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mercredi 15 avril 2009

Lost in the supermarket : Que notre règne arrive de J-G Ballard

Chaque écrivain a ses obsessions. J-G Ballard peut-être plus que d’autres. Consumérisme, omnipotence des médias, asservissement des masses sous la coupe d’une élite pervertie et cynique, néofascisme plus ou moins assumé des sociétés modernes figurent parmi celles-là. Le problème avec les obsessions est qu’elles sont parfois sourdes aux évolutions des objets sur lesquels elles se fixent.

Le théâtre de l’intrigue de Que notre règne arrive est le centre commercial tentaculaire d’une banlieue londonienne livrée à une poussée de violence extrême, raciste et aveugle. A la suite de l’assassinat de son père, un publiciste se retrouve impliqué dans un complot qui vise à restaurer l’ordre de cette banlieue en jouant sur les plus bas instincts de ses habitants, consuméristes quasi « zombifiés ». Conçu presque comme une sorte de huit-clos qui trouvera son apogée dans un siège sanglant, le récit met en scène une bande de notables (psychiatre, médecin, avocat, flic,…) dont les rôles respectifs et les motivations, comme ceux du personnage principal embarqué avec eux – malgré lui ? – dans cette machination, resteront jusqu’au bout troubles et ambivalents.

En dépit d’un récit et de personnages maitrisés, l’exercice de critique sociale à laquelle J-G Ballard souvent excelle paraît ici un peu daté. (J’ai souvent pensé en le lisant au film Dawn of the dead de Georges Romero qui évoquait déjà, en 1978, certains de ces thèmes avec autant sinon plus d’acuité.) C’est peu dire par exemple qu’en 2009 l’association hooliganisme-fascisme parait un rien superficielle si l’on ne pousse pas plus loin l’analyse. Si les dérives que Ballard souhaite évoquer sont efficientes, sans aucun doute, dans nos sociétés, j’aurais aimé qu’il décrypte plus avant les mécanismes sociaux et politiques complexes qui sont en jeu. Faute de quoi, loin d’être un mauvais roman, Que notre règne arrive reste en demi-teinte dans l’œuvre conséquente de cet auteur important.

Traduit de l’anglais par Michelle Charrier, 476p, Denoël / Gallimard-Folio.

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