"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

samedi 31 janvier 2009

Avant l'hiver : architectonique des Clartés

"La tisseuse" ; c’est ainsi qu’on la surnomme, car dans ce qu’elle écrit, tout est lié. Léa Silhol, grand nom de la fantasy francophone nous livre ici de nouveaux indices sur la toile immense qu’elle tisse. Empreint de mythologie irlandaise, ce recueil nous offre des récits à imbriquer les uns dans les autres, et où à chaque page lue, on entrevoit de façon plus claire là où l’auteure veut nous guider. Dans ce parcours on retrouve des personnages déjà croisés dans d’autres pages, mais on en découvre aussi d’autres, comme Aana, reine déchue, espoir mort, qui jadis trônait sur toutes les Cours. Le monde complexe de Léa Silhol se dévoile ici un peu plus, et l’on en apprend davantage sur les Cours Seelie et Unseelie que l’on retrouvait déjà dans ses œuvres antérieures (La Sève et le Givre; La Glace et la Nuit).
Cet ouvrage est édité dans une collection (La bibliothèque des vertiges) spécialement dédiée aux œuvres de Léa Silhol et dans laquelle l’éditeur souhaiterait rééditer ses anciens textes. C’est pourquoi on trouvera dans ces pages quelques textes déjà connus (A l’image de la nuit, Frost…).
Surprise pour la fin, la postface de l’auteure consacrée à la Reine des Neiges, conte d’Andersen qui la fascine depuis toujours, nous en apprend là encore un peu plus sur le monde de la tisseuse. Enfin, petit plus, des clichés de l’auteure parsèment ces pages déjà si riches.
Ce livre est bien sûr incontournable pour les adeptes de l’auteure et reste abordable pour ceux qui souhaitent découvrir l’univers de Léa Silhol. Ecrits avec poésie, comme toujours, ces récits sont tout simplement passionnants et l’on attend avec la suite avec impatience……
A noter : l’éditeur propose une très belle édition limitée avec une centaine de pages en plus, des photos et d’autres choses. Plus d’infos ici.

Léa Silhol, Les moutons électriques, 2008

L'Encyclopédie du Légendaire - Trésors, artefacts et armes magiques

Ce volume dédié aux objets du merveilleux se veut être le premier d’une série consacrée au légendaire. Très complet et bien documenté, ce volume essaie d’être exhaustif en traitant de nombreux thèmes : trésors et pierres précieuses, épées et armes, reliques sacrées, objets magiques, amulettes et talismans, plantes, arbres et pommes d’immortalité. Soit presque 80 entrées sur des objets légendaires. A côté de ces nombreux articles viennent s’ajouter de très belles illustrations de Sandrine Gestin, bien connue dans le monde de la Fantasy, et de Didier Graffet. On trouvera également de nombreuses gravures d’époques et tableaux pré-raphaélites dont les thèmes sont bien appropriés à illustrer le merveilleux. La présence d’un index et d’une large bibliographie n’est pas non plus négligeable.
Après l’Encyclopédie du merveilleux, en 3 volumes, Edouard Brasey continue d’enrichir le paysage de la littérature féerique avec cet Encyclopédie du légendaire dont les 2 autres volumes à venir porteront sur les héros et personnages de légende puis sur les lieux surnaturels.

Edouard Brasey, Le Pré aux Clercs, 2008

vendredi 30 janvier 2009

Moi, Sampat Pal

Sampat Pal témoigne. Femme illettrée dans un petit village d'une Inde dont les lois se modernisent, mais dont l'application laisse à désirer; issue d'une famille de bergers, une des castes les plus basses; rien ne la prédestinait - si ce n'est ses qualités humaines et son courage - à monter ce gang de justicières en sari rose.

Voici son histoire, écrite grâce à l'aide d'Anne Berthod. En espérant que son mouvement continue à prendre de l'ampleur sans perdre son âme.

Animal'z - Le prochain Enki Bilal !!!

L'info du jour : le prochain Enki Bilal, Animal'z, sort le 11 mars !!!
Le thème sera les conséquences des changement climatiques sur la planète.

Les trois premières planches à voir sur le site de Casterman : http://bd.casterman.com/prepub_detail.cfm?ID=34803

jeudi 29 janvier 2009

Copinage

fedesbois est une créatrice/illustratrice qui nous a fait la gentillesse de mettre Rana Toad en lien sur son blog. Donc petit renvoi d'ascenseur:
http://justin.peticou.free.fr/b2evolution/blogs/?blog=2&paged=1&page=1&disp=posts
(lien en permanence dans la rubrique "A part ça", à gauche)

Vous pouvez trouver en vente exclusive cartes illustrées, coussins déco, boucles d'oreilles, bracelets et plein de petites créations sympathiques à La Cabane à Livres (75 av Pierre Larousse 92240 Malakoff).

dimanche 25 janvier 2009

Un Bonheur Parfait, James Salter


James Salter nous raconte ici l'histoire du couple de Viri et Nedra, qui sont beaux, intelligents, aimés, qui ont de beaux enfants et une vie désirable.
Pourtant, inéluctablement, fatalement, leur couple va s'étioler comme tant d'autres, et ils vont se trahir l'un l'autre si facilement que leur histoire si belle est finalement la même que toutes ces histoires de couples qui s'achèvent sans un bruit.
James Salter, que la presse et les critiques adorent jusqu'à la nausée comparer à un styliste littéraire du niveau de Nabokov, possède un talent rare et impressionnant pour raconter les histoires. Simple, directe, et pourtant si détaillée et poétique, son écriture est très solaire, les mots ciselés comme éclairant le récit. Les détails sont sensuels, évocateurs - les personnages sont vivants comme rarement.
On sent un travail d'écrivain gigantesque derrière un texte au final, ne racontant que peu de choses importantes. Mais c'est là toute sa force.

Black Bazar

Dans "Verre Cassé", on découvrait les portraits bigarrés des différents piliers de comptoir du bar congolais "le Crédit a Voyagé".

Dans "Black Bazar", c'est à Paris que Mabanckou exerce ses talents de conteur. Notre narrateur est un "fessologue", membre de la SAPE (comprenne qui lira). Il fréquente le "Jap's", un bar dont les piliers ont des opinions bien campées, les quartiers près de Château Rouge, les dancefloor où les corps se mêlent en sueurs sur des rythmes endiablés.
Et puis sa femme le quitte pour un autre, peut-être le déclic qui va lui donner l'envie de décrire sa vie à la fois pathétique et délicieusement drôle.

On retrouve le style lithanique de Mabanckou et ses phrases qui n'en finissent plus, mais dont on ne se lasse jamais. Black Bazar, c'est un vrai bazar qui secoue, un concentré de préjugés qui sautent, un humour décapant et révélateur sur fond d'Histoire de grands et de petits hommes.

Le nouveau cabinet des fées


Oubliée depuis de nombreuses années, cette anthologie de 1864, a atterri par hasard dans les mains de l’éditeur, et nous le remercions pour cette trouvaille. Ce recueil de contes, réunis par l’archéologue Louis Batissier, reflète un 19e siècle éprit de féerie et d’ailleurs. On y retrouve les fées d’un folklore lointain, du temps où elles étaient marraines des princes, et où leurs présents étaient à utiliser avec précaution.
En plus de ces 5 contes, on trouve un glossaire pour enrichir notre connaissance de la féerie, ainsi que la préface d’origine et une introduction des éditeurs, qui nous expliquent comment et pourquoi cet ouvrage oublié refait surface aujourd‘hui.
Agrémenté de 200 gravures tirées de l’édition originale, ce livre est un régal pour les amoureux du folklore et de la féerie tout court. Un très bel objet.
Merci donc aux Moutons électriques de nous faire (re)découvrir cette œuvre.

Louis Batissier, Les moutons électriques, 2008

samedi 24 janvier 2009

Fermeture des éditions du Calepin Jaune

Encore une…..
Les Editions du Calepin Jaune ont annoncé leur fermeture, peut-être provisoire, mais vu les temps qui courent… Il ne fait vraiment pas bon d’être un éditeur indépendant aujourd’hui. En tous cas, merci à eux pour leurs parutions qui sortent de l’ordinaire et qui ont le mérite de nous avoir fait découvrir des auteurs et des illustrateurs hors normes à qui nous souhaitons tout le meilleur du monde. J-72 avant la fermeture, mais les ouvrages sont déjà presque tous épuisés…
Je terminerais avec ce conseil donné sur leur site : « lorsque vous aimez les parutions d’un petit éditeur, pensez à le soutenir régulièrement durant son existence… ».
http://www.editions.lecalepinjaune.com/homeLCJeditions.htm

vendredi 23 janvier 2009

Anthologie du Hard Rock

Écrite avec amour et nostalgie cette anthologie, qui n'est pas revendiqué par son auteur ni comme exhaustive ni comme comme objective explore de l'intérieur ce phénomène musical dont les fans peuvent, de l'extérieur, paraitre comme stupides ou violent !

Dans une première partie ce témoignage cite abondamment ses sources (le vendeur de la Fnac Montparnasse ayant entretenu la passion de l'auteur! ) ou le documentaire Métal:voyage au coeur de la bête( à voir de toute urgence car il s'agit de l'exploration de la scène par un anthropologue fan de cette musique avec beaucoup d'interviews de groupes pour illustrer le propos!) et démontre par un raisonnement concis mais pertinent l'absurdité des accusations de satanisme, de niaiserie ou de mort de la scène.

Dans une seconde il choisit de citer , dans l'ordre alphabétique, les titres essentiels par nom de groupe afin de ne pas être accusé de favoritisme (254 entrées sur 444 pages)!
Un chapitre est particulièrement consacré à Iron Maiden, parceque l'auteur avoue ne pas avoir pu faire autrement!, ainsi qu'au slow! et aux instrumentals! Enfin les groupes non cités , mais non moins essentiels,le sont, toujours par ordre alphabétique, à la fin de l'ouvrage!


Jérôme Alberola nous offre un ouvrage passionnant, regorgeant de multiples anecdotes et souvenirs de son auteur, drôle et nostalgique en ne perd tout de fois pas de vue l'aspect sociologique, historique et médiatique, et va à l'encontre des clichés afin de prouver que "le hard-rocker n'est pas qu'une bête, hirsute, et ivre de cervoise" ( extrait de la préface de Francis Zégut, animateur de radio spécialisé dans le Rock) tout en se tournant vers le grand public!


Jérôme Alberola, Camion Blanc, 2009.

mardi 20 janvier 2009

Freaks' Squeele Tome 1 Etrange Université


Nouveauté du label 619 des éditions Ankama qui continuent leur ouverture vers des projets de livres en dehors de leurs univers ludiques propres. Et excellente réussite ! Après les deux Mutafukaz de RUN, la collection des 'cultures urbaines' (comprend qui peut) (ou qui doit) s'enrichit d'un autre dessinateur au talent de graphiste impressionnant : Florent Maudoux, qui signe aussi le scénario, nous propose une BD certes, pas forcément très originale, mais qui va à 200 à l'heure.
Nous suivons les débuts de trois éudiants un peu en marge des autres dans une université bizarre de chasseurs de monstres. Ca fait directement penser à Harry Potter, mais l'histoire pointe rapidement plutôt du côté de la culture manga, et n'hésite pas à sortir l'artillerie lourde : mystères, bastons, humour et filles gentiment dénudées.
Néanmoins, malgré l'aspect un peu déjà-vu et facile de ce mélange, l'énergie déployée par l'auteur convainc très vite, et s'il fait pas mal de références à un univers déjà connu, on voit qu'il les maîtrise à plein et qu'il se les approprie sans problème.
Et son style graphique déjà abouti impressionne énormément !

Un auteur et un univers à suivre sans se poser de questions.

Strange World


J'avais repéré ce roman à la rentrée littéraire, fin août, et vu qu'il a échappé aux retours, j'en ai profité pour le lire.
Dans un Tokyo terne et peu à peu gagné par la "grisaille", Tôru Ujiié, douze ans, est un élève particulier car il est le seul à voir Hikaru, personnage irrespectueux et agité. Mais Hikaru, d'aussi loin que Tôru s'en souvienne l'a depuis toujours suivi comme une ombre. C'est en fait un ami, un confident. C'est Hikaru qui le divertit et l'avertit d'une sorte de corruption pernicieuse qu'il appelle la "grisaille", une sorte d'entité immatérielle qui donne une triste teinte à la réalité (vous avez vu l'allitération en "t", c'est même pas voulu!).
Le souvenir du meurtre d'une petite fille, trois ans plus tôt, pèse encore dans les mémoires, la rumeur court qu'un fantôme hante le collège et un autre élève disparaît. C'est donc une atmosphère angoissante et fantasmagorique qui plane au-dessus de Tôru et de ses camarades. Mais Tôru va faire la rencontre de Yûki Shirato, personnage androgyne qui jouera un rôle très important dans la vie de Tôru. Son rapport avec Hikaru, par exemple, va être remis en cause: est-il une partie de lui? un fantôme? C'est plus compliqué que ça.
Pianissimo Pianissimo est un roman imprévisible et troublant. Oscillant entre rêve et réalité, quelque part entre Stephen King et Haruki Murakami. Je pense que son ambiance, aux mains d'un bon réalisateur, pourrait être brillamment adaptée au cinéma.
Pianissimo Pianissimo, Hitonari Tsuji, Phébus, 22€50. Traduction du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccaty.

A Pleasant Shade of Gray

Tôru s'en souvint soudain. A l'époque où il était brimé par ses camarades, il désirait, comme l'avait souligné Hikaru, détruire l'école. Il pensait que si l'école disparaissait, il verrait la fin de son épreuve. Il avait inventé avec Hikaru le jeu de la grisaille qui consistait à griffonner partout dans l'école des croix au pastel gris. Derrière la porte des toilettes, sur la vitre de la salle des profs, sur le portail métallique de l'entrée principale et de l'entrée arrière, au fond des casiers à chaussures, sur les briques qui entouraient les plates-bandes, il avait tracé ces croix. Il en avait dessiné dans des centaines d'endroits, mais bien entendu, comme la couleur grise ne se remarquait pas et se confondait avec tout, ni le gardien, ni les professeurs ne les avaient distinguées et cela n'avait donné lieu à aucune enquête. Chaque fois qu'il formait une croix, Tôru criait intérieurement: Sois exterminé!

Pianissimo Pianissimo, Hitonari Tsuji, Phébus. Traduction du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccaty.

"Enfer & putréfaction"

Le secret de la dame de Jade de Christel Mouchard chez Flammarion
430 pages, à partir de 9 ans.

Nina, jeune rebelle de 15 ans, rejoint son père en Indochine, lorsqu'elle reçoit un message lui annonçant la disparition de ce dernier.
Atterrée & malgré l'invitation de retourner en France, elle décide de se rendre dans la villa de son père.
Son jeune âge posant problème, elle tente de se faire passer pour une jeune femme mais son langage désinvolte ne trompera pas sa nouvelle amie Tam, avec qui elle essaiera de résoudre la tumultueuse disparition de son père.
Un très joli roman sur l'amitié qui entraîne le lecteur dans l'histoire de l'Indochine Française.

Shall we take ourselves seriously?


Snake & Bacon sont deux des personnages récurrents dans cette suite de gags hilarants. Snake ne sait dire que "Ssss" et Bacon, au langage un peu plus varié, alterne les répliques comme "Je suis une tranche de bacon" et "Essayez-moi avec des oeufs". D'autres personnages font aussi de multiples apparitions comme ce super-héros improbable: Caleçon-sur-la-tête-man. Vous pourrez aussi découvrir à quoi ressemblera Ozzy Osbourne au 25è siècle et ce que donnerait une collaboration entre Mark Twain et Albert Einstein.
Vous l'avez compris, il n'y a aucune histoire, juste un enchaînement sans queue ni tête de blagues crétines (ce n'est pas péjoratif, au contraire), running jokes et délires de Michael Kupperman. Pour les fans de films parodiques qui n'ont qu'un seul but: faire rire avec du grand n'importe quoi. Personnellement, je suis client.
Snake'n'Bacon's Cartoon Cabaret, Michael Kupperman, La 5è Couche, 22€. Traduction de l'anglais par William Henne (avec Lionel de Somer et Xavier Löwenthal)

dimanche 18 janvier 2009

Shining Private Joke... bis?

Sa voix haut perchée rendait fou Tôru. Il essayait de l'endurer en serrant les dents, quand le craquement du bois retentit dans la pièce. Le bois se brisa. Il claqua par à-coups. Un trou dans la porte laissa filtrer la lumière de couloir qui inonda la chambre plongée dans l'obscurité. Un poignet apparut, cherchant à débloquer le verrou.
- Putain, je peux pas! fit le Beurk.
Sa main qui n'arrivait pas jusqu'à la poignée s'immobilisa. Ses doigts tressautaient comme des pattes d'araignée.
- On se croirait dans un film d'horreur! Mais en réalité, ce type aussi est une victime. Sa femme a un amant avec qui elle s'envoie en l'air. Et son fils s'est enfermé dans sa chambre. Et quand il rentre crevé du boulot, il faut encore qu'il démolisse une porte. C'est la galère intégrale!
Le Beurk se résigna et retira sa main. Il hurla:
- Ouvre, Tôru!
Il regarda à l'intérieur de la chambre par le trou béant: ses yeux qui n'avaient plus rien d'humain étaient comme ceux d'un taureau.

Pianissimo pianissimo, Hitonari Tsuji, Phébus. Traduction du japonais par Ryôki Nakamura et René de Ceccaty.

Divergences

Premier recueil de nouvelles issu de la nouvelle collection Ukronie de Flammarion Jeunesse, Divergences 001 m'a tapé dans l'oeil grâce à la profusion de noms d'auteurs fantastiques francophones que recelait son sommaire : Fabrice Colin, Pierre Pelot, Johan Heliot, Xavier Mauméjean, Michel Pagel, Laurent Genefort, etc.

Bien mal m'en a pris.
D'une part, et j'en suis navré pour lui, la préface d'Alain Grousset part légèrement dans tous les sens, et soit accumule des poncifs, soit sort un jargon technique abscons et emberlificoté qui doit bien avoir du mal à toucher un public adolescent à qui s'adresse l'ouvrage. Ses notes de présentation de chaque auteur, même si elles sont valables par leur seule existence, sont très souvent réductrices et inutilement panégyriques.
La postface d'Eric Henriet, si elle est intéressante, développe encore pis que la préface le côté technique et froid du genre de l'uchronie, là encore toujours pas adapté - la bibliographie non exhaustive de fin de volume, au moins, est assez bien fournie et a le mérite de mélanger romans, jeux de rôle et BD, initiative qui est plus en phase avec son public.

Malheureusement, le programme alléchant de couverture ne se limite pas à un échec dû aux seules préfaces et postfaces.
La plupart des textes sont soit peu clairs, soit peu intéressants, soit mal tournés, et ce malgré les qualités indéniables des auteurs qui les ont fournis. Une grande interrogation qui n'a pas trouvé de réponse ... Peut être sont-ce des fonds de tiroirs collectés à la va-vite ou des travaux de commande bâclés ?

On peut néanmois conserver quelques pépites :
"Exode" de Jean-Marc Ligny, ou le récit à deux voix de la rencontre des néandertaliens et des cro-magnons, et de leur survie ensemble.
"Pax Bonapartia" de Johan Heliot, qui nous montre un Napoléon conquérant des deux Amériques, qui les utilise comme tremplin pour reconquérir l'Europe, grâce aux premiers sous-marins (Heliot démontre encore une fois son talent magistral pour l'uchronie, on tient ici la nouvelle la plus jubilatoire du volume).
"L'affaire Marie Curie" de Laurent Genefort, qui nous montre les Brigades du Tigre dans un Paris de 1930 qui souffre encore de la Première Guerre Mondiale, recherchant activement la mystérieuse invention de la célèbre Marie Curie.
"Reich Zone" de Xavier Mauméjean, ou la lutte pour la liberté du créateur de la série télévisée La Quatrième Dimension, contre un état nazi sur le sol américain, après la victoire d'Hitler pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pas une grande réussite au final, mais un ouvrage qui peut se lire de façon agréable et qui remplit toutefois sa fonction de découverte d'un genre fantastique (l'uchronie) pour un public adolescent - même si on regrette toutefois la postface et la préface incongrues.

Quand je serai grand je serai mort

Recueil de nouvelles publiées entre 2007 et 2008 dans des revues telles que Monk, Borderline, Eclats de rêves, Le Calepin jaune ou La Salamandre, ayant pour thème les folies auxquelles poussent la hantise de la mort, Quand je serai grand je serai mort a de jolis accents de contes cruels aux influences tantôt proches de Tim Burton tantôt gore et de charmants titres évocateurs (Les Rêveries du promeneur suicidaire, Le Martyre des cendres ou Le mouroir aux tourterelles ) !

D'une fillette distrayant un pendu par ses chants, à un vagabond qui jette son coeur aux chiens errants, en passant par une mourante qui joue de la viole dans un couvent en ruine et à des enfants souffrant d'une curieuse maladie, inculquée par des ronces, voyant leurs corps se disperser aux vents et leur mère courir après les cendres je vous laisse découvrir avec délectation les joyeusetés réunies dans cet ouvrage mélancolique!

On pourra toute fois regretter l'inégalité du style de ces contes délicieux...

Nicolas Liau, Les Deux encres, septembre 2008.

L'alliance des Trois

Dès les premières pages, je me suis reprochée de ne pas avoir placé mes piles de livres en jeunesse. L'éditeur Albin Michel indique habituellement dans le cas d'un livre pour ado le logo de sa collection: "Wiz"; ici un sobre logo Albin laissait à penser qu'il se destinait à un public adulte. Le style est pourtant extrêmement abordable, et si les hommes ne se faisaient pas embrocher de temps à autre, je l'aurais donné à lire dès 12-13 ans.
J'ai eu du plaisir, ou du moins de la curiosité à aller plus avant dans le récit, puisque le début assez aguicheur offre un mixe entre "la Route" et "La guerre des mondes" assez réussi. Les idées foisonnent, nous étonnent, et c'est ce que je recherche avant tout dans un roman de SF.

Mais voilà que les choses se gâtent, entre la première partie dans laquelle nos deux héros évoluent en mode survival et la seconde. [/spoiler] Maxime Chattam décide que la transition sera "facile": on en assomme un et on saute directement à la partie 2: il se réveille dans une île fantasque on les enfants sont hyper-organisés au bout de deux mois, et pas traumatisés pour deux sous. Et dès lors, un univers de moins en moins "crédible" (scénaristiquement parlant). Je m'y ennuie, et rebelotte (ça devient une mauvaise habitude), je saute des pages pour atteindre l'essentiel et échapper à ce mélange entre Harry Potter et les enfants de Timpelbach (bon j'exagère, les méchants ont l'air vraiment méchants :x).

Je pense que ce choix délibéré de faire trainer les choses en nous donnant une petite miette de temps à autre, afin de faire de l'histoire une trilogie, l'a truffé de longueurs inutiles. En plus les miettes n'étaient pas assez grosses. (pour moi du moins :p)

Cela ne m'empêchera absolument pas de découvrir le reste de l'œuvre de Chattam dans laquelle je suis sûre se nichent quelques pépites (d'ailleurs Gillmout si tu pouvais me conseiller..^^).

samedi 17 janvier 2009

Du sang neuf!

Et uui, Jules-Edouard... vous pouvez constater que la liste des contributeurs/trices comporte un nom de plus. Carméline est une amie de fac avec qui j'ai eu la chance de garder contact. Vous voyez toutes les occurences de Fontainebleau dans la fréquentation? Bah c'est elle! Souhaîtons-lui la bienvenue dans notre secte!
Et comme j'ai mis le lien du blog un peu partout, nous avons eu la visite d'un de mes vieux potes tout à l'heure!

jeudi 15 janvier 2009

Marre du rose

Une petite fille ne comprend pas pourquoi elle devrait dépendre d'archétypes vestimentaires, le rose, les rubans, les robes de princesses, elle qui n'aime s'habiller qu'en noir, avoir les cheveux en bataille et être le garçon manqué de la famille!

Un album plein d'humour et de couleurs chatouillantes pour expliquer la différenciation des sexes aux enfants de 5 ans, les archétypes auxquels se "doivent" d'obéir les deux sexes et apprendre aux parents à accepter leurs enfants comme ils sont!

Ilya Green, Nathalie Hense, Albin Michel, janvier 2008.


Ceux qui sauront

Pour inaugurer sa nouvelle collection Ukronie (le but du jeu est de supposer qu'un évènement fondateur pour notre avenir n'a pas eu lieu et d'en décrire les conséquences sur le présent) pour son secteur roman Jeunesse Flammarion a choisi comme premier auteur Pierre Bordage.

J'avoue que je m'y suis intéressée parce que grande fan de Bordage mais au premier abord plusieurs questions m'ont torturée: est-ce un Bordage plus soft pour ado? Va-t-il aller aussi loin dans ses réflexions philosophiques alors qu'il change de lectorat? Et jusqu'où peut-on aller dans la représentation de la résistance aux ados?

L'auteur part du postulat que Jules Ferry a été assassiné, ainsi que tout le gouvernement Gambetta et la monarchie est revenu au pouvoir avec Philippe D'Orléans. L'école est donc devenu un luxe et la basse classe est formellement interdite de s'éduquer. Des écoles clandestines s'organisent, sévérement réprimées (la maitresse et les enfants au bagnat!).
C'est sans compter sur une résistance qui s'organise pour une part dans les bois et pour l'autre sur un canal non controlé par le gouvernement d'Internet! Grâce auquel les résistants peuvent s'organiser mondialement!
Rien de la répression n'est épargné aux enfants: humilliations policières, fusillades pour l'exemple, répréssions dans le sang d'une marche pacifiste...

Bordage analyse finement toutes les conséquences du retour de la monarchie, le controle total des campagnes, des allers et venus, d'Internet...
Deux classes sociales s'entrechoquent: une petite fille noble enlevée sur le chemin de son mariage forcé découvre la vie de résistante, et un petit garçon de la plèbe découvre toute les contradictions de la réssistance (comme ne pas devenir une machine de guerre et garder un oeil critique sur la situation?) . Ils se rencontrent, tombent amoureux bien sûr mais Bordage prend soin de parler ce cette amourette de façon elliptique (ouf!) !

Je n'est pas été déçue! C'est bourrin et intelligent comme toujours! Bordage arrive à nous faire réfléchir sur notre envie et les méthodes à employer pour faire bouger les choses.

Pierre Bordage, Flammarion, oct 2008.

mercredi 14 janvier 2009

Hi-Ho Silver!


Louis de Serk est un Français exilé en Angleterre où on lui apprend la disparition de sa soeur Elena, partie rejoindre son mari aux Etats-Unis et qui aurait été enlevée par des Indiens. Il n'a qu'un but en tête: la retrouver vivante. Avant de pouvoir s'engager, grâce à certains appuis, dans le 7e de cavalerie sous le commandement du prestigieux Custer, il devra passer quelques obstacles pas très réjouissants à Chicago et à Deadwood ou son beau-frère se livre à des activités un peu louches.
L'auteur, malakoffiot, est venu à La Cabane à Livres me présenter ce premier roman historique. Il m'a laissé un exemplaire que je lui ai promis de lire. Ceci fait, ma réaction est très positive. On suit avec une attention renouvelée ce jeune Français déterminé à retrouver sa soeur sans savoir qu'il va se retrouver dans une des batailles les plus sanglantes de l'Ouest-Américain: Little Big Horn.
Un roman d'aventures très prenant où l'on sent, imbriquée dans une fiction, la maîtrise parfaite des personnages et des faits historiques.
La Dernière charge - Un Français à la bataille de Little Big Horn, Jean-François Le Texier, L'Harmattan, 24€50.

samedi 10 janvier 2009

La pluie avant qu'elle tombe

Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti.

J'ai trouvé dommage qu'il eu fallu 60 pages de "rien" pour rentrer dans le vif du sujet: ces 20 fameuses descriptions de photos nous racontant l'histoire d'une famille anglaise traumatisée - et traumatisante - qui a traversé l'histoire, depuis la seconde guerre à aujourd'hui.
Je me suis arrêtée à la 10ème photo, même si j'échappe au fin mot de l'histoire, ayant sauté quelques pages jusqu'à la fin (c'est un des droits du lecteur dirait Pennac :p).
Pour ce qui est du style, la qualité de l'auteur traduit par Jamila et Serge Chauvin reste dans ses descriptions de paysages, pas dans celles des émotions humaines.

Enfin, tous les goûts sont dans la nature et le livre en touchera certainement!

lundi 5 janvier 2009

Seigneur des neiges et des ombres


J'ai lu ce livre dans le cadre de l'opération "masse critique" de Babelio. Je lis de la fantaisie de manière occasionnelle, je préfère à ce genre le fantastique ou la SF.

En fantaisie, il y a d'une part des chefs d'oeuves incontournables, parfois précurseurs (je pense à la délirante forêt des mythagos d'Holdstock, à l'univers du disque monde de Pratchett..).
De l'autre côté, il y a cette flopée d'histoires bourrées de clichés ô combien prévisibles, surfant sur un genre sur-médiatisé depuis le film du seigneur des anneaux..

"Le seigneur des neiges et des ombres" est le tome 1 du cycle "les larmes d'Artamon". Un bon pavé de 730 pages dont l'histoire est grosso modo la suivante: artiste - prince malgré lui, dominé par un sang reptilien, Gavril est au cœur d'un nœud d'intrigues et de complots entre royaumes dont l'enjeu est - entre autre - la domination totale.

Comme dans les romans de Robin Hobb, on accroche au début, et on s'agrippe à la fin, dans l'espoir d'y voir un dénouement. Rien d'extraordinaire dans ce récit d'aventure: un roi maudit qu'on croirait issu des univers désolés de Moorcock, le sex appeal en moins; des personnages creux et prévisibles - au moins autant que les retournements et infinis rebondissements du récit.

Bref, sympa pour se vider la tête, mais je n'irai pas plus loin.

jeudi 1 janvier 2009

Là où les tigres sont chez eux

Je suis entré dans ce livre sans savoir à quoi m'attendre. Récompensé par le Prix Médicis 2008, Là où les tigres sont chez eux dénote franchement dans la production littéraire française contemporaine. Un monstre d'érudition et d'aventure où différentes intrigues et plusieurs personnages s'imbriquent subtilement. Un universitaire qui doit annoter un manuscrit biographique sur Athanase Kircher, érudit du XVIIème siècle, une équipe d'archéologues à la recherche de fossiles qui se retrouvent dans une belle galère, un politicien pas très fréquentable, une jeune femme éprise de toutes les libertés et un cul-de-jatte des bidonvilles brésiliens, tous évoluant alternativement dans leur intrigue, mais tous liés d'une façon ou d'une autre.
Il a fallu dix ans à l'auteur pour l'écrire. Pas étonnant qu'il soit alors si abouti. Je confesse que je l'ai attaqué parce qu'il a été récompensé. C'est ce genre de livre que je voudrais voir débarquer un peu plus souvent en roman francophone. Style très abordable, même dans les passages soi-disant écrit au XVIIème siècle, le roman n'échappe pas cependant à quelques lourdeurs à mon goût. Mais je ne doute pas une seconde que les passages en question aient été une somme de travail conséquente de la part de l'auteur.
Petite note personnelle supplémentaire: je déplore les si peu nombreuses pages consacrées à Nelson, le cul-de-jatte, c'est un personnage auquel on s'attache tellement plus facilement que d'autres.
Si j'ai convaincu quelqu'un de le lire, ne faîtes surtout pas comme moi: ne lisez rien d'autre en même temps. Là où les tigres sont chez eux déroute par sa densité et on en sort comme d'une épreuve exigeante mais très enrichissante.
Ah au fait, la fin est à couper le souffle.

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 24,50€.

Lost in a whirlpool


Cyril Pumpermaker est écrivain et il déteste le nom que son père lui a légué, alors il écrit sous le pseudonyme de Gilbert K. Chesterfield. Il rencontre un jour Jonathan Absalon Varlet, personnage au passé incertain mais au charisme enchanteur. Ce dernier propose à Cyril de se faire passer pour lui pour les apparitions publiques de Chesterfield. Ce qui paraît un jeu au début vaudra à nos protagonistes de se perdre dans le tourbillon des années 1930. Sa façon de vivre un peu cavalière et son engagement anti-nazi causeront à Jonathan la perte des personnes aimées face à un Cyril impuissant et plein de sentiment de culpabilité.

Un roman d'une subtilité rare qui pose de nombreuses questions sur l'individu, la notoriété et l'engagement. Je l'ai acheté en occasion il y a quelques années dans une version Points Seuil qui n'est plus disponible mais une version grand format a été rééditée par Fayard en 2000. Belle découverte que ce Prix Goncourt 1983 un peu oublié. Au pire, essayer de le trouver en bibliothèque.


Les Egarés, Frédérick Tristan, Fayard, 2000, 22,30 €.

Bring me the slippers

"Ainsi que vous le présumiez, monsieur, répéta-t-il, je ne m'appelle pas Lubbock. Cacher cette vérité à un homme de votre profession serait ridicule. Vous n'avez qu'à interroger les voisins, qui vous apprendront que le cinglé Fido Pacôme habite cette demeure.
-Fido?" Les gens n'appellent même plus leur chien Fido.
"Cela veut dire fidèle, monsieur Garrett. Oui, monsieur. Fidèle. Mon père, que son âme repose en paix, était un passionné d'histoire impériale. Fido était un titre impérial. Un peu comme chevalier de nos jours. Mais on pouvait l'accorder à n'importe qui, même à ceux qui n'avaient pas de sang noble."

Feuilles de laiton et reliure d'ombre, Glen Cook, L'Atalante. Traduction de l'anglais par Jean-François Le Ruyet.