ses vêtements excentriques et son allure caractéristique, le bonhomme ne peut guère espérer passer inaperçu à Rocky. Je dirais même qu'il doit être assez facile à repérer. Pourquoi ne lancerions-nous pas un vaste appel à tous nos amis?
  -Le Grand Appel! s'écria Peter avec enthousiasme. Quelle bûche je fais! J'aurais dû y penser!
  -Je suis sûr que nos copains nous signalerons le passage de l'homme ici ou là, dit à son tour Bob, visiblement réconforté." 

  Je ne recopierai pas le passage où William Arden rappelle aux lecteurs comment fonctionne les choses. Mais je tiens toutefois à préciser qu'il n'est plus question de seulement cinq amis comme auparavant. Le texte dit "The boys phone all their friends"/"à tous leurs amis" et "the friends then phoned their friends"/"à leurs propres amis".
  Les résultats, à la surprise du trio, ne sera pas immédiat:

  "Now," Jupiter grinned, "we wait."
  But by six o'clock not one call had come in, and the boys looked at each other in glum surprise. Not one kid in Rocky Beach even thought he had seen the strangers.
  "They must be hiding," Bob said.
  "If they're in Rocky Beach at all," Pete said.
  "I'm sure they are, "Jupiter insisted. "The Ghost-to-Ghost Hook-up just takes time. We'll hear, but meanwhile..."
  "Meanwhile," Pete said, looking at the clock, "we had better get home for dinner."
 
  "[...] Il ne nous reste plus qu'à attendre."
  Hélas! à six heures de l'après-midi, les Détectives n'avaient pas encore reçu un seul coup de téléphone. Les regards qu'ils échangeaient de temps en temps en disaient long. Le silence de leurs informateurs prouvait que personne, à Rocky, n'avait aperçu aucun des hommes bruns ni leur guimbarde.
  "Ils doivent se terrer, soupira Bob.
  -Peut-être ne sont-ils pas à Rocky, suggéra Peter.
  -Oh, que si! affirma Hannibal. Ils sont en ville, j'en jurerais. Mais le Grand Appel demande de la patience. Nous aurons des communications. Hélas! en attendant...
  -En attendant, enchaîna Peter, il est l'heure d'aller dîner."

  Sans évoquer les péripéties se déroulant entretemps, le lendemain matin (Chapitre 9), ce sont des camarades déçus que Bob trouve au Q.G.:

  "No calls at all!" Pete announced in dejection. "Jupe's message recorder was blank."
  [...] "I'm afraid the Ghost-to-Ghost Hook-up isn't working this time," Jupiter admitted.
  "It may be too soon, Jupe," Bob said optimistically."

  "Pas le moindre appel! annonça Peter d'un ton lugubre. L'enregistreur d'Hannibal ne contient pas un seul message [...]
  -Je crains fort que, pour une fois, notre Grand Appel ne donne pas grand-chose, soupira à son tour Hannibal.
  -Hé, il est encore trop tôt pour se désoler! s'écria Bob avec optimisme."

  Jupiter/Hannibal et Bob s'absentant dans le cadre de l'enquête, Pete reste au Q.G en cas d'appels. A la fin du même Chapitre 9, les trois détectives en liaison grâce aux walkie-talkies créés par le détective en chef:

  Pete's voice came faintly from the small walkie-talkie. Jupe and Bob leaned close. "Second here. Do you read me? Come in, First! Do you read me? Over."
  "First and Records receiving. Come in. Over." Jupiter spoke into his transmitter.
  "Jupe?" Pete's faint voice sounded excited. "A report just came in on the Ghost-to-Ghost. A kid saw the dark men! They're in their car parked on Las Palmas Street near..."
  Bob shouted, "Jupe! It's them! There they are!"
  Jupiter jumped up. His finger came off the receiving button, cutting off Pete's voice [...]"

  "La voix de Peter s'éleva, assez faible, de l'appareil. Hannibal et Bob se penchèrent pour mieux entendre.
  -Ici le détective adjoint. M'entendez-vous? Répondez, Détective en chef! A vous!
  -Détective en chef et Archives et Recherches vous reçoivent. A vous!
  -Babal? (La voix de Peter était toute vibrante d'excitation.) Je viens de recevoir une réponse à notre Grand Appel. Un garçon a vu les deux hommes bruns. Leur voiture est parquée Las Palmas Street, près de...
  -Hannibal! hurla presque Bob. Ce sont eux! Les voilà!"
  Hannibal se releva d'un bond. Automatiquement, ses doigts coupèrent la communication, réduisant Peter au silence."

  Au Chapitre 11, au retour des événements mouvementés subis par Jupiter/Hannibal et Bob (j'inclus l'illustration des frères Paul et Gaétan Brizzi même si je recopie pas le texte correspondant. Vous remarquerez qu'on ne discerne pas de walkie-talkies dans les mains des personnages), Pete leur reporte ce qu'il s'est passé de son côté:
Paul & Gaétan Brizzi, 1983.
"The boys hurried to the workshop and through Tunnel Two into the hidden headquarters trailer. Pete was still at his post beside the telephone. He started talking at once.
  "Why did you break off? I was trying to tell you something important. Two kids called in. They spotted the dark men's car over on Las Palmas Street, and later they called back to report that the men were chasing two boys!"
  "We know," Bob said ruefully.
  "They were chasing us," Jupiter added."

  "Les deux garçons entrèrent en coup de vent dans l'atelier et, une fois là, se faufilèrent dans le Tunnel Numéro Deux qui conduisait à leur quartier général. Ils trouvèrent Peter à son poste, auprès du téléphone. En les voyant, le grand garçon s'écria aussitôt:
  "Pourquoi avez-vous coupé la communication? J'étais en train de vous dire quelque chose d'important. Deux jeunes ont téléphoné. Ils avaient repéré la bagnole des hommes bruns dans Las Palmas Street. Et ils ont rappelé un peu plus tard pour préciser que les suspects donnaient la chasse à deux garçons.
  -Nous sommes au courant! soupira Bob d'un ton lugubre.
  -C'est nous qu'ils poursuivaient", ajouta Hannibal."

   C'est la dernière allusion au Grand Appel, excepté si l'on compte cette phrase au début du Chapitre 13:

  "They checked the telephone recorder but found no messages."

  "Ils constatèrent que l'enregistreur téléphonique était vierge de tout message."

  J'ignore s'ils attendent encore à ce moment des appels suite au Grand Appel ou s'ils en attendaient un de leur chef.

Tome 13 - The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil:
Tome 14 - The Mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait:
Tome 15 - The Mystery of the Flaming Footprints:
Tome 16 - The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents:
Tome 17 - The Mystery of the Singing Serpent/Le Serpent qui fredonnait:

  Le tome 13 était écrit par William Arden, mais les quatre suivants alternent entre Nick West et M.V. Carey. Ces deux contributeurs à la série n'utiliseront pas le Ghost-to-Ghost Hook-up. Au moment où j'écris ces lignes, je suis en train de lire The Mystery of the Shrinking House/Le Tableau se met à table qui marque non seulement le retour de William Arden mais aussi du procédé cher au trio de détectives. Mais ce sera pour la prochaine partie.

The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste, Robert Arthur et The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout, William Arden. Traduit de l'américain par Claude Voilier.

mardi 29 juin 2010

Malpertuis I

Cette première anthologie, pensée comme annuelle par l'éditeur, regroupe 22 auteurs confirmés et débutants dans le but d'explorer tous les grands thèmes de la littérature fantastique.

Paranoïa pour La Porte de Jean-Michel Calvez: on après la mort aussi violente qu' accidentelle de sa femme à un homme qui va bientôt se sentir persécuté par toutes les portes et leur air supposé vindicatif.
Voyeurisme et vampirisme pour V comme... de Benoît Guiseppin: Un voyeur mate un pédophile aborder une fillette, puis l'amener dans une ruelle. Mais la victime ne sera pas la personne à qui l'on pense au premier abord et le voyeur a un rôle bien particulier. Une nouvelle malsaine au retournement de situation juste jouissif!
Affrontement avec une harpie dans Ceux du marais de Sylvie Miller: un enfant maltraité des pires façons par une mère folle et un père violent se réveille un beau matin au milieu des carcasses de tout le troupeau familial. Mais lui sait qu'il n'est pas le coupable. Qui est la mystérieuse créature qui le venge jusqu'à l'irrémédiable? Que veut-elle?
Détournement du mythe du Golem dans Golem de dancefloor de Laurent Fétis: Un golem narre en 5 actes sa naissance absurde et les rencontres déterminantes qui l'on forgé au sens propre ainsi que son recrutement forcé par un SS pour exécuter les plus viles taches dans un camps, les viles travaux effectués dans les mines d' Afrique qui l'ont rendu riche, comment il a employé cet argent pour continuer à être forgé par les plus grands spécialistes et payer leur silence et enfin la touche final...
Recette viticole particulière pour AOC Dealu-Mare de Romano de Vlad Janulewicz: un œnologue réputé par à la recherche d'un cru bien particulier dans un château qui aurait accueillit Vlad Tepes en personne. Mais il découvrira à ses dépends des techniques de fabrication hors norme.
Découverte d'une cité merveilleuse et légendaire pour La Cité de neige de Nicolas Kempf: un alpiniste se retrouve perdu au milieu de nulle part dans la montagne et attend avec espoir les secours. Mais souhaitera-t-il être sauvé quand il aura découvert toutes les merveilles de cette cité? Le lecteur se demandera s'il s'agit d'une nouvelle sur la folie ou si le personnage est vraiment là où il pense. Un thème moult fois exploité dans la littérature fantastique et dans des séries comme La Quatrième dimension au point que je n'ai pas eu particulièrement le sentiment que l'auteur apportait une réelle innovation ou réinvention.
Lien avec l'au-delà et amour paternel dans Le Miracle du fusain de Patrick Eris: ou quand un don et des images particulières semble non seulement être légués mais aussi transmises au fur et à mesure de leur création supposée par le fils.
Fantôme et retour au pays de l'enfance pour Les Disparus de Saint-Bosc de Lucie Chenu: une mère recherche désespérément sa petite fille. Mais ni la police ni son entourage ne retrouvent trace de l'existence de l'enfant. Elle rêve alors d'un monde enfantin dans lequel le fantôme d'un petite fille attire d'autres enfants pour avoir de la compagnie tout en dénigrant la pédagogie éducative des parents et effaçant la moindre trace de leur existence dans le monde réel. La mère parviendra-t-elle malgré cette emprise à délivrer sa fille afin de la ramener à la réalité? Une évocation poétique et cruel du fantôme qui a besoin de compagnie à tout prix qui n'est pas sans rappeler le film Dark Water mais en inversé.
Dans L' Appel de la lune de John Everson j'avoue ne pas avoir bien tout compris...
Version revisitée de Faust avec un pacte avec une fée prêt de ses comptes dans Comme une étoile filante de Clara Williams: un chanteur qui n'intéresse personne passe un pacte avec une fée pour atteindre rapidement la gloire. Mais à quel prix? Sera-t-il prêt à en assumer toutes les conséquences?
Naissance d'un ange de la mort dans Noirescence de Sophie Bataille: une femme se rend à un mariage mais ne s'attend pas à y faire de bien curieuses et dangereuses rencontres qui la mèneront à une transfiguration aussi inattendue que douloureuse.
Rencontres avec des extraterrestres qui liquéfient végétaux et humains dans un trou perdu dans Merlignies de Jess Kaan: une nouvelle très amusante par son côté rencontre avec des red-necks stupides.
Jeu d'enfant sadique et inconscient dans La Poupée crucifiée de Brice Tarvel: un enfant ne se souvient pas bien du jour où il entraîna une petite fille qu'il aimait bien dans une grange pour y crucifier sa poupée. Laquelle a-t-il tué? Qui croira en un accident de jeu inconscient? Une nouvelle un peu longue qui aurait mérité un traitement plus court pour éviter au lecteur le sentiment de tourner en rond sans bien comprendre les tenants et aboutissants de histoire.
Dans L'Erdre et le loup d' Ophélie Bruneau un groupe d'humains tente de sauver un jeune loup-garou de sa fronde contre son clan. Une nouvelle intelligente que l'on qualifierait aujourd'hui de Bit-Lit mais plus fouillée.
Obsession dans Les Chemins de Khtâr de François Fierobe: un universitaire croit voir e partout dans les arts l'évocation de la cité de Khtâr. Une description de la perte d'objectivité scientifique nécessaire à tout chercheur qui n'est pas sans rappeler le film PI.
Intrusion subtile de zombie dans La Petite fille au mort de Claude Mamier: une petite fille ramène un mort auquel elle a l'air de beaucoup tenir dans sa belle maison. Les parents aimants isolent la belle maison du dehors afin que cela ne se sache pas ou pour éviter la contamination de l'extérieur ou de l'intérieur? Mais la mort va bientôt se répandre autour de la petite fille au goût morbide ainsi qu'à l'extérieur... Une nouvelle sur la fin d'un monde au ton de poésie douce comme une comptine enfantine.
Petite fille guérisseuse et psychopompe gitane dans Je guéris le cancer de Guillaume Suzanne: guérison miraculeuse d'un riche vieil homme plus que sceptique dans un coin mal famé.
Évocation du mythe de Circé dans Chien de garde de Jacques Fuentealba: un homme protège comme un chien de garde une magnifique femme des regards inquisiteurs des voisins vigilants de ce décor pavillonnaire.
Chasseur de peaux jeunes pour femmes riches sous fond de tourisme sexuel dans Peau douce, peau froide de Jean-Pierre Planque: sans conteste l'une de mes nouvelles préférées par le ton arrogant de son héros prie à son propre business! Très courte et très efficace par les effets de surprises abruptes.
Sacrifice très égoïste d'une femme de la vie d'un ange anonyme contre la vie de son mari dans Plume d'ange ( Annonciation, court-bouilon, putréfacton) de Sophie Dabat: un détournement jouissif des valeurs.
Vampire aux attentes bien particulières dans Ekphasis de Léo Henry: un jeune homme rencontre un vieil vampire aux manières bien élégantes dans un supermarché. Ayant perdu le goût et ne pouvant bien sûr boire que du sang celui-ci lui propose un pacte bien particulier, décrire de la façon la plus évocatrice possible le goût de tout ce qu'il lui fera goûter. Le jeune homme se prendra vite au jeu au point d'en oublier sa vie sociale et sa copine. Mais que se passera-t-il s'il ne trouvait plus l'inspiration? Et qui ont-été les esclaves blafards et peu causant du vampire? Une de mes nouvelles préférées par ses invocations poétiques, son goût des bonnes choses et un vampire aux attentes hors-norme.
Enfin évocation d'une secte aux valeurs bien particulières dans Béni soit le péché de Brian Hodge: une jeune fille visite son père à l'agonie mais celui-ci à une demande bien particulière, qu'elle accepte de le tuer pour obéir au dernier précepte de la secte que la famille fréquente de gré ou de force depuis des années. Car le père est depuis longtemps Hédoniste: une secte qui revendique suivre les péchés capitaux à la lettre. Mais parviendra-t-elle à aller jusqu'au bout de son initiation sans douter lorsque les Diacres lui commande de faire passer à la question un hérétique? Une nouvelle passionnante sur l'extrémisme religieux, la confiance et fidélité aux parents et le doute personnel.


Bien sûr les esprits chipoteurs diront que toutes les nouvelles ne se valent pas, comme dans toute anthologie, mais Malpertuis I réserve de belles surprise bien sadiques comme il faut qui rappelle parfois les meilleurs récits des Contes de la cryptes (version comics comme épisodes de séries télévisés) !

A noter des biographies de toues les auteurs à la fin de l'ouvrage.

Anthologie dirigée par Thomas Bauduret, collection Brouillards, septembre 2009.

lundi 26 septembre 2016

Mathilda & Titus Jones - 3ème Partie (Tomes 8-10)

Tome 8 - The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner:

  On l'a bien vu, la présence de l'Oncle Titus et de la tante Mathilda Jones est très aléatoire selon les tomes. Toujours en suivant l'ordre des sorties originales, dans The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner, on trouve une référence à tante Mathilda dans le premier chapitre, suite à l'accident évité de justesse et à la proposition du Prince Djaro d'emmener les Trois jeunes détectives à Disneyland avec lui:

  "The request took them by surprise. However, they were perfectly agreeable to a visit to Disneyland, and had nothing else planned for the day. Jupiter made phone call to his aunt at The Jones Salvage Yard, using the telephone in the Rolls-Royce [...]."

  "La requête était assez inattendue. Elle prenait de court les Trois jeunes détectives. Cependant, la perspective d'une visite à Disneyland en compagnie du prince ne leur déplaisait pas. Et puis, ils n'avaient fait aucun projet pour la journée. Ils acceptèrent donc.
  Hannibal prévint sa tante, Mathilda Jones, en téléphonant au Paradis de la Brocante. Cela lui fut facile car il y avait un appareil à bord de la Rolls [...]."

  Sur 16 chapitres (17, si l'on compte l'épilogue d'Alfred Hitchcock qui s'adresse directement au lecteur), seuls les deux premiers se déroulent à Rocky Beach. Tout le reste de l'intrigue se déroulant à l'étranger, dans ce pays imaginaire appelé Varania/Varanie, il est logique de n'avoir qu'une seul et brève apparition, seulement vocale, de la tante Mathilda:

  "Do you suppose it's another case?" Bob asked.
  They had no time to speculate, for at that moment Mathilda Jones's voice came booming in through the open skylight of Headquarters.
  "Jupiter! Out front! You have a caller."

  "Crois-tu qu'il puisse s'agir d'une nouvelle enquête?" demanda Bob.
  Hannibal n'eut pas le temps de répondre, car, à cette minute précise, la voix de Mathilda Jones résonna aux oreilles des jeunes garçons. Elle parlait du bureau du Paradis de la Brocante mais sa voix était distincte, grâce à un autre dispositif spécial imaginé par la cerveau fertile de son neveu.
  "Hannibal! cria-t-elle. Viens vite. Tu as un visiteur."

NOTE: Je pense ne pas me tromper en disant que le texte original ne mentionne pas cet "autre dispositif spécial" inventé non par Hannibal mais par la traductrice Claude Voilier. Quand ils sont dans le Quartier Général, même s'il est bien planqué, la voix de Mathilda est suffisamment forte (voir Chapitre 6 de The Mystery of the Stuttering Parrot/Le Perroquet qui bégayait: "Mathilda Jones was a large woman, with a very powerful voice, and they could hear her without difficulty."/"Mathilda était une forte femme, dotée d'une voix puissante, et il n'avait aucune difficulté pour l'entendre." Je me suis permis de traduire, car Bellini/Volkoff omettait le fait que le trio entend parfaitement Mathiulda quand elle les appelle.). Arthur écrit en fait que "la voix de Mathilda Jones retentit à travers la lucarne du Quartier Général", qui est rappelons-le une caravane.

Tome 9 - The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule:

  Dans le neuvième tome de la série, The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule, c'est l'oncle Titus qui apparait le premier à la fin du Chapitre 1:

  "[...] Now let's go ask Uncle Titus if he knows where the clock came from."
  [...] Titus Jones, a small man with an enormous moustache and bright, twinkling eyes, was inspecting some used furniture.
  "Well, boys?" Mr. Jones said as they approached. "Any time you want make some spending money I've got a batch of furniture here that can use fixing up and painting."
  "We'll get to it soon, Uncle Titus," Jupiter promised. "Right now we're interested in this clock. It was in that box of odds and ends you gave me to look over. Can you tell us where the box came from?"
  "Hmm." titus Jones thought deeply. "Got it from somebody. Didn't pay for it. Fellow threw it in with this furniture I bought. He's a refuse collector, up Hollywood way. Goes around salvaging stuff people put out for collection. Sells whatever has any value. Lots of people throw away good used stuff, you know."
  
  "[...] Maintenant, allons interroger oncle Titus au sujet de notre réveil."
  [...] Oncle Titus en personne examinait d'autres objets en très mauvais état. C'était un homme de petite taille, aux yeux brillants, et dont la lèvre supérieure s'ornait d'une énorme moustache.
  "Eh bien, les enfants? fit-il en voyant les trois garçons s'approcher de lui. Quand vous voudrez gagner un peu d'argent de poche, j'ai là pas mal de camelote qui aurait besoin d'être réparée et repeinte.
  -Nous nous en occuperons dès que possible, oncle Titus, promis Hannibal. Pour l'instant, nous nous intéressons à ce réveil. Il était dans une boîte que tu m'as remise tout à l'heure. Peux-tu nous dire d'où elle vient?"
  M. Jones se plongea dans une réflexion profonde:
  "Pas facile. Tout ce que je sais, c'est que je l'ai eue gratuitement... avec d'autres bricoles que j'avais achetées. Le vendeur me l'a laissée comme ça, par-dessus le marché, avec le reste. C'est un chiffonnier qui habite... sur la route d'Hollywood, je crois. Il va chez les gens, vide les greniers, les caves, et vend ce qui garde un peu de valeur."

  La scène continue jusqu'à la fin du chapitre, mais je n'ai pas jugé utile de recopier la suite.

  NOTE: Hannibal tutoie son oncle.Je rappelle qu'il y avait eu une petite confusion quant à la façon qu'avait le détective en chef de s'adresser à son oncle et sa tante. Dans le premier tome, Bellini/Volkoff avait commencé par le vouvoiement pour passer au tutoiement dès le deuxième. Depuis, à part une ambiguité dans le cinquième tome, c'est le tutoiement qui a été choisi.

  Il faut attendre la fin du Chapitre 13 pour entendre la voix de Mathilda qui coupe les réflexions du trio, occupé à décrypter de mystérieux messages dans leur Q.G.:

  "There are two more messages to be solved," Jupiter said. "When we-"
  He was interrupted by Mathilda Jones's voice.
  "Boys! Dinner! come and get it!"

  "Hannibal fit observer:
  "Il ne faut pas oublier que nous avons encore deux messages. Je vous propose de..."
  La voix de tante Mathilda lui coupa la parole:
  "Le dîner est prêt! Ne le faites pas attendre."

  Nous assistons, quels veinards, à la fin du dîner en question au début du chapitre suivant et nous sommes honorés de la présence du couple Jones, bien évidemment. L'intérêt de ce passage est qu'il rappelle non seulement l'ignorance de Mathilda et Titus concernant les véritables occupations du jeune trio mais aussi l'origine de leur association:

  "What project are you boys working on now?" Titus Jones asked from the head of the table.
  "We have some mysterious messages to decipher, Uncle Titus," Jupiter said. "So far we've just made a beginning."
  "You boys and that club of yours!" Mathilda Jones exclaimed, cutting another piece of cake for Pete. "I declare it's a good thing I give you some work to do and keep you out in the open air or you'd spend all your time working puzzles."
  As the boys had once had a puzzle-solving club, which had later become The Three Investigators, Mrs. Jones had it firmly in her mind that their chief activity was still solving puzzles.
  "Well, I'm not solving anything more tonight," Jupiter said with a yawn. "You kept us out in the open air all day, Aunt Mathilda, and I'm going to bed early."
  "I'll buy a double helping on that," Pete agreed, and he yawned, too. "It was a great dinner, Mrs. Jones, but if you'll ewcuse me, I think I'll ride home now and turn in."
  Peter and bob both said good night and departed."

  "Oncle Titus, qui était assis au bout de la table, demanda:
  "A quelle enquête travaillez-vous en, ce moment?
  -Nous avons des messages assez mystérieux à déchiffrer, expliqua Hannibal. Nous n'en sommes qu'au commencement.
  -Je vous trouve amusants avec votre association de détectives!" s'exclama tante Mathilda.
  Elle déposa une nouvelle tranche de gâteau dans l'assiette de Peter et ajouta:
  "Je ne suis pas mécontente de vous avoir obligés à travailler en plein air aujourd'hui. Sinon, vous auriez passé tout votre temps enfermés, à déchiffrer ces fameux messages!"
  Naguère, les trois garçons avaient formé un club d'amateurs de mots croisés. Puis ce club était devenu les Trois jeunes détectives. Mais Mme Jones, elle, demeurait persuadée qu'ils ne s'occupaient toujours que de mots croisés, bref de distractions assez inoffensives.
  "Pour ce soir, c'en est fini de déchiffrer des messages, dit Hannibal en bâillant. Le grand air m'a fatigué, tante Mathilda. Je vais me coucher tôt."
  Peter bâilla, lui aussi:
  "Hannibal me donne l'exemple. Votre dîner était excellent, madame Jones. Cependant, je vous prie de m'excuser. Je rentre chez moi et... au dodo!"
  Bob et Peter prirent congé de M. et Mme Jones."

NOTE: Jean Muray, traducteur de ce roman, utilise le mot "détectives" de la bouche même de Mathilda, ce qui peut être contestable, puisqu'elle n'est pas censée savoir ce que font réellement les garçons.
  En fait, et cela a souvent été mentionné par Robert Arthur, Jupiter/Hannibal lui a expliqué le sérieux de leurs démarches à plusieurs reprises. Mais par inattention, Mathilda s'obstine à parler de club et son neveu a renoncé à lui faire comprendre, comme on peut le voir dans cette scène, toujours dans le Chapitre 14:

  "He got dressed again and went downstairs. His aunt and uncle were watching television, and they looked up in surprise.
  "Mercy and goodness, Jupiter!" his aunt said. "I thought you were asleep."
  "I started thinking about something," Jupiter said. "A-well, a sort of puzzle. I left it out in the salvage yard. I'm going to go get it and have a last look at it before I go to sleep."
  "I certainly do hope you don't wear out your brains with all these puzzles," Mrs. Jones sighed."

  "Il se rhabilla, descendit au rez-de-chaussée. Son oncle et sa tante regardaient la télévision. Quand il apparut, ils se tournèrent vers lui d'un air surpris.
  "Que se passe-t-il, Hannibal? demanda tante Mathilda. Je te croyais endormi.
  "Il m'est venu une idée... au sujet d'une sorte de devinette. Je l'ai laissée... là-bas. Je vais la chercher. Je voudrais y jeter un coup d’œil. Ensuite, je me recoucherai.
  -Avec tes devinettes, tu finira bien par attraper une méningite!" conclut en riant Mme Jones."

NOTES: Plus haut, dans l'extrait précédent, Jean Murray parlait de "mots croisés" pour traduire "puzzle". Il choisit ici "devinette". Il fait d'autre part un petit contresens: Mathilda soupire dans le texte original, son attitude n'est pas enjouée.

  Après avoir reçu un appel à l'aide téléphonique de la part de Bob et s'être retrouvé nez à nez avec une ancienne connaissance, Mr Hugenay, Jupiter/Hannibal échange encore quelques paroles avec ses tuteurs (Chapitre 16). C'est leur dernière apparition dans ce roman:

  "Jupiter entered the house, where his aunt and uncle were watching television. He told them Bob had phoned and wanted to see him. They readily gave him permission to spend the night with Bob, and Jupe went up to his room. He put on a warm jacket and thrust the messages into the inside pocket.
  Downstairs, he said good night to his aunt and uncle and then walked out [...]."

  "Il trouva son oncle et sa tante assis devant leur téléviseur.
  "Bob vient de me téléphoner, leur dit-il. Il demande à me voir."
  Dès que son oncle et sa tante l'eurent autorisé, d'ailleurs sans la moindre difficulté, à passer la nuit chez Bob, Hannibal monta dans sa chambre. Il enfila une veste chaude et glissa les messages dans la poche intérieur.
  Au rez-de-chaussée, il dit bonsoir à sa tante et son oncle, puis sortit de la maison [...]."

Tome 10 - The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable:

  Tout comme le huitième tome, The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable se déroule hors de Rocky Beach, et on ne trouve qu'une minuscule allusion au Chapitre 2. Peter passe des vacances dans le ranch des amis de son père et, suite à de mystérieux incidents, appelle ses deux associés à la rescousse... et ils en ont la permission:
  "Bob's parents and Jupiter's aunt and uncle had thought it a fine idea for the boys to have a chance to see a real ranch [...]."

  "Les parents de Bob, tout comme l'oncle et la tante d'Hannibal, avaient sauté sur l'occasion d'offrir aux jeunes gens la possibilité de connaître la vie dans un vrai ranch [...]"

  J'ai dans un premier temps eu l'intention de continuer ici avec le dixième tome, mais le couple Jones y  apparait très fréquemment et cela en ferait une partie un peu trop longue. Je regrette de ne pas avoir eu d'illustrations à insérer dans cette 3ème partie. Cependant, je peux vous annoncer qu'il y en aura dans la suivante. The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait et The Mystery of the Laughing Shadow/L'ombre qui éclairait tout marquent la première entorse à l'ordre chronologique dans les parutions françaises. Parus respectivement en 1984 et en 1983, les illustrations intérieures ne sont pas de Jacques Poirier. Et il se trouve que les illustrateurs de ces deux tomes ont dessiné l'oncle Titus. Vous pourrez donc comparer les deux versions de ce personnage. Mathilda n'aura droit quant à elle qu'à une apparition graphique.

The Mystery of the Silver Spider/Une Araignée appelée à régner (trad. par Claude Voilier), The Mystery of the Screaming Clock/Les Douze Pendules de Théodule (trad. par Jean Muray), Robert Arthur.
The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable, William Arden. Traduit de l'américain par Claude Voilier.

jeudi 7 janvier 2010

Digging In The Dirt: Elément I: La Terre (Anthologie Griffe d'Encre)


Sur la mappemonde de mes pérégrinations littéraires, les publications de l'éditeur Griffe d'Encre est une contrée que je tenais à fouler plus d'une fois. Il faut dire que j'y fus très bien accueilli avec leur première anthologie, Ouvre-toi!, et le recueil de Jérôme Noirez, Le Diapason des mots et des misères, récompensé, faut-il le rappeler, hé, tiens, on va se gêner, par le Grand Prix de l'Imaginaire 2010.

Voici donc le premier volume d'un cycle d'anthologies autour des éléments primordiaux si chers à toute cosmogonie qui se respecte. Pour l'instant seule parution du cycle, Elément I: La Terre est une sélection de 13 nouvelles (sur 85 reçues) a priori originales puisqu'elles faisaient suite à ce procédé devenu traditionnel pour l'éditeur, l'appel à texte.
"Venez nous raconter la Terre", telle était l'invitation que l'on peut toujours lire sur le site de Griffe d'Encre. "A vous de creuser dans ses profondeurs pour révéler sources et secrets enfouis...", c'est ce qu'ont prit à la lettre certains des auteurs choisis. Que ce soit pour Julia et Myriam, les deux soeurs dans leur maison hi-tech à 60 mètres sous terre ("Réclusion" de Laëtitia Millet) ou Gundir, le Nain qui doit creuser pour honorer ses Ancêtres ("Les Veines de la Terre" de Gabriel Féraud), l'isolement forcé n'est pas sans conséquence sur l'état psychologique. D'ailleurs, remarquez bien avec quelle vraisemblance Gabriel Féraud décrit la descente de son Nain, autant littérale que figurée, dans la folie. Plutôt surprenant de se pencher sur un archétype de la fantasy et d'en faire un personnage moins caricatural que tourmenté. Le narrateur-gardien de "Dans la Terre" (de Karim Berrouka), est lui atteint d'une folie plus douce qui consiste à recréer des êtres de glaise pour pallier à sa solitude. Une autre descente en profondeur, spéléologique, est racontée sur un ton moins dramatique, celle de "Fata Organa" (Jeanne-A. Debats), et son insupportable héroïne, Alix. Je suis moins indulgent sur cette nouvelle, non pas à cause des piques anti-mecs (ça ne me gêne pas, on le mérite tellement) mais du sarcasme systématique qui devient très vite irritant et aussi pour ses passages explicatifs plutôt maladroits (exclusif! la réaction de Jeanne-A. Debats dans les commentaires). Vous pouvez trouver un féminisme plus subtil dans le film The Descent (phrase totalement déplacée, j'en suis pas fier, et, par la force des choses, devenue ironique: http://jeanne-a-debats.fantasyblog.fr/post/198/2026#Comments. Et qu'on ne dise pas que je suis un nihiliste qui pisse sur le tapis des autres.)

A l'opposé de ces "enterrements", c'est l'éloignement de la Terre nourricière ou le lieu natal qui est évoqué. Pour Ben ("L'Absente" de Sylvestre Cisco), le mot même de "Terre", désignant pourtant son origine, n'est même plus une abstraction, juste un souvenir qui reparaît à la suite d'un rêve collectif, graine de troubles. Tiéri et son grand-père ("Le Cadeau" de Robin Tecon), seront les victimes du service douanier de Mars. Pour Cérèze, on ne parle plus de la même planète (la nouvelle demandera peut-être un petit moment d'adaptation pour quelques lecteurs), mais le refus de la perte d'un être aimé reste universel. "Odeurs des pluies de mon enfance" de Timothée Rey mérite quelques mots de plus, puisqu'elle présente une facette plus mélancolique et donc radicalement différente de la farce que l'auteur avait proposé dans Ouvre-toi! ("Jassîm ibn Menollah, victime des statistiques").

"Poussière de charbon" ("Black Dust") par Graham Joyce, est une double exception. Anglophone à l'origine et nouvelle la plus réaliste du lot, elle n'ouvre qu'une toute petite porte vers l'imaginaire avec sa grotte mystérieuse. Emprunt d'une certaine nostalgie, son point fort est la tension construite entre les personnages. Derrière l'écorce et la rudesse, se cache parfois l'inattendu.
Les rapports souvent conflictuels entre les êtres humains et la terre qui les porte, est un thème qui revient tout au long de l'anthologie. L'entité se venge dans "Terre blanche, Terre rouge" (Marie Barthelet): "Vous m'avez fait bien trop de mal, vous autres les hommes. Vous avez tout pris, tout tiré de moi. C' est à mon tour de prendre et de priver...". Elle obtient même l'aide d'une gamine, Julia, sous la plume cruelle et maîtrisée de Benoît Giuseppin ("Humus Sapiens Cochard, 1917"). Dans un style plus épique, "Le Plaidoyer de la Terre" de Sébastien Gollut, est une amère allégorie écologique qui vaut bien plus que tous les prêchi-prêchas mille fois rabâchés.
Je termine avec deux des meilleures histoires à mon goût (vous pouvez en déceler cinq autres parmi celles déjà évoquées). La petite Florence, figure errante en proie à une malédiction, à cause d'une malencontreuse erreur, laisse une triste mais inoubliable empreinte dans les pages de "Dettes à honorer" écrites par Réjane Durand. Et, enfin, Li-Cam (seconde déjà présente dans Ouvre-toi!) nous gratifie d'une délicieuse nouvelle entre SF et polar, "Mémoires de Terre". Le personnage de l'inspecteur Presle, bourré de préjugés sur les "mutants de l'affect" se voit contraint d'accepter l'aide extérieure de Paul Boyadjan et Frank, un attachant Golem. Si attachant qu'on l'aimerait en personnage récurrent.
Sur le site de l'éditeur peuvent être lus les appels à textes pour les deux anthologies suivantes du cycle des éléments: L'Air (http://www.griffedencre.fr/spip.php?article191) et L'Eau (http://www.griffedencre.fr/spip.php?article193). Si vous avez l'oeil, vous verrez que les dates de clôture sont terminées depuis un certains temps. Espérons que c'est bon signe et qu'elles connaîtront toutes deux la publication cette année.

Elément I: La Terre, Anthologie dirigée par Magali Duez (que je remercie en passant, tiens), Griffe d'Encre, 16€. "Black Dust" est traduite de l'anglais par Mélanie Fazi.

samedi 27 août 2016

The Three Investigators 12.The Mystery of the Laughing Shadow (1969)/Les Trois Jeunes Détectives 25.L'Ombre qui éclairait tout (1983)

1.The Secret of Terror Castle/1.Au Rendez-vous des revenants.
 
  Avant d'entrer dans le vif du sujet je dois quelques explications à ceux d'entre vous qui me suivent peu ou prou, s'il y en a réellement. J'ai eu récemment la surprise de découvrir deux commentaires d'une même personne, donc je peux penser que oui  (Merci encore Naé!). Cet article est en attente depuis le mois de mars. Je ne pourrai pas avec certitude vous dire pourquoi j'ai mis tant de temps à le finaliser (je n'ai pas fait grand-chose non plus quant aux articles annexes, thématiques ou scènes extraites). Des événements professionnels et personnels en sont probablement pour beaucoup. Mais j'avais peut-être besoin aussi de me détacher de ce projet à long terme (je vous rappelle que je me suis donné entre trois et cinq ans pour le réaliser). J'ai eu un peu de mal à savoir comment le tourner, comment saisir les angles d'approche sans faire la même chose à chaque fois. A un moment, il était avancé d'environ 90% et j'ai repoussé les 10% pendant au moins deux mois. Enfin bref, vous avez le produit fini sous les yeux. Juste pour insister, au passage, sur le fait que j'ai jamais eu l'intention d'abandonner. Je peux attaquer maintenant.

  Avec The Mystery of the Laughing Shadow on entre définitivement dans la période post-Robert Arthur. Cependant, nous en connaissons déjà l'auteur puisqu'il a signé le dixième tome de la série, The Mystery of the Moaning Cave. Il s'agit bien sûr de William Arden/Dennis Lynds. J'ai déjà évoqué la question de savoir si celui-ci suivait un cadre imposé par des notes d'Arthur pour les aventures qu'il n'a pas pu écrire ou si ses histoires étaient originales (tout en gardant bien sûr certaines constantes obligatoires). Malheureusement, je n'ai aucun indice me permettant de répondre à cette question.

I.Continuité et Chronologie.

1.Continuité.

  On a vu cependant que dans The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du Diable, Arden avait repris suffisamment d'éléments de continuité pour satisfaire les lecteurs les plus assidus. Dans ce douzième épisode, j'ai pu relever des éléments confirmant que ce deuxième auteur officiel de la série s'attache à rester fidèle à ce qui a été instauré par Robert Arthur.
  Ainsi, il réutilise le Ghost-to-Ghost Hook-up, les craies de couleur et fait même revenir un personnage que l'on n'a pas croisé depuis le troisième épisode, à savoir, l'ennemi juré de nos trois amis, Skinny Norris. Mais comme à l'accoutumée, je réserve la mention de chacun de ces éléments à leur série d'articles respective.
  Je peux par contre m'arrêter ici sur le début du chapitre 3, qui ne se contente pas seulement de rappeler le pourquoi de la présence de Worthington/Warrington:

  "The boys had learned that it was never easy to get into the studio to see the famous director, so they always used the Rolls-Royce when they went to call on Mr Hitchcock. The car was now at their permanent disposal, thanks to the financial aid of a grateful client who might not have received his rightful inheritance without the help of the Investigators. Because of their impressive car, they were passed quickly through the gates of World Studios."
Paul et Gaétan Brizzi, 1983.
  "Sachant par expérience qu'il n'était pas aisé de voir le fameux producteur à son bureau de Holywood, les Détectives ne lui rendaient jamais visite qu'en Rolls. Et ils bénissaient in peto le fait d'avoir la somptueuse voiture à leur disposition. En fait le premier prix gagné par Hannibal ne leur en avait octroyé l'usage que pendant un mois. Mais un de leurs clients, qu'ils avaient aidé à récupéré un gros héritage, les avait généreusement récompensés: grâce à lui, les Détectives pouvaient user de la Rolls quand bon leur semblait. Sagement, ils n'abusaient pas de ce privilège. En l'occurrence, cependant, leur "carrosse" doré leur servirait de Sésame pour ouvrir la porte des studios hollywoodiens."

  En plus de rappeler la relation particulière entre les jeunes garçons et l'homme de cinéma, Arden fait une allusion directe avec l'heureux rebondissement de l'épilogue du septième épisode, The Mystery of the Fiery Eye/Treize Bustes pour Auguste. L'avenir des Trois Jeunes y étaient en péril puisque l'utilisation de la Rolls atteignait son échéance (ce que Claude Voilier tient même habilement à ajouter). Le client en question était leur ami britannique August August qui avait conclut un "certain financial arrangement" (la traduction, déjà de Claude Voilier omettait le terme "financial") afin qu'ils puissent utiliser la voiture de luxe et son chauffeur à volonté.

  D'autre part, Arden n'oublie pas d'entretenir le caractère d'un des personnages principaux. On a eu de très nombreuses fois l'occasion de le constater, Peter malgré son physique d'athlète a le paradoxal défaut de parfois cacher son manque de courage sous une couche de mauvaise volonté. Je peux citer un premier extrait issu de la fin du chapitre 7:

  "Don't tell me what I'm going to do!" Pete exclaimed.
  "You," Jupiter said with determination, "are going to go back out to Sandow Estate with me. Something is going on out there, and I want to know what it is."
  "But, Jupe, what can we learn out there?" Pete wanted to know.
  "For one thing," the First Investigator said, "we can try to find that laughing shadow again."
  Pete wailed, "Do we have to?"
  "Be back here as soon as you can," Jupiter said firmly, ignoring Pete's wail. "And dress in dark clothes."

  "Pas de corvée pour moi, je t'en supplie! s'écria Peter en feignant l'effroi.
  -Justement si! répliqua le chef des Détectives d'un air déterminé. Tu me suivras jusqu'au domaine Sandow. Il se passe là-bas des événements bizarres et je veux les découvrir.
  -Mais, Babal, que veux-tu que nous dénichions là-bas? demanda Peter.
  -Avant tout, je veux retrouver cette ombre qui rit!
  -Est-ce vraiment nécessaire?"
  Hannibal ignora délibérément le ton gémissant de son lieutenant. Il se contenta d'ordonner d'un ton sans réplique:
  "Sois de retour ici le plus tôt possible. Et passe des vêtements noirs."
  Comprenant qu'il était inutile de discuter davantage, Peter se résigna."

  On remarque au passage que Claude Voilier explicite un peu plus que le texte original avec "en feignant l'effroi" et surtout cette dernière phrase qui est un ajout flagrant.
  Ce trait de caractère de Peter est comme je l'ai dit très récurrent. Cependant il en est un autre que William Arden semble inventer dans un premier temps au Chapitre 13:

  "[...] Peter grew impatient and began to play with the small stones that lay in the alley."
  "[...] Peter sentait croître son impatience. A la fin, il se mit à jouer avec les petits cailloux de la ruelle."

  Ce qui semble être un geste machinal occasionnel de la part de Peter devient une manie selon les propos de Jupiter/Hannibal dans le chapitre suivant alors qu'il cherche ses camarades aidé du Chef Reynolds:

  "[...] Look, on the ground there!"
  Where Petehad crouched, waiting, there was a small pile of stones in the shape of a crude cone.
  "Pete always piles stones like that," Jupiter said. "It's a reflex."

  "[...] Et puis, tenez! Voici une autre preuve!" et il indiqua un petit tas de pierres en forme de cône.
  "Peter entasse toujours les cailloux comme ça, expliqua Hannibal. c'est une manie chez lui."

  Je n'ai pas souvenir d'avoir lu un passage des onze premiers épisodes faisant mention de cette manie. Mais après tout, ne joue-t-elle pas du coup son petit rôle dans l'histoire qui nous intéresse ici? Elle a sa légitimité même si elle ponctuelle.
  On trouve un autre trait de caractère du même genre, cette fois-ci concernant Jupiter/Hannibal. Il est rappelé à quel point le personnage est intelligent, cultivé. Au Chapitre 2, William Arden surprend cependant avec un détail que je pense voir mentionné pour la première fois:

  "[...] Bob and Pete both knew that Jupiter had some knowledge of several major languages and spoke three."
  "[...] Bob et Peter savaient qu'Hannibal possédait quelques rudiments de plusieurs langues essentielles et qu'il en parlait trois couramment."

  Comme on le voit plus tard, dans le Chapitre 19 pour être précis, cette compétence du détective en chef sera confirmée:

  "Chief Reynolds sighed. "You'd better start at the beginning and explain just what this is all about."
  "Just a minute, Chief," Jupiter interrupted. "I bet they speak Spanish... Do you?" he asked, turning towards Natches.
  The Indian nodded eagerly.
  "Then tell us in Spanish," Jupiter said. "Both Chief Reynolds and I can understand it."

  "Le chef Reynolds soupira.
  "Voyons! Commencez par le commencement et essyez de nous expliquer les choses en détail...
  -Un instant, chef, coupa Hannibal. Je parie qu'il parle espagnol... N'est-ce pas?" ajouta-t-il en s'adressant à Natches.
  L'Indien parut heureusement surpris et s'empressa d'acquiescer.
  "Dans ce cas, dit Hannibal, exprimez-vous en espagnol. Le chef de la police et moi-même, nous comprenons cette langue."

  Cependant, si on remonte jusqu'au deuxième épisode, à savoir The Mystery of the Stuttering Parrot/Le Perroquet qui bégayait ce n'est malheureusement pas cohérent. Lisez plutôt ces deux extraits du Chapitre 7:

  "[...] Carlos had soothed his uncle so that the man could speak without coughing. He lay back in bed and tried to answer the questions that Jupiter asked. But it was easier for him to answer in Spanish, so that finally Carlos took up the story for him, while his uncle lay and rested, sometimes nodding his head and saying, "Si, si!"

  "[...] Carlos avait réussi à calmer son oncle. Ramos ne toussait plus et accepta de répondre aux questions qu'Hannibal voulait lui poser. Seulement, comme il ne parlait guère anglais, ce fut surtout Carlos qui répondit; Ramos se contentait de hocher la tête de temps en temps en disant "Si, si". 

  "Carlos," Jupiter asked, "can you show us the part of town where your uncle sold the parrots?"
  The boy shot of rapid words in Spanish to his uncle, who nodded. Sitting on the side of the bed, Carlos then drew lines with a pencil round a section on the map his uncle pointed out.
  "Here, Señor Jupiter," he said. "Some place inside these lines. But what streets, I am sorry my uncle cannot say."

  "Carlos, demanda Hannibal, peux-tu nous montrer le quartier où ton oncle a vendu les perroquets?"
  Après avoir échangé quelques mots en espagnol avec son oncle, Carlos traça un carré sur le plan.
  "Quelque part ici, señor Hannibal, dit-il. Mais dans quelles avenidas, ça je ne sais pas au juste."

  Je rappelle tout d'abord que la traduction des deux extraits ci-dessus est signée Vladimir Volkoff (il est toujours drôle de signaler que c'est lui qui substitue le mot "streets" par "avenidas").
  Mais pour en revenir à la familiarité de Jupiter/Hannibal à l'espagnol, Robert Arthur ne l'a pas rendu si évidente que le fait William Arden dans le douzième tome. On peut défendre ce dernier en utilisant des arguments contextuels (l'oncle est malade, Peter ne comprend pas l'espagnol, il faut donc que de toute façon Carlos traduise etc.), mais, à mes yeux, Robert Arthur aurait du signaler explicitement cette faculté de son personnage pour que l'affirmation de William Arden soit validée totalement. A moins que Jupiter/Hannibal se soit mis à apprendre l'espagnol rapidement, c'est-à-dire deux mois, si l'on en suit la chronologie approximative tout au long des tomes.

2.Chronologie:

  Je ne dis pas ça au hasard, souvenez-vous que j'établis au fil de mon projet, et donc des romans, une chronologie, qui reste hélas un peu faussée par Arthur lui-même. Cependant, j'ai pu discerner que le tout premier tome est censé grosso modo se dérouler fin juin-début juillet et que le onzième tome, The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait mentionnait la "fin de l'été" comme repère temporel. The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout affirme au tout premier paragraphe:

  "Darkness comes suddenly in the mountains of southern California in the winter."
  "La nuit tombe vite, en hiver, dans les montagnes de la Californie du Sud."

  On trouve même pratiquement la même information dans le Chapitre 16:

  "Darkness came early and fast in the mountains in winter."
  "En hiver, dans la montagne, la nuit est vite là."

  Passer de la fin de l'été directement à l'hiver, pourquoi pas si William Arden ne voulait pas dès le début suivre la chronologie de Robert Arthur. Après tout, il n'avait pas vraiment donné de repère temporel quand il avait remplacé Arthur de son vivant pour écrire The Mystery of the Moaning Cave/Le trombone du diable. Cependant, je me sens obligé d'anticiper un peu, le tout début du 13ème épisode, The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l'oeil, également écrit par William Arden, il est très important de le préciser, parle de "early September"/"début de septembre". Ce qui colle parfaitement avec ce que nous disait le onzième tome. Parler donc d'hiver dans le douzième tome n'est pas très cohérent.

  William Arden commet donc deux petites maladresses, une concernant Jupiter/Hannibal, l'autre la continuité temporelle. Mais cet article n'est pas une charge contre lui et j'aime même de quoi l'apprécier et le féliciter pour un élément d'intrigue qui je crois n'avais pas encore été imaginé dans les tomes précédents.

II.Nouveaux éléments.

1.La méfiance envers Ted Sandow:

  Comme je l'ai souvent répété, une des récurrences les plus frappantes est la rencontre dans pratiquement toutes les enquêtes d'un  jeune client, plus ou moins du même âge que nos trois héros. Comme ils ne pour la plupart pas américain, une méfiance xénophobe est parfois manifestée envers eux par d'autres personnages (le Grec Chris dans  The Secret of Skeleton Island/Le Spectre aux chevaux de bois en est le parfait exemple), mais de tels préjugés ne font pas partie de la personnalité du trio protagoniste. A chaque fois leur relation avec ce genre de personnage tourne toujours en une sympathique amitié.
  Ici, c'est Ted Sandow qui joue ce rôle. Nous faisons sa connaissance au Chapitre 6. Il est britannique et nous est décrit comme "A tall slender boy only a few years older than the three friends"/"Un garçon grand et mince, de quelques années plus âgé que les Trois Détectives". La vraie nouveauté créée par William Arden sera un véritable sentiment de méfiance de la part de Jupiter/Hannibal, Peter et Bob envers Ted. Non à cause de ses origines, mais de quelques circonstances, de l'attitude suspecte de Ted et ce dès leur rencontre. A la fin du chapitre 5, la tante Mathilda prévient son neveu de la visite d'un certain M. Sandow:

  "The boys gaped at each other. A Mr Sandow had come to them! Just when they were working out a scheme to get into the Sandow Estate. But - who could this Mr Sandow be?
  "Miss Sandow lives alone!" Bob remembered.

  "Les Détectives se regardèrent. Un M. Sandow se présentait à eux juste au momet où ils tiraient des plans pour avoir droit d'accès au domaine Sandow! Mais... qui pouvait être ce M. Sandow?
  "Mlle Sandow vit seule! rappela Bob."

  C'est donc tout naturel d'émettre quelques réserves face à ce nouvel arrivant:

  "Concealing their intense curiosity at the coincidence of Ted Sandow's appearance in the salvage yard, the boys all shook hands with him, and Jupiter assumed his most innocent manner."

  "Cachant leur intense curiosité, Hannibal, Bob et Peter serrèrent à tour de rôle la main tendue. Le visage d'Hannibal était empreint de son expression la plus innocente [...]"

  Il faut préciser que Ted débarque alors que les détectives se sont réunis pour discuter de l'énigmatique amulette que Peter et Bob ont trouvée la veille à proximité de la propriété de sa tante Sarah Sandow.

  La méfiance, surtout du côté de Jupiter/Hannibal, monte d'un cran à cause d'une autre circonstance: l'étrange association de Ted avec leur ennemi juré, Skinny Norris. Mais, sur ce point, les doutes sont quelque peu dissipés. Vous pouvez en lire les détails dans la deuxième partie consacré à Skinny.
  Alors qu'ils se rendent à la propriété Sandow, le trio à l'occasion de discuter en l'absence de Ted qui les guide en voiture:

  "[...] I am wondering why Ted happened to show up at the salvage yard the day after you fellows picked up that amulet."
  "You think he knows we found the amulet, but doesn't know it was stolen from us?" Bob asked.
  "Gosh!" Pete said. "That would mean there's more than one group mixed up in this!"
  "Or perhaps he knows the message was removed from the amulet, and wants to get hold of it," Jupiter suggested.  
  "Gee," Bob protested, 'he seems like too nice a fellow, Jupe."
  "Perhaps it is only a coincidence," Jupiter conceded, "but I suggest we be alert, watch what we say, and keep our eyes open."

  "[...] C'est au sujet de Ted que je me pose des questions. Pourquoi est-il venu au Paradis de la Brocante, le lendemain même du jour où vous avez trouvé l'amulette?
  -Tu veux dire, risqua Bob, qu'il sait que nous avons trouvé l'amulette mais qu'il ignore qu'on nous l'a volée?
  -Nom d'un pétard! s'exclama Peter. Il y aurait donc plus d'un groupe mêlé à cette affaire!
  -Il se peut aussi, suggéra Hannibal, que Ted sache que le message a été retirée de l'amulette et qu'il souhaite le récupérer.
  -Voyons Babal! protesta Bob. Ted a l'air tout ce qu'il y a de régulier. Je le trouve même très sympathique.
  -Sa venue ici peut n'être qu'une coïncidence, concéda le chef des Détectives. Mais je vous conseille d'être vigilants. Mesurez vos paroles et gardez l’œil ouvert."
Paul et Gaétan Brizzi, 1983.
  Cette suspicion est habilement construite sur plusieurs pages et je cite ce dernier extrait à la fin du Chapitre 6 pour vous rendre compte du crescendo:

  "Inside the barn, Jupiter looked around to see if they were alone, then drew Bob and Pete into the shadows.
  "Did either of you notice it?" Jupiter demanded with a grim look on his face.
  "Notice what, Jupe?" Pete asked.
  "Ted asked about the question marks on our card."
  "People always ask, Jupe," Bob said.
  "But Ted hasn't seen our card when he asked!"
  Bob blinked. "You're right! Harris had the card!"
  "You mean he knew about us all the time?" Pete said.
  Jupiter nodded. "He knew about our card, which means he was lying to us. He didn't have to talk to us about selling the junk. If that was all he really came to the yard for, he could have talked just to Aunt Mathilda. Fellows, the junk was just an excuse to meet us!"

  "Une fois dans la grange, Hannibal regarda autour de lui pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls, puis, se penchant vers Bob et Peter:
  "Avez-vous remarqué? souffla-t-il
  -Remarqué quoi? demanda Peter, étonné.
  -Ted s'est enquis de la signification des points d'interrogation, sur notre carte de visite.
  -Ça n'a rien d'étonnant, fit observer Bob. Les gens posent toujours la question.
  -Sans doute, mais Ted nous a interrogés sans avoir vu notre bristol."
  Bob émit un léger sifflement.
  "Tu as raison, mon vieux. C'est Harris qui l'avait en main. Et Ted était assis à l'autre bout de la pièce.
  -Parfaitement. Ce qui signifie qu'il avait vu notre carte auparavant et, donc, qu'il nous ment. Pourquoi a-t-il prétexté ces vieilleries à vendre? S'il voulait nous voir, il n'avait qu'à le dire carrément à tant Mathilda. Voyez-vous, ce gars-là cache quelque chose."

  On peut affirmer au passage que William Arden utilise avec subtilité la question récurrente posée concernant les points d'interrogation sur la carte, ce qui représente un petit plus à son avantage.
  Le Chapitre 7 contient un long dialogue entre nos trois amis sur le même thème et on aura même une confrontation nocturne (Chapitre 8) entre Ted d'un côté et Jupiter/Hannibal et Peter de l'autre. Je vous laisse donc découvrir le premier par vous-mêmes et la seconde dans un article annexe. La suspicion envers Ted ne sera totalement écartée que très tardivement et on trouvera d'autres passages ponctuels où elle sera exprimée. Mais j'estime que j'ai suffisamment parlé de cet élément d'intrigue.

2."Fellows":

  Je continue à vous rendre compte de l'apport de William Arden en vous signalant que sur un site consacré à la série intitulé T3I Readers' Site (qui constitue une de mes principales sources, notamment pour les illustrations anglo-saxonnes), on peut lire dans une sous partie consacrée à Arden: "[...] It is William Arden who perpetually uses the word "fellows" as a noun of address when one of the boys is talking to the other two." Ce que je peux traduire ainsi: "C'est William Arden qui utilise systématiquement le mot "fellows" lorsqu'un des garçons s'adresse aux deux autres".
  Le terme "fellow" est un terme qui lie les personnes que ce soit pour désigner des camarades, des collègues, des concitoyens, des compatriotes... Mais dans la série qui nous intéresse, il est utilisé comme une "béquille" destinée à interpeler plusieus personnes simultanément et on peut le traduire par "les/mes amis" ou "les gars".
  Je sais que ça risque de ne pas être très intéressant, mais pour mon projet j'ai décidé de lister les occurrence du mot "fellows" et de voir dans un premier temps si je peux trouver ou plutôt supposer une intention de la part d'Arden et dans un second temps la manière dont le mot est traité par la traductrice Claude Voilier.
  Je n'ai eu connaissance de ce détail qu'après avoir lu The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du diable, la première aventure rédigée par William Arden et après avoir finalisé l'article consacré à cette enquête et il est malheureusement trop tard maintenant pour y intégrer les occurrences du mot "fellows". C'est pour cette raison que je vais les relever ici:

  OCCURENCE 1:"[...] added Bob. "Come on, fellows!""/"[...] ajouta Bob. Venez, les gars![...]". (Chapitre 2)
  OCCURENCE 2: "We'd better get some help, fellows," Pete said."/"Il nous faut absolument de l'aide! rappela Peter à ses compagnons." (Chapitre 2)
  OCCURENCE 3: "[...] Jupiter said briskly. "Are we, fellows?"/"[...] déclara Hannibal. N'est-ce pas, mes amis?". (Chapitre 4)
  OCCURENCE 4:
  -"[...] Jupiter agreed "[...] Are you fellows ready?"/"[...] répondit Hannibal. [...] Êtes-vous prêts?" (Chapitre 10)
  OCCURENCE 5 -"It's okay, fellows. [...]" The voice was Bob's [...]."/"Tout va bien, mes amis! [...]" C'était la voix de Bob!" (Chapitre 16)

  Vous pouvez constater qu'en tant qu'auteur encore intérimaire, William Arden n'utilise "fellows" que cinq fois seulement. Si on y regarde de plus près, Philip Fulmer, le créateur de T3I Readers' Site, dit vrai en mentionnant que le mot est utilisé quand l'un des détectives s'adresse aux deux autres (les occurrences se répartissent ainsi: deux fois pour Hannibal, deux fois pour Bob et une fois pour Peter).
  Il est peut-être risqué de formuler une telle affirmation, mais on peut presque considérer que, au-delà de la simple fonction d'interpeler, le mot "fellows", sous la plume de William Arden, est une sorte de mot magique cimentant leur association, autant détectives qu'amis. D'ailleurs on observera que les adultes s'adressent la plupart du temps à eux avec "boys", "lads" ou "my young friends", trahissant une hiérarchie adultes/jeunes garçons à leurs yeux. Il est même très significatif que "fellows" ne peut être employé par Jupiter/Hannibal, Peter ou Bob si le trio est scindé... ce qui arrive très souvent dans leurs aventures.
  Mais je constate qu'avec The Mystery of the Laughing Shadow/L'Ombre qui éclairait tout, qui est je le rappelle le premier tome post-Robert Arthur, William Arden va utiliser un peu plus ce terme:

 OCCURENCE 1: Jupiter: "Look at how carefully it's carved, fellows"/"Regardez, mes amis, dit [Hannibal], comme cet objet est finement ciselé". (Chapitre 2)
  OCCURENCE  2: Jupiter: "Can you fellows describe the laugh?"/"Au fait, mes amis, pouvez-vous me décrire ce rire?". (Chapitre 2)
  Claude Voilier préfère par deux fois "mes amis".
  OCCURENCE 3: "Fe-fellows," [Bob] stammered [...]"/non traduit (Chapitre 2) (remarquons tout de même que Voilier ajoute "mon vieux", terme qui peut être considérer comme proche).
  OCCURENCE 4: "Fellows!" Bob gave a warning cry."/"Bob laissa échapper un cri d'avertissement: "Gare!". Bizarrement, c'est encore pour une réplique de Bob que la traductrice omet de trouver un équivalent. Cela devient même un peu plus redondant. (Chapitre 3)
  OCCURENCE 5: "[...] Jupiter observed wryly. "Come on, fellows [...]"/non traduit. (Chapitre 5)
  OCCURENCE 6: "Come on, fellows," Jupiter said."/"Venez, mes amis!" décida Hannibal. (Chapitre 5)
 OCCURENCE 7: "I say, I'm pleased to meet you fellows." Ted beamed at the boys."/non traduit. (Chapitre 6)
  OCCURENCE 8: "[...] Ted asked, "What are the question marks for, fellows?"/"'[...] Ted demanda: "Que signifient les trois points d'interrogation [...], les gars?" (Chapitre 6)
  Pour la première fois et à deux reprises, c'est un personnage extérieur aux Trois Jeunes Détectives qui utilise le mot.
  OCCURENCE 9: "Jupiter pondered the question. "There could only be one reason, fellows."/non traduit. (Chapitre 7)
 OCCURENCE 10: "Suddenly the First Investigator frowned. "Fellows, do you both have all your cards?"/"[Hannibal] parut soudain avoir une illumination: "Dites donc, les gars, êtes-vous sûrs d'avoir en poche toutes vos cartes?" (Chapitre 7)
  OCCURENCE 11: "I suppose I did, fellows," Ted admitted."/non traduit. (Chapitre 8)
  OCCURENCE 12: "Jupiter: "I think you fellows ought to go over to the house [...]"/"[...] Je crois bon que vous alliez là-bas tous les deux [...]." (Chapitre 11)

  Je compte ainsi douze occurrences, réparties de cette façon: 7 fois pour Jupiter, 2 pour Bob et 3 pour Ted Sandow. Le fait de donner le mot trois fois à un personnage extérieur ébranle sérieusement ma théorie d'exclusivité au trio. J'ai peut-être suranalysé... peu importe j'ai du plaisir à le faire! Il faut d'ailleurs préciser que Ted Sandow utilise un autre terme familier, à savoir "Chaps" (qu'on peut aussi traduire par "les gars", "les mecs"... et qui est plus habituellement utilisé par les Britanniques) qui a la même fonction d'interpeller plusieurs personnes à la fois:

  OCCURENCE 1: "Hello, chaps, I'm Ted Sandow."/"Bonjour, mes amis. Je m'appelle Ted Sandow." (Chapitre 6)
  OCCURENCE 2: "It was really my fault, chaps," Ted explained."/non traduit. (Chapitre 6)
  OCCURENCE 3: "Ted nodded. "I'm really sorry, chaps [...]"/"Ted parut contrit. "Je regrette vraiment, mes amis [...]." (Chapitre 8)
  OCCURENCE 4: "Ted grinned. "[...] I'd really like to work with you chaps."/non traduit. (Chapitre 8)

  Toujours dans une optique probablement suranalytique, peut-être que William Arden a voulu signifier que malgré son utilisation répétée de "fellows", Ted Sandow trahit sa non-appartenance au club très fermé de notre trio. A vrai dire, il est dans un entre-deux comme tous les amis successifs des Détectives: il les accompagne momentanément, durant l'enquête puis il disparait. Sans oublier la suspicion dont il fait l'objet.

  Passons maintenant au traitement qu'effectue Claude Voilier des termes "fellows". En y intégrant les cinq occurences de The Mystery of the Moaning Cave/Le Trombone du diable, cela fait 17 occurrences. Claude Voilier traduit "fellows":
-5 fois par "mes amis".
-3 fois par "les gars".
-1 fois par "compagnons" mais dans la narration au lieu d'une réplique.
-1 fois par "tous les deux".
-elle ne le traduit pas 7 fois.
  Si le terme a vraiment une importance particulière aux yeux d'Arden, on peut se poser la question de savoir si c'est le cas pour Claude Voilier? Peut-être pas, il lui arrive trop souvent de ne pas le traduire même quand il sort de la bouche d'un des trois protagonistes principaux... Est-ce qu'un même terme doit-être forcément traduit par le même terme équivalent en français?
  Même si le terme est utilisé par Arden sans but précis, il donne tout de même une dynamique qu'il n'est pas superflu de transposer, surtout quand il sort de la bouche de Jupiter/Hannibal, détective en chef rappelons-le. Le terme donne un certain poids, un élan vers l'avant, que cela soit pour attirer l'attention ou donner des directives à Peter et Bob, ses subordonnés dans la hiérarchie instaurée de l'agence.
  D'autre part Voilier a-t-elle volontairement substitué "mes amis", qu'elle choisit souvent, par "les gars" pour exclure Ted, faire savoir au lecteur qu'il ne fait vraiment pas partie de l'agence de détectives? Encore une fois, ce ne semble pas le cas puisqu'elle l'utilise avec Bob et Hannibal. De plus, elle traduit par deux fois "chaps" par "mes amis" (les deux autres occurrences de "chaps" ne sont pas traduites).
  Je referai cette analyse pour la treizième enquête, elle aussi écrite par William Arden. Comme je suis en train de la lire simultanément à la rédaction de cet article, je peux déjà vous annoncer que l'auteur utilise encore le terme... et pas qu'un peu!

III.Edition française:

1.Traduction:

a.L'oralité des personnages:
  L'autre point de traduction que je souhaite aborder est récurrent puisqu'il s'agit de l'oralité de certains personnages. Ce sont bien entendu les non-américains dont il s'agit et comment leur façon de parler est-elle transcrite par l'auteur et traduite pour le lecteur français.
  Je vais commencer par les deux personnages anglophones, Ted Sandow et M. Harris. Arden signifie leur façon de parler avant tout dans la narration, du point de vue de nos trois amis. Ainsi peut-on lire dans le Chapitre 6:

  "[Ted] spoke very fast, and his accent was not easy to follow. Before the boys could speak, he was off again"
  "Son débit était rapide, comme celui de la plupart des Anglais, et son accent difficile à saisir. Avant que les garçons aient bien réalisé tout ce qu'il disait, il poursuivait déjà:"

  Vous remarquerez la façon qu'à de Claude Voilier d'insister encore sur les deux faits (Ted est anglais et les détectives ont du mal à suivre). Ce qu'elle ne fera pas quand, plus loin dans le même chapitre, il sera question de M. Harris:

  "He spoke with an English accent that was somehow different from Ted's. It sounded to Jupiter like a slightly cockney accent."
  "Il parlait avec un accent anglais, quelque peu différent cependant de celui de Ted."

  Elle omet le point de vue de Jupiter, ce qui est pourtant un indice qui aura pourtant son importance au Chapitre 14 dont est extrait le passage ci-dessous. Au passage, vous pouvez voir que Ted Sandow n'est pas encore rayé de la liste des suspects et vous pouvez apprécier la référence au Murders in the Rue Morgue/Double assassinat dans la Rue Morgue de Poe (les références littéraires ne sont pas étrangères à la série, notamment au personnage de Sherlock Holmes):


  "The way you describe it, it doesn't really sound like a voice at all."
  "That's it!" Jupiter exclaimed. "No voice at all At least not a human kind of voice. It reminds me of a story by Edgar Alla Poe, where no one understood the murderer's language because the murderer turned out to be an ape. Only this was no ape. But isn't there something... something in Australia, I think, that has a laugh that sounds - "
  "What are you talking about, Jupiter?"
  Jupiter chewed his lip in despair. "I... I can't remember exactly but I know it has something to do with an animal from Australia. Ted Sandow has an accent. He says he's from England, but maybe he isn't. Maybe he's an impostor from Australia."
  "Well, if you're talking about accents, what about Harris himself?" Chief Reynolds asked. "He sounds like a Limey to me."
  Jupiter's eyes brightened. "Chief!" he exclaimed. "Do you think Harris could be an Australian? I don't think that is a British accent at all."

Paul et Gaétan Brizzi, 1983.
  "Si j'en crois la description que vous en avez fait, il ne rappelle même aucune voix du tout.
  -C'est bien cela! s'exclama Hannibal. Aucune voix! Du moins, aucune voix humaine. Cela me remet en tête une histoire d'Edgar Allan Poe. Personne ne comprenait le langage du meurtrier... uniquement parce que celui-ci se trouvait être un singe! Seulement, notre ombre qui rit n'est pas un singe. Cependant... il y a quelque chose... quelque chose... en Australie je crois... qui rit comme ça...
  -De quoi parlez-vous, Hannibal?" demanda le chef de la police stupéfait.
  Hannibal se mordit la lèvre à l'en faire saigner. Il sonda désespérément le fond de sa mémoire.
  "Je... je ne sais pas exactement... mais je crois que ce rire à un rapport avec un animal australien. Ted Sandow a un accent particulier. Il prétend être anglais mais peut-être ment-il. Peut-être n'est-il qu'un imposteur venu d'Australie.
  -Eh bien, puisque nous sommes sur le chapitre des accents, que pensez-vous de celui d'Harris? Il est particulier lui aussi!"
  Un éclair passa dans les yeux d'Hannibal.
  "Chef! s'écria-t-il. Croyez-vous qu'Harris puisse être Australien? A mon avis, son accent n'est certes pas celui d'un Anglais!"

  Je ne pense pas pouvoir vous trouver des signes particuliers de deux accents dans les dialogues (excepté l'utilisation de "chaps", typiquement british) que ce soit dans le vocabulaire ou dans la syntaxe. A mes yeux, dans le texte original, ils sont trop proches des répliques américaines.
  Par contre, on ne peut pas dire la même chose de notre ami bavarois Konrad, que tout le monde connait maintenant, qui apparait au Chapitre 6 et nous offre une réplique dont Claude Voilier gomme quelque peu l'aspect rudimentaire:

  "I'll send a beer out for him," Ted said.
  "A beer is good." The Bavarian grinned.

  "Je lui ferai porter une bière, dit Ted.
  -Merci pour la bière, approuva Konrad avec un large sourire. J'adore ça!"

  Mais les dialogues les plus parlants sont ceux mettant en scène les Indiens. Ils n'ont l'occasion de s'exprimer qu'à partir du Chapitre 18 alors qu'ils délivrent Bob et Peter prisonniers d'une cabane perchée sur une falaise. Je ne cite qu'une réplique suffisamment longue et représentative pour vous donner une idée:

  "We leave, get old car, come here," Natches want on. "We find Mr Harris at fine hacienda in mountain. We think we hear Vittorio cry for help. We watch, see you find gold man. Next day we follow your big car - first to big studio, then to house where we get little man from you. When gold man not have letter from Vittorio inside, we look again for Mr Harris. We find him in big house. Try to make him tell where are boys. He fights with us and calls the police to put us in jail. We scared, run away."

  "Nous, partir aussitôt, continua Natches. Acheter vieille auto, venir ici. Nous trouver M. Harris dans belle hacienda dans la montagne. Nous croire avoir entendu Vittorio appeler au secours. Nous guetter. Nous voir vous trouver statuette en or. Le jour suivant, nous suivre votre grosse voiture... d'abord au studio cinéma, puis à la maison où nous reprendre Peau-Rouge souriant à vous. Quand nous voir aucun message dans la petite statue, nous surveiller de nouveau Harris. Nous trouver lui dans grande maison. Nous essayer lui faire dire où sont Vittorio et les autres garçons. Mais lui crier, frapper nous, et appeler police pour faire mettre nous en prison. Nous avoir peur, partir en courant."

  On constate que Claude Voilier respecte la syntaxe rudimentaire voulue par Arden. Il y a par contre une phrase du Chapitre 19 où elle attribue à ce personnage une phrase bien trop élaborée:

  "Mr Natches, can you track them?"
  "Track?" Natches said. "Si, of course. I track easy."

  "Monsieur Natches, lui dit-il. Ne pourriez-vous les suivre à la trace?
  -Si, bien sûr! J'ai l'habitude de débrouiller les pistes!"

b.Contresens, ajouts, omissions, etc.:

  Chaque épisode contient de multiples points de traduction discutables. Il serait impossible ou trop long d'établir une liste exhaustive, mais j'insiste toujours sur quelques occurrences qui me semblent importantes.
  Parmi les "fautes" basiques et fréquentes de Voilier, on trouve:

-des contresens:

-"At the end of their recital, Jupiter frowned thoughtfully"/"A la fin, il soupira." (Chapitre 2) On pourrait traduire "frowned thoughtfully" plutôt par "fronça les sourcils, pensif"
-"Sort of sad, I'd say. Maybe an old man."/"Oui... un peu comme un vieillard qui aurait peur." (Chapitre 2) "Sort of sad" n'indique pas une notion de peur, mais de tristesse.
-"There was so much dust on everything that it seemed as if nothing had been touched for at least fifty years."/"Tous portaient une couche de poussière si épaisse qu'elle semblait être là depuis des siècles." (Chapitre 6) L'idée est la même, mais pourquoi exagérer?
-"Fifty feet of open space?"/"Cinquante mètres en terrain découvert?" (Chapitre 10) En convertissant cinquante pieds on obtient seulement quinze mètres, c'est une belle différence, non?
-"You be quiet," Sanders growled. "The boss knows what he's doing."/"Tenez-vous tranquille! ordonna Sanders d'une voix rude. Le patron n'aime pas qu'on soit trop curieux." Le texte original dit littéralement: "Le patron sait ce qu'il fait."

-des ajouts, comme on peut en repérer deux, mis ici en italiques:

  "As I said, Jupiter, Mr Harris thought you might perhaps have found it quite innocently. He pointed out that unfounded accusations are very dangerous."/"Comme je viens de vous le dire, M. Harris estimait que vous pouviez l'avoir trouvée en toute innocence. Et il m'a mis en garde contre une accusation sans fondement. J'aurais pu être attaqué en diffamation." (Chapitre 8)

  Et à la fin du même chapitre:
  "Jupe, why didn't you tell what else Bob and I saw last night? About the call for help, and the laughing shadow?"
  "Because I'm not sure Ted told us the truth," Jupiter said grimly."/"Dis-moi, Babal! Pourquoi n'as-tu pas raconté à Ted ce que nous avons vu hier soir, Bob et moi? Tu ne lui as pas parlé ni de l'appel au secours, ni de l'ombre qui rit.
  -Tu veux savoir pourquoi je suis resté bouche cousue? Eh bien, je ne suis pas certain que Ted nous ait dit la vérité! avoua Hannibal d'un air tracassé."

-des omissions:

  "[...] I presume that would like young Bob and the Indian boys back safely?"
  Mr Andrews cried, "What have you done with Bob?"
  "Don't try anything, Harris," Chief Reynolds snapped."

  "[...] Je présume que vous aimeriez bien retrouver le jeune Bob et les petits Indiens sains et saufs, pas vrai?
  -N'aggravez pas votre cas, Harris! conseilla d'un ton sec le chef de la police." (Chapitre 20)

  Pourquoi omettre la réplique de Mr Andrews/M. Andy? Son inquiétude pour bob est tout de même un élément qu'il ne faut pas négliger.

  Au Chapitre 21, c'est une question d'Alfred Hitchcock qui est oblitérée afin de laisser la place aux explications de Jupiter/Hannibal (remarquez la coquille du texte original: "Rue" devient "Red", quelqu'un a-t-il confondu avec un autre texte de Poe, à savoir The Masque of the Red Death?):

  "Well, of course, I was still fooled at the time, and thought the shadow was Ted. But his accent reminded me that there are British-type accents that don't come from England."
  "Yes, I see that," Mr Hitchcock agreed. "But what led you to the kookaburra and Australia in particular?"
  Jupiter Grinned. "It was the way no one could agree on what the shadow sounded like when it laughed. We all heard it differently. I remembered Edgar Allan poe's famous story, 'The Murders in the Red Morgue,' and..."

  "Tout d'abord, monsieur, j'ai cru que cette ombre était Ted. Puis je me suis rappelé que tous les accents "britanniques" n'étaient pas forcément anglais. Par ailleurs, ce rire avait quelque chose d'assez peu humain. Je me suis alors souvenu de la fameuse histoire d'Edgar Poe: Double assassinat dans la rue Morgue et..."

  De plus, vous remarquerez le raccourci contestable qu'est "ce rire avait quelque chose d'assez peu humain" qui ne dit pas exactement la même chose que le texte original.

  Mais toutes ces différences sont plutôt habituelles. Ce qui l'est moins, même s'il existe déjà des exemples dans un ou deux tomes précédents, c'est quand la traduction s'amuse avec qui dit quoi ou qui fait quoi. Je vous fait pas de toutes les occurrences on l'on remarque ces anomalies:

-Au chapitre 2, la réplique de Pete est intégré à celle de Jupiter/Hannibal:

   "Jupiter listened to his fellow investigators with a puzzled expression. "Are you both heard the same laugh?"
  "Sure we did," Pete said lamely, "but I guess we didn't hear it the same."
  "Yet you both heard it clearly, and very close." The First investigator sighed. "I guess I'll have to hear it for myself to know what it sounded like. Are you both at least sure you heard a call for help?"

  "Je vois, dit Hannibal d'un air intrigué. En somme, ce rire pouvait être n'importe quoi. Aucun de vous ne peut le définir. On dirait que vous n'avez pas entendu de la même façon. J'en viens à me demander si vous avez bien entendu l'appel au secours."

  On remarque au passage une grosse omission: dans le texte original Jupiter envisage d'aller sur place pour se faire une idée du rire par lui-même. Claude Voilier omet ce détail.

-Au Chapitre 3, le même geste n'est pas effectué par le même personnage (Voilier tronque le texte original, une fois de plus):

  "The boys eagerly explained the events of the night before and described their discovery of the message inside the statuette. Mr Hitchcock listened impassively until Jupiter reached the part about the gold statuette and laid it on the director's desk."/"Les trois amis lui rapportèrent les événements de la veille, puis Bob déposa la figurine d'or sur le bureau du producteur."

-Au Chapitre 4, la réplique de Bob devient celle d'Hannibal:
   
  Jupiter shook his head. "I really know gold, sir."
  "Mr Hitchcock said it was solid gold, too, Professor Meeker," Bob stated.

  Le chef des Détectives secoua vigoureusement la tête.
  "Je sais reconnaître de l'or quand j'en vois, monsieur. Et M. Hitchcock, lui aussi, a déclaré que cette figurine était en or massif."

-Au Chapitre 5, la question de Jupiter devient l'affirmation de Bob:

  "But it is a call for help?" Jupiter asked."/"Cela parait bien être un appel au secours, dit Bob"

-Au Chapitre 7, la narration devient la réplique d'Hannibal:

  "Within an hour nearly every boy and girl in Rocky Beach would be looking for the dark man.
  "Now," Jupiter grinned, "we wait."

  "D'ici une heure, déclara hannibal en raccrochant après le dernier appel, tous les jeunes de Rocky, tant garçons que filles, se lanceront sur la piste de l'homme brun. Il ne nous reste plus qu'à attendre."

-Au Chapitre 10, Jupiter et Bob sont distincts par leurs actions alors que Claude Voilier utilisent la troisième personne du pluriel, comme une entité. Elle omet aussi quelques détails:

  "They hastened round the corner to the front door. Jupiter rang the bell. They waited, but there was no answer. Bob began knocking. There was still no sound inside the house. He tried the door, but it was locked. Meanwhile Jupiter was peering in the window beside the door."

  "Ils sonnèrent à la porte d'entrée. Personne ne leur répondit. Aucun son ne s'élevait de l'intérieur de la maison. C'est en vain qu'ils essayèrent d'ouvrir la porte: elle était fermée à clé."

-Au Chapitre 21, Alfred Hitchcock pose une question. Dans le texte original, Pete répond dans un premier temps et Bob ajoute quelque chose, mais Claude Voilier fusionne (avec de la perte...) ces deux répliques et n'en attribue à personne le résultat:

  "[...] Now what of the rest of the treasure. It belongs, I suppose, to Miss Sandow."
  "Peter said, "Professor Meeker is studying it. I believe the State has to determine its final disposition. Museums are eager to have pieces for their displays."
  "Miss Sandow hopes that Indians will realize some benefit from it," Bob added. "It would be nice if the Yaqualis could take some money back to their village."

   "[...] Au fait, ce trésor, à qui appartient-il au juste? A Mlle Sandow?
   -En partie seulement. Le reste, semble-t-il, reviendra à l'Etat. Les musées se verront attribuer certaines pièces. Nous pensons aussi que les Yaquali auront droit à une bonne récompense. Ce n'est que justice, au fond.

  Ces "déplacements" sont difficiles à expliquer. La traductrice confondait-elle les personnages dont elle traduisait les aventures pendant des années? Est-ce une tendance à la facilité pour ce qui est des omissions? Ou s'amusait-elle en se disait que le lectorat visé par la Bibliothèque Verte ne saurait jamais que de telles inversions ont été faites?
 
  Ceci dit, je voudrais relever également relever l'extrait ci-dessous:
  "Bob was the Research and Records man of the Three Ivestigators, and his facts were always correct about something he had looked up."/"Bob, qui adorait fouiner à la bibliothèque municipale, savait toujours une foule de choses sur les sujets les plus divers. Ses informations étaient toujours exactes." (Chapitre 2)

  Claude Voilier transforme ce qui est la fonction même de Bob dans le trio en une sorte de hobby. De plus, même si cela n'est pas précisé ici, il travaille à la bibliothèque municipale, ce qui facilite les recherches qu'il est amené à faire lors des enquêtes.

c.Le titre:

  Le dernier point de traduction qu'il me faut aborder c'est bien évidemment celui du titre. Le titre original se veut très pragmatique, il s'agit littéralement d'une "ombre qui rit". Alors que pour un minimum de cohérence avec les jeux de mots des précédents titres français, Voilier ou quelqu'un de chez Hachette a décidé cet oxymore d'"ombre qui éclaire". Sauf que ça ne colle pas vraiment avec le contenu du roman. Cette ombre énigmatique, quoique très présente, n'est pas par exemple ce qui aide les trois détectives à trouver le trésor des Chumash. C'est un titre à mon goût un peu tirer par les cheveux dans l'unique but de faire un trait d'esprit facile.
  Cependant, il est bien question d'"éclairer" quand au Chapitre 9, nos trois amis cherche à déchiffrer les dernières paroles de Magnus Verde/Grand-Cerveau (je me demande pourquoi cette traduction, d'ailleurs):

  "How could they hide the Hoard in the moon, or the sun?" Pete objected.
  "Not in the moon or sun, Pete," said Jupiter, "but maybe a place where the sun or moon always shines on some exact spot! The way the sun shone on certain temples in the old days."
   "Sure," Bob said. People used to build temples with a hole in the roof so that the sun would shine right on the altar."

  "Comment les Chumash auraient-ils pu cacher leur trésor dans la lune ou dans le soleil? protesta Peter.
  -Pas dedans, Peter, corrigea Hannibal, mais peut-être en un l:ieu où la lune ou le soleil brillent toujours exactement en un même point.
  -Rappelez-vous! dit Bob. Autrefois, certains peuples construisaient des temples de telle façon que le soleil les éclairait à des endroits très précis."

2.Illustrations:

  Ce douzième tome a en commun avec le onzième, Le Crâne qui crânait, d'avoir été publié en France tardivement, ne suivant ainsi pas la chronologie originale. Il a même été publié en 1983 (25ème publication) avant Le Crâne qui crânait (1984, 26ème). J'aurais peut-être l'occasion de pointer les conséquences d'une telle inversion. Même si c'est deux publications en décalé partagent la même traduction, il n'en ai pas de même pour le poste d'illustrateur. 
  Mais avant de vous dire de qui il s'agit, je dois d'abord signaler que pour cet opus, je n'ai pas pu me procurer les illustrations par le biais de ma source habituelle. Pour tout vous dire, l'utilisateur qui a posté l'intégralité des traductions françaises de la série sur le site Scribd, a jugé qu'elles n'étaient pas dignes d'être reproduites. Voici l'avertissement rédigé à l'intention des lecteurs:

AVIS IMPORTANT
En raison de la qualité exécrable des dessins présentés, qui dénaturent les 12 ouvrages précédents, nous avons décidé unanimement de retirer les illustrations des deux nouveaux 'dessinateurs'

  Petit précision avant de donner mon avis sur la question: il parle des "12 ouvrages précédents" car il compte Quatre Mystères (des nouvelles interactives de détection) qui à mon sens ne fait pas du tout partie de la série, même si l'un des héros, illustré par Jacques Poirier ressemble beaucoup à Bob.
  Tout d'abord, je tiens à remercier cet utilisateur. Grâce à lui, j'ai accès très facilement à toutes les illustrations françaises existantes de cette série. C'est du coup extrêmement dommage que je trouve son choix concernant cette douzième aventure trop arbitraire. Mon projet se veut le plus exhaustif possible (c'est la raison pour laquelle j'utilise même des illustrations enfantines de Spaghetti Book Club) et j'ai trouvé dommage que l'on ne me donne pas accès aux illustrations de L'Ombre qui éclairait tout. Peu importe l'illustrateur, une telle censure est impardonnable puisque son effort est partie intégrante de la publication.
  Je dois vous raconter comment j'ai pu malgré ça vous faire part d'une partie du travail des dessinateurs (puisqu'ils sont en fait deux) autant méprisés (l'intégralité sera sur un tableau Pinterest dont j'intégrerai le lien ultérieurement). A Orléans, la Place du Martroi accueille tous les vendredis des bouquinistes. L'une d'elles vend des Bibliothèques Rose et Verte et j'ai eu la chance de trouver le seul ouvrage de la série des Trois Jeunes détective qu'elle proposait à la vente. Il s'agissait, je vous le donne dans le mille, de L'Ombre qui éclairait tout dans sa version cartonnée et illustrée. J'ai hésité à l'acheter car j'avais déjà le texte dans une édition ultérieure, souple et sans illustrations. J'ignorais à cet instant que ma source en ligne avait décidé stupidement de censurer arbitrairement ce dont j'allais avoir besoin au moment de faire l'article sur cette enquête d'Hannibal & Co. J'ai donc eu beaucoup de chance de tomber sur cette bouquiniste et pris la bonne décision en m'allégeant d'un modeste euro puisque j'ai pu scanner les illustrations internes par la suite.
  Je me pose la question: le censeur s'est-il renseigné sur le parcours des illustrateurs dont il qualifie les efforts d'"exécrables"? Car ces artistes que je qualifiais de transitoires, non avec mépris mais parce qu'ils n'ont contribué qu'une seule fois avant de laisser la place à Yves Beaujard. Il s'agit des frères jumeaux Paul et Gaétan Brizzi. Au titre d'illustrateurs s'ajoutent les casquettes d'artistes-peintres et de réalisateurs de films d'animations. Leur CV présente quelques lettres de noblesse:
-des courts-métrages récompensés plusieurs fois (Un et Fracture)
-Asterix et la surprise de César (1985)
-création de la société Brizzi Films en 1986, productrice de publicités et de séries animées (Le Piaf par exemple),
-la Walt Disney Company fait appel à eux en 1989 et la collaboration sera durable (La Bande à Picsou - Le Film, Le Bossu de Notre-Dame, Fantasia 2000)
-participation à la production de Numéro 9 (2009) de Tim Burton.
-Projet Ruby Tuesday avec Mick Jagger.
-La Cavale du Dr. Destouches d'après Louis-Ferdinand Céline (scénario du comédien Christophe Malavoy) chez Futuropolis, 2015.
 
Paul et Gaétan Brizzi.
  Peut-on mépriser leur travail ponctuel pour la Bibliothèque Verte (qui ne semble pas être souvent mentionné) au vu de ces accomplissements certains et prestigieux (quoique l'on pense de l'énorme firme Disney, symbole de capitalisme)?
  Si vous voulez plus de détails sur les frères Brizzi, voici quelques liens:

La transition est toute trouvée puisque nous voici arrivés au survol désormais traditionnel des différentes couvertures.
IV.Couvertures:

1.Françaises:

P. et G. Brizzi, 1983


Yves Beaujard, 1985.


 
















  Entre 1979 et 1984, ce n'est plus Jacques Poirier qui illustre les couvertures. Quelques dessinateurs intérimaires en sont chargés jusqu'à Yves Beaujard en 1984 (la Bibliothèque Verte remplacera même les couvertures originales par la suite). A gauche, nous avons donc l'une de ces éditions provisoires remplacée deux ans plus tard par la couverture (encore cartonnée) avec fond jaune qui sera une constante entre 1984 et 1988. A noter également que l'illustration des frères Brizzi qui figure sur la couverture de la première ne figure pas à l'intérieur mais figure sur le quatrième de la deuxième édition, au-dessus du résumé traditionnel. Les illustrations internes seront reprises dans l'édition de 1985.

2.Anglo-saxonnes:

a.Américaines:

Harry Kane, 1969


Stephen Marchesi, 1978.
Charles Liese, 1979.



















Robert Adragna, 1989.
  Il ne semble pas y avoir de couvertures signées Roger Loveless ou Bill Dodge, sollicitées pour les versions les plus récentes aux Etats-Unis. Il faut aussi noter que la version de Robert Adragna a déjà été utilisée en 1982 avec en médaillon la silhouette d'Alfred Hitchcock en haut à droite, remplacée en 1985 et au même endroit par un trou de serrure.

b.Britanniques:

Peter Archer, 1973.
Peter Archer, 1982.


















Armada, 1994.

c.Autres:


Edition allemande.
Edition espagnole.





















Edition italienne.
Edition polonaise.





















Edition slovène.
Edition suédoise.



















  Je tiens à préciser que j'ai limité la présentation des couvertures autres qu'anglo-saxonnes et françaises. Il y a aura d'autres sur le tableau Pinterest encore en attente.

  A l'heure où je publie cet article, les notes sur le treizième tome, The Secret of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l'Oeil, sont déjà en attente de mise en forme, l'article n'est pas encore commencé pour tout vous dire (il me fallait terminer celui-ci avant!). J'espère le poster courant septembre. J'irai même jusqu'à vous révéler que j'ai commencé à lire le quatorzième tome, The mystery of the Coughing Dragon/Le Dragon qui éternuait (si je mets le turbo, pourquoi pas l'article en septembre également?). J'ai pris un peu de retard dans la rédaction des articles mais, quitte à ne pas être raisonnable, je n'ai pas résisté à m'avancer dans les aventures de Jupiter & Co...

13.The Secret of the Crooked Cat/12.Le Chat qui clignait de l’œil.
14.The Mystery of the Coughing Dragon/11.Le Dragon qui éternuait.
15.The Mystery of the Flaming Footprints/14.L'Aigle qui n'avait plus qu'une tête.
16.The Mystery of the Nervous Lion/21.Le Lion qui claquait des dents.
17.The Mystery of the Singing Serpent/16.Le Serpent qui fredonnait.

The Mystery of the Laughing Sahadow/L'Ombre qui éclairait tout, William Arden. Traduit de l'américain par Claude Voilier.