"Rana Toad", ça se mange?

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mardi 14 décembre 2010

Le gondolier des ténèbres et autres contes de la peur

En tant que libraire j'ai parfois l'impression que les beaux livres de contes sont chasses gardées de la collection Métamorphose, chez Soleil, Seuil ou encore Gallimard Jeunesse(liste non exhaustive).
Or les éditions [Mic-Mac], que certaines chroniqueurs de ce blog connaissent bien pour avoir partagé des bancs de cours avec son directeur, sortent ce magnifique ouvrage.

A la fois beaux-livre, illustré par Xavier Colette, à qui l'on doit la dernière version d' Alice au pays des merveilles chez Drugstore, et recueil de contes cruels et angoissants, écrits par Gudule, dans la digne ligne des contes traditionnels, Le Gondolier des ténèbres et autres contes de la peur regroupent 5 histoires.

Dans La Bête aux crocs rouges une fille maudite par un sorcier se transforme en louve lorsqu'elle revêt une peau de bête. Elle trouve l'amour sincère mais il pèche par trop de bonne attention... Une variante très émouvante de la figure de la malédiction guérie, ou pas, par l'amour sincère.

Dans Le Diable et le bûcheron un nain demande au diable d' échanger son corps avec celui d'un bucheron beau et aimé de tous. Mais il va vite s'ennuyer et demander un autre transfert. S'en suivra un cercle vicieux à la conclusion tragique et ironique. Un conte sur l'éternel insatisfaction et ingratitude de l'être humain.

Dans Le Gondolier des ténèbres deux amis se promettent d'assister au mariage l'un de l'autre mais la mort les sépare. Le mort tient sa promesse et apparait sous forme de fantôme que seul son ami peut voir à son mariage. Il passera pour fou auprès de son épouse et sa famille et voudra lui rendre la pareille. Il partira sur ses traces dans le royaume des morts. Un conte très émouvant sur le pouvoir de l'amitié.

Dans L'Orgue du bois-minuit le diable donne un bien étrange compagnon à un moine qui se sent désespérément seul. Une variation sur les thèmes du double maléfique et de l'ogre sur fonds d'enquête quasi policière à la recherche d'un criminel en série féroce et dangereux.

Enfin dans Les Veilleurs de l'abîme un paysan ramenant du blé noir, représentant sa seule fortune, rencontre des trolls affamés qui useront de malice pour l'amener dans le royaume de leur seigneur. Mais il ne se laissera pas faire! Un conte sur les thèmes du pouvoir grisant, des charmes étranges, et de l'héroïsme.

En conclusion:

Gudule respecte parfaitement les étapes classique du conte, n'emploie pas de sentiments bateaux tout rose bonbon frelaté mais apporte au contraire un aspect morale par l'emploi de l'effroi cathartique.

Bande annonce sur le site de l'éditeur

Site officiel de l'illustrateur Xavier Colette

Gudule et Xavier Colette, éditions [Mic-Mac], octobre 2010.

Le Petit Guide à Trimbaler de la littérature Vampirique

Voici le dernier né de la collection des petits guides de lectures des éditions Actu sf, voir les chroniques des autres guides ici.

Une sélection de 50 ouvrages est commentée, sous forme de fiche, dans l'ordre chronologique de publication sous les thématiques "essai", "nouvelle", "de bulles et de crocs" et "les vampires sur le petit écran".

Chaque fiche est composée d'un résumé succinct, parfois trop à mon goût comme par exemple celle présentant Dracula de Bram Stoker dont la dernière traduction de Jacques Sirgent chez Camion Blanc est oubliée, et dont je ne désespère, pour ma part, pas de trouver le temps de chroniquer ici un jour, d'une liste d'autres titres à lire du même auteur et une autre de suggestion d'autres titres abordant le(s) même thème(s). Le dernier aspect intéressant, parce que pas forcément présent dans tous les guides de lectures, une indication coup de cœur d'Actu sf, "Actu sf", incontournables, "classique" ou livres épuisés, "occas' " à côté de chaque titre.
Cette structure me rappelle celle des guides de la Fnac. Je conseille d'ailleurs en passant, une fois n'est pas coutume, la lecture du guide spécial Fantasy, fantastique et sciences-fiction lui très complet et rédigé par un certain Karim Berrouka que les fans de la maison d'édition Griffe d'encre connaissent bien.

En conclusion:

Un guide qui à l'intérêt d'être multidisciplinaire et de mettre en avant des titres essentiels, parfois épuisés, que l'on peut trouvé, avec un peu de chance, sur le site de la librairie d'Ys, même si on pourra se sentir un peu frustré par son côté (trop?) succinct.

Éditions Les trois souhaits/Actu sf, novembre 2010.

lundi 13 décembre 2010

Proverbes I

La nouvelle anthologie des éditions Griffe d'encre regroupe six nouvelles prenant comme point de départ un proverbe plus ou moins connu.

Dans La Vengeance est un plat qui se mange froid, Ghislaine Maïmoun reprend le thème de la méchante marâtre dont un enfant se venge avec un projectile aussi inattendu que dangereux! Une vengeance enfantine aussi surprenante que cruelle.

Dans Pour vivre heureux, vivons cachés Frédérique Lorient aborde le thème de la paranoïa à travers le pétage de câble d'un homme que sa femme ne veut pas laisser tranquille. Il aura beau se réfugier au fond du jardin pour se reposer et fantasmer sur son hamac au soleil, il sera harcelé par un détecteur de gros mots qui le poussera à la folie.

Dans Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir Laurence Rodriguez décrit l'amour d'une femme pour son mai et son fils... jusqu'à la mort. L'auteure reprend le thème du changement de corps pour décrire l'amour absolu d'une femme pour sa famille après un accident tragique. J'ai trouvé la chute particulièrement émouvante.

Dans L'habit ne fait pas le moine Nathalie Salvi (auteure de En quête chez le même éditeur, chroniqué ici) décrit l'attitude bien inattendue d'une jeune fille admirée de tous et de ses parents. Une nouvelle intrigante sur les faux-semblants.

Dans On n'est jamais si bien servi que par soi-même Véronique Pingault part de la description de la vie morne d'un couple après 25 ans de mariage, le mari se laissant aller et la femme épouse et mère parfaite débordée et hyper maniaque tellement absorber par son obsession de la propreté qu'elle va se laisser tenter par une publicité que sa fille, avec laquelle elle a bien sûr du mal à communiquer, lui transmet. Sa tentation de tricher en signant un contrat au règlement énigmatique aura une fin tragique et cruelle.
Cette nouvelle, la plus longue, est de loin celle que j'ai préféré pour ses développements et twist final cruels dans lesquels je n'ai pu m'empêcher de voir comme un écho d'un scénario probable pour la série La Quatrième dimension.

Dans Là où frappe le professeur, une rose fleurit Isabelle Guso (auteure d'une nouvelle dans l'anthologie L'Air II chez le même éditeur, chroniqué ici ) décrit l'attitude de plus en plus violente d'une mère dépassée par sa fille de 12 mois à qui elle essaye d' imposer son autorité. On suit l'évolution psychologique de cette mère à partir des 12 mois de sa fille jusqu'à son adolescence. On trouvera les échos de la vision de sa fille par des interludes en italique qui mettront en avant les carences affectives qu'elle a ressenti. L'auteure utilise de façon particulièrement sensible l'image poétique des roses qui éclosent pour décrire la violence latente des coups. Cette nouvelle se clôt aussi sur une fin inattendue et poignante.

En conclusion:
Une anthologie plus courte qu'a l'accoutumé qui laisse une petite impression de frustration.
Un second tome est en préparation.

En bonus:
La photo de la mascotte de la maison juste parce que je la trouve trop mignonne avec son costume de moine (oui je sais c'est très subjectif comme jugement!).

et le site portofio de l'illustrateur de la couverture, Nicolas Trève.

Éditions Griffe d'encre, novembre 2010.

jeudi 9 décembre 2010

Il était une fois - Benjamin lacombe

Parce que quelques images valent mieux qu'un long discours...


Ce superbe pop-up est enfin en ma possession, et je me plais à découvrir encore et encore les tableaux qu'il renferme. Je suis très sensible à l'esthétique sombre de Benjamin Lacombe, c'est même aux Amants papillons que j'avais dédié ma toute première chronique sur ce blog. C'est tout naturellement que je continue sur ma lancée.

Ce livre est donc une succession de tableaux en relief illustrant de célèbres histoires et contes de fées. La petite Poucette, Pinocchio, Mme Butterfly (qui revêt pour l'occasion les traits de Nakao, des Amants papillons), Alice au pays des merveilles ou encore Peter Pan... Page après page, un nouveau tableau: Poucette nous lançant un regard suppliant au milieu de sa corolle de pétales...Les ailes du papillon se déployant, révelant le regard triste de Mme Butterfly...Une course-poursuite parmi des cartes à jouer, ou un envol au dessus des nuages londonniens.

Le relief donne une dimension plus irréelle et magique encore aux illustrations de B. Lacombe, silencieuses, mais ô combien éloquentes. Et je m'émerveille, encore et toujours devant la poésie des images...

Sans aucun doute, un album à feuilleter encore et encore, pour le bonheur des petits comme des grands



il_taitunefois



Il était une fois - Benjamin Lacombe - Le Seuil Jeunesse - Novembre 2010 - 25€

Hex Hall - Rachel Hawkins

Sophie est une adolescente d'environ 16 ans, vivant seule avec sa mère. Elle ne connaît pas son père. Tout ce qu'elle sait de lui, c'est qu'il est un sorcier. Sophie est donc une sorcière, mais elle ne maîtrise pas très bien ses pouvoirs magiques. Ce qui a déclenché par le passé maintes catastrophes plutôt cocasses qui l'ont obligée à déménager environ vingt fois depuis son enfance. Suite à un énième sortilège raté, elle est condamnée à intégrer le Manoir d'Hécate, une sorte de croisement entre école de magie et maison de redressement pour les « Prodigium » ne maîtrisant pas leurs pouvoirs. (Les Prodigium étant, selon une légende, des créatures magiques prétendument descendantes des anges, et regroupant des créatures telles que les fées, sorciers, loups garou, ou métamorphes)

Le premier jour, elle rencontre Archer, sorcier aussi beau qu'arrogant, dont elle tombe amoureuse au bout d'environ 20 pages. Mais il sort avec Elodie, une sorcière aussi belle que pimbêche ne se déplaçant jamais sans son clan de sorcières tout aussi belles que pimbêches, qui tentent par ailleurs d'enrôler Sophie dans leur clan de sorcières noires. Sophie refuse, ce qui entraine des relations plutôt tendues entre elle et le clan d'Elodie. D'autant plus que Sophie louche sur Archer, ce qui ne contribue pas à apaiser les tensions.

Elle se lie d'amitié avec sa camarade de chambre, Jenna, la seule vampire de l'école, lesbienne et fan de la couleur rose. Mais Jenna est perçue par les autres créatures comme un véritable monstre, car elle est une créature hybride, d'origine humaine et non divine. Peu à peu, elle devient également l'amie d'Archer. Amitié, on peut le dire, grandement favorisée par la punition commune qu'ils ont obtenue à la suite d'un incident, consistant à faire du catalogage tous les deux dans le cellier de l'école. Fermé à clé. Trois soirs par semaine pendant tout un trimestre. Voilà qui arrange bien nos affaires de midinettes en émoi, toutes réjouies à l'idée d'un rapprochement entre les deux jeunes gens.

Cependant, des évènements étranges vont rapidement se produire. Les amies d'Elodie vont être une à une retrouvées inanimées, exsangues, deux points sanglants dans le cou. Jenna va tout naturellement être accusée, et Sophie va tout faire pour prouver l'innocence de son amie. Sophie va également en apprendre plus à propos de sa famille et de ses origines magiques, et apprendre qu'elle est elle-même appelée à faire de grandes choses grâces à ses pouvoirs supérieurs à la moyenne...

Prenez un livre de Meg Cabot, mixez le avec un tome d'Harry Potter, ajoutez par-dessus un soupçon de Twilight, et vous obtenez Hex Hall. Un roman léger et rafraichissant reprenant les aspects plaisants de chacun des ouvrages à succès cités ci-dessus. Ajoutons à cela une couverture vraiment soignée et attrayante, cela nous donne un mélange très divertissant d'humour, de romance et de sorcellerie. Je soupçonne l'auteure de s'être attendue aux multiples comparaisons avec les ouvrages déjà existants, car elle s'amuse à nous couper l'herbe sous le pied. Par exemple, lorsqu'un personnage nommé Cal, gardien de l'école vivant à côté de l'étang, un peu à l'écart d'Hécate, apparaît, on ne peut s'empêcher à Hagrid. Et Sophie lui fait cette réflexion : « Gardien comme Hagrid, le demi-géant barbu de l'école Poudlard ? » Un clin d'œil amusant placé sous le signe de l'autodérision.

L'histoire en elle-même ne casse pas trois pattes à un canard. Une école de magie, c'est du déjà vu, vu et revu. De même, par certains points, Hex Hall reprend quelques clichés des romans de Chick lit. L'intrigue est sans réelle surprise, et cousue de fil blanc. Mais voilà : la midinette qui sommeille en chacun de nous ne demande qu'à se réveiller ; on se laisse porter et on tourne les pages avec plaisir. On en redemande, même. Cependant, la fin en suspend m'a laissée sur ma faim, et malgré le côté déjà vu de l'histoire, je lirai la suite (en cours d'écriture)

Hex Hall - Rachel Hawkins -Albin Michel - Collection Wiz - Octobre 2010 - 13,50€

mardi 7 décembre 2010

L'Ange Blond


Avec L'Ange Blond de Laurent Poujois, les éditions Mnémos nous ont peut-être offert un nouvel auteur prometteur et une nouvelle héroïne de fiction française qui restera dans les annales...
Mais raison gardons : de quoi est il question ?
Imaginez une France et une Europe sur lesquelles Napoléon et sa famille n'ont jamais relâché leur emprise.
Dans cette uchronie pas si futuriste que ça, Aurore est une une ancienne membre de la Légion, la plus prestigieuse force armée d'Europe, et depuis officie comme DJ hype et discret, aux commandes d'une technologie biomécanique appelée les biônes.
Considérée comme réfractaire à la discipline et dangereuse, elle est néanmoins recrutée officieusement par l'Empire pour mener à bien une mission d'infiltration qui doit empêcher la chute de la maison de l'Aigle...

L'Ange Blond est un thriller géopolitique bourré d'actions, avec tous les éléments classiques du genre en présence - technologie, sexe, terrorisme, fascisme, argent, pouvoir, trahison. Laurent Poujois ne crée pas à proprement parler une oeuvre originale, mais il maîtrise son sujet et son uchronie napoléonienne se base sur des bases historiques solides. On y croit, et c'est le principal.
Je ne suis pas resté scotché au livre, ni le cul par terre à sa lecture, mais on ne s'ennuie pas le moins du monde et l'histoire, même si parfois on souhaiterait qu'elle soit moins foisonnante de détails inutiles, se suit très bien et comporte son lot de rebondissements.

Un début qu'on souhaite donc prometteur, comme je disais, et j'attends
de voir ce que l'auteur pourrait faire d'encore mieux !

L'Ange Blond
Laurent Poujois
Mnémos
19.90€

(prologue téléchargeable ici)