Réfractaire à la marche du monde autant qu'altruiste et débonnaire, Eric Dolphy amortit ses peines en musique, sur scène ou en studio, sans jamais, ici comme là, se trouver à l'abri de l'anxiété. Alors, assis entre Charles Mingus et Dannie Richmond, il se peut qu'il ait l'air de ne pas attendre simplement le tour de son solo, mais plutôt d'être ailleurs, à l'affût d'un moyen d'échapper à un genre de préoccupations contre lesquelles les distractions même remarquables ne peuvent pas grand-chose. Le doute, quand il est authentique, ne se laisse pas facilement récupérer. Pour s'en sortit, Eric Dolphy ne voit que le jeu, qu'il tienne de la pratique en solitaire ou de l'exhibition. Pas dupe quant aux réponses apportées par la musique, tout simplement charmé par elles: "A peine écoutez-vous de la musique que c'est déjà fini, qu'elle est déjà partie, elle est dans l'air, pas moyen de remettre la main dessus", dira-t-il. Dans un monde d'illusions, pourquoi ne pas croire à la liberté de la musique, au développement autonome d'un art impossible à capturer? L'essentiel étant moins, pour le créateur qu'est Dolphy, de consigner en répertoire chaque note que lui suggère son inspiration, que d'échapper, ne serait-ce que le temps de sa pratique, aux contingences d'un monde où, pour être prise en compte, toute chose doit peser.
Eric Dolphy, Guillaume Behomme, Le Mot et le Reste, coll. "Formes".
"Rana Toad", ça se mange?
Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!
lundi 30 mars 2009
La fabrication du consentement ; ou ce qui ne suinte pas de votre télévision

Publié en 2008 chez Agone, voici l'édition revue et augmentée de La fabrication du consentement, ouvrage de Noam Chomsky et d'Edward Herman initialement paru en 1988 aux Etats Unis.
Vous trouverez dans ce livre une analyse très détaillée (citant ses sources, ce qui n'est pas toujours le cas sur ce type de sujet) d'un modèle de propagande actuel. A travers l'examen du système médiatique américain, les auteurs tentent de démontrer de quelles manières, le pouvoir et l'argent arrivent à sélectionner et à filtrer l'information qui nous parvient.
Loin de l'habituelle théorie du complot (où tout repose sur des témoignages de prétendus experts qui n'ont, à mon sens, pas d'avantage de crédibilité que les personnes et les faits qu'ils incriminent), ce livre analyse la couverture médiatique qu'ont eu certains événements historiques en les comparant et en les remettant dans le contexte politique de l'époque.
Il ne s'agit pas de dire "On nous cache la vérité", mais d'essayer de mieux comprendre comment est construit et fonctionne le monde des médias aujourd'hui aux Etats-Unis. (Mais en Europe heureusement ça n'a rien à voir ; c'est la transparence la plus totale, l'intégrité et la liberté à l'état pur, et à tous les niveaux... Ouf !).
La fabrication du consentement - Noam Chomsky & Edward Herman - Agone - 2008 - 28€ - 9782748900729
dimanche 29 mars 2009
Anita Blake
La série Anita Blake ressort enfin en France chez Milady/Bragelonne avec de nouvelles traductions après des mésaventures chez Fleuve Noir! Vous allez pouvoir enfin découvrir l'auteure qu'a plagié sans vergogne Stephanie Meyer!Plus violent, plus fouillé au niveau de l'exploration de l'univers fantastique dans le quel les vampires, loups garous, zombies, magiciennes vaudou et autres ne sont pas de simples accessoires mais les cœurs de querelles de pouvoir ancestrales qui "vampirisent" peu à peu l'héroïne, petit brunette nécromancienne humaine travaillant pour un détective privé au départ, et plus érotique, voir les passages en focalisation interne qui nous font ressentir autant ses pulsions sexuelles que son égarement sensorielle lorsqu'on tente de l'envoûter.
Une série de 17 volumes plonge dans un monde sans concessions qui explore autant l'évolution de la psyché de son héroïne au grès de ses enquêtes jusqu'à sa totale déshumanisation , que les contradictions de sa vie sentimentales entre Jean-Claude le maître vampire fort séduisant et intellectuel et Richard le loup garou prof de littérature à la fac locale que dans les luttes d'influences ancestrales dans la ville de Saint Louis.
Le titre de chaque tome est le nom du bar ou de la boîte autour duquel se concentrera l'intrigue.
Pour les résumés de chaque tome (désolé mais c'est vraiment trop long à décrire ici).
Programmation des sorties chez l'éditeur:
Plaisirs coupables, La Cadavre rieur, Le Cirque des damnés, en mars.
Lunatic café, avril.
Squelette sanglant, mai.
Dans mortelle, juin.
Offrande brûlée, juillet.
Lune bleue, août. Tous en poche à 7/8 euros.
La suite en grand format n'est pas encore annoncée.
Ne pas se fier aux couvertures il s'agit d'une série bien plus profonde qu'il n'y parait!
vendredi 27 mars 2009
Umbrella Academy - La Suite Apocalyptique

Voici enfin traduite la petite dernière sensation qui a agité le monde de la BD américain cette année ! Sur un scénario délirant du leader de My Chemical Romance Umbrella Academy nous fait suivre de façon chaotique et volontairement raccourcie (la série semble être friande de flash-backs) l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte de 7 enfants nés le même jour au même moment, et tous affublés de pouvoirs.
La série commence avec l'enterrement du Monocle, leur père adoptif (génie sociopathe extraterrestre) que peu d'entre eux aimaient encore, mais qui a fait d'eux une super-équipe de héros lorsqu'ils étaient enfants. Equipe qui va bien entendu se reformer sur le tas, malgré les dissenssions, malgré les rancoeurs, pour sauver le monde, encore.
Portée par un dessin très dynamique à la Mignola, les aventures de l'Umbrella Academy se lisent d'une traite, et accrochent le lecteur grâce à un cocktail assez improbable mais très efficace :
des situations aventureuses résolument pulps ("un poulpe géant du Pacifique Sud veut se venger d'un fabriquant de peluches qui a raté sa figurine") et souvent très drôles; et des héros qui font tous partie d'une même "famille" dont ils ne sont ni frères ni soeurs et dont personne n'a de réels bons souvenirs, hantés par le personnage du père mort qui les écrase de sa toute-puissance machiavélique.
A ce niveau la présence du père mort qui les a réunis et qui continue à les perturber est magnifiquement réussie, aidée en cela par un personnage de "mère", et bien, qu'il faut voir pour le croire et qui rajoute encore au glauque de la situation. Ces fabuleux héros nous semblent, au final, pitoyables, désagréables, fous ou au mieux sacrément dérangés. Et en cela la série est d'autant plus savoureuse puisque ces héros nous ressemblent.
mercredi 25 mars 2009
Elle a l'air sympa, la librairie
Hamida Ben Sadia en dédicace à la Cabane le vendredi 13 mars.
http://www.humanitv.fr/videos.html?task=videodirectlink&id=38
Itinéraire d'une femme française: Clamart, Bab-El-Oued, Epinay-Sur-Seine, Bourrin (Sodis), 19€.
Il nous reste quelques exemplaires en stock.
Librairie La Cabane à Livres
75 avenue Pierre Larousse
92240 Malakoff
tel/fax: 01 46 55 41 99
lacabanealivres@orange.fr
http://www.humanitv.fr/videos.html?task=videodirectlink&id=38
Itinéraire d'une femme française: Clamart, Bab-El-Oued, Epinay-Sur-Seine, Bourrin (Sodis), 19€.
Il nous reste quelques exemplaires en stock.
Librairie La Cabane à Livres
75 avenue Pierre Larousse
92240 Malakoff
tel/fax: 01 46 55 41 99
lacabanealivres@orange.fr
Godzilla chez les yakuzas

La maison aux fenêtres de papier
Thomas day, Folio SF, 9782070359202
Sadako est une femme-tigresse. Elle a été "élevée" par Nagasaki Oni, démon et chef yakuza en concurrence avec son frère et rival Hiroshima Oni. Entre elle est son "tuteur" demeure une relation malsaine de soumission et de viol, de laquelle est né un fils. Après avoir été forcée de tuer son maître, Sadako va s'efforcer de retrouver son fils détenu par Nagasaki Oni.
Que ce soit clair : cette lecture a été une grosse déception! Après une introduction assez agréable dans un univers médieval fantastique asiatique, l'histoire à proprement parler commence. Mais le hic, ce n'est pas l'histoire... Thomas Day habitué à nous fournir des textes de grande qualité en tant qu'éditeur, je m'attendais à la même rigueur chez l'auteur.
Hé bien non. Le style, bien qu'alambiqué par moments, me fait plus penser à un roman gore pornographique entrecoupé de passages d'un "Que sais-je?" sur les yakuzas. Si l'action est bien menée, les scènes "érotiques" sont écœurantes pour certaines, et en tout cas ridicules, omniprésentes et ne servent pas le récit.
Même si le dernier chapitre sauve les meubles, je ne saurais que vous conseiller de vous abstenir d'acheter ce petit poche pourtant bien joli.
La mort, j'adore !

La mort, Jadore !
, Alexis Brocas, editions Sarbacane, 9782848652634.
C'est par hasard que je suis tombé sur ce bouquin, lisant assez peu de jeunesse.
Clémence est une adolescente tourmentée : grosse, boutonneuse, métalleuse et rejetée. Une parmi tant d'autres me direz vous, jusqu'à cette soirée où, pour s'intégrer, elle absorbe une quantité d'alcool telle qu'elle se retrouve inconsciente, la tête dans la cuvette des toilettes...
C'est alors qu'elle se souvient. Elle n'est pas comme eux. Elle n'est pas humaine. C'est une démone infiltrée dans ce monde pour servir le Mal! Et pour l'aider elle dispose de nombreux pouvoirs, par exemple celui de transformer sa pire ennemie Elodie en sa bimbo zombie personnelle, avide de chair humaine!
On ne s'ennuie pas une seconde dans ce livre de la collection EXPRIM'. La narration est superbement menée, et on y croit jusqu'au bout. Nous suivons le cours des pensées de clémence comme si elle nous parlait directement et les tournures du texte prêtent souvent délicieusement à sourire.
A mon avis difficile à conseiller pour des parents, car pas très politiquement correct, ce livre devrait pourtant trouver sa place entre les mains d'ados de 15 - 16 ans soucieux de se venger des misères que leur inflige l'humanité...
A vos porte-feuilles!
mardi 24 mars 2009
Interview et vidéo d'Anne-Marie Métailié.
http://www.evene.fr/livres/actualite/anne-marie-metailie-edition-1880.php
http://www.evene.fr/celebre/biographie/anne-marie-metailie-40862.php?video
Pour rappeler à certains d'entre vous qu'Anne-Marie Metailié avait eu la gentillesse de nous accorder 3 heures plus qu'agréables en sa compagnie, à l'INFL, il y a quelques temps maintenant. Donc en guise de remerciement en différé...
On avait eu aussi la formidable visite de Marc de Gouvenain avant la grande déferlante Millénium et la très sympathique équipe de Verticales. Sans oublier P. P.!...Ah ces trois heures creuses passées à attendre, "unforgettable" comme dirait Nat King Cole... moi, rancunier? Au moins on avait eu une bonne excuse pour glander, l'invité n'est jamais venu.
J'ai aussi ajouté un lien complémentaire à mon article sur Des Nouvelles du Mexique.
http://www.evene.fr/celebre/biographie/anne-marie-metailie-40862.php?video
Pour rappeler à certains d'entre vous qu'Anne-Marie Metailié avait eu la gentillesse de nous accorder 3 heures plus qu'agréables en sa compagnie, à l'INFL, il y a quelques temps maintenant. Donc en guise de remerciement en différé...
On avait eu aussi la formidable visite de Marc de Gouvenain avant la grande déferlante Millénium et la très sympathique équipe de Verticales. Sans oublier P. P.!...Ah ces trois heures creuses passées à attendre, "unforgettable" comme dirait Nat King Cole... moi, rancunier? Au moins on avait eu une bonne excuse pour glander, l'invité n'est jamais venu.
J'ai aussi ajouté un lien complémentaire à mon article sur Des Nouvelles du Mexique.
Pas forcément de libraires mais une belle perle tout de même.
Une dame, la cinquantaine avec un accent 16ème très prononcé me répond quand je lui propose un sac:
"Oui, je veux bien parce qu'après je vais faire mes courses à Ed. "
Bon, bien sûr, écrit, on perd un peu, mais je vous assure que ça fait son petit effet.
"Oui, je veux bien parce qu'après je vais faire mes courses à Ed. "
Bon, bien sûr, écrit, on perd un peu, mais je vous assure que ça fait son petit effet.
dimanche 22 mars 2009
The Three Amigos: L'Inconsciencieux de William Blondel
L'inconsciencieux, ce mot n'est pas dans le dictionnaire. Ah bon? Je croyais. C'est un mot-valise oxymoré. Hein? L'amalgame de deux mots aux significations opposées (inconscient et consciencieux), constituant ainsi un troisième mot qui n'est pas reconnu mais, la réalité étant plus complexe qu'une liste de définitions
, oh et puis vous connaissez la license poétique, hein? Mais l'histoire?
, oh et puis vous connaissez la license poétique, hein? Mais l'histoire?Jinn approche inexorablement de la trentaine et envisage difficilement un avenir radieux et prospère. D'autant plus qu'à peine est-il embauché à Consultant Plus, une boîte informatique comme il en existe des centaines, que le patron se tire avec la caisse.
Alors quoi de mieux à faire que de partir en voiture à Barcelone avec deux bons potes, Ford et Jester, qui eux aussi ne roulent pas sur l'or mais avec qui Jinn est sûr de passer du bon temps? Mais très vite un auto-stoppeur, dont je ne révèlerai pas ici l'identité, leur vole la voiture, et les voici donc à chercher du boulot sur place pour pouvoir payer un billet retour à Paris. Mais la suite réserve d'autres surprises comme une certaine Susan Twiddeuleupwiddle...
Ce premier roman regorge de situations burlesques, d'un humour omniprésent (un peu trop parfois?) fait de lapalissades et de notes de bas de page. D'ailleurs, William Blondel ne cache pas son engouement pour ce procédé à la Pratchett, une de ses influences avec Douglas Adams, mais sans toutefois s'approcher une seule fois des genres où s'illustrent ces deux auteurs.
Avec leurs personnages simples et attachants, les 387 pages de L'Inconsciencieux se lisent le coeur léger et le sourire aux lèvres.
Dommage que ce roman soit condamné à une diffusion trop limitée et une couverture minimaliste. Edilivre n'éditant qu'à la commande et sans faculté de retour, vous ne tomberez dessus en librairie que par un miraculeux hasard (commande client non réclamée ou libraire passionné et prenant des risques, les deux arrivent à une fréquence plus élevée qu'on le croit, quoique...).
Mais, j'oubliais, William Blondel ne serait pas en dédicace à La Cabane à Livres , le samedi 28 mars à partir de 11h? Bah puisque je vous le dis, je le sais de source sûre.
La Cabane à Livres est au 75 avenue Pierre Larousse à Malakoff. Pour tout renseignement: 01 46 55 41 99 ou lacabanealivres@orange.fr.
L'Inconsciencieux, William Blondel, Aparis Edilivre, 21€.
The Chamber of 32 Doors: Des Nouvelles du Mexique (Métailié)

Je ne connaissais pas grand-chose de la littérature mexicaine contemporaine avant d'ouvrir ce recueil. Le nombre d'auteurs y participant ne permet certes pas de l'appréhender dans sa totalité, mais la sélection de François Gaudry suffit à en apercevoir quelques éclats. Comme il le soutient dans sa préface, nous n'avons pas affaire à "UNE littérature mexicaine, mais des écrivains mexicains singuliers". Chaque nouvelle est précédée par une brève biographie de leur auteur, où l'on peut voir à quel point beaucoup de choses restent à traduire pour le public français.
32 auteurs, 32 facettes ou 32 portes, 32 façons d'aborder cette littérature si riche et variée.
Nous sommes donc dans cette grande pièce, avec ses 32 portes, et je me propose de vous en entr'ouvrir quelques unes.
Sur la première est inscrit "Antonio Sarabia - La mousse sur la pierre". L'histoire d'un homme qui va raconter comment il a inventé de toutes pièces une relation avec une petite amie pour ne pas être harcelé par les moqueries de ses camarades. Obsédé par le besoin d'être le plus précis possible pour mieux mentir, il va être pris au piège par ses sentiments et une réalité qui va peu à peu se distordre.
Veuillez me suivre vers cette porte-là, oui celle d'Enrique Serna et sa nouvelle "La Vanité". Je connaissais cet auteur grâce au roman noir, La Peur des bêtes (Points), prétexte à une satire sur le milieu intellectuel et littéraire mexicain (je prévois également un prochain article sur le roman Quand je serai roi , également chez Métailié). Dans "La vanité", on retrouve cette méfiance envers l'élitisme éditorial. Juan Pablo, un apprenti poète envoie ses écrits à un personnage hautement respecté,Octavio Paz. Celui-ci lui répond six mois plus tard et sa lettre est plus qu'encourageante. Devant le scepticisme de ses amis et confrères, il décide d'organiser une grande fête qui aura pour clou la lecture de cette fameuse lettre. Mais sa petit fille Natalia fera innocemment son malheur...
La porte suivante, "Jorge Volpi - La Voix d'Orson Welles et le silence de Don Quichotte", n'est pas une histoire à proprement parlé, mais une sorte d'essai relatant l'obsession de Wells pour le roman de Cervantès. Il y est surtout question de l'adaptation cinématographique que le réalisateur n'a hélas jamais achevée. Très documenté et multi-référentiel, ce récit m'a donné l'envie irresistible de noter Don Quichotte, ce roman que l'on croit connaître sans avoir lu, dans mes prochaines lectures. A noter qu'il est également question de l'adaptation avortée de Terry Gilliam.
La dernière porte de ma visite guidée, "Alvaro Enrigue - Outrage", est une odyssée urbaine dans un camion ramasseur d'ordures, l'Outrageous Fortune. Un trio voguant chaque jour dans une routine qui sera brisée par une mutinerie. Originalité, humour et poésie.
Il est maintenant temps pour moi de vous laisser seuls à la découverte des autres nouvelles. Un petit conseil, ne les enchaînez pas avec précipitation. Savourez-les une par une à votre rythme et vous verrez que mes quatre préférées présentées plus haut n'empêchent certainement pas les 28 autres d'être de bonne qualité: mini-polar (Paco Ignatio Taibo II, "Les merveilleuses odeurs de la vie"), étrange (Mauricio Molina, "Toile d'araignée"), historique (Ana Clavel, "Son véritable amour") et autres genres se cotoîent pour faire (et je cite une fois de plus le préfacier) "éclater toutes les représentations réductrices".
Des nouvelles du Mexique, Métailié, 13€. Traduction collective de l'espagnol par François Gaudry, Bertille Hausberg, Danielle Zaslavsky, Claude Couffon, René Solis, Gabriel Iaculli, André Gabastou, Nelly Lhermillier, Liliane Hasson et Marianne Millon.
Tete de gondole - Christophe Rioux
Ils sont très forts et le marketing est leur arme absolue Les produits partaient à l'assaut de l'univers Standardisés Diversifiés Segmentés Des produits uniformisés pour un goût Fabriqué Aiguillé Suggéré Mondialisé Le viol des foules Ah mon vieux Tchakhotine si tu savais comme tout est sous contrôle Même les régimes les plus autoritaires n'auraient pu rêver mieux Ils sont devenus très forts Ils ont appris Les études de marché Les études de motivation Des Echelles Likert et consorts Des Pyramides Maslow et sa clique Des diagrammes Des schémas Des modélisations Des projections Notre inconscient disséqué tous les jours Achat d'impulsion Des prix Des prix fous Des prix ronds Magiques Des prix d'appel à la pelle pour ferrer le poisson
Ils ont des milliers d'hameçons luisants pour nous appâter
Ils ont des océans comme terrain de jeu Comme terrain de chasse
Ils sont de toute façon très forts Je connais leurs secrets
J'étais comme eux
Tête de gondole - Christophe Rioux/ Flammarion 19€
Ils ont des milliers d'hameçons luisants pour nous appâter
Ils ont des océans comme terrain de jeu Comme terrain de chasse
Ils sont de toute façon très forts Je connais leurs secrets
J'étais comme eux
Tête de gondole - Christophe Rioux/ Flammarion 19€
vendredi 20 mars 2009
Tralaland - Libon

Déjà auteur de deux tomes de Jacques le petit lézard (lisez, c'est plus drôle que Tintin), Libon est un auteur-dessinateur de qualité qui ne se commet que trop rarement à sortir un album.
Véritable bouffée de rire et de tendresse, Tralaland (Bayard BD) nous raconte l'histoire d'un petit garçon qui disparaît soudainement de son jardin alors qu'il jouait aux pirates avec ses copains. Il se retrouve bizarrement téléporté à Tralaland, le monde joyeux des fleurs qui chantent, des loups gentils, des professeurs sans tête, des avions qui roulent et des insectes qui font des écharpes.
Le dessin expressif et chaleureux de Libon colle à merveille à cette très drôle et très belle série d'histoires qui ravira petits et grands.
Car on ne le dit jamais assez, bande de moule-à-gaufres : les adultes doivent aussi lire des livres pour enfants, nom d'une pipe en bois.
La mandragore
Ce petit recueil se compose de 4 nouvelles fantastiques de Jean Lorrain, écrivain décadent du 19ème siècle. La thématique centrale reste l‘horreur animale. La première nouvelle, éponyme au recueil, nous conte l’histoire d’une reine qui accouche d’une grenouille. Bien sûr, le roi fait tuer la grenouille et c’est cet événement qui plongera la reine dans une sorte de torpeur à mi-chemin entre rêve et folie. Cruauté sur fond de paysages étranges et oniriques; entre féerie noire et mélancolie nocturne, avec une pointe de grotesque.Les 3 nouvelles suivantes restent dans une ligne plus classique du fantastique mais n’en sont pas moins divertissantes et toujours quelques peu étranges.
Ce recueil nous offre donc une belle ballade dans un univers féerique dont l’horreur fait partie intégrante.
Jean Lorrain, Editions Le chat rouge, 2005
mercredi 18 mars 2009
Au-delà du rock, La vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70

Déjà auteur de L'Underground musical en france, Eric Deshayes brosse le portrait protéiforme de la scène allemande des années 70. A travers les portraits d'artistes aussi différents que Amon Düül, Cluster, Exmagma, Kraftwerk (à qui un ouvrage est consacré chez Camion Blanc) ou Mythos!.
De la Folk, à l'électro aux expérimentations électronique il consacre d'abord une notice aussi courte que précise et instructive à chaque groupe, puis à chaque producteurs et managers, ainsi qu'aux personnages influnents de la scène et aux différents labels. Il conclue par un chapitre sur les héritiers de ses différents styles musicaux.
Un ouvrage passionnant pour découvrir des groupes dont on ne parle pas vraiment dans les médias, bien qu'essentiels à replacer dans l'histoire culturelle européenne. Les notices courtes permettront aux néophytes de ne pas se perdre dans trop de détails.
Eric Deshayes, Editions Le Mot et le reste, collection Formes, 2007.

Dans la même collection Musiques expérimentales, Une Anthologie transversale d'enregistrements emblématiques de Philippe Robert.
Plus orienté vers un public plus expert car il sagit d'une succession de courtes notices classées par ordre chronologique d'enregistrement avec les couvertures des vyniles mais beaucoup plus pointues.
Japan Ai - Trois copines au Japon
Aimee Major Steinberger, journaliste californienne pour le Haute Doll Magazine nous offre son carnet de voyage d'amoureuse du japon. Ouvrage hybride entre guide de voyage, journal intime et bd. Elle nous raconte ses visites de monuments, son shopping et la visite de son fabricant de poupée préférée!Guide éclairé des particularités culturelles des bars à thèmes(Maid bar ou "monstres et prison") aux inévitables boutiques de jeux vidéos, des cyber café avec couchettes pour employés ne pouvant rentrer chez eux aux boutiques dans lesquelles on peut être pris en photo déguisé en Maiko (apprentie Geisha), des comédies musicales insupportables aux discutions enflammées entre cosplay girl dans les bars!
Un ouvrage aussi humoristique que culturel pour découvrir le japon par le regard d'une fan amoureuse de poupée, de jeux vidéos et de J-pop!Les néophytes, comme moi, trouverons à la fin un lexique bref mais très instructif, ainsi que toutes les adresses sitées!
Premières pages
Aimee Major Steinberger, Taïfu Comics, février 2009.
lundi 16 mars 2009
Short Cuts & Little Earthquakes: Les Grands espaces de Fabien Pichon

L'exercice de la nouvelle est périlleux. Peut-être que le pire pour un auteur c'est d'entendre un lecteur dire, une fois la nouvelle lue, "Et alors?", ce qui peut être interprété comme une frustration ("C'est tout? Il y a rien d'autre ensuite?") ou le manque d'incompréhension ("Mais où voulez-vous en venir?"). C'est exactement ce que je me disais quand j'ai lu mes premières nouvelles de Raymond Carver à l'université. Bien sûr, les cours de littérature américaine étaient là pour expliquer et les subtilités étaient révélées. Mais quand j'ai voulu comprendre par moi-même en enpruntant un recueil de Carver, rien à faire, ça restait un peu hermétique (j'ai souvent été tenté de surnommer Carver "Monsieur Tupperware"). Peut-être qu'il faudrait m'y replonger, ce n'est peut-être qu'une question de bagage culturel.
J'ai laissé derrière moi quelques extraits des nouvelles de Fabien Pichon, une sorte d'avant-goût à mon article. J'espère qu'ils n'ont pas eu le mauvais effet d'une bande-annonce qui révélerait les meilleurs passages, gâchant ainsi toute surprise.
La première nouvelle que j'ai lue des Grands espaces, "L'Agneau" m'a laissé une impression de plénitude, elle se suffit à elle-même. On appréhende cette tranche (no pun intended) de vie dans son intégralité et sa fin interrogative, paradoxalement, n'appelle pas de réponse. Je me suis donc procuré l'ouvrage pour voir si je pouvais retrouver la même chose dans les autres récits.
"L'agneau" est précédée de ce que les Anglo-Saxons appellent une short-short-story, seules quelques lignes sensées dire beaucoup. "Gravitations" se lit et se relit, un sourire au lèvres, car, homme ou femme, cette situation peut arriver plusieurs fois par jour à n'importe qui. Une autre short-short-story, intutilée "Tous les matins près de toi", montre la même ironie en seulement trois lignes courtes.
Une "trilogie" (selon l'auteur lui-même une "trilogie familiale tragi-comique mais pas seulement, heureusement") faitse de souvenirs d'enfance autour d'un monsieur catastrophe en guise de figure paternelle, nous raconte tour à tour la visite d'un bar d'un enfant de cinq ans ("Courage!), un voyage en Italie écourté ("Kojack") et une visite aux Urgences (hélas, sans Carol Hattaway et "ses adorables frisettes").
Beaucoup de ces nouvelles parlent de l'absence et de ses conséquences ("L'ampleur du désastre", "Une Toile de Hopper", "Des pas sur le graviers"), d'amours perdus et presque retrouvés ("Belle de jour", "Rechute" et son ambigu heel turn, expression issu d'un jargon peu approprié mais c'est à quoi j'ai pensé à la lecture de cette dernière) ou de choix radicaux faits par des gens ordinaires ("Les Grands espaces", "Le Grand saut").
Le dénominateur commun de tous ces petits séismes ou "frémissements" intérieurs est cette écriture que l'on sent hantée par un certain perfectionnisme qui touche sa cible la plupart du temps (voir les extraits recopiés dans la catégorie "Citations"), mais qui, rarement, m'a laissé perplexe (la deuxième partie de "L'envers du décor" en est l'exemple le plus représentatif à mes yeux). Les dialogues sont simples et sans fioritures ni répliques que l'on sent parfois forcées ailleurs. La poésie mélancolique qui imprègne le recueil nous éloigne de cette mode trash-intello complètement inutile qu'on a la malheureuse occasion de lire parfois.
Une mention spéciale pour "Rendez-vous", le quoditien urbain et ses mystères, et surtout "Une Toile de Hopper", tout simplement bouleversante.
Il aurait été préférable que ce recueil soit édité par un éditeur un peu plus suceptible de bénéficier d'une meilleure diffusion.
Je tiens à préciser que cet article est très particulier, puisque j'ai eu la chance de correspondre avec l'auteur (qui sera certainement l'une des premières personnes à le lire...) et que je me suis beaucoup aidé de cet échange de mails pour la rédaction de ces lignes. On aura même peut-être la chance de voir apparaître d'occasionnels articles et interventions puisque Fabien Pichon a accepté mon invitation pour être contributeur.
Pour de plus amples informations, visitez donc sa page Myspace: http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewProfile&friendID=427765849
J'ai toutefois une dernière question à adresser à Fabien, désespérément tiraillante, y a-t-il vraiment un "c" à "Kojack"?
Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan, 16€.
dimanche 15 mars 2009
samedi 14 mars 2009
Somewhere in time
A condition qu'on se postât sur le balcon, on donnait en bas à droite, de l'autre côté de la rue, sur la maison d'un vieillard un peu branque, un endroit hors du temps, délabré, un vestige brinqueballant d'une époque antérieure à toute idée de modernité. Le jardin minuscule, aride et desséché, était clôturé de fils de fer entremêlés entre des poteaux de bois grisés par le temps et les intempéries. Un tas de ferrailles, de gravats, de rebuts de toutes sortes l'encombrait, conservatoire de l'Inutile que visitaient seules quelques pousses de figuier opiniâtres. Le vieux n'y apparaissait jamais, de peur peut-être de se perdre dans cet innombale fourbi - ou d'y être trop à sa place.
"Rendez-vous", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
"Rendez-vous", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
So if you want my adress it's number one at the end of the bar
Les murs chargés d'affiches de films français d'avant-guerre renvoyaient l'écho de leurs discussions enfièvrées où il n'était question que de complots révolutionnaires, de projets littéraires fumeux, d'analyses sociologiques de haut vol ou de happenings théâtraux moins subversifs que submersibles. Tout cela avait un air de kermesse douce-amère, intemporelle. Les plus jeunes, inoffensifs guérilleeros égarés dans un mauvais remake de Pagnol, s'entre-abreuvaient avec emphase de chimères sans suspecter que, rivés au zinc, leurs aînés qui trente ans plus tôt avaient tiré les mêmes plans sur les mêmes comètes, les avaient depuis sans plus de discernement dézinguées en plein vol en un grand élan de conformisme résigné. Les prophéties s'élevaient d'un coin de la salle, scintillaient quelques instants dans le brouillard puis s'échoueraient invariablement au comptoir, immergées dans le fond d'un bock tiède et insipide.
"Vénus", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
"Vénus", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
vendredi 13 mars 2009
L'échafaud ou l'excentrique monsieur Céraste
C’est l’histoire de monsieur Céraste, critique littéraire dont le plaisir ultime se trouve dans la décapitation des auteurs à succès à travers des critiques qu’il écrit pour un magazine. Il finit par trouver des admirateurs et se faire « malmener » par l’échafaud devient une marque de reconnaissance. Ce dernier décide donc de publier ses propres livres, des compilations de ses pires critiques. Je ne dévoilerais pas la suite, mais on finit par trouver attachant ce personnage présenté comme détestable, tant ses critiques sont finalement….délicieuses! Gros éditeurs, universités, linguistique sont descendus avec talent : talent dans l’usage des mots. Car Gérald Duchemin fait parti de ces auteurs où le mot est la place centrale et dans ce cas précis, le mot sait se faire arme tranchante.Cet ouvrage est donc grandement recommandé ; parce qu’il est excellent, oui, mais aussi parce qu’on ne parle pas assez des auteurs qui ne sont pas chez ces « gros éditeurs », de ces auteurs qu'on a du mal à trouver dans les librairies, et dont le talent montre qu’il faut les soutenir plus que jamais. Oui.
Gérald Duchemin, Editions Le Chat Rouge, 2003
Ce que cachent les titres
Qui ne s'est jamais posé la question des sous-entendus culturels, politiques, personnelles ou symboliques d'un titre?Dans cet essai érudit Gary dexter raconte les anecdotes sources de grands classiques de la littérature mondiale. Que signifie le mot "République" pour Platon dans le contexte de son époque?Pourquoi l' Utopie de Thomas More a-t-il eu une réputation de véridique récit de voyage? Quel est le modèle réel d'Hamlet? Quelle est la véritable matière de la pantouffle de Cendrillon? Comment glisse-t-on d'une créature de Frankestein intelligente et érudite aux adaptations cinématographiques avec Boris Karloff? Qui sont vraiment la Dame aux camélias et Dorian Gray? Que signifie "Godot" et pourquoi la date fatidique de "1984"? Pourquoi est-ce l'orange est mécanique? Lolita est-il un plagiat d'un court récit russe méconnu? Et Winnie l'ourson est-il en fait une femelle?
Un essai passionnant nourries d'anecdotes aussi méconnues que révélatrices de la période politique, sociale et culturelle d'écriture des plus grands chef d'œuvres littéraires mondiale.
Gary Dexter, Editions [Mic_Mac], octobre 2008.
L'orage magique
Un petit garçon se retrouve bloqué sous un orage et cherche désespérément un abri... Mais un éclair magique le fait rapetisser au point de rentrer dans la coquille d'un escargot. C'est alors qu'une petite fille surgit et en récoltant les escargots le fait tomber de sa coquille! Dans un premier temps surprise elle veut elle aussi rapetisser afin de rentrer elle aussi dans la coquille mais un second éclair frappe le petit garçon et lui rend sa taille normal. Ils peuvent tous deux enfin jouer au jeu des escargots et des bisous...Un album poétique aux couleurs pastels pour expliquer aux petits le coup de foudre et les premiers sentiments amoureux!
Caterina Zandonella a gagné plusieurs prix en Italie et est aussi l'illustratrice de La Machine à tout chez le même éditeur.
Gudule, Caterina Zandonella, Editions [Mic_Mac], février 2009.
Cruel Thing
Cruel Thing est un mort vivant argentin tiraillé entre son amour pour l'humanité et sa condition de vampire. Il se doit d'apaiser sa soif dans un rituel d'amour teinté de sexe, de violence et de mort.Le dessinateur de cette bande dessinée use des contrastes entre les couleurs noir, rouge et blanche est séparée en différentes parties développement l'évolution psychologique emprunt d'érotisme, de violence , de passion et d'intangible soif. De l'agression d'une prostituée, à l'aide à la vengeance post-mortem d'une fiancée empoisonnée et trompée, de la rédemption de son fiancé, au sacrifice d'un enfant, à la descente aux enfers de Cruel Thing et sa résurrection par la déesse de l'amour et de la mort, du portrait d'un politique glissant vers le culte de la personnalité et du sexe à outrance au retour du héros par "la chair, la sueur et les larmes" et enfin son éducation par ses semblables et ses recherches identitaires à travers l'étude de la représentation de son espèce à travers la littérature, les arts, la musique et le cinéma.
Cruel Thing est une vraie mise en abyme de l'identité de vampire à travers l'exploration de la psyché du personnage éponyme qui montre sans tabou les liens entre violence, sexualité et soif autant physique qu' existentielle.
L'éditeur espagnol de ce véritable bijou gothique et spirituel est Norma, éditeur de Victoria Francés auteur de Favole, autre chef d'oeuvre de l'illustration gothique. Emmanuel Proust Editions est aussi l'éditeur De Croci (la série Dracula, Auschwitz ou Lady Tara Cornwall).
Premier chapitre
mardi 10 mars 2009
Too late to re-stage the play/The game is over
J'ai oublié tout cela pendant longtemps, arpentant des lieux comme celui-ci où tu n'as pas ta place, échangeant des regards désenchantés avec des inconnus, méprisant mon incapacité à résorber les distances et passant des heures entières à contempler un fossé toujours plus large se creuser, pelletées après pelletées, entre ma vie et ce qu'elle aurait pu être.
"Belle de jour", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
L'intense excitation brusquement dissipée, Malaparte, tout en reprenant son souffle, se rendit compte qu'il était complètement trempé. Ses chaussures et le bas de son pantalon étaient maculés d'une boue jaunâtre, son manteau pesait quelques kilos de plus sur ses épaules, et tout cela n'était presque rien à côté de son état de dislocation intérieur. Sous les huées silencieuses d'une foule de passants dont il sentit les regards instantanément converger vers lui, son corps ne lui parut plus qu'un misérable théâtre de papier mâché planté là, à la sauvette, par quelque mauvais farceur. Un théâtre à l'intérieur duquel un illusionniste sans talent et sans âme foirait misérablement tour après tour, paradant malgré tout, un sourire pathétique aux lèvres, victime de ses propres illusions. Dans la pénombre de ce décor intime délabré, sous l'éclairage souffreteux de sa conscience, se jouait la comédie de sa propre désolation, si familière, si réconfortante même, qu'il ne put s'empêcher d'éclater de rire, un rire saccadé, étouffé, une quinte de toux, l'expression même de la folie.
Il contemplait Nicole dont les fantômes protéiformes peuplaient de leurs silences les pages de son carnet, et dont aucun finalement ne ressemblait peu ou prou à celle qu'il avait devant lui. Son absence avait modelé d'elle-même des clones facétieux et inachevés, des altérations de déesses, des anomalies.
"Rechute", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
"Belle de jour", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
L'intense excitation brusquement dissipée, Malaparte, tout en reprenant son souffle, se rendit compte qu'il était complètement trempé. Ses chaussures et le bas de son pantalon étaient maculés d'une boue jaunâtre, son manteau pesait quelques kilos de plus sur ses épaules, et tout cela n'était presque rien à côté de son état de dislocation intérieur. Sous les huées silencieuses d'une foule de passants dont il sentit les regards instantanément converger vers lui, son corps ne lui parut plus qu'un misérable théâtre de papier mâché planté là, à la sauvette, par quelque mauvais farceur. Un théâtre à l'intérieur duquel un illusionniste sans talent et sans âme foirait misérablement tour après tour, paradant malgré tout, un sourire pathétique aux lèvres, victime de ses propres illusions. Dans la pénombre de ce décor intime délabré, sous l'éclairage souffreteux de sa conscience, se jouait la comédie de sa propre désolation, si familière, si réconfortante même, qu'il ne put s'empêcher d'éclater de rire, un rire saccadé, étouffé, une quinte de toux, l'expression même de la folie.
Il contemplait Nicole dont les fantômes protéiformes peuplaient de leurs silences les pages de son carnet, et dont aucun finalement ne ressemblait peu ou prou à celle qu'il avait devant lui. Son absence avait modelé d'elle-même des clones facétieux et inachevés, des altérations de déesses, des anomalies.
"Rechute", in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
Un album émouvant
Un marronnier en train de s'éteindre nous narre l'histoire dont il fut le témoin durant son éclatante jeunesse.
C'est l'histoire touchante d'Anne Franck, jeune fille de confession juive qui comme beaucoup de ses "aïeux" périra dans un camp de concentration sans raison valable.
Un livre poignant pour ne pas oublier.
Les arbres pleurent aussi
Rouergue
C'est l'histoire touchante d'Anne Franck, jeune fille de confession juive qui comme beaucoup de ses "aïeux" périra dans un camp de concentration sans raison valable.
Un livre poignant pour ne pas oublier.
Les arbres pleurent aussi
Rouergue
lundi 9 mars 2009
Les Gros
Un éditeur est important dès que sa graisse financière le classe parmi les Gros. Ces obèses de papier pèsent fort lourdement en automne, lors de la distribution des prix.
Paradoxalement, cette surcharge pondérale prédispose le Gros à toutes les souplesses. Par exemple : s’asseoir sur son honneur.
Gérald Duchemin, L’échafaud ou l’excentrique monsieur Céraste, Editions Le chat rouge, 2003, p.86-87
Paradoxalement, cette surcharge pondérale prédispose le Gros à toutes les souplesses. Par exemple : s’asseoir sur son honneur.
Gérald Duchemin, L’échafaud ou l’excentrique monsieur Céraste, Editions Le chat rouge, 2003, p.86-87
[untitled]
Un grondement de tonnerre lointain et une brise bienfaisante portant les bribes des voix du quartier émanant de la chaleur rance des maisons. Les criquets, les lucioles... Tout cela gâché par une peur qui le prend au ventre. Il en a mal aux orteils (et il renifle l'odeur familière de ses genoux comme avant chacune de ses punitions). Parfois s'il appuie assez fort sur ses globes oculaires il voit des images. Des taches rouges et des motifs d'étincelles vert émeraude, des traînées d'argent.
Enfin, il décide qu'il est temps de rentrer. Mais d'abord il va peut-être ramasser un caillou et lui donner un nom et il le gardera avec lui toute la nuit. Au moins. Et peu importe ce que son père dira. Et peu importe ce que son père fera.
Jimmy Corrigan, Chris Ware, Delcourt.
Enfin, il décide qu'il est temps de rentrer. Mais d'abord il va peut-être ramasser un caillou et lui donner un nom et il le gardera avec lui toute la nuit. Au moins. Et peu importe ce que son père dira. Et peu importe ce que son père fera.
Jimmy Corrigan, Chris Ware, Delcourt.
[rec]
Claire enregistrait tout. On la voyait apparaître au coin de de sa chambre, au détour d'un couloir, n'importe où et à n'importe quelle heure du jour. Elle portait dans ses bras ce jouet coloré qui n'était pas encore une arme, et gravait sur ces bandes magnétiques le présent, et ce qui faisait que nous l'habitions tous. Elle enregistrait les gargouillements de Léa et leurs chansons sans queue ni tête, elle interviewait le chien, elle traquait les moindres bruits du jardin, ceux de la maison, elle consignait sur ces bandes la joie du présent pour ne jamais l'oublier; mais pas l'oubli, ni l'absence.
"Une Toile de Hopper" in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
"Une Toile de Hopper" in Les Grands espaces, Fabien Pichon, L'Harmattan.
samedi 7 mars 2009
Get In The Ring: Un Goût de rouille et d'os de Craig Davidson.

Ce recueil de Craig Davidson n'est pas tout nouveau. Publié en 2006 par Albin Michel, dans la collection "Terres d'Amérique", il en a surpris quelques uns avec ces 8 nouvelles pleines d'humanité. Des personnages dont la vie quotidienne est faite de combats perdus d'avance, d'erreurs, de déceptions et de choix parfois sordides mais inévitables.
Je me contenterai de vous présenter brièvement les trois récits qui ont ma préférence:
La première nouvelle éponyme, raconte pourquoi Eddy Brown Junior se fait démolir dans des combats de boxe clandestins. En alternant adroitement sur quelques pages entre flashbacks et sa préparation à un match à venir, les deux dernières pages nous laissent le souffle coupé.
"Insomnies", où un homme vole d'honnêtes gens pendant la nuit pour payer les médicaments dont sa femme a besoin pour la soulager d'une maladie débilitante rare. Quand il est pris la main dans le sac, il se fait passer par quelque créancier et les victimes se résignent puisqu'il n'ont en effet pas pu payer certaines dettes. Jusqu'au jour où il fait la connaissance de James Paris, qui lui montrera sa lubie de recréer une série pour enfant. Une rencontre originale.
La dernière histoire de l'ouvrage est un peu plus longue que les autres et raconte comment un frère et sa soeur vont partir à la recherche de leur père magicien qui s'était volontairement volatilisé lors d'un spectacle 25 ans plus tôt. Le fils, magicien renommé mais déchu après un tour foiré devant des millions de téléspectateurs, pense qu'il peut littéralement devenir invisible, sans trucage aucun. C'est ce petit plus fantastique qui en fait à mes yeux une des meilleures histoires de ce livre.
Je vous laisse découvrir par vous-mêmes les cinq autres récits qui contiennent tous un subtil mélange de pathétique et de profondeur. Comme des rounds qui laissent quelques marques.
Un Goût de rouille et d'os, Craig Davidson, Points, 7€. Traduit de l'anglais (Canada) par Anne Wicke.
vendredi 6 mars 2009
Surveillance globale enquête sur les nouvelles formes de contrôle
Analyse du fonctionnement et des conséquences des systèmes de surveillance "moderne" cet essai a l'intérêt de lister les différents méthodes d'espionnage qu'elles aient comme but de démanteler les attentats terroristes, de réunir des informations à but commercial ou d'anticiper des comportements répréhensibles.L'auteur décrit ainsi les utilisations du "maillage électronique intégral" par le stockage des données personnelles grâce entre autres aux nouveaux réseaux sociaux à but commercial ou pour regrouper des informations sur des comportements suspects, la géolocalisation grâce aux ondes radios interceptées par des capteurs extra-atmosphérique, la vidéosurveillance ou comment à Londres on retrouve rapidement des terroristes ou des criminels grâce au dense système de caméra, l' établissement des bases de données et leurs utilisations, l'interception des communications, l'exploitation des nouvelles puces RFID et des progrès de la nanotechnologies et enfin l'orientation de la surveillance qui peut amener vers une forme dangereuse de voyeurisme ou d'exhibitionnisme.
Mais il dénonce aussi l'inutilité de certaines techniques comme l'identification des traits du visage sur une vidéo pas assez pertinent, "60% des volontaires [à une expérience d'identification] n'ont pas été reconnus", d'algorithme de captation de mail qui devrait mettre la puce à l'oreille, Richard Reid qui a tenté de faire explosé une charge cachée dans ses chaussures à l'aéroport de Miami aurait correspondu quelques jours avant dans un cyber café avec son commanditaire!
Si dans une première partie trop générale on aura peut-être l'impression de ne rien apprendre de neuf, la seconde partie regorge d'exemples très instructifs!
Extrait:
"Une sorte d'origine plus ou moins avérée du Data Mining [regroupement de données] remonterait à la mise en évidence par les magasins Wall-Mart d'une forte concordance entre achats de couches pour bébés et de bières les samedis après-midi. Les analystes comprirent que le phénomène était dû au fait que des hommes étaient souvent chargés ce jour-là par leurs compagnes de se rendre dans les magasins pour acheter les volumineux paquets. Les rayons furent réorganisés en conséquence, par une proximité entre les deux types d'articles dont les ventes augmentèrent de concert."
Eric Sadin, Editions Climats, février 2009.
Mais il dénonce aussi l'inutilité de certaines techniques comme l'identification des traits du visage sur une vidéo pas assez pertinent, "60% des volontaires [à une expérience d'identification] n'ont pas été reconnus", d'algorithme de captation de mail qui devrait mettre la puce à l'oreille, Richard Reid qui a tenté de faire explosé une charge cachée dans ses chaussures à l'aéroport de Miami aurait correspondu quelques jours avant dans un cyber café avec son commanditaire!
Si dans une première partie trop générale on aura peut-être l'impression de ne rien apprendre de neuf, la seconde partie regorge d'exemples très instructifs!
Extrait:
"Une sorte d'origine plus ou moins avérée du Data Mining [regroupement de données] remonterait à la mise en évidence par les magasins Wall-Mart d'une forte concordance entre achats de couches pour bébés et de bières les samedis après-midi. Les analystes comprirent que le phénomène était dû au fait que des hommes étaient souvent chargés ce jour-là par leurs compagnes de se rendre dans les magasins pour acheter les volumineux paquets. Les rayons furent réorganisés en conséquence, par une proximité entre les deux types d'articles dont les ventes augmentèrent de concert."
Eric Sadin, Editions Climats, février 2009.
Lettres aux ténèbres
C’est un petit roman suivi de 3 nouvelles tous sur le thème du vampire. Le point fort du recueil est l’originalité utilisée pour aborder ce thème si souvent traité : Charlotte Bousquet nous invite à suivre 2 vampires, Lazzo et Ambre, dans leur quête d’eux-mêmes. Qui sont-ils au-delà de bêtes assoiffées de sang ? Ont-ils perdus leur essence au fil du temps qui passe ? Mais ces questionnements s’adressent aussi à nous, lecteurs: qui sont ces reflets de nous-mêmes que l’on voit dans le regard des autres ? Ne sommes-nous que ce que les autres veulent que l’on soit ? Une quête de l’identité qui pousse nos 2 héros à aller au fond d’eux-mêmes et de leurs sentiments.Viennent ensuite 2 nouvelles intéressantes et distrayantes qui toujours nous emmènent dans le monde intérieur de héros vampires : solitude, amour, confiance, autant de sentiments qui nous posent toujours la même question : doit-on croire en l’autre, peut-on « partager » ?
Et pour clore le recueil, une novella intelligente dans laquelle François Villon, vampire, resurgit à notre époque à la recherche de son passé. Une lecture passionnante qui nous fait découvrir la vie du poète à travers une trame intelligemment élaborée.
Passionnante, certes, mais à la fin de ces lectures, il reste un regret, quelque chose de non achevé, comme si Charlotte Bousquet n’allait pas jusqu’au bout, comme si ses histoires auraient du se terminer autrement. Mais ceci est totalement subjectif et peut-être trouverez-vous votre compte dans ce recueil tout de même de très bon cru.
Charlotte Bousquet, Le Calepin Jaune Editions, 2008
jeudi 5 mars 2009
Entre fantasme et réalité
Jade, jeune parisienne, désire aider sa grand-mère afin d'améliorer ses vieux jours. Une vie commune originale va débuter, surtout lorsque "Mamoune" découvre que Jade écrit un livre, elle lui révèle que malgré sa situation sociale, elle lisait avec frénésie en cachette de tous; révélation qui troublera Jade.
Un roman émouvant sur les rapports familiaux et sur le temps qui passe inlassablement.
La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt chez Actes-Sud
Un roman émouvant sur les rapports familiaux et sur le temps qui passe inlassablement.
La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt chez Actes-Sud
L'Alphabet du S/M
Une jeune fille s'ennuie un soir d'été, que faire? Pourquoi ne pas chercher à entrer en relation avec un maître S/M? Le Docteur Sado impose à son esclave plus que consentante une série d'épreuve suivant l'ordre des lettres de l'alphabet! Autorité, Exhibition, Insulte, Ligotage... Caroline subit toutes les humiliations avec humour et non sans plaisir! L'initiation terminée elle deviendra à son tour dominatrice et prendra un esclave mâle auquel elle fera à son tour subir son alphabet!Jamais vulgaire ni trop extrême, l'auteur décrit un jeu ludique non sans humour entre adultes consentants et très heureux qui explore les fantasmes féminins et masculins!
Patrice Del Sado est activiste culturel, fondateur de la Librairie-vidéoclub Hors-Circuit spécialisée dans les cultures Underground, est membre-fondateur de l'Association Célia Bleue. et fondateur du fanzine New Wave. Il dédicacera ses livres le 26 mars à 19h dans sa librairie!
Patrice Del Sado, Editions Tabou, collection Vertiges, janvier 2009.
La Guerre contre les mormons est déclarée!
Franciska démissionne un beau jour de son travail, elle ne précisera jamais ni le nom de son entreprise ni celui de son employeur mais décrit des relations plus qu'orageuses! Les galères commencent alors: expliquer à des conseillères pas vraiment coopératives des Assédics le pourquoi du comment, "ses projets professionnels", essayer de toucher le RMI (retard, dossier, critères d'attribution), ressoudre ses problèmes bancaires, les relations avec sa propriétaire (récupération de la caution) sans compter sa vie affective!Afin de tenir le choc elle décide de tenir un blog pendant deux mois, en novembre 2004, afin d'y exprimer ses frustrations, ses coups de gueule et ses moments d'espoir et de désespoir! Ce court livre reprend fidèlement son blog au style très proche de Virginie Despentes en plus fun et déchanté et nous entraine dans une aventure narrant les imbrouglios administratifs, financiers et affectifs à laquelle pourront s'identifier tous ceux qui on eu un jour à faire à l'imcompréhension d'une conseillère Assédic, d'un banquier ou à une histoire d'amour compliquée!
Extraits:
"A part ça rien de très bandant aujourd'hui j'ai rendez-vous à 16h00 à l'ANPE pour heu pour faire quoi déjà?... Du pipeau, oui c'est ça je vais à l'ANPE afin d'interpréter une Symphonie en Ré majeur de pipeau du Pérou et je ne suis pas peu fière."
"Alors là c'est trop con ça suffit vraiment de me prendre pour une conne. Ca y est mes pulsions de tueuse en série reprennent le dessus, je vais me taper une agence Assedic les prendre en otages j'vais braquer la DDASS j'vais m'en faire un putain j'vais m'en faire un."
"J'ai des projets d'Avenir à savoir que va-t-il se passer demain? (Jusqu'alors j'en étais à l'heure suivante...)."
Franciska, Editions du Sichuan, mai 2008.
Distribution: http://www.horscircuits.com/boutique/
Voir aussi Association Célia Bleue
Extraits:
"A part ça rien de très bandant aujourd'hui j'ai rendez-vous à 16h00 à l'ANPE pour heu pour faire quoi déjà?... Du pipeau, oui c'est ça je vais à l'ANPE afin d'interpréter une Symphonie en Ré majeur de pipeau du Pérou et je ne suis pas peu fière."
"Alors là c'est trop con ça suffit vraiment de me prendre pour une conne. Ca y est mes pulsions de tueuse en série reprennent le dessus, je vais me taper une agence Assedic les prendre en otages j'vais braquer la DDASS j'vais m'en faire un putain j'vais m'en faire un."
"J'ai des projets d'Avenir à savoir que va-t-il se passer demain? (Jusqu'alors j'en étais à l'heure suivante...)."
Franciska, Editions du Sichuan, mai 2008.
Distribution: http://www.horscircuits.com/boutique/
Voir aussi Association Célia Bleue
lundi 2 mars 2009
Beating around the bush: Le Koala tueur et autres histoires du bush de Kenneth Cook

J'ai découvert Kenneth Cook (1929-1987) avec Cinq matins de trop, publié par Autrement en 2006, l'histoire d'un professeur fauché qui décide de prendre quelques jours de vacances sans se douter dans quoi il va mettre les pieds. Vous aurez compris que ça ne sent pas la rose. En 2007, Autrement récidive avec la publication de Par dessus-bord, que je n'ai pas lu mais c'est juste un message à caractère informatif (qui, comme tous les autres de son espèce, était "très intéressant"). 2008 voit l'apparition d'un troisième roman, A Coups redoublés, un samedi soir dans un bar-dancing-restaurant australien, avec ses jeunes qui veulent emballer et des employés de l'abattoir local, imbibés d'alcool, violents et bornés. Les points communs entre ces romans? La concision, l'atmosphère étouffante de l'Australie et des chutes totalement imprévisibles.
Est sorti récemment ce recueil de 15 nouvelles du même auteur où il est question d'un narrateur écrivain qui se retrouve à chaque fois dans des situations dangereusement loufoques (et réciproquement). Souvent juste pour aider, par "instinct de l'écrivain" qui suspecte un matériel potentiel pour ses histoires, ou alors tout simplement parce qu'il s'est un peu attardé au pub du coin...
Un koala un peu trop... attachant, un chameau dressé pour gruger les touristes, un cochon sauvage complètement dingue, le pari de piliers de pub qui consiste à avaler 100 canettes de bière en quatre heures maximum, un scientifique allemand qui glisse six serpents au venin mortel dans son pantalon.
Quand ce sont pas les humains qui ressemblent aux animaux, ce sont les animaux qui ont des prénoms d'humains. La faune australienne disséquée (parfois littéralement, mais les scènes sont moins crues et dérangeantes que celles de la chasse au Kangourou de Cinq matins de trop ou celles d'abattage d'A coups redoublés) avec cet humour et un art de raconter proche des tall tales à la Mark Twain.
Il nous est à de nombreuses reprises mentionné que ces récits invraisemblables sont véridiques. Notre scepticisme s'efface considérablement à la lecture de la postface où l'on apprend que Cook est mort d'une crise cardiaque dans le même bush décrit dans ses petites aventures.
Le Koala tueur et autres histoires du bush, Kenneth Cook, Autrement, 15€. Traduction de l'anglais (Australien) et postface de Mireille Vignol.
L’Underground musical en France
En pleine tourmente politique en mai 68 la diversité musicale en France prend de l'ampleur et le maquis! grâce à un panorama complet, exhaustif et illustré d'exemples aussi précis que passionnants Eric Deshayes et Dominique Grimaud explorent les styles free swing, free jazz, psychédélique, électronique, punk et plus!La création et le rôle des nouveaux labels indépendants ainsi que les problèmes de distributions, ou comment faire des compromis acceptables avec la Fnac ou Virgin pour une meilleure visibilité sans perdre son âme(!) et l'importance de réseau de boutiques telle la Librairie Parallèles ou le Bimbo Tower sont mis en avant autant que les groupes phares de chaque style.
Un ouvrage passionnant de précision pour découvrir une histoire musicale et culturelle insufisamment mis en avant dans les médias traditionnels qui trouve malgré tout un public différent friant d'originalité et de revendications identitaires.
A aller acheter à la Librairie Parallèles juste pour le symbole!
"En mai 1972; la Librairie Parallèles de Daniel Droulers emménage aussi dans le quartier[Les halles] et devient l'un des repères incontournables pour qui veut trouver les fanzines, journaux, livres, disques qui émanent de l'underground."
"Il s'agit de Bimbo Tower crée en 1996 par Francq de Quengo (Dragibus) au départ en association avec Saravah, une indescriptible et incontournable caverne d'Ali Baba de l'underground musical et fanzinothèque, située au fond d'une impasse au coeur de la capitale."
Eric Deshayes et Dominique Grimaud, Éditions Le Mot et le reste, novembre 2008.
Site officiel d' Eric Deshayes
Site officiel de Bimbo Tower
Site officiel de la Librairie Parallèles
dimanche 1 mars 2009
Sous le soleil qui chante: La Coulée de feu, Valerio Evangelisti

Raconter sur 400 pages les quatre décennies les plus décisives du Mexique et en faire un roman historique dans le style de narration qui lui est propre, voilà ce que fait l'auteur dans La Coulée de feu. Un italien contemporain, populaire surtout pour des récits policiers et de science-fiction, qui se lance dans le roman historique pur? C'est ne pas connaître un minimum Valerio Evangelisti lui-même, diplômé de sciences politiques spécialisé en histoire moderne et contemporaine et ses ouvrages parmi les plus complexes de la paralittérature.
Entre 1858 et 1890, le Mexique et le Texas est le lieu de nombreux troubles politiques, de batailles, de petites révolutions emmenés par des Mexicains devenus légendes tel que Juan Nepomuceno Cortina. C'est aussi l'opportunité de nous présenter quelques personnages au caractère bien trempé parfois victimes parfois bourreaux, épris d'amour ou de vengeance voire des deux. Big Bill Henry le ranger qui deviendra tueur, Marion Gillespie, femme dévergondée et désireuse de pouvoir, Santos Cadena brave et généreux ou encore Margarita, jeune femme maltraitée et à un point victime des circonstances qu'elle finira par s'endurcir.
Les chapitres sont relativement courts (une dizaine de pages en moyenne) et racontent alternativement des épisodes dramatiques de chaque personnage avec des ellipses flagrantes allant de quelques semaines à des années. Ce qui donnent une impression temporelle très destabilisante, une chronologie saccadée. C'est un procédé très original pour un roman historique, mais, et là je parle sur un plan plus personnel, mais cela ne m'a pas permis de m'attacher plus à un personnage qu'à un autre. Cette profusion dessert à mon avis l'intrigue des personnages au profit des évènements historiques. C'est peut-être ce qu'à voulu l'auteur et le roman n'en reste pas moins fascinant et enrichissant.
Je suis tenté de rapprocher La Coulée de feu à deux romans d'André Malraux, La Condition Humaine et L'Espoir. La portée métaphysique est un peu plus en sourdine, mais on retrouve le même besoin de liberté de la part d'individus bafoués par l'histoire (Les Indiens sont évoqués, pas assez à mon goût mais bon...). Autre point commun entre les trois romans est la necessité du lecteur non initié de se documenter un minimum sur les faits historiques des époques relatées. Tout manquement à cette précaution peut donner un léger sentiment de "euh, j'ai du mal à suivre, là". Une exigence et une complexité que l'on peut pallier en se référant (et ce de nombreuses fois) à la chronologie, très utile, en début de livre.
La Coulée de feu, Valerio Evangelisti, Métaillé, 22€. Traduction de l'italien par Serge Quadruppani.
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