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lundi 5 août 2013

Rentrée Littéraire 2013 - 1ère partie: Les Disparus de Mapleton (Tom Perrotta), Intermède (Owen Martell) & La Saison de l'ombre (Léonora Miano)

Hello guyz & girlz. Six mois, le plus long hiatus depuis la création de ce blog. Je n'ai pas arrêté de lire, loin de moi cette idée. Manque de temps, manque d'envie, fainéantise et surtout je renégociais mon contrat. Pendant tout ce temps, j'ai lu (liste non exhaustive) le dernier Irving, une curiosité appelée On ne boit pas les rats-kangourous d'Estelle Nollet (conseillé par une cliente il y a.... quatre ans), Le Secret de Jasper Jones de Craig Silvey, Famille Modèle, d'Eric Puchner, La Ballade de Gueule-Tranchée de Glenn Taylor, Le Trésor de la baie des Orques de Kenneth Cook, La Rivière noire d'Arnaldur Indridason, L'Homme qui ne comptait pas les jours d'Alberto Cavanna, American Gothic de Xavier Mauméjean Pickpocket de Nakamura Fuminori, Le Grand Ordinaire de Jeremy Chambers et le fameux La Vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker... voilà c'est ceux dont je me souviens là, comme ça, et, sans vous raconter le contenu de chacun ni me lancer dans des critiques, même brèves, je vous les conseille tous (je ne cite pas ce que je n'ai pas aimé). Si vous ne faites pas confiance sur parole, tant pis pour moi.

A l'occasion de la rentrée littéraire qui approche, je vais changer un peu ma façon d'écrire mes articles. Chacun d'eux sera un tir groupé de trois romans, classé par ordre de préférence décroissant, et je dirai mon avis même s'il est négatif (d'habitude, pour ceux qui ne le savent pas, je ne parle que des bouquins que j'ai aimés). Ce qui ne m'empêchera pas, si j'en ai envie, de faire des articles individuels sur des titres, plus anciens, qui ne rentrent donc pas dans le cadre de la rentrée. Voici donc la première partie de cette série que j'espère continuer au moins jusqu'à novembre. J'ignore encore combien j'en ferai exactement (partons sur cinq pour l'instant). Ma lecture des romans chroniqués n'est pas définie par quelque ligne de conduite que ce soit, elle dépendra parfois de circonstances propres au métier de libraire. Ceci dit je tiens à préciser que je suis surtout mes envies quitte à créer un déséquilibre parmi les éditeurs. La fréquence de mes chroniques sera aléatoire et dépendra du temps que je prends à lire chaque série de trois.

Les Disparus de Mapleton (Titre original: The Leftovers) de Tom Perrotta:

Un 14 octobre, des millions de gens ont disparu soudainement, sous les yeux de leurs proches ou de leurs amis. D'un claquement de doigt. Cet événement bizarre mais traumatisant laisse ses traces dans cette petite ville américaine de Mapleton. Le roman en raconte les conséquences respectives de plusieurs personnages dont le maire Kevin Garvey et les membres de sa famille: Tom, le fils, Jill, la fille, et Laurie la mère.

Comme on peut s'y attendre, le Ravissement a inspiré les fanatiques religieux et beaucoup pensent à une intervention divine. Mais la question se pose: qui est puni? Ceux qui ont disparu ou ceux qui sont restés (d'où le titre original, marrant le changement de perspective qu'implique le titre français)? Ainsi ce Révérend qui fouine sans scrupules dans la vie des disparus et qui imprime une gazette révélant toutes leurs actions immorales, cette secte des Coupables Survivants qui prend de l'ampleur ou ce père qui, suite à la disparition de son fils, fonde lui aussi une secte dans laquelle Tom sera enrôlé.

Pour tous ceux qui s'attendent à et ne veulent que de la SF ou du fantastique (même si c'est Fleuve Noir qui le publie), ce roman n'est pas pour vous. Le Ravissement n'est qu'une ficelle, un jeu de l'esprit qui n'aura jamais aucune explication. Ce n'est pas la raison pour laquelle je déconseille Les Disparus de Mapleton. J'ai lu la première moitié en me disant que sans être exceptionnel, le bouquin avait de bonnes choses, qu'il fallait avancer pour que l'intérêt du lecteur soit happée dans une intrigue progressive mais efficace. Mais non. J'ai perdu toute empathie avec les personnages à partir du troisième quart et j'ai laborieusement avalé les cent dernières pages, juste histoire de le terminer. Entre les couples qui se séparent, ceux qui se forment, l'organisation dans tous ses détails de la vie des Coupables Pénitents et une intrigue qui s'écoule dans la banalité, Les Disparus de Mapleton s'avère au final plutôt insipide malgré une ou deux révélations finales censées choquer les esprits. 

Une série télé arrive bientôt sur la fameuse chaîne américaine HBO, avec notamment Liv Tyler.


Intermède (Titre original: Intermission) de Owen Martell:

Où il est question de Bill Evans, pianiste que les amateurs de jazz connaissent sans aucun doute. Ceci n'est pas une biographie ou un roman ayant la prétention de raconter toute la vie du musicien. Il s'agit plutôt de quatre tableaux, quatre séquences, quatre parties du roman raconté d'un point de vue différent: Harry, le grand frère, Marie, la mère, Harry Senior, le père et Bill Evans lui-même.

Le roman commence après le décès, suite à un accident de la route, de Scott LaFaro, bassiste du Bill Evans Trio et l'on voit les conséquences sur un Bill qui s'est toujours montré énigmatique et distant avec ses proches.

Je connais trop peu la vie de Bill Evans pour avoir été pleinement réceptif aux résonances créées par Owen Martell. Cependant, j'ai été touché par une certaine mélancolie et une poésie qui, même si elle ne fait pas mouche à chaque coup (l'auteur laisse parfois l'impression de s'écouter écrire), rappelle avec subtilité l'aspect feutré d'un morceau de Bill Evans, pudique, tout en douceur...

La Saison de l'ombre de Léonora Miano:  

Première place du podium pour ce roman dépaysant et envoûtant. Tout comme dans le roman de Tom Perrotta, il est question d'une disparition. Dans ce village africain appartenant au clan Mulango, douze hommes se sont volatilisés après un incendie. Pour éviter que la tristesse des femmes dont les fils ont disparu se propage dans le village, Ebeise, qui a beaucoup d'influence en tant qu'épouse du chef spirituel, propose de les isoler dans une case à l'écart des autres.

Après trois semaines, voyant que les douze hommes ne reviennent toujours pas, Mukano se décide à rendre visite à la tribu voisine, les Bwele. Il ignore que son frère Mutango l'a devancé. L'une des femmes enfermées, Eyabe bravera les tabous de son clan et partira elle aussi à la recherche de son fils. Chacun de son côté va découvrir une vérité dont l'ampleur les dépasse.

Le lecteur est en submersion dans cette Afrique imprégnée de croyances, de rituels dont le village est un microcosme. Léonora Miano nous raconte une histoire tout en nous rappelant certains détails aux sources de l'esclavage: les africains ont aussi été déracinés à cause de complicités entre les esclavagistes et les tribus les plus puissantes. Servi par une écriture originale et hypnotique, La Saison de l'ombre atteint l'universel sans artifices ni concessions. Nous sommes là à l'origine d'une tragédie historique et humaine, un triste point de départ que plus rien ne peut rattraper. Je suis certain que ce roman figurera sur plusieurs liste de prix, il est du calibre pour un Prix Goncourt des Lycéens par exemple (Note du 15/11: il a obtenu la Prix Femina 2013).

-The Leftovers/Les Disparus de Mapleton, Tom Perrotta, Fleuve Noir, sortie le 22 août 2013. Traduit de l'américain par Emmanuelle Ertel (qui a été, pour l'anecdote, ma directrice de recherche lorsque j'étais en Maîtrise à Paris VIII, il y a une bonne dizaine d'année maintenant. Je la salue, si elle tombe là-dessus.)
-Intermission/Intermède, Owen Martell, Autrement, 17€. Traduit de l'anglais (Pays de Galle) par Robert Davreu.
-La Saison de l'ombre, Léonora Miano, Grasset.

2ème Partie
3ème Partie
4ème Partie
5ème Partie
6ème Partie
7ème Partie
8ème Partie
9ème Partie
10ème Partie
11ème Partie

2 commentaires:

kimia kimia a dit…

La première place du podium sera définitivement ma prochaine lecture.

Gilmoutsky a dit…

Un merci tardif pour votre commentaire! Avez-vous pu le lire depuis? En tout j'étais ravi qu'il obtienne le Prix Femina cette année.