"Rana Toad", ça se mange?

Nous sommes libraires de divers horizons, bibliovoraces friands de découvertes, ici pour partager!

lundi 29 septembre 2008

Filthy Habits

Rino Zena et son adolescent de fils Christiano ne sont pas fréquentables. Le père est raciste et alcoolique et éduque son fils par la manière forte. Leurs seules fréquentations? Quattro Formaggi, un être déformé suite à un accident qui se constitue une crèche géante avec des objets trouvés et dont la fascination par un film porno ne sera pas sans conséquences. Et Danilo Aprea, personnage tout aussi sordide, qui voit dans le braquage d'une banque la solution à tous ses soucis. Le soir du braquage auquel Rino et Quattro Formaggi sont censés participer est pluvieux, très pluvieux et propice à des événements autant imprévus que tragiques.
Ces personnages sont englués dans un coin de l'Italie complètement asservis par le matraquage abrutissant des médias. Cette vie nauséabonde ainsi que leurs malheurs passés sont pourtant des circonstances atténuantes. L'auteur ne cache donc pas sa sympathie voire son affection pour ses personnages brutaux et antipathiques. Peut-être parce qu'ils sont tout simplement humains. Voici donc pourquoi le lecteur ne sait pas sur quel pied danser: doit-il les détester ou faire preuve de compassion? Et c'est cet équilibre frustrant qui le pousse à finir le livre.
Un roman noir brut et sans concessions ni illusions mais profondément humaniste.

Comme Dieu le veut, Niccolo Ammaniti, Grasset, 21,90 euros. Traduction de l'italien par Myriem Bouzaber.

dimanche 28 septembre 2008

Welcome to the Show!!

Deux nouveaux! Bienvenue à Lorraine que beaucoup d'entre vous connaissent déjà et à Donatien que je suis le seul à connaître. On attend tous vos brillantes contributions afin que ce blog évolue.
Sur ce, je vais mettre du pain sur mon balcon, au cas où ça pourrait attirer les moineaux, les pigeons.

Livre d'artiste : La Fée Boudin

Comment ça? Vous ne connaissez pas la Fée Boudin !!!

Née du désir d'une calligraphe amateur qui ne se reconnaissait pas dans la production éditoriale actuelle en terme de fée, la Fée Boudin est un personnage parodique et sarcastique qui observe avec recul le monde qui nous entoure et ses amis.

Je vous laisse découvrir l' oeuvre de Mademoiselle Kiliko sur son site officiel:http://lafeeboudin.fr/sommaire.html..ou
http://mlle.kiliko.free.fr/ .

Livre d'artiste fabriqué à la main sur matières nobles, la fée boudin existe aussi en goodies: thermos à thé, portes clés, épices à gâteau et surtout ... culottes !

vendredi 26 septembre 2008

What ???

Vous connaissez l'expression "mouton à 5 pattes" ?
C'est quand un client s'imagine que tout existe et qu'il vous demande l'impossible!

Comment on dit "RPG" en portugais ???

Le croyez-vous, je me suis fais repérer par tous les rôlistes à mon nouveau boulot!
Mais comment dites-vous "RPG" et "Dongons et Dragons" en portugais?
Et oui j'ai eu un touriste brésilien qui voulait du D&D mais qui ne parlait ni anglais, ni italien, ni espagnol! Encore une histoire pour super libraire! Finalement je lui ai montré les sites d'Album, de Descartes et de l'Oeil au cube!
Comme quoi le JDR c'est international !

Ma vie de Zombie

Voilà notre homme: gardien de Saint-Antoine, il protège les tombes des intrus, mais aussi les hommes des occupants de ces dernières!

Un one-shot très réussi, apocalyptique à taille humaine, voire intimiste.

J'aime bien la maison Ankama pour deux choses: l'édition de Maliki (ouay, j'aime les chats!) et sa volonté de sortir de son image commerciale (Dofus&co) pour dénicher des auteurs qui décoiffent.. avec son label "araignée": "une gamme d’œuvres sans compromis, des univers du quotidien d’où surgit le surnaturel, le plus surprenant du bouillonnement créatif du genre fantastique, des œuvres délicates destinées un public de bédéphiles, mais accessibles à tous."

Vous aimez la littérature concept ?!

Roman, fable, fantaisie, Cécile Minard emprunte à tous les genres littéraires pour son dernier roman!

En 1437, à Haute-Marne, le narrateur raconte comment à Chaumont les habitants vont devoir réunir toutes leurs forces pour combattre le Bastard de Bourbon. C'est sans compter avec l'aide d'un combattant aux techniques militaires inconnus: une femme ninja!

Pur trip fun mélange de films de sabre, de reconstitution historique et d'anachronismes écrit en ancien français, anglais et français moderne, un exercice de style drolatique, érudit, gore et tragique!

Personellement je vais me lire son roman précédent, Le Dernier Monde, dans lequel un astronaute retourne seul sur terre et ne voyant plus personne part à la recherche de ce qu'il reste de l'espèce humaine à travers le globe!

Extraits:

" [...] quelle rançon pour ta femme, combien donnes-tu pour son pucelage? S'il ne disait rien et se contentait de pleurer, supplier ou maudire, l'homme était sorti de la huche et découpé. Combien pour ta main? Rien? La main était tranchée. Combien ta jambe? Si peu? Tranchée. Combien pour tes génitoires? Rien? Pauvre homme! "

" Sa roulade fit voir la taille nette sur les côtes découvertes puis il se recroquevilla en criant, tel un poussin dans son oeuf sanglant. Il tressaillait du bide quand les cinq s'en approchèrent pour entendre ce qu'il hurla au sol gelé: bordel de bran, une fu... une fumelle! C'est une fumelle! Ce qui, plus que tout apparemment, le fit trépasser dans l'instant. "

Bastard Battle, Céline Minard, Léo Sheer, juin 2008, 12 euros ! (pas de raison de s'en priver!)

jeudi 25 septembre 2008

Où on va papa

Je ne savais pas par quel roman commencer pour la rentrée littéraire. Je suis en retard, je voulais quelque chose de court, que l'on peut juger et conseiller facilement. J'ai lu un article sur "Où on va papa" de Jean-Louis Fournier, grand pote à Desproges (haha c'est pour la promo). Il y fait même un bref passage, salutation bonhomme.

"C'est du bouche à oreille, du bon! Un pari de nous faire rire réussi!" Voilà, je suis parti de ce postulat: un truc sympa sur un père qui a deux enfants handicapés (je suis du genre à avoir besoin de me détendre avec ça).

"Où on va papa" m'a fait passer du sourire aux larmes. Un hommage à deux fils, mais aussi à tous ces adultes dont la vie et l'humeur est à jamais entièrement rythmée par l'enfant. Ce môme"raté" que l'on aime par dessus tout, et qui loupe le plus beau.

"Avoir un enfant", vouloir lui faire don de la vie pour partager ce qu'on y a vécu de plus beau, c'est ça le rêve d'un homme. Comment se sent on lorsque l'on fait don d'une vie de souffrance? Comment tenir? par la dérision? pas seulement, beaucoup d'amour aussi.

Un roman qui atteindra évidemment plus ceux qui vivent de près ou de loin une situation similaire. Un roman qui appuie là où ça fait mal, avec pour fond cette question insoluble et injuste: pourquoi?

Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcourt des pieds à la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule, vous tourneboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud à la gueule, vous fait rugir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et aussi pleurer.


Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe: aimer.


Où on va papa - JL Fournier (stock 2008) 15€

mercredi 24 septembre 2008

The Illinois Enema Bandit

La traversée de San Francisco à Hawaii avait été une expérience effroyable pour Greer et Cameron, peut être plus horrible encore que le jour où ils avaient tiré dix fois de suite sur un deputy sheriff dans l'Idaho et que celui ci ne voulant toujours pas mourir, Greer avait dû lui dire finalement : "Il faut mourir car nous voulons pas être obligés de vous tirer encore dessus."


_ Nous ne tirerons plus, lui avait assuré Cameron.
_ Ok alors, je suis mort. Et ce fut le cas.

Le monstre des Hawkline : western gothique - Richard Brautigan - Christian Bourgois - traduit de l'américain par Michel Doury et Lorraine de la Valdène - 2003 - 15€ - 9782267016987

mardi 23 septembre 2008

C'est peut-être un détail pour vous...

Les gens venaient de loin aux Quatre Chemins. C'était le plus grand centre commercial dans un rayon d'une centaine de kilomètres. Cent mille mètres carrés, partagés en trois étages et deux entresols. Avec un parking souterrain qui contenait jusqu'à trois mille voitures. Le rez-de-chaussée était tout entier réservé à l'hypermarché Coral Reef où l'on faisait de bonnes affaires et où l'on pouvait emporter un pack de bière à moins de dix euros. Tout le reste était occupé par des magasins. Vous y trouviez tout ce que vous vouliez: une agence bancaire du Monte dei Paschi, des points de vente Vodaphone et TIM, un bureau de poste, une nursery, des boutiques de vêtements et de chaussures, trois coiffeurs, quatre pizzérias, un bar à vins, un restaurant chinois, un pub irlandais, une salle de jeu, une animalerie, une salle de sport, un laboratoire d'analyses médicales et un centre de bronzage. Il ne manquait qu'une librairie.

Comme Dieu le veut, Niccolo Ammaniti, Grasset. Traduit de l'italien par Myriem Bouzaber.

Revenge of the knick knack people


Les éditions Gallmeister (crées en 2005), publient des livres s'inscrivant dans le courant dit de : Nature writing.

Je ne me qualifierais pas "d'écolo", je ne suis pas en extase lorsque j'aperçois
une biche ; ceci dit je ne suis pas non plus insensible à la beauté d'un paysage, à leurs atmosphères. Ce qui est sûr, c'est que je suis tombé amoureux de l'atmosphère des livres de cette maison d'édition.

Je dois leur découverte à un collègue bibliothécaire, (merci Thomas), qui a eu le bon goût de me conseiller la lecture du Gang de la clef à molette d'Edward Abbey. (Il ne lira probablement jamais ces lignes, vu qu'il ignore l'existence de ce blog, mais je ne pouvais mentir et m'attribuer cette découverte tant elle est importante pour moi ! ).

Livres de paysages et d'atmosphères donc ; ici vous serez baladés du Japon aux Etats Unis, en passant par le Pays Basque et par son sous-sol (amateurs de spéléologie c'est par ici, lecteurs claustrophobes, préférez En Vol d'Alan Tennant !).

Certes, vous trouverez quelques belles descriptions sous-terraines, mais Shibumi est avant tout un roman d'espionnage, pas un roman des grands espaces. Espionnage, politique, mais attention, pas vous n'êtes pas dans un roman de John le Carré. Ici pas besoin d'agents doubles ou triples, les personnages sont si cocasses qu'il serait dommage qu'ils soient faux !
L'histoire et les personnages sont aussi peu crédible que dans un James Bond, mais la comparaison s'arrête là.

Nicholaï Hell, tueur à gage de génie, n'obéit pas à un gouvernement mais à lui seul et à ce qu'il trouve juste. Ayant passé sa jeunesse au Japon auprès d'un maître du Go, vous imaginerez bien que sa conception de la vie n'est pas vraiment celle d'un marchand américain ; l'argent n'achète pas tout. Il est une véritable épine dans le pied pour la moitié des services secrets du monde. Heureusement pour eux, Hell a pris sa retraite voilà quelques années ; à moins que...

Shibumi est le troisième roman de l'écrivain américain Trevanian (pseudonyme de William Rodney Whitaker). Son premier roman (La sanction) avait était porté à l'écran par Clint Eastwood. Je n'ai pas vu le film, l'avez vous vu ?

Shibumi - Trevanian - Gallmeister Noire - Traduit de l'américain par Anne Damour - Nouvelle traduction révisée - 24€ - 9782351780206 (Sortie prévue le 02/10/08)

Get the Picture?

Un jour, un homme d'une cinquantaine d'années est entré dans La Cabane à Livres. Si je me souviens bien, il y avait deux personnes avant lui. Il a donc patienté cinq bonnes minutes, il en a profité pour faire le tour complet de la boutique.
Son tour arrive, il me dit qu'il vient pour un "agrandissement". "Oui, ma femme est déjà venue chez vous, pour un agrandissement." Je pensais qu'il parlait d'un agrandissement de la couverture d'un bouquin sur l'ordinateur, comme il nous arrive de le faire pour que le client soit sûr que c'est le bouquin qu'il veut. "Non, non, vous savez un agrandissement dans un cadre!".
On a mis trois bonnes minutes à comprendre que le gars se croyait chez le photographe deux numéros de rue plus loin.
Je vous rappelle qu'il a fait le tour de la librairie, qu'il a eu largement le temps de comprendre qu'il se trompait.
Vous savez quoi? Le numéro d'à côté, avant le photographe... c'est un opticien. Authentique.

Une autre?
Un homme m'a demandé si je pouvais commander un disque d'Hugues Auffray (pas sûr de l'orthographe). J'ai répondu que non. Il m'a demandé pourquoi.

Sur ce, je vous laisse, il faut que je joue du piano debout.

lundi 22 septembre 2008

The Big Note

Les trois premières notes - la note fondamentale, la quinte et la tierce mineure - semblèrent entièrement magiques. Dans leur simplicité, il entendit la signification de toute la pièce, et, de là, de la compréhension de la fugue, lui vint la conscience totale de toute la musique, comme si toute la musique était sous-entendue dans n'importe quelle petite parcelle de musique, comme si toutes les notes étaient contenues dans n'importe quelle note. La perception fut fugitive mais si intense qu'elle anéantit toute pensée relative à lui-même. La musique était là! La musique était là depuis toujours, elle serait toujours là! Elle était tellement plus vaste que la vie, tellement plus forte, tellement irrésistible, elle révélait si puissamment l'existence d'une sorte de paradis sur Terre, qu'elle balaya tout, devant elle. Il aperçut cela dans un flash. Une fraction de seconde.

Corps et âme, Frank Conroy, Gallimard. Traduit de l'anglais par Nadia Akrouf.

dimanche 21 septembre 2008

The Dynamic Duo

Flammarion nous sort un coup médiatique. Tenons-vous bien, tenez-vous mieux: un bouquin à quatre mains (c'est stupide comme expression) signé BHL et Michel Houellebecq. Flammarion est une usine à rêve. Je suis le premier à en parler sur ce blog alors que je suis bien la dernière personne que ça intéresse. Ne vous sentez pas obligés de rebondir là-dessus. Bon je vous laisse j'ai la guitare qui me démange.

vendredi 19 septembre 2008

L'homme qui rit

Je représente l'humanité telle que ses maîtres l'ont faite. L'homme est un mutilé. Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l'intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement.

L'homme qui rit, Victor Hugo

jeudi 18 septembre 2008

La femme en vert

Mon deuxième polar nordique, après les Millénium (pour attaquer dans le désordre); beaucoup l'ont déjà dévoré, dès lors que le nom d'Indridason est parvenu aux oreilles des grands lecteurs et des libraires... je sais, j'ai souvent un train de retard, mais j'en parle quand même! ><

Sur fond de froideur et d'une mélancolie très scandinave, le roman a pour thème central la famille et ses secrets les plus lourds. Évidemment ça influence mon jugement : le roman est indéniablement fort, il s'en dégage une violence qui m'a prise aux tripes. Indridason décrit de manière très réaliste les rapports "dominants/dominés" dissimulés derrière des apparences conventionnelles et le "qu'en-dira-t-on" au sein des structures familiales. Il aborde l'enfance dans ce qu'elle vit de plus dur, gratte au scalpel les anciennes cicatrices, jusqu'à découvrir de vieux squelettes enfouis.

Finalement à mes yeux, la phrase la plus dure et la plus révélatrice de toute la force que contient cette histoire est l'une des dernières:
-Elle s'appelait Margaret.

La femme en vert, Arnaldur Indridason (trad Eric Boury) - Points (7€50)

ps: j'vais p'tetre m'intéresser à la Cité des Jarres, histoire de tout bien faire dans le désordre!

mercredi 17 septembre 2008

Broken hearts are for WHAT?!?

Les deux premières années qui avaient suivi le départ de Catherine, Claude, instinctivement, sans décision délibérée, avait effacé son image de sa mémoire. Ce ne fut qu'après de longs mois qu'il put supporter de laisser filtrer dans sa conscience quelques pensées fugitives la concernant, comme un homme qui absorbe par gorgées minuscules un élixir potentiellement dangereux. Des fragments de souvenirs remontaient - un geste figé, une bribe de conversation, la frange d'une émotion lointaine - mais ils ne duraient jamais plus d'une seconde et s'envolaient très vite. La chose pouvait survenir au milieu d'une phrase, pendant qu'il discutait avec quelqu'un. Ou qu'il essayait des chaussures, qu'il faisait des gammes, passait un examen. Finalement, ces bribes elles-mêmes se vidèrent de tout substrat physique et se transformèrent en émotion pure et simple, des tiraillements si fugaces qu'il les remarquait à peine.
Mais un jour, deux mois après avoir rencontré Lady, tandis qu'il déjeunait dans le chahut du Founder's Hall, riant à une plaisanterie d'un de ses camarades, il se sentit brusquement submergé par la conscience totale d'elle, de Catherine, par la sensation dense, lourde, de sa réalité, de sa Catherineté, éclatant dans son âme comme le tourbillon rapide de lumière noire qui se déplace au centre d'une bombe atomique lorsqu'elle explose sur un écran de cinéma. Le couteau et la fourchette lui tombèrent des mains.

Corps et âme, Frank Conroy, Gallimard. Traduit de l'américain par Nadia Akrouf.

lundi 15 septembre 2008

It was the darkest night...


Fasciné par le blues des années 20 et 30, j'ai pas su résister, j'ai lu le premier tome de Me and the Devil Blues de Akira Hiramoto. Ce n'est pas un manga à proprement parlé biographique, il s'inspire très librement de la vie de Robert Johnson, l'un des bluesmen les plus influents du vingtième siècle.
Mississippi, hiver 1929. Jugé piètre musicien, RJ s'acharne à vouloir jouer le bon blues tel qu'il est joué par le très populaire Son House dans le juke joint qu'ils fréquentent tous les deux. Le juke joint, lieu de perdition selon les bonnes âmes, RJ s'y rend le samedi soir et assiste à la messe le dimanche pour s'y purifier. Sa femme, Virginia, et lui attendent un heureux événement.
Il existe une superstition dans ce Sud profond. Si vous vous trouvez, la nuit, à une croisée des chemins (Cross Road Blues) et que vous jouez un morceau, n'importe quel morceau, un "grand type noir" vous empruntera votre guitare, l'accordera et jouera à son tour un morceau. Par la suite, vous aurez fait d'énormes progrès. Mais le grand type noir aura emporté votre âme en échange.
Un soir, au juke joint, RJ s'installe et se met à jouer en même temps que Son House et son compagnon Willy. Il leur vole la vedette, à la surprise de tous. Mais arrivent la soeur et le beau-frère de RJ avec une très mauvaise nouvelle.
Avouez tout de même qu'un japonais qui propose sa variation sur le thème de la croisée des chemins dans le Sud des Etats-Unis, avec du blues pour fond musical (si vous n'avez pas assez d'imagination, achetez donc l'intégrale de Robert Johnson et mettez-la à fond et en boucle...), a de quoi intriguer. Passé l'étonnement, vous allez être fasciné par le dessin et attendre avec impatience la date de sortie des tomes suivants. Tout d'abord pour savoir ce que nous réserve Akira Hiramoto avec un certain couple du folklore américain qui apparaît à la fin de ce premier tome. Je ne vous ai rien dit...

Me and The Devil Blues, Akira Hiramoto, Collection "Big Kana", Kana, 7,35 euros. Traduit et adapté du japonais par Thibaud Desbief.

dimanche 14 septembre 2008

Once again, without the net

Ils exécutèrent ainsi plusieurs morceaux à la suite, Claude adaptant son jeu de manière à donner le plus de soutien possible à l'enfant. De temps à autre, lorsque l'occasion s'en présentait - quelques mesures de piano solo - , il mettait un peu de sentiment dans l'espoir de susciter plus de souplesse chez Peter, mais l'enfant semblait ne rien entendre. La dernière pièce, un Schubert très simplifié, comportait un passage à l'unisson. Claude le joua rubato pour faire ressortir la forme de la ligne.
L'enfant fronça les sourcils, leva son archet à mi-course. "Pardon? Je ne vois rien, fit-il en scrutant sa partition. Ne sommes-nous pas censés être ensemble, ici?"
La mère et l'enfant fixèrent Claude - Peter authentiquement perplexe, madame Fisk en alerte, le visage impassible. Un moment, Claude fut tenté de dire la vérité, mais lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, il sut que l'enfant ne comprendrait pas, que la mère recruterait sans doute quelqu'un d'autre pour l'accompagner. "Désolé, murmura-t-il, j'ai fait une erreur. Reprenons au début de la page."

Corps et âme, Frank Conroy, Gallimard. Traduit de l'anglais par Nadia Akrouf.

l'Irlande dans un verre

Un énième récit de voyage sur la côte ouest de l'Irlande? oui mais..
L'auteur a un pied dans son pays: c'est un Mc Carthy! Il bourlingue dans les pubs homonymes les plus crasseux, d'une pinte de stout à une autre, philosophant sur "l'état" d'Irlandais. Grand routard, il se lance au bonhomme la chance, fréquente des coins paumés, rencontre des habitants loin des stéréotypes de cartes postales et fais face à des situations on-ne-peut-plus cocasses!

Un pur moment de lecture jubilatoire, une vision inédite de l'Ile Verte qui mérite de trôner dans toutes les bibliothèques!

Ne loupez pas le passage sur les anglais hippies de Dunmanway que j'ai beaucoup aimé, l'auteur les définis finalement de si belle manière:
Ils m'impressionnent, ces gens que je viens de rencontrer. Par la forte conscience qu'ils ont de leurs droits, la façon dont ils ont pris en main leur existence.

"L"Irlande dans un verre", Pete McCarthy, Hoebeke, 23€50

Sans transitions, j'en profite pour glisser une perle de libraire en cette période de rentrée scolaire; on m'a demandé à plusieurs reprise "le béchamel de conjugaison".. si c'est pas mignon :-)

samedi 13 septembre 2008

Music is the best

Fredericks se redressa, releva le menton, joua le même morceau. Claude ne savait à quoi s'attendre et fut un moment déconcerté lorsque Fredericks joua en mettant environ la moitié du volume que Claude avait donné. Au premier abord, cela semblait trop doux, et Claude se demanda q'il s'agissait d'un procédé pédagogique particulier. Mais soudain, tandis que les lignes s'écoulaient, Claude perçut le contrôle exquis avec lequel Fredericks libérait la musique dans l'air. C'était surnaturel. le piano sembla disparaître, seules les lignes emplirent la conscience de l'enfant, l'architecture de la musique éclairée dans ses moindres détails, l'annonce entière scellée, flottant, se repliant sur elle-même. Puis le silence. Claude souffrit devant une telle beauté. Il eût voulu quitter son corps, suivre la musique là où elle s'en était allée, dans l'hyperespace, quel qu'il fût, qui l'avait avalée. Fredericks tourna la tête, l'enfant plongea ses yeux dans les siens et demeura immobile, le souffle coupé, comme si son regard pouvait ramener la musique.

Corps et âme, Frank Conroy, Gallimard. Traduit de l'anglais par Nadia Akrouf.

jeudi 11 septembre 2008

La Culture hard rock

Ecrit par Nicolas Bénard, docteur en histoire et journaliste, ce résumé de thèse de fin d'année est une très bonne introduction à la culture Hard rock, ses influences, son histoire, ses sous-genres et les polémiques qui y sont associées par les médias.
L'auteur décortique les arguments contre cette musique à travers les témoignages des membres de différents groupes, des citations d'émissions tv et des procès intentés par différentes associations à travers son expérience de fan.
Il met aussi en avant le poids économique de cette musique: le rôle des webzines, des labels, des magazines et les festivals.

Un livre intéressant pour aller au delà des clichés véhiculés par les médias (mise en perspective de l'image et du rôle du satanisme) et connaitre l'importance culturelle de cette musique.
On pourra toutefois regretter de n'avoir ici que le résumé d'une thèse surement passionnante!

A lire en introduction aux éditions Camion Blanc et en totale opposition avec Les 100 indispensables du Métal à télécharger chez Fetjaine dont l'auteur démontre son inculture abyssale et mélange tous les genres et tous les groupes (genre grunge dans métal...) !

Nicolas Bénard, Dilecta, avril 2008.

mercredi 10 septembre 2008

Pandore au Congo

En 1914, alors que l'Empire britannique est à son apogée un écrivain raté est engagé pour raconter les exploits de Marcus Garvey, un gitan accusé du meurtre du fils du duc qu'il servait au Congo.
Le récit narre l'expédition enragée des deux hommes ou la rencontre de deux civilisations dans la violence la plus extrême.

Tout en reprenant le même thème que dans La Peau froide, son premier roman, sans la dimension fantastique cette fois,Albert Sanchez Piñol décrit le choc de deux civilisations ayant leurs propres modes de vie et motivations tout en dénonçant les exactions commises sous la domination de l'Empire britannique.
Il reprend de plus l'idée qu'une figure féminine peut-être le pont entre les cultures.

Mais le thème principal reste la question de comment présenter l' Histoire et la réception de cette vision par le monde de l'édition et la justice: faire le portrait d'un colonialisme sans pitié qui récolte ce qu'il a semé? Présenter les locaux comme des barbares assoiffés de sang et obéir ainsi aux clichés de l'époque? Ou traiter cette rencontre sous un aspect anthropologique (premier métier de l'auteur) et historiquement objectif?

En conclusion: des passages très gore et très violents, une réflexion sur la présentation de l'histoire et sa réception et un portait d'un colonialiste proche d' Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog.

Albert Sanchez Piñol, Actes Sud, septembre 2008.



lundi 8 septembre 2008

Crimes, poisons et sortilèges

Parmi les titres de la petite collection « historique », chez Complexe, L’Affaire des Poisons relatée par Arlette Lebigre, spécialiste de la justice sous l‘Ancien régime, est unique dans l’histoire du crime. Il s’agit bien comme le rapport Saint-Simon, d’une véritable mode de l’empoisonnement dans les années 1670-1680. Si la légende ne retient que les noms de la Voisin et de la Brinvilliers – qui n’en fait d’ailleurs pas partie ! – la réalité historique est tout autre : 319 personnes inculpées dont 194 seulement ont été appréhendés.

Divination, sorcellerie, alchimie, fausse monnaie, poison : tous les accusés ont suivi la même pente. C’est en suivant la piste d’une célèbre bande que La Reynie découvre cette importante affaire de poison qui touche aussi bien les faubourgs que la Cour

Des femmes mal-mariées, battues, laissées sans le sou ni maille par leur mari avinés du matin jusqu’au soir, quand ils n’ont pas engrossés leur servante commencent par des neuvaines pour finir par accommoder leur chemise avec de l’arsenic. Père ou mères qui tardent à mourir, femmes épousées pour leur fortune font les frais de la poudre de succession. De dépositions en « question » La Reynie découvre de bien plus sordides affaires, des faits particuliers, concernant de bien étranges rituels : messes à l’envers ou sur le ventre de femmes nues, consécrations d’enfants nouveau-nés ou prématurés à Satan, bains de sang, remontent jusqu’à l’ancienne favorite Madame de Montespan ou à sa dame d’honneur Des Œillets. Nous ne saurons rien du complot contre le roi lui-même faute de documents brûlés sur ordre de Louis XIV à la mort de La Reynie.

Bien étrange affaire en effet qui permet à Arlette Lebigre de revenir sur la confusion des mentalités de l’époque entre poison, dévotion et sortilèges…

Arlette Lebigre, L'Affaire des Poisons, Complexe, 2006, 173 p, 9,90 euros

Shake your booty

Ed Topliss écrit des romans pornos, un par mois, sa production est réglée comme du papier à musique. Ce mois ci il doit écrire son 29ème chef d'oeuvre, seulement cette fois-ci l'inspiration ne lui vient pas. Il a pourtant tout un tas d'astuces, de méthodes pour lui faciliter la construction de ses romans, mais là rien à faire...

Ed ne cesse de recommencer ce maudit premier chapitre, en vain. Son ami Rod l'avait pourtant prévenu : « Personne ne peut écrire ce genre de merde ad vitam aeternam ».

Rare sont les auteurs qui m'ont fait rire aux larmes, Westlake est de ceux là. Ses romans sont sans prétention, les thèmes abordés sont simples, ou plutôt cruciaux, souvent touchants, en tous cas c'est tout sauf creux.

Le seul problème, c'est qu'après on a du mal à lire autre chose !

Adios Schéhérazade - Donald Wetlake - Rivages noir - 9782743616939 - 6.95€

Body language

Sa main droite bougea nonchalamment et elle commença à se gratter la fesse. C'était un geste de temporisation, un geste qui trahissait la recherche d'un mot dans une langue étrangère. Assis en compagnie d'indigènes des montagnes, il m'était arrivé de faire ce même geste, pendant que mon cerveau cherchait une locution en langue méo.

L'Homme qui marchait sur la Lune, Howard McCord, Gallmeister.
Traduction de l'américain par Jacques Mailhos.

samedi 6 septembre 2008

Dites-le avec des fleurs


Je vous expliquerais volontiers la procédure à adopter pour éviter de vous faire frapper par la foudre lorsque vous vous trouvez sur une crête exposée, mais je ne vois pas pourquoi vous ne l'apprendriez pas par vous-même comme moi je l'ai apprise. Si vous vous faites pincer par le long doigt électrique de Dieu, ce ne sera pas ma faute. De toute façon, vous êtes un gros cul d'intello sans arme à feu à portée de main et bien incapable de courir plus de cinq kilomètres sans qu'on vous dispense les derniers sacrements. Vous, pet de crâne, êtes un lecteur, et la seule chose que je méprise plus qu'un lecteur est un auteur, qui ferait mieux de se présenter clairement comme un onaniste public et qu'on en finisse. Mais je raconte mon histoire, vous écoutez, nous sommes donc liés par un pacte, à défaut de respect. Je suis un auteur, vous êtes un lecteur, et s'il y avait un Dieu, il s'amuserait peut-être à avoir pitié de nos âmes. Ou à leur pisser dessus. En longs jets électriques.

L'Homme qui marchait sur la Lune, Howard McCord, Gallmeister.Traduction de l'américain par Jacques Mailhos.

jeudi 4 septembre 2008

Comment dit-on "Noir et Blanc" en coréen?


Casterman a eu un jour la très bonne idée de créer une collection uniquement consacrée à la bande dessinée coréenne. Si vous avez été surpris par la diversité qu'offrait le manga, n'hésitez pas à jeter un coup d'oeil sur leurs cousins les manwha. J'ai découvert la collection Hanguk avec L'Idiot de Kang-Full (2 tomes), petite perle dont je vous parlerai plus longuement une autre fois peut-être. J'ai continué mon exploration avec Z le Chat (2 tomes), histoire déroutante mais subtile dont je vous parlerai, également, plus longuement une autre fois peut-être.

Je profite de cette présentation non exhaustive de la collection pour vous parler de Romance Killer. Et réciproquement.

En deux tomes de 400 pages, Doha, l'auteur, nous raconte l'histoire de ce tueur à gages qui au lieu d'honorer sa mission épouse la femme qu'il devait supprimer. Meurtre commandité par le premier mari. Sept ans après, le "Royal Killer", tel qu'il était surnommé dans le métier, n'est plus qu'un homme qui a atteint la quarantaine. Sa femme fleuriste, adepte de la chirurgie esthétique à répétition, a une fille de dix-huit ans que l'on suppose de son premier mariage, So-Young. Celle-ci amène une amie, Miu, à la maison. L'ex-tueur se prend d'affection pour Miu. Il y a aussi ce tueur débutant, Bong-Man, personnage apparemment à côté de la plaque.

On découvre dans le premier tome (jaquette noire) une comédie romantique au ton léger et mélancolique . Si vous avez la curiosité de franchir la frontière entre les deux tomes, vous verrez à quel point Doha a bluffé son monde en beauté. Tout prend une teinte noire dans le second tome (la même jaquette mais blanche), les personnages changent et leur rôle est tout autre qu'on le pensait.

N'étant pas critique de BD, je me contenterai, d'un point de vue technique, de vous signaler une mise en page très libre et surprenante. Je vous laisse totalement juge à propos dessin par ordinateur adopté par l'auteur.

Je vous laisse je dois lire les dernières pages...
Romance Killer T.1 & T.2, Daho, Casterman collection "Hanguk" (16 euros chaque).

Woke up this morning


Une belle surprise est arrivée à La Cabane à Livres. Elle s'appelle Me And The Devil Blues T.1 de Akira Hiramoto. C'est un manga qui s'inspire de la vie de Robert Johnson. Rien qu'à le feuilleter on se régale. Quel dessin! Je ne l'ai pas encore lu. Donc je risque de modifier ce message ultérieurement. A suivre de très près. La suite est déjà prévue, le 2è pour le 17 octobre et le 3è pour le 5 décembre.

Me and the Devil Blues T.1, Akira Hiramoto, Kana (7,35 euros)

lundi 1 septembre 2008

Call Any Vegetable


La Société des Obiers

Les membres de la société secrète des Obiers jurent lors de leur initiation de ne jamais prononcer le mot "courgette" de leur vie. A cette condition, ils bénéficient de l'aide et de la solidarité totale des autres membres de la société. Le but de cette société est l'élimination du mot "courgette" du vocabulaire. Les membres de la société exercent entre eux la surveillance la plus stricte. Tout parjure est impitoyablement pourchassé et assassiné.


Comment les reconnaître:

Présentez à la personne que vous suspectez un cageot de courgettes et l'air de rien, demandez-lui ce que c'est. S'il se trouble et vous répond: des bananes, des cerises ou des carottes, vous pouvez être sûr qu'il en est. Jouez alors à ce petit jeu amusant: un jour où il est absorbé par une activité quelconque, dites comme ça: "J'ai acheté un kilo de courguettes au marché." Vous l'entendrez alors répondre machinalement: "On dit pas "courguette", on dit "courgette""? Et à la grande joie de l'assistance, vous le verrez changer de couleur à l'instant même et présenter tous les signes de l'épouvante. Il arrive parfois que, pour échapper au terrible châtiment qui va désormais le poursuivre, il préfère se suicider sur l'heure. Vous obtiendrez alors un franc succès et vous aurez contribué à la déchéance du crypto-fascisme.


Enquête sur les Sociétés secrètes, Bruno Léandri, Fluide Glacial n°81 (Mars 1983)